‹ Lettres de madame RolandChapitre 19 sur 42 · AN%KE · texte numérisé non relu

AN%KE

M. J'Eu ra'esl veuu faire son pelil doigt i]e cour, après lavoir été faîic €Q grand à ritiLendaut, qui esl ici depuis deux Jours, et qui lieut ses audieûces chez M"*'* Maugendre'^^ où il est r^n^i^ descendre. Nous avons kaiicoup causé du nouveau pasteur de la capitale; c'est M. de Joi- ^m'^), évêque de Châlons, [larent de \L de Vergennes et d'un M. de iriijfiiez qui a été ambassadeur en Hussif^; bon genlilliomine, mais rien Je plus, si ce n'est théologien et fanatique*

k ROLAKD, À PARIS ^''.

aH [décembre 1781]. à 1 t hcuro»* [ malin J, — d'Amiens.

h suis désespérée de tes inquiétudes et je n y conçois rien, ou du moins à ce qui les cause; je t'ai écrit directement dimanche vingtfjuatre; ma lettre, sur petit papier, était à la poste à onze hcni-es. J'ai récrit mardi a 5 par les bureaux, et hier jeudi ay, par la même voie. Tu doin avoir de rnes nouvelles tous les deux jours et, par un arrangement, j'ai le plaisir de t'entrelenir rha(|ue jour; car je commence mes épîlres Taprès-midy pour les faire plus longues, parce que les tracas du matin me forceraient à trop de brièveté.

Je vais doucement aujourd'hui ; je te dis tout, sans réserve ni ménagement et avec la plus grande franchise. Tu auras plus de détails par [ma lettre de demain; je suis trop inq>atienle en c«* inonMMil puur en

*** M. Maogendre »U;ijt premier secrélaû'»? »niitendâj)cc fie Picardie» el sub<i<^l»ig^iit' érnl (Alm, dr Picardie^ 1781, p. 35).

)ii rejioonlnîra plus loiu, lettres 34, 87, 4^, ijv., Dombre «rallusions fort maltant il iMaiiginirliv rpTii sa reinrin.' »r à I mUîUflani d Agay.

*» Sk. — .\iitoinc>fiiéanor-U'on Lecierc JnigiM^f arelicvéque de Paris, a 3 dë-

eonibit^ 1781; depuis, députa du Clei'g^

^' M s. <ir>3»î , loi. 77, ciqm. — L't»rig*inal est signait^ dans le catalogue de vente du 7 d^feuilïit^ iH»i/i eX journ fïidvanis; Lci venlet , experl , «"78 L^t .

Eu rap[>njchaQl celte letli-e de la suivante , on voit ^[u^^ Tune et Taulre sont dti a 8 d*^ cembre 1781*

dire plus long. Ménage-toi, sois tranquille et recommande à l'hôtel qu'on ait soin de tes lettres.

Adieu, mon ami, je suis bien empressée d'avoir de toi d'autres^ nouvelles et de te savoir plus content.

[À ROLAND, À paris] W.

Vendredi au soir, 98 décembre 1781. [D^ Amiens.]

Bon Dieu ! que l'expression de tes inquiétudes m'a tourmentée ce mailin ! Je me suis d'abord figurée que tu n'avais reçu aucune nouvelle, et que ma première lettre du dimanche a 3 était égarée, perdue, par je ne sais quel accident. Mais, en y réfléchissant, je juge qu'elle t'est parvenue, et que ton impatience t'a empêché de songer que, prenant ensuite la voie des bureaux, tu devais, pour cette fois seulement, subir un jour de relard. Si je m'étais sentie moins bien le lundi, je n'aurais pas manqué de t'écrire indépendamment; mais j'étais merveilleusement ce jour-là : ce n'est que depuis, que j'ai ressenti quelques coliques. Je ne sais si je dois être fort contente de ma médecine d'hier; il est vrai qu'elle m'a bien purgée, mais, en agitant les intestins, elle a renouvelé mes douleurs. J'ai eu une journée laborieuse; je me suis mise au lit à sept heures, très fatiguée; j'ai pris deux œufs, et le sommeil est venu tout seul avant neuf heures. J'ai reposé tranquillement jusqu'à deux, que les coliques sont revenues; rien de ce que je rends n'annonce le retour de la maladie, c'est de la bile pure. Un lavement à l'huile m'a calmée ce matin. J'ai dîné avec une douzaine d'huîtres qui m'ont paru fort bonnes, mais fort petites, fort maigres, et faisant véritablement un petit dîner. Je suis très bien celte après-midi. Je me flatte que l'émotion du purgatif est la cause de mes derniers maux et que je vais enfin reprendre des forces.

(') Ms. 6q38, fol. 167-168.

Javaift hier ies seins un peu gonflés : mon médecin dit qu'il serait possible que le lait revînt en re|)renanl des aliments et de la santtV; jeoW me livrer à cet espoir dont la seule lueur me fait tressaillir. Il est si vrai pourtant que ies femmes ont longtemps et presque toujours du tait, dès qu'une fois elles ont été mères! je pourrais peutêtre!,. • attendons; malheureusement je suis condamnée aux lavements pour quelque temps encore, et ma faiblesse ne permet pas de me faire lirer. — J*ai eu hier après-midi le même chagrin que la veille : Feiifant se refusait à mes soins, sans doute par quelque douleur; mais je n'ai pu le voir froidement. La pauvre Marie-Jeanne et Marguerite, lool émues, se sont mises à me conjurer de ne pas pleurer, parce que, (Ibient-elles • cela leur faisait mal. Je me suis consolée une heure »pri'!i que la petite, de meilleure humeur, a pris la soupe de ma main ^1 «est reposée sur mes genoux. Elle a grand iippétit, le corps libre Pl î^e porte assez bien; une colique de vents la tourmentant au soir, j^lni ai donné une cuillerée à café de vin de rota; pour cette fois, la cuiller ne Ta pas lait crier, elle a sucé la liqueur et ses pelit<*s livres, en vraie friande.

Je te conte toutes mes misères et jusqu'à mes sottises; c'est un soulagement que de se confesser ainsi.

J'ai reçu mes pardons et indulgences en bonne forme du cha- «aine'**; il est clair qu'en les écrivant, il ne savait pas encore ma maladie; sais-- tu bien que j'ai trouvé drôle que tu n'eusses pas décacheté la lettre de ton frère? Tu aurais vu en premier lieu qu'il me sait ti'ès '^'^n gré de Tavoir fait oncle ; que notre maman grille de voir sa petite- "!'<* et me fait recommander de la lui mener dès qu'elle sera transpor- ^^\e; plus, une légende des parents et amis qui nous en disent tant et ['^ïil; enfin, lagrégation de mon favori, rabbé Pein, parmi les membres 3<^démiques de ta petite Cliéronée^^J. Je répondrai à tout cela au

' ' Du chiinoioe Doinimqtie Rolaiiil : mm *^^.Jj| réponse à la kUi-e ig.

'*^ La r petite Cliérout'e*!, eest, dans k '''^pge pëdantesqite de KolaDcl, na ville

natale, Villdranche- eu -Beaujolais, — de iDiînïê qu'Amiens «^tail frla Bédie'î, — la Norn»aiidie trlâ Grèce«, etc. — L^abbé Jean-BapUste-Claude Pein, dont on voit que

coratnencement de l'année; car, malgré ma tendresse pour ces chers parenU dont les auiiliés me louchent aux larmes, je n'ai de force que pour toi et |ai besoin du far nietUe durant quelques jours. Je continuerai la marche que j'ai prise pour te donner de mes nouvelles; ne la préfères-tu pas à avoir chaque matin un billet qui ne pourrait être qu'un bulletin ? Que veux-tu que fasse avant midi une femme qui sort du lit à neuf heures, quelquefois plus tard, quand les choses ne vont pas très bien; qui a besoin à sa toilette pour chasser les petites botes, restes opiniâtres de la maladie; de là à !a chambre de l'enfant, faire sa soupe et rôder autour de lui, pendant qu'on range mon appartement où je ne viens guère m'étaJblir avec le berceau, ma table et mon écritoire, quà onze heures* Joins à cela les survenants, etc., et juge si je pourrais causer à mon aise avant le départ du courrier? 11 m'est bien plus doux d'employer à cette charmante occupation une partie de raprès-dîner, cela me console et m'amuse; j'ajoute un mot le matin du départ, et lu es aussi bien informé qu*il soit possible. Ma cuisinière nouvelle (^' est entrée ce matin ; tout ce que j'en sais,

Madame Roland avait fait la coq dans son séjour à ViHofronche , rie s€pt4^iiJbreoctobre 1780, était clianoine de la collég^iale; il venail d'être ou allait être reçu membre de rAcadc^rnîe de ViHeffanche (voir Àlm. de Lifon, 1783). En 1787, nom le Irouvooîi directeur de rAcaddoiie » «t aumV^nier des* rrCbevaliers de TAiX"^ et des rr Chevaliers de rAnfjuebusefl, les deux sociétés de lii- bouj'geoiïiea de la petile ville. Ses rappoiis avec les Roland , loi*sqiie ceux-ci allèrf^nl habiter Villefrancbe, se refToidireul he^iUfoufK — ïnm frère, Jeao-Baptisle Peiu, avocat, capitaine-enseigue de la milice bourjjeoist^ en 1787» se jeta tx-ès avant dans la Bévolntion, et fut, a Villefmach*^, le chef du parti oppose à relut de Roland. Voir là-de!*sus une lettre adress«^o h Madame Roland, du i3 aviil 1791, i|ue nous avons

publiée dans la RépokHon Jramalse (août 1896), et une lettre de Roland à Chompagneux , du 6 juillet 1791, cit(^? par M. Faugère (1, B55). Il neu fut pas moins guitlotin*^ à Lyon, le 5 d^écembre 1793. — Un auti'e membre de la famille, Louis Peiii, probablemi'nt frère des précédents, étail prociireoj* de la s<^nt'cbayïis<:V et notaire, majoi' en survivance de la milice bourgeoise : en 1788, à rassemblée provinciale du Beaujolais, le secrétaire-greiïier est (tM. Pein, notaire rt»yal et jirocuj'eur à Villefranrhe i» [Aîm, de A^ON, de 178^ u 1 7 88 , paww ). iXous le voyons reparaître , en sa qualité de notaire , eo 1 79S , lors de la levée des s^cellén l'ipposés ï*m* les biens des Roland |*endaiit la Terreur (voir Appendice K).

'■^ Elle se nommait Marianne. — Voir lettre du 8 janvier 178a.

j'est f^u'elie fail proprement fie bonne soupe; nous verrons le reste vecle lenips, car je ne me flatte plus sur cette engeance. Je conserve iicore ma garde qnelqnes jours, peut-être prendrai-je une autre mé-

ilecbe; d'ailleurs la nouvelle venue prendra le train de la maison

dans cet intervalle.

JelViivoie une lettre arrivée aujourd'hui de rintendance* J'ai reçu ce matin un billet des frères Laurent et Joiroul^^^ qui me demandaient ton adresse à Paris pour t'cnvoyer quelque chose. J'ai r<5pondu que, récrivant lous les jours, je me chargerais volonliers de te faire passer ce ip/ds d*-*siraient le comnuiniquer; que cr'pendant, s ils préféraient lefadresser directement, ils voudraient bien s'y prendre ainsi; et je leur ai donné le couvert de M* Tolozan, avec la sous-envelopppe à ton nom, flPam, sans autre expliralion, 11 ra'a sembh» Corl inutile de les laisser le faire coûter des poits pour ce» mltUeit de réglementai ou autres. Je n'ai rien revu. L'un d'eux était venu ces jours passés pour te parler ftt avait appris ton absence. J'ai pensé depuis que, ne leur ayant pas exprimé de ne faire qualtacljer bi [îremière enveloppe sans cachet, et Remettre dessus par précaution ajfaîres de mamifaciures^ ils fabriqueraient peut-être leur paquet assez mal pour qu'il soit défait et mis 30 rebut, ou taxé à la poste, c'est un malheur; on ne s'avise jamak ie fou/.

J'ai payé Ancelin le jour de Noël; il a été fort content du louis que je lui ai donné; je ne fai pas vu de[)uis, et pï-obableuient je ne le reverrai guère; il me paraît que c'est sa marche, assez peu honnête cependant. Je congédierai nn>n médecin |>lus tard; j'ai peur d'avoir *?iiC(jre besoin de lui. Sa petite femme compte vijigt jours de soiiUVance ^^ delà de son terme, et ne peut point acciuRlier; c'est bien le peine défre h femme d'un docteur pour se tirer d'all'aire aussi mal!

Lis frètt^ Laïu^at et iQÛ'on, mannnert (IVV miens: le Dict. des Manujac-

ûientioriorT (L 1, P* *5*io, Syi) les ***■**! Laurent frères f»t Jornio^Maret: h '^'^i^rt d$8 Archivée de la Soimnet L li^

ititfod. H jmsmm , nous reiiconlrons les Liui^Qt livres, les Joiron,eU". Dt^jii.nloi's minme nujourdluu , toulesc^'-slamillos rie ('abricants et dit commerçants s\illiaipuf et entrecroisttient leurs noms.

\\ ROLAND, k PARIS''.]

[ag dénombre 1781, — d'Amiens.)

les intestins. Je n'y vais qu'en tremblanl. J ai pris hier de la

soupe à Foseifle qui lua fait beaucoup de bien.

Voilà bien des histoires de drogues et de mangeaiHe; aurai?^-tu pensé lire jamais pareilles choses sans dégoût? Comme Faniitié transforme et sait jeter de rintérêl sur les objets les plus communs! Je te vois d'ici, écoutant tous mes petits détails avec une attention qui m'émeut et me pénètre.

11 fait un temps aflienx, pluie à verse; vent terrible; rien n'est si' triste que notre ciel, à moins que ce ne soit la terre qu'il couvre. Tout cela ne favorise pas extrêmement un jironipt létablissenient; patience et discrétion l'amèneront malgré tout. Je vais m'occuper iïuue petite lessive pour Fenfant, pendant tjue j'ai ma garde dont les soins surveillants me dispenseront d'en donner qu*dques-uns.

Ma petite se porte bien; elle dort des cinq à six heures de suite et fait d'excellentes digestions. C'est une douce consolation. Elle n*est pas grandie d'une ligne depuis un mois; je Fai mesurée hier; elle n'a qu'environ 2 3 pouces; c'est frès petit pour tantôt trois mois. Toujours elle tient ses petits genoux relevés comme ils étaient dans mon sein. Elle commence à vouloir jargoiiner; elle regarde sa boime, rit, et fait un petit bruit avec son gosier et sa langue qu elle agite, comme cherchant à nous imiter. Elle est demeurée hier trois heures de suite sur nos genoux, fort éveillée, s'amusant à nous regarder tour à tour avec beauronp de gaieté; je m'en suis portée une lois mieux.

Enfin le H"* [Houard] te laisse tranquille, au moins en apparence;

^'* Ms. 6938, foL 169. liU jilace de celte ainsi que l'indicalion ^bnlôl li-cïis itiûis«, l(4tre âii iiianiiscril, liriliv. la leUm iJii *i8 twîïtilïltfnl iumis iltimiiT sa date. — Le rl^btit décembre et la letli-e du 3o qu ùix va lii-e, île ta leUiv uiauejite*

car je «ose iJie fier à ce lutin incarne. J*ai graiidVmvie que M, do ^'v[ille]^^' revienne à Paris et le laisse enfin les mains libres.

Quel travail que de produire au jour ses enfantsl AdiiMj, mon bon eUeiidre ami, je vois que TalTaire des LetlreH ne prend pas une tournure aisée; c'est un malheur qui ne nous empêchera jms d'élre heureux. Je Tembrasse et suis toute à loi!

[À ROLAISD, À PARIS f'I]

3<i décembre 1781, ^ — [d*AinieQB. ]

Je fais à toi cette confidence» bien persuadée que tu ne viendras pas

nous causer de nouvelles frayeurs. Quoi qu*il eu soit de raventnre et du

bruit fort distinct, très singulier, je lais accommoder demain mes ser-

rores. Celle de la porte cochère dont on a raccommodé la clef, il n'y a

pas âx semaines, est dérangée depuis (pinlques jours à ne pouvoir se

i fermer que très difficilement. Je ferai aussi arranger celle de la porte

de la petite salle, au bas de l'escalier. Je dois fajouter qu'au jour, ayant

[Visité le jardin, je Tai trouvé très remué, mais sans traces nouvelles

remarquables; j'avais regardé à travers les vitres, lorsque nous étions

descendues pour notre expédition; il faisait encore trop sombre pour

que Ton pût rien distinguer. Ce qu'il y a de bon, c'est que mes filles

^*it pris tant de confiance dans mon air décidé, qu'elles n'auront plus

peur avec nidi; le pistolet seul les ellVaye un peu : pour rien au

ïtionde, on ne ferait approcher Marie-Jeanne du bureau où elle ma vu

»^ placer.

Tandis que je te fais mes contes, tu galopes dans Paris et tu ne lU écris guère; sab**tu bien que voilà dix jours dabsence et que je n'ai rççu que deux lettres, car je confonds la contre-signée avec celle arri-

''^ Directetir de ta libmîrip. — ''* Ms. <>a38, foL 170-171. flitnqtir*. La date a éié skpiiiéi |>ai' uue main iaconmie.

Li' cammenccmenl

vée le iiiênie jour. Encore m'as-tu grondée sans me dire grarurrho.He d'ailleurs. Commenl te portes-lu? Que te fait TEscuIapc? Fais dot avec moi une petite causerie qui nous rapproche et me fasse ouLlit^r n instant i^ue tu es à vingt-huit iieues de moi.

Sais-tu que M. de Sélis ^^^ est nouvellement admis au nombre dî associés étrangers de rAcadémie de Berlin, par Sa Majesté Prussienai à laquelle il avait envoyé ses ouvrages?

J'ai expédié ce matin les dépi^ches aux intendants du commerce;! était impossible de faire le paquet en ouvrant le petit livret à Vartlc du mémoire qui se trouve au commencement; il est ouvert au miliet Le mémoire est indiqué d'ailleurs à ne pas s'y méprendre, et jecrol mon anangement bon : au moins, n'ai-je pas su en friire d'autre.

La signora d'Eu vient souvent avec son fidèle, disant qu'elle vien drait davantage et pour plus longtemps (Dieu m'en préserve!), si elle

^*î Esl-oe par ironie que Madame Roland (^i'il (le Sais? Nicolos-Josepb Si^lis (1737- 1 805 ) avait été oonmié en 1 76a , lorsqu'on renvoya les JtWil es, professeur de Iroisiènie an coilèg-e d'Amiens, eu m^.me temps que Deliilé éiîiii nommé professeur de seconde (înimtairc de la Smnme, B. îî 8 a et 383). G*est l'avocat Jean-BapListe-François Morjjau, ëc^bevïn, qui avait éié charg;e par la vdie* pool" pnrer h Tembairas où le renvoi des Jt^iites mellail le collège, d'aller (tiire h t'iiris cette levée de professeiu^s [ihUl., G, i5^i6). Sëlis ayant en à essuyer, pour frplusi<?tii*s iri'^g'ulariti^s de conduite^, des n'priniaudes de la part d'un des admiotsti^ateurs ilu rollège, Houzd, le receveur des Inillf^s de rÉlecliou, il le tourna eu ridîrule dans une pièee de vers de VAlmanach den Mme» de 1775 , p* 97. Les oflit:iers municipaux prirent fait et cause pour llonzé, el portèrent |ïlainle conire S<^lis au Garde des Sciiaux (Inventaire d'Atmem, AA, 37, fol 173, lettre du 1 3 janvier 1 7 jb ). ÏAi pro-

fesseur, pour conjurer Torage, écrivit aux orticiers uinuicipaux , le 18 janvier, lettie de désaveu : tr • . • Je n*ai point eu î tenlion d'offlenser M. Ilouzë. , .mon uniqo** dessein a êle de faire im portrait en l'au"» (îW.,AA,33,foLiiio),

Sc^lis, après un petit roman seutinicntal avec uue lilfc de Tavocat Moi*gau ( voir plu loin, lettre du q6 août 1783), «épousa nièce île Gressct (Bio^*, Hahhf). puis ajïpeh^ sur la recommandation de îîon cîi'u collègue Delille,h la rlialre dVIoquenccdn collège Louts-le-Grand (iW), En 178 il <U;iit dir^H!ieur du \fus(T fie Pnrn (Mii secrets, 18 décembn^)* Il mourut memfa de rinstiint (dès la création) el sappli d(^ Deiille dans 1» cltaîre de porsîe latine l Coll(^^e de France»

Nous le retronvfU'ons dans la suiti! de] (Correspondance (lettres des ^5 et a6 aa

Sa nomination d^a«»soci^ h TAcad^Smie de Berlin dut faire envie \i Rol;iud,

ne me savait pas occupée; je répomls poliment, sans trop insister, et surtout sans démentir son opinion. M"**" de Cliuignes est venue la chercher aujourd'hui dans l'équipage des {jrands-parents; elle m'a fait dire, par Sainl-Pierre ''^ mille choses obligeantes et combien elle rrgreitaà que ses jambes l'vmiiécfuiHsfint de monter; je lut ai fait irpomlre que fêlais tout amsi fâchée qm les micfines m'emjHkhassenl de descendre. Je jiense «qu'elle aura senti le littéral du compliment, si toutefois le domestique Ta bien rendu* Sa charmanle fille doit toujours se marier; toute la ville n'a rpiune voix sur cet événement, tout le monde en parle, excepté la mère qui s'en cache très gauchement. M'"'* de Rnmijjny'-^ est ici, à Tau berge, avec son fils, disant librement qu'elle ïi'a pas d'autre alTaire, à Amiens, que ce mariage. On lui eu parlait dernièrement, dans ces environs, chez M, de Mailly^^^, où elle mangeait: ^ Il est vrai, réponditelle, que je m'occupe de cette affaire : les intérêts ne sont point encore discutés : ralliance aura lieu si nous trouvons un million; un gentilhomme ne peut faire à moins «juancl li prend une fille de cette espèce, ■« Si ce n'est pas ce qu'elle a dit, c'est ce qu'on lui pr<îte et ce €|ae chacun répète. Ce que je tiouve plaisant, c'est que cette femme reconnue processive et haute à l'excès, étant chez M'"^ de Ghuijjnes et parlant des grands avec un ton d importance, se rencontra avec la vieille tante, M^"" Decoiirt, qui veut toujours et tout au moins parler à son tour: ce qu'elle fit ce jour-là eu entretenant l'assemblée de la manière dont elle avait amassé du bien en travaillant dans sa boutique et se donnant toute a son commerce. M"'*" de Chuignes, rouge comme au coq, enrageiiit dans sa peau; la petite personin* bciissait les yeux et cherchait à rassurer sa contenance. Tu vois de là-bas Tair de M"* de Rumiguy : c'était une scène admirable.

^'' Samt-Pkrre est le laquais do M*' de

'^ Nûèle - Adélaïde - Gabrii'lîe d'Ainval , vwjve de Loui&-Marc de Giieully do Bumipiyt el son lîls lAïiiis-(j3bnel-Phil»|ip'-Auguslii) de Gneidly* mafqids de Rtimig-ny [Ut. de lu Somme, B, ^6, '27 tj, ^55).

C/csl a celte fandile qu'apparïinl Marie llippcïly'l^ Gueutly, coQile de liumigny, ainliîissadeiir sous In Monarchie de Juillet ( Pr* Mysson , Lp dcpariement des AJf. étrnnfr, pendant lu RèvoL^ p. 4^3 ).

^^^ I^ maison de MaiUy, si connue, tHail de Picardie.

LRTTRKS DE MADAME ROLWD.

M. fFEu a caiisé loiifîiiemeïit aujoiircriini d'Italie, de loîi voyage, au seeuad volume duquel il est parvenu; nous avons passé plus d'une heure fori lapidement; tu sais qu'il ne vient jauiais avec sa femme dH il a grand'raison, car devant elle il ne sait plus causer. M. de Bray es^^ demeuré tout autant ce soir; il iloit m'envover demain une missive pour joindrt^ à mon paquet. Le lils Price est venu ce matin savoir de nos nouvelles, A propos de M. de Bray, ne veut-il pas absolument m'envoyer du vin d'Espagne? Je m*eu suis détendue honnêtement et forI mais il m*a Tair fort décidé à n'avoir pas d'égard à mes remerciements

Je neveux pas oublier de te dire que je désirerais que tu fisses à Agathe un petit présent qui lui fût utile: soit d'un pain de sucre d'une couple de livres de tabac; elle consoninie beaucoup de Ton de Tautre.

Tu ne m'as encore rien dil du pAté pour M'"*' Miot^^'. Les prétendu ou vrais pAtés qui cliargeaient ta diligence'-^ n'ont pas été seule cause des accidents qu'elle a soufferts; elle était chargée ce jour-là de 36 mille livres, que M. de Vin y avait mis; tu pourras lui en faire les reproches; il doit t'écrire tous les jours : mais tu n'ignores pas i|u' est longtemps à devoir faire ce qu'il veut exécuter-

En faisant ce matin la revue de ma maison, j'ai vu avec effroi que mon bois s'en allait grand train; il faudia renouveller la provision sous quinzaine. El les bouteilles? et Tapotlneaire? et le médecin? etc c'est le diable I

*'^ El Koliind de nipoiidi^e (a janvier 178^, ms. 6a '1 o , fol, 1 3 a- 1 a 3 ) : ff Point de pâle pour pcrsoime; c'est un parti pris. Je donnerai un exe m pi !^ ire, , . -^

^' Alluaion un% incideiils dir voyojjo de noiaiid , hym^uW é[a\i t^\mv{ï pour Paiîs le ai décembre 1781. Il écrivait, Je a 3 dëceuibre, eu arrivant à Paris ; tr Arrive a la messagerie à dix heures et demie [du m\r], on cltargeait tant et Ton a lant chai^ la voiture, entre autres clmseïî de 180 pàlés^ [Hîsanl ensemble tîuvirciii ti,7no livn-s, *yav

nous ne sommes partie qii Q\\rh mmuit . Dt« le faubourg de Ikauvais, la voiture ayant faîUi verser, cril a fallu desceudr? dans la boue. . . décharger 60 desdîL^ [*âlës, pesant ijoo livres, d^uu plus gi-and nombre qui éljkient sur rimp/riale, tpii à elle s*:*ule ét*iil cbargée th i,aoo livres, . . 1» On voit [>ar celle lettre de Roland f|iie la diligence, qui aumit du partir dWmiens le a 1 , a « o heures et demie du soir, n'arriva à Paris cjne le a3 , à 1 1 heures du matin, soit 36 heure» |)our fil ire *ï8 lieues.

AiNNÉE 1781.

Lapostole f^ Wa ouvrir chez lui un cours de chimie, par souscription, bien entendu; M. de Bray veut y envoyer son fils(^\

Adieu, bonsoir; il se fait tard : Marie-Jeanne se gendarme; voilà neuf heures et demie. Demain lessive, matelassier, autre affaire au commencement de l'année. Mon bon et cher ami, je t'embrasse tendrement et vais dormir là-dessus doux comme miel. Bonsoir au corn-

^'' Le cours annonci^ici par Madame llolaod,etqae Lapostole doit Eure chez M y m imo-^estoëcessaireihent différent du cours public, non payant, qu'il donnait avec d'HenfiDez, depois 1 778, an laboratoire du J«rdin du Roi. crLe cinquième cours de chimie e^)érimentale, raisonnée et appliquée m arts qui en dépendent, s'ouvrira immédiateffleot après Pâques . dans le laboratoire dn jardin du Roi, par MM. d'Hervillez et I^apostole, académiciens 9). {Mm. de Picardie, 178a, p. 90.)

^*^ Alexandre-François de Bray, fils de lavocat du Roi, né en 1763, mort non marié après 1789. Voir siu* lui une lettre du prieur de Cluny à Roland, du 1" octobre 1777 : crLe petit de Bray est toujours étourdi et peu appliqué : il a été passer une quinzaine à Amiens. J avais obtenu du père qu il n'y irait pas; mais M. Ballin, qui avait des affaires dans la Picardie , a paru approuver le voyage. Je souhaite qu'ils soient tous contents les uns des autres.» (Ms. 63a 1, fol. 336-337.) — Voir Appendice E.

LCTTBKS DE HIDAHE BOLA>iD. I.

Au début de Tannée 178a, Roland est encore à Paris, pendant que sa femme achève sa convalescence et parvient, à force de volonté, à redevenir la nourrice de sa fille.

Il dut rentrer à Amiens le 1 3 février, car la dernière lettre que Madame Roland lui adresse à Paris est du 9, et le même jour (ms. 6260, fol. 1&6) il annonce son retour pour le i3.

Tous les mois suivants se passent à Amiens; c'est de là qu'il écrit à Bosc, le QO inai(ms. 6â&o,fol. 97), et aux demoiselles Malortie, le7 juillet (ms. 6â&i, fol. 236-387); il y est tout occupé de mettre la dernière main à Y Art du tourhier et de conmiencer la rédaction de son grand ouvrage, le Dictionnaire des MoMnffaiCLures pour V Encyclopédie métliodique de Panckoucke.

Entre le i* et le 17 août, il retourne passer quelque jours à Paris. En septembre, il se rend avec sa femme en Beaujolais, pour poursuivre (vainement, à ce qu'il semble) la cession du Clos, que son frère aîné, le chanoine Dominique, lui avait fait espérer. Mais ce voyage, dont nous ne trouvons qu'une trace (lettre du 1 9 septembre), dut être de courte durée, et l'année se termina à Amiens sans autre incident.

À ROLAND, À. PARIS f''.

[i*' janvier 1789], mardi après-midi, — d^Anriens.

Si jamais je pouvais te gronder, je te gronderais bien fort aujourd'hui, mon bon ami; est-il donc possible et même raisonnable de finquiéter comme tu fais d'après les nouvelles que je te donne? Tu me ferais, en vérité, regretter de te tout dire. Si je t'écrivais tout bouDement que ma convalescence va son train; que le mieux, sans faire des progrès rapides, dans une saison qui s'y oppose, augmente cependant tous les jours, je te dirais la vérité et tu serais content. Mais tu veux des détails, je les ai promis, je les donne, et tu t'appesantis sur les maux passagers, inséparables de l'état qui devance un rétablissements parfait, sans égard à l'ensemble des résultats propres à nous consoler. On dirait que tu te plais à multiplier tes tourments. Sais-tu bien que tu me désolerais et que bientôt tes inquiétudes me feraient plus de mal que tout le reste. J'ai reçu hier ta lettre du 29 après l'expédition de la mienne par les bureaux; le courrier arrive présentement fort tard; il y avait à la Poste plus de vingt personnes qui attendaient la distribution des paquets lorsque j'y ai fait porter le mien à près de midi; il ne faut plus compter pouvoir répondre par le même ordinaire. Ce matin m'est parvenue ta missive de dimanche au soir^^J; je t'adresse celle-ci directement, ce qui n'empêchera pas que je t'envoie quelque chose par l'autre voie. Je suis pressée de t'apprendre que je me sens mieux encore, et de te savoir plus tranquille. Ma dernière médecine a dissipé ces faims dévorantes qui me rendaient cruel le besoin de manger; j'ai de l'appétit sans douleur ni défaillance. Je reprends som-

^'^ Ms. Gq38, fol. lya-iyS. — L'indi- 3o décembre, à 11 heures et demie du

cation dMiniens est doniiëe par le timbre soir, et pleine de tendres incjuiëtades , an

(ie la poste. ins. G*j^o, fol. 117-118. Fja lettre da 99

* Voir celle lettre, datée du diinanclN* manque.

ini

lins êlre aidée de Topiuiii; voilà trois jours qoo je ne prends plus de bol; deux nuits ont été passables, la dernière excellente; je ressens uupeii de coli(|ue pour aller à la garde-robe, mais je n'y ai été qu'une foisbieret aujourd'hui; encore avais-je uublio le quinquina à souper* fai mangé du poulet ces deux jours à dîner et je m'en suis bien trouvée, EnCu j'ai sensiblement plus de force et tout me fait espérer (|ue [approche davantage à chaque instant d'une parfaite santé.

\\ps plus vives douleurs actuellement sont celles de ma fille, elle [ail des cris qui me déchirent; son dévoiement continue; je ne doute p que ce soit le germe des dents qui la tourmentent déjà : si je ne revieaspas en état de lui domier le seiu danj* le fort de cette crise, il fist à croire que je ne pourrai la conserver. M"*- Le HebouU^^ ellemême observe dans son ouvrage que la mauvaise disposition de l'estomac rle^; enfants dans ce temps-là leur fait un absolu besoin du téton, fniile durpiel on en a vu beaucoup périr à cette époque,

h viens d'écrire au médecin, il est indisposé, doit biire eu sorte de venir demain et me lait dire en atlendant qu'il ne faut pas mVIfr'ayer etquiî je dois continuer pour la petite son régime onlinaire; c'est bien leMiiilimejil de Marie^Jeanue et des bonnes femmes qui ont toujours peur (jiie ces petits êtres ne mangent point assez; moi j'opinais à mêles aliments en les donnant jdus légers, et je ne juge rien de ïDïeuxpour un estomac dérangé par quelque cause que ce puisse être. On r^p)rifl que les enfants ne sont pas dans le cas des adultes chez qui fado^fîiles humeurs fait de la diète une nécessité; *[u'il faut aux prelïï'^rs, pour supporter leur mal même, une force que Ton diminue vn reli-aiichanl de la nourriture. Puis je veillei-ai a faire suivre mes |>rin* *'ïp^«» et, quand je serai dans mon lit, on fera manger la petile, croyant ^*oijs rendre service à toutes les deux. Qui aura raison? Je ne le sais gflére ; mais je vois évidemment que le sein de la mère tianclierait promplement toutes les dilîîcultés. Je suis vraiment affligée, je te le foofesse avec celte etfusion de tendresse qui adoucit tous les chagrins,

'' M** Anei IjC Reboiirs, aaleuc J'iio Avis aux mères qui veulent nournr kum mfants,

1767» îfl-19.

LETTRES DE MADAME ROLAIVa

Ne va pas augmenter les miens par tes craintes, tandis que la nature se prête assez bien h ma tjïjénson. Us veulent me persuader que niuu lait reviendra; sera-ce assez à temps? ou croient-ils que l'espoir, mèuie non fondé, me soi! lui remède nécessaire?

J ai commencé celle lettre pour le consoler |>ar Texpose fidèle du mieux que j'e^prouve, et je m'abandonne à l'expression d'une inquiétude qui t'en fera prendre d'une antre espèce. Va, je serais bien embarrassée pour te voiler l'état de mon cœur; puis-je le cacher ce qu'il ressenti Ne t'arrête pas au mouvement douloureux qui m'agite, tu sais comme les atreclions se succèdent; ma fille va peut-être s'endormir, et l'espoir et ma gaieté renaîtront avec sa tranquillité,

Atlieu, cber et tendre ami, je t'écrirai ce soir et demain matin pour vendredi,

[À ROLAND, \ paris'".]

fr' janvier 1789, — d*Ami<?ns.]

... eu la précaution d'accompagner leur argeirt d'un billet propre à prévenir cette idée. Ma coifTeuse est accourue en pleurs, comme une étourdie, sans avoir lu le billet, ni compté Fargent, me faisant nn1le excuses si quelquefois elle avait manqué d'exactitude et me priant de l'oublier; je n'ai pu m'euïpècber i\v rire, elle en était plus déconcertée; c'était une scène de comédie.

J'ai passé nue journée excellente; je suis si bien, que ma garde demande à retourner chez elle samedi; elle me prie en même temps de lui permettre de venir sans intérêt coucher près de moi jusfjuVi ton retour; cette brave fdie m'a touchée, elle est d'un cœur et d'un dévouement sans pareil, on ne paye point avec de Targent des services

^^ï Ms. 6a38, foh i55. — LecommeQcenient maoqye. — Ed rapprochanl le P.-S. ffdo 3 ail nialîii^ et tes lettres île !lnhiji<l Jes 3o ri 3i decenibr.- 178 j (ma. (i-a/n*.

folios tty-iao) ol Au 'j janvier 178a (ms. 6ûlio, fol. t*i3-i93), 011 voit que (•t'tk^ iHIn* a étt* corumetic*/e li^ 1"' jainier 178a, îipi'èti renvoi de la pi^fëcIcuLe,

comme les siens. Elle fait nia lessive avant de partir, des confitures de jjdtV de pommes pour remonter ma provision que nous avons entamée de bonne heure, mille autres petites choses utiles et agréables. Je Taiim toujoui^s sous ma main à volonté pour toutes les occasions posgilib. elle s'y offre sincèrement mAme dans le cas où je me trouverais saiisruisiniùre, pour me servir en attendant. Celle que j'ai est propre, Imposée que la précédente, passalileinent entendue et assez douce; mais ce n'est pas de la vieille roche, ce n'est point one Marie-Jeanne àlB(|uelle on puisse tout confier; il faut au contraire tout veiller et ffmduire. pour la bonne économie; elle me paraît de bonne volonté, elje rhabitue à être tenue de court.

Je ne reviens pas de ce que tu me dis; une lettre impertinente du ^mgponîen^'M Je ne conçois pas cela, je n'y vois absolument rien. As-tu ton livre enfin '-^? Pour moi, je n'entends pas [dus parler du '^^lieur que des libraires; quels pays et quels habitants ! je ferais bien ciiorus : Oquandal. • • Tous tes gens sont ce que je les estiiiie, bons i jeter aux chiens; c'est une pitié que ces petits importants qui font fulle questions dont ils n'attendent pas les réponses, et rjui ne se soucient de rien moins que des choses qu'ils ont rimpertinence d'ordon- QGr. Je t'accompagnerai loin d'eux, de grand cœur, pour aller cultiver notre champ.

Tu te couches bien tard, mon amî, tu te fatigues sans songer à

loi à qui tu recommandes tant de ménagements; nous aui'ons bien

gaginj à dorloter une moitié si Tautre s'oublie comme tu fais! Prends

garde à ne pas me chagriner et sou viens- toi que cela ne peut man-

»qiivrd arriver si tn le tourmentes de quelque manière que ce soit. Pins sage que toi, je vais me coucher à dix heures; j'ai soupe avec ^^^ lïaricols verts de ma provision que j'ai voulu éprouver et qui sont ^^^m bons qu'ils peuvent Fètre.

i Roland avait écrit, dans sa lettre du ^^ : i-i^Jti reçu du Lfmgpoiiien la leUt-e />'tiH ùuprrtineiite quil soit possiblt* *^tîirjer; je lui ai répooiJii sur le champ

et sur le ïon que lu peux penser; tu verras Tune et laulre, mm je o'y irai pas [à LongjmiUj. . . T»

■• Le» Leitt^s d'halit.

LKirriES DE MADAME ROLWD.

Je vais le faire A pari une noie de mes graines à acheter, laîssaiil celte place, [umv le dire demain un bonjour; en attcnflanl, bonsoir au camarade; adieu, cher ami.

Le dnu- (Ut malin. Jamais je u'ai fait une meilleure nnil que la jtrérédenle : j*ai durnii depuis onze heures jusqu a six et (k*m!e, tout diiii somme; encore ai-je été réveiHée par les cris de ma petite, qui, de dessus le jardin où tu sais, a eu ce pouvoir, tandis que Marie-Jeanne, reuirée dans ma chambre, couchée près de moi, h^vée, sortie, avait fait tout cela sans mlulerrompre.

Je ne suis pas émerveillée de ma cuisim'ère; j'avais recommandé de hi dilif^ence aujoiirdliui, on a tout hiissé faire à Marie-Jeanne; je crois que cette enfjeanr** me donnera enfin de Taigreur-

Adieu, bon ami, sois eu paix, soiscoutenl, fais les alfaires Iranquîlh^nuMil; lu me retrouveras bien porlaide, et t'aimanl toujours plus que ma vie; je l'embrasse de tout mon rœur.

[À ROLAND, À parts"'.]

Jeudi ati ioîp, 3 jaiiviiT 17851, — |d*Amî<MiB.]

Enfin, mon bon ami, nous allons bien el tu as causé ('^', tout ira par merveilles. J'ai reçu liier ta lettre du 3 i , encore écrite à beure indue^ et qui, par cette raison, me fournit de nouveau Toccasion de te gronder. Pourquoi le courber si tard, après avoir tant couru le jour? Ne pourrais-tu nfécrire avant souper et ménager ainsi tes instants pour ta personne, comme celle-ci pour moi?

M. de Bray était présent à cette réception ; il me pria de ne pas différer ma lecture, que je fis alors tr*^s rapidement sans apercevoir ce

^'> Ms. 6a38 , fol. i y^-178. sajet de la cession du Clos. — Voir lettre de

^*' GVsl-à-ïliie, lu Ces expliqua* avec les Roland ii sa femme du 3i décembre 1781, parents de Villefraûche ( probablement au ms. t>a4a, foL 1 ly).

ijui leconcenjail. Il te dif mille choses el le [>rie de faire juisser rinrliise à LongpoMt. Bienvenus soient rbocolat, cacao et le reste dans sou teHi[)s; ji^ ferai IVHe à toutes ces choses; mais non à tes remèdes dont je n*ai plus ijue faire. Je savais Tun des deux depuis ioug-lemps, sans y avoir jHjur cela mieux songé dans loccasion. Je suis au mieux, mon bon simi; si tu favises encore de te tourmenter, je crois que je prendrai la poste à mon tour pour aller te prouver combien lu aurais tort. Ta mauvaise humeur contre mon petit médecin ne vient pas à propos; imagine-loi qu'avant de lire tes doléances, j'avais passé une heure et demie avec ce docteur h causer très juliuieut sur son état et mille autres choses; je venais de prendre un»/ idée très avantageuse de sa bonne foi, de rhonnêteté de son âme, de la solidité de son jugement, f(>nnnenl pouvais-je trouver tes réclamations? 11 |>eTit n'être pas bien savant, et j'avoue que la situation de sa femme est un l<*rrible arguraenl contre lui, mais il a un sens droit et, je crois, des vues désintéressées. Il convient qiie la médecine est fondée, en plus grande partie, sur des conjectures et que Texpectante est la seule qu'un homme droit et prudt'ïït doive pratiquer, que les drogues, ordinairemeul pernicieuses, ne doivent être administrées qu'avec la plus {jrande réserve; que Tétude du tempérament et des fantaisies du malade, le régime et les avis pnipres à rétablir le calme dans Tesprit, sont les principaux objets cl remèdes que le médecin ait à considérer et à employer, etc., etc. Qnete dirai-je? Il m'a paru aussi franc que raisonnable, ses raison iieinents entraient dans mes principes; je reslime davantage et j'ai pris l^clque degré de conOance depuis cet entretien. Noos avons parlé "*îia chimie tant cultivée aujourd'hui, et des gens a réputation dans

^^ genre Il me paraît bien plus partisan de Stahl^^' que de

USafje^^^ à la différence de son ami I/Aposlole, qui ne jure que par

^'^iWil (i(>6o*i734), célèbre par Hâ iorie ihi PhIfïgisUque. Son traite Fundai/d ckimim donmaticm et e^rperimenialix smi été traduit. Pniis, iySy, 6 vol. in-ia, 'Demachy, l'ami de Rolaud.

^^^ Sage ( lyio-iSa/i ), rtieinbre de rAcadémio des Sciences ( 1 770) , elait alors |M ofesseor de meUdlurgie el de iutni^ralogie dociinastique à ThÔtel des Mounaies {Àlm. rayai iïe 1783, p. 338).

ce dernier; j'ai appris qu'an sujet du cours d'expériences que L'ApostonM se propose d'ouvrir à la fin de ce mois, M. de Bray lui avait dit qu^~' avait un ami absent qui serait certainement charmé de suivre ces e^^m

périences, et qu'il désirerait pour cet ami que M. L'Apostole ne cou

mençât pas avant son retour. J'ai trouvé cela un peu aventuré de l^M part de M. de Bray; ce que pourtant je n'ai pas fait connaître au m^ decin, qui m'a dit tenir ce propos de L'Apostole; j'ai paru seulemei : d'une parfaite ignorance sur cet article : ce qui était très vrai. M. Lai^k^ thenas n'ignore pas sans doute avec quelle adresse M. Sage profite (H. la découverte, faite par un chimiste sdlemand, d'un acide dans les ve^ gétaux dont les propriétés sont semblables à celles de son cher favori" l'acide phosphorique ? Il répète toutes les expériences du savant étrar:iger, en fait de nouvelles sur les substances de tous les règnes, poimr' prouver sa grande thèse, l'universalité de cet acide, avec une ardeur* incroyable. Mais ne me sied-il pas bien de mêler ma musique aux ergo de vos docteurs? Passons donc à autre chose, ou plutôt revenons à ma santé, car je sens bien que tu n'es pas rassasié sur ce chapitre.

Eh bien , j'ai eu encore une nuit cadme et délicieuse , un sommeil doux et restaurant; quinquina, vin d'Espagne me font digérer parfaitement; je suis à la nourriture ordinaire, avec quelques précautions cependant. J'ai dîné avec des huîtres, de la soupe aux herbes et du mouton grillé, après avoir été cuit au pot; modérément quant à la quantité, mais très bien au total. J'avais pris au déjeuner une bonne tasse de café, teinté de lait; c'est le premier usage que je fasse de ce dernier et je m'en suis bien trouvée. Mon docteur me dit que le café est un amer qui me fera autant de bien que le quinquina, j'en suis très aise, je le prends avec volupté. Tu as grand'raison d'être indulgent sur larticle de la friandise, pour nous deux ta fille; nous donnons, elle et moi, terriblement prise de ce côté-là.

Pauvre ami! n'es-tu pas bien à plaindre d'avoir une femme qui, loin de devenir meilleure par les maladies, en acquiert de nouveaux défauts?

Noire petite va mieux: la erise diniiiiiie : elle a toujours le veii(re relitihé, mais muîiis de coliques, plus de sorameil el d'appétit.

rauniis bien encore quelque chose k te dire, si ton inquiète tendresse, facile à s alarmer, ne me faisait craindre de lui fournir des pn'*lextes, tandis que tu devrais être tranquille; mais je sais aussi quel crime tu me fais de la moindre réserve que Ion agit^^lioii et le d^^sir lie te voir en paix me font avoir. Rappelle-toi donc que je mange, digère et doi*s bien, que je n\ii plus de coliques et que les forces reviennent; qu'enGn je ne fais rien sans examen et sans conseil; puis sache que, du premier jour de Tan, ya\ faît revenir la femme à tirer le lait Elle vient le malin à dix heures et le soir à cinq et demie, moments où la digestion ne peut être interrompue par ropération; je déjeune à huit et je demeure au lit pour me faire tirer, afm de me reposer un peu apn^s. Les deux premiers jours, nous navons obtenu que des gouttes d'une eau {^[laireuse et salée; ce matin, cette eau était blancluitre et plus douce; le médecin et tous croient fermement que mon lait reviendra à mesure que je prendrai plus d aliments et plus de forces. Je m'occupe à mettre de Tenu et du sel aujourd'hui sur les mamelons, que la cessation de donner à téter, jointe à la maladie, a rendus presque aussi tendres que dans les commencements. Celui qui était resté intact s'est déjà un peu écorché : me voila aux soins d'une nouvelle accouchée, mais c'est une amnsette s'ils ne sont |Kis inutiles. Sois en paix, nous allons doucement, avec prudence, et le moindre ralentissement dans le mieux nous ferait arrêter tout court. Au lieu de m'envoyer des recettes de lavements, tu ferais bien de m'en chercher pour favoriser le retour du lait Ma garde et loutes les bonnes femmes m'ont prêché Feau distillé** de verveine; mon médecin m'a assurée qu'elle ne me ferait pas de mal, sans m'en promettre beaucoup d'eifet. Sa première affirmation m'a déterminée à en faire Fessai; j'en bois avec mon vin; c'est un assez mauvais ragoût. Que veux-tu? Si la nature me refuse les privilèges qui appartiennent aux mères» il faut au moins que tout le tort soit de son côté.

Je suis plus contente de ma cuisinière; elle a montré beaucouf:»i d'ardeur à réparer la négligence de la veille; on s'est entendu hier^^ et, après que j'ai été couchée, on a poussé le travail de la lessive jus — qu'à trois heures du matin; de manière qu'on a pu profiter du vent d'aujourd'hui pour faire sécher beaucoup de choses.

J'ai rangé dans ton cabinet, visité la cave et le grenier; j'ai serrfer dans la première du Rota^^^ et du vin d'Espagne; j'ai trouvé certaine demi-bouteille, contenant une liqueur dont tu as oublié le nom, k demi vidée par la pourriture du bouchon; j'en ai tiré ce qui restait dans deux fioles; je croirais, à l'odeur et au goût, que c'est de i'eaude-vie d'Andail^^'; mais sa couleur est rougeâtre; d'ailleurs sa qusdité est altérée.

Je me suis interrompue ici pour me faire tirer; le sein gauche particulièrement a fourni des gouttes de lait clair et faible, j'en ai fait sortir cinq ou six par le seul pressement de mes doigts; toutes ces femmes ont parti d'un éclat de rire à l'exclamation enfantine de surprise et de plaisir qui m'est échappée lorsque je les ai vues sortir; car j'avais et je témoignais toujours du doute de ce que ma téteuse me disait sentir dans sa bouche. J'ai de l'espérance qui contribuera encore à mon rétablissement par la gaieté qu'elle me donne.

J'ai envoyé un billet au relieur, je lui dis de m'apporter les exemplaires samedi en tel état qu'ils soient; je trouverai à les faire brocher par un autre.

L'histoire de la bru (^' t'a donc amusé ? Tu aurais été indigné, comme moi, de l'histoire du lendemain. La petite fille est venue passer la matinée chez M"*® d'Eu où elle s'est répandue en invectives contre ces vieilles insolentes qui feraient bien de s'en aller à Vautre mande et à qui elle allait laver la tête.

J'ai dit à M. d'Eu et au Sigisbée (ils n'étaient pas ensemble), qui

^') Rota, près Cadix. quelques ligues plus loin, eut appdëe

^*^ Hendaye. M"* de B. H semble que se soit une jeune

^'^ Nous ne sommes pas parvenu à de- dame de Bray, de la famille d*AIexandre-

méler avec cei-titude qui est cette bru, qui, Nicolas de Bray.

jiM>nt raronli^' l'aventure, ([ne je voudrais pour tout au luoride avoir été à la place de M**"' d*Ea; que je ne concevais pas qu'on eût la uiullesse (li'couter de pareilles impertinences sans faire rougir ceux qui avaient le front de les d<^biter à des gens lionnétes; qu'il était vrai ip'on se liait les mains quand on voulait tout ménager, mais que eiSlail un esclavage volontaire el qu*au bout du compte on n'en était pas pins mal avec ces petites sottes, (piaiid on les rangeait à leur (le voir. Tétais vraiment agacée; Tami de V[inJ m'a répondu tout bonnentenl : irQue voulez-vous? M"'** d'Eu u est pas de grande défense; elle n*a ni bouche, ni éperonsn. Je ne la juge pas, lui dis-je; je sais seuleiiienlque M""" de B[raj] ne m'en dirait sûrement pas autant qu*à elle, quoique je ne fasse pas grand bruit et que je veuille bien, assez souvenl, garder le silence comme une jeune fdle. Quant à la petite femme, je ne crois pas qu'elle me choisisse jamais pour sa confidente,

l^iuari balbutiait comme lu sais; c'était bien à lui que j'adressais

répî^niinme des ménagements- H me dit que sa femme avait donné à

VauliT des raisons à sa portée, en lui remettant son propre intéi'ôt

devant les yeux. 11 est bien question de raisonner avec des brutes quYI

faut maler! Point, point d'énergie nulle part; tous ces gens-là sont

lirailli^s par de petites considérations qui me les font toujours paraître

plus petits; je te jure que de tous nos liabitants d'Amiens f*n bloc,

étrangers et autr**s, je ne donnerais pas un iofa.

b femme de cliambre de M"^' de Chuignes est venue me présenter "'■sa part compliments et heureux souhaits, témoignant pour elle des «^rainles de s'exposer au froid et pensant qu'il pouvait me gt^iier de ^>rtir. Ce»tfori bien penser^ ai-je répondu; je m awjs pas de ma chambre^ ^jeredauie le froid plan que M"''' de Ch[uig-ne$] ne pettl le craindre. Du f^^^le, beaucoup d'informations de toi , de nos santés; beaucoup d'honnêtetés de part et diantre* Je ne puis pas m'ôter de l'esprit que le dernier mi*uû)re de la plirase de cette femme de chambre soit de son cru, tant il me semble mal digéré; mais re iju'il y a do sûr et ce que j'ai gardé injteUa, c est «jiie de toutes les pers<umi*s rpie j'irai voir quand je sor- J, M"*** «le Cli[uignes] sera une des dernières.

Le gros Pourceaugfmc^^\ suivant Ion excellente dénomination, est venu hier, sachant bien que tu étais absent, cr Monsieur y est-il? — Jl est à Paris. — Madame y est ? — Ouii), tout court, répond la fille novice, sans ajouter que je n'étais pas visible. — «cVous remettrez ces billets.!) Jai reçu deux Maug^ [Maugendre], dont j'ai fait aussitôt de petites cartes pour ma lampe de nuit.

Je ne sais, mais je suis bien aise du répit que tu me donnes pour mes dépêches à Villefranche ; je ne sais écrire qu'à toi. . . Je mens; j'ai fait ce matin une lettre pour Crespy. Mais, en somme, j'ai prodigieusement de paresse et je ne m'occupe qu'en vraie femme à ces petits tracas et bêtises de ménage, autour de mon enfant avec lequel je joue comme une autre enfant moi-même, ainsi que tu dis. Elle est encore éveillée actuellement, depuis deux heures d'après-midi, passant alternativement de mes genoux à ceux de sa bonne, mangeant ou buvant toujours, riant, pissant, etc., etc., et surtout s'amusant beaucoup à regarder le feu ou la lumière.

Nous faisons demain nos confitures et Marie-Jeanne m'apprend à faire de la tarte, chose qui ne me déplsdt pas, car je suis fort ignare en pâtisserie et ma cuisinière, assez bonne d'ailleurs, n'y entend pas grand' chose. Je crois qu'à tout prendre, j'ai un bon sujet; le tout est de la mettre dès le commencement sur le bon pied; on peut la mener; il faut conduire, mais elle est traitable.

Caron(^) n'a rien retranché du mémoire; nos gens y ont leur sac, et tout bêtes qu'ils soient, ils se sentiront bien mordus.

Ayant à traiter des (ils, cordages, tapis, etc., il faudra bien que tu dises un mot de l'emploi du sparte pour ce dernier objet et quelques autres; il y en a maintenant à Paris, rue de Popincourt, faubourg Saint-Antoine, une manufacture dont le nommé Berthe^'' est entre-

('^ Il ressort de ce passage que trie gros imprimeur du Roi à Amiens (Alm. de Pi-

Pourceaugnac» est M. Maugemlre, dont eardie, 1781).

nous avons d«^jh parité. — Voir lettres des ^^^ M.Gavotide Berthe,ffà qui la France

a 6 décembre 1781 et 3i janvier 178a. doit le bel établissement de sparterie du

^*^ Caron. — Sans doute J.- B. Caron fils , faubourg Saint- Antoine, à Paris . . . w {DieU

[ueiieur; on y emploie aussi de la filasse iraloès, pour rideaux, ylands et cordons de sonnettes; du jonc, façon des Indes, en tapis, etc, • . Urne semble que tu pourrais cherchera visiter celle luaoïifaclure, s'il est possible d*y pénétrer.

Enfin, tes livres sont délivrés; lu me parais avoir un grand débit d'un certain genre (^^ sans compter Goldoni *J; à propos de celui-ci, pi songé que le frère ^^L moins hardi que Faîne, sans oser le demander. désirait peut-être que tu fisses la même faveur à son abbé Burgot, que je me souviens m'avoir été présenté comme un aide à reviser les épreuves, etc. La tournure de Morin'*^ justifie mon idée sur son compte; je me rappelle l'avoir jugé maichaod dans hlme : cal tout dire.

ildieu, jusqu'à demain matin que je te donnerai nouvelles de ma noit; jVi beaucoup a{ji dans la journée; je ne suis nullement fatiguée, je me sens renaître à la vie, malgré riioiiible temps qu'il fait* Jamais les vapeurs du lac CopaïsW ne furent [dus tristes, et plus funestes aux esprits, que celles qui s*élôvenl de nos marais tourbeux. Pays et gens, rie» ne se dément.

Vt»ndrodi m a lin ►

Jai dormi, la tôte à peine sur le chevet, où je Trii posée à près d onze heures , pour métré amusée avec ma tille. Il court encore des r^k par la maison. J'en ai été réveillée à quatre heures; tu croirais

*"' Ailiisioi[ mix citations lia lien nés* dont Michel (Jtjutîîii avait faiYÎ las Lettres, pendant ([u*il en surveilkiL riin|jreHsioii.

'^^ Ije frère, c'est Goiifiiïi - Despréaux ; Taîné, cest Micbel Gausin.

^*^ MoriD, libraire à Paris, me SaiiiC- Jacques (Aim. de Patin ^ 1785, p, ia8).

* INous avons iMjà dit que , pour Roiand , Amiens cVtail -rla Béotien, de même que la Nonnandie était «la Grèce i». De là, dans la Correspondance , de nombreuses allusions tjue nous ne mm ; Mrr<Vterous plus à i^lever.

^' ^imfamrt*. Il, i65). — Cl: iind., P '77. une JelU-^ de M. de BerUie à Ko- ^^ Mk de Paria, 17 janvier 1783 . sur Ifll^. n f,t foilUie eu avril 1784 ( voir ^h 3o afril 178A , notée).

'flolaad, dans sa lettre du 3i dée*, ^ M«s livres sont enfui d/'livn^ de Wr; j«i ai mis sui'-le-chanip a brocher, ^ fflcrcmb j Vu distribuerai quelques-uns ; Jti liif itioo filleul qui ^ monte à 80 pro ; fini voir 1^ académiciens dfs qno imrai(i»s I>rochurt»s. . . ^

qu'ils sont dans ma tète si je n'en avais pris un bien dodu. Passe encore, aux souris qui mangeaient nos confitures; ces petites bètes ont un air éveillé, propre et fripon qui ne me déplaît pas: mais les gros vilains rats me font peur; ils peuvent faire beaucoup de dégât dans le I linge s'ils en trouvent : je vais bien veiller à mon grenier.

A peine le jour a-t-il paru que j ai regardé, pressé mes seins; tous les deux ont donné des gouttes de lait que j'ai goûté; il est encore léger, mais fort doux. Je viens de prendre mon café en l'honneur duquel je supprime la tasse de quinquina du matin. Je mangerai une soupe au lait avec des jaunes d œufs; j'ai grande hâte d'avoir mes graines; je n'ai pu retrouver de lentilles, et j'ai besoin de farineux. Il faudra bien recommander à La France'*' qu'il prenne garde à ce qu'il n'y ait pas de pucerons; on dit que tous les pois d'ici en sont infectés et que c'est très malsain.

Je n'ai pas mis les petites cuillers sur ma liste, bien persuadée que tu ne les oublierais pas.

Tu ne me dis pas un mot de ta santé, de l'Ësculape, de ce qu'il te fait, de ce que tu en ressens; ce silence me cause une impatience cruelle; j'imagine à mon tour que tu n'as rien de bon à m'apprendra, ou que tu négliges des soins importants, autant que tu oublies de m'instruire de ce qui est à cet égard.

Je ne me familiarise pas avec l'idée du Longponien t'écrivant du ton que tu dis; il faut qu'il y ait là-dessous quelque malentendu, cela me friche vraiment. Il faut aussi que ce soit réel pour t'empècher d aller le voir; cette ombre de refroidissement m'afflige. Fondée sur quoi, à quel propos cette impertinence? Je n'y vois goutte et n'y comprends pas davantage.

J'ai vu hier à la cave qu'il importait de faire tirer mon vin; le tonneau est tout couvert de moisissure. Ma garde et mon médecin payés, j'aurai dépensé la moitié de mon mois; deux cents bouteilles et deux cordes de bois à acheter avanceront bien l'autre moitié : resteront

^'' iNous n'avons pas trouve, à VAbnanach de Paris que nous avons consulte (Lesdapart, 1785), le nom de ce mai-chand.

Tapothicaire et le ménage jusqu'en février. Dans le besoin ne pourraijepas demander trois ou quatre louis à Flesselles?

M"^ Coquerei^^^ a envoyé chercher son loyer; j'ai reçu sa quittance.

Voilà bien des causeries de ménage; on n'est pas mari pour rien.

Je suis fâchée que nous n'ayons pas de nouvelles de Messine; les

épreuves que l'on subit intéressent et attachent davantage à ceux qui en

ont souffert de pareilles ou à peu près. Je suis en peine de ce brave

W. Lallemant<*J qui te jugeait si bien et qui a essuyé tant de mal-

ieors.

Adieu, bon ami, j'attends de tes nouvelles avec empressement et je '«pmbrasse de tout mon cœur.

Saiut et amitiés au fidèle Achate.

[À ROLIND, k PARIS f'>.]

A onze heures un quart [du matin]. Le h [janvier 1789, — d^Amiens].

Je reçois tes deux paquets du deux du courant; le mien est fait et je ettrai ce mot dans le mémoire dont je t'envoie les deux exemplaires ^mandés W.

J'ai lu les lettres du Longponien; mon bon ami, tu as été un peu if; il y avait de l'amitié dans sa lettre, et seulement un peu de ce Ion sermonneur dont il peut avoir pris l'habitude. Tu étais assurément

^'^ Marie-Anne-Ureole de La Haye, veuve <lc Pierre-Charies Coquerel , propriétaire de ^3 maison de ia rue du Collège où habitait «olaDd. — Voir Appendice E.

'*^ M. Lallement, \'ice-consul à Messine

(ilm. royal de 1788, p. 262). Roland

tàûi Ué avec lui dans son voyage d'Italie.

Voir Lettres d'Italie, t. IH, p. 806-8 17, et

t. IV, p. 3 , où il représente M. I^Ueraent ,

auprès duquel il (^iait resté un mois, comme

ftun homme de mérite, dont j'ai tiré beaucoup d'instructions v ,

î'î Ms. 6288,foL i8a-i88.

^*^ Roland avait écrit, le 9 janvier : rr Expédie-moi deux exemplaires du Mémoire sur les moutons V. C'était son rr Mémoire sur l'éducation des troupeaux et la culture des laines «, qu'il avait fait paraître dans le Journal de Physique en juillet et août 1779. — Voir Appendice G.

LEnilS OB MADiHE ROL\.\D. — 1.

IWPKIULBIi: SATlUtALL.

lia LETTRES DE MADAME ROLAND.

dans une disposition triste quand tu as lu sa missive , et tu n'as pu réflc^chir qu'il pouvait lui-même l'avoir faite dans un moment moins heureux que beaucoup d'autres. S'il avait eu la moindre envie de te tirer dessus, ta terrible réponse ne lui aurait pas fait écrire en second du ton qu'il a pris.

M. d'Huez t'a parlé en étourdi, comme il est, et je le reconnais bien là, voulant faire le plaisant et paraître un personnage ^^J. Si tu voulais me faire un plaisir sensible, tu irais à Longpont; si j'osais, je te dirais que je t'en prie: mais pourquoi ne l'oserais-je pas? c'est suivre mon cœur, cl je ne puis le trahif. Va voir ton frère, mon ami, reviens content; c'est ce qui arrivera quand tu l'auras vu. 11 a prêché, en écrivant, comme notre voyageur Chompré^^* vendait en dormant; ne voilà-t-il pas un {jprand crime? Au bout du compte, on voit que l'in-térêt de rattachement perce dans ses expressions. Je connais si bien la sensibilité de ton éme que je ne suis pas étonnée qu'elle s'irrite parfois d'une apparence désagréable; ton frère te connaît aussi bien et ne fait sûrement que t'en chérir davantage; va le voir, je t'en conjure; c'est celui de tous avec lequel tu as eu le plus d'intimité; je ne puis te dire ce que je souffrirais de voir le moindre nuage entre vous; va lui porter pour moi le baiser de paix, et que la confiance, la joie, renaissent comme au temps jadis.

Je t'embrasse toi-même avec un attendrissement que je ne saurais exprimer. L'heure rue presse : il est plus tai'd que je ne croyais.

(^^ Il semble bien, par ce passago et par thenas ëcrivait, en P.-S. à la lettre de Roland

crautres qu'on trouvera plus loin, que ce du â3 décembre 1781 : (rj'ai éié voir ce

M. d'Huez avait des rapports avec Long^pont matin M. et M"* d'Huez, que je n'avais pas

et aviM; Pierre Roland. Faut-il songera visites depuis leur retour; ils m'ont fait voir

M. d'Huez, sculpteur, ancien professeur à des pièces anatomiques qu'ils ont rëcem-

l'Acaddiuie royale de peinture et Ao scuip- ment achetées . . . »

turc {Alin, ivyal de 1788, p. 617)? Il était ^*^ Nous ne sommes pas en mesure d'é-

flu même âge que le prieur de Longpont. Lan- claircir cette allusion.

[i KOLAi\D, 1 PifilS ".]

6 jaii¥icr 1 78a , — d*Amiem.

'ai reçu ce matin, mon bon ami, avec rempressement et la sensibic|ue tu me connais pour tout ne (|ui vient de toi, la lettre où sont

lîerinées tes consultations pour notre petite; son étal, heureusement,

peniiel de ne pas faire usage de toutes en ce moment, mais je les

m très utiles; je les conserverai avec soîti et je vais employer Texpt?-

Ivent nue lu m'indi([ues pour lui faire prendre du lait. Je le trouve

wcelleul ; il in'arrive d'autant plus h propos^ que j'étais toujours tour-

ïïienlée par la crainte qu'elle n'avalât beaucoup de vents avec notre suçon (le toile, meilleur pour elle cependant que la cuiller qu'elle rebuk», et propre à lui conserver raptîtude à premJre le sein. Aussi se jiîtW-etle dessus celui-ci, lorsque je le lui présente; maïs elle y trouve a peiuede quoi humecter le bout de sa laufjue, et je ne puis l'y laisser iju'uu iîislant pour qu'elle ne s'impatiente ou ne se fatigue pas.

Son dévoiement va toujours en diminuant : voilà trois nuits qu'elle pwîisejKiisiblement, et ses excréments ne sont plus verts; elle est entîn b<?auroup mieux. Je crois effectivement que ce ne sont pas les dents fi lui ont causé ce mal-ôtre, et j'imagine en avoir trouvé la cause : '^'ka prisau commencement de son sevrage de mauvais lait de vache; iWrible Joséphine, que je hais franchement, nous eu imposait en disant qu'elle voyait traire de l'animal celui quelle apportaiL; je te cuolerai cette fraude; nous avons substitué un meilleur lait, qui sans

I dmle aura fait révolution en chassant Thumeur produite par le pré-

Uéàmt

Nous avons joué ces derniers soirs en mettant ce pauvre enfant, dérrassé de ses langes, sur une couverture étendue par terre à quelque

Jf. 623«,roL 156-186,

tts

dt.>«lance du feu; je suis aâsiie^ comme présideote, sur un petit marebe-pied; les trois (illes, à genoui autuur de la couverture, regardent, jargonnent, badinent et sont aussi jeunes que la mère. ()uî fait Fenfanl comme sa petite* Je me porte toujours mieui , et je te dis très vrai ; je dore cinq à six heures sans me réveiller, et, loin de me ressentir de la maladie, je suis plutôt d«5Jà disposée au resserreoieut qu à Tétat contraire* Aussi j'aide encore restouiac , pour ne pas faire de changement brusque ♦ mais je diminue la fréquence et les doses du quinquina et du vin d*Espagne. Mon docteur ne re\ient pas; j attends sa première vbite pour lui donner ses honoraires. Ma garde est allée chez elle de ce matin; mais elle viendra coucher jusqu'à ton retour; elle m'a priée de le souffrir, en ajoutant de ne pas la tourmenter pour rien accepter. Je l'ai payée hier au soir très grassement, mais, quoique je sois gênée dans ce moment, je ne me sentais pas capable de faire moius pour ses senices. Elle a passé avec moi trente-six jours, que j'ai tous compté^ à >îngl sols; et j'ai mis un petit écu en sus pour de petites choses que je le dirai; encore lui ai-je donné le tout dans une bourse de Glet vert, qui l'a singulièrement llattée, ainsi que ce que je lui ai dit; il a fallu quelques efloris pour la déterminer à tout prendre.

Je n'hésiterais pas, moi, à la prendre elle-même, si elle était un peu moins âgée; tout attachée qu'elle soit à son chez elle, je serais bien sAre de la décider : j'en juge par ce qui lui est échappé à deux fois diiïéreules. Je crois bien aussi rju'ctle a assez de sens, ou de finesse, pour rélléchir qu'il lui serait avantageux de se trouver avec d'honntiles gens qui pourraienl faire avoir si»in d'elle sur ses derniers jours, pour quelques années de service qu'ils en auraient encore eues. Car c'est !'ol*li||aiioîi qu'on s'imposerait en ôtant de son pro[>re ménage une fille (lésa Ireuipe et de près de soixante ans. Elle est sans infirmités, plus forte el plus habile au fravaii que mes deux jeunes filles; combien cela durerait-il ? Ce qu'il j a de certain, c'est qu'elle nous est bien dévcHiée et que nous Taurofis à notre volonté, dans Toccasion.

Pour (luir rues histoires de ménage, j*ajoulcrai que, par une suite de mon bofdieur en ruisinièiT. nui nouvelle s'est blessée au talon par

la cluile d'une chaise; j*avais eoni[*ns d'iibord f|u1l nm rlaiL ivsiilh* quujie douleur, et je lui avais fait mettre de Tliuile et du vin chauiréâ ens»'nd»Ie; ce remède lui a bien fait, comme à toi Teau de vie et le sel, durant vingt-quatre lieures, après lesquelles \e^ douleurs sout devenues

ipiu$ vives; j'ai voulu voir le mal, j'ai aperçu uu petit trou eomnie (dni qui «^taît à ta jambe, la dernière qîiinzriîne de ton mal, et lieau-

, nm|) iriullaïiimatiou autour; j*ai lait laver soi|jueusemeiif, puis Jai applique un petit emphUre de rougueril qui t'a gurri, Anoelin ne s y

Ulail pas assez bien pris pour toi pour que j'en attendisse mieux dans

|c6tle circonstance» et j'ai cru bien faire de m'y prendre ainsi. En consi^(jiii*îïce de ce mal, on va clopinant, on ne se lève pas de bonne heure, on ne prend pas vite le train leste auquel je veux habituer, et

I je ne puis beaucoup il ire. J'ai quelque peur que cette grande Femelie n'ait un peu de cette espèce de lenteur assez, ordinaire à celles de sa taille et de son encolure. Je ne saurais encore la bien juger.

Ma femme à tirer continue de venir deux fois le jour; j'ai Inujours du lait au bout des seins : il sort aisément, coninienee h prendre [>lns décodeur et de consistance sans être encore sucré, mais je ne le sens [Kiinl encore monter, tant est petite la quantité que j'en fais. J'espère beaucoup néarunoins; je n'éprouve pas de fatigue; d'ailleurs je suis loiijjlemps au lit et je m'en trouve bien, cai' le uiatiii il y a toujours wnpeu de gonfîement dans les mamelles, tandis que le soir elles n'ont mmni rien, surtout si j'ai un peu agi.

J« mange fort bien; les trois petits [>aiiis, à peu près, disparaissent à nous deux ma tille, et je n'ai pas eu la uioindre colique de toute «tte semaine. Sois donc enfin, mon cher ami, tranquille et content; hï$^j\ paii les ailaires, ne laisse rieu en arrière; ne reviens près de tti'^itjuepour goûler sans divei^ionles charmes de notre vie occupée. S* lu tardes un peu, peut-être me retrou veras-lu lunurice; cette idée "^''"fbftle, et je n»* fais que me prêter à peine aux plaisirs qu'elle me

, P^WeL J'envoie aujourd'hui chez Bariri '^' pour enfuir des bouteilles; ji*

Bflrii7^ — finits ne savons rmi de ce

rhrinrl.

vais employer cette semaine à faire rieltoyer et ranger ma maison; un] ne conçoit pas quel désordre j*ai trouvé dans mes ustensiles de cuisine ;^ il y a de la casse, du dégât de toute espèce : j'en ai de l'indigtialion

Tu auras trouvé joint au mémoire un billet (|ue j'écrivis rapideiii«iil après la lecture superlicielle des lettres du l^ongponien; j'ai bien jujé depuis que tu n'avais pas besoin d'être engagé h aller le \oir, et iu ne dois regarder mes prières à ce sujet que relativement à Teuipi sèment que tu aurais à me venir trouver et qui pourrait t'empécherd^ faire ce petit voyage.

Je t'expédie une pacotdle de missives; j'y joins des lettres que ja plus tôt fait de Renvoyer que de te dii'e que je les ai rernos; tu trouveras aussi du d'Ornay.

J'aime bien M. de Mtgi [Montigny]^'), au Musée, rongeant ses ongl derrière l'homme dont la présence devait lui rappeler la leçon; tu fen bien d'aller le voir, et de lui parler comme tu te proposes; urm je ii^ crois pas qu'il t'en fournisse roccasion. Le petit M. de Llj**''[Lalaude]<. avec son vilain masque, me paraît devoir faire partout une singulitTo figure;]e ne connais pas le visage de son pendant, mais, à les prenJr*» du côté scientiOque , tu n'étais pas mal à la place du milieu. Que dt^l^nl

^'^ M* MigQot de Montig^ny (171 6- 1 78*1), loeinbiie tic IMcatltjmic des scieûces. Il avait encoui'agé les pi eniicn* travaux de ïlolaud : tt\h de Monligoy. , .qui avait fait le rapport de plusieurs dénies Mémoires ... t> (Mém. des atrvkcfi de Roland» 1781, m s. 6â^3, fol* 3i- 6.3). Mais \\ y avait eu eo- Sïiite» en 1780, beaucoup de relmidissonient, à propos de» di-méli-s de Roland avec Holker {voir Appendice G). — Roland avaîl f^crit h sa femme, le 3 janvier 178a (itiH. ^ùho, fol. 1 a a): ^ Je vieosiJii Musée. . , je me suis trouvi* entre \1. Mactpier et M. de t.alande; puis esl venu M. de Moniigny, qui s'est tenu longtemjïs debuiil derrière moi, qui, m*dlant accrocb^ à M* Hoiïmann que j*ai rencontra, causais

avec lui sans faire attention, ou Uml rotnme. Entin j^ai fixé rhomme, je lui ai sou liai tt^ le bonjour; je lui ai parlé de moik voyage » je le lui ni ofTerl ; je Tai ft>rft» tïi^t ci^pter ma chaise; il a voubi ensuite quô nous ius^sions «ssiei toiir il tour; j*ai toujoui insisté. Tu penses bien qu il n*a été ques lioo de rien relativement h rofTain?; j*i It voir, bii^n plus n^solu de lui n^pondi loïit net sur 1 article, s'il m'eii parle. /1» — Vmr au ms. 6q4o, fol. 97» une ieltit* de Ri laiid à Bosc, du ao mai 178*1, sur la moi de M. de Moutigny. V Éloge dû Mifpiol é Monligîiy se trouve au lojue M, p. 58 5t|8, lies Œuvres de Cottdottet, ëdilioi O'Goiiïior. Son oncle palemel avail éptmi une sœui* de Voltaire.

lu \ïii>k [affaire] de rHoirm[ami], de Strasbourg^"? Je suis très aise de lail<^li\n»ïice; je crois pouvoir nommer ainsi la lil^erté de Ion ouvrage; InW/f a bien envie de s'accrocher à toi et, par-dessus tout, de paraître quelque chose* Quoi i\u\] fasse cependant, je ne crois pas du tout ijuil ait la confiance de se dire koh pittore anciiio! Notre pauvie amie Falnf^e^^' n'est pas en bon état; je suis persuadée qu'elle a tait ell(Ml|H»ur récrire; sa main n'est pas aussi assurée que de coutume. Je lui adresse un mot; ce n'est pas un plaisir seulement, mais encore une obligation que de prévenir ses amis en pareille circonstance.

Le pistolet est remis sur son arrêt; j'ai vu ce matin M. Flesselles avant la réception de la lettre; je viens de faire un billet que je lui enverrai demain avec le velours.

L'ami De \[in] est venu passer dernièrement toute une soirée avec moi;ili^lait plus historien que politique, et h^ temps s'est passé agréablement. M. de By [de Bray] m'a donné la note que je t'envoie pour que lu lui achètes les ouvrages désignés; je pense quil l'aurait cotisulté auparavant sur leur utilité, si tu eusses été présent pour lui répondre.

Cest labbé Raynard qui loi a conseillé pour son tils ces lectures prirailives, afin de le préparer à tirer quelque fruit du cours d'expériences rliimiques auquel il va l'envoyer; le professeur a surtout beaucoup vanté la Botanojjraphie f^^\ ouvrage lout à fait nouveau, comme eicelldut pour donner les élémerds de cette aimable science. Le jeune fconjme me paraît , comme de couluoje, entreprendre a hi l'ois beaucoup EcWesdontil n'apprendra sans doute aucune. Il étudie Farpent^^j

le.

unerarchilecture sous les yeux et par les soins du balourd Sellier ^^'

'^' Fnmrriis * Ignare^ - Joseph Hoffmann ,

jilat^ ili] staihneister de ilngueiiau

• Boas avons parlé (LeUre l'i)» sui"-

umé le htiiH (iï avait aciietc te baitiitige

Hd) et «^tobli à Sirasijourg où il tiii-

' jtOKjii ♦ un gi*an<t coainufrœ de ga-

, ;ïrajl suspendu ges paie moûts en scp-

hre 1781 et se Irouvati eu Hipiidalîoi».

ideAI. labbé Haiiauer.)

^'^ L*aînée des demoiselles Mitlortîe.

^^^ [.a lîolmmijmpkip. belgtque de Kr.-J. Lestilimidoi^, 1781, t vol. iii-S".

**^ Jactjueiî Sellier (173^-1808), d'abord ouvrier, scjldat, niagister, puis arrhitecleingeiiiiur de Iri municîpalile d'Amiens, crealeiïi' et dii-ecleiir tie TÉcole tles AHs de cetle ville, meml»re de mm Académie, etc* — Voir snr lui an arïirle intéress«inl dfî la

t2ft

qui lui donne pour cojiuuencei' de petils |iorli(|iies à copier. La grosse hHel Mal lieu I' à ses élèves! Je ne sais si le maître de uiusiqni! et dr basse est aussi m«iuvais que celui de dessin. L;î sœur et son mari'*' sont venus fiuitôt eîi visite; je ne les ai pas reçus* Les Chamout, de Br\ [Bi'ay]'-'^ el auti^es arrivent à leur tour; il pleut des cartes qui t'nhligerooi à visiter aussi.

La sigiiora non e aiicora venut-a da nie; ed ha fatio cosa piain> pin grande cerlo cirdla non puo credcre. Non sono sbigottita dei a (u ^rr tu chedici; una volta aveva Irovatola stcssa rosa, e ben aveva sentito ch' io recava deir inipacciof^l

Adieu, mon Ijou ami, tu auras un mol demain malin; je f embrasse de tout mon cœur. Amitiés au compagnon.

Lundis 7. — J'ai dormi à ravir, je nie porte bien et je t'aime; voila tout ce que tu auras de nu)i aujonrdliui; ji* i*anj;e, mets des clous, fais écurer, etc. Ecrit sur mes^genoux au^cabineL

[\ ROLAND, \ CARFSW]

Lf* 8 janvier nu soit'ftyKti, — ti'Amii'iis].

Je ne sais, mon bon ami, ([uaiifl nous sortirons d'end>ari*as; ceux-ci se succèdent pour uonï^ avec une constance opinidlre. Ne va pas tinquiéter

Uiùgraiihk tkjt hommes céfèbrra de ia Somme ; cf. Inventatrr des Aveimm de la Somme,

de Picardie de lyHg , p» îiù^ Si), 90.

*^^ Duneux et sa femme, (ille de M. de Bray. — Voir letlre du çt i mm 1 7Î^i .

'*^ Jvfj« Cliamont etinenl iiru! Huiidie musrd^ralile d'Amiens, ail i*ie aux de Bray. Nous U^nuvons, à VAim, de Picardie de i'j8i : «îJuj'idiclioii cousidaire : amsids, MM.,.

rDebray-ChamonH ( j). 87); f directeur dis vingtièmes, M» Glmmonlt» (p. 4^4); ffconti'ôleur des vinglièmes , M. Cliiimont f\h^{ilfidX — * itSo-ck^të de musii|ue, MM.*. ChamoDli» {ihid., \h 48). — Altmmach de Picardie de iySA : ffCliamhre de Cmnmerce,. . . syndics, MM. . . de Rray-(ibamont^ (p, 4<| ).

^'^ Nouïî ne savuns de quelle dame il eî^t question.

t* Ms. 6^38,tul. 187-190.

de ma personne : je m\* porU* toujours iiiieii\ et jt* ptiis dire lurl hieii; mais, par nne suite de mon I>onlieii[' en riiisinière, celle cpie j'ai a son laion si bien hypolln^cjrie qn'il faut la tenir assise, avec la janih** sur nne chaise. To sais mes raisons pour n'avoir pas envoyé chercher Ancelin et pour avoir preItTe de me servir de Tonguent «pii t'a guéri un mal semblable; la snppnialion s'est établie telle i]uV*lle fut a tii jambe; les douleurs sont vives et la plaie n'ayant (et ne pouvant avoii- eucore) im air de guérîson, la tille a désiré voir une damf de celte ville qu'on lui a vantée et dont ou dit avoir vu des cures merveilleuses; je ne nfy suis pas opposée; cette dame lui a conseillé d'appliquer pour tout onguent une sorte d'euqjhîlre l'ait de pain bis, de petite bière et de suif de chandelle, bouillis ensemble et réduits t*u pâte. Nous lèverons ce soir le premiei- appateil. Eu attendant, il a fallu recourir îi Marie- Jeanne pour les petites courses et la besogin^ du méuage, de manière qu'au lien de retourner chez elle ce matin , elle est restée et va continuer jusqu'à ce qne je puisse tirer meilleur parti de l'autre.

Je ne puis nn* défendre actuellement de répondre, avant t*Hit, h l'observation qui fait robjet principal de ta dernière lettre ■^^; j'en sens toute la force et l'importance, autant qu'il soit possible, puisipie je vois 8*écoider de mes mains ce que mille choses à avoir donnent le besoin de ménager. Mais, de ce que tu appelles mes générosités, je n'ai rien fait dont nous ne fussions convenus, à Texception de mon nourrisson, qui ne fait même que remplacer Joséphine à laquelle j'aurais donné si elle était restée; car la nouvelle arrivée n'a lien eu; non plus que Saiut-Pierre, qui est venu le i^ jour de l'an, la guetde enbirinée, et qni s'en est allé tout penaud, chose qui est merveilleusement dans son caractère et qui m'a un peu fait riie.

Au reste, si je te réponds, ce n'est pas pour me plaindi-e d*^ ta i*éflexion : elle est trop raisonnable et trop fondée; c'est seulement pour

^^ Rolaiid avait «krit, le 5 janvier 178a (ras. 6âilo« fot. ia*>), h propos des petits cadeauit k Marie-Jearmc (liHlre 36) : «rtl me INffalt qtie tu fais des gënërasitës saii» peut-

être ln^ancoup dV^gards à nos moyens» Je crois, mon amie, qu'il sérail plus prudent de ne pas se mettre dans le cas de ne pas faij'e le nécessaire que de faire le superflu» 'j

te (lire aussi tout ce que je vois, et tout ce qui me vient. Qu'aura»-tu pensé de ce que j'ai fait pour ma garde? Tu me le diras, j'espère, et ton jugement me guidera pour une autre fois.

Je me suis donné beaucoup de mouvement, ces deux jours derniers, pour des soins de propreté que le malaise de Marianne dérange beaucoup, à mon grand déplaisir; j'étais hier en vraie ménagère, lorsque M. d'Eu est venu me communiquer ta lettre et m'en remettre une sans adresse, qu'il jugeait être pour moi; je lui dis que j'en avais reçu de toi et que celle en question regardait, sans doute, M. de Vins; il insista pour que je l'ouvrisse, comme chose de convenance; il ne fallut que la première ligne pour confirmer mon jugement. La véritable raison de son empressement à m'apporter le tout m'a semblé être la curiosité de savoir l'histoire de la perruque, dont il n'avait pas connaissance; cette bagatelle, qui n'est vraiment rien que cela, n'a pas paru lui faire aucune impression, parce qu'il est habitué, je crois, à tolérer le ridicule chez M"*® G^ogne^^\ ou qu'il se fait une loi de ne pas trop blâmer ce qui se passe dans ce tripot. A propos de cela, on dit cette charmante fort mal avec l'intendant, presque aussi mal qu'avec son mari; ce n'est pas pour rire, comme tu vois; Monseigneur l'a désobligée chez elle, devant quinze ou vingt Béotiens, par un silence méprisant, pour toute réponse aux plaintes qu'elle lui portait contre un de ses domestiques. On particularise encore d'autres bêtises, on pense qu'elle pourrait bien être renvoyée toute seule dans sa Bretagne; cette affaire excite un coassement universel parmi toutes nos g^renouilles.

Autre chose, qui fait autant de bruit par l'idée de celui que produira l'événement; c'est une comédie intitulée : La Femme nouvelliste^ dont l'auteur, certain M. Deville^^\ jeune homme de notre marais, fai-

( I ) jyjm. \in„grpnd rc. Paris , en 1 7 8 s , aa théâtre de Nicolet , Pierre

^*^ M. Deville. — Probabiemeui Jean-Bap- Bagnolet et Claude Bagnolet sanfiU, comédie

liste-Louis Deville, né à Amiens le so août en un acte et en prose {Biographie Rabbe).

1769 ,prësident-li'ë8orier de France à Amiens H était fds de M. Deville, procureur du Roi

(1785-1790), mort en i83&. Il fit jouer à honoraire à la maîtrise particulière des Eaux

saut métier de ne rien laire, a prétendu peindre et critiquer toutes nos bellen et autres; chacune aura son paquet; sans donte, charmie croira reconnaître sa voisine dans le portrait qui peut-être aura été lait pour elle-uiéme* Le principal personnage est une Tenirae bel esprit débitant beaucoup de sottises, La première représentation est fixée au jeudi 17, Tous se récrient qu'il y aura du tnniulte, par les huées, lessifUets qui ne penvenl manquer d'avoir lieu; déjà on a arrêté qn*il j aurait au parterre deux sentinelles de plus que de couluuie. On cioit très fort, et toutes les lemmes me [laraîssenl devoir être ardentes îi le répandre (jVnten«ls celles qui ont peur), que cela ne vaudra rien; qne ledit sieur n'a jamais lait que de mauvais vers et de la prose qui n'est guère meilleure. On ajoute encore qu'il sera peut-être obligé de quitter la ville, et qu'aussi son paquet est déjà fait. Il faut qu'on prenne nos femmes pour des Bacchantes, et, si tout ce cancan nVst pas un tour d'adresse de l'auteur, je n'y vois que la bêtise de nos Béotiens de mettre tant d'importance à ce qu'ils assurent ne rien valoir*

Tu supposes à la visite du jMjétereau'*^ des motifs singuliers; je n'y vois trop rien. Sais-tu combien il est mal avec sa mère ? Elle ne peut le souffrir et ne sail même pas le cacher, Deruiêiement, sortant de souper, je pense de chez M. Chamont, elle ne voulut jamais consentir que ce fils occupât une place vacante dans la voiture d'une femme qui la reconduisait et qui voulait se charger de toute la famille; sa ridicule opposition a fait scène; encore étaîL-ce pour la première fois qu\dle lui avait permis de venir souper dans cette maison où if avait été invité [plusieurs [fois] avec elle et le Pmirceaugnae, Celui-ci s'escrime coumie les autres contre la pièce à jouer : frUne femme bel esprit! disait-il hier. Il n'y a point de femme dans cette ville qui s'occupe de littérature ni de science; ce portrait ne conviendra k personne.^

et ForéU d'Amiens [Alm, de Picardie^ 1 789 , p, êi; 178^, p. Su)* C\\ Hiofft'tti*ftie des Auntmej çéièbren de h Somme; — A. tk Louleneoiirt. Les trèst/ners de France de la gèwMitèd'Àmienê,

f^^ n semble ressortir de ce passage que

rri*' pi>fi|f t'eati « T plusieurs fais iiieulîonii^ dans les lettres ik Madame Rolnnd cl an sun mari, ^tait un fils d« M. Mini^j^eiidiTe. — Voir d'ailleurs la page suivaule.

C'est peut-être la première fois de sa vie qu'il se soit aussi peu éloigné de la vérité. On nomme trois femmes, cependant, qui se proposent d'aller au cours de chimie. L'Apostole disait, au rapport de M. de B[ray], de qui je le tiens, qu'il était fâché que la saison et ma santé favorisassent aussi peu mes sorties, qu'il aurait espéré que j'y aurais été et que quelques femmes auraient suivi mon exemple. J'ai écouté cela, comme le propos du médecin l'autre jour, sans rien dire à M. de B[ray] de ce qu'on lui avait prêté à ton sujet; si l'on s'avisait de relever ces misères, on ferait des caquetages éternels. Je crois que le vrai, c'est que L'Apostole cherche à se procurer des souscripteurs et qu'il sème çà et là des compliments, comme des amorces pour avoir son monde. Sans le juger lui-même, j'estime pourtant qu'il ne juge pas bien des moyens, au moins à notre égard.

Je n'ai rien dit non plus à qui que ce soit de l'énigme du poète Maugendre, si joliment offerte; on s'occupe de si peu dans ce stérile Amiens, que cette visite et cette galanterie auraient fait nouvelle; mais apprends le triste sort de l'orange que j'avais acceptée; c'était, je m'en souviens, la plus belle de ma cheminée où j'en avais mis quelques autres, et je m'en promettais un plaisir presque égal à celui que tu goûtas en mangeant de ce fruit à Malte. Vains projets ! J'étais encore couchée, le lendemain de cet heureux don, lorsqu'on fit entrer dans ma chambre deux petits garçons qui m'apportaient un ustensile de ménage;, dont je voulais savoir le prix; pendant que je marchandais avec l'un, l'autre vise la belle pomme d'or et l'escamote , comme Jason fit autrefois la toison célèbre au Jardin des Hespérides. Tous mes dragons étaient là; moi seule, je crus apercevoir dans mon miroir un mouvement de bras qui me donna des soupçons; mais cet aperçu et l'idée qu'il fit naître s'éclipsa aussi rapidement que l'éclair. Mes drôjes étaient à peine partis, que le retour de cette idée me surprit et me fit demander avec vivacité s'il n'y avait eu rien à prendre sur la cheminée; on dit que non; mais, las! à mon lever, je ne retrouvai plus la belle orange, et je fus tentée de faire tout au moins une élégie.

Les petits gaillards revinrent pour me rendre réponse sur un prix

ANNKE 1782.

que j'avais oftert; je tançai le fripon d'importance; c'est un véritiibie apprenti voleur : il avait du dépit sans IjonLe et n'était fâché que d'être convaincu; je lui ai fait son horoscope; plaise an Ciel que ma prédiction soit menteuse! Avoue qu'il y aurait là de quoi faire un poème ti*agi*comique, tout aussi plaisant que le Panier de cerises renveraé et quelques autres de cette toi'ce : car, au bout do compte, mon orange était man<^;ée et mon sermon ne m'a rien rendu.

Le chocolat et le reste n'est point aj*i*ivé; M. de B[raY] a inutilement

envoyé au bureau des voilures, au reçu de ta lettre; ce sera pour la

diligence de jeudi. Le brave homme a passé plus d'une heure avec moi

aujourdliui; il va bientôt partir pour Péronne, puis Flesselles^'^ etc. •-

Je ne sais s'il mordra à l'entreprise de M, Fless* [Flesselles]; il a esstiyé

plusieurs pertes depuis peu de temps; diverses tentatives lui ont mal

tourné; il parait craindre en ce moment de porter le malheur dans

les choses où il slntéressei-ait. C'est ainsi qu'il s'est exprimé en me ra-

conlant diverses choses, sans rien dire de rentreprise en question, el

inènie sans paraître Tavoir en vue : ia conséquence que j'en tire est

t €111 te de moi.

Les Cham* [Chamont] père et fils, de B»-Gh. [de Bray-Ghatiionl], etc., sont venus hier pour toi; les fennnes roulaient aujourd'hui; j'étais dans un moment de tnniquilliJé, je les ai reçues, La mère, ronde et pesante comme tu sais; la fille, fraîclie et parée par les p;r;lces/avec tout le charme et lonle l'élégance du gotit. En vérité, on est heureux, à pareille visite, d'avoir été quatre mois dans sa chambre par une suite d'événements fjui fournissent à la conversation. Tu juges €|ue les questions relatives tombent à foison; réponse pleine et satisfaisante. D'ailleurs ma fdle, fort gaie en ce moment, tenait son coin dans le cercle; on lui a fait mdle compliments qui n'avaient pas le sens commun : elle est charmante! quels beaux yeux! elle ressemble h sa maman. Bien trouvé, par ma loi ! Je crois que la petite friponne, qui, dans le vrai, ne ressemble à rien et ne signifie pas davantage, sait

*î^ nesseiles, g^ms vUlag^c; de Piciinlie, îi ih Idloriiètres crAntieûs. On a vu t[iie M, de Rray eu <!Liil s<?ij[neiir.

connaître les jolies personnes : elle a fixé longtemps M"** de B[ray], lui a souri plusieurs fois avec un air de surprise et de contentement que j'étudiais avidement. Beaucoup d'informations de ta santé; mille Iionnètetés départ et d'autre; elles sont demeurées assez longtemps, peut-être pour gagner l'heure de spectacle où elles se sont fait conduire en me quittant.

Mercredi, 9, au matin.

J'ai dormi, mon bon ami, comme je faisais étant grosse; sono pure un poco affatigata per aver troppo sognato a ti. J'ai encore la paresseuse habitude de déjeuner dans mon lit, d'où je ne sors quà plus de neuf heures. Mon estomac est parfaitement remis : je mange en nourrice; mon lait devient sucré; il est encore en bien petite quantité, cependant le pressement de mes doigts le fait sortir en jets. D'après cela, mon médecin prétend que je dois renvoyer la tireuse et ne me servir que de mon enfant; pourtant celui-ci s'impatiente de n'en pas trouver assez; j'essayerai néanmoins. J'ai congédié mon docteur aujourd'hui, je ne l'avais pas revu depuis huit jours; il ne parait pas chercher à faire des visites inutiles. Sa femme n'accouche toujours point; je lui ai dit à peu près ce que j'avais appris sur l'effet des lavements trop répétés avant l'accouchement; il n'ignore pas ces principes, il a aussi les siens, et, après l'avoir écouté, j'aurais bien dit comme Henri IV des deux avocats.

On me racontait, l'autre jour, à l'occasion de ce médecin et de sa petite femme, qu'ils faisaient un des plus jolis ménages de cette vOle; il s'adonne singulièrement au traitement des pauvres et il a pris de l'inclination pour son épouse pour l'avoir fréquemment rencontrée, lorsqu'elle était demoiselle, chez les malheureux que chacun d'eux allait visiter par les mêmes motifs. L'origine de leur attachement m*a singulièrement touchée et m'intéresse à tous les deux. Dis à notre ami(*) que je le crois fait pour exercer la médecine aussi noblement et

^^) Lanihenas.

^ que f lui souliaito juiieille rencontre dans le temps» Ji^ ne sais, mais luiaud j'ai fait la découverte de (juelques âûies de eetle Ireinpe, je rue j^em aussi aise (jue si j'eusse trouvé un trésor, *'t l'îdée de leur existcnr^îïne rafraîrhit le sang.

J'ai voulu me servir de Féponge, au goulot Aune bouteille, pour Tmlre petite; mai;*, liabituée i\ presser forteuieiU un suçon de tuile, elle î> accommode diflicilement de Téponge, qui, cédant diséinent, fourail alors trop de lait; elle ne l'agrée qne dans le cas où elle est demirassasiée ou un peu endormie et qu'elle suce mollemejit coniute pour sainuser. Je commence à cioire à la nécessité de tenir un peu cliandemetit les nouveau -nés; ukj fille avait gagné des engelures aux Miains, ({ul étaient toujonrs violettes, avec une peau luisante (jui pan\m\[ comme soulevée par l'abondance du sang circulant mal aux fvtn^milés; je les lui laisse cacbées, quand rlle dort, <run linge légèrement jeté dessus comme une couverture. t)e nii^nie ai-je été obligée <Ie faire un peu tiédir Teau pour la laver dessous les aisselles où elb* pumil dune sensibilité si grande que j'aurais craint de lui caiiser des conlractions de nerfs si je me fusse upimâtrée à Feau froide, que je conserve toujours lelle pour le dei'rière et les cuisses, La santé de ce cber petit gage s'améliore; ses nuits sont bonnes; son appétit est grand et tout va bien.

Je suis étonnée «jne lu ne m'aies rien dit des exemplaires du Mé- I moire sur les troupeaux, que tu as di\ trouver au bureau avec mon 'paquet; ils ont été expédiés enseuîble; j'avais joint un billet aux exemplaires; ce que je dis, parce que je ne voudrais pas qu'il fût tombé en [mains étrangères.

Je fais mettre aujourd'hui mon vin en bouteilles; je le quitte parce [i|u'il se lait tard et qu'il faut saisir le moment de liberté |mur envoyer h la poste. Le temps est toujours borrible.

Adieu, mon cber et bon ami; sois tranquille, tîuis tes alïaires en [paix. Je timbrasse de tout mon cœur.

[\ ROLAND, À PARIS*"

Jeudi au soir, lo janvier 178a, — [d^Andens.]

Tu n'auras pas une longue épître aujourd'hui : je m'y prends tard, je suis un peu lasse, j'ai pour demain matin quelques projets d'arrangements; somme totale, tu en auras moins à lire.

Il me semble qu'il y a longtemps que je n'ai reçu de tes nouvelles; ce n'est pas que je calcule les jours; lors même que je me dispose à récrire, je ne me retrouve guère dans le compte des intervalles, et j'imagine toujours être en retard; par une raison semblable, je pourrais estimer plus considérable qu'il n'est en effet le temps écoulé depuis ta dernière.

Ma santé va constamment mieux; mes forces se réparent, et je ne doute pas que tu ne me retrouves dans le meilleur état. Je présente souvent ma fille au sein : elle ne s'y arrête longtemps, comme à l'éponge, que lorsqu'elle est rassasiée; mon lait est consistant et sucré, mais encore en fort petite quantité; je suis obligée de persister à me faire tirer par la femme pour l'entretenir, parce que l'enfant ne suce pas assez fortement; néanmoins une augmentation graduelle, quoique très faible, me fait continuer d'espérer. Tous ces petits soins remplissent mon temps de manière que je ne fais rien autre; je me flatte pourtant qu'à ton retour je pourrai reprendre avec toi nos occupations chéries. Notre petite repose fort bien , mange de même et souffre rarement; je trouve qu'elle reprend un peu, sans avoir encore tout son embonpoint. Sa connaissance se développe; je m'amuse beaucoup des témoignages qu'elle en donne, et nous jouons tous avec elle, y compris le chien de Marie-Jeanne, qui la fait rire en lui léchant les mains.

Ma cuisinière estropiée n'est point guérie; la plaie semble être

^'' Ms. ()533,fol. 8t-82.

jeux, mais je crois que cela sera long. Je lui ai dit aujourtriiui que

ia ctire de ce mal ne s'accélérait pas, je rengagerais à passer

Iquelcpies jours chez sa lante, femme de cette ville, chez qui elle est

[reçue quand elle se trouve sans maison, ou dans telle autre ciicoii-

stanc4^. Alors je verrai ce que j*aurai de mieux à faire; dans le vrai,

ne n'ai pas de sujet pour la renvoyer, et il serait dur de le faire eu

pareil cas; je n'en ai pas non plus pour me charger de la sin^nev,

^HÙsque son mal n'a pas commencé chez moi; elle y est venue, cjoyaut

navoir qu'une meurtrissure légère qu'elle négligeait et dont elle ne

pnrla pas. C'est une assez bonne fille, d'après le nombre infini de

moindres, même à beaucoup el de dilïéreiits degrés; ce n'est pas non

plus une perle; un peu de réflexion et la suile des événemeuls achè-

vemiitdeme décider.

M. d'Eu m'a envoyé ce matin un morceau consnléralile el très beau Jt pétrilicalion et de stalactites, venu des carrières d'Albert f*^. 11 l'avait Vdà la Douane et demandé comme pour lui : crDes gens de peine, me dil-il, me font apporté en pompe; je l'avais destiné pour votre cabinet du moment où il avait frappé mes yeux.ii J'ai fort bien distingué le pHîliûotjeté pour tout faire valoir; mais, quoi qu'il en soil, je n'ai pas ]«([(! à propos de rien donner à Caron, qui me Fa apporté sut' son ^uJe et qui vient d*avoir ses étrennes. L'ami de Vins ni*a remis ce soir les 36^ de sa souscription ponr rEncyclopédie, On doit m'apporter <l^niain les t6oo** de tes appointements; les ordonrmnces potn' ctioses •^f-fiiLlables sont arrivées aujourdlmi de rintendance. J'ai renvoyé le ^dunrsà M. Flesselles.

'*^«cao et autre, rien n*est encore pai^n de rexpédilion faite à \L *Ie

|jy[Bray]; je ne sais ce que M. d'E[ii] in^i dit des prospectus qu'il

wm|içoiine égarés sur le propos d'un domestique envoyé chez lui; tout

*^^w8'(^elaircira.

Jaiété, comme tu le présumes, longuement entretenue des uou-

^ Joanm* (DicL de ia France) signale à calirms, Irinfriie de 3^5 mèln-s, ihml in voule "^, chef'lif^ii rie caoUin à ^rj kiluniMces secoiiipose diMlivei^ï^es plarU^'s inartTiiijiMises ^mmi, »unc aiideiiiie carnèi'e de p^^lrid- coiivci'lii?s en pierres i^.

^crrtii ut «ADAiiK iiou^b* — i. \)

velles courantes, de la reprise de S'-Eustache, etc. M. d'E[u] m*en avait envoyé le bulletin; l'ami de V[in] m'a gratifiée des détails avec l'heureuse facilité que tu lui connais, et tous ses talents enfin, perdus pour moi, indigne, qui pense toujours à autre chose quand on me parle de guerre, et qui ne me trouve là que pour dire oui ou non à tort et à travers.

Tu sais assurément le petit couplet de Monsieur; Paris est le royaume de Tépigramme. J'ai trouvé à celle-là une tournure bonasse qui la rend plus piquante.

Si ce qu'on dit de M"'*" de Chg [Chuignes] est vrai, jamais elle n'a rien fait avec plus d'imprudence que ses tentatives actuelles pour le mariage de sa fille. M. de Rumg. [RumignyJ va souper tous les soirs chez la mère; la connaissance et l'inclination par conséquent vont leur train. Cependant le terrible article de l'intérêt n'est toujours point terminé. Au reste, c'est peut-être une finesse : peut-être M"* de Chg [Chuignes] imagine-t-elle que sa fille inspirera des sentiments assez puissants pour vaincre les obstacles que les prétentions de M""*^ de Rumg. [Rumigny],dans le cas supposé, apporteraient à la conclusion. Grand bien fassent à tous ces gens leur richesse et leur sottiselJe ne voudrais pas plus de l'une que de l'autre, au prix qu'elle leur coûte.

Je n'ai point encore vu, cette année, M"®d'E[u]; son mari m'en faisait aujourd'hui presque des excuses, j'ignore pourquoi; car, en vérité, je n'ai pas de prétentions à ses hommages. Journaux, etc., me sont envoyés avec une attention qui se soutient obligeamment dans toutes les occasions où la politesse peut s'exercer. Nous avons aujourd'hui parlé de ton voyage ; M. d'E[u] paraît frappé des incorrections que la néghgence des réviseurs, ou leur maladresse à insérer des phrases, ont multipliées; beaucoup de passages itdiens lui semblent amenés à force par des tournures qui te sont étrangères, etc. Enfin le pauvre abbé Richard (^), qu'il trouve un bonhomme, est, je crois, un peu trop maltraité h ses yeux.

<*) Description historique et critique de P Italie, Dijon, 1766, 6 voi. in-ia, par l*abbé Jéi^Ame Richard (Quérard, France litlér,).

Tu en entendras bien d'autres, j'espère : joui*nalistes, etc. Nous \\es écouterons d'une oreille pour profiter du bon, et nous rire du reste.

r\ ROLAND, À PARIS ^".]

V«>ndredi, onie li*>urpH du malin [r i jûdvW 1782, — d-Ainîens]-

Je l'écris en lair avec nia petite au sein qu'elle tient depois plus d*uQe heure, sommeillant et suçant tour à tour; je ne sens pas sortir de lait, mais il faut bien que reufant trouve quelque chose pour ^'amuser si longtemps* Eu conséquence de ce raisonnement, je viens de renvoyer ma l<M,euse avec laquelle j'avais fait mon prix celte fois,

dont je me suis bien trouvée; elle est aussi conlente, et moi, je le ivantage.

lié, plaisirs, luiit renaît, mou bon ami; je n'avais encore dit à personne, de celles qui me venaient voir, que j'espérais être encore nourrice. On n'eût pas manqué de l'écrire que je me mettais des folies dans la tête el que je retomberais malade si tu n'arrivais y mettre ordre. Hier au soir seulement, j'ai désabusé M. de V[in] qui me faisait son eiMupitment de condoléance sur le fâcheux dont il serait que je n eusse plus de lait à dotmer au temps de la dcnlitioiL Sans doute, cela fait déjà nouvelle chez M'"'* trE[n] el peut-élre antre j>art. Quoi qu'il en soil, je n'attends [dus que Fahondance pour supprimer Feau d'orge et le lail de vache.

Marie-Jeanne me traite en nourrice; elle m'apporte à mon réveil une soupe en bouillie qui n'est autre qu'une panade à laquelle ou ajoute du lait; une heure après mon lever, je déjeune avec cacao au lail ou café; à midi, soupe grasse; à cinq heures, soupe en bouillie; su souper, riz au lait ou légumes, etc. Aux repas de midi et du soir, deux verres de petite bière; plus de quinquina, fort rarement et liés

«*^ Me, 6538. fol. 191.

peu de vin d'Espagne; des nuits excellentes; une visite chaque matin seulement à la fjarde-robc; pins de douleurs aucune et bienH>lrc sensible. Que veux-tu de mieux? Je voudrais que tu mHnstruisîsses aussi exactement de Tétai de ta santés dont tu ne dis mot, ce qui me îûche beaucoup. Tu trouveras ma lettre bien mal disposée; je comptais Feuvelopper dans cette feuille et la donner à M. d'Eu^^^ qui veut l*écnrc et qui aurait fait le paquet; mais, à ce moment, on m'apporte une missive de je ne sais c[ui pour tVxpédier; j'envoie chez M. d'Eu lui demander la sienne pour Fy joindre; s'il n'est pas diligent, je fa laisserai de cûté.

Je ne sais comment me remuer : je suis sur un petit tabouret au coin de la cheminée du cabinet, un bras sous ma petite qui dort pix)fondement eu [jardant le sein bien serré; j^ tiens du bout des doigts uin* brochure qui me sert de tiible et qui n'est pas si grande que mon papiei'; j'ai les fesses et les reins qui me font mal, mais je suis bien contente.

Le Crespysois m'a écrit avant d'avoir reçu ma lettre et, sans doute, le joui' même qu'elle hii sera parvenue; il me témoigoait toute son iirq*atience d'avoir de mes nouvelles par moi-même; mille amitiés, etc.

M, DupeiTon est venu deux fois cette année: le i*^' jour de fan et le dimanche suivant; couime il m'eûnuie beaucoup, je n'ai pas été visible. Il aura su peut-être du poétereau que je Tavais été pour celui-ci; je m'en bats l'œil , comme tu peux croire; ce qu il y a devrai, c'est que, sans la singularité et la rareté de cette dernière visite, j'en aurais été autant ennuyée que de celle de Fautre.

Je reçois les deux lettres du 7 et du 8'*'; tu me grondes assez de ce que tu appelles mes gronderies; mais je ne te répondrai pas.

*'^ On voit qu«3 Madame Uoiaiid lUiligail je lui kî Hiil ime offraiitJe: nous avons causé.

flussî M, <riùi [)iuir la fraiiciiisi? puslate. tl !ïj'a lHiaiii!ou[j ii^itierrît^ lie ma ||atiinU*ne;

^'^ \m\ U'iirti *lc IWtamI «In 7 janvier e.sl il uii pas été qtiestitm rie HoJk*'i\ ..^ - —

au nis.Cj/io.fol* 1 ay-i^jH.Eiivoici qnelqnes '^L^* i*nmpa|j'pnn [Lanllieniiâ | est itiins les

ii^riiesi : . . . ffJ «i éhi cjiez M. «Ir Montigny ; caitavivs ja^Mju'au eou; sou liumeur n'ou list

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