AN\EE
[X ROLATND, \ PARIS'".]
Lurirlî* I ^i janvier •781», — [ïrAïuiHnH.]
Rôît^ibus portons taujoiirs très Lien, mon bon ami ; cest ce que je luçmpresse de le répéter avant tout ; je vois combien lu as besoin que jeleréilère cette assurance; et, quoi qu'on puisse dire de ton incriululilé,je m'en prends bien plus à ta tendresse»
Mon lait revient sensiblement, la petite prend déjà un tiers de moins par jour de sa boisson factice ; j'ai le meilleur appétit et pres*|ue toutes mes forces. En récompense, il ne nie reste guère de temps Tenfaril, qui commence à dormir lort peu dans le jour, se plaît beaucoup à la douce chaleur du sein, et voudrait toujours y rester; lieureusè dans ce moment-ci qu'il veuille tirer longtemps, parce que cela fevorise le retour désiré. J'attends pour régler son appétit que j'aie 'abondance nécessaire pour le satisfaire promptemenl. Je ne puis plus feire des lettres que par morceaux, et vraisemblablement tu nen auras pas désormais d aussi longues que les précédentes. Soumise à H tna condition, je tiens la case propre et j'ai soin de Tenlant, consen- '^Jït à m rien faire autre jusqu'à nouvel ordre.
M. d'E[u] n'a pas encore répondu au billet par lequel je le prie de
^^ rendre le cahier, pour que j'y lasse moi-même ce <|u'il me sera
^possible, présumant bien que ses occupalions ne lui laissent pas de
^^oineuls pour cet objet, etc. L'ami De V[in] est passé ce soir; je ne
^^ pas reçu: j'étais embarrassée, fatiguée; je ne voulais ni de lui, ni
^, ^ personne; habitué à avoir ses entrées franches, il a paru un peu
^*^iiDé du compliment; mais d est de bonne allaire, et ceci ne m'in-
H'^îète pas. Le chocolat est enlin arrivé a\ec le cacao, le Novitins^^^ et
^^ traité D. L. (j.^^' que j'ai lu tout de suite en grande partie; j'aurai
*^ questions de docteur à te faire, quand tu viendras.
' ^ Ms. t>438, foK Kja-igS. — '* Noviliui, nom <roiivrage ou rrauleup, que nous igno-
M. de B[ray] m'a fait part de ta lettre ; il m'a aussi chargée de le dire de ne point acheter cette Botanographie , parce qu'il a occasion de se la procurer, de Lille même, à meilleur compte; compliments, amitiés, remerciements du reste.
En nettoyant aujourd'hui l'écurie, Marie-J[eanne] a aperçu quelque jour au mur mitoyen du cloître de Saint-Denis W ; j'en fais prévenir M"^ Coquerel en la priant de faire visiter au plus tôt, avant que j'occupe cette partie par le bois que j'y ferai mettre incessamment. J'ai trouvé de petits déficits à la cave ; deux bouteUles de l'ancien vin étaient cassées et vidées depuis longtemps, ce que j'ai reconnu en examinant le tas qui reste. Autres dégAts : des rats pris au cabinet de toilette, et qui m'avaient mangé un sac et des pelotes dont je n'ai vu les débris que cette après-midi en remuant toutes mes affaires; si cette gent s'adonnait au logis, il faudrait peut-être un chat, triste expédient que je n'emploierai qu'en dernier ressort.
Je suis fort impatiente de recevoir ton avis sur Marie-J[eanne]. J'aurais grande envie de la garder.
Je termine ici cette vraie dépêche, du moins pour ce soir; il est bientôt dix heures ; je vais au lit. Je ne sais si je pourrai t'en dire plus long demain matin ; c'est au moins fort douteux ; ce qui ne Test pas, c'est que je t'aime de tout mon cœur. Bonsoir, tendre ami, amitiés au compagnon.
Mardi i5, au matin.
J'ai reçu à mon réveil le Traité des tourbes et la Petite Botanique refondue, mise en règle, suivant les classes de Linné; fort bien, à ce qu'il m'a paru. Je dis que je te l'envoie ; ainsi tu te tiendras pour averti sur cet article. Si je pensais qu'il fût utile de faire encore vérifier, etc., je te l'expédierais effectivement; dans ce cas, tu me le diras, si tu le penses toi-même ; mais je ne le présume pas.
M. d'E[u] m'écrit qu'il était venu m'assurer qu'il allait se mettre
^*) Voir, sur ]a maison de Roland à Amiens , l'Appendice E.
aussitàt à la besogne, et quil avait inutilement sonné ; ce qui peut fort bien avoir été; nous tracassions toutes ou nous étions autour de Tenfant.
Les prospectus sont reçus; ce quVjn t'a mandé du contraire est Teffet d'un quiproquo; c'est ce que je suis priée de te dire, en le faisant mille compliments.
Les redoutes^^J vont ici leur train; on a envoyé dernièrenieiit une déput^Ttton à M^'' de Cli[uignés] pour la prier de veuii' ouvrir le bal; mais la mère, qui veut faccompagner, avait éteruué dix [ois et craignait fair ; néanl à la requête pour ce jour-là. C'est après-demaiu le grand jour de la comédie nouvelle <^'; les demoiselles Cnt [Cannet] sont abonnées pour i5 sous chaque représentation, en y allant tour à tour avec M*°* de Riencourt'*^; abonnement fait, me disait l'aînée, pour passer leurs soirées un peu moins tristement qu'au jeu. Cette pauvre aînée se porte toujours assez mal ; je crois fort aux longues dissertations du frère '*^: c'est la maladie de la famille.
Ta fille a fait sa nuit d'une pièce et elle a fort bien déjeuné avec moi; mes seins étaient gonflés, un peu durs et assez bien remplis de lait : tout ira merveilleusement, pourvu que tu ne le tourmentes pas comme tu fais toujours. Je suis moi-même mécontente de ton Esculape, puisqu'il ne te satisfait pas; je le suis encore de ton laconisme impatientant sur cet article. As-tu été purgé? Que te fait-on? Oue sens-tu? Comment va ta santé enfin? On dirait que je ne dois pas m'en inquiéter, à voir comme tu traites ce chapitre; j'ai bonne envie de gronder à ce sujet, pour remplir ma vocation dans toutes les circonstances.
Il fait froid ici et maussade; je rapproche la petite de moi et je lui
^*^ On sait quelle vogue eurenl ces bals |>ti}>tics$ h h fin ilu iviu* siècle et tiitVnu' dim^ ifti premières années du iti\
^'J t^a comédie de Deville, — Voir plus haut, i'itredu 8 janvier 178*1.
^ Almanach de Picardie ^ t^Sa, p« 84 : »M. Sacliy de Rieacourt, receveur général
des fermes pour le tabac, a Amiens-". Cf. .1/m. royal da 1783, p, 5 71a,
**^ Sélincourt Rohind disait, dans s:i lettre du 8 janvier : ««Le fr*"Te de tes amies vient de me faire ime première et asHOz longue visite où, comme tu peux croire, nous avons beaucoup disserté n.
fais, tr<iujoui'd'hui, habiter le cabinel de loilelte; c'est un chan{]enieiit qu'il fandiaii un peu plus tard, rar le sieur (llioqnel^^^ travaillera sans doute dans Tautre chambre, à ton retour.
Cependant je ne m'interromps pas encore la nuit; par ménagemeïit d'abord, puis aussi par défaut ifabondance, et Tenfînit u'élant pas dans uia rbainbre, je ne suis poiut réveillée quand il fauf le clian[jer, «^Ir.
J'ai eu quelques craintes, sur l'expression de M* Tolz. [Tolozau] des leUres pour d' ait très que ioi^-^ qu'il n'eût retenu mon patpiet de missives; mais, par réflexion, je juge que celui-là n'était pas encor'e arrivé alors.
On nous dit, daus nos marais, que la reine est déjà grosse. Peste! ces gens^là y vout en pi'inces ! On fait chanter au frère : Vous mmtendez bien, assez méchamment. Oii écrit ici de Versailles M™'^ d'Artois condamnée et perdue; les papiers [uiblics disent le contraire; tout est comédie comme les fêtes que Ton doit donner '^l Pour nous, }{ens {jM'aves, nous nous moqnous bien des autres^ mais nous u'aiuu>us pas p(Mir rire.
Adieu, mou cher maître.
*** Ghoquel, inconnu.
t<^Tïdant Toltuiin gi'ondaitousujd desteUies exp<^di*^es îwius son couvert.
^'^ Les fêles que la vîlli^ di* Paris |>r*^p:i' rail pour la naissance du rîaupbin Louis- Joseph -Xavier- t*Vançob, HL^ Je '13 ociobie 1781. Roland, dans une Intli'ç du 2*1 janvier (ms. 6aio , Fol. 1 B-a-i 53 ) , dëciit ainsi la ïèie : ^ . . . lundi, m»^ disposant h d\U'v prendre part aux badauderies ^ bien rtlsolu de m'en tenir à une courte poiiion el de rentrer de bonni^ beiire, arriva le Loiif;ponien, — Allons, allons, j'arrive dans h' moment, je repars demain de l>onne beure, il faut employer le temps et voir timt «^e qu*il est possible de voir. — Nous partons; la Reine arrive a la calbtklrale, nous la voyons passer, puia repasser dans la rue
Saint-Jacques, etc . . . ; puis le feu , qui , par parentbèse, fui manqiï»^ et remauquE^ ; puis les illumina titvns de la Gi"ève ; celles des places Vendôme, Louis XV» des Pabîs- Royal, Rmirbon, etc. . . Enfin t«ïut Paris, à travers la populace et bs carrcisses, daus la boue et la bag-aîTe* Le lloi et k Reine *^laut partis sur les buit heures, toutes les sentinelles se sont repliées, les Gardes françaises et suisses sont relo urnes a leurs casernes» et le peuple a été livrt* i'i sa sagesse, sinon h sa folie. Beaucoup d' vois; on ne parle guère dt*s nmris ni des Lless 's, dont nous aurions pu fain^ partie sans mirade, ayant tiié bien des fois h jouet don flots, entre les chevaux , les voilures el les bornes. Des femmes s'y trouvaient aussi; Dieu sait c^mme «'Iles sVn liraient! Bref, nous nous sommes perdus, M* Ijanthenas
[À ROLAND, k PAKIS^".]
[i5 jauYipr 1789 , — ' d*AmionH.]
Je recuis ta lettre du i3 avec une autre pour M. Duperrou, i[iie
lurdi
ïèU
liment décachetée, ce dont je lui ferai excuses
me donnes plus de détails, dont je le remercie, sur U\ santé que je
f vois bien n'être pas telle que je la désire. Le maudit Esculape me
pariiîl bien ce que lu dis^-', et je coiumeiice fort à redouter son der-
Inier secret de s'éclairer par des essais. Je réussis mieux que tu n espères pour ma nourriture et je coniple que tu me trouveras en plein exercice à Ion retour, H D'après tes ubservalions înênies, je croîs bon de feuvoyer le travail
" de M, d'E[uJ; il a été fait avec beaucoup de célérité; tu jufferas de I rexcellence.
f Je n'ai pas lu la pacotille de Rouen; Theure s'avance et j'envoie à la poste dans les moments où mes tilles sont libres. Réponds- ujoi ponr
IMarie-J[eanne]; elle me tente singulièrement. J'ai aperçu du Raillière que je vais lire avec cuiiosité.
Ménage-toi; fais pour le mieux h cet égard et songe que mon rélalïliaseinent ne peut être parlait sans ta bonne santé. Je t'embrasse de tout mou cœur.
du mains, car les deux fi-ères s'accrochèrent. Reotré k dix luxures, croUd un peu plus haut que l'écl»îae, je nenï* i\\ie h foi ce de me coucher. , . « Cf. Mémoire» secrets, *jiâsi et ai janvier 178Q.
<'J Ms. 9533, fol. 83. -^ La date (le ceUe léUre osl (Jëterminé; [ïar ^oilc i\ni préciMle et dont elle est comme la suite.
^'^ TrMtdi Esculape ent un ânen , disaiL Roland dans une lettre du il] janvier*
[\ ROLAND, À PARIS ''
Mercredi, 16 janvier 1782, — [ cl \^ miens.]
Tu es bien difficile à convaincre , mon bon ami; il est pourtant vrai que j'ai un appétit soutenu, un sommeil calme et profond dont je ne pourrais jouir au même degré si je ne nourrissais pas. Le retour de mou lait est si constant que, depuis huit à neuf lieures du malin jusqu'à neuf ou dix du soir, ma fille ne prend rien autre f|ue mon sein. Immédiatement avant et après cet iulervalle, elle mange une soupe; elle prend de l'eau d'orge et du lait dans les douze autres beures que j'emploie à dormir; ce qu'elle fait aussi en partie, plus ou moins, suivant sa disposition. Il est vrai aussi qu'à rexccptiou des moments des repas dont je fais même quelques-uns avec Fenf^nt sur Tun de mes bras, il me laisse peu de repos, tant son appétit et son avidité sont extrètnes. Sans doute, il nen sera pas toujours ainsi; dans tous les cas, je remplirai ma vocation. Je suis rentrée dans une carrière laborieuse; je savais d'avance qu'elle était telle, puisque j'en avais déjà parcouru \i\ partie la plus dilficile; mais lorsque mes tentatives n*auraieut pas été, comme elles sont* couronnées par le succès, elles n'auraient pas été non plus moins nécessaires à ma tranquillité. Si j'avais néjjlijjé de solliciter la nature après ma maladie, je me serais toujours dit que je n avais pas fait pour notre enfant tout ce qu'il m'avait été possible de faire. Ses plus légères souffrances auraient éveillé cliez moi ce remords, et, s'il lui fût arrivé quelque accident grave, j*aurais été inconsolaljle le reste de ma vie. Voilà ce qui m'a déterminée, quoique je fusse débarrassée de mon lait peut-être mieux que je ne pourrai l'être lorsqu'il faudra cesser de nourrir, et qu'il m'eût été doux de reprendre, sans distradions latigantes, les occupations que nos goûts
«^î Ms. 5338. foi. 19^-11)7.
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comnnins me rendent agréables et chères. Je prévois bien que, s'il me MKvient la moindre indisposition, par telle cause que ce soit, on ne mHm]uera pas de l'attribuer aux efforls que j'ai faits pour redevenir nounice; appuyée sur mes motifs, je supporterais sans peine le blâme quoii me rejetterait, et, si je pouvais en redouter quelque chose, ce m\\\\ fimpression qu'il te ferait si tu demeurais dans Topiiiion ot\ je te Viiis présentement; tu te ferais un sujet de regrets de n'avoir pas été \\\isml pour arrêter mes résolutions, et je soulîrirais doublement de ton chagrin et de son principe. Mais pourquoi prévoir des épreuves auxi|(iell(»8 j ai droit de ne pas m attendre? \ cet instant que je t'écris ihim niain avancée sur ma table, je tiens de Tautre ma petite qui se retire du sein pour me sourire. Je ne sais si nous conserverons cet enfant;] ignore ce qu'il sera , s il nous reste; mais, du moins, sa mémoire ou ''apn^enfe ne me rappellera pas d'avoir manqué envers lui à rien de ce floiilla nature me fait un devoir; ce sentînient adoucirait, ce me semble, iadotiJeur de sa perte ou de ses sottises. Quant à celles-ci, je n'ai pas moins la confiance de les prévenir par ma propre exactitude à remplir f«^s obligations maternelles; je jouis de Tespoir qu'un enfant né de toi, dans mon sein, ne nous fera jamais regretter de l'avoir mis au monde. Jai lu avec empressement et relu avec réflexion la lettre de M Baillière^^*; elle me paraît extrèmeineiU polie, agréable et légère, j'ajouterais volontiers amicale; mais il eu dit trop et trop peu. Je veux dire que. pour exprimer tant d'admiration, car c'est son terme, il ne la motive pas assez, suivant mon goût. Je voudrais d'autres élofjes que ceux du st^le, du cœur et des princi|>es d'un auteur, à roccasioa iVun ouvrage où l'on peut remarquer variété de connaissances, finesse ou nouveauté dans les vues, sagacité dans les observations, justesse et {joût dans les critiques, etc.; car, si tout cela n'était pas dans les lettres, it faudrait qu'il y fût pour que M. B[aillière] [u\\ en inarquer tant de satisfaction et même en avoir réellement ; ou bien il serait plus superficiel que je ne Festime iMre. Au reste, sa lettre et ses louanges
iu sujet des Lettres d'Italie.
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peuvent être le résultat sincère de la première impression qu*ntna faite sur un homme aussi paresseux que spirituel la lecture rapide d'un ouvrage où réparpillement des matières ne laisse pas apercevoir d'abord toutes les causes par lesquelles ou est intéressé.
Je uKirrête à ce sentiment; il faut bien s'arrêter à quelque cbose, à regard de ceux sur le compte desquels on aime à savoir à quoi s'en tenir.
H sera plus dillicile, on pinhVl plus aisé, déjuger reutortillage que j'attends de M, de Cr**'' [Couronne]. Ce seront des phrases vraiment immortelles, dont on ne trouve pas la fin et qui se perdent admirablement dans le vague. Pour Arùtoie, je le tiens bien jugé par M. B[aillière] et par les amies; il a autant Tair d'un jaloux à la piste, dans les choses «ju'il te relève, que M. B[aillière] paraît flatteur dans les bagatelles qu'il se borne à crïtic|uer. L'applicaliou de : Aimez-vom la muscade? eic, m'a paru plaisante; ce sera l'idée ou, du moins, le sentiment de tout lecteur, et je parierais bien que M. de S^-V*'^' [Victor]^^* n'a fait l'éloge sans goût des citations italienne», indistinctement, ((ue par rapport au Cousin qui aura dit son mot, A tout prendre, rien n'est si vrai que ce que nous avons déjà trop senti, que ce cher Avocat du roi, avec sa bonne volonté et tout son travail, t'a Impiloyablement gUé. Avis, comme tu dis fort bien, pour une autre édition; en attendant, amusons-nous des dtctom.
Je n'en apprends plus guère de nos Palm-Méotide» , car d n'est plus fête, et chacun se tient dans sa bourbe ; il s'ensuit que je ne saurais te mander actuellement des nouvelles que le lundi; ce jour passé, je n'en apprends plus, et j'oublie celles recueillies le dimanche.
Le fils Price est venu plusieurs fois en informations de santé, etc.; ennuyée de son baraijmtmige ^ je viens d'avertir que dorénavant on bii donnât de mes nouvelles en bas, sans le faire monter.
f'î M. Robert lie Saint-Victor, Pn^aitlent eu la Cliaitibre ries comptes de Nomiandiii , membre de rAcaryniie de Rouen {Alm, de Normandie, 1788). A k vente d'imlograplie!*
dn ^i janvier i856 (î^verdel, i^xpert) n figura uoe lettre de lui à Bosc ( flnuen , nn 11 ), où il tlit nvoir lité coiinnennat (f) de fWland au teinpb uà celui-ci habiUiIl Bouen.
Fabrique cl eonuiieixo vont ici toujours très bleu; il est piodigieux combien prennent les Kayr^asl*', et combien l'Espagne, surtout, eu tire (le uoirs-et-blancs, bruns-et-blancs; on les emploie rlaus ce pays eu robe de moines, avec lesquelles bien des personnes veulent encore être enterrées, pour le bien de nos labricauls. M, Fless[elles] rae disait qu'il avait reçu de l'Espagne une demande qu'il ne pouvait satisfaire, tant i! est chargé d'autres pails, dont la valeur se monte à 80 rniHe livres; il Ta remise à une maison de cette ville. Une. seule de Béarnais s^est engagée avec lui pour dix-sept cents pièces de sagati, d'ici au mois de mars. Enfin ces apprêts anglais vont, vont, par merveille.
Le prieur de ^b)lltdidie^'^' sort d'ici, où il est venu s assurer en personne du rétablissement de ma santé, dont il avait déjà fait informer, il y a quelque temps, pour tranquilliser notre cher Crespysois. Je lui ai dit que celui-ci devait être actuellement hors de toute inquiétude, parce que je lui avais écrit dans les premiers jours de Fannée.
J'ai manqué faire le meilleur (juipro((uo qu'il soît possible dluiaginer. A cette figure bénédictine, je uie suis l'appelé aussitôt le ceitain Dom* , . qui nous fit bamjueroule à un dîner préparé pour lui; je me préparais à lui laver joliment la tête, lorsque je me suis aperçu de Terreur et que j'ai reconnu le seigneur de la maison, faisant Fagréable, comme tu sais, ayant du monde, de Fimportance tant soit peu, et même aussi de Fesprit, sans être un aigle à beaucoup près. Ma petite était sur mes genoux, qu'elle ne quitte guère; elle a senti assurément Faualogie avec la |iarenté; elle a Fué la S'^-Kfligie, souivi, jargouné fort |daisauuneut; Fenfant de Benoît en aurait pris sans doute encore meilleure idée de sa propie excellence, si le mien avait eu un peu [>Ius de connaissance.
^'^ Sorte df* laioage qii'oa fabriquait aloi-s à Amiens. — Voir Dtct, tirs Mimuf. , I , a 68.
*'* 11 y avait h MtinldidifH* un tymvetxt fie BenéiiclînB (Ciuriintes rrrornirs), avec lotjuel le-î l^oiand, à cause du pneur de Crcspy el du curé de Ltmjf|>tjul, înaiint
t|uel(]iica ra}ipojl>(< Kotand va répondi'e h ast femme* le 1*1 janvier (ms, 5iï4o, fol. i3i) : ffTu aîi vu lin fort joli monsi^^ur dans la |Mnv4»une di» M. le pripin'tle MontdidiiT. ..^ — Voir pïus loin lellres du 17 janvier 1 783 el snivantei»
LCrTRt» l>fc m&iUt: 50UJMJ. — I.
UG
Le froid qui s'étail aunoiicé a déjà disparu; le temps est affreux et triste à l'excès.
Je relis la Gerumhme liberata eu donnant à léter à ma fille; le format de eet ouvrage m en permet la lecture en m occupant de Tautre fonclion; je voulais feuilleter le Journal écfmomiqm^ pour notre objet : mais il fciut les deu\ mains; je ne les ai pas souvent libres à la fois. Je ne suis qu au deuxième volume; il y aura beaucniip do cboses à consulter dans celte colleclion, autaut que j'en puis juger par ce que j'ai déjà vu,
Grande et fameuse redoute aujourd'liui. M"''' de Chg [Gbuignes], empaquetc'^e de chitîons, entourée de boules d'eau cliaude, doit y avoir conduit Fobjet de ses complaisances. J'ai enfin envoyé chez elle hier lui faire des compliments, honnêtetés, et m'acquitter de ceux que notre I.ongponien nvavait chargée de lui présenter.
J'ai été toute élormée, en uuvratit le Tasse à Faventure, de ne pas bien comprendre les vers; j'imaginais déjà avec chagrin avoir oublié raiiiuibic italien; mais j'ai reconnu que je lisais quelques chants im- ])riniés à la suite du poème et ajoutés par un Camillo dont le style me paraît dilliciie et rude ; celui du Tasse, en comparaison, est aisé comme Guarini. 11 faut convenir cependant que j'étais tombée sur un passage inférieur à tout le reste, qu'avec plus d'attention je n'ai pas trouvé sans agréments; d'ailleurs, la nouveauté des faib que je ne me rappelais pas avoir bis dans le Tasse me faisait croire encore que je lisais mal. Je suis revenue avec plaisir sur presque lout Touvrage : j'ai goûté de nouveau les paiiies qui m'avaient le plus frappée autrefois, et que j*avais copiées. Je sens (|ue nous nous amuserons beaucou|ï un jour, lorsque, libre d'un Ijavail tel que celui que tu vas suivre, nous n'aurons plus qu'à nourrii' nos goûts par les diverses ressources de la iitléraluro^^L En altendant, l'activité sera bien tenue en haleine, et nous
^'^ Madame Rolnm! c'crira h Va renne de Feuille, le *ii tiiarï^ lyHij : rr, . .Et comme il [mon niarij lail des Arts par-de$!^aa Loule ch'iae, je ne sais, je of? vois, n'entends plus que ded Arts depuis que^ues aniK^es: si
ce n^est que, par n^crf%Lion , el toujours de donipag-nie , nous faisons, h la dfkobée, de pelites «^€faa[)p<:fes duns ce beau domame de la lilierature, on j'esjïère bien retrmrner un jour oublier tous les Arts du monde. . .»
aurons des jours aussi dgréebles qu'occupés, pourvu que nous nous porlious bien.
J'ai joué de la guitare avanirhier; j*ai reuiarqut^ que les accords ne paraissaient affecter la petite que comme uu bruit auquel elfe étciit très ()roinplement assex accoutumée pour n'y plus faire atlentioii; mais une succession de sons très doux semblait un peu Tattaclier, et, plus que tout cela, le chant modéré de la voix,
JrMidi mnliik
Hier au soir, h neuf heures, M, deB[ray]ra'a envoyé la Boianographte de Lèsliboudois, en me faisant dire qu il l'aurait apportée lui-iiiènie, Si le temps eût été un peu moins mauvais; c'est sans doute par attention, pour me la faire voir comme un ouvrage nouveau sur un objet dont il sait que je m'amuse; peut-être aussi pour me demander comnient je le trouve ; car tu sais qu'il prend langue de tout le monde; il avait envie que je demandasse Texemplaire de Tabbé Heynard, il y a quelques jours, pour que je visse ce que c'était. Je n'ai hiit encore que jeter un cou|) d'œil , et, si j'osais juger d'après , je dirais que les Eléments de botanique à r usage de V Ecole véiérinmre^^^ me paraissent préférables pour un commençant (jui n'a aucune idée de la science dont il s'agit de lui inspirer le goût. Lesliboudois a suivi le système du chevalier de La Mark'-', qui me semble défectueux. L'ardre de ses classes n*est pas conforme à la marche naturelle qui va du simple au composé; il commence par les fleurs flosculeuses, puis les radiées, les ombellifères, etc.
('^ Elémmilbi de botanique à Cma^ de t Ecole véUrimtire. C'est sans dotik' l'ciuvragc intiliilé : Dnnomtrations éiêmmffiircs de botanique fi Vmufrcde l'Ecole royale véiéritmrc, qu'avaioQt publié à Lyon, ei» lyTjô (i voL ip-8"), Mai'c-Ao toi ne- Louis Clai-et tl*»la T*>urreUe et li<iy,ier, d dont lf savant GililK-rl donna pn 1787 une tmîjièine éclitioo, ou[[mealée el rpfoodQe ( 3 vol in-8"), ea sujh primaiil L* sous-titre.
*'* Le g^rand naturalislpLimajTk( l7^lil8aç)) nVtait encoïT conim que comme hotîinisl*'. Gn^teur de h melliode dicliotomique Jl avait publia en 1 778 sa Flore franptiise^ qui ie Ut enti'er Fannëe suivante à l'Afadi^niu* des Sciences. If U'availlait alors pour r EtiCffclapédie mêthfMlitiue , ou il tlunna son Dtckoitmire ht tîn nique en l5 volumes irj-4". Ce n'est que pjiig tard qu*iJ j^oouveïa la Zoologie.
LETTIIES DE MADAME HULAND.
les plus dilEciles de toules à connaître» m^rae dans sa iniUliode. Les descriptions de Lesliboudois sont sèches, maigres, ennuyeuses; d'adleurs, cet ouvrage ne donne aucune notion des systèmes de Tournefort et de Linné que Ton suit, soit l'un ou IVutre, dans les dénioustrations; je sais bien que ces systèmes ne sont pas la science, mais, comme c'est par eux qu'on enseigne celle-ci. un étudiant qui suivra les cours sans jamais avoir vu que son Lestiboudois ne saura comment se retrouver* Quelle di(T<5rence de tous ces précepteurs au simple et sublime Jean-Jacquesl Saus adopter nul système, il faitsuivre la nature et met à portée de choisir ensuite avec profit celui qui plaira davan-lage. Les idées qu*il donne sont distinctes, agréables; il fait aimer la science; cesl déjà l'avoir enseignée à moitié.
Je parie que le fils de M. de B[ray] lira tout au plus une vingtaine de pages qui présentent Texplication des parties des plantes, et que Ton trouve partout ailleurs; i! fera fentendu piès des femmes et des ignorants en parladl de <;aro//(9, iéUimines, de pétioles , de bradées^ etc.; il dormira sur le reste du livre, si même il s'avise de le leuilleter jusqu'au bout, et liuira par ne vmi apprendre de cela comme d'autre chose, 11 IVml avouer que, s il y a des sujets qui ne savent jamais rien, c'est qu aussi bien souvent ou s y prend mal pour leur montrer quelque cliose.
Ce sera Thistoire des enfants de tous les pères qui, tels que ce bou M, de B[ray]t^^, trop occupés (Faiiiasser beaucoup de bien à leur progéniture, ne se mettent pas en état de lui donner rien autre. Avec ses fiefs et ses revenus, le jeune de B[ray] ira à la chasse, gourmandera les paysans, fera uiaussademeut riiomme d'importance et mourra d'ennui toute sa vie, sans rien produire qu'une race de sots inutiles comme lui. Si j'étais atteinte de l'envie d'être riche, tous ces gens-là m'en guériraient par la peur de leur ressembler.
Tu as reçu , avec mes lettres pour Villefranche , celles pour Longpont,
'*' Le l>on M. de Bray coUeclionnnil les piflces. — Voir Jnvenknre de Iti Sommn , C «j , fol 8»i, amïéû t']jt) : 'îl^eUn? Je M. dtj Bru)
de nesseilr*î h rfntmidani, flemuiidiinl les pianos dp M. Diirliaiissuy, mt cijs où celiii<*i
ANNKE 1782,
Rouen, Vincenneî?^ elc. Ton silence î?ur elles a ieiiiHivelé mes craintes des leurs de M. Tolx. [Tolozan]. Le choenlal que tu 111*118 envoyé est excellenl, j'en ai pris avec sensualilé,
J allends de les nouvelles comme mon plus grand régal; adieu, mon bon ami, salut et joie, ainsi rjuau fidèle Acliate.
[k ROLAND, \ PVRÏS^'l]
Vetirïpeili au soir, 1 8 janvier 1789, — [d'Amîpns. ]
Je présumais Ion avis, mon hnn ami, et j'agissais déjà en consé- *|nence, poussée par de nouvelles réflexions qui s'acnudeut avec les tiennes. Je ne prévois pas tout, mais du moins je commence à me douter de cela même, el c'est déjà quelque chose ^'-l J ai fait venir une fille dont on ni*a dit du bien; elle est de celle ville, appartient à une hornnUe famille dans son ((enre; elle sert depuis dix ans et en a environ trente; demain elle viendra savoir ma résolulion, car elle a\ait accepté mes conditions, mais je ne l'avais pas arrêtée. Son extérieur ne me plaît pas exlrêmement, je crois que je deviens difficile, et jtourtant rîndice ne me paraît [>oint soflisanl pour me faire rejeter le sujet d'après ce que j*en apprends. Que sera-ce? Le tenq)s me Tapprendra : j'ai perdu aussi la foi sur cet article, el il me faut Févirleiice*
Nos santés sont bonnes : mère et fille mangent comme des afl'amées de huit jours; la petite ne quitte presque pas mon sein; je ne pourrais croire à son appétit si je n*en avais un pareil, et je traiterais de caprice les cris d'un besoin inconcevable par sa continuité pour ceux qui ne le ressentent pas. Je n ai pour fécrire que le temps où je fais donner de la Konpe à l'enfant. Je ne m'interromps pas encore la nuit; on me
'** Ms. 6u38, Toi. 196*199. point preudre la g^rde comme caisinièr^. • •
^^ Roland avait eeril ii sa femiite, le Ajoiile, à ce que lu dis « la dtïpease : une
i5 janvier (ms.(>9 4o, fol. i3o): ?T Je le con- femm« accnnlumee à faire ses volonlos, a
selllt^. et ti'une inanieie très positive» de ne prendra son caf(?.à vivre à sa manière, etc.n
conseille de ne point habituer ma fille, au contraire, parce qu'avec son avidité elle ne me laisserait guère de repos : les circonstances me détermineront.
Ancelin est fort étonné de me savoir nourrice; tous ces gens qui m'ont crue morte en sont également stupéfaits.
J'ai vu tantôt les deux voisins ensemble, au retour de leur promenade : ils ont été hier, avec tout Amiens, à la fameuse comédie [la Femme nouvellistey^^; l'assemblée était brillante au possible, toutes les places occupées. Quant à la pièce, c'est du médiocre à tout égard, et du plus médiocre. Un mari faible, une méchante femme, un amoureux garçon ne cherchant que la dot, un nouvelliste piqueur d'assiettes, etc. Ces portraits-là ont des originaux partqut et je n'y vois pas grand'merveille.
On débile pour certain le départ prochain de Dame Gigogne; cela fit le plus grand bruit à la redoute où l'on s'en est fort entretenu ; elle ira en Bretagne, et par des ordres tels, dii-on, qu'au cas de refus de sa part, la lettre de cachet est prête.
Je ne sais ce qu'on bredouille encore de la vieille histoire de La Courte ^^^; mais je crois que M. d'E[u] veut s'amuser à te raconter ces folies, et je les lui abandonne.
M. de B[ray] est venu me voir, causant, demandant de la botanique, sans me dire si l'ouvrage qu'il m'avait envoyé était acquis ou emprunté par lui; je ne le lui ai pas demandé; j'ai répondu bonnement à ses questions que ce n'était pas à moi qu'il fallait s'adresser pour savoir ce qu'il convenait de faire, et qu'à titre d'avis je n'avais rien à dire; qu'en aveu de ce qu'il me semblait, je dirais que, pour moi, si j'avais à commencer, je préférerais quelque chose de plus simple.
Je lui ai parlé de l'abrégé incomplet des Eléments par Rousseau (*',
^*^ Voir lettres des 8 et 1 4 janvier 178a. la vie et des o/utrages de J.-J, Rtmsseau,
<*^ La Courte. — Nous ne savons de mentionne (11, 478 ) six fragments ou lettres
quoi il rst question. sur la botanique. Mais aucun ne porte le
^** Musset-Pathay , dans son Histoire de litre d' titéments.
qinl possédait sans le savair, coianie tani d'autres choses dans sa bibliothèque, el je Tai engagé à les foire lire avant lout, ajoutant que s'ils n'inspiraient pas le goûl de la chose, il serait inutile de passer à d'autres ouvrages. Ce brave homme doit partir incessamment pour Péronne;jele crois m«^me actuellement parti.
Je puis donc espi'Ter de t'embrasser bientôt? J'aurais bien plus de plaisir aussi à le voir oii lu dis^'^, qu'à te savoir où tu es. Ces froids me sont sensibles autant qu'à toi ; ma délicatesse sur cet article est un fruit de mes derniers maux, que j*espère ne devoir pas être permanents.
Il faut bien faire, comme tu l'expiimes, pour nos projets peu secondés; nous en avons pour tous les cas : ainsi nous ne demeurerons pas au dépourvu, ainsi que tant de gens qui sont tout sots pour une entreprise manquéc. Tu as bien du mal à te rencontrer avec ce Longponien; vous parcourez chacun de si vastes orbites, que les points de contact, d'insertion, se trouvent à des disUinces prodigieuses.
Que deviennent les cousines d'Épiney^^^? Dis-leur pour moi mille choses obligeantes. Je ne t'entends plus rien dire de M*'*" de la Blz. [Belouze]. Elle est sans doute ou malade, ou atlVnrée, comme de coutume. Et Notre-Dame du Palais-Royal**^? As-tu encore troublé un téte-
î'^ Boinml (lisail, Jans sa lettre du 1 5 janvier : ffCês noiiveatix froids me pénMrent. et j'aimerais mieux ^Ire dans mon aiiiniil et dans ton lit que dans ïe^ ities ilc^ Puris et flous mon loit de neige, y
^*î Parenteg de province , venuet^ à Pcn-is pour suivre un procès; elii?H étaient iv\ïgieuses, probablement h Châtiiion-les- Dombes ( Voir A Im. de Lyon , 1 7 8 ^ , ^ û-^ :i) . Iloiond ik*rivait, le i5 janvier (ms. 6a4o, fol. I a 9): n^t^e^ cousines d'Kpiney sont ici, poiir suivre leur procès; je ne les ai encore vue*» qu*une fois. Efles nul beaucoup de lettre* de recommandation , m«is <'iles a*en ont encore rendu aucune . . . f« Pui«i , le ss janvier t » Visite ciiez M"*' d'l^|>ioey.*.* Puis, le (> février : tr J'ai cuuru
toute la matinée pour les petiten cousint*s , i]ni tonjoui^ me demandent beaucoup de tes nouvelles, qui sVnniiient et tjui s'ennuieiTint bien davantage* • . n — Voir [jIus Inîn ce qu*ëcrit il leur sujet Madame Rolarul , lettres des ao janvier» 9 février et *3 3 août 178a.
*** Il semble que la pei-sonne (Msignce ainsi soit une (ille de M™* Dumaugin. Dans cette hypotbèse, ce sei'ait Maiie-Jeaiinçpjifjérne Dumaugin, mariL% à Jean-Cbarles- Mollière de la BuuMaye, vérilîcateur des aides de Pàiis (iurruf. de.^ Arck. d'Amicm, A A. 3 a , iVd. *i^îi ). L'hôtei de^ |)nmaines du l^oi, où le vérilîcateur des aides devait avoir son Ijurr^au, m irtvuvail priVisi^inent derrière le Pfdais-Royal , rue Neose-dctî-IVtits-
à-tête? Et tes gens de l'Académie, du Musée, du tripot'^*?.. . Nous aurons bonne revue à faire des acteurs et des scènes que lu auras examinés.
Je t'envoie encore une lettre pour l'oncle de Vincennes, et voici entre nous le pourquoi. Tu auras aperçu que j'avais mis dans celle que je t'ai déjà fait passer une louche de plaisanterie ; l'oncle l'a fort bien prise, en bonhomme cfixi sent n'être que cela et qui soutient mal le personnage d'oncle. Il me semble que je dois, pour ainsi dire, le remettre à sa place par une lettre qui marque des égards. J'éprouve une sorte de malaise quand je vois à d'autres une contenance embarrassée; j'ai autant de plaisir à témoigner de la considération à un bonhomme qui ne s'en fait point accroire, qu'à me moquer d'un important qui ferait l'entendu.
L'aulrelettre est pour une demoiselle dont tu m'en as fait passer une avant ma maladie; je la voyais avec plaisir sous mon toit de neige (^) ; son âme douce, éprouvée par le malheur, d'une dévotion singulièrement tendre, me la rendait intéressante.
Samedi matin.
Je te dis bonjour dans mon lit, colla bambinu nel mio grembo; elle nous a fait toutes enrager cette nuit; elle repoussait le suçon de sa bonne, et n'a point eu de paix que je ne lui eusse donné mon sein. Quand je dis enragées, ce n'est pas trop correct, car j'ai bien du plaisir à voir son empressement; au reste, l'humeur qu'elle y mêlait tenait à une petite circonstance qu'on peut éviter, et nous n'aurons pas toutes les nuits pareille fêle.
Je n'ai point de cuisinière; celle présentée l'autre jour est venue dire que la course à faire pour aller à la fontaine S*-Pierre était un obstacle qui l'effrayait; elle en avait témoigné de la répugnance à la
Champs; — et Roland écrira, le 9 8 janvier: sëe, de Pilâtre de Rozier; — le tripot,
... "Je vais derrière le Palais-Royal, où tu l'hôtel du Contrôle gënërul. sais ... « ^* A la Congrégation , rue Neuve-Sainl-
^'^ f/Acak^mie, des Sciences; — le Mu- Marcel.
première annonce, quoifjirelle acceptât, et je hii avais dit de faire ses n'Ilexions, parce que je ne voulais pas qu'on remplît ses devoirs de mauvaise grâce. Elle ne me plaisait jjuère, et je n'y ai nul regret; mais tl n'est guère amusant non plus d'avoir a chercher de cette engeance : cVst un mal nécessaire.
[\ ROLAND, \ PARIS"'
Dîmartrbt> au soir, *ao janvier 1 78a , — [d'Amîf^ns. ]
J'ai le cœur encore toul gros d'un im^chant raisonnement que tu m'as fait; je devrais dire d*uoe injuie. Je palpitais de surprise et d mquiétude en lisant ce que tu m'écris dans la petile feuille, après la citation de Crespy; je suis venue a la lettre du frère, j'y ai vu l'extrait infurme d'une, écrite par moi il y a bientôt trois semaines, dans le moment où Fétat critique de ma fille m'agitait le plus et où je t'en entretenais avec bien plus de détails et de tristesse que je ne mai> quais au Crespysois; et c'est d'après ce qu'il te rapporte aujourd'hui de mon style d'alors, que lu argues pour justifier une nouvelle méfiance et m'annoncei; que désormais tu ne me croiras guère. Tiens, j'ai fait un mouvement pour jeter sa leltre au feu; puis j'ai vu que c'était loi qui avais tort, et j'ai pleuré; comme une sotte, il est vrai, car enlin c'est une erreur de calcul, et tu me jugerais mieux sans doute si tu n'avais pas mal compté. Avec tout cela, je ne puis relire les lignes d'un œil sec, par l'idée qu'elles me donnent que tu conserves le germe d'un chagrin mal fondé.
Puisque j'en suis aux doléances, il faut épuiser le chapitre. Sempre qualche nuovo tormento; c'est l'histoire de chaque jour. Ma fille se porte bien, mais elle a, par le malheur des circonstances, contracté des habitudes qu'il ne faut pas lui laisser et qui ne sont point aisées à
m Ms. ri*i8R, foL ^ion-ùiifi.
détruire, parce qu'elle est très vive et s'irrite extrêmement de ia contrariélé, Criaût sauvent depuis qu'elle avait perdu mon sein, la bonne ne pouvait Tendormir quen lui donnante manger dans son berceau; en conséquence, renfant ne sait plus s'y tenir que par ce moyen. Il s'endorl bien au sein, soit sur mes genoux ou mêuie au berceau où je l*allaite quelquefois, mais, dès que ses petites mains ne sentent plus la mamelle qu'elles embrassent, il s'éveille et crie jusqu'à ce qu on la lui rende. Avec ce train, je n'ai pas une minute, à moins que je ne le fasse amuser par sa bonne, en loi parlant ou le promenant. Dans les premiers jours que j'ai recommencé sa nourriture, il fallait bien le garder longtemps, parce qu'il tirait peu à la fois; présentement, qu'il se rassasie assez promptement, je voudrais qui! pût dormir autrement que sur mes genoux. Je Tai couché hier, à plusieurs fois que j'ai vu le sommeil s'emparer de lui; à chaque fois, il a pleuré dès que je me suis éloignée ou que d'autres ne sont pas venus le distraite.
J'ai commencé l'épreuve de la correction : je Fai laissé crier, quand j'ai été cerfcùne qu il n'avait pas de vrais besoins; sa violence lui a fait trouver des forces pour crier, de manière à faire redouter qu'il en soullVît beaucoup. J'ai persisté, ne voulant pas céder à ses cris de despotisme; je me cachais derrière mon paravent en marchant et rongeant mes ongles, réfléchissant sur la nécessité de prévenir des défauts dont, par une nécessité plus fAcheuse, on se trouve avoir donné les principes, La bonne, dans un coin , n'osant souiller, me regardait à la dérobée pour voir si je lui dirais d'aller à l'enfanl; elle ?etenait des pleurs qui lui échappaient par grosses gouttes. Je souÛVais bien plus que le joui* où je suis accouchée; j'attendais impatiemment une occasion d'apaiser la petite sans lui laisser sentir qu'on lui cédât : c'est ce qui arriva quand elle se fut salie; mais sa voix était enrouée, son visage enflammé, ses yeux battus et elle était comme dans un mouvement fébrile. Nous avons passé la plus triste soirée; chacune s'est couchée dans un moine silence. J'en suis à chercher les moyens d'éviter le mal moral, sans nuire au physique, et je n'y suis pas peu embarrassée, le préférerais perdre ma fille, à lui laisser prendre un empire qui ferait son malheur, et j'ai
assez de courage pour ne pas hésiter dans ralternalive; mais je suis mt^re aussi, et ces épreuves, légères en apparence, ne me sont pas peu pénibles.
Je n'ai même pas en vue de cuisinière pour le présent, ce qui me fâche assez; on ne manque point de sujets tels à peu près que ceux dont je me suis défaite; j'en voudrais de plus sûrs.
J'ai répomlu aux derniers com|)liments de M'' J"' [Marie-Jeanne] (en ménageant son amour-propre) que j'appréciais ses services et que je les préférais à ceux de toute autre, main que les commissions et le surplus d'ouvrage à faire dans ma maison, qu'elle n'avait pas actuellenient, demandaient quelqu'un plus en état d'eu suppoiier la fatigue. J'ai même profité d*un rhume qu'elle a pris pour la presser de me trouver une bonne fille, afin queje la laissasse se reposer; j'ai peu de personnes, et niAme point, à qui en demander. Otez trois ou quatre honmirs et M*"^ d"E[iî], je ne vois âme qui vive h parler de telle acquisition dont je ne dis trop rien aux autres peu faites pour me la faciliter. J'aurais voulu ce nouveau meuble tout liabitué pour ton retour; cela devient douteux. Tempo et pazienza : je prendrai de Fun et de l'autre puisqu'il le faut, et nous verrons, pour cette misère comme pour autre chose.
Je me suis soulagée paf k confession de tous mes pelîts maux; je n'en sentirai plus aucun quand je te reverrai, puisque je les oublie en ne faisant que te les écrire.
Parlons donc du Musée, qui me paraît, à bien des égards, l'abrégé de Paris, soit dans la diversité de ceux qui le composent, soit dans resprilqHi y règne, ^oil dans la vie qu'on y fait et la bigarruie qui résuite de tout cda; tu m'en fais un tableau singulier et jïiquant, qui m'amuse autant que les modèles tVmt diverti. Il me semble, au bout du compte, que tous ces établissements sont inventés et courus par des gens qui se battent les flancs pour varier leurs plaisirs et se sauver de l'ennui. Mais tu vas dire encore que je fais de (r la raison ou de l'esprit à perte d'haleines: ne semblerait-il pas aussi, à t'entendre, que je prodigue le bien d'autrui? En vérité, mon cher maître, vous êtes un
ÎTTHES DE MADAME
torrible censeur. Quoi quH en soit, prêtiez courage, car je ne rabattrai jitis un iùla avec vous de tout ce qui me passe par la tête. Par exemple, je t'avouerai franclieuienl que tes saints du lendemain, avec toute leur raison, me déplairaient bien plus, à moi qui fais de cette drof^oe, que les diables de la veille au soir parmi lesquels je ne Ggurerais point; encore font-ils un peu rire, ou prétcnt-ils à Tobservation. C'est le privilège des fous ; umis les sots ne font qu'eirnuyer. Pourtant, lorsque ceux-ci sont eu nombre, leur cohorte a quelque cbose d'original: j'attends une bonne relation de l'assemblée des Quatre Cents dans la prison de Saint-Denis^'^.
Tu ne me dis rien du docteur fistulisé, que cet adjeclif, qui m'est utmveau pour loi. Oi^l est-il ? Par qui en entends-tu parler ?N'a-l-il pas fait de dcmarcbes pour te voir, lui qui avait tant de choses à te dire? de ces choses, comme celles d'Aristote, que tu renverrais par-dessus l'épaule.
Le Grec manqué (^' ira sans doute voir le Sorbonnien; au reste, il n'a plus les mêmes raisons de le rechercher, ainsi qu'il en avait lors du mariage projeté. Ce seigneur Aristote ne marche pas sans avoir ses petites vues. Vous aurez ensemble de plaisantes conférences.
Je plains de tout mon cœur nos bonnes petites cousines ^^'; elles auraieni jjrand besoin, pour ne pas s'ennuyer à Paris, delà ressource que M''*'' dt" Chj;, [Clmignes] avait su s'y faire, et qu elle méritait moins que nos aimables nt^vices: de quelques connaissances sûres et complaisantes dont Féquipage iïlt à leur service. Autrement je les vois condamnées à garder la chambre, les mains croisées, avec leur petite robe blanche et leur joli voile.
*'* Cette iT assemblée des Quatre Cents dan» la prbon de Saiiit-Deriis'» est prol>al»lenient qiidi|ije cha|)itre eiîtraonl inaire des Bénëditiinii , ordonut^ par le Wm pour mettre fin aux dissensinns de l^onlre. — Voir la correspoudaiice de 1788, pm^im, el If s Mém. secrets de cette aum^e-lh, juillet, septembre, octobre et novembre.
Quant au docteur fflistulisërt dont il va ^tre parli^ nous n*avons pu «klaircîr fallumm.
-'^ Le Gn^ nianqu*^, c est ici Aristote, au* ti^mieni dit Michel Cousin; le Sorbonnien, c'est Tablië D^i^ïlioussayes. — Voir lettre du a 3 novembre lyJ^i.
trEpiney.
A propos de M^^'^de Chg. [Chiiignes],on débite àoii-voix qii*à force de remèdes sa tête s'est aflcctée: la bonne mère de B[ray]^'' disait gravement à la petite Durx, [Durieux] qui s*eo moquait : ffMa fiHe, elle est pi os à plaindre qu'à blâmer, vous ne devez pas en rire. ^ Le fait est que M""^ de Chg. [Cbuigïies] n'est folle que de sa charmante, comme elle Ta toujours iHt^; mais que Tcspoir de la marier suivant son ambition la rend d'une gaîlé et d'une jactance dont on s ennuie, el dont on devrait bien voir la cause, quoiqu'elle s'efforce de bi taire. La petite personne est toujours la déesse de nos redoutes et la folie du jour; tous les jeunes gens la fêtent : c'est devenu la mode, ou le ton; tous disent qu'elle n'e^t qu une coquette; tous, après l'avoir acciiblée de jolis riens et de sottises galantes, s'en vont disant qu'elle se met et danse comme une fille. Tel que soit le triomphe, la jeune élégante en jouit pleinement; elle ne paraît jamais à la redoute que li'és tard, de manière que son arrivée fait éclat; fous les papillons voltifjent aussitôt de son cèté; le concours est universel et rabandon des autres préteudanles aussi complet qull soit possible; la toilette toujours brillante de cette dernière arrivée se soutient mieux, précisément [»ar cette raison; elle Temporte ainsi par la fraîcheur autant que par la recherche*
Une voiture arrête On est longtemps à annoncer Bon!
c'est M™'' de Chg. [Chuignes], la petite personne et la vieille tante ^^^l
Elles sont parties; j'ai eu brume envie de rire en déposant ma plinne quand elles sont entrées; n'est-ce pas dommage qu'elles n'aient point vu ce que j'écrivais? Visite de petite demi-heure, longue exposition des maux, grande information de santé, beaucoup de choses pour toi, des questions sur les nouvelles de M"'' de hi BeJz. [Belouze], etc. M'"' de Chg. [Chuigncs] me parait bien guérie; elfe dit n'avoir plus de douleurs; son visage est bon; elle ne ressent que des accès d'une sorte de faiblesse el d'acc;iblement, fruits des remèdes, qui annoncent le besoin
^'* La bonne nièi^e de Bray, c'esl Marie- An loi no tte Decourt, niaritfe en 173/1 à Vvimçols-Alcxandi-e lio Bray, m^rt! de !'a vocal du lloi \le?tandl'e-^iicolaîi de Bray, el jwii"
eoiisi^i| lient ^raiid iiière d*^ In petîLe M'"' Unrit'iiv,
•'^ r.V«^l-n-dire M de tJiui|jiies, s'i Tdle,
el la ffrynd' tante Madeleine Decoi 11 1.
de restaurants. Sa fille est toujours maigre et pâle à l'excès, avec uu air fané que la toilette n eiïace pas; assurément il lui faut un mai*i, sous peine de paraître souffrir de la privation. On a dit, comme tu peux croire, beaucoup de choses honnêtes : on a observé qu'on ne faisait pas de visites et qu'on allait voir seulement une ou deux personnes telles que M'^d'E[u] et moi; mais, comme M"^de Chg. [Ghuignes] n'est pas très fine dans les affaires où elle n'a point d'intérêt, elle s'est vendue à demi, et je soupçonne sa visite one simple réminiscence due au hasard. Elle venait de chez M°** d'E[u], quelle croyait disposée à venir souper chez les grands parents, et M^ d'E[u] n'y va pas aujourd'hui; donc, etc. Tu sens parfaitement que cela ne m'a pas été raconté; je lai attrapé à travers les branches et à la volée. G est toujours bon à saisir pour apprécier les gens; on rend ce qaon doit en apparence, et l'on ne se charge pas d'obligations pour le reste qui se réduit à rien , ou peu de chose.
Je m'étonne davantag eque tu aies lu les marches (^) en question que de la perte de l'esprit de celui qui les a tracées; car il ne doit pas être difficile de perdre le peu de facultés qu'il faut pour cela; mais il ne me parait point aisé que tu aies trouvé le temps de lire pareille production. Il faut être à Paris pour avoir ce courage.
Tu ne dis mot de M. Demachy W; ne l'as-tu pas vu? C'est peut-être ton confrère : que sait-on ! Le caprice des rois a fait des choses plus étonnantes et moins justes.
Je ne me rappelais pas bien que le premier entortillage de M. de O^ [Couronne] avait été précisément à l'occasion de l'ouvrage; tu m'en fais souvenir, et je crois aussi qu'il s'en tiendra là.
J'ai vu Dolin, qui désirerait fort que ses appointements fussent
^^^ Nous ne savons ce que cela signifie. associe de TAcadëmie de Beriin et que Ma-
^') Roland ëcriras quelques joiu*s après dame Roland espérait toujours dans le suc-
(lellres des 27 janvier, ms. 6ââo, fol. 1/19- ces de Tépître rédigée par elle pour le roi
i5o, et 28 janvier, ibid., fol. 187), quil de Prusse, à Teffet d'obtenir ce titre pour
est allé dtner chez M. Demachy, qui lui a son mari. — Voir plus haut, lettre du
fait amitié. On voit que M. Demachy était 18 novembre 1781.
d/»terrninés; M. du Gastel^*^ lui a demaudé ses comptes, suivant Tusage.
M. Duperron est venu tantôt; je me suis faîte învisîLle à raison (tacite, bien entendu) de reiniui qu'il me cause.
La sifjnora d*E[u] i^tait hier d'une gaîté rare et aimable; elle a passé une heure ici, avec le fidèle; on a parlé de romans; elle est moins novice sur larticle que sur beaucoup d'autres sujets. M, de V[iu] disait que, s'il était M""- de Ghjj. [Chuignes], il ne laisserait pas Clance entre les mains de sa fille, dont la tète légère ne manquera pas de choisir Miss Hoive pour modèle. A ce propos, et par un autre raisonnement qui ne vaut pas d'être détaillé, il observait généralement que tout lecteur nes*avisait pas de se comparer au héros d\in roman, mais qu'il s'appliquait volontiers un des seconds personnages, selon son caraclère. Je me suis mordu les lèvres pour ne pas répondre ce que d'autres jugeraient être une impertinence; mais je me suis dit que je ne lui ressemblais guère et que j'avais sans doute une furieuse dose de présomption. Je t'avoue, à toi, qu'en lisant un roman ou un drame, je n'ai jamais été éprise du second rôle; je n'ai pas lu le récit d'un seul acte décourage ou de vertu que je n'aie osé me croire capable d'imiter cet acte dans l'occasion, et, à part les agrénienls, les talents, etc., imaginés et réunis pour la perfection de Clarice et de Julie, j'ai cru les valoir par mon cœur et que j'aurais été leur amie si je les avais connues, leur existence étant supposée. Kst-ce que tu ne t'es pas rais aussi à la place de Grandisson?
Je ne sais si c'est eirervescence d'imagination, mais, en étudiant Fhisloire, je n'ai point eu pour les beaux traits et les grandes actions cette admiration pure et froide que je vois à mille gens, qui n'est que contemplative et que je ne conçois que par celle qui m'est inspirée par les grands effets de la nature. L'exposé du bien fait par mes semblables m'a touchée, m'a pénétrée d'attendrissement et de plaisir; il
ï*> Ducastel (lé Btudiiicoial, salxlf^li^fjiK' d'Aiiiieiis de lySi à 178a. (hwmlftire de la SùmmCf l. Il , Inlfoil., p. xxni; Alm. de Picardie Je 17811, p. 35.)
me rendait meilleure à mes yeux, parce qu'il éveillait en moi la confiance d'en faire autant et le regret de n'être pas dans la même situation que ceux qui l'avaient opéré.
Plus je vois et j'écoute, mieux je sens que j'ai peu de choses à dire en société; mes opinions ou mes sentiments paraîtraient ridicules, outrés; je doute moi-même quelquefois de la justesse des premières et je fais mes comparaisons en secret. Crois-tu cependant que je me trompasse en appréciant quelqu'un d après un jugement semblable à celui en question? Assurément, ou je te connais peu, ou, quand tu as lu la Nouvelle HéUnse^ tu t'es supposé, suivant les temps, Saint-Preux ou Wolmar; mais il faut convenir que l'ami de V[in] est un vrai M. D'Orbe.
En parlant de cet ami, j'ai su de lui que son vieil oncle se mariait mardi; le pauvre garçon en a le cœur gros pour sa sœur; on voyait qu'il était affecté, qu'il avait besoin d'en parler. J'aurais voulu que ce n'eût pas été en présence de M™*^ d'E[u]. Elle ne sait pas mettre ses amis à Taise par le témoignage d'un intérêt qui favorise l'épanchement; elle est froide et légère. Je la trouve repoussante par cela même, et je ne comprends pas qu'on puisse avoir avec elle des relations intimes; sans doute, l'habitude lient quelquefois lieu du sentiment. Gomment vientelle sans lui? Voilà pour moi le mystère. Tu sais l'histoire du mariage; c'est une vieille fille riche qui veut mourir marquise; et lui, assez riche pour n'avoir pas besoin de la fortune d'autrui, faisant cela par faiblesse pour sa famille, que la vieille avantage. En vérité, il est bien étrange de voir marier des soixante et je ne sais combien d'années, de part et d'autre ! Le neveu a appris le jour de la célébration par M. Cornet t^J, qui a fait de cela nouvelle dans la ville, en le débitant comme une bizarrerie, mais sans égards pour M. de V[inj. C'est un certain M. Martin t^^. Marin (l'un ou l'autre), beau-frère dudit Cornet,
^*^ Nous trouvons, à YAlmanach de Pi- pitaine de la milice bourgeoise (p. 34). cardie de 1782, deux Cornet, Fun cha- ^*^ Ce Martin, distinct du Martin que
noine (p. 19), lauti'e maître .en chirurgie nous verrons associe de Fiesselles, nous est
(p. 91), probablement le môme que le ca- inconnu.
I(jt
qui s'est mêlé de ce mariage. Opère maravigliosa ! . . , Si je ne me sentais émue pour le neveu et sa sœur, cette folie m'en ferait dire. Tu en imagines déjà; revenons au grave.
Le musée dont tu me parles n'a-l-i! pas fait tomber celui de M* de la BIcIk [Blaucherie]^^'? Tu ne préviens pas mes craintes là-dessus; c'est dune grande cruauté.
Je n'ai rien entendu dire de M™*' du MangJ-^ depuis le temps que tu sais; rien dans ma maladie, rien depuis; il y a quelque cause à ce grand silence* Croit-elle que j'aie pu lui faire des visites et que je Faie négligée? Est-elle aussi malade? 11 faut Tun ou Taulre, Si tu voyais beaucoup Notre-Dame du Palais-Royal''*, tu pourrais savoir cela sans le demander. Au reste, je ne m'en soucie guère : soit ce qui pourra.
Tu prends donc des drogues de TEsculape, et M. Lanthenas^*' avec toi? Il m'écrit que vous faites deux déjeuners dont ie premier n'est pas plaisant. J'en fais deux aussi, mais également bons, et je m'en vais prendre mon cinquième repas; il est huit heures* Adieu, mon bon ami; je t'embrasse bien tendrement.
f*^ Ce nnu vi^an Musée, cty^i celui que venait fie fonder Pilàh-e de Rozier. ^ — Mammè^Claude F*aliin de Lal)laneberie (tj^u-
ii) avait éié ie premier aruotireux de farte Phiîpon. — Voir s tir lui îes Mê^ mmrUf II, uiS-t^i, î5*2 et siiiv. , a^it- 9^5, et les Lettre» Camut, édit. Dauban, presque à toule^ ha^ iwi|[*^. Ce litliirateiu* mtklîoci'e, mais remuaut, ajaut las qwaliN^s d*uo ageul d^affaires, leiita à Paris, dani^ fes anm^es qui pi^ci^ièrenl la HtHrdulioii, viugl entreprises de publicik* : crHuj'eau gi^ut^ral de corre8|>ondaMee pour let* j^ciences et les aiis»», «rMus<^ew, etc., qui tomhèi'eiil les uns aprè» ies antres. Voir Mhtmren seci^etJi, du 8 mai 1780 au *2 mai*s 178Î1. Voir autMi la suite de celle corref;pondance, ainsi que noire ëtude sur '^ Marie Phlt|Kin el Ro-
lande (RêvùL françaîse, mai 1896)* — Roland, dans ses voyages à Paris, allait de tempt? en temps aux s<?ane»»s dn Musée de Lnl)lancherie, et en donuail des nonveiîes à sa femme, en la plaisairlaut sur irma auden amomfîux'^.
^'* Ceci confirme noire corijocUire que M"" Onmangin esl la uière de ffNotiM»-Daine du Palais-Royal^* — Voir lelti'e pi^cfMente du 1 S janvier.
•'^ [jaulhenas, qui tétait avec Roland k riiôlel de Lyou, faisant ses tHudes de médecine T avait ^cnt à Madame Roland» le Hj jauvier (lus. daii, fol, aSB-^j^tj): ffNous déjeunons, votre ami et moi, depuis ipudqoes jonj*s deux fois; la premîèi'e eolallion n*est pas très ragoûtante; uous la prenons le plus matin que nous |>onvonâ. n
L1£TTniSâ OK MADiliR nOLl.\U. — 1.
Tu recevras ces jours-ci pour IVP® Cannet'^' une petite boite; tu es prié de donner au porteur quelque argent qu'il te demandera.
Lundi matin. — J'écris un mot au compagnon, et je te dirai, pour nouvelle, que ma petite se tient fort sagement dans son berceau, soit effet de la correction , soit meilleure disposition. Je ne le déciderai pas. Quant à moi, j'ai du lait tant et si bien, qu'il a coulé tout seul à mon réveil et qu'il me faudra en donner la nuit pour n'en être pas incommodée.
Je me sens bien; il fait beau, le temps est doux; j'ai vu par la fenêtre de mon cabinet de toilette que diverses plantes (^) commençaient à pousser; le règne de la botanique va revenir, je l'entrevois avec plaisir.
Tu ne m'as rien dit de la réception du travail de M. d'E[u]. Je ne sais quel jour je te l'ai envoyé; j'oublie continuellement le dernier où je t'ai écrit : toujours il me paraît loin.
Adieu, cher et bon ami.
[À ROLAND, À PARIS t'I]
Vendredi , a 5 janvier 1 78a , — [d* Amiens. ]
Dans une chambre enfumée comme la tanière d'un renard, l'œil gaillard et les dents aiguisées, je vous salue, mon cher maître; n'ayez pas de crainte cependant, vous n'êtes rien moins qu'une poule, et je n'en veux pas même à celle-ci. Qu êtes-vous donc devenu au milieu du fracas de Paris? J'entends moins parler de vous que du Grand-Turc dont la gazette me dit parfois quelque chose. En vérité, mon bon ami, je m'ennuie fort de ton silence; si j'étais d'un peu mauvaise humeur,
^^^ Sophie. — Voir la réponse maussade ^*^ Dans le cimetière Saint-Denis. — Voir
de Roland du a6 janvier 178a (ms. 6aâo, Appendice E. fol. i36). w Ms. 6a38 Jol. ao5-ao6.
je gronderais jusqu'au bout de mon papier, et eucore par delii. Les isées volantes ont-elles lomb<^ dans S'-Denis? C'aurait été un peu loin. Mais, plaisanterie à part, tout ce tapage de la capitale me donne [mrfois du souci, IN'ai-je pas Tair d'une bonne provinciale qui n'a jamais quitté les rues désertes de sa ville et les lourdauds qui les fréquentent à pas comptés? La jolie chose qu'un air de pro\iuce, comme celui de la Béotie surtout! Cond>ien on peut Facquérir aisément! Il n'en est pas ainsi des grimaces parisieinies; il faul un cours pour apprendre à les imiter agréablement. A propos de cours et de science, il faut que je propose à vous autres cbimistes l'explication d'un fait arrivé ce matin dans ma cuisine. On a fait, par inadvertance, du cacao sur du marc de café; puis, apnt tiré au clair celle liqueur composée, on Ta mêlée avec le lait. Tout allait bien jnsqne--là; mais comme je n'étais pas encore disposée à déjeuner, il a fallu rapprocher du feu le cacao mixte; une demi-heure après, le déjeuner a tourné, à Fétonnement des faiseuses et à mon grand déplaisir; piquée de cette nouvelle, j'ai voulu voir ce qui en était; l'odeur et Finspection des objets m'ont fait deviner ïe mystère. La partie du lait réduite en fromage s'était emparée du cacao et en avait pris la couleur rougeâtre; l'autre partie liepiide avaii l'odeur et toute la couleur du café au lait, dont la nuance serait seulement affaiblie par la limpidité d une liqueur bien plus légère que le lait. De là, messieui^, dissertez sur la nature du cacao et du café, leur analogie avec le lait, leurs qualités, etc., etc. En attendant rjue vous me fassiez part de vos savante résultats, je veillerai à ce qu'd ne se fasse plus de semblables expériences à mes dépens.
J*en étais là de cette folle lettre, quand je reçois la tienne des mardi et mercredi ^*J. Je déchirerais cette première demi-feuille, si elle n'ét-ait pour loi un témoignage de ma bonne santé et d'une disposition plus gaie que celle où me voici. Tu es malade, mon ami, tu souffres et je ne suis pas près de toi pour adoucir ton malaise, te soigner et calmer mes tourments! Juge de mon inquiétude; je sais combien ces mauvais
<'' \inv m lut». (>a/io, fol. i 'à*A-it^h, IctLi'eîi de Ilobiul des ta a el aH janvier 178a.
rhumes t'incommodent, combien peu tu te ménages, combien ce défaut de ménagement peut faire de mal; toutes ces idées me remplissent d'amertume. La vie que tu mènes, le temps affreux que nous avons, tout me fait désirer plus vivement que jamais ton retour à la maison.
Je vais t'expédier celle-ci en droiture contre ma première intention, pour solliciter plus promptement de tes nouvelles.
Marie-Jeanne est retournée chez elle hier; elle n'a accepté que la valeur des gages que je donne à une cuisinière pour les 17 jours qu'elle est demeurée de nouveau avec moi. Ma nouvelle fille me semble mieux que ce que j'ai encore eu. Je n'ai pas le courage d'en dire plus long, ni de répondre à tes observations (^'; tu peux penser qu'aucune d'elles ne m'est indifférente et que je veillerai toujours à ce que tu sois satisfait dans tout ce qui dépendra de moi. Adieu, mon ami, que je sache vite et souvent comment tu te portes. Je t'embrasse, le cœur serré. «
[À ROLAND, À PAJUS^'l]
Dimanche, 37 janvier 1789, — [d'Amiens.]
Je ne t'écris que pour demain, mon bon ami; j'espère recevoir de tes nouvelles par le courrier prochain, et je les attends avec la plu^ vire impatience. Je suis tourmentée de ton indisposition, elle me préoccupe plus que je ne saurais dire. Je n'aurai de repos qu'à ton retour.
Depuis que tu m'as annoncé que je te verrais avant la Chandeleur, j'imagine toujours que ta première lettre m'indiquera le jour de ton départ; je m'en flatte encore pour celle que j'attends demain.
Ma santé se soutient très bien; mais ton malaise efface ma gaieté; j'ai besoin que tu sois content et bien portant, pour jouir moi-même
^^^ Roland grondait, dans sa lettre du les présents de ceux qui sont moins aisés
32 janvier, au sujet d'Agathe , qui lui avait que nous, que quand on peut donner le qua-
envoyé, pour sa femme rr ime boîte de su- druple sans gène ... a c reries et de pelotes t». rr . . . On ne reçoit ^*^ Ms. 6a38, fol. aoy-aoS.
sans altération de biens semblables; autrement l'appélit est inéyal eL le laîl va en proportion.
J'ai q[uelque souci de ma petite; voici ce qui me le donne : elle prend le sein avec avidité, se gorjje autant qu'ii est possible, puis elle vomit; non comme dans les premiers temps, sans ellbrts, ni apparence de souiïraiice; mais elle crie, s'agite, porte ses doigts dans sa bouche comme pour en tirer ce qui la gAne; son baleine exhale une odeur aigre et forte, moins ressemblante au lait aigri qu'ù Todeur d\in adulte qui aurait de Tindigestion; Tagilation, les petits cris, tout le manège rontinue jusqu'à ce que, ayant bien rendu, elle crie plus fort en cherchant de nouveau à téter; la scène recommence ainsi, timt que le sommed la prenne au sein et ne soit pas interrompu par le transport de l'enfant au berceau : ce qui arrive volontiers la nuit et le malin; mais Taprès-midi et le soir, il dort peu ou point, et ne fait t|ue [u^endre, crier et vomir. J'ai voulu éviti^* de lui donner le sein aussi souvent qu'il paraît le demander, croyant quil en prenait trop; c'est bien pis. Dès <}ue son désir se manifeste, il entre dans un état violent et terrible si fou laide à le satisfaire, 11 if y a plus de lait étranger ni d'eau d'orge; seulement une soupe tous les soirs avant de le coucher. Habitant ma chambre continuellement, j'y garde l'eniant pour ne pas multiplier les feux. J'espère, au reste, qu'à mesure qu'il se lortiOera, le temps de son repos deviendra phis long; il y a déjà des différences du commencement, et j'ai gagné les matinées.
Je suis fort contente de la boune; sa douceur et son assiduité se soutiennent également; elle s'attache et paraît agir avec un vrai zèle. J'ai pour cuisinière une fille propre, hoonèle, entendue, qui, je crois, aime un peu ses aises; elle est de grand appétit et vaut deux Mai*guerite pour la consommation. J'ai su de M, Devins une petite histoire que soit séjour à Paris m'avait fail soupçomier; cette fille a servi chez l'abbé de Modène, puis chez M. Froment ^'^ qui eu était très content
f'î LoQjR-Firmiii Froment, pn^sidenUrésorier de Francis en h gëinTaïrlé d'AiiueuH ( 1 jfiy-iyrjo). — V^oii' Afm. dv Picardie de
17 83, p. /»3. — (if. A. de Louvencom i , Les Prémien tJi-Trèitori ers de Fntnce de In irénhalité dWmiat^, iBtjO.
et où l'ami Dev* [Devins] l'a vue; elle en est sortie pour y être devenue trop puissante et elle a été déposer son paquet à la capitale. Cest d'ailleurs un bon sujet, et les circonstances de l'aventure donnent à croire que ce n'est point affaire de libertinage; elle a conservé un air de décence qui plaît et qui la fait supposer honnête.
On a passé hier sous la porte un avertissement de payer les vingtièmes; je pense que c'est l'affaire des propriétaires; cependant je n'en suis pas assurée, et je doute si je dois envoyer cet imprimé à M""® Coquerel. Je le demanderai à M. d'Eu au premier moment.
On t'a envoyé de l'Intendance l'arrêt du Conseil pour le droit de marque (^^, avec une lettre que je te fais passer et où le mot subdélégation m'a fait rire, en me retraçant l'exactitude littérale des copistes.
J'ai vu aujourd'hui M. Duperron, pour lequel je n'avais pas été visible plusieurs fois de suite, et que j'ai reçu pour éviter l'affectation de le renvoyer toujours.
Adieu pour ce soir, cher et bon ami; je t'embrasse de tout mon cœur.
Lundi, â onze heures.
Le facteur m'apporte un paquet qui vient du bureau de M. de Montaran ; il contient plusieurs exemplaires de l'arrêt ci-dessus mentionné et une lettre d'envoi renfermant l'invitation à le faire connaître dans ton département. Je crois inutile de te les envoyer, puisque c'est ici qu'ils doivent être employés; tu me diras ce qu'il en faut faire, si je puis en faire quelque chose.
Je suis extrêmement en peine de n'avoir point de tes nouvelles; j'en éprouve un serrement, un malaise que je ne puis t'exprimer; hâte-toi de me tranquilliser pour notre bien commun.
Adieu, mon ami.
^*^ Probablement l'anrét du Conseil du présentés dans les bureaux de visite à ce
Roi du Qâ décembre 1781, ordonnant cria préposés n, et dont la Chambre de commerce
perception d'un sou pour chaque empreinte, d'Amiens accusa r(»ception à Tlntendance le
marque ou plomb, qui sera appliquée sur 3i janvier 178a {Invent, de la Somme,
les coupons d'étofle* ou de (oiles qui seront C. 36 1).
[V ROLAND, \ PARIS f'I]
Lundi, a8 janvier 1 783, au »oir, — [d'Amien».]
Ta lettre de jeudi f-\ mon bon ami, m'est bien arrivée aiijniirdimi, mais à plus truue heure, apportée par le facteur en titie, qui, pour bonne raison, venait s'informer si tu <^tais de retour, J'avois le plus grand besoin de tes nouvelles et je suis un peu tranquillisée* J'avoue que je juge de ta disposition autant par le ton de tes lettres que par ce que lu m'en dis; d'après cela, ta précédente ni'avait jetée dans une agitation très pénible que la dernière adoucit un peu. Prcs(|ue au même instant, M. Flesselles m'a envoyé, pour en prendre lecture, celle que tu lui avais adressée. Pour le coup! si le projet qui la termine doit me faire juger de ta santé, je n'ai quà me réjouir bien sincèrement; car le mois de mai n*est pas trop loin, et, prmr se pi omettre d'être un vaillant champion dans ce temps-là, il faut déjà se sentir ferme sur ses ergots. Cependant, point d'nppétit ni de sommeil ne fail pas nu état merveilleux, et je ne suis pas pins contente que de raisan* Aie un peu soin de toi. Que prends-tu? comment te gouvernes-tu? lu n'en dis rien, et je n'en ai guère bonne opinion.
Sur ce que tu dis de Taffaire en question et des nouvelles tentatives, je présumerais qu il s'agit de quelque maîtresse du secrétaire d'Etat de qui les choses dépendent *^^; car, à la cour et au palais, il me
<'î Ms. 6a38, fol. a 09-9 19.
t*' Ii€Ure de Rtilarid du a 4 janvier 178*3 (mu, 6q/jo, fol i35),
i'^ Rolaad disait, dans sa lettre du ^h : «rj'ai &it une démarche (|iii te paraîtra étrange; j'ai rendez-vous en wii^^i[iipiice deujoin, à 9 heures ilu matin, \mh nt>U8
allons, allons. , Le tout poiu* ralFaii-e en question [ probablement les Lettres de no- Uesse], qm pourrait n^nssir par lii m elle y prend l>ien. Mais je ny compte point; ce n'est que pour n'avoir rien h me reprocher. *♦ S*N lettres syivanIcN nVx[jlî<pienl pas en quoi consistait la d^^marclie.
Ifi8
lETTUES DE MADVME nOLAND.
semble qu'il n*y a moyen de réussir que par les p* . . et l'argent. Si ce n'est pas celte voie, je dis avec lui que je n'y conipte point, et c'est h quoi je m'en tiens; tu as beau m'annoncer une di^marche étrange, je ne puis ia supposer auprès de certaines gens^^l
J'ai reçu les compliments de condoléance de ma cousine^-) sur mes maux passés et mou cbajjriu de ne pouvoir plus nourrir; tu lui diras, si lu ia vois, que son compliment m'a lait d'autant plus de jdaisir qu'il n'est plus de saison, et que je crois qu'elle en sera bien aise; du reste, amitiés, etc.
Les afTaires du tripot ressemblenL au bal de rilôtel de Ville '^' ; c^esl une réunion de sottises failes par une canaille plus ou moins distinguée. C'est la môme répétiliou en Béolie; et comme tu dis, on en est à cherclier les épillièles; je ne me charge, en vérité, pas de les trouver: il faudrait les créer et se souiller à pareil ouvrage.
M"**^ de Cbg. [Chu ignés] m'a envoyé demander ton adresse, par son nigaud de laquais, plus nigaud cent fois que les sots qu'elle paraît chercher à plaisir pour son service; j'ai répondu par un billet honnête, mais à la troisième personne. J'ai : l'^olîert mon entremise; û" donné le couvert de M. Tlz. [Tolozan]; 3" ton adresse directe, au cas de petites choses à te remettre à Paris.
Je te dirai que ma petite ni'inc|uièle par ses vomissements et ses aigreurs; dans les instants de liberté qu'elle me Liisse, je vais feuilletant 1 Encyclopédie et autres, aux mots enfants^ îioumce, nmladien dm premiers^ etc. Je l'assure que les savantes dissertations et les beaux préceptes paraissent bien bêtes ou bien insullisants quand il s'agit d'en faire
^'^ Roland rëpcmd , le i *' février (ms. 6a io, fol. 1 38- 139): <tll n'y a point de moitresse sur le l-apis pour laflnire en question; ce serait binn sans doute la mardie, je m en servirais comme d'une autre , mais je ne la connais pas. *>
f*> M"* Desportes.
''^ Le bal donné par lHAlel de Ville de l^aris pour fêter la naissance du Dauphin,
LonisJosepli-Xavier-Fnniçois» né le as oc- Inhre 1781» Bidand, diins sa leUjf* dn q4, disait : ^l^ M de THAtel de Ville ritoohue; las perruquiers avaient des billets à disrt*élirm; ceux tjuî n*ont pas trouve h les placer à leur gré, ce qui s*entenfl, se s*ml hal)illés on dMinbilliis, et ont éhè faire parlie de ia bonne ou mauvaise eonipaunie , . . ** — (X Mémoires Hocreii, '3^ janvi<*r 178*1*
rappiicalioM, Tous ces gens-là me guériront bien de raisonner, car je vois que les plus habiles n'ont pas le sens commun ijoand on les rapproche des faits. Mon enfant crie ^ souffre et s'agite parce quH semble avoir trop pris; il rend avec douleur^ et cela n'est pas Gni qu'il cherche à reprendre et irait aux convulsions, si l'on s'obstinait à lui refuser comme j'ai vouKi le tenter. Je désiie le regh*r, [uais je demande qu'oir m'apprenne comment il faut s'y prendre; si les marques du besoin sont équivoques cliez l'enfant, s'il a un appétit immodéré qu'il faille refréner» quelle proportion doit-on garder? Ou'esl-ce qui saura déterminer précisément la dose nécessaire à cet enfant, dose qui doit varier avec les tempéraments? D'après l'étude que je fais des crises de ma petite, de sou avidité, etc., j'ai eu le soupçon qu'elle avait peut-être déjà des vers : soupçon que je n'auiais pas si elle n'eût encore pris que mou sein. Cette idée me tourmente et j'envoie chercher pour demain M. d'Hervillez; quoique j'attende fort peu tle sa science, et bien moins de son expérience (ce qui est beaucoup dire), je causerai avec lui; mon idée n'est peut-être pas si iuiperlinenle qu'elle peut paraître, et il est sans doulc quekjues vermifuges propres à comnmniquer à ni on lait leur qualité, et que je pourrais prendre sans m'inconmioder.
Je suis persuadée que tous les traitements dont un enfant à la mamelle peut avoir besoin doivent être faits à la nourrice: aussi je m'obsetTe sur le manger; comme je suis d'un grand appétit, je prends garde à ne pas aller trop loin et à retenir' rmiaginalion si elle veri.ut à la place du besoin, dans la crainte de communiquer cette dispostlfun ou ce défaut à TenfauL Eu \érité, en y regardant de près, une nourriture est un cours de morale, et je crois que plusieurs femmes font bien de ne s'en pas mêler.
Si tu trouves quelque docteur qui ait suivi les enfants, étudié ce qui leur convient, tâche d'en tirer quelqui^s lumières pour moi : je me sens ignare, et je pense qu'il faut bien plus datteutions et de soins d'une certaine espèce, pour les gouverner convenablement, qu'on n'a coulnnie de le croiie. Bonsoir, mon ami, je vais souper; huit heures sonnent.
Mardi 99, à dix heures et demie.
Je sors de mon lit; je n'ai fait ma nuit quau matin; l'enfant a crié jusqu'à deux heures, je lui avais donné le sein à onze. H est demeuré éveillé, inquiet; à minuit et demi, il a fallu lui donner un peu de panade très légère; cet aliment Ta rendu tranquille pour une demiheure, puis les cris ont recommencé jusqu'à deux heures qu'enfin le sommeil est venu. Réveillé entre quatre et cinq, il a vidé, pris le sein durant plus d'une heure; après quoi, nous avons bien reposé tous deux jusqu'à neuf et demi. J'ai donné le sein de nouveau, mangé ma soupe, et je me lève enfin pour continuer ma petite vie. La bonne a été longtemps sur pied; j'ai été obligée de la prendre dans ma chambre où je la fais coucher sur les sangles du petit lit, mais avec son matelas; les tiens étant ôtés et remis pour le jour seulement.
J'attends le docteur, peu docte, dans la journée; nous verrons.
Je reçois ta lettre du dimanche (^) en réponse à mes inquiétudes; tu vois que je ne suis pas servie plus lestement que toi et que la poste nous fait également attendre. Tu traites ta santé fort légèrement et tu en parles de même, ce que je ne trouve pas si plaisant. Quant à moi, plaisante tant que tu voudras, rappelle toujours, s'il te plait, la vieille querelle de ne pas t'avoir dit assez tôt ma maladie, trouve mes raisons mauvaises, j'avoue que tu en as de bonnes pour tout cela; mais aie 8oin de toi et songe à mes inquiétudes, assez seulement pour ne pas les justifier.
Je croyais bien t'avoir dit que le rçlieur m'avait apporté au jour par moi fixé les 22 exemplaires^^' en question; que je n'avais pas été contente de les trouver sans garde, que je l'avais témoigné; qu'il avait fait le raisonneur comme si je n'eusse pas dû savoir ce qui était, disait-il, de son état, etc.; qu'en somme, je ne l'avais pas payé, afin que
^*^ Ms. 63 4o, fol. 1 49-160, lettre datëe la simple lecture de celte lettre de Roland
du dimanche s 7, à 10 heures du matin. Une prouve qu'dle est du dimanche 27 jan-
note au crayon dit : troctobre 1783'»; le vier 178a. 97 octobre était en effet un dimanche; mais ^*^ Des Lettres d'Italie.
tu puisses au moins lui dire toi-même ce que lu penserais de sa beïgne. Ce seigneur paraissait peu satisfait du billet pressant que je lui avais envoyé, en conséquence duquel, cependant, it rapportait Fouvrage. Ceci s'est passé vers les Rois; depuis ce temps, j'ai rangé, serré les livres dans une petite armoire du cabinet; ils y dorment en al tendant que tu les appelles à la lumière.
Je vois avec chagrin, mais sans étonneinent, les désagrénients <pip jetteront dans ton travail Tinsolence et la friponnerie des libraires; im les Irailant comme tu fais, on les met bien à leur taux, mais il est fort maussade dVHre en correspondance avec ces gens-là. Je vois que, dans cette capitale, où Ton est toujours attii*é par la variété, la singularité (les scènes, on prend toujours aussi de nouvelles raisons de s'en éloigner par les vices de ceux qui Thabilent.
Je ne puis dire combien, pour la santé, pour la paix et tout le F-este^ j'envisage le Clos avec complaisance et voudrais sauter à pieds joints les quatre ans à passer^" pour atteindre ce but.
Je vois que tout ce qui tient aux imprimeurs, etc., en partage Tesprit Iracassier; les histoires de Dieppe ^-' ne prennent pas une tournure heureuse, et cet aperçu me peine; j'aime à croire qui! y a plus de maladresse que de toute autre chose; mais loujours, les résultats sontils plus que désagréables.
Ajirèîr-dîiier.
M. d'Hervillez est veim; je lui ai exposé l'état des choses et tout ce que j'avais observé; il a prévenu mes idées et m'a assuré que Tcinfant avait des vers; je lui ai dit que je l'avais soupçonné et que c'était en conséquence de ce soupçon que je l'avais fait prier de passeï-. Il paraît
^*î G'e*l au commeDcemeat île 176 5 que Roland ovait eu ane ir Commission dVlève-ins|ïecfoiir avec des oppointemenist» (ms» G 3 43 . Mi^moire des seniccs , fol . S 1 -i 3 ) . C*esl donc en 1785 fjii*il devait ïwmr les Ireule amif^es r'éf}iem<mtnirei* pour ot>t<*iiir une peiision de retniite.
^'^ Roland, dans sa lettre du ù'j janvier, se plaignait amèrement des frères Cousin, qu'il acrn sait du peu de suec^'s des Leifres â* Italie \ ^ , . * Je suis bs d*avoir fait des ingraU. J*ai inavailM pur lui [Despi't^iîux], lu ne le persuadeitis ja ruais a ver ipiflte ardeur; Ils m'ont tout fait pyer Je ilouble. . ,1»
plus commun que je ne le pensais que les enfants encore à la mamelle aienl déjà des vers; on eu a trouvé même dans l'estomac de quelques enfants mort-nés»
Le médecin ne m'a pas conseillé de rien prendre : il prétend que les vermifuges qui pourraient communiquer leur vertu h mon lait seraient les amers, les écliauflaots à très forte dose, ce qui me seiall nuisible; qu'eu petite quantité, ou de moindre action, ils ne seraicMit pas efficaces pour Fenfant; qu'il falhiit donner à celui-ci la décoction de coraiîne au mousse de Corse, la valeur tle deux gros dans une tasse d'eau, pour être prise par petites cuillerées ou mêlée dans la soupe, dans les vingt-quatre heures, en sucrant cette décoction pour la rendre agréable à fenfant. On assure que ce remède, excellent contre les vers, n'a aucun inconvénienl des autres; c'est un niiicihgineux qui n'écliaulfe point et dont fusage ne saurait faire de inah J'ai déjà commencé Avn faire prendre à ma petite qui fronce le sourcil, grimace et avale toujours; je commence avant de présenter le sein, j'interromps pour réitérer, puis je rends le sein qui fait oublier aussitôt la saveur désagréable de celle drogue. Elle vient de s'endormir à ce petit jeu, et je t'écris près de son berceau. On remarque que les enfanta qui oui des vers 0[it la pupille extrêmement dilatée.
^jme (J'Hervillez est enfui accouchée, après un travail de quarantehuit heures; son enfant est mort; elle n'est sauvée qu'à grand' peine. Ghacou a ses misères; le sort est conuninu les lots seuls dillèrent un peu.
A propos de filles et de la dilllcnlté de s'accommoder avec celte espèce, je t'apprendrai que j'en ai une excellente; propre, vigilante, toute à son affaire et l'entendant fort bien; néanmoins docile e( ne faisant rien sans ordre; rien n'est gâché ni perdu; tout se fait très bien, mais elle mange comme un diable. Imagine-toi t|u'entre tiois femmes, il se consomme chaque jour un peu moins de trois livres de viande, dont je ne mange jamais le soir, et dont la pelile Marguerite ne consomme guère que le quart, et tout au plus. Encore notre grosse cuisinière fait-elle si bonne brèche à dîner, que leur souper est
très coiirl cl qu il se r<î(lu!rait à zéro si Fimpayablc mangeuse ne paraisî^ait se contenir un peu pour en laisser. J'ai cru Jevoir lui observer que je voyais beaucoup augmenter la consommation depuis sou arrivée; que je ne voulais pas lui faire un reproche de son appétit, parce que j'espérais qu'elle n était pas de ces gens à manger plus de bonne chère que de pain, parce qu'ils vivent aux dépens (Fautrui, Elle 'A fort bien répondu qu'elle croyait ne pas mériter ce reproche, et qu'elle espérait aussi que je m'en persuaderais; du reste, eUe convient ingénument qîi'elle mange beaucoup. Que faire? ce nest pas un crime; mais la bourse en pâtit, et c'est quelrpie chose. La grande indolente que j'ai eue quelques jours mangeait aussi fort bien, mais elfe baisserait pavilion devant celle-ci. H suit de tout cela que j ai un bon mais cher domestique. C'est une diablerie!
Je ne puis avoir le mémoire de UAposlole, ni le compte de ^iiie Turbet''^; ces gens-ià me laissent à garder un argent dont je voudrais être débarrassée puisqu'il ne m'appartient plus*
Tu me donnes la commission de faire accommoder le jardin; ou dit qu'il faut aussi tailler la vigne, etc. Je ne veux pas me servir de ce vieux petit honbomme qui ne finit rien; je ne sais à qui m'adresser; j'ai demandé à \L Flesselles de m'envoyer un bon manœuvrt>jardinier qui employât bien son temps.
J'ai fait remettre à M'"*' Coquerel ravertissement pour les vingtièmes, sur la confirmation qui m'a été faite par \I, Flesselles de mon opinion, qu'ils regardaient les propriétair'es.
M. de Bry [Bray] étant à Péronnc, je n'ai pas envoyé chez lui la note des livres,
II fait toujours un horrible temps; la neige a paru aujourd'hui; je ne mets le nez à lair que le dimanche. Pour Tédificalion du proclmin et le salut de mon âme, je vais à Féglise du Collège^-*^ me geler les pieds, qui sont d'une extrême sensibilité au froid et à la tlurelé du pavé. On meurt ici comme les mouches; je ne vais pas deux fois à ma
^'^ Inventairr fie là Somme , C. 5()8, S^cj: rTiirbel, mareliand de boÎH^, — ^*^ I^liis voisine de son iofiîs que la [wiroisse SaiiiL-Michel.
toilette, que je ne voie faire une fosse ou la meublert^'; partout ce sont des mottes de terre nouvellement remuées qui disent : Il gil ici. J'en ai eu le cœur tout serré hier, que je m'étais avancée à la fenêtre pour reconnaître des herbes qui croissent tout près d'elle, sur le mur du cimetière. — J'oubliais de te dire que j'ai beaucoup questionné le médecin sur les moyens de faire ce qu'on appelle régler un enfant ^ qu'il m'a répondu n'en pas connaître et qu'il haussait les épaules chaque fois qu'il entendait une femme se féliciter d'avoir réduit son enfant à se passer du sein durant tant d'heures; qu'en ne donnant que son lait, on n'avait pas à craindre de surcharge , que d'ailleurs on ne pouvait juger du besoin que par les '^l
[k ROLAND, A paris'''.]
Jeudi au soir, 3i janvier 1789, — [d* Amiens.]
Tes deux lettres, mon bon ami, du samedi et du lundi (^^ sont arrivées ensemble hier après l'expédition de mon paquet; je ne sais par quelle aventure elles ont fait le voyage de compagnie; toujours est-il que la journée d'une telle réception est pour moi du nombre des heureuses. Je te sais bien bon gré de me donner de tes nouvelles fréquemment; je ne te demande pas des épîtres, tout agréables qu'elles me soient; je n'ignore point combien le temps se dépense rapidement où tu es, j'aime mieux encore que tu te reposes que de m'entretenir; un mot de toi me suffit.
Ta santé est mauvaise, cela est clair, et me tourmente horriblement; ce rhume qui ne te cause pas de douleur, dis-tu, mais qui t'ôtc appétit, sommeil et le reste, que la fièvre accompagne, etc., demande
^^^ Nous avons déjà dit que par les fené- ^*^ La suite manque.
Ires de derrière de sa maison (voir lettre /i5) , ^'^ Ms. 6288 , fol. q 1 3-a 1 4.
Madame Roland avait vue sur le cimetière ^^^ Lettres de Roland des q6 et 98 janvier
du cloître SaintJ)enis. 1782 (ms* 6a4o, fol. 1 36-187).
asisurémerjtplijs Je soins de la personne ijul' lu n'en prends. J'ai grande hâte que tu sois de retour, et je t*avoiie que la considération qui te relient**^ ne me satisfait pas : je ne sache rien à mettre en balance avec ta santé; je n aurai pas de repos que je ne puisse y donner l'œil et les soins de Faïuitié,
La petite nous occupe beaucoup; elle avait été hier bien porlairte, éveillée et gaie, la pins grande [>artie du jour; dix heures du soir n'étaient pas sonnées que les grimaces, les cris ont commencé; la bonne est demeurée levée jusqu'à quatre heures du matin, employée' à me la donner au sein, à la uii'tlre au berceau, Toter, la remettre et la promener successivement. Je n'ai pas remarqué de vers dans ses excréments; le médecin m'a prévenu qu ils n'y seraient pas apparents si la drogue les tuait dans festomac, parce qu'alors, détruits en grande partie, ils n*u0rent plus que des filaments glaireux qu'on ne peut guèi'e distinguer des autres humeurs,
La journée présente est très bonne; elle prend beaucou]i à la fois et repose bien et longtemps dans les intervalles.
J'ai vu les deux voisins t^*, au retour de leur promenade; le botiiniste ou plutôt l'amateur ma apporté des Leucoium vemum, des Crocus, etc. Ils étaient sans nouvelles, j'étnis un peu assoupie, nous avions tous 1 air de vrais provinciaux qui ne savent que dire* L'ami Dev' [Devins] doit m'envoyer pour toi une missive; M. de B[ray] doit en faire autant; nouvelleiuerit arrivé de Péronne, il est venu tout au soir causer Maufjen(l\jT^^ etc. • • ; c'est \mv pitié que tout ce que disent et Font le Pourceaugnac et sa moitié.
J'ai oui lUre que le cacao, très bon pour en user passagèrement, laissait à la longue des humeurs dans l'estomac et qu'il fallait s'cj» défier. Je ne sais si c'est fondé; mais vois et consulte.
"* Roland «Privait , dans sa lettre du ^6 , jîis<|u\i la Chtindeleur, le u ff^vrier, qu Vï!e m'a
rjirU avait ""VU bien des geiis«,sans en tHre fait remeUre a ce temps, après ce k^mps,
'^ovanc^ d'un pas*», et ii ajoutait : ^La per- pour lui parler, elle ne sait encore de quoi,
sonne qui semblait au moins devoir nie met- Tout romfain<^ , j*atteudrai ce moment . * , «
Ire sur la voie, me l*iudiquei% a tant allaire ^'^ M. d'Eu et M. de Vin»
LETTRES DE MADAME noL\ND,
Vï»ndri»dî, i** fémer.
Nous avons eu une meilleure nuit que la précédente. .... J allais coElinuer : je reçois deux lettres, la tienne du trente, et une de M. Despréaux qui m'annonce qu aujourd'hui il me parviendra un ballot. de ses exemplaires *^; j'en suis un peu étonnée d'après ce que tu m'as [uandé lui avoir écrit. Sa lettre d'avis est datée du 99 janvier. Que taire? 11 faut bien prendre les choses; ce n'est pas à moi de les ren^ voyer; mais elles m'ont bien Fair de nous demeurer en garde. Il y a 27 exemplaires des volumes 5, 6 et 7; les deux de surplus sont pour notre frère de Villefr[anche] et pour l'Académie ^^^; on nous prie de compléter les nôtres et ceux des Bénédictins (*'; aniitiés, etc. Rien de ton méconlentemeut; c'est à moi que la lettre est adressée. L'abbé Burgol y joint un mot dlioniièteté; on te suppose de retour, peutêtre, et Ton me charge pour loi de ce que tu peux penser.
Je ne me plains pas, mon bon ami, ton exactitude ne m'en donne pas lieu; je suis occupée et affligée de ton malaise : c'est inévitable, ne t'en tourmente point; ma santé se soutient. (Juant à ma petite, elle est, à tout prendre, mieux depuis qu'elle reprend mon sein; Tinstani du changement Fa remuée, je m'y attendais. Elle n'est point encore aussi grasse qu'elle Ta été, elle est seulement beaucoup plus ferme qu'elle n'était devenue.
L'accroissement en grandeur est peu sensible; on dit qu il est très ient dans ces premiers temps : ainsi soit-il. Ce qu'il y a de siW, c'est que ses pieds me semblent énormes par proportion; ils ont trois pouces, elle n'en a pas encore vingt-quatre; il s'en manque les trois quarts du dernier pouce. Elle commence à se soutenir un peu sur ses pieds quand on la soulève par les bras, essai que je ne répète guère, parce quH aurait des inconvénients; elle soulève sa tête et un peu ses
*'* Des volumes de VUisîoire de ta Grèce. l>pH[>n^fmx mirait voulu que Holand eu plar;M à Ajiiiims, el celui-ci ne s'en souciait (Kts.
'^* L' Acadc^niie de ViiJerranclii? , donl Co«i-
siii-Desprt^aux *^tîiit msocié depuis 1779, eu même temps que tloland^
^^ï D4*â deux frères de Rrilaud» fe prieur de Crespy el le curé do Lopg:[»t)iiL
épaules quand elle vtuil vire levt'e du berceau. Si je la compare au nourrisson que j'ai eu, c'est une mauviette; mais on [)eut iHre forte sans être si grosse, et je la crois passable pour ses quatre mois. Elle me connaît bien à prrseul, me cliercbe, me sourit et paye aiusi mes soins. Ses derniers Mcrident.s me paraissent passagers; je la juge à présent peu inquiétante et j\n àv Tcspérance.
[\ ROLAND, \ PARIS "^
Saincdî a ft'vrier 1789* — [d^Amions.]
të u'ai rien dp nouveau k l'apprendre, mon bon ami, mais j'ai rlu plaisir à urentrel^vuii' avec toi; et, comme tu ne le trouves pas mauvais, c'est assez pour me justi(ier de cet emploi de mon temps. Je suis pourtant sortie aujourdliui hors du petil cercle qui me reiiferuic linhitueU lemeut : j'ai été d une part jusqu'au Mail "^\ sans y pénétrer cependant; et de Tautre, rhex M"**' d'Eu, le Itjut après la messe '^^; mais à deux fois, parce (pie je suis revenue voir si l'enfant ue criait pas. L'air était assez doux, je me trouve bien de lavoir un peu respiré. Tu peuses bien qu'une excursion de cette espèce n'oiïre pas beaucoup de choses à recueillir, aussi ue me proposais-je d'autre but qu'un peu plus d'exercice qm.» de coutume.
Je sais que M""" Duai;;" [ l)umauf{tu] îi'cst pas malade; il est douteux que j'aille la voir eucore, rjuoiqn'elle soit pourtant, après M'"' dEu, la première que je visiterai, i\ raison du voisinage; je garde les autri^s pour Pâques : je n'oserais quitter la petite pour plus dune heure. Elle prend souvent, vouîit encore, mais un peu moins; j*ai susperulu la drogue parce que j'ai craint qu'elle coutribuat a la relâcher; les nmfs soni passables, vi nous nous en lroiiv<uis mieux tontes les trois.
<'i Ms. (>^^38, Wïl 3 1 5-3 1 5, '*^ Le Mail irAmiciis, aujouivriiiii le «rboiilevard ilii Vliùf n. i^lnit à ilciix [ïis«1<^ lu
rmuUi Cotise, 011 iJemctiriiieul ks Kolnnd. ^^^ La meî^se de la Cliaiiitelniir, îhG ih^ reicvailleii» -j f/^vrien
Lirritr,!» ni- uibtui: iHiLtsa.
LETTRES DE MADA\fE ROLAND.
On fête le Carnaval coinnio il est d'usante, c'est-à-dire qu'on mange à force: digère qui le [jcuL (Itiarun se plaint de fatigues des soupers, etc., el tous se gorgeiit comme des B/*otiens. A certain dejeûner-dînant, donné celle semaine pour acquitter un pari sur la couleur des yeux de M""" de By-Chint [Bray-dhamont], le Pourceaugnac s'en est donné comme il sait faire quand il prend; il a été après à la redoute avec la compagnie, et ses propos y ont fait connaître à ceux auxquels il les a tenus qu'il n'était pas à jeun. Dame Gigogne, qui a perdu tête, non d*ivresse, mais par le dépit, faisait de son côté des confessions édifiantes à quiconque voulait les entendre. Nos voisins étaient de la partie; M"**' de B. de FL [de Bray de Flesselles] n'en avait pas voulu être, et cela pour n'avoir pas été invitée avant M"*^ d'E[u], qu'elle boude à cette cause, Cest un l^is de bêtises qu'on ne saurait imaginer et qui font soulever le cœur, je devrais dire les épaules. Mais il faut bien que je t'appreimo rannonce fastueuse faite dans les ailicbes du zèle de rintendiuit pour la perfection des Arls et Manufactures, en conséquence duquel il vient d'envoyer à la Cliambre de commerce plusieurs exemplaires dn plan d'un nouveau métier «de rinvention de M, Bivey de Lyon ^^\ plan fpii simplifie beaucoup la fabrication de toutes les espèces d'étoffes brochées, de même que celles des belles nappes façon de Venise, des galons, rubans, etc.; il réunit lavantage essentiel de
'"^ Lire Rknl, — Voir Dict, desMmmf,, 1, Ai : «tOii doit oiicoi'e aux Anglais Fiuveuûon des tricots h fleurit mè moiit^hes; et le sieur Rîvay iiil le premier qui les iniita en France, mskk parties moyens si conip)ii|iiés, ai dispendieux, tju1! n > fl jaiuais en que lui qui s'en boÎI servi. Kn 177^ ou t77ti, après plnsieui>> uuures de travaux icilructueux, le sieni* Rîvay se présenta h F Administrai ion, a rAivuléniie dei* siciencos de Paris et à celle de Lyon. It y eut des commissaires n(>iiioH''8, des riipjjorïs faits; rien ne put prrdnnjjpr la courte durëe de la vogue iie cel objel: il n'en est pliisi question. i> ()t
Tourneur, n, 7633, ft Rapport d€$ commisnaives nommé fi par Iv dUtrict de Saiut-Joxepk pour cvamincr les nouvelles mécaniques faites au métier d'étoffes de Mtic par M. Rimy, dtojfen du district ( 1 5 (*t 3 1 mars 1 7 9 o ) f* ; et Tuetey , III, 558â : frHommageà TAssemblée nationale , par Claude Hivey, artiste miM^anicien , me Hirher, de lu gravure d*une nou\elle machine de f^on invention , propre à fahriï|uer *Ies èiof^es de soie et autres (^tofles fWounees, îit mai i7t>iT»; et P. K C t. WIll, k août 1798 : «Rivey, section el fanboiii'ij; Montiuartre, me Richer,n* 89^, olîre le dessiu d'une macbme pour la fobiî-
su(*[>niner les tireurs de corde aux étoiles brochées et façonnées. La (Uiairxbre de commerce donnera coimaissance du plan à tous ceux qu'il pourra intéresser et qui n'auront qu'à s'adresser au secrétaire Durand- CaroDi», etc.^^l Voilà une notice importante à toi, docteur dans le genre, dont lu feras ce que lu voudras. Si je vois M. Fless'^' [FKsselles], je lui demanderai ce qu'il pense delà chose et de l'étalage qu'on en fait* J'ai trouvé dans les niémes alliches un éloge bien long et bien béte de rétablissement du Bureau des pauvres ''^; on y dit que c'est faire schisme et troubler tordre public que nv. pas suivre cette distribution d'aumônes et refuser d'y conlribuer. Mais , en vérité, il faudrait bien du loisir |jour noter toutes les impertinences que j'entrevois de mon coin; que serait-ce si je voyais toute la scène 1 M^** de Chg, [de Cbiiignes] nesl plus autant fêtée aux rcfloutes; une concurrente paraît l'emporter, ou du moins les choses se partagent de manière qu'il n'y a plus de distinctions pour la première; le transit irloria mundi hii serait bien aussi apphcable qu'au Siiint-Père. La jeune Dailly >^^ fait de son mieux et ne réussit pas; on eu veut tant h la mère, qu'on n'est pas disposé à juger favorablement ses enfants; sa fille, dit-oo, n'a ni grâces ni oreilles; tu vois de lr\-bas si le butor de frère en a davantage.
Le mariage de la cousine est à peu près fondu; M'"'^ de Ghg. [Chuignes] ne s'expliquaut pas bien net, M'"'' de Ru m^ [Rumignyja rappelé son fils. On met un autre prétendant sur les rangs; je présume que c'est trop solide jïour les brillantes prétentions de M""" de Chg. [Chuignes].
J'ai entrevu ce matin l'ami de V[in] cliez M. d'E[u]; il ne m'a point
aition tlesétuffes. MeriUon houoruble et renvoi aux comiti^ du Commeire et dlnsslruclion publique, 7) — Lei^ onteursi des Lt^onrmis Mjrncs de tuêmfjtie rapppllent ffRiveln, eL ûUviû i[ti*il iriourul Ifî ûH janvier ï8i>3. •ï/hîibii oiïerl au Premier (jotistil, par le rwaunerce iJe lu ville tle Lyou en novernljre i8oi, avait été brode sur sets dessins.' '* Alm. de Picardie de i 78*3 , p. 80 :
ffCbaiidiredecommeiTe, M. Duraiid-Carou , secrétaim^.
* '^ V(jir, suri e // ureti u /ffuêrn l des pu uvres et les Hiin'fHL£ dv chftritr d'Amiens, VAlm, dv. PirardiCf 1781, p. (j , el 178*^1, p. g a.
^'^ ïmvnîftire de ht Sminuc , B. *i!8*i, H3M~ gualions donnrcs en 1789, pour Téleelimi aux États gt^nëraux, h divers membres delà famille Le Bouclier d^Ailly.
Jtt
parlé de sa lettre pour toi; je n'ai pas voulu le rendre honteux de sa paresse en lui rappelant ses projets.
M. Fless""^ [Flesselles] m'avait écrit qu'il m'enverrait un homme pour le jardin; personne n'est venu; je verrai lundi à m'assurer de quelqu'un. Le temps de tailler la vigne s'avance beaucoup, et je ne veux pas négliger notre raisin, ne fut-ce que pour les moineaux!
Dolin est venu savoir des nouvelles de ta santé et de ton retour; j'ai annoncé celui-ci pour la première huitaine.
Ménage ta santé, mon bon ami, c'est ma plus ardente prière; songe à moi, à nous; l'une t'aime comme tu sais, je n'élève l'autre que pour qu'elle en fasse autant, et l'espérance qu'elle remplira cette destination est un des plus grands motifs de mon attachement pour ce petit être.
Je t'embrasse et te quitte pour l'allaiter; à huit heures du soir.
Dimanche niat*n.
Je t'envoie une lettre pour la petite poste : c'est la ré|)onse à une épître toute révérencieuse de nouvel an que j'ai reçue de M. de Châlons.
Je vais sortir encore per l'edificazione délie santé anime; l'aria non è cosi buona a respirar oggi; fa un poco di neve : retornero prestissimamente. Addio, caroamico, dolce sposo, idol mio; addio; bacio ti. ti, tuto mio benc.
À ROLAND, À PARIS t'I
4 janvier (février) 178a, après-midi, — d'Amiens.
Je suis trop occupée, je devrais dire affectée, des différentes choses que tu me mandes dans la lettre que je reçois'^', pour ne pas soulager mon cœur en m'entrelenant aussitôt avec toi. Que d'autres rient de
^'^ Ms. 6*288, fol. 179-101. — Madame Ro- ^'^ La lelU-e de Roland est du 1" février
] and a écrit janvier, mais c'est indubitable- 1783 (ms. 6a ^o, foi. i38). il s'y monti^
ment février qu'il faut lire. — La lettre porte absolument découragé et parle de prendre
le timbre de In posle dWiiiicns. prochainement sa retraite.
ANXÉE 1782.
fïies craintes, je n'y vois rien que de Jn>s conséquent nvec Fégolsmo général et l'indllïérence de charnu pour tont ce qui n est pas soi. Ou s'embarrasse bien qu'un lionnete boniine , un citoyen nlîle, soîl exposé aux outrciges d'un impertinenl cocjuin! Se tire d'pffaire qui peut. S11 arrive qneb|ne événement, on eu fait nouvelle pour deux jours, on dit IVoidement re qu'on en poîise, et tout est bientôt enseveb* dans un éternel silence, [.'adoiinistration même, qui devrait désirer hi conservation des sujets précieux, n'y met pas phis d'intérêt ni de soins, parce qu'elle n est qu'un nom désignant les opéi-atious de qnelrjues gens en place, pins intrigants, à coup sûr aussi égoïstes, et peut-être plus fripons que tons les autres. Mais, avant de parler de Hlk. [lh>lker | et des idées qu'il me suggère, je voulais répondre à robservation qui conmience ta lettre f'^; tu la fais avec une gravilé qui donnerai! à penser que tu n'as pas pris ma demande pour une plaisanleiie; lu n'as doue pas vu le sourire <pii Taecompagnait? Crois-tu que je te lisse Iranquillunient l'invitation n^odesl<? de m'aimer un peu, si je n'avais la coniiance d*être aimée beaucoup? Conliance! Tu m'as fourni bien d antres motifs fjue ceux de la confiance, et il n'est i ieo dans le monde à quoi je croie aussi fermement qu'à ta tendresse. Mais tu n'es pas dupe de mon agacerie, et, avec mon sérieux, j'aurais Tair de Têtre du lien, La rencontre dont tu me parles, les voyages qui vont suivre, le retour prochain du fils^-^^, rien de tout cela ne me fait rire comme les spectateurs en cpiestion. Je sais que ta marche est tracée pour les diverses circunstancf^s; mais, tonte sage qu'elle puisse être, elle ue saurait prévenir les embûches d'un mécbaut ou les hasards d'une action. Consolante perspective!
«rie lis : aime-nmi un jjeii. C'ebil t^tre, mon aiuie, fort lorwléi-ée : je n ai pas te bonheur 4e jnair de ce catiiie. Je ne te ferai JAiiiais pareille demaude. Beaucoup ou lieu ne sont pas égaux , mais je les [)T(^fèi'e . . . i?
Il mntinuait en racontant louguenirnl une <|uereHe qniï venaild'avinr avec tiolker ,
rencontn? dans tes btrreflux du CoutrAh^ gëiiéraL ^ Voir appendice G.
''^ Hotker ûh, adjoint h tlotkerpère, 2i Rouen , pour Tinspec lioo gt^iu^nde des nianufacLures étrangères, — Une letlre postërietire de Madame Roland, du âo mars 1784, nous apprend qu'il triait eu même Icnips eomuif inuis sans f»ous dire où.
Je sais encore qu'un rhume n'empêche pas de se faire salisfaction; qu'un homme du caralère de Hik. [Hoiker], et qui sannonce comme il fait, a Tair d'avoir quelque peur et de cliercher à concilier Tapparence d'un brave avec sa sûreté : mais, par cela même, je ne serais point étonnée qu'il te provoquât, en s'aïdant d'un second caché, pour ssLirsurer à la fois son sahu et sa vengeance. Je n'aurais pas aisément formé ce soupçon il y a quelques années; mais, depuis que je vois sur le trottoir tant de gueux qui devraient être au gibet, je juge que les expédients qui me paiaissaient des atrocités peuvent être au nombre de leurs gentillesses.
11 te sera facile, d'après ces réflexions, de déterminer si je suis gaie et tranquille; il est vrai que ma disposition ne fait lien aux choses : aussi je nVn dirai pas davantage. Je suis persuadée n'avoir point à redouter tout ce que la prudence, el plus encore mon souvenir, pourront te faire éviter* J'abhorre du plus profond de mon âme un Etat et des mœurs où rhomme vertueux peut être entraîné à sa mesurer avec l'être vil, souvent indigne de sa colère. L'alTreux gouvernement que celui qui laisse en balance des choses aussi inégales! M. Lanthenas^'' est tout justifié à mes yeux de fuir en Pensylvanie. Je voudrais être avec toi dans les déserts.
Va! tu as bien raison de ne pas croire avoir fait un riche présent en donnant le jour à un nouvel être; j'ai déjà eu cette idée : je la trouve accablante; elle empoisonne les plus doux seutiments. Elle est sans doute une espèce de consolation dans la perle su[q)Osée, mais elle est amère; c'est Findignation ou la pitié qui remplace les regrets.
Je n'accorde pas bien le^; projets d'une retraite plus prochaine avec Tenlreprise que tu suis toujours; il est vrai que tu peux travailler à cent lieues de la capitale comme tu ferais à vingt-huit; mais ce reste de relation avec les gens du Nord me déplaît iriliniment. Je voudrais pour tout au monde que cette EncydnpMxe ^ dont Tintérêt des libraires et autres ne fei'a, au bout du cooqUe, qu'une rapsodie, se refondît
^'* Lanllicnas avait depuis longtmii|jïn il*^s relations t*n Anir^rique. — Vnîr iiiir* loUre de lui à Rt^laml, du 16 septembre 1777, nis. Oa/ii, foL g55-!i57, et Ajïpemlir*' L
ANXfiE 1782.
IM
lues craintefi, je n'y vois rien <|ijo *le très constHjiient avec régoismc glanerai et riiitlilTrrence de cha(!iiii jiour tout ce qtii n'est pas soi. On sVmLarrasse bien qu'un IioiurHo homme, un ciloyen utile, soit exposé aux outrages d'un im|»ertinent coquin! Se tire d*/iffaîre qui peut. S'il arrive quelque événement, on en fait nouvelle pour deux jours, on dil froidement ce quon en pense, et loot est bienUU enHevfdi dans en éterfiêl silence. L*adniiaislration même, qui devrai! dcsirer la conservation des sujets précieux, n'y met pas plus d'intéi'èt ni de soins, (larce qu'elle n'est qu*nn nom désignant tes opérations de quelques gens en place, plus intrigants, à coup sûr aussi égoïstes, et peiit-ètn^ plus fripons que tous les autres. Mais, avant de parler de Illk. [Holkcr] et des idées qu'il me suggère, je voulais répondre k Tobservatiofi ipii commence ta lettre ^'^; tu la fais avec une gravité qui donnerait îi (lenser qup tu n'as pas [>ris ma demande pour um* plaisaulerie: tu n'as donc pas vu le sourire cpïi rarcompagnail? Crois-tu que je le fisse tran(|uillement Tinvilation modeste de m'*iimer un peu, si ji^ n'avais la confiance d'être aimée beaucoup? Coalianceî Tu m'as fourni h'wn d'autres motifs que ceux de la confiance, et il u'rsl rirn dans Ir momie a quoi je croie aussi fermement qu'à ta tendresse. Mais tu n'es pas dupe de mou agacerie, el, avec mon sérieux, j'aurais Tair de rètre du tien. La rencontre dont tu me parles, les voyages qui vont suivre, le retour prochain du fils^-^, rien de tout cela ne me fait rire connue les spectateurs en (luestion. Je sais que ta marche est tracée pour les diverses circoustanres; mais, toute sage (pi\*lle puisse dlvr, elle ne saurait prévenir les embûches d'un méchant ou les hasards d'une action. Consolante perspective!
''^ f^a l**Uii2 (le RolaïKÎ ilrtmtaît aiimî : ffJelis : aiine-inoi ttii peu. (Test iHre, mon amie, Tort modérée : je n'ai pas le bonheur (le jouir de ce ralrne. Je ne le Tenii jamais [Mireille demande. Beaucou|j ou rieii ne sont |ja.H égaux , mais je tes piV^fôre ... «
Il continuait en racniitant longuement une qn ère tîo qu'il venait d'avoir avec liollsLcr ,
rencontn^ dans les bureaux du Conli-Ale ||ëui^ro!, — Voir V[)peudire G.
^^^ ttoiker iils, adjoint h Holker jièi'e, h Rouen, pour l'in!i[>eftion ||èïéj*ale des raanutactures élrangeres. — Une lettre post<^rieure de Madame HolaniJ,du ^o mars 1784, nous apprend qu'il tétait en rn<?nie leni[>s consul , mais sans uon^i dire où.
18â LETTRES DE MADAME ROLAND.
el croyant gagner beaucoup s'il nous obtenait; sachant cependant que tu n'as pas besoin d'écouter nos professeurs pour apprendre, mais se flattant que tu m'y amènerais pour nous amuser* et comptant sur mon exemple pour entraîner des femmes, etc. . . J ai rétorqué tous ces arguments avec une politesse qu'il aura trouvée froide et dont son zèle n'aura pas été édifié; il y met véritablement celui de la science. Je crois, entre nous, que L'Apt. [L'Apostole] y met un peu celui de l'argent. Cependant il se borne à deux louis.
Le bon M. de B[ray] est venu plus tard que l'abbé (qu'il me parait voir assez souvent). Autre matière sur le tapis. On débite que dame Gigogne ne fait que précéder son mari, qui doit aussi décamper. J'ai vu au matin M. Fss. [Flesselles], fort étonné que le jardinier qu'il devait me procurer ne se fût pas encore présenté, m'assurant que je l'aurais incessamment; je ne l'ai point encore vu.
Je ne fais que de recevoir le ballot de Dieppe, annoncé pour le i^'' du mois. Gomme tu n'as peut-être pas autre chose de pressé à mander dans ce pays, j'en écrirai demain la réception.
Tu m'annonçais vendredi que peut-être tu m'écrirais avant que je reçusse la lettre de ce jour-là; ce r peut^tre^ doit suffire pour me préserver d'inquiétude de n'en avoir pas eu d'autre. Cependant. . . tu m'entends. Mais n'es-tu pas content de moi? Je me raisonne de mon mieux pour me tenir en paix. Je cherche à m'occuper et à causer d'autres choses que de celles qui me reviennent comme de mauvaises pensées. Néanmoins je t'adresserai cette épître directement, et je l'aurais expédiée aujourd'hui s'il m'avait été possible. M. Fless[elles] m'a conté de petites histoires dont nous causerons sur le compte de M. Dup. [Duperron]; elles ne font que prouver Tétourderie et le peu de tact que tu lui connais déjà. Adieu, mon cher et bon ami; songe que mon bonheur et ma vie ne sont attachés qu'à toi.
\\MÎ:K 1782;