‹ Lettres de madame RolandChapitre 25 sur 42 · SECRETAIRE DE L'INTENDANCE DES POSTES, Â PARIS · texte numérisé non relu

SECRETAIRE DE L'INTENDANCE DES POSTES, Â PARIS

ak mar8[]7]83, — d^Aroieiu.

Ayons donc espoir et patience sur votre invitation; il est doux de recevoir des encouragements donnés par Tamité et motivés par la science. Au reste, les circonstances sont favorables à l'impression qu'ils peuvent faire : il y a du mieux depuis deux jours, non que l'appétit soit revenu dans son activité, mais le malaise est moins grand et le teint s'est éclairci. Il est survenu, au bras même qui porte le garou, un très petit clou sur le poignet, qui fait beaucoup souffrir. Nous agirons en

^'^ Voir Mém. secrets, ii avril 1783: tice...'). Ibid,, a5 décembre. — Mais triées assemblées du palais conlinueut puur rien n'aboutit, procéder à la reforme des abus de la jus- ^^^ Collection Alfred Morribon, 4 folios.

conséquence des indications que vous nous donnez, et je les solliciterai toujours avec autant de confiance que d'empressement dans l'occasion t^l

Vivat ! Notre cœur s'est épanoui lorsque nous avons lu dans le Mercure : crM"*® Lallement s'est sauvée avec ses enfants, et M ... , qui faisait les affaires de France en rabsence du consul, est péri, n II est donc clair que notre ami n'était point à Messine, et que sa femme, ses enfants ont eu le bonheur d'échapper au malheur commun (^J. H nous reste à savoir où il est; tâchez de nous le déterrer. Je ne doute pas que l'affreuse nouvelle l'ait jeté dans la plus horrible inquiétude et n'ait peutêtre changé sa marche; nous sommes également persuadés que nous avons des lettres de perdues, parce qu'il a dû nous écrire lors de son départ. Ce ne sera pas la première fois que nous éprouverons cette disgrâce dans notre correspondance avec lui, ainsi que nous l'avons déjà reconnu. Nous voudrions présentement savoir où le prendre, et nous ne pouvons l'imaginer.

M. d'Eu prendra louvrage que vous lui avez acheté ; il est en peine de tout ce qui lient à la botanique. L'ami prétend que si l'ouvrage de M. de Buffon est mauvais, il n'y aura rien de nouveau W; et qu'on en peut dire, quant au fond, à peu près autant de plusieurs des choses qu'il nous a déjà données. Moi, je serais curieuse de savoir s'il promène avec autant de grâce son brillant pinceau sur les pierres et les cailloux qu'il l'a fait sur les animaux; je crois que la nature vivante prête davantage à ses nuances et que le mérite des teintes ne doit pas ressortir également dans tous les sujets.

Le nom de M. de Lisle réveille en moi des idées de cristallographie; mais je vous écouterai là-dessus, vous autres docteurs, et je ferai mon profit de vos observations. Mais vous qui connaissez l'abbé Bexon,

^'^ Paragi^aphe bifft^ dans roriginal, pro- celle ville, voir la Icllre du 3 janvier 1783. babloment par Bosc. ^^^ Buffon venait de faire paraîti-e le pre-

^^^ Un trend)lement de leriv» venait do mier volume de son Histoire des minéraux

détruire Messine. 4 0,000 pereonnes avaient (1783-1785). — Voir Correspondance iih

péri. Sur M. Lallement, vice-consul en /éraiVc, juin 1783.

connaissez-vous aussi sa grande sœur aux yeux noirs? Que fait ce petit grand chantre? la fin d'une Histoire de Lorraine ou des morceaux pour BuffonW?

Si l'ami Lanthenas avait trouvé mon étoffe, je le prierais* de joindre ce chiffon à l'expédition prochaine d'Encyclopédie, etc. Dans tous les cas, salut et amitiés sans nombre à ce fidèle Achate^'^l

Faites-vous toujours de la musique le vendredi? Douce chose en vérité! Moi, je désapprends quasi avec mon petit maître ce que j'acquiers par ma petite étude. Il faut se résoudre à ne point raisonner avec ces machines qui exécutent sans savoir pourquoi, et à tirer d'elles quelques exemples de mécanique.

Adieu, vous trouverez cette feuille barbouillée par étourderic. Promenez-vous, portez-vous bien et aimez-nous de môme, car nous sommes de bonnes gens.

Du moment où j'ai écrit ma lettre à celui où je vais la fermer, la douleur du poignet étant devenue très vive, nous avons levé l'appareil de Basilicum que j'avais appliqué sur le clou; les environs étaient très enflés et rouges, ja viens d'y mettre un cataplasme de mie de pain et de lait'^^.

Vous ne nous avez rien dit de la traduction des animaux d'Aristotc; vous êtes un terrible moderne qui oubliez nos anciens. Profane!. . . s'écrierait M"'*^ Dacier; mais, comme je ne suis rien moins, je vous le pardonne.

Je décacheté nia lettre pour vous conter un autre chagrin dont la cause est bien étrange.

^'^ L'abbé Gabriel-I^opoid-ChaiJes-Auié Bexon, né à Remiremoni en 1748, mort le i5 février 1784 {Mém. secrets, 3 avril), ami et collaborateur de Bufîou, auteur d'une Histoire de Lorrnine (dont il ne parut que le premier volume, 1 777 , in-S"), chanoine et chantre de la Sainte-Chapelle, "-petit bossu plein d'esprit », avait fait la connaissance de Marie-Phlipon en 1778, chez sa

cousine Trude, dont ii était alors locataire. Depuis, ii avait pris avec lui sa mère et sa sœur, ffsa grande sœur aux yeux noirs a. {Mém., H, tu 0-9 11.)

Roland avait chargé Bosc d'aller prendre chez l'abbé Bexon des renseignements sur une traduction d'Aristote.

^*^ Paragraphe biffé.

^^^ Paragraphe biffé.

Nous recevons des nouvelles d'un négociant de Lyon auquel mon bon ami avait écrit pour savoir des particularités de Messine et le sort de M. Lallement, pour lequel le neveu voyageur de ce négociant avait des lettres de nous. Il nous répond que M. Lallement est demeuré sept mois eu France, qu'il vient de le voir à son passage à Lyon, parlant de nous, surpris au possible de ne pas avoir de nos nouvelles, de nous à qui il a écrit de Paris plusieurs fois en y arrivant, et encore la veille de son départ; ne sachant que penser de nous et partant pour Marseille d où il va retourner promptement près de sa femme et de ses enfants.

Dites-moi si vous imaginez rien de plus contrariant; nous voilà, par le malheur des circonstances, séparés à jamais peut-être d'un des hommes que nous estimons le plus; il avait promis que, s'il venait à Paris, il pousserait son voyage jusqu'ici pour nous voir. Probablement, et sans doute, M. Roland était à Paris dans le même temps que lui. Où lui adresser des lettres maintenant? Gomment détruire l'impression des apparences? Nous avions raison de le pleurer : il est toujours perdu pour nous; mais l'attendrissement accompagnait nos premiers regrets; ceux d'aujourd'hui ont un caractère désolant qu'on ne peut exprimer. Connaissez-vous du remède à cela? Maudite poste! Je suis bien fâchée que vous y teniez de quelque façon, car je chargerais d'imprécations tout ce qui s'en mêle.

[À BOSC, 1 J>ARIS<')

[Fin mars 1783, — d^Amiens].

J'ai commencé ma lettre en étourdie, sans remarquer que l'ami avait écrit sur une demi -feuille qui doit être détachée et livrée à celui qu'elle regarde. Vous aurez la peine de couper celle partie,

^'^ Collection *Ufred Morrisou, 1 folio.

et je reviens à cette place où je ne sais plus ce que je voulais vous dire.

Vous ne nous parlez pas de votre santé dont nous vous avons demandé des nouvelles; je ne sais de quel jour est votre billet, mais lui, ou la lettre qui l'a occasionné,, a éprouvé du retard. Nous venons de voir le petit crapoussin de Lalande joliment bafoué dans le Journal de Paris (^); le voilà hautement démontré comme ignorant sur un objet oii il faisait le docteur, et qui pis est, comme vilain, s'il ne veut pas augmenter le nombre des battus payant Pamende; encore a-t-il ajouté l'insolence dont il fait montre dans ses premières réponses. Mais j'ai trouvé les journalistes bien singuliers de dire que la bienfaisance était le plaisir le plus rare que les âmes nobles puissent goûter : rare, en ajoutant délicieux, de manière qu'on ne peut prendre l'un pour l'autre, et qu'il s'ensuit qu'il n'y a guère de bien à faire dans ce bas monde, où tous sont heureux apparemment.

Nous souffrons toujours et beaucoup ; voilà deux nuits passées sans dormir. Ce clou du poignet, devenu gros, est enfin percé, mais tout n'est pas mûr encore. Battements, tiraillements, relancements, c'est une complication de sensations douloureuses et répétées. Vous jugez que l'appétit ne va guère avec cela et que le malaise est général.

Dites encore mille amitiés à notre Achate; je voudrais lui écrire, mais je n'ai pas le temps. Adieu, portez-vous tous deux aussi bien que nous le souhaitons et que nous vous aimons.

M. de Vin, qui bientôt ira à Paris, désire vous y voir*'^).

^'^ \oir sur le premier Journal lie Paris , Vin. Elles devinrent bîentôl très affec-

1777-1811 , Halin, Bibliogr., p. 76. tueuses, ainsi que Tatteslent quatre lettres

^'^ Ceci marque le coiunienceinent des de M. de Vin à Bosc, que possède M. Belrelations personnelles de Bosc et de M. de jame.

LKTTHES DK M\DAMK ROLAND. — I. I (>

IWmiMtBiL >AriUSAtL

[À BOSC, A PARIS '*l]

i" avpU 1783, — [d'AmicM],

C'est pourtant une bien laide chose qu'une femme qui se porte mal et qui va contant ses maux : mais enfin , le maître le veut. Contons donc. 1** Lors de mes misères au moment du sevrage et de l'envoi d'une sage ordonnance par M. votre père, j'avais été déjà médicamentée; j'avais pris une bonne purgation, des lavements sans nombre et, par-dessus tout, de la terre foliée de tartre; j'étais excessivement fatiguée, j'avais l'estomac en mauvais état, et le médecin ordinaire décida que je n'étais point en force suffisante pour prendre durant quinze jours, de deux jours l'un, l'once de sel d'Epsom ordonnée par Monsieur d'Antic. En conséquence, je ne la pris que trois fois: j'en fus bien menée, puis je m'en tins là. Cependai^t les forces, le bon état enfin ne revenant pas, j'en pris trois onces encore, en deux temps diflérents, un seul jour une fois; puis, deux jours de suite, une autre fois. Mais, parmi quelques jours de bien-être, j'en ai beaucoup plus de malaise; je mange peu, surtout le soir, et souvent la nuit l'estomac est gêné; j'ai un extrême besoin de sommeil, je me couche accablée, je dors, pour ainsi dire, d'assoupissement, souvent avec agitation; je ne me lève qu'avec effort et toujours lasse. Ainsi tout le mal se ré-

^*^ Ms. 9532, foL 1 55-1 56. — Cette a fait et de sa situation et je vous prie de

lettre est un long post-scriptum à une lettre vouloir bien en conférer avec M. votre

de Roland à Bosc, dont voici les principaux père. . . Je ne suis point surpris du peu de

passages: rrJc vous expédie deux exem- sensation qu'a fait le changement, inaUendu

plaires de mon Art du tourbier, que jei^eçois cependant, dont vous me parlez [le rem-

de Neufchâtel . . . -n (ceci nous donne la date placement du contrôleur général Joly de

exacte de la publication); puis, après des Fleury par d'Ormesson, 3o mars 1788];

détails sur sa santé et celle de sa femme : je vous avouerai cependant que j'en suis

ffElle va toujours maigrissant, et elle me bien aise, non à cause de l'arrivant, que je

semble dépérir. Je veux absolument qu'elle ne connais point, mais à cause du partant,

vous rende compte elle-même de ce qu elle que j'aimais encore moins. «

iliiil esseiilielleinenl à une lassitude liabiluelle, seulemeut plus ou moins grande.

Depuis quinze jonrs, je prends les eaux de Spa, à mes repas seu- Inuent ; elles me donnent pour le moment une rhaieur dfms l'eslouvrir qui lait plaisir, et je leur attribue le bien de celui-ei, quand il fait complètement ses fonctions, ce qui pourtant n'est pas constant, comme je Tai observé.

Je pense, je croîs* que h belle saison et Texercice qu'elle favorisera retaldironl tout, et je crains terriblement la nouvelle fatigue des ptngalions. Voilà très au juste mon état et ma confession, sincère, entière, etc., bien conditionnée entin.

Adieu, portez-vous mieux que nous, mais aimez-nous comme nous vous aimons. Mille choses amicales à Achate, auquel j^écrirai aussi.

Puisse la lettre de Messine arriver à bon port! Je m'attends bien que vous nous répondrez : rr Patience!^ aussi pour moi* (Test fort l»on à une femme lasse, fatiguée. Mais a un aussi qui a des douleurs décidées et vives?. . . Je vois qull en faut une terrible dose» Il ne vous dit [ïoint que ce vilain petit clou Ta retenu quinze jours dans la chambre, sans sonmieil, appétit. Il faut Unir, adieu donc, sans recommencer pour ccttc^

[À BOSC, À 1*AIUS'^'IJ

5 uvril 1783, — [<rAuïîi*iw]*

C'est un bonsoir fiueje vous envoif* luijourd'hui. 11 est huit hf^ures et demie; l<^ moment du souper fFuue [unvinciali^ ne peul iHn* bien éloigné, mais j** sais toujours ou prendre relui de vous entretenir, fiv. croyez pourlant pas ijue j'aille vous assommer d'une éternelle causerie ; vous n*avez point de temps à perdre, et je ne veux pas dépenser le mien d'une manière onéreuse pour personne,

'■' Bosc a dcril, pour son pÏTe, au Ijrr rni nioiiient jintjr rf'pondre h ceUe consuldc la leUre ; talion d'Amiens, a

(cJe vou» seruB oblige, si vous Iroiivez '^^ Bosr, IV, 5i; Duuknii 11, /189,

Uli LETTRES DE MADAME ROLAND.

encore moins pour mes amis. D'après ce principe, bien posé, il ne reste plus qu*à venir au fait; c'est ce que j'éloignerais bien encore jusqu'à la fin de la quatrième page , pour vous faire pièce et m'amuser , si la fantaisie ne devait le céder à la raison. Cette dame-là n'est point d'un service aisé. Quoi qu'il en soit de la réflexion, que vous prendrez pour une boutade, vous saurez que M. Maille, quincaillier, rue des Lombards, fait commerce de ce chiendent fameux, ou prétendu tel, qui a exercé tant de docteurs, vous compris; chiendent que les vergetiers emploient ^*^ et dont moi, ignorante, je me sers fort bien sans discuter sur sa nature. Mais il faut de la pâture pour tous les estomacs; et l'on est si fort habitué à chercher la science dans les dictionnaires, que ce serait faire crier anathème que de n'en point mettre dans un ouvrage de ce genre, où cependant il n'y en a pas toujours. Vous voudrez donc bien voir M. Maille et , sachant en philosophe tirer instruction des moindres choses, vous éclairer avec un marchand. Vous lui demanderez d'où il tire cette marchandise, ce qu'il pense de sa nature , des préparations qu elle peut avoir subies, etc. , etc. . . Vous n'avez pas besoin qu'on vous fasse votre leçon, et vous n'êtes certainement pas de ceux que le poète Saadi dit ne savoir même s'enquérir : en quoi je ne prétends pas vous faire compliment, mais exprimer un fait qui se trouve au bout de ma plume.

Il me semble qu'il y a déjà deux ou trois grands jours que nous n'avons eu de vous ce qu'on appelle une lettre. Nous désirerions savoir aussi si vous avez reçu cet Art du tourbier; l'empressement de l'auteur serait bien mal secondé , si l'ouvrage ne vous avait pas été remis mercredi dernier; c'est à vous que la première expédition en a été faite.

Nous avons été très occupés ces deux jours à travailler, labourer, semer notre petit. jardin; nous y voulons des fleurs, non des belles, suivant l'idée commune, mais d'intéressantes pour des yeux de botanistes. Ah! nous faisons de belles choses !

Adieu ; il est beaucoup plus tard que je ne croyais.

Voir le post-scriptum de Bosc à la lettre du q février 1783.

[k BOSC, À PARIS ('l]

i6 avril 1783, — [d'AmieDs].

N'est-ce donc pas assez de laisser là ces pauvres femmes, sans les envoyer encore à tous les diables? Jeune homme, vous n'êtes point tolérant; mais, comme votre petit dépit est plaisant, il vous est aussi pardonné, et nous ne tirerons de l'aventure d'autre conséquence, sinon que vous aimeriez mieux avoir affaire à tous les boux de l'univers qu'à M°** Maille. D'après quoi , vos amis peuvent bien vous prier de courir quelquefois pour eux les champs et les buissons, mais non pas autre chose. Au reste, l'amitié trouve bien mieux son compte à votre désintéressement; et, lorsqu'elle seule molive vos démarches, elle a bien plus de droit de compter sur votre persévérance. Vous avez beau me peindre tous vos travaux, je ne vous plains pas du tout; je crois qu'être occupé, c'est être déjà à moitié heureux, surtout quand c'est un moyen de conserver la liberté; et dès qu'on peut se soustraire à l'empire de l'habitude, on n'est guère exposé à celui de l'amour. Courez donc bien à votre aise les bois et les vergers, en moineau coquet qui ne connaît pas encore l'esclavage; on peut l'éviter longtemps à cette manière de vivre, et Tàme s'en fortifie d'autant. Je vous plains seulement de ne pouvoir vous promener ces fêtes ^^^ et j'y penserai toutes les fois que nous irons faire notre promenade, à laquelle nous vous associerons en idée.

[À BOSC, À PARIS '"'

17 avril 1783, — [d'Amiens].

Vous êtes triste, et nous en sommes tout affligés! Personne assurément n'apprécie mieux combien, avec votre délicatesse, vous avez de motifs de l'être. Il est pénible de voir germer dans les cœurs de ceux qui nous environnent des semences de malveillance ou de quoi que ce soit qui ressemble à

^'^ Bosc, IV, 5a; Dauban, II, /igi. — ^ PAqiies, ao avril 1788. — ^'^ Bosc, IV, 53; Dauban, II, /191.

cela; une âme généreuse le regrette d autant plus, qu'elle le doit à quelque avantage extérieur : il lui serait, à quelques égards, plus facile de s'élever audessus d'une injustice formelle, que de vaincre le désagrément d'affliger ses alentours par une autre supériorité que la personnelle. Au reste, cette même disposition doit faire pardonner bien des avantages, et il est très rare que ceux dont ne se prévaut pas le possesseur indisposent vivement Famour-propre des concurrents. D'ailleurs, c'est malheureusement une des compensations de la société, que l'espèce de mécontentement de plusieurs de l'avancement d'un heureux, et, à cet égard, il faut bien prendre un peu son parti pour ce qu'on ne peut éviter.

L'ami vous écrit aujourd'hui une lettre qui vous sera remise par M. de Vin^*', dont le départ pour Paris est fixé à ce soir. C'est un excellent homme, vraiment honnête et sensible, auquel ses amis ne reprochent qu'une paresse qui l'cmpéche de développer tout ce qu'il vaut et d'user de (ous ses moyens. Mais je lui reprocherais volontiers de s'occuper singulièrement d'une politique gazetière qui m'ennuie, et de laisser dormir tout ce qu'il sait de belle littérature que j'aime; mais enfin chacun a son goût. Je suis bien aise que vous ayez tous ceux d'une âme saine, tous ceux qu'alimente une grande activité; c'est autant de matériaux pour le bonheur et d'armes contre la mélancolie accablante, dont un naturel paresseux ne peut également se délivrer.

[À BOSC, À PARIS (''

1 9 avril 1 788 , — d^Amicns.

J'ai le cœur tout gros du sérieux avec lequel vous nous exposez vos dispositions obligeantes, comme si nous eussions douté de votre amitié. Je n'ai pas eu d'autre intention que de faire une plaisanterie que j'ai plantée dans ma lettre tout en causant, comme il m'arrive de les écrire, mais je l'ai faite bien mauvaise assurément, puisqu'elle a pu me faire soupçonner d'une toute autre idée que celle que j'ai de vous. Peu s'en faut que je ne vous fasse une excuse aussi grave que votre

^^^ Colleclion Alfred Morrison , 1 folio.

réponse, tant je suis fâchée d'avoir dit un mot qui vous fasse prendre cet air-là. La paix soit faite, s il vous plaît; nous sommes tristes quand nos amis ne sont pas très contents, et je serais inconsolable si je me trouvais être pour eux la cause d'une ombre de peine. Au reste, je vous prouverai combien ma phrase était gauche, et la confiance avec laquelle nous vous demanderons ce que le zèle amical peut fournir vous fera voir qu'il fallait que l'un des deux se fût bien trompé, soit en l'écrivant, soit en la lisant.

Je vous dirai, pour nouvelles de santé, que l'ami est aujourd'hui dans sa purgation de quinzaine; il est faible et travaillé; le bras donne très bien , mais la présence et l'action de l'humeur aux endroits qu'elles se sont affectés sont toujours les mêmes.

Il fait une sécheresse désolante pour nos campagnes, elle ne favorise que les promeneurs pour le moment; nous sommes cependant demeurés hier, retenus par des survenants; mais, à l'heure présente, je vous quitte pour aller acheter des fleurs. Adieu; connaissez vos bons amis qui vous connaissent bien aussi et qui vous aiment tant à cause de cela.

[À BOSC, À PARIS f''.]

a3 avril 1788, — [d'Amiens].

Vous avez trop d'âme pour qu'on vous reproche d'avoir des sens; ce serait au moins une inconséquence. Il est permis à vingt-cinq ans d'oublier Aristote pour de beaux yeux, et il serait bien étrange de n'être pas graciable au tribunal d'une femme pour un tel fait. La paix soit faite d'ailleurs, c'est bien mon avis aussi.

J'ai souri à votre empressement de voir M. de Vin; votre active amitié mesure les autres sur elle : mais le bon M. de Vin est l'honune du monde qui aperçoit le moins toutes ces petites choses qui vous intéresseraient, parce que

t'i Bosc,IV, 54;Dauban,Il, 492.

votre cœur y met un prix, et certainement vous en sauriez toujours plus dans notre correspondance abrégée, que lui-même en nous voyant tous les jours. Je ne serais pas étonnée qu'il passât peut- être trois semaines à Paris sans vous voir, quoiqu'il le désire véritablement, et il est de trempe à employer la moitié de sa vie à projeter le contraire de ce qu'il fera dans l'autre: excellent cœur avec cela, âme honnête, et taillé pour faire le meilleur mari d'une femme qui aura beaucoup de sens.

Vos pucelles du Poitou^^^ ne ressemblent point à nos demoiselles d'Amiens, qui ont toute l'assurance d'une femme dont la timidité est bien remplacée; elles causent en cercle tout aussi haut, jouent dès douze ans, et sont dès lors représentantes avec les mines et les petites façons des routières; c'est une vraie cocasserie , à laquelle heureusement on trouve quelques exceptions remarquables.

Je gagerais presque que vous êtes l'homme au jeu de quilles; nous avons déjà fait de grandes parties avec ma fille, mais c'est une petite sotte, qui jette sa boule à côté : en vérité, si elle ne vise jamais mieux, ce sera une pauvre chose; mais il faut patience à tout. Ainsi en avez-vous besoin pour soutenir le travail et la résidence, ou la pluie quand elle vous prend aux champs. Mais Dieu soit loué! puisqu'il vous reste encore le temps de nous dire un mot d'amitié et surtout la volonté de conserver ce sentiment, malgré les friponneries du petit drôle qui vous donne des distractions près de la sœur de l'abbé!

Adieu, nous vous aimons bien aussi, et sans distractions, nous autres bonnes gens qui avons fait le voyage.

[À BOSC, k PARIS ^'l]

fl5 avril 1783, — [d'Amiens].

[Vous êtes un excellent homme que nous embrassons de bien bon cœur; voire sensibilité, votre âme se peignent, sans que vous cher-

^'^ Cette allusion aux relations de Bosc était-il en Poitou, chez Creiizé-Latouche,

avec \e Poitou peut s'expliquer par sa liai- profitant du congé de Pâques, son avec Greuzé-Latouche, qui était du ^*^ Ms. 6989, fol. qAo. — Bosc, IV, 55;

Poitou et qui habitait alors Paris (rue des Dauban, II, 698. — Le manuscrit contient

Lavandières-Sainte-Opportune), à côté de deux paragraphes inédits. Les auUw sont

Bosc (rue des Prouvaires). Peut-être Bosc entre crochets.

chiez à les montrer, d'une maoière bien toucliante pour vos amis et bien faite pour vous assurer à jamais tous leurs sentiments. Défendez M, de Vin; vous ne samiez nous faire plus de plaisir, comme à lui plus de hien^ s'il était possible de lui inspirer une activité semblable a la V(Mre. C'est Ténergie qui manque à sa trempe comme à sonbonbeur; il le sent, et peitt-êlre il en aurait plus, s'il était toujours avec des gens dont ia sensibibté exerçât la sienne avec avantage. Je crois que vous verrez avec plaisir ceux auxquels il appartient : on peut dire qu'il est dune famille d^honnêies gens, en employant cette expression dans la force de la signification.

Je vous soubaite une Eudora, parce que vous êtes fait pour gorUer tous les plaisirs simples qu'elle nous procure et que nous espérons (piVlle pourra étendre quelque jour; nuns je soubaite pour ntuis qu elle soi! telle qu un homme qni vous ressemble raisonne de môme dans dix-huit ans ; alors je chanterais presque le Nune dimittis.^

J'aime à vous voir jouer aux œufs rouges avec vos sœni's^^^ et ce lableau dit plus de choses à mon cœur que je ne saurais expi'inuM'. Les méchants plaisants demanderaient, d'après votre phrase, si ce sont les œufs ou les sœurs que vous avex roulés [durant deux heures] ^^^ mais le sentiment que m'a inspiré la chose ne me laisse pas la froide bberté de faire une plaisanterie,

La santé de Tami, dont je ne vous ai [>as parlé depuis ijuelque temps, contiime d'être dans un état qui nV rien de très inquiétant ui de satisfaisant non plus; la présence de Tijumeur aux mêmes places (pie par le passé et les picotements, etc., qu'elle y occasionne sont toujours les mêmes; le bras donne bien cependant, mais restomac souflre souvent d'une sorte d'empâtement, et la constipation est telle, que, dans la quinzaine qui sépare les purgations, les selles nVmt lieu que par des lavenjents: cette disposition habituelle, , ,^'^\

[Adieu, portez-vous bien; c'est ainsi que nous vous aimons*]

*'-' Voir» sur tes 8<pni's ilc lîose, Maiiani<* <lice K.

^'^ Ces Iroiii mois sont hlîWh au nui rit tscrit.

*^' I^a mute manqua un jyauutifnt

[À BOSCi À PARIS <'l]

» . • ' '•''' i" mai 1783, — d* Amiens.

Il y a bien longtemps que nous n avons eu de lettre de vous ; je sais que vous êtes très occupé, aussi je ne vous fais pas de querelle, mais je parle d'une privation que nous sentons. Si vous voyez l'ami de Vin, dites-lui pour nous mille choses; nous en avons reçu de sa part de nos voisins ; il devait aussi nous écrire ; mais ne lui dites pas cela, parce qu'il faut qu'il s'en souvienne tout seul, et, s'il l'oublie, je lui demande à son retour de faire une Epitre à la pai*esse, commencée depuis longtemps.

Avez-vous définitivement trouvé quelqu'un plus accommodant que la dame Maille (^)? Nous attendons constamment vos décisions sur les chiendents et vos instructions sur les pinceaux, sans oublier les éclaircissements de M. Sonnerat. Les yeux noirs de la grande sœur ont-ils toujours le même effet? Très pardonnable, assurément, pourvu qu'au bout du compte il nous revienne un petit mot sur la traduction d'Aristote. M. . . . , dont je ne sais pas le nom, a-t-il la bonté de s'occuper de la soierie? Ce gros cahier nous tient au cœur, il a grand besoin de réforme, de corrections, etc. . . Nous serons fort aises qu'un homme versé dans cette partie nous donne des secours ; nous vous prions de soutenir et d'échauffer la bonne volonté de votre ami à cet égard ; c'est un vrai service à nous rendre.

Vous verrez, par la note ci-jointe, qu'il est question d'acheter un livre de botanique pour M. d'Eu. Nous croyons avec lui que la Flora est préférable à YHortus^ mais que vous déciderez en dernier ressort

^*' Collection Etienne Charavay. : — ^*^ La femme du quincaiilicr de Ja rue des

M"* Bader avait dëjà public^ quelques frag- Lombards, chez qui Bosc était aile demander

ments de celle lettre dans le Correspondant des échantillons de chiendents. — Voir

du a5 juin 189a. lettres des a février et 5 avril 1788.

lequel des deux est à choisir, et vous en prendrez deux exemplaires, parce que nous en désirons un aussi. Ces plantes médicinales sont nos compagnes futures et doivent être de votre connaissance ; mon Eudora transplantée deviendra leur commensale.

Je vous écris sur un chien de papier qui m'impatiente ; ma petite fille me tire par la manche, et vous jugerez de l'efiFet.

Mon pauvre ami ne peut plus dormir; les nuits se passent à chercher le sommeil, et il se lève plus fatigué qu'il ne s'est couché; nous sortons cependant tous les jours.

Demandez par grâce au seigneur Père une petite recette pour dormir au moins quelques heures dans les vingt-quatre. Je voudrais aussi savoir s'il doit absolument s'interdire les groseilles et les fraises (^>.

Il fait un temps charmant ; je tousse depuis plusieurs jours d'une petite toux qui ferait croire que c'est par air; mais je me promène, et si mon ami n'était pas si maigre, nous serions contents. Quand est-ce qu'on vous verra? Oui, vous-même, à qui j'avais parlé durant des années comme au travers d'un voile. Portez-vous bien ; dites-nous un petit mot : un seul mot d'amitié ravive. Adieu, nous vous embrassons avec toute la bonhomie de notre petit ménage.

[À BOSC, À PARIS ''l]

5 mai 1788, — [d'Amiens],

Nous avons hier rcru avec grand plaisir votre dernière lettre; c'est une douce chose que ce dédommagement de l'absence des amis.

Vous avez retrouvé votre liberté du soir; est-ce au moins d'occupations que vous en êtes redevable, ou bien à l'amitié d'un de vos camarades? Cette cause-ci serait plus agréable encore et plus constante.

Grâce à vos renseignements, nous savons à quoi nous en tenir sur la tra-

^'^ Ces trois lignes sont bâtonnëes dans i*originai, évidemment par la main de Bosc. t*) Bosc, IV, 56; Dauban, II, /igi.

duction d'Aristote, et tel estimable que soit l'ouvrage, cette édition ne sera pas la nôtre ; nous n'avons pas besoin du texte grec, nous pouvons nous passer d'un in-quarto : ainsi nous attendrons un modeste in-octavo sans texte, qui probablement se fera par la suite, et nous conviendra beaucoup mieux. Je suis très aise du bien que vous nous dites de la Flore en question ; nous rangerons cet ouvrage parmi ceux de l'aimable science qui en fait l'objet, et qui fera l'un de nos plus chers délassements, lorsque nous aurons pris sans réserve la vie patriarcale.

J'accepte votre heureux augure sur ma petite Eudora , et il ne tiendra pas à moi de travailler à le justifier comme une prophétie ; je jouis du moins chaque jour du temps présent, en me rendant le témoignage qu'elle a toute la santé, tout le bonheur de son âge. Il me faut cette conviction pour m'applaudir de son existence; il me la faudrait encore pour m'aider à soutenir sa perte, si j'avais le malheur de l'éprouver. Notre santé ne s'améliore pas rapidement. L'ami vous dirait presque que je ne suis plus bonne à voir, et que je penche sur ma tige ; il s'alarme de mon malaise comme moi de sa maigreur, et nous nous inquiétons l'un de l'autre. Contentement et la permission [sic) de manger des fraises que Linné juge si bonnes, et qui, sans être merveilleuses dans ce pays, sont ici comme partout un des plus jolis fruits à mon gré, parce qu'il flatte lodorat autant que le goût, agrément quil ne partage pas avec beaucoup d'autres.

Il me semble que vous avez été obligé de fermer les yeux en consultant l'abbé. Eh mais! . . . ceux de sa sœur vous feraient-ils tout de bon la guerre? Gare le petit fripon ailé qui frappe et fuit comme un voleur! Adieu; joie et santé.

[À SOPHIE CANNET, À AMIENS <'l]

Lundi matin, la mai [1788, — d'Amiens].

Aurais-tu ou connaîtrais-tu quelqu'un qui vît le Journal mcyclopédique^-^ 1 Il y a quelque chose que nous désirerions voir. J'ai une lueur d'espérance sur

^*^ Dauban U, 438. — M. Daoban met D'ailleurs, c'est en 1788 que le la mai cette lettre en 1781, ce qui est impossible, tombe un lundi, puisque Madame Roland y parle de sa fille. ^*^ Le Journal encyclopédique (1756-

nos jiniiils rli' Itroderie, mais j'y ronipte faiblement, el je ne négligerai pas nos Ursulines^" pour la petite part ([uelles pourraient fournir. Il faut leur laisser le temps d'y songer ; je les verrai dans la semaine. Noire sœur Henriette <"bante sans doute son duo h merveille, et raoi je Taorai peul-élre cmUié san.s Tavoir jamais bien su: mais je lappreridrai en rexécutant ensemble. Ma pou|)oiiDe fait sa petite chanson, dort comme moi, boit davantage, et rit comme une folichonne. Le Grec^^ travaille et pousse sa santë. Je voudrais travailler aussi, mais je ae suis pas merveilleusement disposée, pas aussi bien qu'à vous aimer, vous le dire et vous embrasser toutes les deux toio corde.

[k BOSC, À paris'*'.]

là mai 1783^ — [d'Ainienfi]*

Vous nous avez fait une aimable causerie, et j*ai cru que vous étiez à côté de nous. Je vous admire de mettre sur le compte de la froideur ce qui paraîtrait le fruit de la sagesse; assurément c'est le plus haut point de celle-ci que de ne voir que ce qui est visible et de ne point envelopper la réalité d'illusions, N^importe, pour le fait, ce qui vous a conduit là ; tant mieux pour vous, si vous n'avez pas eu besoin d'épreuves et d'efforts pour y arriver: votre àme n'a pas été froissée, et votre énergie vous reste* Dans telle carrière qu'on se jette, on peut aller loin, dès que rimaginalioo ne se met pas à la traversais et qu'elle demeure subordonnée au vrai.

M. do Vin nous avait dit un mot de ces diatribes parlementaires '''l II faut convenir rjue Paris est un singulier séjour: des calembours et des pamphlets y sont le résultat ou la cause des plus graves affaires, et Ton finit toujours par se mo(|uer du mal et du bien, pour se consoler de l'existence de l'un et de rimpossihilité de l'autre.

Vous ne feriez donc plus votre partie dans les barres? Mais s'il s'agissait de

1773), fondé par Pierre Rousseau (de Toufouse). [latin, p. 69.

'*' Iriis lii'siiJitR''i rrVuiiens. — Voir, filus luui, leltn^s liu ig lîoiU i-yHIÎ cl suivants. — MailîiïïicHolaiiil rln-rcbaîl <I«^h iciisei|pie-

mentjï pour T article ^Broflcnt*^ du Diction^ noire de» manufttcUtres.

<'' Mau.l.

i'> Bf)sc, ÏV, 57; ])m\mu It, ^ip.

' * > V oi r Mém , Hccvets , H o a v 11 1 ( 7 8 3 .

disputer à la course une Sophie, ne retrouveriez-vous pas des jambes aussi bonnes que celles d'Emile? Je ne regrette pas non plus l'herborisation que le mauvais temps vous a fak laisser pour nous écrire. Mais je souhaite que vous profitiez du beau jour que voici pour en faire une autre; c'est, à mon avis, l'une des plus charmantes occupations que l'on puisse prendre; l'activité de la jeunesse, la rêverie des âmes tendres, tout ce que la campagne inspire et fait goûter se développe et fait jouir en herborisant; la gaieté folâtre et la douce mélancolie s'y repaissent également. Nous avons été hier parcourir les fossés de cette ville et nous y avons trouvé quelques plantes; mais je suis encore si ignorante et j'ai si peu de temps pour me décrasser, le besoin de recourir aux livres qu'on ne peut porter, et que je n'ai guère le loisir de consulter au logis, revient si souvent, que j*en serais impatientée si le goât ne l'emportait sur les mécomptes. .

[À BOSC, k PARIS '*Vj

[lo] juin 1783, — de Sailiy, près Gorbîe.

Je ne sais quel quantième de juin; tout ce que je puis vous dire, c'est que l'on compte ici trois heures d'après-midi d'un lendemain de fêtes. J'ai vu mon bon ami le dimanche; il m'a quittée hier au soir ; j'ai passé une très mauvaise nuit, et je me portais encore si mal ce matin, que je n'ai pu vous écrire, quoique j'en eusse formé le projet. Je ne vous donne point cette succession de choses comme causes et effets nécessaires, mais je vous la donne telle qu'elle est, tout bonnement. J'ai eu communication des lettres que vous avez écrites, parce que leur réception est au nombre de nos plaisirs, et que nous ne savons goûter aucun de ceux-ci sans le partager entre nous. Je ne vous offrirai rien en échange de vos nouvelles; je ne me mêle pas des politiques; je ne suis plus au courant de celles d'un antre genre, et je ne suis en état de parler que des chiens qui m'éveillent, des oiseaux qui me consolent de ne pas dormir, des

^'^ Bosc, IV, 67; Dauban, II, 496. On de Bray et arrondissement de Péronne).

voit, par la lettre, que Madame Roland Madame Roland était là chez Sophie Can-

écrit le lendemain du lundi de la Pentecôte, net, dont le mari, M. de Gomiecourl, était

donc le 10 juin 1788. — Sailly-le-Sec, sur (r seigneur de Sailly-Ic-Sec. {InvetU» de la

l'Ancre (département de la Somme, canton Somme, B, 976.) — Voir Appendice E.

cerisiers qui sont tlcvani mes fenêtres et dos génisses qiii paissent Therbe de la cour,

J'habile sous fe toit d'une femme que le besoin d'aimer me fit distinguer, lorsque, h l'âge d'onze ans, je me trouvais au couvent avec une quarantaine

de jeunes personnes «jui ne songeaient qu*à folâtrer pour dissiper Tennui du cloître. J'étais dévote, comme M"'* (luyon du temps jadis; je m'attachai à une compagne qui était aussi un peu mystique, et la bonne amitié s'est nourrie de la même sensibilité qui nous faisait aimer Dieu jusqu i\ la folie. Celte compagne, retournée dans son pays, me fit connaître M. Roland, en le chargeant de lettres pour moi ; jugez si tout ce qui s'en est suivi doit me faire continurM* de chérir Toccasion ou ta cause areldentelle qui y a donné beul

Enfin, cetle amie est mariée depuis peu, et jai contribué en quelque chose a la déterminer; je viens la voir à la campagne dont je lui ai vanté le séjour comme le plus approprié au bonheur des âmes pures; je parcours son domaine, je compte ses poulets, nous cueillons les fruits du jardin, et nous disons (pie tout cela vaut bien la gravité avec laquelle on enLourf le tapis vert où Ion fait promener des cartes, Tattirail dVme toilette dont il faut s'occuper pour aller s'ennuyer dans un cercle, le petit bavardage de ceux-ci, etc., etc. Au bout de tout cela, j'ai grande envie de retourner à Amiens, parce que je ne suis ici qu'à moitié : tnon amie me le pardonne parce que, son mari étant abs(*nt, elh* juge mieux de ma privation par la sienne; et quoique nous trouvions fort floux de nous dolenler réciproquement, nous convenons qu'être éloignée du colombier, ou s\ trouver toute sttule, est une chose assez triste. Cependant je passe encore ici la semaine tout entière: je ne sais si ma santé en retirera toul le profit rpie mon bon ami avait espéré. J ai pourtant fait Irévc entière avec le travail depuis trois jours, mais je ne me sens pas encore merveilleusement. Jai été assnz contente du visage de l'ami ; je crains son cahinel comme le feu, et la semaine à passer me paraît um* éternité par le mal qu'il peut se faire dans rei întt*rv;dle.

Avouez que ji* suis \non confiante de vous envoyer ainsi un bahillagr d*' campagnarde! Je prétends bien pourtant, non que vous m en soyez obligé, mais que vous le preniez ctmmie un act».* d'amîtié bien sincère et bien dénuée d amour-propre, i*^ suis pesante: et, malgré mon goi\t pour ce qui mVnloure, malgré cet atti'ait qui m attache à tous l(»s détads dr la campagui\ malgré cet attendrissement que réveille toujours le spectacle de la nature dans sa simplicité, je me sens endormir et bêtifier.

J'ai rapporté des plantes de toutes mes promenades; j'en ai reconnu plusieurs ; les autres ont été sèches avant que Murray ^^^ m'ait aidée à les juger, et le temps s'écoule sans me ranimer. Au reste, les femmes, dans leur physique, sont aussi mobiles que l'air qu'elles respirent ; j'écris d'après l'impulsion du moment et, si j'avais remis celte lettre à demain matin, peut-être aurait-elle été vive et gaie.

Adieu, souvenez-vous de vos bons amis; je réunis le mien dans cette expression, parce que nous ne sommes jamais séparés dans nos sentiments, et que vous êtes l'un des objets sur lesquels nous les fixons avec le plus de complaisance.

[À BOSC, À PARIS ^"

39 juillet 1783, — d* Amiens.

11 me suffit que vous posiez les armes, je ne demande pas qu'elles me soient rendues; je ne veux pas recevoir de loi, mais je ne prétends pas non plus en imposer à personne. Vous ne vous êtes pas trompé sur les prétentions de votre sexe, — je dirais plus, sur ses droits, — mais bien dans la manière de les défendre; vous ne les avez pas non plus compromis envers moi, qui ne veux en attaquer aucun : vous avez oublié le mode, et c'est tout. Que sont les déférences, les égards de votre sexe pour le mien , autre que les ménagements du puissant magnanime pour le faible, qu'il honore et protège en même temps? Quand vous parlez en maître, vous faites penser aussitôt qu'on peut vous résister, et faire plus peut-être, tel fort que vous soyez. (L'invulnérable Achille ne l'était pas partout.) Rendez-vous des honmiages? C'est Alexandre traitant en reines ses prisonnières, qui n'ignorent pas leur dépendance. Sur cet unique objet peut-être, notre civilisation ne nous a pas mis en contradiction avec la nature; les lois nous laissent sous une tutelle presque continuelle, et l'usage nous défère dans la société tous les petits honneurs; nous ne sommes rien pour agir, nous sommes tout pour représenter.

N'imaginez donc plus que je m'abuse sur ce que nous pouvons exiger ou

^'^ Murray (Jean- André), 1740-1791, ^77^ > 1« *3' édition du Systema vegetabiélève de Linné, professeur de médecine et lium de Linné, de botanique à Gôttingen, avait donné, en ^*^ Bosc, IV, 59; Dauban, II, 698.

ce qu'il vous convient de pnHeiidrp. Je crois, je ne dirai pas mieux f{u*aucune femme, mais autant qu aucun homme, à la sup/Tiorlte de votre sexe h tous ï''gards. Vous avez la force d'abord, et tout ce qui y lient ou qui en résulte : le courage, la persev»Tance , les grandes vues et les grands talents; c'est à vous de faire les lois en politique comme les découvertes dans les sciences; gouvernez le monde, changez la surface du globe» soyez fiers, terribles. Imbiles et savants; vous êtes tout cela sans nous, et par tout cela vous devez nous dominer. Mais, sans nous, vous ne seriez ni vertueux, ni aîmiuits, ni aimables, ni heureux; gardez donc la gloire el rautorité dans tous les genres; nous n'avons, nous ne voulons d empire que par les mœurs, et de trône que dans vos cœurs. Je ne reclamerai jamais rien au delà; il me fâche souvent de voir des femmes vous disputer (juelques privilèges qui leur siéent si mal; il n'est pas jusqu'au titre d auteur, sous quelque petit rapport que ce soit, qui ne me semble ridicule en elles. Tel vrai tjuon puisse dire de leur facilite à quelques égards, ce n'est jamais pour le public quelles doivent avoir des connaissances ou des talents.

Faire le bonlteur dun seul, et le lien de beaucoup par tous les charmes de ramitî<5, de la décence, je n'imagine pas un sort plus beau que celui-là. Plus de regreb, plus de guerre, vivons en paix. Souvenez-vous seulement que, pour garder votre fierté avec les femmes, il faut éviter de raflicher a leurs yeux. La petite guerre que je vous ai ftiite pour nous amuser dans la liberté tle conliancc vous serait faite d*une autre manière par Tadroitc coquetterie, et vous n'en sortiriez pas si dégagé. Protéger toujours, pour n'âtre soumis qu'à volonté, voila votre secret à vous autres. Mais que je suis bonne de vous dire cela, et le reste, que vous savez mieux que moi! Vous avez voulu me faire jaser; eh bien! nous sommes rpiittes; adieu.

À ROLAND [\ paris".]

Mardi, [19 août 1788, — d'VfTiiciis].

Eh bie!i. cher ami, le temps est beau. Pair assez doux : te portes-tii

^'^ Ms.r>*i38,fol.3/i5'2 4t>, — DansiuuMUii rliaire halïîLnel. Une nnUy, d^écriïnre aade fa iellrc, au lit : f^M. de Laplalirreu* demie, porte : Tprubableiûftil *i(j août 8 *j t. CVét wac iiKlicaLioîi pour Bosc, l'iritenné- Mais c*ost in adniîssit>le, car l'enfant, à cette

«iiritiiftit tAr(u»*t.t

bien avec cela? J'ai faim de tes nouvelles, j'en cause tous les jours avec ta fille qui ne me répond que des petit papa et des baisers.

Rien de nouveau depuis ton départ; je n'ai vu personne. M. d*Eu est venu le dimanche, mais j'étais allée promener Eudora et ma tête un peu faible sous les arbres de la porte de Noyon ^^\ J'ai fait peu de choses ce jour-là; cependant le boursier est fini, l'article poil aussi, et \?ifnse est commencée : tout cela n'est que broutilles; il n'en est pas de même du plan W.

Le serrurier a bien employé son temps, du moins je l'ai vu toujours travailler; les mécaniques, m'assure-t-il , seront prêtes ce soir; en conséquence, il prévient son menuisier, qu'il m'a paru désirer que je préférasse parce qu'il a déjà fait le bâtis de la grande machine.

En cherchant des renseignements pour des planches à faire faire, j'ai reconnu une erreur qu'il faut que tu vérifies. Il est question de savoir quelle est la planche où se trouve inséré le cartouche Z , relatif au collage des chahies. J'en ai trouvé l'explication à la planche III du retordage^ et je suis sûre qu'il ne peut lui appartenir; mais je ne me rappelle point la planche où il est et à l'explication de laquelle il faut reporter celle de ce cartouche.

J'ai reçu des nouvelles de M. ChevandierW qui dit que le montant de ses avances est de ai** 5' 3^ et qui prie de les remettre à MM. Lami frères, de cette ville (*^ ce que je compte prier M. Flesselles d'exé-

dalc, n'avait pas onze mois. H faut aller jusqu'en 1788. De plus, le 90 août 1788 étant un mercredi , et te 1 9 un mardi , il en l'essor! que cette letti'e est du 1 9 août. Gela ressort encore mieux de la liaison de cette lettre avec celles qui viennent après.

^'^ A deux pas de son logis.

<*^ «rLe boursier», c'est l'article Boursier du Dictionnaire des manufactures [l , 88-90); l'article Poil se trouve dans la a* partie du même volume (1, a86*-288*); de même pour l'article Frise (I, 29*-84*). Quant au ffPlan-ï, on voit, par les lettres suivantes,

que c'était une sorte de tableau synoptique à mettre en tête du Dictionnaire des manufactures,

^'^ On retrouvera souvent, dans la suite, le nom de M. Chevandier. C'était un n^ociant de Lyon, ami de Roland et de Lanthenas dès 1777 (voir ms. ôaii , fol. 955- 357, une lettre de Lanthenas à Roland, du 16 septembre 1777). Sa femme, dont il sera aussi souvent parlé, était une Italienne, de Livourne (voir lettre du la décembre 1784).

^*^ MM. Laniy frères étaieul des fabri-

culer. Noire Lyonnais ajoute quH est délogé, sans avoir quille pourtant la maison, et qu'il est assez an large pour nous oHVir une chambre caïamode toutes les fois que nous irons à Lyon; beaucoup de choses honnêtes el empressées sur la retraite future, etc.

Je n ai pu avoir encore nouvelles de la pension de la rue Roynle '^'; voudrais-tu t'informer de celle de iW*'. . , , je ne sais plus son nom, au bout de la rue du Hurepoix, en entrfiot sur le quai de la Vallée, au troisième d*une maison à porte cochùre.

Pour commencer ma semaine par une bonne œuvre, avant que ma lessive m'arrête, j*ai été voir la petite pensionnaire des Ursulines. J'avais demandé sa maîtresse (la sœur de \L Le Riche) pour faire tout eu règle, en lui disant que je me proposais de iaire sortir quelquefois la jeune personne; je nai pu la voir. Mais la pauvre petite, qui n avait encore vu personne depuis sa clôture, a été enchantée de la visite el des espérances que je lui ai dtumécs; son jeune cœui" s'est gonllé «mi j»arUmt de sa maman el elle a pleuré de si bonne grâce, que U\ bonne, que j'avais avec nmi, était prèle d'en faire autant. Au premier jour, j'écrirai un mot à la maîtresse et je ferai sortir cette enfant qui paraît douce et sensible, et qui aime beaucoup la lecture,

M"'*' Canne t a toujours pauvre mine et pauvre santé; M, Galland^'-Î vient de mt^orir; M**"" d'Ibuigard'^'' était jeudi à la Comédie, samedi eUe a été exirémisée; hier, elle n'avait plus de connaissance; elle estpeulêtre morte à présent. H règne certaines fièvres oflicieuses (lïtr), avec dépôt à la tête, qui troussent les gens en quatre ou cinq jours, et notre voisinage devient tous les jours comme Tannée dernière, par les petites véroles. Quant à moi, je me porte bien, mon lait fait ton-

canls d'AmiefLs, que nous rf trotiverons , en mai 1784, aBSfjciés à tles celles pour exploiter la maclïiûe rl'Arkwright (li* Muli- Jcnny), îiiiiwluile en France, — Voir Du- Immmrc des manujncfurt'ft , II, Hto.

^'' Il semble qu'il s'agisse d'une (îensîoiî pour la fiUe de Flcsselles.

^*^ Galldod de Lougiienie, chevalier il^i

Sainl-Louis, ^leuieurnnl faiilioui'g de >ioyon , ëchevin d'Auiienî* eu 1783 (Àfm.de Pkftrdic de 1783, p. ^17) el qui ne figure plus nulle parla VAhmimch de 178^.

^^^ T,a niere de celle M'" d^Hanganl dojil nous avoua jiaflé (lettre du a mars 1780; d\ AppcndircE) et qui esl si souvent men* li<juu*'e dans les Lettres CanncL

jours merveilles, je mange et dors : il y aurait bien malheur si tu ue me trouvais engraissée à ton retour. Va voir notre Longponien, embrasse-le pour moi en mémoire de l'ancienne connaissance et de la tendre amitié. Mille choses au fidèle Achate et encouragement à mieux faire pour nous qu'il ne projette.

Je vais envoyer tes dépêches à la poste. Adieu, ménage-toi bien; songe que ma fille ne me tient à la vie que par un petit fil et que tu m'y attaches de tous les côtés, et choie ma santé dans la tienne.

A propos , n'oublie pas de m'acheter ma musique. Voici le titre : Quatuor pour le clavecin et forte-piano, deux violons et basse . . . , par M. La»ceux y Œuvre IV. Chez l'auteur ^ rue Saint-Jacques, vis-à-vis celle des Mathurinsy ou chez Af"* Girard, rue du Roule, t^àla Nouveauté y) (^).

Je veux toutes les parties, car j'espère faire un jour le violon, quand ma fille touchera le clavecin, et l'abbé Pein jouera la basse. Le prix des quatre est marqué g**. S'il est possible d'avoir meilleur compte, ce sera benissimo.

Pour finir par une chose importante, je te dirai que le chapeau noir raccommodé est aussi vilain qu'auparavant; il fallait être M. de V[in] pour faire une aussi mauvaise acquisition; c'est manqué en tout point et irrémédiable. Cedit seigneur n'est point arrivé, et il fait probablement là-bas d'aussi belles affaires que l'acquisition de mon chapeau. Addio, ti bacio di quà, di là, e sono sempre tua.

Je défais mon paquet pour l'ami d'Antic qui me donne de tes nouvelles, et je l'embrasse sans façon, ce que tu lui confirmeras. J'ajoute que je reçois une lettre honnête de Taillardat de Sainte-Gemme ^^\ avec un état et des observations.

^^^ Guillaume Lasceux, organiste de fabriques de la Champagne eu 17837) et

Saint-Étienne-du-Mont (Tuetey, m, 5^79). ajoute: nie le dois à la complaisance de

Electeur de Paris en 1793 (Alm, tiat.). M. de Taillardat de Sainte-Gemme, inspec-

— M"° Girard ne figure pas à YAlmamch teur des manufactures en Champagne i). H

de Paris de 1785. le mentionne également, dans son Discours

^*^ Roland, dans son Dictimmire des jprc&wimiire (t. I, p. xxxiv), parmi ceux qui

manujactuvcs , I, 283, publie un ^État des lui ont fourni des documents. — VAbtM-

ROLAND [À PARIS ^"

L« ûi, at] matin ra<)«H 1783^

d^An

Enlin la grande aflaire des inéraniques est terminée; elles ont été emballées hier soir, ce qui a demandé trois lieiires et n'a fini qu'à près de dix. Je suis demeurée présente à l'opération pour y conconrir par mes avis, et aussi pour veiller au feu, car la cour étant embarrassée par des tonnes et cuviers, il a fallu emballer près du bois et de récurie. La chandelle au milieu de la paille et de toutes ces choses me faisait trembler; il faisait du vent, et, en y mettant tous mes soins, j'ai encore eu peur d'une odeur de brûlé qui cependant venait du voisinage. Il m'en a coûté nue raisse de 9^; j'envoie ce matin et le ballot et la lettre d'avis. Four compléter cette journée, ma fille s'est faite au iront la preinièie bosse qu'fdle ait encore eue, par une chute sur le pavé, en tombant les deux marches de la salle que le tracas de lessive avait rendues glissantes. Je n étais pas témoin de l'accident, mais la marque en demeurera plus d'un jour* Et le soir, en jouant autour de nous, Tenfant se mit à mâcher im bout de corde. Je m'en aperçus, le retirai; le petit cœur se souleva, Eudora vomit partie de son souper; j'ai craint qu'elle neût avalé quelque chose, cela m'a tourmentée, fatiguée, chagrinée; je n'ai pu manger, je n'ai point dormi et je ne suis ni forte, ni gaie. Cependant ma fille a bien passé la nuit, jespère qu'elle naura rien : elle court, joue et mange comme de coutume. Je vais faire de la musique ce matin pour remettre la machine en équilibre j et je ferai sortir la petite pensionnaire ahn d'avoir à me

twch rftifaliïe 1 788, p. 971, dit : ffTailhirdo de Soiiil-James » iii&iNLTteur h Cliâiori^-sm- Manie«.

«'» M». 6ti38, y. ûh-j-^^m. — Dans un coin : ffM, de Ui[dûlièrei^. Liiie noie» d'écri-

ture ancienne , dit : ^Pvohihhmeni mai 8 ^i '^^ r<ijiij('cUiic inadmissifïle. Ko i'ap[>oii rïe ceUe lettre avec celle qui prfkède H surtont avi>c celles qui suivront prouve qu'il faut lii*e (toûf î'jS^i,

réjouir de la joie de quelqu'un. Ma femme de chambre se donne les aii's de me gronder, elle me choie bien et prend dans tous les petits soins de ma santé un ton de Dame f ordonne qui est tout à fait plaisant. J'ai vu M. d'E[u], qui m'a apporté avant-hier les feuilles et journaux, en me témoignant tous ses regrets de ne m'avoir pas rencontrée le dimanche et de ne m'avoir pas vue le lundi , à cause de quelqu'un de Paris qui était tombé chez lui comme une bombe; beaucoup de choses empressées dont on sent le ton, auxquelles j'ai répondu comme il fallait, etc. Le brave Flesselles est venu me voir; il a fait ma commission près de MM. Lami, et je joins ici une petite lettre à M. Ghevandier en conséquence; sa tante, sa fille et sa cuisinière sont malades des fièvres courantes, mais sans aucun danger. J'ai fait venir et récompensé le garçon du cabriolet.

M. Le Riche ne revient toujours pas, je compte aller voir sa femme un de ces jours; M. de M^ban'^) est en tournée; M. d'E[u] le blâme de s'échapper contre M. de Soigne ^^J, et il est porté à croire que M. le Riche se retirera; mais on croit volontiers à ce que le cœur souhaite tout bas. La grande société est dans le deuil : M"*" d'Hangard est morte le cinquième jour de sa maladie; Amiens pleure celle de ses habitantes qui recevait le mieux son monde et qui tenait la seule maison ouverte de cette ville. Sa fille est revenue hier de Paris; tu vois que tout le monde n'y perd pas, car je crois nos amies fort débarrassées du séjour de cette seconde fille chez la vieille tante ^^K

Je me suis promenée avec l'amie'*) et ma fille avant-hier, et nous avons été boire du lait au manoir, sur le chemin de Saint-Fuxien '*). Je désire bien de tes nouvelles; ménage-toi, mon ami. Je n'attends pas le courrier pour expédier, parce que je prends le moment pour

^^^ M. de Montauban, contrôleur et rece- cousines de M"" Cannet et tantes de

veur ambulant des Domaines à Amiens M*** d'Hangard, qui vivait encore. L'autre

(/1/m. de Picardie de 1788, p. 67). était morte avant 1780. — Voir Mém., II,

^'^ Nous ne trouvons pas trace de ce 1 19-1 a o, et Appendice A.

nom. — Peut-être est-ce M. de Senne, sub- ^*^ Henriette Cannet.

dëlëguëà DouUens de 1767 à 1786. ^*^ Saint-Fuscien , village à 6 kilomètres

^^^ Celle des demoiselles de I^motte, d'Amiens.

faire sortir ma fille. C'est loi que je ciiarge de mes amiliës pour M. d'Anlic à ([ui j'envoie aujourd'hui mes dépêches toutes nues, sans un petit mol pour lui; autres amitiés au camarade^ je t'embrasse de tout mon cœur.

[\ nOLAIVD, k PAKIS'".]

Dimandie, îi''i [aoûl 1788, — d*Amiet*8].

Je navals pas dessein d'écrire aujourd'hui, parce que je ne me suis levée qu'à neuf heures, que j'en ai passé une à raisonner avec Liraozint^J sur des corrections à laire à un dessin qu'il vient de finir, qui] faut sortir ce matin, etc. Mais je reçois la ci-jointe de M, Flessehes et je te la fais passer avec celle qui y a dimué heu. J'ai eu hier ia visite du sieur Martin ^^? avec son honnête beau-frère; je compte le clnirger de trois dessins achevés, payés, quittancés, f[ue tu joindras à ceux que tu avais emportés. Ta petite causerie mn fait grand bien; je suis bien aise d'Agathe, de M. Le Riche, etc. Jai fait un grand cr hélas! 77 à la nouvelle que m*a donnée M, d'Antic, à qui je ne dis rien pour être trop pressée, mais que je te charge de dédommager, si tant est que cela vaille un dédommagement.

Je fais le diable à quatre dans ma maison et, comme je ne suis pas trop diable naturcllemeut, cela me fatigue et me déplaît beaucoup; mais je crois que ma cuisinière fait danser i'anse du panier, et je suis dune colère épouvantable.

Tu me diras si lu veux faire faire quelque chose au dessinateur,

* * ^ Ms. C Q 3 8 , fol . a i 9 . — Vne nt>le, d'érrilure aocienae, dit ^probablement août 83^1. C'est fort vraisemblable , carie 9^ août 1783 tombe un dîniaricbe.

**î Voir leUre du 8 août 17811.

^*^ Sans doute Jacques-Franrois Martin .

frèro olérin rie Dolamt>rli<>ro , qui avait

appnrtr^ eo l'Vanco la rnacbine d'Arkwright et qui s'associa à Flessellee et aux frères Lamy, en 178/1^ pour Texploi ter r^i Amiens (voir Dict, des manu/,, H» 30^-31 a, et Biagr* de îa Somme , r^ article J.-B.-J, DelamoHir^ren. Cf, Maiîiean, llist, de la Jikture du cofon, I». t i "i.)

car pour moi je n'ai plus rien et ne sais plus quoi. Tu sauras que pour ma musique il n'est question que de toutes les parties d'un même Œuvre : clavecin ^ i^'^ violon y ù' violon et basse de l'Œuvre IV. Je te dirais bien à cette occasion une méchanceté, mais je ne veux pas l'écrire. Adieu; ma chère Eudora (dont je ne trouverais pas si aisément que toi des dizaines) se porte à merveille et t'a bien appelé ce matin. Je t'embrasse à tort à travers et je t'aime comme je ne puis dire.

[À ROLAND, À PARIS <*'

95 août 1783, — [d'Amiens].

Il est huit heures du soir du â5 août 83; assise devant ma table avec beaucoup de gravité quoique sous les débris d'une coiffure légère qui annonce qu'on n'a pas oublié la toilette dans la journée, je recueille mes esprits, pour me rappeler ce que j'ai entendu aujour^ d'hui et pour en faire part à ceux que j'aime. Je n'ai pu joindre ma compagne'^) qu'à plus de trois heures et demie, par des raisons qu'il serait trop long de déduire; nous sommes parties triomphantes, mais modestes et sans hommes, pour nous rendre à l'Académie (*>; Tassem-

<'J Ms. 6338, fol. 35o-a53. — La date se trouve dans le corps de la lettre.

^*^ Henriette Cannet.

^*^ La fr Sociëtë des gens de lettres d'Amiens t» avait obtenu, en juin 1760, des lettres patentes du Roi l'érigeant en rr Académie des sciences , des belles-lettres et des artsn {Itwentaire de la Somme, B, &3, et Almanach de Picardie, 1788, p. 69). Elle recevait une subvention annuelle de la ville sur le produit de Toctroi de Picardie {InvenL, t. Il , Introd. , p. xii). Elle ét«it , depuis 1761 , propriétaire du terrain appelé «r Jardin du Roin, y entretenait un jardin bota-

nique (Archives d'Amiens, AA, 99,foL57) et y faisait faire des cours publics de botanique, de chimie expérimentale, puis, en 1783, de meunerie et de boulangerie {Alm, de Picardie, 1783, p. 71 et suiv.).

Roland, qui vivait en mauvais termes avec la classe de gros marchands, bourgeois enrichis et demi-nobles où se recrnlaient et la municipalité et l'Académie , ne fit jamais partie de cette compagnie , alors qu'il appartenait à une foule d'autres (voir Appendice H). Aussi les sarcasmes abondentils dans la Correspondance contre «ri' Académie béotiquet). Dès le ai juin 1777,

blre elait foriiiéc, les discours cooimencés, pas une place pour d'honnèles femmes : il fallait être debool derrière je ue sais qui. Nous avons été prendre im petit escalier qui rend à des salles dont les portes inti^rieures étaient ouvertes sur celle de rassemblée, dans le haut; nous avons frappé à la porte de Fescalier : les laquais de Tlntendtint ont ouvert; nous sommes parvenues à la tête de rassemblée où un homme m'a donné sa [ilare, et où \F' Gannet a été obligée d'en demander une au jeune conseiller Fontaine ^*^ que j'allais en prier pour elle, parce que c'est un Jean-JmU-tout-lm'dive. Le nouvel associé [Hiriait alors; chapeau sur tête, ou plutôt sur perruque, papier en main, se donnant un air agréable, fair entin que tu connais à mon insouciant accoucheur. Le S*" Ancclin^^' débitait des phrases sur les avantages de Témulation pour les progrès des connaissances, les ressources que fournissait TAcadémie à cet égard, ce qu'il en espérait pour lui indigne, presque étonné d*avoir osé solliciter l'honneur d'y être admis; en quoi il se rendait justice, rjuoiquil ne la lit pas aux

Marie Phlîpon, prévenue par Ritlaod, t^ciit BiL\ JemoiseiJes Gannet, à pro|>os de la nmri fie Gi^esset : «-Je crois que l'Académie d'Ajnîeïis doit m croire morte et enlerr«?e avec lui : elle est si piètre, si chëlive!" Le 1 9 mars 1 784 , lloland écni à sa femme (ms. 634 o, foL 92-93) : «^Hier, à côfé de M. Déj., il me demandaîl si l'on ne m avait point proposé d'être de TAcadénne; quelques-uns m'eo ont pHé, l'abbé Hey, [Reyuardj, etc. . , Mais j'ai loujonrs dit qne, si Ton attend que je le demande, je n'en serai jâBiaig. Je le crois bien, dit-iJ, et vous avez raison. « Madame Rolnnd rrpoud (ai Eîars) ; w-Si f Académie bdotienue s'avisait. . ., accepte toujours, tu seras là pour rnonlr*.T comment tn la jii|}e8; cela suffit et ne prêtera pas au blâme comme uu refus. , . Ti Et Roland de dire (a3 mars) : f Je suivrais ton conseil a Tégard de la Béotique, si . Mïiis je ue [jense pas que cela

ait lieu; on ne parle point dWeml>i(^e; il n'y a point de place vacanîe, je ne suis pas uu financier; bref, je ne crois même j>as qu'il en soit question* . , ^ Et Roland . qui fui de diï ou dou7,e Acadëniies » ne fut pas de ^jrlle d'Amiens I

Cette compagnie , comme pi'esque toutes celles qui existaient alors , tenait sa grande sëance annuelle le a 5 août, jour fie la fête dc*Saint-Louis,

^'' M, Fonloine, conseiller au badiiage cl présidial d'Amiens {Aim, de Picardie ^ 1783, p, 38), U élait probablement fils de Nicola^-Josepb de Dompiern*, seigneur de Fontaine-Hornoy, président trésorier de France au bureau des Imances d^Anneus, qui avait épousé en 1788 une nièce de Voltaire.

^'^ C'était la séance de réce[ilion du chirurgien Anselin, — Voir, î^ur lui, lettre du i5 novembre 178t.

membres sur la célébrité de chacun desquels il s'écria d'une manière qui aurait été épigrammatique de la part de tout autre sujet. De là, passant à l'éloge de son prédécesseur, l'ignare docteur Demery^^\ de la science duquel il fit un pompeux éloge, éloge auquel il plâtra aussitôt celui de Bourgeois ^^^, je ne sais comment il vint, tout en louant, à Coligfwn^^K son défunt maître, qu'il exdta beaucoup comme de raison, et l'on sent pourquoi. Je ne serais pas embarrassée de caractériser son style, mais je me contenterai de remarquer qu'il a comparé chacun des membres à autant de conducteurs électriques par lesquels il se sentait tout vivifié; qu'il a, de plus, fort judicieusement regretté de n'avoir pas l'éloquence académique, mais qu'il s'en est consolé en observant qu'elle n'était pas nécessaire à un chirurgien^ qui devait être consolant et persuasif pour déterminer ses malades à prendre ce qui leur était bon, quoique cela ne leur fût pas agréable: A quoi je me suis dit qu'il avait en cela très bien fait sa tâche, puisqu'il avait persuadé la caduque Académie de l'adopter. Un coup d'encensoir par le nez de l'Intendant et un autre au sexe aimable pour le prier de s'intéresser aux observations qu'il allait faire ont terminé son discours. Puis, tirant de sa poche un instrument qui, par ma foi, avait bien les quatre pouces, bonne mesure, il nous a dit qu'il l'avait inventé pour soulager certaine maladie qui consiste dans le rétrécissement de je ne sais quoi, audessus de Fos sacrum; à cet os saci^m, toutes les femmes ont fait une petite grimace, il s'est élevé un bisbiglio dans toute l'assemblée; mais, le silence régnant tout de nouveau, l'orateur, qui barbouillait parce qu'il n'avait plus de leçon écrite, nous a démontré de son mieux comment son ingénieux outil saisissait les matières trop durcies, les amenait dans le rectum et les faisait sortir par l'anus, soulageant ainsi

^*^ Denis-Isidore Desmery , doyen du col- tenant du premier chirurgien du Roi ^

lège des médecins d'Amiens, membre de {Alm. de Picardie de 1788, p. 77). " l'Académie de cette ville, qui était mort ^'^ L'expression de rrdéfunt maître» ne

depuis peu, après avoir fait au Jardin des permet pas de reconnaître là Collignon,

Plantes son 39* cours de botanique {Alm. «rchirurgien major de Fbôpitaln {Alm. de

de Picardie de 1 788 , p. 7 1 ). Picardie de 1 788 , p. 77 ), car ce Collignon

^*^ Bourgeois, maître en chirurgie, trlieu- se retrouve à YAlmaimch de 1784, p. 6t.

les malheureux qui ne pouvaient rhier. Après avoir servi ce petîl plat de son métier, fart gracieusement, maître Ancelin s'est tu. Le lounl Baron '^J, le digne secrétaire, a répliqué, chapeau bas, par des eocensenienls d'usage en l'honneur du défnut et du récipiendaire dont il a yaniéYéhqnence poétùjue; mais, excepté quelques expressions aussi peu justes, aussi ridicules que celle-là, son petit discours n'était pas trop mal écrit pour une rajïsodie de mensonges; il les a heureusement ter* minés en disant : Vous trouverez iW, Monsieur^ ce que tmm y apportez aussi : des talents dont t usage fait des vertus. On a fort applaudi; j aurais fait comme un autre, s'il y avait eu quelque vérité, maîs je nai pas décroisé mes pattes.

J^ouvrais les yeux pour deviner qui allait parler : je ne connaissais autour de cette table que femphatique Romseau^^\ le bonhomme du Liègff^^K le gros Maugendre, le malin Boitel^^; je voyais un petit augustiri bien oBronté, un gros visage que je u*osais caractériser parce que j'y trouvais par moments la singularité qui annonce parfois de l'esprit, quelques autres figures sans pliysiuuoniie; le paisible iHm'villez n'y était pas (il est à Paris). Le professeur Bejnard occupait la place à côté de rintivndant et ne paraissait pas disposé à rien dire. Enfin j'entends ; Discours sur les ^fmnnfnctures d'étoffe; je cherche et je découvre certaine mine oratortenneà laquelle je reconnais mon Villin^^' :

^'^ Baron, avocat {Aim. de Picardie de 1783, p, Ao), secr^tiiire de l'Acadt'iiiie crAmieas (p. 70). adininisitrateur de Vhèfntal (p. 93). aacîen bâlonnier, rédacteur des Affiche» de Picardie {hment, d'Aniietts, AA. iig^anrh 178a, fol. i63).

^'' Rousseau, ingénieur de la ville d- Anxif ns (Alm. de Picardie de 1 788 , ji. 48) , membre4€l'Acadéiui€'(p. 71 ). — Cf. fnvent, d^Amtetui et Invent, de ta Somme, pssirn.

^'' Pierre-Anloiiic Du ïjège, né eu 1714, mort eu 1789, «.^cuycr, seigTieiu" de VVaHuïel, tn^aoner genëï'ul de France ë

demie {Alm. de Picardie de 178^, p. 43, 7 1 ; A. de Louve II court , Les trésoriers de France de ta génèrnlitê d'Amiem).

^*^ Nous trouvons» h VAÎmmmch de Picardie de 17H3, M. Boistel de Lîelloy, avocat, membre de T Académie (p, 39, 70), bailli de la juslire tempiirelJe du chtipilre (p. aO), de Ja justice des RIL Pl^. Jaco- IjiuH (p, 37) et de la justice du vidame (p. tVh). Mîiis peul-étre s agit-il de sou fils, comme lui avocat et membre de TAcadémie {ibid., p. 4o, 71).

^*^ Villin, rraneien curé de Conueillesi»,

Amiens (1756-1785), luembre de l'Aca- merubre de TAcadémie (Atm. de Picardie

celait lui-même. J'attendais une critique de toi, j'ai bien ouvert les oreilles et j'ai entendu crque les manufactures étaient la richesse d'Amiens; que leur importance méritait qu'on s occupât de tous les moyens de les perfectionner encore, quoique cet art fût porté, parmi nous autres modernes, à un point où les anciens n'avaient su atteindre; que les Egyptiens, si savants d'ailleurs, n'étaient rien, à cet égard, par comparaison avec nous, non plus que les peuples de la Judée et autres contrées; qu'on pouvait augurer du silence de Moïse que, de son temps, les vêtements étaient fort simples, et encore après

lui etc 7). A quoi j'ai dit : cr l'ignorant ! v 11 n'a pas même lu

son Ecriture, il ne sait pas comment était vêtu le grand prêtre, il a oublié les déclamations d'Isaie contre les riches vêtements des femmes, etc. Mon exclamation d'cr ignorant?) a été entendue de trois personnes qui m'ont beaucoup regardée. Cependant l'abbé Villin continuait, observant que cet art (toujours cette expression incorrecte en parlant des manufactures) avait dû ne s'avancer que très lentement; que le premier homme d'abord couvert de feuilles (consueruntJieuSy etc.) les avait bientôt abandonnées, parce que cela n était ni solide ^ ni commode; que la laine des brebis arrachée par des buissons, flottant au gré des vents et formant de petits flocons, que la toile de l'araignée, etc. . . avaient sans doute donné l'idée de l'emploi des toisons et du tissu réguHer. Mais, il y a loin du désir à la jouissance ! A ce grave apophtegme, si bien appliqué, beaucoup de gens ont ri, et moi toute la première. Je ferai grâce des réflexions pour suivre l'orateur qui est revenu sur l'importance des manufactures qui fournissent des vêtements variés, des ornements aux autels et aux ministres du Seigneur {vestes gratissimœ, ai-je dit). Définitivement il a proposé un cours de manufactures, disant que tout ce qu'on avait écrit à ce sujet était

de 1783, p. 71). Il était un des cinq ei Alm.de Picardie de ijSS.f. ^li),ei qai

directeurs du Jardin des Plantes (titV^.). C'est avait été nommé en 1786 r^[issenr du

lui aussi, sans doute, qui était rrsecrétaire dépôt de mendicité d'Amiens, qui! admi-

du Bureau général de charité 9) {InvenL nistra avec une singulière négligence (/n-

d'Amiens, AA. 3o, ann. 1786, fol. a&&, vent, de la Somme, C, i6a5).

ANNKE 1783.

insufFisant, renferun'^ d'ailleurs dans des ouvrages volïiinincax, hors de la porti^e du simple fabricant dont rinlellifjence n'était pas non plus assez développée pour entendre les gravures; que plusieui's de nos uKicliines, telles que ronrdissoir el le niùulin à relordre, étaient très iniparlailes. Tu vois d'ici qu'il s'est étendu à perte de vue sur les avantages à attendre d'un cours de manufactures* Son discoui^ était français, mais point d'ordre, point de plan, point de choses : do bavardage, et puis c'est tout. Le Villiii lisail avec complaisance et a paru fort conïeiit de sa personne; je doute qu'aucun l'ait ♦'*couté avec autant d'aiteutiou que moi. J'oubliais d'observer que Baron avait dit à Ancelin que ramilié était un titre académique; tu sens Tapplication.

Lorsque l'abbé eut fini, le gros visage que j'avais remarqué tordit un peu la bouche et dit, d'une manière très agréable, rtque Tobligatioti de payer son tribut académique h son passage dans cette ville lui avait fait regretter de se trouver la mémoire et les mains vides, et qu'il ne pouvait oiTrir qu'une bagatelle pjvparée en deux jours au milieu des distractions dont l'amitié lui avait fait des devoirs, il annonça, avec quelques autres phrases nullement béotiques, une petite pièce qui a pour titre : [Homme de quarante am corrigé, on la fée Sincère, Je demandai autour de moi quel était ce personnage : c'était SL Sélis^'l Mais je vais manger nue sou|)e au lait et jue couchei'; demain matin vous aurez le conte. Bonsoir.

[V ROLAND, k PARIS'''.]

■j6 [août tyÔS], nu irifllin, — [d'Amiens].

Salut et joie à loi, mon ami, et au trio^^J que vous formez souvent; j'ai proTuis nu conte, j'avais eu\ie de le faire : mais, comme c'est celui de \L Sélis que vous attendez, il faut vous satisfaire, quelque ingrat

f*^ Voir, sur Sélis, la leUre du 3o décembr^ 1781.

^^^ llolaiid, llosc ut [^ullieiuis.

qu'il soit d'en faire le récit à la troisième personne; aussi naurez-vous que l'esquisse.

L'auteur se suppose à Paris, mélancolique et chagrin; il voit tout changé , tout autre , tout dégénéré de ce que tout était à son jeune âge, lorsque, à vingt ans, enivré par les plus douces illusions qui embellissaient son existence, il ne voyait que des objets charmants, il ne sentait que des plaisirs. Il ne peut se persuader que ce changement tienne à lui-même : il croit que, s'il revoyait les lieux et les choses qu'il voyait à vingt ans, il les trouverait changés également par l'influence de ce siècle de fer; il souhaite de les voir encore. A l'instant sa fenêtre s'ouvre, un nuage brillant descend et amène une femme charmante, la fée Sincère^ qui se fait connaître, se montre empressée de le satisfaire, l'emporte avec elle sur son nuage au milieu des airs. Bientôt ils se trouvent au dessus de campagnes fertiles, chargées d'abondantes moissons, coupées de routes alignées et faciles, cr Eh bien! dit la fée, ne trouves-tu pas les champs toujours riches, aussi bien cultivés? Ce sont ceux de Picardie, tj II fallut bien convenir de la vérité. (Vous jugez que la description de ces campagnes était moins rapide que je ne la rends et que le canal (*J n'y était pas oublié.) Mais on aborde près de ce temple sublime, chef-d'œuvre des temps barbares où la coquetterie des détails le dispute à la majesté de l'ensemble et que le hardi architecte approcha le plus qu'il pût du ciel^. On entre, on voit les ornements modernes, dont la grâce s'allie heureusement aux antiques beautés (petite flatterie corrigée par une expression fine qui m'est échappée par sa finesse même, telle que bien des gens ne l'ont pas sentie). La fée fait toujours observer la permanence de ces beautés dont l'homme chagrin est obligé de convenir. De là, le Palais épiscopal; tableau touchant du prélat '^^ qu'on y rencontre occupé à

('^ Le canal de la Somme, de Saint- ^*^ La calhëdralc d'Amiens.

— Quenlin à la mer, auquel on travaillait. ^^^ Louis-Charles deMachault (voir lettre

S (Àv^Y Inventaire de la Somme, iA\,VQ\çxA' du 17 janvier 1783). C'est lui qui avait

lente Introduction de M. Georges Durand, fait crëer en 1778 les bureaux de charité

p. XIX. d'Amiens.

ANNKE 1783.

souIagi*r les n)iillieiii*cu\ qui loiil ses soins les |>liis chers; dialogue an jM'élat avec radministratoiii' chargi'» de ses aiiniùiies, un mot de Tan* cicîi evèqiio '\ adroit rloge des deux. Eu traversant celle jolie viHe où les fabriques et le commerce n'îpaudent de toutes paris Factivitts l'aisance, où leur réunion donne un air de vie qui charme, on renconfie l'homme respectable cliarge de la recette des tailles'-^; portrait avant^igeux de sou digne caractère» . . Je vonUiis temhmaser, la fée tn arrête : rtiSoû iKTmadé, me dit-elle, quil uesl pm ton enmmi et que tu trouveras foecmion de rendre puMiqnenient ïhommage que tout cœur honnête dmt A ses vertus. Ji (Tu te souviens de Tépigramme de Sélis contre Houzéen toutes lettres, <5pigrainnie insérée dans Y Abmnmk des Muses ^ il y a quelques années, et qui a fait grand bruit*) Toute rassemblée a singidièrenient applaudi à cette réparation ([ue Fadroit Sélis a su rendre digne et touchante; j'en ai été émue, je Fai trouvée noble et heureuse. On rencontre encore une famille en deuil, celle de Démery, qui doime lieu à un épisode sur la mort de son bis; de là à Flntciidance, éloge du biltimenl, du magistral homme de letti'es, du discours, etc.; tout cela aussi adroit qu'il ét^iit possible. EnFin il se trouve, au milien de ces choses, une petite oraison funèbre bien frappée, bien sensil^le, d*une personne que Sélis a aimée et qui est morte jeune; comme les gens de mérite revotent en partie du leur les personnes qu'ils chérissent, le portrait de son amie donne Fidée d'un diminutif de Cléolmline^^^K II ne fallait pas laisser le public sur ce morceau tragique; la fée entraîne son protégé à la Hautoie^*'; description enchanteresse; résnhat total, Fhonimc de quarante ans avoue que loi seid a changé, et, dans cet heureux pays où il a passé ses belles années, il retrouve les mêmes agréments. Le collège, sa chartreuse W, ses anciens compagnons et

*'ï Louis-François-Galjnel «rOH^ims de (a Motte, ëvét|ue rrAnnens de 1733 h 177/1,

**^ Houxë(vmr IcIU-à* rlii ïii5 judicl 1 781).

^*^ Celle des demoiselles Malortie que Ridaad avait mmé(^ , et qui était moHe» — Voir A|»|j«nidioe D.

^•J Beau parc publie aa N. E. d*Anjiei)8.

t*^ C*esl-à-dire sa petite cliainbre de [ymfc'sseur, chambre sans feu, comme celle du collège (le Îji>ui^le-Graud que Gresset a cUaut*?e. — Voir h Vltwenffure (k la Somme , B» 383 , la requête de Defille , alors collègue lie S^IÎH à Ajuienâ, qui, atieîul de

disciples n'ont pas été oubliés, et Gresset^^^ a trouvé sa place. Enfin ce petit morceau, très bien écrit, a fait le plus grand plaisir; il présente des tableaux, des scènes, des descriptions variées, agréables, touchantes, pittoresques; l'esprit en a fait les frais et le cœur y trouve sa part; et, grâce à Sélis, la séance a fourni quelque chose d'intéressant.

En s'en allant , l'Intendante ^^^ qui passait près de moi s'est arrêtée pour me souhaiter le bonjour et me bredouiller bonnement quelques honnêtetés que je n'ai pas entendues et auxquelles j'ai répondu tout comme; son cher mari s'est arrêté à son tour et m'a dit que fêtais donc venue à la séance? Je lui ai répondu que j'étais arrivée tard et que j'apprenais qu'il s'était fait un discours auquel je n'avais pas assisté. Il ne m'a pas laissé achever et a repris vivement : txMais vous avez entendu des choses agréables? -n a Très agréables, intéressantes mêmei^. — M°»«d'Agay s'en allait, il la suivie, et notre dialogue s'est terminé par une révérence.

J'ai su que M. de Meaux^ avait ouvert la séance par un discours sur l'amour de la patrie, et je me suis rappelé que Baron avait aussi balbutié quelques phrases à ce sujet qui me fait toujours pitié parmi nous autres, pauvres esclaves.

M. du Belloy W a témoigné ses regrets de ne pouvoir nous accompagner, parce qu'il allait avec ses confrères procéder à l'élection d'un directeur. Le grand Clairval^^^ s'est trouvé sur mon passage et m'a donné la main pour descendre le petit escalier; un salut m'a acquittée, et nous sommes rentrées l'amie et moi manger des pêches et des figues chez elle, très près voisine de l'Académie; puis nous avons tenté une promenade que la pluie nous a forcées d'abréger. Elle est disposée à attendre la nouvelle édition du Dictionnaire.

fièvre quarte , réclame «rune chambre à ^'^ Demeaux , secrétaire de l'iDtendance,

feuT). On ne put la lui donner qu*eu pre- qui avait été reçu à l'Académie précisément

nant la chambre réservée pour le principal. en 1788 [Abn. de Picardie de 1 78 4 , p. 58).

^*^ Gresset était le grand homme d'Amiens. II fut secrétaire général de la Somme, sous

On se rappelle d'ailleurs que Sélis avait TEmpire.

épousé une de ses nièces. ^*^ Lire : «de Belloyr».

(«) M"' d'Agay. ^^^ Clairval; nous ne savons rien sur lui.

ANNEE 1783, '2i:\

J'oiibliois de dire que Fabbé Villin aUribuail ia beauté de nos pannes à la vivacité des eaux de la Somme pour la teinture du poil de chèvre; je croîs cela bien faux. M°^* GutMard^^ï est bien malade de la lièvre; Flesselles a perdu sa tan le et m'envoie le billet ci-joint.

Je travaille au plan depuis trois jours et je n'ai qu'une page d'ouvrage; le temps se passe à rêver; Je n'ai su tracer un arbre généab>gique^-^5 c'est trop difTicile. Adieu, je l'embrasse de tout mon cœur-

[À KOLAND, À PARIS^^^lj

ag [août 1783], après souper, — [d^Amiens]»

Te m'étais fait une loi d'aller digérer avec mon clavecin; mais je Iruuvc aujourd'liui qu'il me fait mal au dos, le mouvement de mes doigts semble répondre cjitre mes épaules, et, quelque mal qu'on dise de Toccupation d'écrire pour rcsloniac^ je la trouve meilleure dans ce mouient. Assurément, dans la proscription que les préceptes d'bygiène ont fait [sic) de Fusage de la plume, les lettres à un mari n'ont jamais été comprises.

Je ne t'ai pas écrit ce matin, malgré la réception de les jolis détails; je m'étais levée tard, j'avais beaucoup de soins de ménage, j'attendais ma pelilc pensionnaire cl je voulais travailler. Je suis seule avec ma liilèle^', et sans cuisinière, La dernière, sur une lettre de son pays où lVippi»Ile la maladie dViue tante. e( voyant d'ailleurs que j'avais de gj'aves sujets de mécoutenlement dont il ne pourrait résulter rien de bon, m'a dit sans façon *(u'elle part^iit aujuunlliui et que je prisse (pielqu'un a son compte pour le temps de son absence; à quoi j'ai répondu que ce n'était pas assez qu'elle partît, mais qu'il fallait fju'elle

(•) M** Guët-arti , sœur ù\n*k Je tien rie Lie et de SoplkK' QmiiL'L Maduiiïe Uf>l;mil la œnnaîssait (\e\mh 1 77G. — Voir ApperiJ. A.

*** f,t^ "Tatileau î*yiiO[)li<j(jt^ {\oh mjimi-

LtTtllfeS ut HADAMC »U)t.mï.

facUires etorlsït. — Voir leUre iltt «9 août 178:1.

27/i LETTRES DE MADAME ROLAND.

emportât ses effets et ne s'occupât plus en rien de ma maison, où j'entendais qu'elle ne remît pas les pieds. Compte fait, fille et bagages débarrassés, j'ai fait courir pour chercher une seconde et fournir, en atleudant qu'elle se trouve à mon gré, la carrière des deux; elle s'acquitte de tout de fort bonne gnlce ; mais avoir une autre fille honnête n'est pas l'affaire d'un jour : j'ai plusieurs personnes à Taffût et j'attends le gibier.

La petite pensionnaire a passé avec moi depuis onze heures jusqu'à six; elle en est toujours aux grandes douleurs; l'idée d'Abbeville, le nom de sa mère ou de sa sœur aînée lui font jeter des sanglots qui feraient fendre les pierres; sa figure douce, innocente et jolie, son extrême sensibilité, ses goûts sages, ses douze ans intéresseraient tout le monde et ne peuvent manquer d'attacher une femme qui est mère. Elle se console à lire, elle y passerait toutes ses journées; je l'ai mise à même de se satisfaire; je lui ai fait emporter un livre, mais avec un billet à sa maîtresse à qui je l'adresse pour que tout se fasse convenablement ; nous avons été promener sur les remparts : je crois lui avoir fait passer son plus beau jour depuis qu'elle est à Amiens, et cela même en a fait un agréable pour moi.

L'amie (^^ m'est venue voir ce soir et je me suis engagée à dîner demain chez la maman, chose dont je crois bien que celle-ci me saura gré; nous aurions été à la comédie s'il y avait eu moyen, mais les pauvres diables sont partis, et la troupe de Valville''^^ qu'on attendait n'est point arrivée.

^'^ HenrieUe Ganuel. la n^oii. H avait joue a Abbeville en juil-

^*^ On trouve, à Y Inventaire de la Somme let 1788, maigre la niunicipalilë qui avait

(G. 6oâ-6o5 et 1 55 1-1 55&), d'assez nom- traite avec une autre troupe, sons la pro-

breux i*enseignements sur la troupe du sieur tectiou de l'Intendant, et le conflit qui en

Val ville, cpii s'intitulait tantôt r Directeur citait n^sultë l'avait probablement empêché

de la troupe des comédiens de Reims 7» , de se rendre h Amiens. On voyait d'ailleurs

t.inlôt ff Directeur privilégié des spectacles se succéder a Amiens, en une seule saison

de la Champagne et de la Picardie», tantôt théâtrale, jus([uà trois ou quatre troupes

ff Directeur privilégié pour Amiens, Abbe- de passage. H semble que celle de ValvQle

ville et Saint-Quentin», et qui promenait avait quelque importance (17 hommes,

ainsi ses représentations dans les villes de 8 femmes, en 1781).

ANNÉK 1783.

Dans l'espace d'une heure que je suis sortie hier avec Eudori^i, M*"*' Le Riche est venue; jVi été très ftlchée de ne l'avoir pas vue : penl-éirc, à raison de sou dépiirt, passeraî-je demain chex elle en m'en allant dîner. Les longueurs de l'allaire font mal augurer ici des suites pour son mari, mais cela n'est pas autrement fondé; j'ai bien envie quil y ait une fin et qu'elle soit bonne pour eux*

Mou Eudora est fortenieut menée d\iii dévoiement; elle a fait une grosse dent, percée d'aujourdliui ; sn gaieté, sou activité du moins, n'eu soullVeut pas; seulement elle recherche davautat^e les caresses, les petits soins, comme par le besoin né de quelque alliiildissemenL

Le plan va son Iraiu et sera, je crois, fait demain; ftiit, sauf tes corrections, bien euleodu* Je n'ai vu personne aujourd'hui de chez M. d'Eu que des feuilles périodîfpïes; je u'nî pu envoyer cliez FlesseUes, je suis eu peine de sa fdle. On a écril pour la pension de M*"* Andni^'^, mais c'est une femme à tant d'ambages dans ses écrits, qu'on iu'S|ière guère de réponse claire ipi'à son voynfje ici le mois prochain.

Ou vient nie pn^cher poui' me couclier, cela nesi pns sans raison; ainsi bonsoir. Piiisses-lu avoir une nuit aussi douce que mon cœni* le kl souhaite ! Je t'embrasse teudi enieuL

Bonjour au trio d'amis, salut du cœur et souliaits heureux; je ferme nui lettre sans attendre le courrier, parce que je vais sortir de bonne heure. Tu sauras que la Cléobuline de Séhs était nue demoiselle Morgan, fille de lavocat^*^^, morte, il y a deux ans au plus, eu tan-

''^ Autlûj, origîn.niri" crAtniinïs, (*Uiil procureur au FaHemeal de Piicis, me Saiiillîoo, ol était clïuj-ge tks aiïaiirs de kii villr* natale (Itw, d'Amiem, AA. q5, p. 9, et Aim. iy»ifnhW 17G3). Il Jiiourul en lytiô, el iiniis tnKi\<ins, hYluvenfoii-e d'Amifm{] , A A. 3 a, loi. 3()), iiiN' lettre ikî sa vcyvc, du Si «»clûbre 1 7 06, aux niairf et echevins d'Airiiens , les priant de contîuufi' leur clientt'te an j^iiccesf^ciirde son mari, — il semble résulter do la lettre fie Mmlaine lliilaiid que M'^'Audoy avait auverl, pour vivr(\ une pension de rliv

rn(HFelles. — CV^tait une C4ni8in<î de^ domt.»»pelles llarinet (lettre iln 3o nclulire 177^)* Elle demeurait rue Sfijut-Bou (lettre <hi T» decembï-e 1775), ce qui élaldît bien Ticleuiiti^ de cett' cousine avec la veuve du procureur, Imn f|ue les éditeurs des Lettres Camii'f aient jjupnmt^ 'r\iidmri*i eu ret endroit*

^^' Sur lavocat Jean -Baptiste -Français Morgan, voir hwrniaire de fu Somme , pasf^îni , mais particulièrement C. i5i6 : «Mémoire de riuteudant au Coutiiileur (jeneral (ii> oc*

{jiieiir, par suite de cette passion lualiieureuse que Séiis, maintenant placé, aurait pu couronner aujourd'liui si elle eût vécu.

[\ ROLAND, k PARIS (''.]

[3i août] 178.3, — [d'AmieiM].

Je dors toujours grandement; je sors de mon lit quoiqu'il soit neuf heures et que je fusse couchée hier à dix, et, les pieds dans l'eau pour soulager ma tôte, je commence ma journée par t'écrire. J'ai fait peu de chose hier, j'en ferai peu aujourd'hui : je vais dîner chez M™* d'Eu qui est venue m'inviter tandis que j'étais chez M°*® Cannet, où j'ai beaucoup causé avec l'amie. Son beau-frère Guer^ [Guérard] t*-^' est arrivé dernièrement de Paris où il t'a vu; il lui a raconté que M. de Vaugland^'', ce criminaliste, conseiller au Grand-Conseil, dont je t'ai parlé quelquefois pour l'avoir connu chez les cousines, est veuf depuis dix-huit mois et grille de se remarier ; les médecins le lui ont même conseillé (note : il a soixante-dix ans); il a demandé W^ d'Hangard de Paris qui n'en veut

lobre 1774), relativement à un mëmoire du sieur Morgan, avocat à Amiens, qui demande les grâces du Roi . . . t» L'Intendant rappelle que Morgan avait été députe par la ville d'Amiens à Paris, à leffet d'y chercher des professeurs pour Amiens lorsqu'il fut défendu aux jésuites d'enseigner , et il ajoute : «rLe temps n'a point encore apaisé laniraosité contre lui, surtout parmi le grand nombre de partisans qu'avaient les jésuites dans la ville d'Amiens. Le sieur Morgan était, avant sa députation, l'avocat le plus occupé de la ville et le plus assidu an travail. lies disgrâces qu'il a souffertes ont dérangé absolument sa fortune, qui consistait principlement dans le produit de sa profession qu'il exerrait avec éclat. Il a

donné une très bonne éducation à sa nombreuse famille, mais ses malheurs Tout empêché de marier aucune de ses filles ... Le sieur Morgan est d'une famille très honnête, dont il est le seul qui ne soit pas noble, quoique de la branche aînée ... Ses putnës ont pris le parti du commerce ; ils y ont réussi et ils sont encore au nombre des meilleurs commerçants d'Amiens y»

(') Ms. 6338, fol. Q59-a6o.

On voit, par la lettre suivante, que cette lettre, datée irdu 1*' septembre» dans l'original, n'est en réalité que du 3i aou*.

^'^ Sur Guérard, voir Appendice A.

^'^^ Sur Mu yard de Vouglans, qui é|>onsa en «»ffet Henriette Cannet en 1 784,à soixantedix-sept ans , voir Appendice A.

AN^KR I7S3.

point pt qui s'en ni. Le ljean-fi*ère piV»tend que, si sa beHp-sœui*le voulait, ce serait chose facile, et Ton voit que, dans luléc quelle peut vouloir m marier» il pourrait aimer mieux celui-là qu un autre parce qu'il ne lait pas craindre de donner des neveux. J'ai trouve Tidée plaisante et l'alFaire h rnnclure s'il y avait lieu. L'amie est convenue que ce serait se lirer fort litinn«Menienl et en a pris quehpie envie : mais le diable, c^esl qu'elle n'a personne pour conduire ralVaire: elle est sûre que son frère ^'^ ne la favoriserait pas, par trente et une raisons; elle ne sait à qui s'ouvrir, et besoin sera peut-être de voir passer le moment de pèclier ce poisson, faute de ligne pour le tirei*. Je te ruute notre petit cliagrin, quoicpie je sache bien que lu n'y puisses lien, à nioins que le premier des hasards du monde ne fait fait rencontrer quelr|ues connaissances du vieux crinnualisle qui n'aime pas Bpccaria, Cependant elle doit causer avec le Guer'* [Gnérard] pour savoir de hii, qui croirait la chose possible, quel moyen il imaginerait.

Voilà qui peut faire pendant à Thisloire de Gucu; cela nous a f;ut dire des folies qui nous ont fait abandonner une poule de trictrac commencée avec M. de Cayeux -. et j^avais aux trois quarts gagne, moi mazette, par pure réminiscence.

Je nai toujours pas de cuisinière; beaucoup de personnes sont à la campagne, c'est une affaire* Il n'est pas mal «pie tu ne sois point à la maison dans ce moment où le service languiraif assez. La bonne se tire d'aftaire pour la petite cuisine et je mange uïieux depuis qu'elle me lu fait. car la mauvaise humeur de fautre m\i fait faire des repas à la diable. Mes chères bouillies de fécule de pomme de terre, amères de brûlé sans être cuites, etc.. • MaisCaron arrive; je m'interromps pour te lire.

Je te lis, je t'end>rasse, je te demande pardon de mon chagrin dliier; je n'ajouterai rien, parce que je vais m'habiller aussitôt pour

^** Séliiiccmri.

<*^ M. de Cayeiix. — Probabkioicnl M. Doraïeu , i-eceveiir des con si g^i niions au Pi't^siJial ( Aim. de Picardie de 1 783 , p. îiS : rt. \\ nù], — Pi*o[>ableineiU Ir mi^iïM; (jin*

M.Decaïon, r procureur vis-à-vis de illôlel de Vil!e« (ilmi, p. lu). Ou Irtmve aussi M. Decaïeii, frlieulenaal de la biuvelorie iki RfiÎTi (iitid., |), 63). Kou» ue sointuos jins eu luesun* île dioisir.

voir M'"*' Le Riche ce matin. Je ferai de mon mieux, j y mettrai plus de sensibilité que d'autre chose, parce que c'est de cela que j'ai davantage; mais je sens que si elle résiste à la peinture de son mari affligé, c'est une femme jugée et perdue dans mon esprit. Je me rappelle une chose à son sujet que l'amie me contait hier, et qui me donne des craintes.

M. Tolozan a accusé la réception de ta lettre d'observations il y a quelques jours, en voici une autre qui m'arrive et que je te fais. passer pour le plus court. Je n'aurai pas de repos que je n'aie fait tout ce que je puis près de la petite femme ; je suis affectée plus que je ne saurais dire; je crois agir pour toi en plaidant la cause d'un mari fait pour qu'on lui sacrifie toute une famille et mille autres choses, s'il était nécessaire.

Adieu; aux amis, tout ce que tu sais; le frère n'aura de réponse aujourd'hui que du cœur. Ce pauvre M. de Ghâlons, je lui dois une jvponse, je me reproche de la lui devoir si longtemps.

[À ROLAND, À PARIS t'^.]

[3i août 1783], 9 heures da soir, — [d^Amieos].

J'ai couru ce matin chez M"*^ Le Rch. [Riche]; elle part demain, voilà le résultat. Restent les petits détails, entre nous, dont je vais causer. J'ai trouvé cette jolie petite femme entre les mains de son coiffeur; j'étais parvenue jusqu'à elle sans demander ni rencontrer personne; elle m'a beaucoup accueillie, m'a demandé de tes nouvelles, a

^'^ Ms. 6288, fol. a57-a58. — Eo rap- 3i aouli» — et qiie son post-scriplum est

prochant ces deux lettres, on s'aperçoit tout du 1" septembre, — les dates des deux

de suite que celle-ci doit venir après la pré- lettres paraissent donc bien déterminées ;

cëdente. Or, comme il y est dit, dans un c'est le malin du 3i août que Madame Ro-

coin de la lettre, au haut, à droite : ir J'ai land écrit le n"" 96, et le soir qu'elle corn-

appris que ce n'est aujourd'hui que le mence le n" 97.

ajouta (]*un air empressf» qu'elle en avait reçu de son mari qui la tourmenittit toujoun imur aller le tnmver. ïui Ironve le propos leste et le Ion léger, je n'ai pas répondu un mot; j'iii tlirij;/* la conversation sur des g<'»uéraliti?s : nous avons beaucoup parlé de la séance, des nouvelles, de journaux qui couraient sur sa toilette, de toutes choses enfin qu'un espion de coiffeur puisse r<5péler sans consc'quence. Quand nous avons été seules, je lui ai dit que Tintérôl et ratUichement qu'elle m'avait inspirés me portaient à lui ouvrir mon cœur avec confiance, etc., que j'avais reçu une lettre de toi où tu le montrais si atlecté tjue je Tétais moi-même et que je venais partager avec elle Fimpressiou que j'en ressentais. Elle a cru a une confidence cjui me regardait seule, elle s'est ouverte à cette idée et m'a répondu d'une manière très obligeante en ajoutant la question f^quoi donc m affectait péiublenient?T? — r Vous le dirai-je? Mou mari a vu le vôtre triste, de cette ti'istesse qui vient de YAuïQ et quU lient à \ous d'adoucir. M, L, IL [Le lîiclie] a confié qull désirait vous avoir près de lui et qu'il souffrait que vous vous trouvassiez retenue par des raisons que je crois bien, nmi, avoir leur bonté, mais qui ne sont pas les siennes. ti Elle m'a dit quelque chose de l'opposition de ses parents, j'ai discuté le poids des autorités par le sentiment, par le devoir et par FlntérAt, Elle est convenue de toril; ses yeux s'humectaienl souvent» les miens n'étaient pas secs; elle parlait peu, je la voyais balaucée par lieaucoup de cousidérations qu'elle n'exposait pas; on distinguait une foule de ces choses de secret de famille et de situation (jui tourmeulaient son âme; enfin Finquiétude des lûtes a percé. Je Fai rassurée en lui disant que, sans avoir reçu aucun détail, je ne pensais pas qu'il y eût h présumer rien de fikheux: que je lui parlais bien plus d'après le tact du sentimenl que par la connaissance d'aucune raison; que j'avais cru ne pas trahir la confiance en lui conmiuoiqiiant la coimaissance d'un chagrin dont l'expression avait échappé et qu'il lui était si aisé de délruire, etc. Délinitivemenl, avec un air moitié sensible et moitié dépité: r Eb bieji ! je vais lui écrire que je partirai^. — «Il n'y a pas, bu répondis-je, un moment a perdre pour la poste: je me chargerai de la lettre*?^ Elle prend une plume,

commence et me dit, en écrivant : cr Je lui dis de venir me prendre mardi à Chantilly i^. — crA Chantilly? N'avez-vous pas de voie plus directe et plus prompte? C'est obliger à moitié un mari qui vous demande depuis plusieurs jours ^^K v

i" septembre.

J'ai fait venir M. d'Hervillez ce matin, parce que j'avais des amertumes de bouche, un dégoût qui annonçaient de l'humeur dans l'estomac, et surtout des pesanteurs de tête qui m'inquiétaient. J'ai eu la folie de craindre un dépôt, parce que c'est la maladie régnante, et j'avais envie de t'écrire de m'acheter de la poudre capitale. Le médecin s'est moqué de moi, il n'a trouvé dans tout cela que des suites de l'embarras de l'estomac, assez ordinaire après un long usage du lait; il m'a conseillé de me rafraîchir durant quelques jours, de me purger ensuite avec un gros de shubarbe et de laisser le lait. Ce qu'il y a de vrai, c'est que je suis très capable d'application, ce qui n'annonce pas une très mauvaise tête, que j'ai le travail facile et que je ne sens un peu de mal que dans les moments où je ne fais rien, c'est-à-dire à la promenade et au lit. Mais je vis d'activité plus que de nourriture; je consomme moins que jamais; un pain de demi-livre dont ma fille prend une petite partie, un peu de légume ou une moitié de pigeon font ma pitance de chaque jour. Sitôt que j'ai mangé, j'éprouve durant quelques minutes une sorte d'ivresse qui m'empêcherait de marcher droit et qui n'est pas sans agrément. Le sommeil répare tout, quoiqu'il soit accompagné de sueurs; je dors énormément, et c'est là ce qui me régénère.

Tout cela n'est pas effrayant; aie bien soin de toi , car ta santé fera toujours beaucoup à la mienne. Je viens d'arrêter une jeune fille pour cuisinière ; elle appartient à d'honnêtes gens et n'a point encore les vices de son état; j'espère qu'elle ne les prendra pas chez moi, mais je crains qu'elle n'ait pas grand talent. Une tante habile fait espérer un supplément au besoin : ainsi soit-il ; j'en essayerai.

^*^ Ces mots terminent le verso du folio aSy, et ce qui suit commence le recto du folio a.S8. Il semble que Madame Roland, s'interrompant en cet endroit, u ait pas repris son propos.

Tu rendras mille bonjours au fidèle Achate ; c'est bien à toi de le charger de mes réponses, puisque, en fécrivant, je ne sais plus quitter pour dire mot à personne. Amitiés et encore mille choses à l'ami d'Antic. M. d'Eu m'a chargée de beaucoup de compliments, sa femme m'a bien assuré qu'elle aimait toujours singulièrement son prince grec^^', et moi amsi; mais j'ai bien l'air de n'être qu'après, comme de raison,

t») Roland.

AVERTISSEME^T.

La plus f^rando parlîe de la correspoiKtaoro de 178/1 (5i lettres sur 7/i) se rapporte i un long voyage que Madame Roland fit à Paris, tic mars à njaî, dans le dessein d*y obtenir des lettres de noblesse pour son mari. Nous ron^ naissions ce voyage et ces dt5marches par ses Mhnohr» (1, 1 60-162; II, a 53aSA), La correspondance va nous la montrer dans le vif de son rôle de sotlîcileuse. On trouvera, à TAppendice J, tout le détail des préliminaires de cette entreprise*

Son plan (on le verra par la correspondance, mais il paraît ulite den dégager ici les lignes essentielles) était d'abord le suivant : ne pas négliger les démarches commencées depuis la fin de 1783 auprès du principal ministre. M. de Vergennes, dont raffnire dépendait en dernier ressort. — mais obtenir avant tout qu'une proposition ferme Ht adressée à M. de Vergennes par lo contrôleur général. M, df (lalonne, chef hiénu'chîque suprême de rinspecleiir, • — et que Calonne la fit dVdlice, sans que ta demande eût à passer d'abord par les Intendants du eomraerce, ses chefs inmiédiats. C'était hardi, complique et peu réalisable; on verra que la solliciteuse dut bientôt se rabattre sur les Intendants.

Elle quitta Amiens le 18 mars (lettre de Rnlanil, ms. 6^î'io, fol, {)î3-g.1), accompagnée de sa lidèle boime, Marie-Marguerite Fleury, laissant son niar! et son enfant aux soins de la cuisinière Louison. Elle s'installa, comme d'habitude, à riiôlel de Lyon, où elli^ j>rit deux chambres au second (lettres des ai et 2 4 mars)* Elle trouva là, logé à Tétage supérieur, Lanllienas, sur le point d'achever sa mé<lecine. Bosc, au milieu des chagrins de famille t[ui le frappèrent alors, lui tint aussi fidèle compagnie.

Elle y resta jusquà la lin de mai, sauf quatre voyages à Versailles, — les »jiî mars, iV5 avril, i-3 mai, 10-12 mai, — courant Paris, frappant a toutes les portes, mais s'apercevant bien vite, dès le 8 avril, qu'elle ne pourrait arriver à rien sans les Intendants de commerce. C'est donc vers eux qu'elle se

retourne, et le récit des audiences qu'elle en obtient, particulièrement dos quatre audiences que lui donne Tolozan (19 avril, 4, t8 et 39 mai), est une peinture singulièrement amusante des mœurs du temps. — On sait qu'elle aboutit à obtenir non des lettres de noblesse, mais la nomination de Roland à Lyon.

Les dernières lettres échangées entre elle et Roland sont du au mai. Il semble qu'alors elle soit tombée malade. Roland va la chercher et la ramène à Amiens à petites journées, en s'arrétant d'abord à Ermenonville, en pèlerinage à la tombe de Rousseau, puis àCrespy, chez le prieur Jacques-Marie Roland, qui était à la veille de quitter cette résidence de trente années.

Le 7 juin, elle était à Amiens, se préparant au voyage d'Angleterre que Roland voulait lui faire faire avant de quitter la Picardie. Elle s*y rendit avec son mari, Lanthenas et M. d'Eu. Partie le i"' juillet avec ce dernier (Lanthenas et Roland avaient pris les devants), elle quitta Londres le 217 pour regagner Amiens.

Lanthenas, qui s'était attardé à Londres, vint rejoindre ses amis le 1 3 août, au milieu de leurs préparatifs de départ pour le Reaujolais. Mais Roland ne voulut pas s'éloigner de ces provinces, où il avait passé trente ans de sa vie, sans aller embrasser encore une fois ses amis de Dieppe et de Rouen. C'est pourquoi, en quittant Amiens le s 5 août, on se rendit d'abord à Dieppe, où l'on séjourna du s 6 au 3 0 auprès des frères Cousin; puis de là à Rouen, chez les demoiselles Malortie, où l'on passa trois jours; le 3 septembre, on arriva à Paris, à l'hôtel de Lyon, et l'on y fit une plus longue halte, auprès de Rose, dont l'amitié inquiète et jalouse se froissa d'une circonstance bien insignifiante en apparence : on a vu que c'était son père qui, en 1783, traitait Roland par correspondance; mais le «seigneur père» était mort le 4 avril 17 84, et Madame Roland, préoccupée de la santé de son mari, eut l'idée, au lieu de s'en tenir aux vieilles ordonnances, d'aller consulter le docteur Alphonse Le Roy, professeur à la Faculté de médecine. De là grande colère de Rose et, au moment des adieux, une scène singulière (voir lettre du 2 3 septembre), qu'on ne peut expliquer vraiment que par l'émotion d'un amour refoulé , et dont la secousse dura plusieurs mois (voir lettres du 99 septembre 178 4 au 23 mars 1786).

Le 2 3 septembre, Roland et sa femme, accompagnés de Lanthenas, s'arrêtaient à Longpont, chez le bon curé Pierre Roland; puis ils firent halte à Dijon, pour y voir les savants de cette ville, Maret, Guyton de Morveau,

Durande, avec qui Bosc — qui avait étudié sous ces maîtres à Dijon quelques années auparavant — les avait rais en rapport. Le 3 octobre, après n'avoir fait que traverser Villefranche, on se reposait au Clos. Un mois après (3 novembre), Lanthenas quittait ses amis pour aller se morfondre au Puy, auprès de ses vieux parents.

En novembre et en décembre, Roland est en tournée dans le Beaujolais, puis va h Lyon, laissant sa femme et sa (ille installées à Villefranche, dans la maison patrimoniale, auprès de sa mère et de son frère atné, et se contentant d'un pied-à-terre à Lyon, place de la Charité. Grande économie pour son modeste budget de fonctionnaire.

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