‹ Lettres de madame RolandChapitre 27 sur 42 · A^NÉE · texte numérisé non relu

A^NÉE

J'ai eu tout ro »oir M. Parmilt^^', doux, hunruMn. intéressant, rjui doit revenir me voir* Le frère est un peu em|jè('lie par deux com])n- Iriotes arrivés depuis peu; un d'eux est M, Bon^'^', qui est venu me voir, La bonne va et commence à reconnaîtn* le vahh de la rue; je Tai promenée ce matin et je me suis pordoe avec elle en revenant du Marais; elle a presque toujours Eudui^a devant les yeux qui lui rougissent à ehatjue fois. Je ne feu dirai pas plus long; je me lève demain de grand matin, et Je le fais cette dépinln^ tout causant avec le frère qui le dit million de choses.

Je t'embrasse, mou bon ami, de toute mon âme. Si TAcadémie béotieone^^ï s'avisait, je crois pourtant qu'il ne faudrait pas envoyer la lettre. Accepte toujours, tu .seras là pour montrer comme tu la juges; cela suflit et ne prêtera pas au blïime comme un refus. Il faut Gnir; adieu.

Eli biHit*', mon cher ami, comment soulenez-vous relte st'|paratiou? N** vous pèsi^tH^llo [LIS encon^ [>lus rpj(^ vous n'îuiaginiez? La rhère sœur se presse de pousser ses affaires et d'en finir le plus tôt quVlle verra uu parti à prendre

*** Nom rruH ami de Base et «les Rolaiifl, el surloiil lie LnuLbeims. qui rovieiil mnivoîit ilîiûs la correspondancp. Nous croyons qiit* cVsl lui qui fii^iire »lana fa Hwgrnphif* tmdertw ( l^ipiig , 180G) : frParroucI (J.-P.), de la 80ci<^L*^ des Arcades de Home, a pnhlië (in grniul nonibrt de (nidnclioris d'ouvrages anglîiis. elc* ♦ . t» — BoK-iud faisait aasfii partie de la société des Ai-eades; d'autre [mrL Madame Hulaiid t^crini li Bosr, le 9 février tyS'»: ffNotit* avctns reçu les detix tradnclioDs de l'excellenl M» Parault, . . * Enfin, dans le r'^inple rendu def* dépenses faites par îîoland durant son second niiiuslère, ^^ur Ic-s 1 00,000 livres mises h sa dii^po^itioD par )a ht do 1 8 noûl 1 jtyi , nous Vmms, : rr3i. ,\ii l'itoyen Pnrrnntl, pour traduetioii en dilÎL^reïifes langues

dVrnU et de pamphlet s propres k éclaii'er nos voîîiins et leui-s arunies (quittance du QO novembre,, , , 600 Uv!*e8i». {Mémoires, tkl. Barrière, Eclaireissementa , t, II, p, h'^h»)

Farraud, en 178A, vivait en traduisant des livres anglais et en ayant des élèves pcnsionnaireîi. (Voir lettre de Madame Roland du 3 mai tjHh^ P. -S, de Lan thon a?;.) — La correspondance in*kiite de Lantlienas (Papiers Roland, m s. 963/1, fmssim) nous apprend que Parraud était swedenhar^ien, et une des deux traductiuus envojée.s par lui h Madame tioland en 17^6 éimi ^n•M' sëment une traduction de Swedenlxirg { voir Barbier, t, ï, col. 65 o).

<'^ M. Bon, inconnu.

^ '^ 1/ A ca f I en 1 ie t P A m i en st .

^*^ Écriture de Lantljenas,

d(^cîsif : demain, elle pense daller à Versailles; je raccompagnerai sans doute. Nous attendons M. Flesselles cependant, pour savoir s'il va demain aufisi à Versailles; dans tous les cas, je suis prêt à suivre la chère sœur et à faire tout ce qui doit servir à la réussite d'une affaire bien juste; mais ce n'est pas ce qui pourrait la faire réussir, si elle n'est appuyée comme la chère sœur a quelque espérance qu'elle peut l'être. — Nous avons beaucoup causé de mesmérianisme avec la chère sœur. Je suis un cours d'électricité dont vous aurez vu les prospectus dans le Journal de Paria. J'ai voulu encore, avant de quitter la capitale, voir ce que disent les docteurs sur une matière qui a tant de rapport avec cet agent caché de Mesmer, si ce n'est pas lui-même, comme quelquesuns le prétendent.

Adieu, mon ami, ménagez-vous et donnez-nous de vos nouvelles.

Surtout^*) ménage bien les diminutions et la suppression des bois; va par degrés insensibles. Je t'embrasse encore bien tendrement.

[À ROLAND, V AMIENS*-

Lundi, sa [mars 178A], à 9 heures du soir, — [de Paris].

Je reviens de Versailles, mon bon ami; je suis arrivée avec le frère chez l'abbé Gloutier à onze heures et demie; nous avons causé une demi-heure de toi et de l'affaire assez vivement. L'abbé est doux, tranquille, honnête, un peu grave et en même temps comme embarrassé dans ses manières, ainsi qu'il est fréquent pour les gens d'étude; il partage la vénération de Despréaux pour toi, et tes mémoires, pour l'affaire même, ont fait fortune dans cette maison. A midi, il m'a conduite chez M°** d'Arbouville; j'ai rempli mon objet, ma mission, en ce que je l'ai instruite des faits et des causes avec le plus grand détail, que je l'ai pénétrée de tes raisons et de tes droits et que je Tai laissée mieux disposée que jamais à nous obliger. Je suis demeurée plus d'une

t'^ Écriture do Madame Roland. — ^'^ Ms. 6389, fol. 6-7.

îieiire avec la niai'quise; j'ai jjresque toujours péroré avec présence d'esprit et chaleur; je lui ai lu lettres et résumé; je lui ai laissé tout ce qu*il convenait qu'elle {gardât pour se bien rappeler ce que j'ai «Ht et pour exposer le tout à son mari comme je le lui ai exposé h ellemême ; car, dans le cas que nous embrassions la |)onrsuite , c'est M. d'Ar* bou ville , déjà en quebpies relations avec M, de Galonné, qui lui présentera TalFaire. Mais, comme Fobservait 1res bien la marquise, il faut de la temponHalion : une démarclie brusquée pourrait nous exposer beaucoup. Les causes lui ont paru très claires, elle voit et juge nos gens sur ce que je lui ai peint, et dit que si le contrôleur général pouvait étudier tes mémoires comme elle les a étudiés, e( donner à nos explications le temps et ratteullon nécessaires, le succès serait immanquable. Mais c'est ce dont on ne peut guère se llatter, et nous avons conclu quû faudrait (Huiéher avant tout ce que pense M. de Calonne des Litendant* du commerce et s'U a quelque système ou propension à uu système sur l'administration du commerce : or celte affaire ne peut être celle de la marquise, mais c'est la mienne; du reste, c'est à uoti'e intérêt de balancer les avantages et les inconvénients, de prendre une résolution en conséquence et» si c'est celle d'agir, nous la trouverons prête. M'"*' d'Arbouvdle ressemble assez, pour les traits, à M™*" Mentelle •'^; mais t'est un autre caractère de physiiUKunie; elle est d'ailleurs pbis grande et paraît avoir environ trenfe-cinq ans; une extrême lionnêleté accompagne ses manières; mais, malgré son accueil très poli, elle a je ne sais qm^lle austérité dans son air, que je crois tenir à la dévotion; elle ne met pas de rouge et paraît aimer la simplicité. Elle a du tact et s'énonce heureusement, mais elle a aussi un peu de timidité; dans un instant où elle m'a répondu assez longuement, elle a beaucoup rougi et a fermé les yeux, ce qui m'a paru tout neuf et très reniarquable pour une femme de la cour. Elle m'a dit des choses obligeantes, et nous nous sommes très bien quittées, quoique avec ce

^'^ PremifMv^ ffmme rlu g*^o|jra|>[ïe Menlp|l*\ — Voir \H\iv an *j3 fiovcmbre iy8i rt Appendice S.

sérieux de la dignité, ou plutôt la réserve d'un caractère timide (de sa part, j'entends, car, pour moi, j'avais trop d'intérêt à plaider ma cause pour avoir le temps d'être embarrassée). L'abbé était présent; il m'a accompagnée à la sortie, je l'ai remercié et nous avons été chercher gîte. Le temps était admirable, de manière qu'après avoir dîné et m'être bien reposée, nous avons été jeter un coup d'œil au château, à la chapelle, aux statues du parc, toutes choses que je connaissais, mais que j'étais bien aise de me rappeler, et nous sommes repartis à près de six heures.

Mon pauvre frère s'était écorché les jambes le matin, en montant dans la voiture; il n'y a point eu d'accident au retour. J'ai trouvé Fiesselles au logis où il était déjà venu le matin me dire qu'il n'avait pu rejoindre notre homme; je lui ai donné, ou du moins M. Lanthenas, un billet pour prendre chez Visse un exemplaire des Lettres à donner au personnage qui fera trouver celle des inspecteurs sur le bureau du contrôleur général. Je ne voudrais pas maintenant y mettre rien autre qui portât ton nom, parce qu'il ne faudrait pas le mettre dans le cas de s'informer de toi, et qu'il s'agit seulement de le ta ter; enfin nous entrevoyons des recommandations par-ci par-là; temps, patience, adresse et courage nous donneront quelque chose, ou rien. — Je voudrais bien avoir trois ou quatre exemplaires, au moins, de chacun de tes ouvrages, Arts, Mémoires de moutons. Lettres , etc.'*). Vois si tu peux m'en expédier lestement, ou s'il faut que je les prenne ici, du moins pour les dernières. Mais surtout célérité, car il faut être prêt au moment. Je vais faire sept ou huit copies de nos mémoires à présenter, pour cette même raison; j'attends aujourd'hui \e précis qui pourra m'en épargner (^l

Je me porte bien , je n'ai de tourment que l'inquiétude de ta santé

^*^ Voir Appendice G sur ces divers ou- plusieurs Acadëmie8î»(m8.6243, foi. 56). —

vrages de Roland. C'est un résumé des deux grands mémoires :

'*^ nVrécïs pour le sieur Roland de La- Mémoire d'extraction et Mémoire des ser-

platière, inspecteur des manufactures de la vices; la pièce du folio 56 est de récriture

Picardie , avocat en Pariement , membre de de Madame Roland.

et le chagrin de notre ami^'^; il apporta hier ton mot durant mon absence ; j'attends M*'*^ de la Blz. [ Belouze] cet après-midi. — Notre pauvre petit poussin I J'en rêve jour et nuit, et de toi; je ne vous sépare point. Adieu, mon cher bon ami, il faut qu'au pis aller ceci nous serve à faire des connaissances à employer dans d'autres circonstances. ïi bacio tenerissimamente.

[À BOSC, k PARIS'"'.]

[aâ mars 178Û, — de Paris.]

C'est un chagrin pour moi, mon ami, que de ne vous avoir pas vu hier. J'attends ici quelqu'un aujourd'hui, mais si je puis être libre ce soir et que cela ne cause aucun dérangement, j'emploierai ce premier instant à aller voir Mademoiselle votre sœur. Je voudrais que vous eussiez à m'apprendre de bonnes nouvelles de Monsieur votre père. Faites-moi le plaisir d'expédier subilo la lettre ci-jointe. Vous savez si mon cœur est sensible à tout ce qui peut affecter le vôtre; adieu, jusqu'au plaisir de vous voir.

\ ROLAND, [\ AMIENS^'*

Mercredi, à 7 heures du matin, au mars 1786, — [de Paris],

Hier, à midi, M. d'Antic est entré avec une contenance abattue; il m'a donné ta lettre , qu'accompagnaient le précis et le mot pour l'ami Lanthenas; mais, fouillant dans ses poches, il chercha vainement un second paquet qu'il avait reçu en même temps, me dit-il, et auquel était jointe une lettre que tu m'envoyais; il pensa l'avoir peut-être

^'^ Bosc, dont le pèi-eélail mourant, ainsi nue qui a mis : rr Paris, 99 mars 84. Billet

qu'on Fa vu. de Madame Roland à Bosc.» Cette indica-

•'^ Ms.6939,fol.76w. — fjii date n'est pas tion concorde bien avec ce qui pi^^cède. (le Madame Roland. C'est une main incon- ^^^ Ms. 6989, fol. 8-9.

laissée sur son bureau, promit de la rapporter le soir, s il la trouvait; je ne lai point revu. Je me hâte de t'en prévenir; au cas que la lettre que tu m'envoyais concernât nos affaires, tâche d'y suppléer en me mandant son contenu, car c'est maintenant une chose perdue, ainsi que ce dont tu l'avais accompagnée , dont bien me fâche. J'ai demandé à M. d'Antic des nouvelles de ce qui l'intéresse : de bien mauvaises ^ ce fut sa réponse; il m'échappa comme Téclair fuit, je n'eus pas le temps de savoir s'il avait reçu et t'avait expédié le matin la lettre que je lui avais adressée pour toi, où je te rendais compte du voyage de Versailles; il avait l'air d'être hors de lui et 'de n'avoir point sa tête. D'après mon récit et mon inquiétude partagée, le frère alla s'informer chez M. d'Antic père de l'état de sa santé; on lui dit qu'il était un peu mieux, que la nuit avait été meilleure; je n'entends rien à la disposition du fils.

J'ai reçu M^ de la Blz. [Belouze] hier au soir, à six heures; nous avons beaucoup causé : elle a l'air plus ouvert et plus communicatif que je lui aie encore vu; elle a beaucoup regretté que nous fussions si éloignées et m'a témoigné de l'amitié d'un ton vraiment affectueux.

Fiesselles a couru inutilement encore pour rejoindre son homme; tu vois que les affaires ne vont pas vite dans ce malheureux pays; les jours, les semaines même s'écoulent avant qu'on ait recueilli les informations dont on espère des lumières pour se décider et agir.

Je n'ai été chez personne; je m'occupe à faire des copies de mémoires pour le besoin que je souhaite en avoir, quoique je n'en sois pas sûre.

L'ami Lanthenas soupe avec moi; nous causons, c'est le moment de distraction , de délassement. Je n'ai pas eu l'instant de faire encore de l'anglais; je n'ai fait voir à la bonne que Sainte-Geneviève et le Luxembourg en courant.

Le frère avait pour moi une lettre d'Agathe qu'il m'a remise; elle m'apprenait la mort qu'elle avait apprise par un billet; elle avait aussi précédemment reçu une visite de mon p. [père], qui se trouve bien

ANNKE 1784.

Hiallieureux de ue me pas voir, etc.; mais h loiiL cela j'avoue n'y trouver rien de mieux que ee que tu dis.

Je l'éeris dans mon lit; il fait toujours bien froid el mes yeux uie chiffonnent un peu. M*'*" de la B[»'louze] m'a trou v(5e bien logée; etïeeliveraeul, mes deux chambres, dont la première a une grande alcAve où couche la bonne et qui sert à resserrer tout ce qu'on veut cacher, mes deux chambres ont un air décent.

Bonjour, mon cher ami, je t'embrasse avec ton petit poussin; aie bien soin de toi et donne-moi de tes nouvelles,

M* d'Eu, en écrivant à M, dWntic de ia magnétisa tiun a lafjuelle nous allions, faisait le docteur en fiomme endoctriné par Legrand; et cela devait réussir auprès de Tami D, [d'Antic] qui est anti-magnr»tique par une raison toute simple. Le Irère se propose de voir cela dans notre ville. Adieu, adieu, je t'embrasse de tout mon cœur.

Jeiiflit aS [mars 178a, — do Paris].

ïe m'écris plus que directeuienl, mon bon ami; M, d'Aulit! est liors d\Hat de veiller [à] nuti'c rorrespundance; il passe les nuits et les jours près de son père qui est fort mal. Je ne le vtus plus; je n'ose, comme lu peux penser, me présenter dans une maison oà \\m n'a ptiinl encore vu mon visage, dans un instant si fckheiix, M'^*' d'Antic est aussi préoccupée qu'ailligée, et, pour comble de douleur, le fils unique de cette dame que tu as vue, et qui demeure avec eux, est près de sa fin amenée par une cruelle maladie qui le retient sur le grabat depuis le commencement de Thiver. Tout est en pleurs dans cette- maison où j'irais avec eux répandre les miens, si plus de connaissance avec les le m mes m'en donnait le [privilège.

*'> M8. 693g, fol. uMi.

Notre excellent Flesselles n'a pu causer avec son homme; ii est demeuré hier cinq heures dans l'antichambre du contrôleur général auquel il avait à remettre une lettre. Il a rendez-vous absolu pour aujourd'hui avec le secrétaire , et il a déjà fait çà et là des démarches pour mettre tout en train si les découvertes sont favorables. Mais si M. de Galonné ménage les Intendants, s'il est réglementaire, il ne faut plus penser qu'à faire un autre voyage de Versailles pour remercier M"*'' d'Arbou ville, et plier bagages pour m'en retourner, en attendant d'autres circonstances. Car il est impossible d'aller à notre but pour les Lettres, à moins que de déterminer M. de Galonné à agir sans consulter les Intendants, ce qui ne peut se faire qu'en lui disant tout franchement les choses, qu'il prendrait mal s'il est réglementaire; partant pas perdus, et quelque chose de pis. Quant à la sollicitation des Lettres et du reste, nous ne pouvons présenter ce reste sans faire intervenir ces Intendants qui nous feront obtenir le moins qu'ils pourront. Ils seront toujours plus ardents à nuire qu'à obliger, et s'ils peuvent te tenir éloigné sans te servi i% quelle apparence qu'ils emploient un moyen qui ne satisfait pas en tout point leur mauvaise volonté^ M^*" de la Blz. [Belouze] me disait qu'ils n'entendent point à ces Lettres^ et qu'en supposant, si on leur renvoyait les mémoires, qu'ils ne parlassent que favorablement de tes travaux et de ta personne, ils concluraient néanmoins à ne pas accorder les Lettres, parce que ce n'est pas le cas, disent-ils. Attendons; nous prendrons gaiement notre parti; ce serait bien le diable si, dans les agitations qui' bouleversent ce pays de là-haut, la face des choses ne pouvait changer en notre faveur en quelque temps.

J'ai envoyé le frère chez Gellot'^^ avec un billet; je le prierai d'y repasser aujourd'hui, d'après ce que tu me mandes. Je fais des copies à force, que je remporterai peut/-être; mais, dans le cas contraire, il ne faudrait pas être pris au dépourvu. Je t'embrasse de tout mon cœur. Au nom de l'amitié, ne néglige pas de mettre des cataplasmes à la

^'^ Celiot, rue des Grands-Aiig^stîns [Alm. de Paris de 1788, p. lai), un des imprimeurs de V Encyclopédie méthodique.

\NNKE 178/1.

fesse; je t'en i^oujure; cesl très import^nl* Si je te croyais négliger re soin, je m'en irnis et je [jUmlerais là les affaires, dont aucune ne saurait jamais prévaloir sur la santé.

lO/l À ROLANn, [V AMIENS ^'l]

Ven(Jr**di m soir, a 6 [mar» 17 84, — «k 9mm^

Avant tout et par-dessus tout, mon cher ami, parie-moi de ta sant^;

suis presque dhnmeur à te gronder de ne m'en |>a!s dire un mot.

îominent gouvernes-tu fexotoire? As-tu soin au cataplasme? Que fait

le magnétisme? Digères-tu? Dors-tu? Es-tu jaune ou de bon tcinL?

Comment te sens-tu? Parle donc et bien longuement sur fous ces

points.

Je répondrai à la tienne dMner que j'ai dit à M""^ d'Arbouville qui' je ne ipjïtterais point la capitale sans la revoir, soit pour la prier Av faire la démarrlie auprès du contrôleur général, soit pour la remercier de sa bienveillance, reprendre mes papiers et attendre d autres ciiconstances* Nous sommes convenues — et je croyais te Favair dit — qu'il fallait, avant de rien faire, sassurer des di8|io.silions du contrôleur général à Tégard des Intendants, etc. : or ce soin, cest mon affaire, ou plutôt celle de Flesselles. Quant a la retraite, nous en avons aussi causé; j'ai causé de tout avec M"" d'Arb[ouville]; mais, somme totale, il ne faut courir f[u'un lièvre è la lois; c'est le résultat, et M"'* de la B. [Belouze] même croit que le moment est passé de tout faire marcher ensemble. Notre brave et aident ami sort d'ici; il avait parlé hier matin à M. flollart (c'est le nom du secrétaire particulier); il lui avait envoyé l'après-midi licjueurs et ton ouvrage; aujourd'hui, il Fa emmené voii" sa macliiue, il a traité de notre affaire, il lui a remis des mé-

\h. (iaâg, y, i*i-i4*

moires et, qui plus est, à titre de confiance, des observations de ma façon sur l'état des choses avec nos pantins. Il le reverra demain matin; voilà un homme d'embouché et je crois d'accroché, en le cultivant bien; mais ce n'est pas assez, car ce personnage ne sait rien des vues d'administration de son maître. Il nous faut pour cela un M. Le Rat, le premier secrétaire pour les grandes affaires, l'âme damnée du charmant rouét*', qui travaille comme un lutin et dont on dit des merveilles. — Fless[elles] a écrit à Lille depuis plusieurs jours pour avoir une lettre d'un ami commun pour se présenter à lui, mais la réponse n'arrive pas; en conséquence, il est résolu à demander au prince de P. [Poix](^) une lettre pour ce Rat qu'il nous importe si fort de saisir. Puis il va dimanche à Versailles, revoir un valet de chambre de Madame Elisabeth W, chercher'par lui à s'introduire chez le comte de Vaudreuil(^), tout-puissant auprès de M. de Galonné. Je livre demain une autre copie de nos mémoires et je me remets à en faire de nouvelles; voilà tout.

^'1 /1/wi. royal de 1784, p. q53-354 :

rr Chefs et premiers commis des bureaux des ministres. — Conti'ôle général : !V1. I^e Rat. Attributions : le secrétariat, l'ouverture et le rapport de toutes les lettres, requêtes, placets et mémoires présentés au Minisire, etc. . . i^ — Inutile d'ajouter qiio rrle charmant roué«, c'est Galonné.

^'^ Cf. lettre du 5 avril 1784. — Almnnach de Versailles de 1784, p. 364 : «r M. le prince de Poix, capitaine des gardes du corps du Roi , gouverneur et capitaine des chasses des ville, châteaux et parcs de Versailles, Marly et dépendances.» — Sa terre de Poix était en Picardie. C'était dans celle terre que Martin et Flesselles demandaient au Conseil du Roi Tautorisation d'établir, Kous le titi'e de Manufadui^e royale de Polv, leur fabrique marchant avec la machine d'Arkwright (Dictioim, des manu/, , II , 3 1 1).

(r L'établissement, qui d'abord avait du se fiiire à Poix, a été formé dans une autre terre du maréchal de Noailles, à l'Épine, près d'Arpajon?) {ibid,, II, Supplément, p. 187). — Le prince de Poix (Loois- Philippe-Marie- Antoine de Noailles, mort en 1819) était neveu du maréchal de Noailles. — Voir sur lui Mémoires secrets, 38 mai 1781 , i3 mai et 6 juin 1784.

(') Madame Elisabeth de France, sœur du Roi.

^*^ I^ comte de Vaudreuil , chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, grand fauconnier de France, maréchal de camp, un des favoris de la cour de Mai'ie- Antoinette, célèbi-e par ses tableaux , ses dettes , etc. — Son hôtel était rue Saint-Dominique. Voir Mémoires secrets, 8 avril 1784 : trM. de Calonne est très bien avec les Polignac, les Vaudreuil, qui le tutoient familièrement. n

\NNÉE 1784.

Li» frère rentre, jai faim, il (»sl neuf heures et demie; à demain le reste. Je l'embrasse sur les deux yeux.

Je nai encore écrit à persorme de nos frères, je voulais avoir (juel*|uc rliose de plus décidé, mais on ne finit pas dans ce pays. Je vais écrire au Longponien, car le saint temps approche et peut-être lui serait-il diflicilc d<* s'absenter plos lard. (Vmrme tu dis, ce n'est pas huit jours de plus ou de moins, mais ii faut mettre ainsi bien des semaines au bout les unes des autres avant d'arriver à un but. Le coniilé doit avoir juffé hier laffaire de notre aniif^^, qu'il suit bien, bien, chaud et fort, mais pas pbis que la nôtre, je te promets. Ton billet de Koucn a été protesté sans frais de contrôle.

Tji juges qu'avec mes copies je ne bouge point de la chambre; je n ai vu iiersonne que M***" B. [de la Belouze] et je n iiai voir nulle autre avant que je sache à quoi m'en tenir. Cependant de La cireux est venu luer m'inviter à dîner chez lui dimanche; j'ai été un peu embarrassée; délinitivemenl jai arcepté, car il laut l)ien avoir quelque connaissance dans cette ville, où, quant à moi personneilcmcnl , je suis presque aussi étrangère que je le serais à Pékin.

Je n'ai pas revu Fami d'Antic depuis Tapparition de mardi; il garde jour et nuit son père qui était fort mal hier matin, un peu mieux hier au soir, mais dont fétat n'est rien moins que certain; lièvre maligne, dépôt au 1ms ventre ; la situation est très critique. J'ai vu Irois fois le modeste \L Faraiili, qui parle peu, mais (jui a bien du tact et de Tesprit, car il fait sortir ce que j'en ai: je cause avec lui connue une petite pie borgne.

J'ai depuis avant-hier une lettre pour toi sur mon bureau de l'ami J^anlhenas, mais, comme elle fera paquet, elle le sera expédiée par les bureaux. Ce fidèle Achate est très préoccupé dans ce moment: il a subi un examen, il eu attend un antre; ii suit un cours d'électricité dont je te parlerai une autre fois; il me paraît que c'est un étalage des elïets qu'on peut produire par elle et de rapplicatioii à en (aire dans les ma-

<'' Flçfisc^les.

ladies, pour servir de pendant au magnétisme et faire soupçonner que c'est une même chose. C'est Alphonse Le Roi^^) qui fait ce cours avec je ne sais quel autre.

Les spectacles se ferment aujourd'hui pour la quinzaine; je n'ai mis le nez à aucun. Eu vérité, quand j'aurais eu plus de loisirs, j'aurais eu honte d'y aller m'amuser tandis que la maison d'Antic est si fort affligée.

Dis pour moi mille choses honnêtes à M. d'Hervile^^^ et rappellemoi dans la société magnétisante où doit régner douceur et confiance, si les mêmes maux, les mêmes besoins, les mêmes espérances sont des liens aussi puissants que je le crois pour unir et attacher les personnes qu'ils rassemblent. Souvenir et honnêtetés aux amis.

Ma pauvre petite Eudora! Elle se porte donc bien, elle est gaie, contente? Quel âge singulier où je désire qu'elle m'oublie un peu pour qu'elle en souffre en moins! Assurément, je ne ferai pas toujours ce souhait-là. Je parle d'Eudora avec la bonne , nous nous racontons les rêves que nous faisons d'Eudora ; cela nous fait rire et pleurer tout ensemble. C'est encore une conformité de sentiments et de besoins qui lie et confond; bonne me baise les mains, je l'embrasse et nous disons encore un mot d'Eudora.

Je me porte bien, excepté que je suis comme on est quand on garde la chambre et qu'on n'a point une maison à parcourir, ni un clavecin pour s'exercer; très échauffée malgré le soin de manger des pommes cuites au miel. Prends bien garde que notre petite ait le ventre libre; c'est plus sérieux à son âge qu'au mien; prends garde aux vers, si elle en a ; sur toute chose, aie soin de toi ; songe à moi, et, pour l'amour de moi, fais tout ce que tu sais que je te prierais de faire si j'étais là. Je finis cette lettre. dans mon lit, à sept heures du matin; j'ai eu bien de la peine à ouvrir les yeux, c'est pourtant mon heure de tous les jours.

^'^ Alphonse-Vincent-Louis Leroy (1743- Leroy, membre de TAcadëmie des sciences,

1816), professeur d^accouchement à la Fa- qui avait fait mauvais accueil h Mesmer et à

culte de médecine de Paris. — Ne pas le sa doctrine, confondre avec le physicien Jean-Baptisle ^*^ Sic, — D'Hcrviiiez.

ANNKK 178^.

Adiuu, uiuii clicraïui, (lutiiie-iiiui de les UMUvelleii; Je l'embrasse île loul uioii cœur,

À ROLAND, [À AMIENS"'

Same<Ii au soir, 37 | tîiti's î 78^ , — d^ Pam].

Anue-toï de patience jusqu'aux dents, mon ami, si lu ne veux faiie autant de mouvais sang i|ue je viens d*en faire pour ees maudits épisodes qui viennent toujours surcharger le fond des afïïnres. Surcroît de soins, de tracasseries et peul-ètre une perte au bout : voilà ce qui doit résulter du petit événement que voici.

t Ennuyée de ne rien recevoir de la diligence, je priîus le frère d*y passer, lorsqu'un malotru est arrivé pour faire décliarger le regislie; Imais, an lien de jnon paquet, il iiTa donné un lullfl imprimé pour le réclamera la douane, où il a été porté parce qu'un a vu ipul renlerniait des imprimés. Je ne savais ce que je devais faire, car je n'entends rien à ces Iripotages; je me suis consultée en italien avec le frère, qui a pensé qu'il fallait bien payer le port pom* avoir ce liillet représentant le paquel , et sans lequel, dans tous les cas, on ne pouvait le ravoir. Je n*ai trop vu comment mieux imaginer; j'ai donné mes trente sols, j'ai pris le billet et déchargé le registre par mon reçu dudit billet. Mais

IY trt du toiirbler est de Neurcbâtel, saisissable par conséquent ^•'L . . Si Ton m'envoie à la chambre syndicale, comme i[ taul s'y attendre, comment (aire? Voilà le nœud gordien. J*ai conté ma chance à Flesselles« qui n'entend rien à ces sortes d'affaii*es ef ne connaît personne à la douane; je n'ai âme qui vive [Mmr me tirer de ce mauvais pas, et

<*î Ms. tia^ÏQ, ïiA. iS-iy. — Uae noie f du momiscril dit : rf Peni-élre ihhi'St», Il n'est I pas (iûuleux , en elfel , tjae eeUe Jellre ne soit [du 37 mars 178/1. i[iii i^lail un same^li.

^*^ VAti (h kittrbkr, impridni in-fol. Iï iParis eiî 1783. Tavait éié aiim iu*4' h

NeiifduUeK horâ de t'Vance, thei OsierwiM, el vi^sii un exemplaire de reUe e«!ilioii que Kola ml avait e)t[>é!ië il sa femme pour rt^pondi'e a sa deiuaiifle dti asi mars, t] était donc saisissable* — Vmr IsauiUerl. arnMs lin (lons^ii lies û'y am\t H %»ij srpt, 178K

i.KTTnKs nr >iidi^iI'^ kiili^d,

je creuse ma tète à rôver avant de faire des démarches pour ne hasarder. M. Lanlh[enas] se propose bien de demander dem; M. Tronchin^*^ un billet pour quelqu'un de la douane, afin de r le paquet par faveur sans le renvoi à la chambre diabolique ; m vieux financier le fera-t-il, et, quand il le ferait, n'y aura-t-il poi formalités? Enfin j'irai causer de cela avec Visse, qui pourra mi peut-être ce que je dois attendre et faire; ce sera mon premier demain matin; il est trop tard ce soir.

Le jour de mon arrivée ici, le frère avait arrêté avec Blin^^^i prendre des livres notés du catalogue f^) pour la valeur de six exemp des Lettres à 9 ^ pris chez Visse ; il y aurait à cela quelques p observations, sans doute, mais la convention était arrêtée; ainsi rien à dire. L'Ornithologie était déjà partie et nous n'en aurons le Démosthène est tout aussi bon que la nouvelle édition, c\ même chose; avant de clore ma lettre, je donnerai une note juî ces livres, qui se réduisent à un petit nombre. Parlons de ton éd dont le sort n'est pas peu embarrassant. Il faudrait, pour le m trouver un libraire qui s'accommodât de l'édition entière, car, s n'en débite qu'une portion, par échanges ou autrement, le i auquel se trouvera cette portion décréditera le reste de l'édition il n'y aura plus moyen de se défaire. Tout ou rien, c'est l'altern L'affaire présente avec Blin peut passer pour une exception , parc six exemplaires, quand il les mettrait à bas prix, ne sont pas un grand nombre pour faire sensation et discréditer l'ouvrage. L'emL ne serait point de lui prendre plus de livres, mais de courir le r indiqué en lui livrant davantage des Lettres. Il faudrait mener affaire comme une intrigue, découvrir plusieurs libraires avec les

^'^ Tronchin, fermier gênerai {Alm. royal ^*^ Bdin, libraire, rue Saint-Jacqu

de 1784 , p. 563), rue d'Aiitin ( Tableau de tmnach de Paris de 1786 , p. 1 26). Rouen ^ 1777» P- ^^7)* — Lanlhenas le ^^^ Probablement le catalogue de

connaissait , nous ne savons comment. Il bliothèque du géomètre Bezout , (ju"

semble même que, dans les années qui sui- vaii vendre le â8 mars, ainsi qui

virent, il ait travaillé quelque temps chez Tnpprend une note de Roland insc

lui. doK de la lettre du a 4 (lettre loa ci-d

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