A^'NÉE
et ne veut ])!us se représenter. Sage fait maintenant une petite uiiue; il fera bientôt plus pauvre ligure encore. iVL de la Baulaye^** est remplacé dans {intendance des mines par le baron de Dietncli ^'-^. qui n'a jamais aimé Sage.
On fait dans la minéralogie de petites découvertes qui pourront conduire à des points intéressants; Mongez^'*' a fait un voyage dans les Pyrénées, d'où il a rapporté quelques morceaux curieux, (]uatreniei* a reconnu fpi'en mettant (je ne me souviens plus dans quel lluidc) dissoudre quatre sels à bases dîfl'érentes, ces bases s'attiraient» formaient des sels nouveaux, tandis que Facide restait dégagé. Je doute de bien rendre te fait; mais enfui, un entrevoit des applications lumineuses à la formation des pierres, des minéraux» etc.
Les muitéeH expirent de loutes parts; on ne conçoit pas comment Pilatre^^) se soutient; il u'a personne à ses coui*s; les gens de marque se retirent; ce ne sont que des femmes et toutes personnes sans aucun mérite que leur contribution rjui souliennenl encore et Pilatre et Cailhava ^^' et Gébelin "^'l Le [uojet du lyeée^'^ est évaporé. La Blancherie se débat et forme des espérances, La fureur hallonnique s'apaise; on dit pourtant que Charles ^>' se prépare k quelque voyage pour les fêtes de Pâques, mais il semble qu on jase du magnétisme plus que de
de temps après à FAcad^^mie des sciences (1784), [Hiis devint r[ir'ecteui" dt^ la maniilacture de Sèvres,
^^ I^ nouvelle était inexiit'h', car Dtmet fie lu Borillaye était eocoiv Intendant *\ef> mineîi en i78r» { Afmamrh Tfnjfih\p j^Hli. P.S67),
'^' Phîlib^?tl-FrtHl<^li(^ baron de Oietrich (1748-17^3), savanl niinéniïogisle, qui lievdiil ^Ire te piviiiter tumre constiliiOomiel de St)*asbonrg, et qui fut gniltoiiné le *i8 décembi'e 1793» — ^*m« le Irauvons a YAlmauach rotfuf de 1789, p. 078, f^conimissûire du Roi a la ii^cherclie des mines ^,
"' Jean-Aivdft^ Mongez (i7iTi-i78HU g^iiovi^fain , naUiraiisk, nir>rt dans l'expé-
dition de IjB Vénmm , frève de l'arc héoio||u<' \nlonie Monfjez, ^énovéfaîn comnip lui.
^ Pilâtre de lioner { 1 7r*t>-! 78'! \ avnil liïnfté 1** Ifwiér acieiifijiquc \v 1 1 d<^çen*bre 1781. Vf»ir sur ^ou entreprise L. Amiable, OjK rit. — rd, letlri' de Itcdand ù s^i ternine, du vt janvier 178*2 {iiis. th^j<K fui. i^îa« 1 a3), (l*^n citée.
^^'^ Sur le litlérafeur Cailhava (1730- 181 H) et sur sa rivalité avec Cou ri de Gélielin, voir !.. Annable, 'éiâ.
^^' Antoine Coui"! de (iébeiiu (17^5- 1784). — Voir Ij. Aniiîdde, ilmi.
"' UmL
^* Physicien ei a^^ronaiile bien connu (17^0-1 8^i;t).
toute autre chose; ce n'est pas avec notre ami, au moins! Les partis pour les pièces de théâtre se reposent; c'est la musique qui remplit la scène. On n'aime plus Gluck, on balance entre nos autres compositeurs et l'on se dispute comnie des enragés sur la perfection de l'art.
Je reviens à Lavater, qui, pour les peintres surtout, est un homme à étudier; mais je lui reproche de manquer de méthode : on cherche avidement une suite de propositions, de principes qui fassent la base de la science physiognomonique; on ne trouve que des descriptions, des portraits, une foule de faits qui exigent la plus grande attention et un vrai travail pour être appliqués avec fruit aussi bien que . . . ^^K
Cependant je conclurai toujours que la somme des idées neuves et les charmantes gravures de ce recueil méritent la recherche des curieux. Il n'y aura même que des gens de goût qui apprécient l'ouvrage, de même que les penseurs pourront seuls en proBter, car les résultats n'en sont pas assez claii*s pour satisfaire les gens du monde, qui s'en riront un moment.
Vois-tu toujours. M. Déjan^^) à la magnétisation? Rappelle-moi à cette société où l'espérance doit faire régner un jour qui ne se trouve guère dans l'ennui des cercles. Le frère est employé du matin au soir par son évêque ^^> qui ne finit point de partir. Je n'ai point encore vu Flesselles. Je copie nos mémoires; j'ai corrigé de la soierie la feuille t, finissant parg7'aiwfewr des dessins, page 72. La copie correspondante finit à la page i56, par ces mots : la haute lisse. Je te donne ces renseignements pour la feuille suivante.
La bonne soupire Eudora à chaque mouvement de respiration. Je ne suis préoccupée que de la crainte de trop de travail pour toi; ménage bien ta santé; je t'embrasse de toute mon âme.
Point de lettres de toi aujourd'hui, c'est jeûne à mon hôtel; tu auras été entrepris par les épreuves de Gellot.
Tu me manderas tout de suite ce qu'aura coûté le premier paquet
^'^ Manque un mot au manuscrit. ^'^ Marie-Joseph de Galard de Terraube,
^*^ M. D<^jan. — Nous ne savons rien sur r^vêque du Puy (1 77^1-1 790), mort en ëraicet habitant d'Amiens. gration on 180^1.
APiMîR I78A.
jar la poste, car, qnoùjup l'ancknucke vpuiile faire ma volonté, il traint flV^tre un peu trop sanglt^ et tient fort h l'idée que cela ne passera pas 3 livres.
À ROLAND, [\ AMIENS'"
Vt^ndr^di au tmir, a avril t^S^i, — |de Paris].
Knlln le brave FiesHelles est revenu de Versailles où il a passé sa seinniiie a suiliriter pour son affaire, à chercher des connaissances
our elle et pour la nôtre* On rioît que le contrôleur général consulte et écoute avec confiance les Intendants du commerce; ainsi le jour n*e9t pas heureux; pointant le secrétaire particulier est bien disposé pour nous, mais notre ami na pu jtjindre Le Rat et nous sommes bien peu avancés. Ce|)endant, comme il faut au moins recueillir de mon voyage d avoir lait des connaissances • et que c'est rinstant où je pois
oîr ce secrétaire, je pars demain avec la bonne, vers midi. Fiesselles
era à Versailles dès le matin; j'ai rendez-vous à son hôtel. Nous irons voir ce M. CoHart demain après-midi, sH y a moyen, ou bien iliniancbe à sept lieiires dn matin; puis nous devons aller chez une
fl™= de Candie, première lemme de chambre de Madame Elisabeth -), qui est déjà prévenue; peut-être chez un secrétaire de M, de Vaudreuil, etc. L'avenir est assez embrouillé pour que je n*ose prévoir le moindre succès, mais le pis-aller sera de remettre en poche tous nos mémoires et de mijokT beaucoup de connaissances pour renouveler noire demande avec celle de la retraite dans un couple d'années nu même plus tôt. Voilà le deinier résultat. Cnmme j'avais fini hier mes
^H <«j M"* de (iandie, ^ — !Nnu s n*" trouvons
^Hma» ce nom aux tmanach dcVersailivs , pnrrikt
leâ femmes de cliaxnbm de Madame Klisa-
"nlli; mais nous y irouvons ^M"" (la^y^
( Aîm. (ir Versniikx , i 78/j , ]K ^9 0 ), fl il est pitdmbie que Madame llolaiîd aura ici, comme elle fait «îiitivetit, dt^figurë nii nom mal |)roiioDC4^ devant elle (voir lettre du 1" mai I 78A).
copies, j'ai choisi aujourd'hui pour courir; j'ai été voir Agathe ce matin; les genoux ont tremblé à cette bonne fille; il a fallu quelle me quittât pour aller prendre un verre d'eau et recouvrer des forces; elle m'a fait conduire à ce petit parloir où l'on ne laisse aller que les demoiselles prêtes à se marier, tu sais bien!. . . '^) et là, nous nous sommes bien embrassées. Mon père a été encore la voir la semaine dernière, se dolentant de ma ténacité à ne lui point écrire, etc. J'avais reçu, hier, une lettre du Longponien qui ne peut venir me voir et qui me disait, a parte, que M. d'Huez paraissait peiné de ce que je n'allais pas les voir depuis que j'étais à Paris. J'y ai été cet après-midi, suivant un projet auquel la lettre du Longponien n'avait pas contribué. J'ai trouvé M'"*' ... (r Je suis bien enchantée de vous voir; vous voilà dans ce pays? n — cr Oui , madame , et il y a déjà quinze jours que j'y suis; vous êtes cependant ma première visite, à l'exception d'un ami malade chez lequel je n'ai été qu'une fois; je n'ai vu que des gens d'affaires et je suis beaucoup restée chez moi à travailler. Il est vrai que j'y ai reçu des amis qui, me sachant à Paris, n'ont pas attendu que mes affaires me permissent d'aller les trouver et m'ont fait le plaisir de hâter le moment de les embrasser. -n Tu juges que, si l'on a ouvert les yeux aux quinze jours bien étalés, on s'est pincé les lèvres à la fin de ma phrase. Du reste, je n'ai point dit avoir reçu des nouvelles de Longpont; j'ai exprimé ne rien dire pour toi qui leur avais écrit il y a plusieurs jours, etc. Nous avons parlé du voyage dont entre nous je cause fort, sans m'arrêter avec moi à le faire; mais, de la manière dont nous combinons les choses, je pourrais leur manquer au passage sans rien déranger à la partie; ainsi nous verrons. On m'a engagée à dîner pour un tel jour; j'ai refusé pour les deux premiers proposés, que pourtant je croyais avoir libres; on m'a pressée pour le troisième, mardi prochain; j'ai accepté. Beaucoup d'honnêtetés, de demandes de l'heure oii l'on pourrait me rencontrer. J'ai dispensé
^'' Rappelons que Madame Roland, dans la là que Roland était venu se rëconcilier avec crise qui précë<la son mariage, s'était retint son amie. «-H s'enflamma en me voyant à la au couvent de la Congrégation, et que c'est grille. . . '^ ( 1/éw. , 11 , »2^a.)
oiQiiieil convenait à Tégard île qniconqiip fait ainsi Faveuce qu'il dnil, et je suis revenue à mon hôtel où j attendais Flesselles,
M. Parault est survenu, il nt* m'est plus resté de temps pour M. dWnlic! où je ilevais passer la soirée, où je n'avais pas voulu accepter de dîner, parce que je suis décidée à n'y en pas prendre tant que le papa sera au lit; mais, tandis que je t*écris, le frère y est allé chercher ta lettre. Il rentre, il n*a pas trouvé Tami, je n'ai rien; je n'aurai rien demain, quel jeûne! Técris au Crespyâoi»* Aâietî, mon bon Jinii, il est [ou] petr tard; je veux aller me coucher; flemain j'em]M)rle (juelques vemplriiit's des f^eUren^ Mouimis, etc. J'ai besoin ile nie reposer. Je t'embrasse de tout mon C03ur* Ne rêve [las tant, va davantage à la Gomédie*'^. Je vois clairement que le pis-aller de tout sera d'avoir, dans dix-huit mois ou deux ans, une retraite pure et sim[de dv mille écus. De la bonne humeur, de la santé; joue avec 1^1 fille, cause là-bas et aime-moi bien! J'ai tout reçu des bureaux, mais tu n'as pas fait de relation au frère de cet etfet du magnétisme dont
Ktu avais promis la relation.
M. Cellot est venu aujourd'hui me rendre son hommage; en vérité^ me$ trmte am^ ne font mcore ftnr permmw; je puis me rengorger. . . Bien, comme cela, n'est-ce pas? Adieu,
1'^^ Habnrl avait écrli î\ su ïemmt* , te ag mars : ^-Mol*^ pst ici; M* trEy me. lait
demao<iersi je veiu faire im« partie tlejKir- H> terre; je ne sais. . . Tt ^— Puis le »5i mai*s : ^ rpJe t'ai parie de Mole; à la feiiétrr?. chez
Paulel . à près fie cinq heun^ cl demie , ne H voyant vetûr que peu de luoiide. prenne
jws de femmes et poiul de carrosses , il dil
(jn il n'y avai* thnr point de eeux-ci daos
cette ville; puis qnll ne descendrait pas
et tiiril allait re[>arlir; il joua ceperidanl, et sup^rieiireiueai. Mais on annonça qiill impartait. . , Point du tout; comme il y avait en beaucoup de monde bier, il prit g^ût h h chose tm à rarg-ent qui lui en revient. On annonçai punr aujourdlmi : j'a\ats de^ feuilles l\ corriger, etc.. Je ny fus pas hier. Inii-je, n'irai-je pas aujoni'<rhni? Pardcatsus l(»ut J'attends le comTiiM'i^ (ms. ()*i^o, fol 1 65-1 68).
[i LANTHENAS, À PARIS'".]
4 avril [ 178^], à a heures, — de Versailles.
Je ne puis retourner à Paris ce soir, cher frère ; je veux du moins que ce billet vous porte mes regrets. Je compte m'y rendre demain pour dîner, et vous prie de faire prendre chez Moutard, par Visse, deux exemplaires de YArl du fabricant £ étoffée rases; autant de celui de YImpression des étoffes; autant de celui des Velours de cotoUy en spécifiant que l'introduction soit à ce dernier, et disant que c'est pour la province où on le veut ainsi.
Je suis fort en peine de ma fidèle bonne, et, en vérité, je suis fâchée de ne l'avoir point amenée ; ce n'est pas qu'elle ne se fût aussi bien ennuyée ici; mais je l'y aurais vue, et cela m'aurait fait plaisir. Il m'en ferait beaucoup que vous écrivissiez un mot à mon ami pour qu'il ne fût pas deux jours sans avoir de mes nouvelles. Vous lui diriez que je [me] porte bien et beaucoup mieux que nos affaires, qui sont fort embrouillées. Je suis comme les plaideurs, qui sont par moments dans l'extase des plus belles espérances et qui reconnaissent ne rien tenir l'instant d'après.
Comment va la famille d'Antic? En vérité, leur état presse plus mon cœur que mes affaires, qui ne préoccupent vivement que ma tête.
Mais n'est-il pas admirable de vous faire des questions auxquelles vous ne pourrez me répondre qu'à mon retour? Adieu, mon bon frère, dites bien à ma fidèle qu'elle soit bien tranquille; qu elle se repose bien et se porte de même, et que je lui promets de l'embrasser demain. Pour vous, je le fais dès à présent, et de tout mon cœur.
^'^ Ms. 6Q39,foL Q4-a5.
ANNEE t78A.
MO
A KOLANI), [k AMIENS "'.J
DiinaiidH* au soir, à avriJ [178'^], — a V«r!»il]i'-'<, hàlA d'Elbeuf.
Me voilà donc toul <lc bon solHcileuse et intrigante; c'est un bien sot métier! Mais enfin je le fais, et point à demi, cnr autrement il serait fort inutile de s'en mâler. JVi vu beaucoup de fjens et je ne sïiis pas encore plus avancée pour cela; fai eu des espérances cliarmanles, puis des craintes ellVoyables; définitivement, je demeure entre le zist
let le zest, mais je fais des eonnaissimces : voilà tout ce qu'il y a de réel. J'ai été ce matin voir M. Collart, au contrôle général; jai trouvé
lun grand ^^aillard, jeune el honnête, de bonne volonté, qui m^^ bren promis de faire la lettre bonne, si la comuiission lui tombe, et, au pis aller, frarréler les mémoires dans b»s bureaux et de me les i-emettre, s*U arrivait malheureosemenl que M. de Calonne urdonoât de les envoyer aux Intendants du commerce. Mais ce nVst qu'un moyen d'éviler le pis; cependant, comme ce secrétaire peut me servir, je vais rêver à lui faire un présent en arrivant à Paris : c'est ainsi qu'il lant
iconsolider nue bonne volonté témoignée* Je me suis présentée chez une vieille lemme, première femme de chambi-e de Madame Adélaïde; je
iTai intéressée fort plaisanmieut h mon alfa ire, mais cette madrée n'a ]>oint voulu solliciter riulervention de la piincesse avant de savoir si cela élait convenable; et, pour en ju{|er, pour sassiu^er de la meilleure u^arcbe à prendre, elle m'a donné nne lettre pour un M, de la Roche, premier commis d'un des départements du contrôle général^', homme consommé^ prudent, <^mon ami, m'a-t-elle dit. en qui vous pouvez avoir la plus grande confiance, el qui pourra tout dans votre affaire T». Me voilà partie pour trouver cet homme d'importance, qui m'accueille avec beaucoup de politesse et me questionne sur l'objet de
t'^ Ma. 6939, fol 36-37.
^*^ VAlmanadt ivtjat i\e 178^ \[}, sBh) aoiudic eu elTeL ifM. dr l^a Ilucb»*, hMé «in
|iiiiini les TpriîitnVi'î? cnmiiiïs du contrôle
ma demande; je m'explique : mais cet homme est un de ces profonds politiques à cœur d'acier, et dont le front glacial ne s'est jamais ouvert au visage d'une femme; il s'est étonné que je cherchasse d'autre voie que celle de M. Blonde! , dont il m'a vanté l'esprit, le mérite, etc., qu'il m'a dit être ami du contrôleur général, et il a terminé par observer que, si M"""^ de Candie voulait solliciter la recommandation de Madame Adélaïde, il fallait que cette recommandation fût adressée à M. Blondel, etc.. J'étranglais, j'enrage encore; je l'aurais dévisagé; j'ai fait la meilleure contenance que j'ai pu, je me suis tirée d'affaire de mon mieux, et j'ai bien promis de ne jamais revoir cette figure. J'ai écrit une vraie lettre de cour à M°**^ de Candie, où je m'applaudis beaucoup de la sagacité de son ami, qui m'a éclairée sur la route que je devais tenir et d'après les avis duquel je vais diriger mes plans; quelques autres calembredaines de cette force, beaucoup d'honnêtetés et la supposition de mon départ subit pour Paris par d'autres raisons tout aussi vraies, c'est ainsi que j'ai terminé avec ma connaissance d'un jour, que je saurais pourtant reprendre dans une autre occasion.
J'ai été chez M*"® d'Arbouville, non pour rien décider, mais pour faire ma cour et causer; elle voit bien tout, avantages et inconvénients, et elle est trop délicate pour me pousser à courir ceux-ci; mais elle agira de son mieux, j'en suis sûre, dès que nous, les intéressés, nous nous serons décidés d'en courir le sort. J'ai vu l'abbé; beaucoup d'honnêtetés de cette excellente maison qui, en vérité, respire l'ordre, la vertu et ne sent point la cour, si ce n'est par la gravité du décorum qui fait un peu trop sentir l'étiquette et les degrés d'élévation.
J'ai été chez M. Faucon, bon homme, excellent à cultiver parce qu'il peut beaucoup et que c'est une tête; mais cette tête chaude et étroite en même temps, en s'intéressant à moi, n'a jamais pu comprendre mon affaire : par ma foi, je crois qu'il avait trop dîné. Il veut absolument que cela se puisse par M. de Vergennes tout seul , parce que le secrétaire de ce ministre lui a dit merveilles de nos mémoires ; il veut me conduire demain cliez ce secrétaire pour en causer : à la bonne heure! C'est encore une connaissance d'accrochée.
A\.\EE 178â. 321
J'ai dîné avec d'Azoty^'', que nous avons fait venir à notre hôlel ; il est ici à la piste de tout, sans rien attraper; mais il peut être bon à découvrir le gibier, et nous lavons lâché pour éventer les traces. Si je te peignais en détail toutes ces tôtes préoccupées de leurs intérêts propres, agissant pour les autres par des ressorts compliqués qu'il faut tirer à grand' peine, ce chaos d'affaires et de petites passions! ... En vérité, c'est pitoyable et dégoûtant! Me voilà jetée, je coui*s comme la boule qui a reçu son impulsion, et j'atteindrai Dieu sait où, peut-être à me casser le nez!
Toute réflexion faite, je n'ai point emmené bonne pour éviter la dépense; mais elle a tant pleuré quand je suis partie, j'ai si peur (ju'elle ne devienne malade, car elle avait déjà quelques misères, que je regrette beaucoup de l'avoir laissée. Je comptais retourner aujourd'hui; me voici encore, j'espère retourner demain, mais qui peut assurer?
Le brave Flesselles fait feu des quatre pieds; il te dit millions de choses; son affaire n'est point décidée. Le petit Blon[del] propose, tout en gros, trente mille livres, sec, et rien autre, ou un privilège de dix ans, seul.
Adieu, aie bien soin de ta santé, sur toute chose. Ma pauvre petite Eudora! je ne vois plus ni toi, ni elle, ni bonne : je suis toute seule; adieu!
Crois-tu qu'il fût bon que j'allasse voir M. d'Agay, lui conter notre demande et l'intéresser à la soutenir? M. de Saint-Priest fils'^) est aussi à Paris, mais comment m'adresser à lui? D'ailleurs, n'est-il pas allié du Bld. [Blondel]?. . . Réfléchis im peu et conte-moi.
^'^ Nous lisons au manuscrit TcrAzoty», dont Tabbë Rozier l'avait ensuite d(5pouilld.
mais on peut lii'e aussi crd'Agoty??. — C'est 11 s'était relourné cepeûdant, etc. . . »» Cf.
probablement Gautier Dagoty, le fondateur, Biographie Rabbc, Supplément, à l'article
en 178*2, du yoMr/w/r/epA?/«/V/Me. Voir sur lui Rozier. — Voir aussi Hatin, Bibliogr. ,
Mém. secrets, 3o décembre 1785 : rrLe ce- p. ^7.
lèbre Dagoly père vient de mourir. C'était ^"^ Voir sur les Saint-Priest, père et fds,
lui qui avait imaQÏm^ \e Journal tie phijsiquc, Intendants du Langue<loc, sous les ordres
LETTBES DE MVUVME IIOLWU. - i. il 1
IlIflIlMtKII: NAriUNALC.
[\ ROLAND, À AMIENS'"
Lundi, 5 [avril 178/i], — de Versailles.
J ai beau tourner, il est constant que les mémoires une fois pi*ésentes au contrôieur général seront renvoyés aux Intendants du commerce; c'est la marche dont les ministres ne s'écartent jamais que par des exceptions infiniment rares; c'est par cette marche que M. de Vergennes a déjà renvoyé au contrôleur général, tandis qu'il aurait pu faire ce que nous voudrions que fit aujourd'hui M. de Galonné, juger seul et agir. Cependant il avait fait informer à Lyon**^), et M. de Fiesselles, l'Intendant, a fait le rapport le plus favorable sur ta famille et ta personne. Je tiens cela de M. de Ville f^', secrétaire de M. de Vergennes, homme le plus honnête et le plus doux.
Je sais aussi que la Reine a déjà demandé la place d'inspecteur général, et qu'elle a été refusée parce que cette place est destinée à un inspecteur de province qui doit y monter par rang d'ancienneté. Juge si le petit Bld. [Blondel] a de l'influence! J'ai appris celte anecdote (l'un homme de rien, mais de beaucoup d'esprit pour les affaires, et (|ui a su gagner cinquante mille livres de rentes, qui a de l'accès chez la Reine, à laquelle il avait fait demander cette place d'inspecteur général pour un ami ou protégé, car les gens de toutes les classes ont ici leurs protégés.
Les personnes les plus puissantes auprès de M. de Galonné, parce qu'elles sont les plus en crédit, sont : M. et M"*"" de Polignac, le comte
(lesquels Roland s'ëtait trouvt^ lorsqu'il ëtait 10 dëcembre 1788, et la r(^puQse du subsous-inspecteur à Lodève (1764-1766), dëlëguë, du 10 janvier 178/i, plus bien- TAppendice D. veillante que concluante.
^'^ Ms. 6389, fol. 28-29. ^^^ «tM. Deville, premier secrétaire du
^*^ Voir, à rAppendice J, la lettre de ministre [M. de Verpennes]» (Alm. royal
M. «le Vergennes à Tîntendant de Lyon, du de 1786 , p. a46).
ANNKE t781.
de Vamlrtuiil, !r chevalier de Cogiiy^^l M. de Crussol^^l. Si Fuiie d'elle» se péiiélnut de notre tdTaire jusqu'il en luire U sienue propre, elle pourrait reiupoiter de ligule lutte. Mais cette Huppositlou n'est pas facile à réaliser. Je ne cunaais, je nai rien autour de ces riuq personnes, et tu sens bien que ce ne serait point par des valets de cliamlire accrochés à la volée qnon pourrait pénétrer les maîtres d\ni intérêt aussi vil qu'il le faudrait pour le succès. M'' ni M''''' d'Arliouville ne voient ces gens*Ià qu'en souper, au cercle du monde; ils n'ont point de liaison particulière avec aucun d'eux.
Je ne vois plus que thmx expédients a tenter, et ils sont tous deux exti'êmes ; c'est que j'aille voir tous ces InlendautB du commerce, pour les examiner de nouveau, les persuader «jue lu ne prétends pas à ce qu'ils craignent, leur montrer même nos mémoires, exciter leur confiance el quelque justice s'ils ne sont pas entièrement étrangers à Tune et à faulre, el m'assurcr par cette dernière tentative s'il est possible de compter qu'ils te servissent pour cet objet seul, en les prévenant de la marche que nous suivrions avec le coutrùleur général.
L'autre expédient est bien plus hasardeux : c'est de me procurer par le secrétaire de M. de Galonné une audience de ce ministre, lui tout dire avec force, comme je m*en sens très capable. Si, avec de l'esprit, il n'est pourtant qu'un hornme ordinaire, ménageant tout el ne sortant pas de la route battue, luuis sommes perdus : })erditi nui imn diajwivli, car je vois loiijom^s ià la phice ou les quinze cents francs; s il a de Télévalion dans TiVuni ou dans respriL que le luonient soit favorable, je puis réussir. C'est casuel : je le sens, aussi je n'ose taire cette démarche sans faide de ton jugement; quant à mon rôle, je le sais si bien, que je le soutiemh'ais devant le Roi sans m'embarrasser de sa couronne.
Tu croiras peut-être que je pourrais cuiployer les deux expédients: lâler d'abord les hilendants; puis, s'ils sont iidlcxibles, aller à M. de
*** Jean-I^liilippe de Franqiielot, rlievalier de Coigay, marérhol tk camp (17^13 - 1806).
<■' l^t^ Ijiiilli Atïirie-FraiiroiB-Emiîianuel de Cmssol, iK'puis duc dllzès et pair (îe Fram"o(i750-i843).
Galonné. Il y a du pour et du contre; je craindrais qu'ils ne m'amusassent pour traîner jusqu'à la nomination de leur homme; cela fait, ils pourraient continuer d'être contraires sans que j'eusse à faire valoir cette bonne raison qu'ils te craignent et en favorisent un autre; cependant une visite pourrait suffire peut-être pour les juger et savoir à quoi s'en tenir. Dans une tête romanesque, l'idée de parler à M. de Galonné serait merveilleuse; car, s'il arrivait qu'il saisît bien l'état des choses et qu'il goûtât l'homme, il pourrait l'adopter et l'avancer; mais, comme nous n'avons pas de roman à faire, et oui bien à éviter une aventure fâcheuse, comment imaginer qu'un nouveau ministre qui a besoin de ménager tout le monde, qui n'a encore de plan sur rien, fasse une singularité qui indispose les sous-ministres dont il a besoin, pour favoriser un sujet que le seul bien public lui rendrait précieux, en supposant encore qu'il y vît le bien public intéressé? En vérité, je suis au bout de mon roulet; rêve un peu à ton tour et mande-moi ce que tu penses. Cependant, comme ta réponse ne peut me venir que mercredi soir au plus tôt, et que je pourrais aller le matin à l'audience de M. de Moutaran, je ne sais si je ne m'y présenterai pas. Je verrai demain M**^de la Blz. [Belouze] s'il y a lieu, et l'inspiration fera le reste.
Notre ami est actuellement, à deux heures, chez le contrôleur général avec le prince de Poix, pour engager le premier à venir voir la machine qu'il demandait qu'on lui apportât. Je vais me chauffer, mais le voici.
Bonne affaire! M. de Galonné ira voir la machine ^^); mais il ne peut y aller qu'après Pâques; ainsi le séjour à Paris s'allonge. Autre chose: Flesselles a vu une fois le secrétaire de M. de Vaudreuil (^); nous chercherons à savoir si c'est un homme traitable et nous tenterions cette voie. Il n'y a donc rien d'avancé dans notre besogne, rien de clair, sinon que par notre principe d'aller jusqu'au bout et de tenter tous
^'^ Prol>ablemenl à Poix. dans les environs. . . » (Droz, Histoire de
'^Galonné protégeait l'industrie non en Louis XVL 1. I, p. 3()8.)
ministre, mais en [^rand seigneur; il vi- ^'^ M. de Noiscville. — Voir lettres des
îitait les nianuraclurcs de luxe à Paris et iq cl i3 mai 178^.
les possibles, je ne pourrai te revoir aussi qu'après Pik|nes; jai iléjù grande envie de m'en rapprocher en coiichaulà Paris ce soir; tous nos gens y retournent; Jentri^tiendrai connaissance avec M. Faucon, bonhomme qui va chaudeme!it et ([ni peut lieaiiroup en mille cirtonslances; avec M. de Ville, dont rhonnéleté ma fait voir la premieie Ame parmi tous les visages que j'ai rencorrtn^ dans ce pays; aver M. Collarl, tort onlinaire» mais qui se trouve en place et peut ob!igtM\ Voila lont ce que j'ai gagné. Adieu, mon bon ami, je tVxpédierai celle-ci de Pans en te disant un mot de nmn relnur.
\\ itoLAM), \ a\iii:ns ".]
J^'uili sailli, [H nvril 178A], à 7 beuivs, — ( de Fum].
J'ai passé la journée iVUivr à courir pooi" nos amis '-*; le matin, j'avais élé avec M. d'Autic à la Congrégaiitm oh il souhaitait exlrôniement que je pusse mettre sa sœur, à cause «Ir nirs connaissances, à cause du voisinage du Jardin du Hoi, à cause de la liberté d'y faire sa cuisine, de vivre à son ménage, etc. On uous doima des espérances, j'v retruinuii 1 après-midi : point de place pfuir TluMiie, pas de moyen d'en faire ^ Je suis allée dans dix maisons : même chose ou conditions si chères quil est impossible (fy passer pour noire demoiselle qui, aprèsavoir été maîtresse d'une maison agréable, est aujourd'liiii rrîduite aux moyens les plus bornés, l^e pauvre l'rère était venu me trouver le nnitin : sou cœui' s'est brisé dans nu>n sein, nous avons pleuré ensemble; je lui ai fait prendre
^** Ifi père (le Bosr êlait iimr, le h avril 1784 (voir nis. 6*j4i, fol. 354, ietlre île Laûllienas a KnkuifL <le ce jour-la 1.
(losilile *]t»e je (ol»Ii|}e cefie fi>îs sv « (t tm m Relu le m la iwiindre iJiause .1 esph-é presaiitf'iTifmL Sy lioUe mère nailoit ohligi? daler « j'oilice, elle lorait tVri un mauL Klle
C**?sL pniljcâbleuiojil \mnv ceUe offaîiv te fait luil c*juH»limeiit. EMel (ucliei de utj
prri
* Sainle-Agathe écrivît à Maclame lîolaiel pouvoir L'oblige, — Adieu, ma Irt^s-dière, te bidet suivant, flout lions Cfiiisenoofi Tnr- je Ijuilmisîîe ruil foi,-» (Pffpkrs llotmuL
que :
thogi'Qphe : t^Mu luen ahiire.
jis. 6a/i 1 , fol* *i85.
326 LETTRES DE iMADAME ROLAND.
quelque chose; nous avons été trouver sa sœur, dont il est préoccupé à l'excès, dont le malheur pour le présent et pour l'avenir l'accable horriblement. Mon ami, ils ont une foule de connaissances, de relations, dont plusieurs sont parents et se disent amis; je suis sftre qu'il n'en est pas une qui sente comme nous leur peine et à qui l'idée fût venue de passer comme moi la journée d'hier à chercher une retraite qu'on voudrait déjà avoir, car la jeune personne se voit avec gêne dans une grande maison où les domestiques la servent par grâce, où les maîtres veulent la consoler par un ton sec ou léger et par les distractions du monde (^). En vérité, si Amiens, si ma maison, notre manière d'être offraient plus de facilité , je l'emmènerais pour donner le temps de trouver une maison religieuse où il lui fût possible de se mettre. Elle ne pleure encore qu'à peine, et avec moi seule; elle a un air que des gens froids appelleraient tranquille, et qui est effrayant pour l'œil du sentiment. Je lui ai dit que, comme elle, je m'étais retirée au couvent sans fortune, avec d'aussi amers chagrins, etc. Cette conformité l'a touchée à l'excès : elle m'appelle sa sœur; je le disais au frère pour soulager ses inquiétudes sur l'avenir : cr Eh ! vous avez trouvé un Roland; où voulez-vous qu'on en trouve un second Îtî J'ai promis d'aller tous les matins passer avec eux quelque temps. M"" de la Blz. [Belouze] est encore venue sans me trouver; je lui ai écrit pour lui demander un rendez-vous, et j'y vais aujourd'hui. Je me suis fait informer, pour le besoin, des jours d'audience des Mont[aran] et Tolz. [Tolozan]. Il n'y en a plus jusqu'au mardi d'après la Quasimodo ^^K Ainsi il me faudrait une lettre pour Rousseau W, ou bien je tenterais par mes propres ailes.
Flesselles n'a pu rejoindre le secrétaire de M. de Vaudreuil, qui est reparti pour Versailles. Je suis étonnée que le courrier du mardi ne t'ait pas apporté une lettre que j'ai mise à la poste de Versailles. M. et M°** d'Huez sont venus hier ensemble me faire visite; le mari
^'î Sophie d'Antic avait été provisoire- ^*^ ao avril,
ment placée dans une maison amie. — Voir ^'^ Rousseau , secrëtaire de M. de Mon-
lellre du 18 mai 178/1. taran.
était venu deux fois pendant mon voyage de Versadfes. J'ai reçu une lettre de Despréaux; il rassure sur M. Crétn; mais Porquier^'^ est parti, et TelTet que nous en avons ne vaut plus rien. Ma conférence avec M'**' de la Blz. [Belou^e] et ta première lettre me décideront à quelquo chose; je suis terriblement balancée. Avec tout cela, je l'avoue, nos afVaires me touchent une fois moins depuis que je vois, que je sens lallreiix malheur de nos amis. Porte-toi bien, iain tout (*our cela; sois tranquille; notre situation ne pourra être que douce et heureuse. Je t'embrasse de tout m(m cœur.
lis
A ROLMD, [À AMIENS ''l]
V»«ndt**HÎi îwriiil, <| avril «78^ , — [di» P«rb].
Tu n'en auras pas long* mon ami; il esl sept heures passc^es, je l'écris dans mou lit : j'étais futijjure d'avoir couru hier jusqu'à d<*u\ heures, depuis le malin, avec le pauvre d'Antic, pour chercher un asile à sa sœur; il a la figure trop jeune pour se prt^senter seul dans une maison religieuse et j demander à loger une jeune personne. Nous n'avons trouvé de place nulle part. Cependant il y a quelque chose en Faîr au Saint-Sacrement du Marais. M'^'^de la BIz. [Belouze] doit m'en écrire incessamment. Je serais fort aise que cela put réussir prés d'elle; il n'y a pas eu moyen à la Congi*égalion; nous avons trouvé des appartements de dix -huit cents francs, etc. Il est incroyable quel prix ou met à un coin de grenier dans ces tristes reti aites.
J'ai reçu ta petite lettre hier après midi, et je vais dès aujtiurdliui chercher M. Rousseau pour savoir de lui quand je pourrai vuii* M. de M^' [Montaran]. Despréaux m'a écrit en m'envoyant une lettre d'hormètetés pour M™*' (rArb[ouville]. 11 nie demande ce que c*est que
^*' Gr^tii, — PorquitT, — noms in-
COUDUS.
<^^ Ms. 6ù^, fol. 3a-33. — Il y a
nS avrils au niaiiuscrit, mais il fauL lire (fg avrih, date où Umûm le vendredi saint de 1784. ^
:î28 lettres de madame ROLAND.
le Jourml de France ^'^ ; il rassure sur M. Crétu et apprend que Porquier est parti et que son effet ne vaut plus rien, il y perd 4oo**; mais j'ai quelque idée de t'avoir mandé cela hier. Je n'ai point vu ta lettre par les bureaux; elle viendra à son temps. Je compte aller mardi à Vincennes avec mes deux acolytes f'^^; j'en écrirai à l'oncle. Je leur ai donné hier mon petit dîner de ménage. Notre ami va aujourd'hui à sou bureau pour la première fois, il y recevra ta lettre; il y ira maintenant tous les jours, excepté celui de Pâques, et il m'a dit que tu pourrais m'écrire par lui dorénavant. 11 n'est occupé que de sa sœur; il ne voit que le malheur d'une lille qui perd toute espérance llatteuse avec celle de la fortune; il est déchiré, poursuivi par cette idée et n'a pas un moment de repos.
Assurément, je resterai pour les voir et les consoler; car, au miheu de toutes les relations, je ne crois pas «ju'ils aient personne qui s'identifie autant à leurs niaux. Le frère le dit mille et mille choses et t'écrira par les bureaux.
Adieu, mon bon ami, je t'embrasse de tout mon cœur, et la petite Eudora, que tu prendras sur tes genoux à mon intention, en lui rappelant le nom de maman que la friponne oublierait sans tes soins. Adieu, ménage-toi bien, conserve t^i sérénité pour n'avoir pas besoin d'en faire paraître avec effort. M"'' de la Blz. [Belouze] est bien de l'avis qu'il n'y a absolument rien à tenter que de voir ces Intendants.
Adieu encore; Lavater à un autre jour. Amitié à la société, à M. d'Hervillez, etc. Je suis bien en peine de savoir si tu ressens toujours quelque chose au derrière et si le magnétisme te fait bien digérer et un pou dormir.
"^ Les Affiches, annonces et avis dioers, nal général de France, — Voir Hatin . p. ic). feuill(î quo rédigeait l'abbé de Fontenay, et Cf. leUre du lU janvier 17S5. (jui, eu 1 78/1 , |)nl pour sous-ti!re : ou Jour- ^'^ Bosc et F^;inllienas.
lU
\ IlOUiVn, [\ AMIENS ('l]
Vi'tidppfJi sainl. ati soir, I9 nvrît] \-j^h, — \de Pari*].
EIi quoi! inoil ami, <!'esl toi qui fallliges et qui pleiires^-'' ! Toi qui as droit h toutes les douceurs d'une vie laborieuse, honnête et eori^Hcrée au bien public! Toi à qui personne ne peut enlever ton propre l/*uioignage, auquel le gros du public et une toule de gens distingués joindront le leur! Toi qui apprécies si liaul les charmes de la vie domestique et <[u aucun être sur la terre ne peut empêcher d'en jouir! Ouel(]ues hommes injustes l'emporteront-ils sur tant de causes puissantes? Viens sur mon sein, notre liudnra près de nous : oublions des tMres nu*pri- .sables; notre tendresse, la cooticmce et la paix ne fei'aient-ils pas ïism»/ pour notre félicité avec la possession d'un coin de terre où nous jîuuvons nous retirer! Va, si tu peux surmonter Findiguation et ramertunie que te causent Tinjustice et la bassesse, si tu peux te déliviei* enliu d'un travail dont TelTet m'inquiète, je ne demande plus rien puni' le bonheur. J'ai eu uu moment de dégoût, tu l'as vu, mais j^* lùii puint senti d'abattement; et, je l'avoue, si j'eusse été prête a ttunlit^r dans cet état, celui de nos arais m'en eût tirée. Depuis leur chagrin , j'ai oublié nos affairés; toute mon activité s'est développée pour leur témoigner ce qu'ils m'inspiraient; uialbeureusemenl je ne puis rien, mais je me sens d'un dévouement qui suspend tout sentiment de nos
'^f En recevant la lettre au 5 avrit, llolaiiil avait ëcrit â sa femme. Je 8 avril (ms. û^ào, fol. i8o-t8i) : irll faut eummoncer piir te faire ma coTiff^ssbii : hier, à six heures, je rentrais dans l'intention de t'ëcrire» dém^entretenir avec toi ; je ne tnïuvai plus même ce couragf*; jMtfiis dans no Mut (ÏBtmeii} que ji* n'ïii jiaint éprouvé d*^puis f\\\f nous vivons
ensemble. Ta lettre, que j'avais tue bien des fois pfc "pe je venais de relire; U^s peines, le di^gout lie te» marches; ta tristesse de ta vie; un retour sur la mienne, laborieuse et bonnéte; Tidée de gens si faux, si bas ou si mecliantii ; tout cela ne pouvait être bataneé par la eonsidértition du peu de durëe dp la vie ; il ne me restp i|ii<' l*' st-niimeul des pleurs ... 1»
propres disgrâces. Mais ta lettre vient de me pénétrer; j'éprouve combien je suis en prise au chagrin qui peut t'atteindre, et l'idée de ta mélancolie me rendrait tout insupportable. Ménage mieux notre commun bonheur que tu tiens en tes mains ; prenons courage, faisons tous les possibles et passons-nous du reste.
Tai vu M. Rousseau, il se persuade que je pourrais beaucoup influer sur M. de M* [Montaran]. Il pencherait à croire que c'est le moment de solliciter la retraite. Brunet^*) vient d'obtenir mille écus. L'inspection demandée par la Reine était celle de Gliquot(^) pour de Vîmes, son gendre; mais on n'a pas voulu de celui-ci et Gliquot garde sa place. Cependant on prémédite des remuements parmi les inspecteurs généraux; on voudrait qu'ils travaillassent; on fera des changements et M. Rss. [Rousseau] argumentait sur tout cela pour la retraite. Je tâterai le terrain, je ne précipiterai rien, et nous verrons. Mais M. de M^ [Montaran] est à la campagne pour quinze jours, à Beaurepaire, a sept lieues d'ici W; M. Rss. [Rousseau] me conseille d'en faire le voyage. Qu'en penses-tu? J'attendrai ton avis. En attendant, je verrai M. ValioudW. D'ailleurs, M. Rss. [Rousseau] m'a promis de m'avertir au cas que, dans cette quinzaine, M. de M' [Montaran] fît ici une apparition.
J'ai été promener cet après-midi avec M^'^'d'Alc. [Antic] au Jardin du Roi; nous avions toutes les deux besoin rrair;j'ai vu dos plantes avec
^*^ Brimet, inspecteur des manufactures à Alençon(i4/m. royal de 1788, p. a 71). — Roland le cite {Diet, des manuf,, Discours prélim., t. I, p. xxxiv) parmi ceux de ses collè{[ues qui lui ont le plus obligeamment fourni des indications. — Madame Roland semble dire qu'il aurait été mis alors à la retraite ; mais nous le retrouvons , k VAbnanach royal de 178 4, p. 97^, inspecteur principal , toujours à Alençon.
* Gliquot de Ber vache, «r inspecteur gênerai des manufactures nationales» {Alm.
royal dei784,p. 97a), économiste connu.
^*^ Probablement Beaurepaire, à 5 kilomètres de Pont-Sainte-Maxence.
^*^ Vaiioud-Domien ville, premier commis ou, comme on disait sdors, secrétaire de Tolozan. — 11 fut, en cette affaire, très serviable pour Roland. (Voir plus loin ses lettres des 97 avril et 90 mai 1784.) — Il était encore premier commis eu 1789 (Tuetey, III, 569 4. où Ton a imprimé, par erreur, de Valiond),
Madame Roland écrit presque partout Vallioud, Mais nous suivons Torthographe de sa propi-p signature.
ANiNEE 1784.
plaisir; le frère nous accompagnait, nous avons été dans les serres. Nous avons vu enlever et tomber un beau balion de la pension de Verdier'*'. Ce matin, dans mes courses, je suis entrée aux Français ('^); j'ai visilé leur salle, que j'ai trouvée charmante, Ënfm, mon bou ami, nous sommes faits pour ôtre heureux, en dépit de tous les diables, ou jamais humains ne doivent l'être. Aie soin de ta santé, et, pour ma part, je me moque du reste* Je t'embrasse sur les deux yeux; je le conjure d'être plus Iranquilie; joue donc avec noire pouponne en le rappelant sa mère, et puis seras-tu triste encore? Ce ne serait pas sage, au moins. Ecris-moi vite d*une autre encre, ou je pars pour ne plus perdre ainsi de ma vie coulée loin de toi; en vérité, il ny a que cela qui me peine véritablement. Mais écris-moi d'après mon cnnir; je veux dire que je ne souhaite pas de changement seulement dans les signes, mais dans tes dispositions. Je ne puis tinir, il faut pourtant souper; il se fait tard; Fabbé Glontier vient de m arrêter; il a fait une a|iparitiou à Paiis et \ienl de me donner une heure. Je [embrasse sans pouxoir m'arracher île tes bras où je brûle de voler, \dieu»
[\ ROLAND, \ WIIENS 'l]
Dirntincb^ malin, Pilquen, [ii Byril 178a» — cfe Paris].
Je dois aller avec le frère dîner chez M. d'Huez, on plutAt chez Madame. J'irai voir auparavant M^*'' de la BIjî, [Belouaie] et j*aî envie de giigner le Marais par les Tnileries pour urinformer d'un logement
''^ Lîi pension de Jeaa Vpnliei\ -- maître es arts» ioglilatciir de la jeunesse, mf^decin du feu roi de Pologoe.^ ^lait à Jliûtci de Magiiy. me Sainl-Vidor, à cùlé du Jardin des PianUïs (Tuetey, iU» 585, io*a/i et Huiv.). Elle IVit snppriiiu'p en 1789, p»r suite (le Pannexion île Tljôlel nu Ijuiliru
^'^ La snIJe construite pur l*eyj'i\ Laînë et de Wailly pour les comédiens du Roi , Bin* les lerrains de riiAtel de (îundé. et où ils ôinstaOèrent le 9 avril 1782. (/est là tprest atïjourd'hui TOd^^ou . deu\ fnÎB incendié et deux fois reconstruit.
au couvent de rAssomption '^l Mais tous ces projets me laissent encore une heure que je veux employer à t'écrire.
Soir. — Vains projets! ïen étais là quand l'ami d'Antic est venu m'offrir son bras pour mes courses; mais, ne voulant pas que je fisse celle du couvent, je ne suis partie qu'à près de midi; nous sommes demeurés ensemble au coin du feu, à causer peu, sentir beaucoup. Il n'avait pas de bureau, il n'ose se présenter nulle part, il traîne son chagrin et craint d'en accabler ceux qu'il aborde; l'incertitude de l'élat de sa sœur fait son tourment. Nous avons été voir M'^*' de la Blz. [Belouze]; il n'y a pas de place au Saint-Sacrement; l'appartement sur lequel on avait des vues pourra être libre dans peu, mais à une époque indéterminée. Je t'ai dit que j'avais causé avec M. Valioud, et que, sans lui faire connaître quelle avait été ta demande, je lui avais dit que ces Messieurs ne s'étaient pas prêtés à un témoignage que tu réclamais d'eux et qu'ils s'étaient appuyés de l'indisposition de M. Tlz. [Tolozan J. M. Valioud n'y croit pas. M"^ de la B. [Belouze] pense qu'il serait bon de le voir avant tout autre , parce qu'il n'y a aucun inconvénient à cette démarche, et que, se l'étant concilié, on pourrait s'en prévaloir auprès de ceux qui faisaient tant de bruit de son opposition ; elle pense que M. de M'[Montaran] n'est à voir que le dernier, parce qu'il s'est mis dans la tête qu'il ne te convenait pas de solliciter ces Lettres, parce que, si je vais moi-même recevoir de lui un nouveau témoignage de cette façon de penser, nous ne pourrons plus aller en avant sans que ce soit lui dire qu'on ne se soucie pas de son avis, ce qui serait anéantir l'espoir de se le concilier jamais dans aucune circonstance. M. Tolz. [Tolozan] n'étant pas ou n'ayant pas été envisagé comme M. de M' [Montaran] sous le rapport d'un protecteur, on peut aller avec moins d'inconvénients contre sa volonté témoignée. 11 s'agirait donc de se concilier M. Tolz. [Tolozan], de voir aussitôt M. Bld. [Blondel] avant même que M. de M* [Montaran] fût de retour de la
' Le couvent de rA8som|ilion louchait h IVxliémité N. 0. <ln jardin des Tuileries, en face de TOrangerie.
WA
faimpagiie. M'^ de la BIz, [Beiouxe] pense iju*il serait ëgalemeiil buu fin voir M. de Vin ^^^ ; ces gens n'ayant pas été tàtés jusque présent,
le est continuer la marche sur un autre plan, sans se mettre en con- Iradiclion avec soi-aiéme. Je crois l'idée bonne. Seulement, M. de Vin me paraît assez inutile; cependant, comme il s'agit d'adresse ici
let de faire poids dans la balance, peut-être cela ne serait-il pas à
'négliger. Je suis très contente de M. Valioud, homme froid, mais honnête et qui te juge bien. Il m'a promis la note en (piestion, aux conditions, bien entendu, qu*il ne serait pas nommé, com[)romis, etc, M. Rousseau est plus doux et plus timide, mais je le crois aussi honnête. Tu sauras, en attendant, que Desmai^ets''^' n'a eu, suivant f*usage assez commun, r[ue la moitié du revenu de sa place; que Brunel a obtenu mille écus, mais à la pointe de ^ép(H^ h lorce de recoomiandalions; que Godinoi n'a point le titre d'inspecteur géuéi*al honoraire, mais prineipaV^^ comme il l'avait à Rouen, et qu'il n'y a point d'exemple de ce titre ainsi accordé. Je t'avoue que, si je sollicilais la retraite, je croirais qu'il faudrait se borner aux Lettres et aux mille écus, de peur qu'en demandant deux titres on nokmt que celui du brevet qui, uprm tout, ne »igmfie pm gmm{ chose. Mais je riois aussi que, si nom pouvons tmter maintemmt les litres seules, cent à pmjéver. Pourtant M**'' de la Bl/.. [BelouzeJ pense toujours (]ue la retraite y jointe gagnerait iiifaîllihlemenl M. BId. [BlondelJ; hm sera la disposititMi des choses qui me déterminera.
J'ai écrit au secrétaire de M, de \ ergennes pour nie procurer, par son moyen, une copie du rapport de M. de Flesselles; notre Fies-
*'^ M. de Vin de Ciallaiide, maître des Requêtes, venailde sticcider, comme Irileiidant dii commerce, à M. de Colonia (qui figure eucore à Wilnianach i^tfnî de 178/1, f>, 3tG). Il demeurait rtio SaiiU-l.fmis im Marais. — Voir, sur lui, la leltre du ûà avrd
^^ Nicoirts Desmai^els, membre de l'Acadf»mie des sciences (1771), iûspeckur deb
manufacinres. — Un des adver*aireB les plus déclares de Roland.
^*' [j'exaiii«ii des Àlnimmchê ro^flitr ap- [»orle ici uoe cnnllrmatioii curieuse : GckIinoi , cincien ins]>e€leur à Rrmeri , figure en 1783 parmi les ^ inspecteurs honoraires»' avee le titre dV inspecteur générBl^: inaijî, en 178/1» la qualilicalion est rix'lifire ; central est l'etuplacé par/jnWi/w»/.
selles (*) s'est chargé de ma lettre; il verra aussi M. Faucon pour cet intrigant que je tâcherai de gagner f^^.
La brochure que tu me demandes te sera expédiée incessamment par les bureaux. Je suis toujours toute préoccupée de nos bons amis; Tétatde Taimable sœur, le chagrin du frère, que j'aime bien davantage depuis que je le connais plus et que je le vois si affligé, me pénètrent profondément. Je voudrais l'adoucir, je ne puis que le partager et je souffre de mon inutilité. Ce pauvre ami compte pour beaucoup quelques courses qui n'ont abouti à rien; il s'est inquiété de la fatigue que j'en pouvais prendre : il m'a envoyé des vins restaurants. Il s'en faut peu que, dans l'affliction, on ne s'étonne de trouver des êtres qui y prennent sincèrement part; il y a tant de gens superGciels ou durs. Mais, en vérité, nos bons amis ne sauraient imaginer jamais combien leur situation influe sur la mienne, combien ils me sont plus chers par leurs malheurs ; toi qui sais et qui sens tout cela , que ne peux-tu être avec moi à les embrasser, je ne dis pas les consoler, mais sentir et souffrir avec eux !
Je ne prendrai pas sur moi d'acheter Lavater à M. d'E[u]. Cet ouvrage est original et curieux, mais il laisse à désirer, et cela seul pourrait faire regretter les six louis que je ne veux pas avoir sur ma conscience. D'ailleurs, on annonce un troisième volume. Les gravures consistent en un grand nombre de portraits, en beaucoup de silhouettes dont l'auteur dépeint, explique les traits et les caractères, jugeant des qualités morales, de l'esprit, etc., par les traits divers de la physionomie. 11 y a aussi des figures prises de quelques tableaux de grands maîtres ; puis des crânes, des têtes de divers animaux, avec des observations sur les proportions, les distances, etc., des lignes et des espaces qui les dessinent ou qu'ils renferment. Mais on chercherait
^'^ Peut-être est-il utile de faire remarquer endroits ici de cet «r intrigant «, uiais Mns le
ici que «rM. de Flessellesn , c'est riatendant nommer. Il semble que ce soit cet tr homme
de Lyon, et que rr notre Flessellesi, c'est le de beaucoup d'esprit n dont elle parle déjà
manufacluricr d'Amiens. dans sa lettre du 5 avril 1784. — Voir aussi
^^' Madame Roland parle en plusieurs la lettre du 1 " mai.
ANNÉK 1784.
vainement une suite de |U'aposilion8 établies coiiiuu^ hase de la science |di\»iogHomonique : ce n'est encore qu'un recueil de faits, il'idees et d'opiuioUH.
Je t'embrasse de loiil uion cœur, mon cher et tendre ami; j'enibrasse noire Eudora el je fa hiisse dans tes bras, le caressant pour sa mère ! Adieu.
V ROLArSD, [\ AMIENS '.j
Lundi de Hqne«, [i9 avrit] 1784, — \de l*arii]*
Je ne dule plus du quaulième, car je ne sais pas où j'en suis. L'ami m^a apporté ce malin ta lettre du lo, avec celle pour MM. Rousseau et VaJioud, ([uo io apprendras que j'ai df'jà vus; nous nous partageons les soins : il fait des copies pour moi, je lais des courses pour sa snnir; c'est encore en vain jusqu'à présent; mais la nécessité de suivre les aiïaires, que la disposition du b^^au-frère^^* paraît devoir allonger désagréiddenient, ne lui permettrait pas de venir avec moi, et il faut continuer de chercher un asile. M.Tlz. [ToloîEîni] e^t aussi parti pour U ciunpagne, àoii il ne reviendra ([ue samedi. Je vois que mon séjour ici s'allonge terribleme*it et que l'argent s en va ; je suis à la moitié de ma provision. Quel pays pour la dépense du temps paiMlessus tout!»..
Le frère '^ b mis aujourdlnii la brochure au Imreau de M. Valioud, qui n'y était pas et jmur lequel il a écrit uii mol. L'allaire avec Blin est terminée; d n'y a plus que le relieur qui tienne encore qnelque chose. Le libraire n a pas voulu entendre a l'échange pour le Winkelmann, qui se vend bien, dîL-il , et qu'il ajoute lenirpour le compte de Téditenr. Je ne sais si je Tai mandé dans le tem|)s, pour M. De V[in],
l'J Mh. Cy^^. fol .'îS-ag. — A k 3' page est une leUre du prieur rie Crespy, du 10 avril, que Madame R^dûod envoie b son iiKii i ; elle a écrit sa lettre sur les pgcfl blaurli(»s de celle du prieur.
^^^ M. de tioiuvîHe, mari de la sœur aÎD^ de Bosc, qui allait réclamer des comptes de 8ucces4oii f^t nuire ainsi à rélal»liîiîM.^îneiit dr» Sopjjir d'\ulir, ( Pnptrrx Hefjmun,)
'** L'UitljPiuifi.
S3(» LKÏTRES DE MADAME UOLAiND.
ce que cette nouvelle traduction de Stace était estimée ^*>. Ou dit toujours, chez M. Le Roi, force bavardises; en général, on s'occupe beaucoup de Mesmer dans ce moment, et presque tous les médecins, qui d'ailleurs le traiteht de charlatan, se livrent à des théories nouvelles sur les atmosphères des différents corps. Ils m'ont l'air de courir, sous un voile étranger, après les idées de Mesmer, afin d'avoir droit de dire, lorsque celui-ci pul)liera tout: «Mais on savait tout cela!?) Cette doctrine des atmosphères est fort plaisante, du moins elle prête à des explications heureuses et burlesques. Nous allons tous à Vinceunes demain. Tu as donc été un jour sans m'écrire ! Je n'ai rien eu dimanche. Je t'expédierai maintenant par l'ami, excepté là présente, à cause de notre voyage. Tu vois que tu auras bientôt le cher frère ''^^ que je serai privée d'embrasser; dis-lui pour moi tout ce que tu sais et embrasse-le à mon intention. Si cette petite morveuse savait me remplacer, comme elle vous dirait de choses à tous deux, comme elle prendrait vos mains en les réunissant, comme elle vous caresserait!
Je suis bien en peine de savoir précisément si tu as toujours ces démangeaisons, et, dans le cas de l'affirmative, je voudrais bien que tu ne négligeasses pas le cataplasme ; je suis tourmentée de cela et je désirerais que tu le fisses; du moins pour ma tranquillité. Le bon Flesselles reviendra, je crois, après ces fêtes. Le ciel lui fasse voir la fin de son affaire et de la nôtre! Adieu, mon bon ami; le frère te dit mille et mille choses. Je t'embrasse de tout mon cœur avec notre Eudora.
Souvenirs empressés et affectueux à M. d'Hervillez et à la société. Acquitte-moi auprès des voisins.
Lettre du prieur de Crespy :
J'ai i-eçu, mon cher frère, des nouvelles de ma soeur, de Paris; mais, comme elle ne me donnait point d'adresse, je nai pu lui faire de réponse, ce dont j'ai ëlé bien fâche. Faiteslu-ien mes excuses, car je ne veux point me brouiller avec le beau sexe, encore moins avec elle. Suivant sa lettre, elle doit vous avoir rejoint; je souhaite qu'elle l'ail fait en bonne
^'' Probablement la traduction de Cormiliolle, 1783-180'j. — "' Le prieur de Civsp).
AWEK 17 8 'i
iitt^. Je roDijiU! en Mm UieniAi tiimoin, car, si Heu iio s'opposa mes projets « je vous 11*211
F*iuaiuler a dîner JRudi prorbaîn : j^avancerfil mon voyng^e de quelques jours, parce que je
'dois en faire un autre qui demandera de la célëril^, cl j'attends de jour en jour des nouvelles
fjour te faire; et, jmssitÔt reçues*, il fani que je parte. Notre prieur part mardi proidiain [>our
le chapitre, et je pourrai bîen le même jour aller coucher a Compiègne, le IcudemaïU dlucr
là Moiit<iidier et te surlendetuain chez vous. Nous causeraos eusemhic de toutes nos petites
lalTaires, peul-^tre pas si pelites pour moi. Arranf[e7.-vous tous de mauiere que je vous
trouve tous hîen portauta. Embrassez pour moi la mère et la petite , et aimez toujours celoi
qui est tout à vous.
Ce 10 avril lySi.
\ IMH.AM), I \ AMIENS '.J
Mercredi, i4 avril 17^4, — [de PnmJ.
Ltuui t'aura donné de mes iKnivelles inijourdluii ; je nrétais léservé le rentretenir plus à loisir sur le chiingenierit de mes plans auquel de la Bz, [Helouze] n conlribué par ses observations. Je les ai pesées, elles nVont paru bonnes, et je crois devoir agir en ronséquence, quoique la lenteur qui en résulte dans ma marche contiaric également mon humeur et mes désirs.
■ Depuis que je suis dans ce pays, j\ii étudié Tétai des choses, les dispositions des pei*so»mes, et J'ai vu qu1l ne fallait [jas se (lalter de remporter d'emhlée sur M* île Caloime. Nous avons senti qu'il élait bon de tàter et remanier, s'il était possible, ces Intendants du commerce, avant du moins de risquer de les braver, ce qui, dans lous les cas, doit être notre pis-aller. Em visant trop dinut au but, nous pourrions heurter sur le passage: nous avons besoin de ménager tout, et il faut pour le présent comme poui* Tavenir îious concilier le |>lus de
■ gens qu'il soit possible, MM. Bloudel et de Montai*au se sont tous deux appuyés de M. Tlz. [Tolozan], qui n'a encore rien dit; si, d'avance, je gagne ce dernier, j'aurai de quoi rebrousser le grand argument des deux autres et j'en tirerai sùremeul meilleur [*arfi. Si je nv. gagm* |kis
^'' Ms. 6^39, fôh li^i'h'à et 87. — l/adiv^se e»l an %evso (tu folio 87.
LKTTRKfi DE MADAVK |IUL4\Lt, — I.
ce Tlz. [Tolozan], je le laisserai là, comme si de rien n'était, et j'irai aux autres sans conséquence, puisque enfin ils sont les principaux. S'ils sont tous intraitables, je hasarderai de faire parler et de parler moi-même au contrôleur général, quitte à faire arrêter les mémoires au bureau des dépêches, s'il voulait encore les renvoyer.
S'ils s'adoucissent, j'irai en avant, je ferai pleuvoir des lettres de recommandation pour les attirer. Je n'imagine rien de mieux à faire ; je sens que me voilà prise encore pour bien longtemps par les absences et les relards que cause cette quinzaine ; mais il en faut passer par là ou tout abandonner.
Je ne négligerai pas la connaissance et les moyens de d'Hauvillez^'); mais j'irai doucement, parce que je n'ai qu'une demi-confiance dans son crédit et dans celui de M. de Villedeuil'^^; s'il n'était bon qu'à me faire avoir une audience, ce ne serait pas la peine de l'employer, car je pourrais l'avoir sans lui; mais, s'il m'était plus commode de l'avoir par lui, je m'en servirais. M. de Villedcuil et tous ceux de sa classe attendent, désirent et cherchent trop pour eux-mêmes, pour être bien utiles à d'autres. On m'avait parlé de l'abbé d'Espagnac'^', qui a beaucoup d'accès près de M. de Galonné, et que j'aurais pu intéresser; mais cet abbé sollicite avec chaleur pour son frère, et j'eusse perdu
^'^ D'Hauvilleï(Hre (/'//aww7/é). — Roland avait écrit à sa femme, le ii avril (ms. 6q4o, fol. 187-188): ^M. do Bray sort d'ici ; il me conseille do m adrosser à Dovillé, intime avec M. de Villedeuil, et celui-ci bien avec le contrôleur général. Va voir Dovillé, place Royale, chez M. de Villedeuil.» — Voir, sur ce personnage, riche bourgeois ou demi-noble de Picardie, cousin des demoiselles Cannet, rAj)pondiceE.
^*^ Laurent de Villedeuil , maître des Requêtes, intendant de Rouen en 1786 {Aimaluich royal de 1786, p. aia et 'iG*i), contrôleur général du 6 mai au 98 aoi\t
1787, puis secrétaire d'État, ministre de la maison du Roi, de 1788 à 1789. — En 1786, il habitait à Paris, place Royale, hôtel de Montboissior. 11 était neveu du célèbre Laurent, premier ingénieur du canal de Picardie, et livre de Laurent de Lyonne, qui le continua. De là, sans doute, sa liaison avec d'Hauvillé.
('^ L'abbé Marie-René Sahuguet d'Espagnac, fils du baron d'Espagnac, gouverneur des Invsdides ; il commençiiit à faire parler de lui (voir Mémoires secreUi , 1 0 avril 1 780, 3i décembre 1782): agioteur et fournisseur des armées pondant la Révolution, il fut guillotiné le 5 avril 1794.
ANNÉE 178/i.
mou lem|)S ou jt* n aurais gagné qu'un uiol froid, qui neùi rieii avancé. Temps et p;itieuce, comme au commeucemeut, c'est tout ce que j'y sais.
Je vermi demain MM. Valioud et Rss. [lîousseau], je remettrai tes lettres; j'en douuerai une au premier pour M. Tolz. [Tolozau], qui rivient de la campagne vendredi ou samedi, et k qui je demande un rendez-vous, parce que je rraius que sa première audience soit trop tardive ou trop bruyante. Je serai dispensée du voyage de Beaurepaire, parce que je ne verrai M. de M' [Montaran] qu'après son confrère et même après M. Bld. [Blonde!]. Je verrai aussi M. de Vin de G*'^ [Gallande]. Il faut auiadouei- force gens; si tous ces froub d'airain ne s'adoucissent pas à faspect d%inc femme sollicitant une houne cause, il faudra gagner des démons pour l'emporter sur eux.
Je ne désespérerais pas de cet homme si farouclie de Versailles; il a beaucoup de sagacité, et, suivant la tournure des choses, il faudrait Féloigner ou le mettre dans sa nianclie, J*espère voii' Flesselles a\ant peu, il me donnera des nouvelles du Faiiron et de l'intrigant.
J'ai vu avec beaucoup de plaisir le bon chanoine de Vîncennes; il m'a reçue à bras ouverts. Je suis presque étonnée de retrouver un l)on parent. . • Juste ciel !
L'ami fera passer de tes notes à plusieurs personnes en Provence'''; il vient de nrapp<irler ton hillel dliier. Je voudrais bien être dequel([ue utilité à son aiinable s<innv; mais, bon Dieu! les amis les plus dévbués sont rarenu^nt les plus puissants. Je voudrais déjà le voir avec la petite comtesse '^ lui i-apjielant l'ouisliti: elle est femme à le lûen pi'endre.
'' P<Hir deiiiantïer des rrnseifi'iiPmenLs en vue »hi DidmtttHÎre (les manufadtires, — Robtid ci(e pliiBieurs fois, panni scâ coliaboralours do Frovfiice: IfiblH' TurU'S, sium*rieur du petit sëiïiiiiiiire de Fn:*jiifî; lîernani, prfjfesseur adjoint h l*ob»ervatt»iiT. de h marine, à i\Iiii*s*irie, etc.
^'^ La petite comtesse, odleLys f-Iu fom* «ne». Ce nom reviendra pltisieiu-s Um
dans b (jan'eB|>oïidance et se rencontre preaqne à cliaque page des lettres /tf-rit*'» par Rfdinid h celte «'[vorpie. Nous cm vous t|u'il s'ag"!! de la tiïle de M. de Braj . ijui, ainsi une nous Tavons dit (letlre Hl), avaît^pousëeii 1781 Jean-fiaptisle Diirietiv, ecuyer, seigïtenr île Gournay et de BeaU'-
CfQ
Il semble qu*ik soient venus habiter
AJi.
3/iO LETTRES DE MADAME ROLAND.
M"® de la Blz. [Belouze] a été étonuée que je n'allasse pas la visiter; je lui ai dit que j'étais partie incognito, et, en conséquence, elle s'est dépêchée de me promettre qu elle ne dirait pas que j'étais ici. Sûrement, la mère l'a déjà mandé. Qutd ad me? C'est ce qu'on faisait dire au roi de Prusse dans une parodie de la Passion que je me souviens d'avoir lue dans le temps où les Jésuites furent renvoyés. Cela ne revient-il pas bien à nos affaires?
0 mon bon ami! Il y a bien longtemps que je n'ai vu toi, mon Eudora et mon clavecin! Adieu, je t'embrasse affettuosissimamente e per tutto.
As-tu bien des relations avec M. Villard'*)? Tu devrais bien me donner un peu de ses nouvelles. Le frère te dil mille choses.
P.-S. de la main de Lanthenas :
Celle-ci, mon ami, devait vous être expédiée par la voie de M. D. [d'Anlic]; le paquet était fait ; mais il est venu hier au soir prendre les ordres de la chère sœur pour Versailles, où il doit aller ce matin avec sa sœur. J'ai été chargé de vous la mettre à la poste. La chère sœ\ir dort sans doute encore. Je viens de finir le mémoire donné en 1780 par M. Mesmer sur le magnétisme animal. Je lirai après des observations de M. Delon et la lettre encore de celui-ci au doyen de la Faculté très saine de Paris. Je vois beaucoup un jeune médecin de Padoue, que le nonce du Pape voulait envoyer chez Mesmer. Il lui a dit hier que le gouvernement s'occupait enfin sérieusement de lui; que quatre médecins étaient enfin nommés pour examiner Delon et Mesmer, examiner leur doctrine , leurs moyens nouveaux : s'il n'y a que du charlatanisme, comme leurs ennemis (une partie au moins) l'ont avancé, Mesmer sera chassé de France. Dans cette circonstance, le nonce a ajouté à ce médecin qu'il ne convenait ni à lui, ni à son protégé, de risquer de se compromettre en se trouvant sous les leçons d'un charlatan, s'il arrivait qu'il le fût reconnu ; quo cerlainomcnt on ne tarderait pas main- Paris et qu'ils oient essaye de se pousser — î^ petite comtesse venait de retourner dans la (rqualit^n. Mais celte i<lenlificalioii passer quehjue temps à Amiens, chez ses de la ff petite comtesse» avec M™' Durieiix parents.
n'est qu une conjecture îouAée sur quelques ^'^ V illard fils« sous-inspecteur des manu-
inductions. — Voir lettres des 91 mai 1781 faclurcs ù Abbevillc (Almanach royal de cl 16 mai 178Û. Voir aussi Appendice E. 1781, p. *J73).
Ul
'tenant à avoir les idées assises sur la découverte dont il s*agit, et qu'alors, si elle n'était pas pLililii]ue, ce qu'il ne pense pas, il serait temps cl*agir.
IM. Le Roy a Gni son cours d'électricité. J y ai vu une machine rjue je ne connaissais pas, faite siniplemenl avec deux cylindres de bois et un laiTefas gommé fjui circule dessus l'n passant après entre un coussinet de même étendue (|ue sa hugeur, fait simplenienl m pciio garnie de poil* Celte maehînc fait un effet considérable, plus grand qu'aucune, elon conçoiLqu*on peulfaug- K menter aisémeni , puis<pul n'y a rien de si aisé que d'augmenter les dimensions de celte marbine, oii il n'entre rien qui s'y opposa comme dans celle de verre. M. Le Roy est de Topinion que Mesmer n'a point la tbéorir et la pratique dont il se vante. Il me parait cependant qu'on chercbe à prévenir les idées de cet bomme par des spéculntions auxquelles il me semble que jusqu'à présent [on s'était peu arrêté : je veux dire l'influence des atmosphères des corps les uns ; sur les autres,
Jt* vous embrasse, mon cher, canketanmo.
[4 ROLAND, À AMIEKS ''.]
Vt'niifrtJi au w>ir, [i6 avril] 1784, — [àr Parlai .
Le bon FlesseHes est revenu de Versailles où il lui pu faire de nouvelles découvertes pour nous; j'ai été avec lui ce malin chez IVL Faucon, à qui j'ai parlé de son intrigant et qui doit^ par un de ses amis, me donner des nouvelles du rapptirt de rinteotltint de Lvon *-^ dont je voudrais joindre une copie à mes mémoires, il nie donnera aussi une lettre du maréchal de Mcb.'^^ a M, Tolz, [Tolozan] qu'il connaît ; je
^*' Sonsdouli\ h» njpport qiio Flnteudant do Lyon, Jactjuos ili* Flesseltes, dont Mi\daiiH* Roland a di>jii |iarlë plusieurs fois, ou pïutôl sou subd<'t«"gur^, M,MityïJlier, «voit en- ' \oyi'in M . dp Wi^f^^mips ( i o janv ier 1 7 84 (sur los tllres df\ la faillite Roland. — 0» sail cpie M. (\f* Ffpsselles fui h dernier prévôt des rnar-
chauds lie Paris el porîl le 1/1 juillet i789» '^ ]h^ Mouchy* -^ Philippe de Noaiiles, duc de \loochy, maréchal de France en 1775; né en 17 15, guUtobné lo 37 juin 17^4, Il éiaii père du prince de Poix, dont il a éié ipieslion plus haiiL Toute cetle famille de Nouilles élail en relations industriotles aM^ le njanufadnrier Flesselles,
mettrai cette lettre en poche; si les circonstances ne sont pas favorables, je n'en ferai point usage; autrement, je la laisserai avec mes papiers après avoir conféré et disposé les choses. J'aurais presque envie d'en avoir ainsi une de précaution de Madame Adél[aïde] pour le petit 6. [Blondel], à qui je ne la donnerais non plus quà bonnes enseignes; mais, comme cela me coûterait encore un voyage de Versailles, j'y verrai à deux fois avant de le faire. Je ne me flatte point sur tout ceci; je n'attends pas de succès, je te l'avoue, mais je crois cependant que nous n'aurons point à regretter ce voyage, parce que j'ai la confiance d'adoucir au moins les esprits et de les mettre dans la disposition où nous pouvons souhaiter que demeurent des gens dont nous aurons besoin pour la retraite. Je n'hésiterais pas un moment à solliciter celle-ci, si tu u avais plus de travail qui te rendît le séjour d'Amiens très utile; mais la nécessité de demeurer encore quelque temps dans cette ville pour d'autres parties de ton ouvrage me porte à éviter cette sollicitation à moins que d'y être entraînée par des considérations majeures. Mais nous verrons ce qui résultera de mes conférences. Quand les aurai-je toutes finies? C'est encore une question. Flesselles partira incessamment; sa fille est malade. Je fais à ce moment les paquets de nos livres dont il se charge; en voici la note :
A toi, — tableau des Manuf. 90 exempL
J'en ai gardé 5 pour les dispositions que tu voudrais en faire ici, et que, dans ce cas, tu m'indiquerais.
Un dict'" des anim* (cartonné) U volumes.
Philosophie rurale 3
Journal de Phys a
Piaule 4
A M. d'Eu, — Dict. relié U
Traité de la gravure, si laid que je ne Tai fait que cartonner a
Tite-Live 10
Démosthène 5
Iliade 4
L'art de la teialure eu soie, que tu avais laissé ici depuis longtemps.
Je ]oim ici la note dea reliures. Le cartouiiagc esl abouiinable; ces cliienis de libraires et autres sant des fripons.
Je le quitte, mon bon ami. M. Parault entre à rinstant; jai couru cet après-midi pour une pension pour FlosscHes*'^; je 11*111 rien trouvé de bon. Je t'embrasse de tout mon cœur.
[\ ROLAND, i AMIENS ^'^'.]
Saiii*Mli au soir, [17 avril] 178Û ♦ — [de Paris].
Le brave Flesselles ne pari plus; it a reçu de meilleures nouvelles
Pde cliez lui et il se décide fort sagement à ne point quitter jusqu'à ce que tout soit 6ni, puisque dans huit jours le contrôleur général doit aller voir sa machine, suivant la promesse qu'il kii en a faite à luimême. L'arrêt est bien prononcé, et il accorde seulement trente mille livres avec un privilège de dix ans; mais il ne serait pas impossible
> que, le coup d*<jeiJ de M, de Calonue lui faisant bien saisir tous les avantages de la machine, il en résultcU quelque facilité d'obtenir des changements dans Farrêt sur divers points. D'ailleurs, c*est rinstant de mettre en train FatTaire des cartons* Ainsi notre ami sera encore une dizaine de jours daus cf* pays, au moins; il est tnij» probable qu<' j'y serai davantage, car nos petites gens sont du phis diOicile acres. Je n'ai point encore reçu de réponse du Tlz. [Tolozan]; d'après quoi, je
Il ne puis aller en avant pour m'assurer des rendez-vous d'aucun autre.
B Fiesselles m'a conduite ce matin à l'hôtel de Noailles^^', où jai trouvé la lettre duniaréclial pour notre homme ; t'en userai ou n'en use-
'** Ou plutôt pour la plus jeuue fille de Flesselleâ. — Voir lettre du 19 août 1783.
«»» \U. 6^39, fol, /j<>-/*7.
*** f] y avait à Paris deux hhiek rie Noailles ; l'uu rue Saîut-Honoré, n" a 35, pi^eisque en face de la me Saint-Hoch. Il a diijpiini pour fair<^ place à la i-ue d'Algor
(Vie de Madame de Mûnta^^ 1868, p. 6); c'était celui de ta branche aliiëe. L'autre, rue de T Université (voii* lettre du t" avril 1786); cVtait celui de la brauclie cadette, c'est-à-dire du maréchal di» Mouchy et de son lits le princf de Poix, — et c*est là que Madame Hobnd allait ^oliiciter.
rai pas, suivant l'occasion. J'ai été ramenée, comme j'avais été conduite, en voiture, et cela n'était pas déplacé, car, en vérité, je ne me sens aujourd'hui ni force ni courage, par la raison peut-être que je n'ai pas d'occasion saillante à les exercer et que, dans ce moment d'inaction , c'est une forte dose de patience dont j'ai le plus de besoin.
Le frère t'aura embrassé ces jours-ci; tu auras pu remarquer que son voyage a été avancé et que je n'en ai pas été prévenue assez à temps pour lui apprendre que je ne me trouverais pas à la maison. Je ne sais comme il se fait qu'il n'ait point eu mon adresse; je m'étais persuadée avoir daté, comme en écrivant à Dieppe, de l'hôtel de Lyon. M. Brunel^*) est ici, comme tu sais; il est déjà venu bien des fois pour voir M. Lanthenas qu'il n'a point rencontré et que, dans tous les cas, j'ai prié de ne point dire, autant qu'il le pourrait éviter sans affectation, que je suis ici, tant je redoute les visites del fastidioso signore.
La bonne tombe un peu dans la mélancolie. J'ai beau lui faire remarquer les objets propres à la frapper dans cette grande ville, elle trouve tout cela bien beau , mais elle voudrait le regarder avec Eudora et elle ne saurait prendre goût qu'au chemin de la rejoindre.
Aie bien soin de toi, mon bon ami, je t'embrasse de tout mon cœur.
J'aurais bien besoin d'être utile à nos bons amis pour soulager mon cœur du chagrin de nos misères, mais je sens que j'oublierai toutes celles-ci quand je pourrai te revoir et je te jure bien , fra noi, cliio non ho pin gusio per il viaggio (Tlt^hilletTa, ne per niente che dovesse ieimnni allantanala di te ^'^K
J'ai fait de l'anglais avec le frère, puis j'ai causé avec l'ami d'Antic, qui est venu m'apporter ta jolie lettre '^^; tout cela m'a ranimée; je me trouve une fois mieux.
^'^ Bninel, — inconnu. ^^^ Probablement ia lettre de Roland du
'^' Comme on le verra plus loin , Roland 1 6 avril (ms. 69.60, fol. i9»i-i 98). — Roland
avait projeté de faire un voyage en Angle- donnait force nouvelles du logis : rrHier, le
terre avec sa femme, sans demander de frère [le prieur de Crespy] arriva... Il
congé à son administration. faisait beau et, après la petite causerie, je
Je veillerai au\ commissions pour loi vi pour les livres; jai dans
fest-à-di
mon voismage, cesi-a-tiire dans celle rue, nue connaissar M. \ illard que voient quelriuefois les amis; mais il ne rae coiiûaît point. La demande de ma demeure était une honnêteté que devait ie fds; j'aurais vu avec une sorte de curiosité sa grande sœur, si les affaires el mille choses n'avaient rendu ta réponse aussi ronvenahle. Je ne vois point M, de By. [Bray]. Il ne paitira peut-être d'Amiens qu'à la Saint-Jean. Le Dailly ^'), nid [marchand], que tu as vu ici une fois, a manqué perdre sa petite fille ces jours derniers; elh? est tombée par sa fenêtre, dans la rivière : un jeune homme s'est jeté à feau el Ta sauvée; la mère est tombée dans un état terrible par l'iiorreur et TelTroi du premier moment. Cela a fait quelque sensation dans cette ville où Ton s'amuse de tout par air. Le prévôt des marchands a été voir le jeune homme dont la générosité (tonte nakirelle cependant dans un être qui sait nager) a fait crier merveille; et la boutique du nuirchand ne désemplit pas depuis cet événenienl.
Je donne quelquefois de gros soupirs à mon pauvre clavecin. Dans i'enuui de ne le plus voir, j ai pris Faulre jour la musique qu'on m'a achetée pour lui et je Tai chantonnée durant une heure. Chanter une musique de clavecin, c*est danser sur un plancher raboteux; mais enfin, j'en avais la rage. En vérité, j'ai un grand tendre pour ce clier clavecin, et Fidée d'en jouer quelquefois au Clos, en dépit de toutes ces vilaines gens, me fait me moquer de toutes leurs grimaces. J'ai rempli , ou du moins le frère a rempli pour moi la commission de M. de B[ray]* Reste à savoir quand il faudra Texpédier.
Tu as donc été promener avec la petite entre toi el ton frère? Ce
irbabUlai; nous allâmes, en famiJIe, le j*écris; chacon est à son afîaii'e... —
jKXissîn entre les deux frères ^ voû' le dmln I le cheval sur ïe<[uel Holand faisait ses toiiruéesj, puis faire une prouienode de rempari, d'ail nous vîmes Ja voisine el son chevalier* . , La pelilc dort encore; le frère dit son bréviaire; on travaille h la cuisine;
P. -S. Ton Eiiilora se porte bieu; notis venons de déjeuner «•irsemble et de jouer bcaucoiij» nous Iruis [avec le ju'jeur]. Le clûvecin a élé accorde a^s joui-a passés et t'attend . . .n ^''' Irîconnn.
tableau m'a beaucoup réjouie. Embrasse à mon intention ce cher petit enfant.
Il fratello desiderebbe andar da Mesmer, ma non ha quidi modo; abbiamo pensato che forse una lettera dei signor d'HervUlez sarebbe una intrata, una maniera di prodursi e d'esser bene ricevuto. Vedi a questo e di quel che tu ne pensi. Addio.
[k ROLAND, À AMIENS <*l]
Lundi au soir, 19 avril 178/i, — [de Paris].
J'ai reçu, hier au soir, l'avis d'un rendez-vous pour aujourd'hui entre dix et onze. J'ai vu l'ours, je lui ai un peu rogné les griffes, mais il a bien grogné; définitivement, il m'a promis de me servir : je ne pouvais m'en promettre davantage. Maintenant que j'ai satisfait ton impatience en t'apprenant le résultat, je vais te réjouir du détail. Quand je suis arrivée au cabinet du Tl. [Tolozan], il était en bonnet de nuit et, se levant avec un demi-salut, d'un air maussade, sans me regarder, il m'a montré de la main le fauteuil qui m'attendait. J'ai commencé par le remercier du temps qu'il m'accordait, au milieu de ses occupations, etc. Un de quoi s'agù-il? dit avec impatience, m'a avertie de couper net mon compliment. J'étais déterminée à ne point me démonter; j'ai répliqué fort posément que je venais exposer la situation et tes vœux; que je venais à lui parce que sa sagacité autant que son équité, également reconnues dans les affaires, me faisaient attendre ce coup d'oeil juste et celte détermination qui doivent arrêter; que, depuis trente ans, tu avais assez signalé ton zèle, tes talents, etc. Mais à peine avais-je commencé d'emboucher éloqnemmenl la trompette, qu'il s'est élevé avec un feu singulier : « Gardez-vous de nous le présenter comme un homme supérieur! C'est sa prétention, mais nous sommes
'*' Ms. ôâSg, fol. 68-5o. Le folio 5o est à retourner.
Ul
loin de le juger leiii. De là, il m'a fallu essuyer une sortie, mais une î^ortie dont il n'esl pas possible de se faire une idée* Pedautisme, fierté insupportable, avidité de yioire, prétentions de tous les genres, caractère indomptable, contradicteur peipétuel, mauvais écrivain, mauvais politique, prétendant tout régenter, incapable de siibordijmtiun, etc., etc., etc. .... La légende serait riclie et les traits du lableau n'étaient pas ménagés, A mon tour, j'ai dit que tous ces reprocbes, tels vifs qu'on pût les faire et telle étendue qu'on voulût leur donner, aboutissaient à manifester qu'on était blessé de Ténergie d'un homme éclairé, dont toutes les opinions étaient le fruit du travail, de rexpérience, qui croyait devoir la vérité contre toute considération, et qui l'exprimait avec force; mais que, d'une part, on pouvait otîrir beaucoup de travaux réels, d*ouvrages utiles, et que, de Tautre, on no pouvait citer on seul fail (pii appuyiU tant d'accysations vagues.
ff(}uanl aux ouvrages, beaucoup d inspecteurs (fiii n'ont rien imprimé ont fourni nombre de mémoires dont nous faisons tout autant de cas; quant aux faits répréhensibles, ses lettres, sa correspondance, non avec moi personnellement (si j'eusse eu quelque difficulté avec lui, c*eût été une violente crise, et jamais nous n'en aurions eu qu'une), mais \L B[loudel] nous a lu au comité des lettres! . . . Si j'écrivais de ce ton au contrôleur général, il le trouverait très mauvais : il aurait raison n, etc.
Nous avons longuement et vivement bataillé; il est impossible d'écrire toutes ces misères. En somme, tu es un bon inspecteur, rien déplus, un lionnèle homme qui a des talents; mais il fallait que tu fusses à la première place. J'ai pris mou homme au mot, et je lui ai répondu que j'appréciais tout Téloge que renfermait cette expression et que je le croyais mérité; il s'est repenti ot a répliqué : ff Ah! la première! Non à la tête de tout. . . Son degré de capacité ne va pas jusque-là; mais bon à ordonner, point à obéir ti. Sur l'objet précis, il a prétendu quil y avait des difficultés par la conséquence dont cela pourrait être pour les inspecteurs, qui tous le solliciteraient, (t Mais tous u'auraient pas les mômes titres de travail et de famille» tî — crPour le
premier, on n'en convient pas; pour l'autre, M. de Ghàteaufavier (*J en avait d'aussi bons qu'il soit possible, et il n'a point réussi.*» Je suis impitoyablement revenue sur ce premier, qui ne tient |)as essentiellement au titre d'inspecteur. «rMais quoi, si vous les séparez, ce serait donc comme homme de lettres : est-ce qu'on donne jamais des L. de N. à un homme de lettres? t — ^ Pourquoi non, on en donne bien à un marchand de papier qui a fait un ballon ! n Mon vilain de rire comme un singe qui fait la grimace. Au bout de tout, il désirerait fort, pour lui personnellement, que les inspecteurs pussent aspirer à cette distinction et que toi, en particulier, pusses l'obtenir. Là-dessus, il m'a répété ce qui s'était déjà passé; il a vu la lettre que t'a écrite Bld. [Blondel], l'autre, etc. . . Je lui ai dit que je n'en doutais pas; que tu avais été induit à demander ces attestations parce qu'on n'avait pas désiré autre chose (les personnes de distinction qui te voulaient du bien), que tu savais que la marche à prendre était de s'adresser au contrôleur général, mais que tu ne voulais rien laisser faire à cet égard sans savoir d'eux s'ils le trouvaient bon et s'ils étaient disposés à te favoriser par leur rapport; et que je m'étais d'abord adressée à lui parce qu'on avait fait entendre qu'il avait quelque raison particulière de mécontentement. Enfin il m'a engagée de voir ces Messieurs. Il m'a promis, si je voulais pousser les choses, de les engager et de se porter lui-même à un témoignage favorable. J'ai observé que, s'il entendait par là les aveux du bien évident, modifié par des restrictions comme avait fait M. B. [Blondel], cela ne devait pas m'inspirer de confiance quant à l'effet. 11 m'a rassurée, mais en mordant à l'idée que c'était pour te conduire à la retraite. Je lui ai montré mes mémoires; il m'a donné ses avis, m'a dit de refondre celui-là avec Valioud, brave homme en qui fai confiance el qui aime bien votre mari. Puis : crje puis beaucoup te servir; on m'entend avec plaisir?). 11 a loué mon enthousiasme qui faisait mon éloge : crll fait, Monsieur,
^*^ M. de Cliâteau-Favier, inspecteur des pour son Dictionnaire des manufactures (t. II , manufactures à Aubusson (Almanach royal p. 196 et 206), un intéressant mëmoire sur de 1 78A , p. 276). — U a fourni à Roland, la manufacture de tapis d' Aubusson.
valel de cfianibie, il est assez iHrange que cet homme à qui l'on reproche un caractère qui fait ouhlîer ses talents, ses travaux, son zèle, soit pour sa femme rèlre le plus distingué, le plus vénérehle à tous égards Tï. L'ours a répondu avec assez d'esprit; mais je le conterai cela un antre jour. Enfin il s'est assez bien montré, et M'^'' de la B. [Belouze] a crié Meraviglia!
Je viens de courir chez ]î. [Blondel]; il est à Versailles, dV>y il no revient que ce soir fort tard; il n'y avait pas un chat dans ses bureaux; j'ai été chez Cottereau^'^ pour le prier de travailler à me faire avoir une audience avant samedi. J'écris une lettre à celte fin, je Tenverrai demain matin, et nous verrons. 11 faudra bien que j'aie Tair de consulter Valioud. N'est-il pas plaisant que ce T* [Tolozan] donne des avis sur la manière d'écrire nn mémoire? Mais, par exemple, on ne doit mettre le tuot iYancelres que pour des nobles; celui de pères est le seul qui con vienne dans Tautre cas, etc. . . Je crois avoir vu le plus maussade, il n'est pas possible que les autres disent ])is; il m'a cepen- (laiil prévenu qm* \1. B* [Blnndel] mVn dirait tout a niant, et M, M^ [Montarau] un peu davanlage; il a vonlii montrer dt* la franchis*», i'épétant au reste qu'il avait à cuuir de ne me riim dire de désagréalde; puis, lorsqu'il m'a juomis (pielque chose de favorable, observant que je pouvais l'en croire, je Ini ai répliqné (pTà juger par proportion je devais assurément le croire très sincère dans ses derniers aveux.
Je crois que, {jénéralement, ils ne se soucient pas que la classe des inspecteurs puisse prélendre à une distinclion de ce genre. Le T. [Tolozan] a parlé du Voififfe, de ce voyage fait par les ordres du gouverneiiienl el dans lequel on trouvait mille misères, crA la vérité, il aurait pu être rédigé avec plus de soin, mais la foule des matériaux et de choses excellentes qu'un y htmve annoncent le bon obser"\ateur; on aurait pu hii reprocher de passer trop de temps à soigner sou slyhs s'il vmI rlonné l)eauroup traKention h celle partie; tous les
^'^ (lolLereMii . sein'ilairf' (jri M. Blonde!.
écrivains périodiques en ont fait Téloge , et les Italiens louent sa véracité, son exactitude. T) — «rJe ne l'ai pas lu, moi, mais j'entends dire celai), en continuant son ton de blâme. Puis le mémoire sur les velours de coton; le ng^(') ne fait pas la différence d'un art à un mémoire; la querelle d'Hlk. [Holker], etc. . . J'ai dit que tu n'avais rien écrit ou, du moins, entrepris d'écrire sans leur aveu, ainsi que tu l'avais fait encore pour la partie encyclopédique; que tout le comité avait consenti. «rOui, M. B. [Blondel] n'y a pas trouvé d'inconvénients; moi, j'y en trouvais; mais enfin, on a permis, tj On sent encore que c'est malgré lui.
Adieu, porte-toi bien; embrasse notre Eudora; reçois mille choses du frère; j'envoie ceci à l'ami dont j'ai reçu ta dernière et les nouvelles précédentes.
Je suis demeurée près d'une heure dans ma conférence.
[a ROLAND, À AMIENS'-'.]
Mardi y après-midi , [ so avril 1 78/i , — de Paris].
Ce M. B. [Blondel] est inabordable; j'ai envoyé ce matin, à neuf heures , une belle lettre , avec billet au secrétaire pour en presser l'effet; Sa Majesté n'était pas encore visible et M. Ct. [Gottereau] m'a répondu qu'il saisirait le premier instant et ne négligerait rien d'ailleurs pour m'obliger. Si je suis conduite jusqu'à la fin de la semaine, en voilà pour douze jours avant que M. d'Arbouville rejoigne à Versailles M. de Galonné ; ensuite le renvoi à Nosseigneurs^ puis leur avis qui traînera
^^^ Sic au manuscrit. — Nous croyons que lion , cl no peut pas ne pas y voir ia divul-
cela veut dire tenf^ocianlT) , el qirii faul Tin- galion officielle, auliTuient dil la mise dans
terprëter ainsi :1e négociant, qui voit publier le domaine public, de procédés tenus se-
un Art par un inspecteur des manufactures « crels jusque-là. C'était le fond de la colère
considère nécessaii'ement que ce travail est de Holker contre Roland, tiré d'un mémoire rédigé pour Tadministra- ^^- Ms. 6289, fol. 5i-55»
ANiNEE 1784.
:îr>i
comme la queue d'une comète, puis la décision du minisire; je vois d'ici trois grandes semaines, pour le moins, avant de savoir définitivement i\ne pcutHHreil ny a rien à espérer* Enfin nous m avons déjà tant fait <ju*il (iUiJ bien (inir et y manger son dernier soL Au milieu de tout cela, comme il faut bien aussi, quand je serai de retour, avoir Tnir d'avoir fait quelqu*^ chose, sans jamais parler d'affaires, je suis ailée dimanche au tonceri spirittieV^K comme Aristote va en Prusse'-' et ailleurs, pour en parler. Cependant je m'y promettais aussi un peu de plaisir, et j'en ai eu assez; mais, chose étrange, j*ai entendu admirablement jouer du clavecin, et cet instrument m'a paiu insupportable par sa sécheresse et sa dureté. Était-ce la faute de Findividu [ou de l']instrument? Était-ce roffet d*une comparaison rapprochée aver le moelleux des violons, des cors, etc? Je ne sais, mais j'en ai été singulièrement frappée.
Vous saurez, mon cher maître, que, dans la loge attenant la nôtre, j'ai vu M. de La Blancberîe,qui a eu fair île !ie point nie reconnaître; voilà ce que j'appelle un événement!
Mercredi, aprèft-midi.
Grandes affaires depuis vingt-quatre heures! Tu vas avoir ma confession pleine et entière; mais avant tout, pour ne pas t'échauffer le sang, sache que j'ai vu et \1. B. [Blondel] et M. M. [Montaran] et que tout cela est dans ma manche. Trois heures s'étant passées liier sans que je reçusse de réponse h mon épître du malin, me rappelant d'ailleurs que c'était jour de travail des Intendants avec le contrôleur général, et n'espérant rien pour ce jour même, je suis partie avec ranii d'Antîc pour aller entendre M. Fourcroy qui ouvrait son cours au Jardin du Roi, Une autre fois, je te rendrai compte de la séance, après laquelle nous nous sommes promenés avec un savant aimable*''^ (jui
' ' ' Voir Mémoires necreU , 1 7 avril 1 7 8 'i : <»Lp eonceri lipirituei a ét^ Iransporttf liier h la sa]le des marliines d\i cbâioau des Tiiî- Icries. .. ff Suivent de» (Mtails, une foide immense t un O nniulnris do Gossec, mvrveillriiseraenl chanta par Lup , Boiiaseaii el Cli<^ron;... puis -M"* t*arndis a continue
lie faire radmiraiiou du pnbtic par sa pror<mdn intelfrg'enre et son exécution savante, précise, rapifle et sure».
^^'' Allusion a Michel Consin. — VoîrA[ïpendiL'e I> .
'^' On verra plus loin tjne ce mivanl ainnibte est le uaUn-altstle Bronssonnet,
352 LETTRES DE MADAME ROLAxND.
doit nous accompagner un jour à Gliarenton et me donner, cet élé, des lettres pour Londres, etc. En rentrant à l'hôtel, à sept heures, f ai trouvé une lettre qui me donnait rendez-vous pour quatre et demie, temps vers lequel elle étiiit arrivée; j'ai sué comme sous les doigts de M. d'Hervl. [Hervillez] '*'; je suis partie comme Téclair, le bon ami d'Atc. [Antic] ne m'a point quittée; nous sommes sautés dans une voiture, et fouette cocher! Je sentais bien que je trouverais les oiseaux dénichés; mais il importait de comparaître et de prendre langue pour une autre fois. H n'y avait que le portier; j'ai dit que j'arrivais sur la lettre, que sans doute le facteur ou autre avait négligée, que j'étais au désespoir; j'ai demandé du papier, j'ai fait an billet bien chaud, bien éloquent où j'exprimais mes regrets et que je reviendrais le lendemain à neuf heures attendre l'instant favorable. Jamais on ne s'était mieux mordu les lèvres, et jamais on ne regretta si vivement le temps perdu à écouter un professeur, que je fis hier.
Ce matin, je suis arrivée dans les bureaux de M. B. [Blondel] presque aussitôt que les secrétaires. Il n'était pas jour à l'appartement, mais on me disait qu'aussitôt son lover M. B. [Blondel] venait voir ses secrétaires. Dix heures sonnent, l'apparition tant souhaitée ne se faisait pas : M. Cott. [Cottereau] appelle un valet de chambre, demandes! Ton est levé, et, sur l'aflirmativc, fait dire que je suis là; on revient me dire que, dans un instant, Monsieur sera visible. Effectivement, j'ai été introduite à son cabinet; il m'a fait des excuses de m'avoir fait attendre; nous avons causé, et j'ai été un peu déconcertée: j'avais provision d'armes pour la défense, je n'en ai pas eu besoin, elles m'ont presque embarrassée. Tout ce que je puis te dire, en somme, cest que si lu
Pierre-Maiie-AugusleBroiissonncl(i7Gi- ei Daubenloii, malgré son cxlréme jeth
1807), 4"^ élevait fournir une brillanlo et liesse, venait de le faire nommer son sup-
Irop courte carrière scientifique, revenait pléant dahonl au Collège de France, puis
aloi-s d'AngleteiTe, où il avait passé Irois à TEcole vétérinaire d'Alforl. Il sVlait bien
années, avec Taniitié de Banks et le titre de vite lié avec Bosc. — Voir Appendice K. membre de la Société royale de Londres, ''^ Au baquet magnétique d'Amiens.
rends garde à la correspoiidaiice, rjue lu y în«?ttes plus de douceur, u ijuc lu me la laisses faire, si Lu \eux, seulement six mois, qifau out de ce temps il vaque une inspection générale, je viens ici et je veux Favoir. Mais, sur loute chose, comme je te le disais avant mon ^départ, ne le Mclic pas dans tes lettres, ou fais-les moi voir avant "de les expédier, car il ne la ut plus les piquer. Ta fierté est assez
I connue, montre-leur de la bonhomie.
I le suis venue de là chez M- de M' [iMonlaran]. dont c'était le jour d'audience. Sa douceur, ce fond d'honnêteté que tu lui connais se renforcent devant une femme qu'il craindrait de mortiOer, Le moment de rhumeur était passé; on voyait qu'il avait quelque chose sur ie cceur, mais qu'il aurait soutTert de me le ténioifjner* J'ai été ensuite foir M* Valîoud à qui j'avais écrit hier assez longuement, en lui comuuniquaul nos mémoires et lui envoyant un [îrécis que j'avais fait l'après les idées de M. Tlz. [Tolozan]. 11 m'a dit que celui-ci avait été ^enchanté de ce précis, de ma prestesse à saisir ses idées; qui! nvait ■frappé du pied en disant que j'avais de res])rit comme un lutin, et Bqu'il était merveilleusement disposé. Vendredi, ces Messieurs doivent causer au Comité, entre eux, de notre alTaiie; j'aurai vu d*ici là M. de Vin; je saurai samedi s'ils ne démentent point dans leur particulier ■ce qu'ils nTont dit en face, et aussitôt après je pars pour Versailles. ^TM^'* de la B. [llelouze], que j'ai vue aussi, croit comme toujours que l'obtenticm des Lettres est une chimère; mais elle pense qu'il est bon de suivre Taffaire, ne fi\t-ce que pour mettre les Intendrints dans le as de rendre ce hou témoignage qu'ils promettent et dont tu pourras te prévaloir en temps et lieu. Au reste, en parlant de la retraite laquelle tu songerais bientôt, j'ai eu réponse de M. de M^ [Monlaran] que tu élais fait pour être bien traité et que tu pouvais y compter.
Mon bon ami, tous ces gens ne sont point si diables; ils étaient abeurlés et la sécheresse de ton style a fait tout le mal eu leur donnant à croire que tu étais d'un caiactère terrible et que tu avais des prétentions intolérables; je l'assure qu'on |>eut les manier; mais,
LlLTTIIEâ DK ¥40 AVE ltOLl!^D. — I,
devant ces éléphants furieux, il fallait mettre un mouton : les voilà apaisés. Résultat pour notre objet, car ils m'en ont entretenu très sagement, raisonnant sur les choses , les difficultés, les circonstances, etc. : en soi, cela est fort difficile, d'après Fopinion que M. de Malesherbes a fait prendre au Roi; c'est qu'il ne saurait être trop réservé sur ce genre de grâces qui diminue aux dépens du général le nombre des contribuables aux charges publiques pour des générations qui vont toujours croissant; d'ailleurs, vouloir que M. de Galonné demande la chose, c'est à quoi l'usage, les formes reçues, etc., tout enfin, est contraire : il faut que M. de Vergennes renvoie l'affaire au contrôleur général en lui écrivant pour savoir son avis; celui-ci demandera le leur aux Intendants du commerce. Voilà la marche invariable. Cela sera donc à voir avec M""® d'Arbouville.
M. B.[Blondel]aété fort raisonnable, peu s'en faut que je ne l'aime. Nous avons causé d'administration: il m'a dit que, depuis plusieurs années, l'administration ballottait sans avoir un système fixe; qu'il fallait bien, en tout, se plier aux circonstances; qu'il penchait vers la bberté, mais qu'il devait aussi ne pas choquer le ministre; que souvent il ne le répondait pas, que tu pouvais juger qu'il était retenu par quelques ménagements, mais que ta marche était assez tracée pour que tu n'eusses pas d'incertitude. Je lui ai exposé les fonctions concurrentes du préposé d'Abbeville , des gardes jurés, etc.; il m'a répondu parle fait de Tinspecteur du Dauphiné, qui a été en avant en occasion à peu près semblable; le Parlement a voulu intervenir, donner un arrêt, condamner l'inspecteur à une amende; le Conseil casse tout ce que fait le Parlement, soutient son homme et le soutiendra en cassant le nez au Parlement, etc. Il m'a observé que ta sensibilité te rendait ombrageux, te faisait supposer l'idée qu'on voulût te nuire; que, trop porté à l'enthousiasme, tu jugeais moins sainement certaines choses et que tu mettais de l'importance à des riens qu'il serait sage de ne pas relever; que tu n'avais pas besoin d'instruire les autres des détails de son département qui ne les regardait pas; que tu dois diviser tes procèsverbaux de tournée de manière que l'un eût ses toileries, l'autre sa bon-
nelerie, lui rensemble elle resle^*'. Tu jiifjes que, sur ce qui précèdf;, je ne suis pas demeurée muette; il a conservé un parfait sang-froid, un aîr agréable, accueillant, confiant même, auquel je n'osais croire en paraissant m'y livrer. Il s'est plaint légèrement que lu ne faisais guère de tournées dans ton département, que depuis longtemps tu ne lui avais parlé des moutons du Boulonnais, etc. Je n'ai pas voulu mettre trop de choses en Tair; mais, comme je lui ai demandé la permission de le revoir dans le temps que je demeurerai ici, je ne désespérerais pas de le faire aller à Londres.
Je viens de voir FlesscHes qui m'averlil que Faucon et un autre pourront gagner rintriganl; j'irai demain à flitUel de Noailles. J'ai été chez Prault; ce que lu désires va son train; tu dois maintenant en avoir des nouvelles.
Je me suis interrompue pour aller aux Français; j'ai vu La Rive et Mole avec grand plaisir; ce nVst que des acteurs qu'il faut parler quand on vient de Corwlan^^K Je laisse au frère d'ajouter ici quelque chose et je t'embrasse de toute mon dme,
P^^ de Lanlbeoas :
J'ai repris pour je ne sais encore combien de temps, mon cher ami, les cours que la quinzaine de Pâques avait interrrimpiis. Hier, M. Desbols^^^ dans une leçon de matière médicale, parlant du soufre, après avoir épuisé toutes les préparations qu'on lui donne et toutes les propriétés qu'on leur attribue , a évité de s'étendre sur ceile d'agir pour ainsi dire occultemmt sur réconoraie animale, qu'on lui a reconnue depnîs peu et qui fixe beaucoup lattenlion d'un grand nombre de médecins qui croient y reconnaître le magnétisme animal, si décrié par les uns, défendu avec plus ou moins de chaleur par tous ceux qui
*'^ Voir Appeudice F, «les lulendaats du commerce», sur t^organiî^ition de ce srr- \ic«, — Rappel on 8 que chacun d'eux avait clans «on dejiarlPinent, oulre un certain nombre de GëiK^ralu^iî pour rciis<?frd>Je , un semce 8p4kial : Toloxan» la lionnelenc; Montaran, les toileries; BlondeL les papeterie» et tanneries; de Vin d*! Gulliinde , le.s soieiies*
^'^ Tragt?die de La Harpe » donnée cette aonéc-lii pour îa première fois (a mars 178/!), avec un mince succès. Larive jouai t Coriolan {Mém. secrets, 3 et 6 mars 178^ , et Cotresp. liitér,^ 3 mars «78^).
**^ Louis Desljois de RocLefort (1750- 1786), profesaeur de clinique à Thôpital de la Cliaritë.
en connaissent quelque chose, et attendu, par ceux mêmes qui affectent le plus d'incrédulité, avec impatience. Il me semble cependant que le gouvernement s'occupe moins que je le croyais d'éclairer le public sur cet objet. J'en ai parié à plusieurs médecins des Facultés, qui, en me parlant de leurs assemblées, m'ont avoué qu'elles ne sont composées que d'un tas de jaloux qui n'avancent rien. M. Le Roy pense et dit qu'on a éventé le lièvre en publiant cette propriété du soufre combiné, uni avec la limaille de fer. M. Desbois, quoiqu'il n'ait pas voulu s'expliquer hier, a promis d'y revenir à la fin du règne minéral. Je suis fort curieux de l'entendre : ce sera sans doute le résumé de ce qu'on pense à la Faculté.
Après avoir lu tous les écrits de part et d'autre, ma curiosité est certainenaent très grande et très vive , et je crois ne devoir et ne pouvoir m'en rapporter là-dessus qu'à moi, et, si je pars bientôt, ce ne sera pas sans quelques regrets à cet égard.
La présente, mon ami, à la suite de laquelle j'ajoute un mot sur une nouveauté dont je vois que l'on parle tous les jours davantage, vous fera connaître que vos affaires ne sont pas au point oii vous les croyez; il ne s'agit que de faire remuer à la fois toutes les machines que vous pouvez employer, et, pour cela, vous verrez par l'activité de votre chère moitié que la commission est parfaitement dans les mains qu'il faut. Je désire beaucoup qu'elle puisse accélérer autant qu'elle le désire elle-même; ceux qui vous connaissent ne peuvent que regretter pour tous les deux ce temps de séparation. Ménagez bien votre santé, mon ami; je vous embrasse corde et animo.
Mon ami de Fréjus [l'abbé Turles] ne manquera pas de vous répondre. Je crois vous avoir dit que je lui ai écrit, et très longuement, sur les pelleteries. Je presse et n'obtiens rien; mais sous peu de jours j'aviserai.
[À. ROLAND, À AMIENS <'l]
Samedi, aA avril 178/i, à 7 heures et demie, — [de Paris].
J'aurais pu, je devais l'écrire hier au soir, car la toilette et les courses du matin rendent toujours difficile de faire une longue lettre
<^> Ms. 6939, fol. 56-57.
dans cette partie de ia journée; mais rami d'Antic, témoin des regrets que je donnain à mon claveein, m'a tait apporter un forto-piano; j'en ai ratlblé tout le reste du jour; je ne savais me coucher et je n'ai plus fait rien autre que de me rappeler ce que je me suis trouvée avoir oublié. Si je devais rester ici loiif^temps, je le demanderais une symphonie de Lemaus'^^ que j'aime beaucoup, qui est copiée à ia main et qu'on peut envoyer dans une lettre. Mais pourquoi ne me Fenverrais-tu pas? Je n'ai point assez de loisir pour étudier du nouveau; ce que je puis (aire de mieux est de rapprendre ce que je savais, parce que j'en viens à boni l>ien plus tôt. Le frère m'a conduite hier chez un chevalier de raucicnne cour qui a des relations avec la maison dOrléans, qui connaît M^"'' de Mon tesson ^'^', etc. Gomnie tu es du Beaujolais qui^^' . . .Tu m'entends: on peut faire de cela une raison pour intéresser et se faire une protection. Malheureusement, notre chevalier a qiiatre-vinfjt-deux ans, conte comme Nestor et ne va pas plus vite en besogne; tout Orléans est au Raincy el n'eu revient que dans trois semaines; mais il y a ici un secrétaire des commandements de Son Altesse; le chevalier doit voir ce secrétaire, et je n'en négligerai pas la connaisscince.
J'ai été aussi hier chez M. de Gallande; je lui ai dit que j'étais la femme de finspecteur d'Amiens, qui n'avait pas riionneur de lui être personnellement connu, mais qui avait eu celui de lui adresser ses ouvrages; que Tobjel de ma visit<^ était de le prévenir que, devant t'adresser peut-être dans peu à M. de CaloTme pour réclamer une grâce, et ce uiiuistre devant sans doute recueillir le témoignage de Messieurs les Intendants du commerc*^ sur Ion zèle et ton service, je fe priais, d'après ces ouvrages, les seids litres qui lui fussent connus, de joindre ses suffrages à ceux de Messieui-s ses confrères, rll pense, je crois, à se retirer. M, de La[>lt. [Laphitièrejt^ — or Oui, Monsieur, il travaille depuis tant d'années, etc.. .; il a l'avantage d'être né, etc*..,
**^ La mfirqiiis<* de Montesium ( i ySyî8o6)^ qui, iiiiio depuis 177^^ par «m mariage secret îiii duc «rOdéaos, le père tic
Philijïpe-l^galik^ aiuusait et gfiuvernaii sa piHite c«>ur*
'^' L*^ lieaujylfiis faisait partie do l'apnnage du dticd'Orl<'an^. ( Voir Appeadicc M*)
et cette grâce le déterminerait à embrasser plus tôt une retraite quelle rendrait plus honorable et plus douce. t) Il a observé, comme tous les autres, qu elle tirerait à conséquence pour les inspecteurs, qui ne manqueraient pas de s'en prévaloir pour solliciter la même chose. A quoi j'ai répondu par les motifs qui font ici une exception. Sur mon exposé de la famille, il observait qu'il serait mieux de demander un renouvellement; qu'on obtenait pour cela des arrêts du Conseil. Chacun a son avis : le chevalier m'avait dit que les Lettres étaient bien difficiles, qu'il serait plus sage de demander le cordon (*) qu'on accordait plus aisément et auquel les Lettres ne se refusaient jamais. Définitivement, M. de Vin m'a dit qu'il était très nouveau, qu'il ne pouvait que se joindre à ses confrères et qu'il le ferait avec plaisir en ta faveur. C'est un personnage de trente-six à quarante ans, assez grand et dégagé, petite tête (je parle du volume), visage bourgeonné, perruque naissante, qui a un peu l'air d'un ancien marchand devenu seigneur, et qui ne me plaît guère. Mais, comme assez peu de gens ont cet honneur, il est possible qu'il ait du mérite malgré cela et que je n'aie pas eu le temps de le saisir. Je vais ce matin voir le brave M. Valioud pour savoir ce qui s'est dit au Comité, puis je partirai pour Versailles conférer avec M°^ d'Arbouville, accrocher des recommandations, s'il y a lieu, et faire le possible. Valioud s'est montré avec une chaleur qu'on n'attendrait pas de sa physionomie glacée; il est pénétré pour toi d'une haute estime, et cela ne fait point du tout mal près du Tolz. [Tolozan]. Croirais-tu que celui-ci, qui m'a tant criée, m'inspirerait assez de confiance , plus que les autres qui m'ont fait bonne mine, et qui ont l'air de ne pas tout dire? Dans sa brusquerie , il a delà franchise
^^^ Roland répond à sa femme le sS avril s'il n'y avait que ce moyen, en ne le por-
(ms. 69&0, fol. Qog-910) : (tTu sais que tant jamais, il vaudrait mieux obtenir par là
mon idée était bien de demander des lettres que de ne rien obtenir ... « — Le nombre
de renouvellement de noblesse, et, en tant des chevaliers de Tordre de Saint- Mi-
que de besoin, d^anoblissement . . . t Puis, chef était alors de 85 {Alm, royal de 1784,
sur la question du cordon : «t. . . Il s'en p. qoo-9o4), parmi lesquels Cliquot de
faut que je me soucie du Cord. n, [cordon Bervache, un des inspecteurs généraux des
noir, cordon de Saint-Michel]; cependant, manufactures.