AN\ÉR 178A
et il en fait gloire; il csl capable d'agir en faveur, parce qu'il est autant pénétre du bien qu'il avoue que du mal qu'il reproche. Je me souviens que M. de M* [Montaran]» adoueissant ce que je lui rajq^elais de sa lettre, disait que tout cela signifiait que tu étais fait pour la première place et que tu nVHais pas propre pour la tienne, A M. Bld. [Bloudelj, qui me faisait tant et tant d'observations sur la nécessité de se plier aux circonstances, d*être ménagé dans la forme poui' n'indisposer personne, etc., je disais que je savis bien que, dans le monde comme au théâtre, on trouvait plus commode le savoir-vivre d'un Philinteque la vertu d'un Alcesle; mais que celui-ci n'avait jamais, aux yeux de qui que ce fût, mérité d'être puni de son austérité, et que tu Tétais de la tienne. Je ne sais trop si j'ai été entendue : dans le cas de la négative, il pourrait bien me reprocher, comme à toi, une tête romanesque, ridicule quand on a plus de vingt ans.
Je ne me porte point mal, mais je suis ruinée de fiacres ces derniers jours où je n'ai pu m'en jiasser. Sera-ce mon dernier voyage à Versailles? Ainsi soit-il!
Je compte partir avec Flesselles qui m'est venue voir hier avec Mart^*'. Ils ont eu la visite de M, d'Agay et de sa famille; tout cela est eochanté de la machine; niais M. de Galonné promettant de venir la voir n'a pas encore pu le faire. Penses-tu qu'avant de quitter ce pays je dusse voir M. d'Agay? Est-il probable qu'il n'entende pas parler de mon voyage et même de son objet? Car je crois que Bld, [Blondel] te voit M^^^ de la B. [Belouze] paraît avoir sur le cœur que je n'iulie pas voir la petite comtesse : cela lui paraît une j^olitesse toute simple qu'il est étrange de ne pas faire; elle ne me dît pas tout cela, au moins, mais je Fenlends à merveille. Ton avis, et alors je verrai en revenant de Versailles, c'est-à-dire quand j'en serai revenue.
J'ai reçu des nouvelles des deux Bénédictins, du Crépysois à son arrivée chez lui,, et de l'autre à son départ. Tu as bien du mal avec le poussin poui* le faire pro[>re; ce n'est pas uue petite alfaire, en soi
^'' Martin, Tassod^Me FbsfîeHes,
et pour la santé. Je t'embrasse avec lui. Ohl juste ciel! combien j'ai envie de vous revoir! La bonne a des bobos d'aventure, etc.; elle maigrit beaucoup et, si je demeurais six mois ici, je ne sais si je la ramènerais. Le frère, qui me fait toujours bonne et douce compagnie, t'a répondu pour M. Dezach ('); ta lettré est bonne et aimable. Belin n'entend point à l'échange; je ne prendrai que pour M. d'Eu. Mille choses à lui, femme, famille et l'ami, et surtout au docteur et à la société. Je l'embrasse de tout mon cœur. Je ne te parle presque pas de nos bons amis frère et sœur et Achate, sinon que je les aime toujours plus et que je ne saurais en dire pour peu.
[À ROLAND, À AMIENS (''
Dimanche au soir, 9 heures, [96 avril] 1786, — [de Paris].
Rendue chez M. Bld. [Blondel] un peu avanl onze heures, je suis montée aux bureaux. Coït. [Cottereau] y est entré peu après, revenant d'avec le maître qu'il alla aussitôt avertir de ma présence; je fus introduite. Le magistrat, plus grave que je ne l'avais encore vu, m'a dit: tr Madame, l'affaire a souffert, comme je l'avais prévu , beaucoup de difficultés au Comité (je n'en crois pas un mot, mais j'ai fait tout comme): on ne pouvait imaginer convenable de donner à M. de Calonne l'avis d'écrire, lorsqu'il n'avait pas été consulté. Mais vous eussiez été continuellement ballottée de l'un à l'autre, j'ai bataillé, je l'ai emporté. J'ai fait une lettre que pourtant je n'ai pas lue au Comité, crainte de nouvelles objections, et, travaillant hier avec M. de Calonne, j'ai saisi le
^^^ Le baron François de Zach, astre- celte époque, sans succès d'ailleurs, de
nome ; né en Hongrie , il avait quitté le ser- faire nommer Roland membre de la Sociétë
vice de rAulriche pour passer à Ix)ndres. royale de Londres. — Voir Appendice H,
Il devint plus tard directeur de l'observa- rrLes Académies «. Cf. Lettre à Bosc du
loire de Gotha. H était alors lié avec Brous- 1 8 décembre 1 786 , et à Bancal du 27 jan-
sonnet, Bosc, I^nthenas, fut mis par eux vier 1791 , et Mémoires, II, aSi.
en relations avec les Roland, et s'occupa à ^*^ Ms. 6989, fol. 58-69.
ANNKE 1784.
moment pour la lui faire signer; je vais vous la lire avant de Texpédier à M. de Vergennes. T) ^ — Celle lettre enveloppait, comme une chemise, tes deux mémoires; elle exprime à M. de Verg[ennes] l'exposé de la dematide et le très court précis de tes raisons fondées sur trente an* nées de travail, des voyages dans Tétraiiger, des connaissances dont ta as enrichi nos manufactures (pas un mot des ouvrages imprimés), et ta famille, Tune des plus anciennes du Beaujolais; le ministre dit ensuite qu'il ne peut s'empêcher de témoigner que Les services» ta famille, les circonstances qui te sont particulières te méritent les bontés du Conseil t»l
Dans le vrai, on ne pouvait espérer rien de plus ni de mieux de M, de Galonné, la lettre eût-elle été rédigée dans ses bureaux. J'en suis fort contente. J'élaîs loin d'imaginer que cette lettre désirée serait Pouvrage des Intendants du commerce et particulièrement de M. Bhl. [Blondel]; c'est assurément tout le succès que je pouvais me promettre, ou plutôt auf[iiel je n'osais prétendre. C*^ n'a |>as été l'ouvrage d'aucune recommandation étrangère; si ce n'est la pej-sonne employée très à propos par NF' de la BL [Belouze], nulle antre n'avait encore parlé. Tu vois que, de cette manière, M. Bld. [Blondel] a tout le mérite de l'affaire; je le lui pardonne, en vérité, car il y a réellement concouru et puissamment. Eu revenant cliez moi, j'ai regretté de
**^ Voici ceUe letlre, qui s« Irouve deux fois en copie aux Papiers Bot/md, tï'dhnrd de la nia in tle Lan l h en a s (rus, fia^j i , fol, !3li7- 968)» puis lie lu ruaui «le Madame FloUind (ms« (>îi4B, fût, 55). Elle e^t dutee du 8 mai lySi et adressé; à M, de Vergennes |mr M. de Caloime:
f J*ai r honneur de vous faire passer, Monsieur, iiD mémoire présenté par le sieur Roland de la Pbtit^re^ înspi^etetir des TnantiracUinï^i de Picardie* Ce priiculier dem Etude des tellres de noblesse. Il eipose qu'il eîtt eniplujé par railfittiiisLration depuis plus de trente ans; <|u'tijiri«i» avoir voyagi^ enAllema^^ne, en Italie, en Portugal, par les ordres de M. de Trudaîne, îl a en-
richi r industrie nationale de toutes ees connaisaann^ qu'il a recueiîlies chei Tétranger. Le sieur Roland a joint à t^on mémoire de:^ détails qui prtjuvent que sa famille esl une des plus aucieiiues du Bt^aujolaî*» et a toujours tenu un ranj^ distingué dan* cette province. Je ne puis, Monsieur, que m'en rapporter Èi votre prudence sur ce que vous jujjereK ronvenabli^ de proposer nu Roi relativement à la dénia iiiie du sieur Itoland de la Platière; mais je ne puis lui refuser de vouH témoigutT, Mtmsieur, qu^'iï a été vérilalilement utile aux manufactureif et que, par sa nalure et ranciennHé de ses servicf», il parait mériter la bienveillance et la prohrtion du Cou - B<nl.
Tai rfjonneur, elc. . • t»
n'avoir pas demandé une copie de cette fameuse lettre; j*ai écrit en conséquence à Cott. [Gottereau], qui m'a fait répondre qu'il viendrait me voir demain matin. Sur-le-<;hamp, jai fait à Tabbé Gloutier une lettre qui , je le compte bien, fera regretter à M"*^d'Arb[ouville] de m avoir donné lieu de craindre que je l'eusse impatientée; elle est susceptible de ce regret et je saurai bien en tirer avantage. Je me suis transportée chez W^ de la Bl. [Belouze], à qui je devais bon compte de ce qui s'était passé, et, par son avis, j'ai été aussitôt me faire écrire chez les Intendants du commerce, que je verrai ensuite à leur audience; mais j'ai oublié M. de Vin. Je me suis aussi inscrite pour M"* d'Agay, au mari de laquelle je ne dirai rien. Au reste, ils partent dans huit jours: ce sera un hasard si je les vois ici. Je crois que tu ne ferais pas mal d'écrire à M***^ de la Bl. [Belouze], aux conseils de laquelle j'ai tout attribué , et non sans raison à plusieurs égards. J'ai vu M. Rous8[eau] qui m'a dit de belles choses de M. de M^ [Montaran] sur mon compte. On rapporte demain la terrible affaire <*>. J'oubliais de te dire que je suis vite allée chez D. Blanc (^); il était à dîner et ne s'est pas dérangé pour moi; je lui ai écrit, de la loge du suisse, que l'intérêt qu'il mettait à t'obliger me faisait une obligation de lui apprendre que l'affaire avait eu un plein succès auprès de M. de Galonné, etc.; qu'on ne saurait faire intervenir Son Altesse^') dans une cause plus juste et mieux présentée; que c'était le cas d'une recommandation à M. de Vergennes, etc. Je vais demain, avant sept heures, chez les Vaudreuil et de Mouchy, pour faire diriger des recommandations là-haut; j'at-
<*^ Un gros procès où M. de Montaran — Voir aussi lettre du a3 mai 1784. ëtait engage (voir, plus loin, lettre du ^*^ Dom Blanc, bëuëdictin, procureur de
a8 avril lySi). U y a aux Papiers Roland , Saint-Martin-des-Champs, à Paris, — com-
ms. 6si^i, fol. 335, une lettre de Roland patriote de Lanthenas (voir lettre de Ro-
à M. de Montaran où il le fâicite «rdu gain land, du 5 mai 178a, ms. 6a Ao, foi. aaS-
de son procès «>. Cette lettre est datëe a 36). — Roland (k^rit à sa femme, le 3 mai
d'Amiens, a3 mai 1781. Mais il faut ëvi- 1784 (ibid,, fol. aaa-aaA) ; ffll est le fiic-
demment lire ij8i, si Ton se reporte à la totiim de Tabbë de Saint-Far, qui a un
lettre de Madame Roland à son mari, du grand crédit sur Tesprit de son père, le duc
ai mai 1784 : ttCesi toi qui m*apprends d'Oriëans.?) le gain du procès de M. de Montaran >). ^'^ Le duc d'Oriéans.
tends Cottr. [Cotlcreau] el je pars pour Versailles, où je nvaccn>cherai à mon petil M- de Ville, par lui h M. de Saiiit-Roinainf*'; si la fantaisie m'en prend, je vais trouver M. Hennîn^^^, et nous verrons. Au fond, je n'ose espérer davantage et je tiendrai toujoui'S mon voyage pour utile, puisqu'il a été roccasion d'un témoignage solennel de tes travaux et de Ion mérite de la part de gens qui dénigraient l'un et l'autre. C'est un grand changement de noie et nous n'avons plus maintenant qu'à les tenir sur celle-là, pour en tirer parti dans l'oecasion.
Je pousserai le reste jusqu'au houl, et nous verrous si M, de Vg* [Vergennes] fera encore une gambade pour nous échapper.
J'ai fini la journée par aller voir la Qiravane^^^ qu'on donnait pour la dernière fois et dont je ne counaissaiis que la parodie; c'est joli, mais bien petit à côté des Datmùles ^^\
ï'ï Alm. royal de l'jSh, p* aA5 : «rCliefs et premiers carumiîï des tmreaui des ministres,. . . i\L de Verg^ennes : M. l^éligiiy (le Sairil'Romahï,, . » les leltres pteates d'anoljU^î^emeiit ou de confinïiation de do* blesse. . , 'j, — M. de Saint-Romoiri avait pn>lilr:' pour son compCe du m^i^vîcc autjuel il etail prt^posé { voir Appendice J )* — Ou Irouvo, d^autre paH, au ms* Gsi^S, fol. lû, im des Préciê qiie Madame Roi and distribuait dans les bureaux, de »ou licriture, avec la menliou maiginale : M. tkSfmt-B.
t'^ Ahn, roifal de 1 78A , p. *J 45 : f M. Hennin, secrétaire du Gonf?eil d'htat, ud des deux rhefs de la Correspootiurice poiitique du d^^partement de M. de Ver^'ennesw, — Roland avait eu quelt[ues relaltous avec lui. (Voir, ms. tjIiSQ , fol. 1 à'j , une b»ttre du 6 octobre 1781, où il ie rcuiercie d'avoir levé les demîer's obslacles qui s'opposaient â la publication (les Lctfr€4id'Italie.) — Uenlïiu devait entrer. Tannée suivante {Mém. seeretg^ 1 1 février lySS), à TAcadrune des Inscriptions; il est bien connu comme un
des commis les plus important des AITinres étrangr^res .sous Louis XV et Louis XVI, pu même temps que cannue savaut et colleclionueur. (Voir Bîogr, /Îa5fo, et Masscju, p. 37 et suiv.)
^^^ La caravane du Caire, op^ra en Imis actes, de Grt^try» — Voir Mém. tecretSf iG et a 5 janvier 1784,
^** Lex Danaïdes, optera en ciuq actes, de Salieri. rrApri*s avoir vlé jouo pbisieui's fois avec succès à la cour, où la Reînc y cbunta chaque fois^î [Bîogr. Rahbe) , il fut reprtbL*nt«? pour la pPMiiière fois h Paiîs le a 6 avril 178a [Corresp. lift.).
Madame Roland, le ^j3 avril» n'eu parlait donc encore que par oiû-dii-e. On verra plus loin qu elle le croyait de Gluck. Od avait, en elTel, annoncé tout d'abord que (îluck y avîiit mis la main (voir Ménh hcretSy 8, a 5 et *j 6 avril 178^1). Ce n *^1 que trois seuiaiues après [tbid., 16 mai) que les journaux publièi'eut une lettre de Gluck , alors à Vienne, déclarant que Toeuvre était entièrement de Salieri,
J'ai reçu tes lettres d'hier, je laisse à l'ami à te répondre sur plusieurs points, et je t'embrasse de tout mon cœur. Je n'ai point encore présenté les adresses chez Panckoucke'^), mais tu sauras que les emplettes de livres, Trévoux'^), etc., ont été payées par le frère de l'argent qu'il avait à nous; le mien s'en va. Dieu sait la joie! Je m'ennuie d'écrire ma dépense, tant pour fiacre, chiffon, pain, eau : j'ai envoyé tout au diable. Je regarde bien à quoi avant d'employer mon argent, et je me dispense d'y songer quand il est parti. M. Bld. [Blondel], en faisant la lettre , m'a bien épargné des cadeaux aux bureaux du contrôleur général. J'ai beaucoup d'exemplaires de Tourbes. J'en dispose d'un de tous tes ouvrages incessamment et je m'occuperai de la dédicace. Adieu, mon ami, mon Eudora; que j'ai envie de vous revoir, de vous embrasser et d'oublier tout ce monde et toutes les affaires!
[a ROLAND, À AMIENS ('l]
Lundi, 96 avril 1786, — {de Paris].
Je ne suis point à Versailles et maintenant je n'irai plus de quelques jours. M. Tol[ozan] avait porté au Comité un nombre prodigieux d'affaires, m'a dit M. Valioud; il n'a pu les traiter toutes et n'a pas fait mention de la nôtre. Voilà ce que j'ai su définitivement hier dimanche à midi; si je fusse partie ensuite, je n'aurais probablement pas réussi à instruire M""*^ d'Arbouville et à lui faire parler au contrôleur général, qui ne passe à Versailles que les samedi, dimanche et lundi. D'ailleurs, si je l'eusse fait, je n'aurais pas eu le temps de préparer d'autres recommandations, comme je pourrai faire en y allant au milieu de la semaine. D'ici là, je rappellerai au Tol[ozan] sa pro-
^*^ Panckoucke , pour qui Roland ëcrivait lettre de Roland , du 3 mai 1 78 A , ms. 69^0,
le Dictionnaire des manufactures, lui rem- fol. 9âa-âaâ). boursaitle prix des ports des épreuves, sur ^*^ Le Dictionnaire de Trévoux,
la présentation des enveloppes (axées (voir ^^^ Ms. ôaSg, fol. 60.
messe pour vendredi prochain et je prierai le frère de voir M Vid[iondj pour m*inslruire aussitôt, car je désirerais beaucoup qu'il en IiU (jueslion généralement entre eux avant le renvoi de l'affaire. J'ai profilé de la circonstance pour soigner un rliuine dont je me serais bien passée, mais <[ni est là et qui me gène beaucoup, car il entreprend le nez, les yeux et la voix de la solliciteuse, qui, de cette rdl'aire-là, n'a plus Fair ni le ton fort dégagés. Je bois de Teau de tous les cûlés, je cherche h suer, ce qui n est pas aisé, le temps s'étant très refroidi; je me repose ou je joue du forte-piano : voilà ma vie pour quelques joules.
J'ai reçu tous tes avis pour Flesselles et je lui ai tout remis; lu juges s'il fc remercie, etc.; il est maintenant à Versailles; il va pousser falfaire des crts'^l M. de M^ [Monlaran] a toujours son procès qui occupe terriblemenl son monde, à ce que me mande M. Rousseau en s'excusani de ri^^tre pas encore venu me voir* A tous j'ai t^iit valoir la retraite prochaine; le malin B. [Blondel] a souri; je ne sais si c*eât de plaisir ou d'incrédulité, comme s'il eût imaginé que je voulusse lui présenter nu appât. Je n'ai point fait valoir à M. M* [Monlaran] la perte de R.'^', parce qu'il observait comme tous les autres, loisqiic j'établissais le désir de la chose sur ses privilèges qui adoucissaient la modicité de la fortune, la situation à tous égards, etc*, que c'était une aflairc dispendieuse dont les avantages en outre n'étaient pas si désirables; puis, quant à certaines charges publiques. M, de \I*[Montarau] mettait en doute si la retraite avec titre d'inspecteur n'en mettait pas à l'abri comme elle vous y met lorsque vous êtes en place '^J. (Chose à éclaircir.)
'*^ Des cnrtms, iiïïmve se roitadiaiit plus ou moins, st»mbJe-l-il , h celle tïe biiKifliinc pour lotjueiie Flesselles soliicilait un privilège.
<*' Petil-étre In petit; du poslt^ rie Eouen, sur lequel RobaJ avait ]»]us du laainH rompit, au ujoruent de la retraite de Vn>dinol, en 1779- — ^'^'*' '^*p^^^^i*'*^ ^•
^^^ Déclaralioti Ju Roî, du 3 noveiidirrî 1716 : ^'^..ÎVoiis avons, par ces jrrésenleiï, . . . exempté et exemptons totis le» inspecieuCB des ui an u fa dures de drops et de tniles de notre irtpunie, de la Ci>llecte» ttitelte, curatelle , noniinotmn h icelles, guel, garde» ïR^t|ueatre, garde *me a blés et fruits, ou antres charges publicmen, en-
Que ta sensibilité m'est précieuse, mon bon ami, et que ses élans m'attendrissent! Je ne puis te dire combien je souhaite de te rejoindre. Je t'assure qu'en t'embrassant avec notre Eudora, je me trouverai heureuse à ne plus rien souhaiter au monde. J'ai besoin de me tenir en action, sans quoi l'impatience et l'ennui de ne te point voir m'assaillent et me tourmentent horriblement.
C'est par toi que j'ai appris la réception du frère maître es arts^'); à cette occasion aussi, il m'a dit qu'il avait écrit à sa famille que, n'ayant plus assez d'argent pour se faire recevoir docteur, il ira voir son père tout de suite s'il ne lui envoie pas un supplément, et dors, après avoir passé avec lui la belle saison, il irait l'hiver à Montpellier. De tout cela il résulte que, si je partais maintenant pour Amiens, il pourrait peutêtre y venir; mais que, suivant la lettre qu'on lui écrira, il pourrait bien n'y pas venir du tout. Cette découverte ne m'a point amusée et nous avons eu hier une petite risse d'amitié ''^).
Tu sais qu'il faut la note des livres à faire venir de Neufchâtel. M. de B[ray] m'a dit qu'on voulait avoir cette connaissance avant de se charger de faire entrer, etc. . . 11 m'a conduite l'autre jour, dans sa voiture, chez M. Tol[ozan]. Je vois beaucoup IVP® de la B.[BeIouze]. Adieu. Je t'embrasse de tout mon cœur.
semble du service de la milice, tant pour eux que pour leurs enfants ...»
Arrêt du Conseil , du 7 août 1718, rendu en interprétation de la Déclaration du 3 novembre 1716 : ffSa Majesté a ordonné et ordonne que les inspecteurs des manufactures, tant de laines que de toiles, établis par Sa Majesté dans les différentes provinces et généralités du royaume, seront et demeurent exempts de toute taille, pourvu néanmoins qu'ils n'y possèdent aucuns biens immeubles, qu'ils n'aient point été imposés
à la taille auparavant dans la province où iU exercent leurs emplois, et qa'ëtant uniquement occupés des fonctions auxquelles ils sont obligés, ils ne fassent aucun cornmei^ce» {Dict, des manu/., 1. 1, a* partie,
^'^ On sait que Lanthenas étudiait la médecine. Il venait donc de prendre son premier grade. Avant la fin de Tannée, il devait être reçu docteur à Reims ( i3 sept. 1784).
^^^ Allusion, sans doute, à l'accent méridional de liantlienas.
[\ ROLAND, k AMIENS <".j
M«rdî, ^7 avril 178^, — [de PârU].
Tu n'auras qu'un Diot, car il est d^jà tard; maïs je snîs bien aise de te donner des nouvelles de mon rhume. Le séjour de la chambre et les autres petits soins l'ont diminué considérablement. J'espère en ôtre bientôt tout à fait débarrassée. Je ne t'apprendrai rien de nouveau d'ailleui*s, car le forte-piano ne rend que des sons, et c'est avec lui que je m'entretiens dans tous les moments où je suis seule; cette ressource ne jmuvait m'étre procurée plus à propos. J'ai reçu hier une lettre de M. Kousscau père, qui m'invite à dîner, s'excusant de n'être pas venu faire son invitation par une affaire survenue, et excusant son fils qui en avait été empêché par des rendez-vous avec le secrétaire du rapporteur de M, de M' [Montaran]. Le billet est conçu dans les termes les plus honnêtes; j'ai refusé en donnant la raison de mon rhumi\ J'avais vu ce père en allant voir la première fois le fils, qui demeure
vec luis Je vais faire une lettre à l'ours pour lui rappeler sa promesse pkis vivement, et je prierai le fi'ère de la lui porter a son audience. On a doimé hier, à l'Opéra, la première représentation des Banaiden,
e Gluck '^'^^; la foule élait prodigieuse; je ne pourrai sonjjer à y aller cpu' la semaine proctiaine. On se presse également aujouril hui aux Français pour le Maniige de IngarOy méchante pièce où il y a beaucoup de polissonneries, dit-on, qui a été jouée à la cour, et que plusieurs
K)ison a défendu de donner; enfin elle va paraître au théâtre de la apitale^^l Si tu vois dans le humnl de Park une lettre de M. de La jllanchcrie sur le jeu de M**"^^ Paradis au concert spirituel ^ tu sauras que
te
'*' Voir sur celle erreur iiii sujet tUi Gluck la leUre du iî5 «ivril, note 7.
^^^ Ijs première represenlalwu piililique
du Mfirittge de Figaro eut lieu eu oITet h ay avril 1 78a. ( Voir Mêm. seartif 37 avril , 1 *' mai t 78/1, etc. , el (hrrexpondance liiié^ raire, t \tll, (>. 5 17»)
c'est la virtuose que j ai entendue le même jour que de La B[lancherie] Técoutait et faisait ses observations. Cette demoiselle Paradis avait commencé d'être traitée à Vienne par Mesmer, qui en parie je ne sais où**).
Donne-moi de tes nouvelles, mon cher ami; parie-moi de ta santé, j'en suis presque toujours occupée. Tu as bien de la peine sûrement à rendre Eudora propre pour la nuit, pauvre petit enfant! Il te tient compagnie à table, il occupe ma place, il jase et te fait des poutoitë^^^ : il est bien heureux! La bonne va doucement son petit train, assez tristement; elle est fort maigre et s'ennuie de tout son cœur, Tu sais que Belin n'a pas entendu à l'échange, et qu'on lui prend le Trévx. [Trévoux] pour M. d'Eu; le doute que j'ai eu si celui de Visse était le même m'a fait dire qu'il était plus simple de prendre celui qu'on indiquait. M. Parault te dit mille choses; je vois cet honnête homme assez souvent; il est doux et modeste comme une fdle, et intéressant par sa littérature. M. Gannet de Sélincourt est venu l'autre jour comme j'étais sortie. Je t'embrasse de tout mon cœur. Million de choses aux voisins, grands-parents, à la petite, société, etc. Flesselles attend mercredi M. de Galonné W.
^*^ Voir la lettre du 20 avril 178 A. — M"* Paradis était aveugle {Méin, secrets, îi avril 178A, et Correspondance littéraire, avril 1784).
^*^ Baisers , en languedocien. — Roland avait du rapporter ce mot de Lodève.
^^^ Suit , au manuscrit , une lettre de Valioud à Madame Roland, que nous donnons ci-après ( Madame Roland a écrit sa lettre sur les pages blanches de celle de Valioud) :
Madame,
J'ai travaillé hier après-midi avec M. Tolozan. Je lui ai demandé s'il s'était entretenu de votre
aiïaire avec MM. les Intendants du commerce, li m'a dit qu'il n'avait pu le faire par la raison que M. de Blondcl est arrivé fort tard au Comité, et qu'on a même été obligé de remettre à un autre jour bien des objets qu^on avait k y traiter. Mais il m'a chargé de lui donner one note qu'il mettra dans son portefeuille, pour qu'il soit question de vous vendredi prochain.
Je suis bien fâché , Madame, de ce retard. Vous voilà dans le cas des pauvres plaideurs qui sont obligés de prendre patience. Je désire au moins que vous ne perdiez rien pour attendre.
Je suis avec respect, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.
Valioud Dormenville.
Ce dimanche, aS avril 1786.
[k ROLAND, k AMIENS'".]
Jeudi, 99 ovpil 1786, — [de Paris].
Je viens de l'hôtel de Noailles; j'ai pris une voiture ; j'étais aussi faible que si j'eusse été malade véritablement; c'est TdAtôt des sueurs qui ont presque chassé mon rhume, dont il me reste fort peu de chose. J'étais si faible et le moral s'en ressentait si bien, qu'en revenant et voyant ce triste Paris, fourmilière d'intrigants et cloaque de toutes les ordures, puis soupirant après toi et mon Eudora que je ne vois plus, j'ai pleuré comme un enfant.
M. Faucon ne me fait pas grandement espérer de la résolution de notre homme à faire intervenir la Reine; j'ai parlé aussi clair que je le pouvais sans casser les vitres; nous verrons encore à Versailles. Je viens d'écrire à l'abbé Gloutier une longue lettre qui ne se ressent point de ma faiblesse, j'y expose le gros des choses pour qu'il le communique à M™° d'Arb[ouville], qui aura le temps d'y réfléchir avant que je la voie, ce dont j'espère tirer un meilleur parti. J'ai aussi récrit à M. Valioud pour lui rappeler de s'informer le plus tôt possible du résultat du Comité, dont j'enverrai savoir des nouvelles samedi matin, si je ny vais moi-même.
Je vais cet après-midi avec les chers amis, frère et sœur, à Gharenton; je verrai un savant intéressant '-^J, que j'ai déjà vu, qui pourra nous donner quelques lettres pour l'Angleterre. Je dois voir des tissus faits d'une fdasse dont je te porterai des échantillons, bien supérieure à celle de nos chanvres et lins, et qui provient d'une plante de la Zélande.
Flesselles a eu hier M. de Flessellcs; les machines de Mill'^>, tant
^*^ Ms. 6339, fol. 63-64. sieurs Miln faisaient marcher à Neuville-
^'^ Broussonnet. sui'-Saône, près de Lyon (voir Dict. des
^^^ Les machines à iiler le colon que les mamf,, t. II, p. 187). — Voir TAppendiceL
LETTRES DE UADAMb RULA>D. I. fl'l
■ «PKI)II.IIIK RArtU^lLK.
vantées et si bien cachées , sont celles que 1 on a depuis plusieurs années à Amiens et que tu as publiées dans tes Arts. Notre ami s'ennuie fort et partira incessamment; je lui ai demandé quelque argent par précaution; il m'a donné, suivant ce que j'ai prescrit, un mandat de 5o écus, que je toucherai à volonté chez de Ladreux, à qui d'ailleurs il a dit et répétera de me fournir, sur mon reçu, ce que je voudrai lui demander. J'ai eu hier l'abbé de Yin^^), dont je tiens une bonne histoire sur le port de tes ouvrages envoyés à M. de Gallande; je te régalerai de cela viva voce. Je ne te réponds rien à ta petite querelle sur mon rhume, dont je t'ai parlé sitôt que j'y ai eu fait attention, et que le frère ne t'appris qu'à ma prière, t'écrivant pour moi ce jour-là. Ne t'inquiète point, me voilà guérie; je vais me familiariser aujourd'hui avec l'air que, sans doute, il me faudra aller respirer à Versailles samedi après midi.
J'ai vu hier le bon chanoine, inquiet de ne m'avoir pas revue dans son ermitage et craignant que je ne fusse repartie. Tai eu aussi, comme il était avec moi, la visite de M. Rousseau fils, avec l'un de ses confrères; je les ai tous reçus de mon lit, où je suis demeurée hier très tard. Le frère t'aura raconté ce matin le plaisir que les amis m'ont procuré hier d'entendre jouer ici, du forte-piano, une virtuose qui doit revenir quelquefois me voir et me donner ses conseils; déjà ses observations m'ont fait apercevoir plusieurs vices de province. Je ne te dirai rien du bruit que font certains spectacles dont les journaux t'entretiendront; je t'en parlerai quand je les aurai vus. Rappelle-moi à nos voisins, et surtout au brave M. d'Herv[illez] que tu sais m'avoir depuis longtemps inspiré confiance et attachement. Voilà le frère qui vient me raconter ce que l'abbé de Lille f^' lui a expliqué de Virgile dans l'instant. M. Parault nous explique Pope, les soirs : cela me fait grand plaisir.
^" L^abbë de Vin, — inconnu. — ^*^ Au Collège de France, où Delille était professeur de poésie latine.
ANNÉE 178/i. 371
Je t'embrasse de tout moi-même, cœur, âme, espiit, etc., et j'ai envie de n'être plus réduite à te l'écrire.
P.-S. de Bo8c :
Le projet a eu son exécution : nous avons dtné en famille, à vos dépens, pris un fiacre jusqu'à la barrière, oh nous avons fait usage de nos jambes pour finir la route jusqu'à Aifort et nous sommes revenus par la même voie sur le bord de l'eau jusqu'au Jardin du Roi, où un fiacre nous a pris et mis chez nous, crevant de faim et très fatigués comme vous pouvez croire. Vous jugerez d'après ce récit si votre bonne femme, notre excellente amie, se ressent encore de sa faiblesse; le reste de son rhume s'est dissipé. Nous avons vu beaucoup de choses dont elle vous rendra compte, car il faut que je travaille.
A ROLAND, [a AMIENS (''.]
3o avril i78'4, vendredi soir, — [de Paris].
Je viens des Italiens (^J, mou ami. Le spectacle était des plus médiocres, mais il fallait voir la salle; et, si notre affaire finissait bientôt, je ne resterais sûrement pas une seule minute pour voir quoi que ce fût. J'étais libre aujourd'hui ; les Français et l'Opéra n'étaient pas abordables , parce que c'est la seconde représentation des deux nouveautés; je suis donc allée à l'autre spectacle où j'ai mieux aimé prendre des dernières places afin d'y conduire la bonne. C'est au bout du monde pour le lieu que j'habite; je suis horriblement lasse. Encore un peu pour hier de notre promenade à Aifort, dont je te conterai long, et pour les moutons de d'Aubenton (^J qu'on y élève par échantillons, ainsi qu'on a fait
^'^ Ms. 6389, fol. 65-66. ^'^ Daubenton était, depuis 1783, profes-
^*^ Le Thëâtre Italien , qui était déjà en fait fesseur rr d'histoire nalureUe des animaux et
rOpéra-Comique , s'ëtait installe, depuis le d'ëconomie rustique vétérinaire « à rÉcole
18 avril 1783, entre la me Favartetla rue d'Alfort, où, ainsi que nous l'avons dit, il
Marivaux, dans la salle qui a été brûlée le s'était fait donner Broussonnet comme ad^
a5 mai 1887. joint (Alm, roy, de 1786, p. Sig). Hélevait
une bergerie selon sa méthode, et pour la magnétisation des chevaux que traite M. Flandrin^*), sans avoir pourtant le secret de Mesmer, et du cabinet; puis d'une pompe, des nouveaux arrangements, etc. M.Fld. [Flandrin] n'était pas à Alfort, mais nous l'avons rencontré sur le chemin à notre retour; il était à cheval et fut salué par notre compagnon, le professeur de botanique d'Alfort^^'; j'étais derrière, je le nommai assez haut : il me salua avec étonnement, se retourna plusieurs fois et longtemps en appuyant une main sur la croupe de son cheval qui allait toujours.
Tu auras cette lettre directement; l'ami d'Antic part demain , de bon matin, pour Versailles, où nous nous verrons; il y va vendre la charge de son père^. J'y trouverai Flesselles sur le point de son départ, car il quitte Paris dimanche pour retourner à Amiens. Il emportera une pacotille dont je crois t'a voir déjà fait passer la note. Il restera le Journal de Trévoux sur le sort duquel il faudra que le pmpriétaire prononce. Quant au catalogue désiré (*>, j'avais souhaité te le procurer avant N. que tu en eusses connaissance, mais il ne se vend point et ne se donne qu'à ceux qui achètent des objets du cabinet. Au reste, il ne vaut ni n'apprend rien, car il n'y a pas un seul pourquoi des divisions qu'on y suit, et c'est une pure inutilité dont il y aurait conscience de garder la fantaisie.
Bernard'^) a des engagements irrévocables, dit-il; il ne veut, ne peut entendre à rien , pas même à fixer l'époque où il commencera ta partie. Mais il promet de faire un jour, et bien; j'en aurais beaucoup
là un troupeau do mërinos espagnols, qu'il essayait cracclimater en France. — Voir Dictionnaire des manufactures , (. 1 , 9* partie , p. no8*; cf. Mémoires secrets, ai avril et 17 août 1784.
^'^ Pierre Flandrin (1752-1796), directeur adjoint et professeur de médecine vétérinaire à rÉcoled\\lfort(i4/m. roy. de 178/i, p. 54*j). — 11 était de Lyon et devait avoir eu quelques relations avec les Roland.
^*^ Broussonnet.
^^) La charge de médecin du Roi par quartier.
^*^ Le catalogue de la bibliothèque de Marquer qu'on allait vendre. (Voir ms. 6a&o, fol. 229-930, loltre de Roland, sans date, mais qui est du 7 mai 1784.)
^*^ Bernard était un des graveurs des planches qui devaient accompagner Touvrage de Roland.
à le ré[)éter de ses raisons, mais cela t'avancerait peu. Je veri*ai Paiickoucke — avant de m'en aller de Paris, j'entends. 11 faut prendre patience encore pour cet article; il en est bien d autres pour lesquels la mêine recette est nécessaire. Je ne vois à rien pour* nous défaire des LeUtm.
La bonne désirerait savoir des nouvelles de son petit rn>re, s'il a paru à la maison ces fêtes, s il se porte bien; elle prie Loiiisoii''^ de s'iororoier aussi de M""" Cagnon, braves gens chez qui elle fut au mardi gras.
Notre Nestor chevalier est émerveillé du mémoire; et, depuis qu'il Fa lu, il veut ton extrait de bapténie, celui de ton père et de ton grandpère et leurs extraits de mariage: avec cela il prétend laire obtenir des Lettres de reconnaissance; et moi je te jure quH disserterait là-dessus jusqu'à notre seconde génération, s*il vivait encore aussi longtemps. Mais enfin, je l'engagerai à se passer de ces pièces et à faire dailleui*s ce qui pourra (stc)^ ce qui n'est pas trop clair.
En vérité^ mon bon 'ami, j'ai bien la ronliance d\)ul>lier près de toi tous les défauts de succès, les revers; je crois que je ne voudrais même pas acheter ce [ïlus grand succès par une absence encore aussi longue que celle que je viens de passer. Je sens phis vivement que jamais qu aucun bien ne peut équivaloir à celui de la tendre amitié, de Tintîme dévouement répandant ses douceui^ sur tous les instants du jour. J'ai hâte de retourner' en jouir; je ne vis point : mon cœur, tout moimême est sans cesse autour de loi et de notre enfant. Pauvre petit »Hre! Qu'il aiqirécie et goûte un jour une union comme la nôtre, nous lui aurons appris et donné ce qu'il y a de meilleur au inonde!
Je vais me coucher, il est tard; je laisse à Tami de jorirdre ici un mol. La parodie de la Camvane^^^^ m'a lait rire; le reste était détestable. Adieu, mon cher et bon ami; je t'embrasse alFettuosissimamente^'^^.
^^ La cuisinière d\4imeti8.
*'' I.a parodif êp ia Caravane (|iie Rosière et Rtidet faîsaierU jritier mix Italiens. (Voir Mhn, iecreiHj 3(>joiivier «4*28 juillet 1784.)
^^^ Suit UD |)Oât-gcripkijn de f^ititheiias, que V(ii( i :
Vous sa lires, mon dier, que le fabricant de» spnrlerlefl [Gavotî do Iterliie, voir ïellre du 3 janvier 1781»] vient de faire lianqueroule et tju'cju v^Hidait rantiM? jtiur toul cfieîS îni pr aulori lé de la jus lice. Ce nVsl pmnt nu bon (émoi- |ri»a{|e pour ^ poitipi% qui, dil-on. Ta ruiné.
[À ROLAND, k AMIENS <".]
Samedi, i*' mai 1786, à 8 heures du soir, — de VenaHles.
Tu auras reçu de mes nouvelles par ]'aml Lanthenas, que j'ai chargé de t'en donner sur le revers de la lettre de M. Valioud^^J; ainsi je n'ai
Nous irons voir, avec la chère sœur , le lélé M. Audran. Je dois passer aujourd'hui chez un pelletier pour renouveler mes instances et rappeler ses promesses. J^ai la plus grande peine d*en tirer quelque chose. Voilà huit heures qui vont sonner bientôt. La chère sœur se repose sans doute encore, il se prépare une belle journée; elle aura au moins, ce voyage, un temps plus commode que les passés. Je vous embrasse, mon ami, de tout mon cœur.
<Ȕ Ms. 6389, fol. 67-68.
^*^ Voici cette lettre de Valioud , ainsi que la lettre de Lanthenas écrite au revers :
C« Bamedi, 1*' mai.
Madame , M. Tolozan a parlé hier de votre alTaire à MM. les Intendants du commerce. Ils lui ont tous paru très bien disposés en votre faveur. M. de Blondcl lui a même dit qu'il vous avait instruite de ce qu*il fallait que vous fissiez. En conséquence , je crois que c'est le cas d'aller en avant et de faire agir vos amis. Je profite avec empressement de celte occasion pour vous renouveler les assurances du respect , etc.
Valiodd-Dormenville.
Et Lanthenas ajoute :
rrLa chère sœur, mon ami, est k Versailles et m'a chargé de vous éciii'e aujourd'hui au revers de la lettre de M. Valioud. Elle est partie avec Tespérance d obtenir que M. de Vergennes écrive à M. de Galonné, et alors, avec l'assurance qu'on lui donne
du bon témoignage que doimeroiit les Intendants du commerce, l'affaire est immanquable. Je l'accompagnai hier aux vœlnres de la Cour d'oii elle est partie à deux heures et demie après une attente assez longue pour un quatrième. Je fus après entendre pour la première fois au Jardin du Roi M. Foureroy. Il traita ce jour du soufre et, au sujet des propriétés qu'on lui attribue tout nouvellement, il dit fort peu de choses remarquables. Il ajouta seulement, rdativement à la sorte de médecine quon en espère, que tout cda n'était point nouveau, et qu'il n'y avait qu'à lire Cardan , De emuU secretis, Fernel et Kii-ker sur le même sujet, pour s'en convaincre. Je l'avais vu le matin, chez lui, au Mai-ais, poiu* la première fois depuis ses cours. Nous avons parlé ensemble aussi de la doctrine de Mesmer, et il m'a appris que le Roi avait chargé M. de Breteuil de nonuner treize conmiissaires poiu* examiner toute celle affaire et lui en faire particulièrement à lui-même un rapport pom* qu'il en oi*donne ensuite ce qu'il jugera convenable. Vous imaginez bien que la cabale se mêlera encore infailliblement (le ce rafiport et que pom* ceux qui ne voudront pas y croire, le juge ne leur paraîtra guère compétent. Au reste, les médecins courent chez Deslon, ceux mêmes de Paris, au grand scandale, dit mon maître, de la
t.iîeii à l'apprendre de plus du Comité. Je suis partie de Paris à deux heures. L'abbé Gloulier était déjà venu me demauder à mon hôtel; j'ai
iété aussitôt à celui de Lorges*'^ pour le trouver, il m'a conduite chez M"** d^Arbouville, qui déjà avait raisonné sur ma lettre, mais eu résumaut qii*e11e ne pouvait pas revenir contre ce que M. de Vergemies lui avait dit expressément de faire comme le plus convenable et le plus certain. Je lui ai remis mon nouveau précis, auquel elle a été d'avis de laisser joint le grand mémoire de services, à cause des pièces dont il est appuyé, et deniain M, d'Arbou ville présente le tout au contrôleur général. Saus perdre un instant, j'ai couru cliez MM. Faucon, Collart et de La Boche; je n'ai pas trouvé un chat; partout j*ai été renvoyée à demain, de sept à neuf heures.
^ J ai voulu revoir ma vieille femme de chambre de Madame Adél[aïde], Je n'ai pu lue ressouvenir du nom de sa rue ; j'estropiais le sien propre, mais, à Ibrce de m informer, j'ai appris que la femme de ce M, de La Roche à front d'airain était aussi femme de chambre de Madame Adélaide^'^^, que, très liée avec l'autre comme je le savais, elle pourrait mnistruire de sa demeure; j'ai donc été sans façon lui faire ma visite. Par une excellente aventure, son mari était avec elle; je lui ai fait de grands remerciements de m*avoir indiqué la meilleure marche à prendre; je lui ai dit que les Intendants du commerce m'étaient favonibles; que demain les mémoires seraient présentés à M, de Galonné et que c'était Tinstant où la recommandation de la jirincesse aurait son effet; que son témoignage déterminerait M""* de Candie à me la faire obtenir; qu'au reste je sentais qu'il convenait que lui-même, préalablement, prît une idée de mes titres et de mes raisons, et je lui ai
médecine. IJ faut voir ce que loiit cela <]t> vieiMlra : j'en mm impatient. C'est iVL lîerthollet qui a a attrapé les deux rniUe «Sens de \U Macqner pour la ti'inture. C'est la nieiHeure pîace des scieneeti, dit \K Foïircroy, qui crie étrangement que lei* savants ne Client pas mieux payes* Les gens iFadministration, dit-il, s'imaginent qu'un sa-
vant est parfaitement rëcompensé avec une chaire de i,5oo, t!,ooo'*, et les 5o,ooo" d'émoluuïents ne sont que poiu:* eux, * , «
^'* Chex la morquîse d'Arbou ville.
(>j M"" de r^ Roche figore, en effet, à VAimamtch de I mwr7f<e« de 1784, p. aû6, painû h^s lemmes de chambre de Madame Adi^laïde.
remis de mes mémoires; je dois retourner le voir demain à son bureau. G*est à lui, tout juste, que M. de Galonné fera remettre les mémoires aussitôt qu'ils auront été présentés à ce ministre, et cest lui qui doit les expédier à M. Bld. [Bloudel]. Je tirerai parti de cet homme terrible; j'ai vu aujourd'hui un rayon de sensibiUté percer son austère gravité; on le dit vraiment honnête; le père d'Ântic le t^onuaissait. Sa fenmie est très aimable, je suis demeurée un bon quart d'heure avec elle et j'irai la revoir; elle a beaucoup d'usage, un air extrêmement agréable et, je crois, de l'esprit. Elle connaît M"** de Buchères^^^ qui vit ici maintenant et qui a marié son fiis, dont l'histoire que tu sais fait qu'il n'a point d'état.
Demain je revois et presse tous mes gens pour me procurer l'appui de recommandations, car j'espère que j'en aurai besoin, c'est-à-dire que M. de Galonné ne rejettera pas du premier abord, mais recevra les mémoires. Je vais remuer comme un lutin, peut-être pour Éaire de l'eau toute claire , mais enfin les possibles seront épuisés et nous n'aurons plus qu'à nous tenir tranquilles : c'est le pis aller.
M°*^ d'Arbouville n'a pas d'idée des moyens de demander le cordon n[oir] f*^>. Mais , comme elle l'a fort bien remarqué , si c'est plus aisé , il sera temps de se rejeter à cela si l'entreprise manque.
J'ai rencontré dans mon chemin l'ami d'Antic, qui allait de compagnie pour ses affaires et qui doit venir me voir demain. Je n'ai point retrouvé Flesselles, qui sera arrivé à Paris vei*s l'heure où j'en suis partie ; tu le verras dans peu. Je lui ai écrit une lettre qui lui sera remise avec tous mes paquets par le frère qui veillera au tout.
Je me meui'S de faim; je vais manger et me coucher. Demain, à six heures sur pied, en petite coiffe toute plate, je vais courir les bureaux et pizzicar la gente. L'abbé doit venir me dire l'après-midi ce qu'aura répondu M. de Galonné.
^'^ M"* (le Biichères, — iiicoimue. — ^*^ Le coixlon do Saint-Miclipl.
Ml
Adieu, mon bon ami; dors bien, ménage- toi, caresse iKïhe pelile «»l prenons |nitiencc* Je te fais deux, trois, quatre, vingt jmutom sur les deux yeux, le front, etc.
Dimimcbe au soir.
L*aspect des iiffaires dans ce pays est aussi changeant que celui du ciel pour noire clinial inconstant; j*ai beaucoup couru, je suis harassée et il n'y a rien de lait.
M. de La Rch. [Roche] m'a offert d'envoyer loul de suite mes mémoires à M. Bld. [Blondel]. Je ne me suis pas souciée de cet envoi prématuré, parce que je le crois accompagné d'une lettre qui se sent des dispositions du ministre, lorsque celui-ci les a témoignées, et j'aime mieux les attendre. Du reste, pas de oioyens d'ébranler cet hoomie circonspect, qui dit hautement qu'il ne faut demander rinterveotion de la princesse «prautant qu'on est parraitt^ment îissuï'é que ce ne serait point en vain. L intrigant, d'une autre pari, sollicite pour son fi-t'u'e dans ce momenl '^'.
En vérité, à moins que d'*Hre intime des gens en sous-ordre ou de les intéresser, on ne peut espérer qu'ils sacrifient des recommandations qu'ils se ménagent à eux-mêmes. Si je sollicitais un avantage pécuniaire considérable, ce serait le cas de répandre; mais je vois que cela mèneriut loin et que, dans la situation de notre fortune, ce serait acheter trop cher de beaucoup la grâce sans rentes que nous sollicitons. M. d'Arhouville, qui a couché celte nuit au château où Madame a été le trouver ce matin exprès pour lui remettre nos papiers et coniei*er de ce qu'il dirait a M. de Galonné, a di\ siusir le momenl favorable ou rHtteudre 8*il ne Fa point trouvé aujourd'hui, jour d'allluencc où le ministre n'écoute et ne répond que des, . . ^^h
ï*' Voir, sur ce perîiùuna|je iiicoimu, la lettre du ii avril 178 4. — ^*' La suite manque.
[À ROLAND, 1 AMIENS '"l]
Lundi soir, 3 mai 178&, — [de Parii].
A plus de huit heures hier au soir, Tabbé Glouber est revenu me dire que M. d'Arbouvilie avait été trouver M. de Galonné, lui avait dit qu il venait l'entretenir d*un inspecteur que trente années de travaux utiles et considérables, des connaissances et des instructions acquises et répandues rendaient digne de récompense, et quil demandait comme telles des Lettres de n[obiesse]. A quoi le ministre n*a pas manqué d objecter la rareté de cette distinction, la difficulté, etc. M. d'Arbou ville a insisté sur les raisons d'exception, a fait valoir le jugement avantageux qu avait déjà porté M. de Verg[ennes] (ce qui a paru faire impression) et a fini par observer qu'au reste ce ne serait pas faire une grande grâce, puisque les auteurs du sujet avaient joui des privilèges de cette nob[le88e] que celui-ci réclamait. Le ministre a pris les mémoires et a promis de les examiner. J'étais aux aguets et j'ai su aujourd'hui que, l'instant d'après, M. de Galonné avait envoyé les papiers à son bureau des dépêches d'où ils avaient été expédiés aussitôt à M. Bld. [Blondel]. Je vais demain matin chez M. de Vaudr[euil], dont je verrai le secrétaire pour qui j'ai une lettre ; de là je me rends rue de Varennes^^' pour faire ma cour au petit Cotr. [Gottereau], qui sera sûrement chargé par son maître de l'extrait des mémoires; je reviens ici me faire coiffer, je cours chez notre Intendant <'', je vais causer avec M'^'' de la B[elouze] qui a près d'elle actuellement une amie de M. Bld. [Blondel] qu'elle se propose de faire agir près de celui-ci. S'il me reste du temps, j'irai à l'Opéra, et la journée sera bien remplie. Je te conterai de bouche mes détails de petites courses et sollicitations
^*^ Ms. 6939, fol. 78-74. — Lemanuscril ^*^ Blondel demeurait rue de Varennes
dil U mai, mais il faut lire 3 mai, car le (Almanack royal de l'jSà ^p, ^\'j). h mai 1784 ëtait un mardi, ^^^ M. d*Agay, rue de Berry, au Marais,
ANi\KE 1784.
à Versailles. Je n'ai rien fait pour h dédicaca^^K parce que je n^avais pas ton avis que je trouve ici en arrivant. Au reste, je nai pas perdu mon temps et, dans tous les cas, il me faudra retourner encore à ce triste Versailles, le plus alFreux des j)ays pour les gens que les affaires y conduisent; alors je traiterai cet é[)Jsode.
Nous avons fait une voiture avec Fami d'Anl[ic] et M. Flesselles. Je comptais être seule là-bas, et j'avais amené la bonne; j*y ai ét.t^ plus accompagnée que jamais, car notre ami m'a été fidèle partout.
J'ai cru faire bien que de revoir M™*' d'Arb[ouville] aujourdliui, et pour la remercier de ce qui était fait, et pour la prier de me permettre de Tinstruire de la suite et de réclamer de nouveau ses soins. Je pense que mon visage lui a paru se montrer trop souvent et qu'elle nramait dispensée de cette dernière visite; une cîrconstauce partirulièie et contrariante a produit cet effet plutôt senti qu'exprimé. Voilà, mon bon ami, Télat de nos affaires; elles sont engagées de maiiièie à obliger de les suivre quelle qu'en doive être l'issue. 11 ne tiendra pas à moi d*abréger, car je ne vis plus et je ne sais comme je ferais s'il fallait encore y tenir longtemps. Toi, noire enfant, ma maison ont toujours été mes plus grands biens; mais actuellement je ne puis seulement goûter rien autre, et tout ce qui n'est pas cela me fait mourir. Ménagetoi, du moins, car l'inquiétude involontaire qui revient me poigner sans cesse me fait beaucoup de mal : j'ai besoin de ta santé comme de l'air que je respire. Adieu, mon bon ami, mon âme et ma vie, adieu,
Pi-S« de Lanthenas :
Jp vous expédie la prési-nle, mon ami; hi chère soeur est déjà partie : il'est h peine sept heures* M, L), [d'Aiitie] Itii remit hier au soir vos deux dernières après quelle vous avait écrit; elle était irh fati^juée et nous Tavons quittée bientôt après, [mur la laisser coucher. Dans le cas ou je resterais encore à
t^^ Il s'agissait de tlMier soit au Roi, soll railre. — Voir là-dessus la leUre 123, à un de s€a miaiirtres, le pi'ï^mier volume do p. 36^1, et Uiie ÏPUre ass^z ciineuse de Dkiimmmre des manufactureif , (]ui allait pu- Laiitheuas k liolaad (ois. 6ââi , fol. ati6)«
Paris, le zèle suppléerait peut-être ou même ferait naître en moi les talents de solliciteur.
C'est par le sentiment du peu que je vaux pour ça et faute d'avoir éprouvé ce que Tamitié m'en ferait sûrement acquérir, que j'ai pu douter que vous m'en trouvassiez assez pour me charger de votre affaire. Mais un peu de patience, et j'espère qu'elle sera terminée plus vite que la chère sœur nose l'espérer (la voilà bien en train). Je suis persuadé que le mouton finira par conduire tous les ours possibles et ceux qu'il a d'abord arrêtés.
Et la petite Eudora, coupe-t-elle encore les restes des jarretières rouges^''? L'air*(jrave et sérieux qu elle y a mis a beaucoup amusé sa maman et nous a fait beaucoup rire. Nous avons fait hier un peu d'anglais avec M. Parault, qui est on ne peut pas plus sensible à votre souvenir et aux choses obligeantes que votre moitié lui a dites pour vous.
Il est sur le point de prendre aussi un nouveau parti. Le jeune homme qu'il a élevé va partir pour Londres. Se chargera-t-il d'un autre qu'on lui propose? C'est ce qui n'est pas encore décidé pour lui ; mais, dans trois ou quatre ans, le père du premier promet de l'envoyer avec des avantages dans une maison de commerce qu'il a à Pondichéry. Moi, je serai h Charlestown ou à Philadelphie ; nous aurons, pour nous communiquer alors, peut-être des motifs d'affaires qui seraient fort doux, s'ils étaient toujours ainsi joints à tous ceux de l'amitié et d'une confiance parfaite. Vous [)hilosopherez, mon ami, tranquillement au Clos sur l'agitation de la vie humaine; nos lettres viendront vous y trouver, et nous, qui serons encore dans le tourbillon, nous serons consolés et soutenus en recevant les vôtres.
Adieu, mon ami, ménagez-vous. Je vous embrasse corde el anitno.
^^^ Rolaod avait en effet écrit à sa femme, le i" mal (ms. GaAo, fol. aiy-aiS): crJ'ai de grands grie& à te conter contre ton petit monstre d'Eudora ; ne va pas rire au moins : elle m'a coupé mes jarretières en morceaux, et cette belle œuvre, elle Ta faite, assise à terre à côté de moi, dans mon cabinet. . . i — Après avoir reçu cette lettre du 3 mai
el le post-scriptiun de Lanthenas , il écrit, le 5 {ilnd,, fol. 995-aa6 ): «rCe n*est pas sans peine que s'est terminée la lecture de lappendice à la dernière lettre. Quelle diable de perspective! L*un à Philadelphie, Tautre à Pondicbëry, et nous qu*on place au Clos I . . . Et sans espoir de se revoir jamais I Pour moi , du moins ...»
~îk ROLAND, k AMIENS'".]
Mardi, h mai 178 A, — [dfl Pari»].
Ma foi, mon ami, il n'y a rien de si plaisant qu'un ours apprivoisé. Ce poil liérissé et cette voix rauque, démentis par une volonté qui s'efforce de montrer de la doncenr, forment un contraste singulier. Je viens de Faudience de Tours que j'étais l)ien aise d'instruire de ce qui s^élait passé et de tenir en haleine pour nous obliger. J'étais à peine entrée qu'il est arrivé, et, m'abordant anssittM de fair et du ton du bourru bienfriisant en bonne humeur : rrEh bien! Madame, vous avez été malade? Comment vous portez-vous ?i^ Après ma réponse: trJe suis bien aise, venez dans mon cabinet* t U est allé devant, m'ouviant les portes et me faisant passer. Quelqu'un Tattendait dans son cabinet : (T Laissez-nous un instant, a-t-ii dit, je serai à vous sitôt après. 71 Me faisant asseoir : prj'ai pailé au Comité, Madame; tous ces Messieurs ont été fort contents de vous, comme je Tétais moi*-niérae; il a été h peu près décidé, généralement, que nous travaillerions à vous obliger, à vous servir; faites présenter votre mémoire, ^ — «t Je venais, Monsieur, vous exprimer ma reconnaissance de la bonté que vous aviez eue de rappeler à ces Messieurs ce qui m'intéressait et de les disposer favorablement; je venais aussi vous faire part de ce qui s'est passé en conséqutnee : j'ai eu l'honneur de communiquer à M™*" d'Arbouville ce que M. Bld, [Blondel] m'avait observé comme le mieux à suivre, tî — (TÂh! je sais; il nous a dit ce qu'il vous avait conseillé; j'ai pensé que ce serait fort heureux si vous en veniez à bout, mais que cela n'était pas natuiel ; c'est le Conmierce que cela regarde , c'est le Commerce qui doit demander : c'est-à-dire M. de Calonne à M. de Vergennes.T? —
^'^ Ms. da^c), fol. 75-76, — Le mamiîjcrit domic 6' mai^, niak il Tsatlin^ î nuti, car le 6 mai î-jHli imnhv un jemli.
ff Oui , Monsieur, l'observation est également exacte et judicieuse , et c'est ce que M™* d*Arb[ouYilie] a répondu ; M. le marquis d'Arb[ouville] a donc présenté les mémoires à M. de Galonné en lui exposant ce qui avait déjà été fait près de M. de Verg[ennes], et les mémoires sont actuellement renvoyés à M. Bld. [Blondel], Mais j'ai eu à cet égard une contrariété sensible ; j'ai donné à M°** d'Arbouville le précis que vous avez bien voulu rendre le meilleur possible par vos avis; je l'ai priée de le présenter seul ; elle a exigé que je lui laissasse y joindre les autres mémoires, par la raison qu'ils avaient déjà passé sous les yeux de M. de Verg[ennes]; je me suis vue forcée d'y consentir sous peine de lui donner des doutes de la sincérité des faits qu'ils contiennent, et j'ai l'honneur de vous en prévenir. ^ — trTant pis, ils seront plus nuisibles qu'utiles à votre affaire; enûn nous nous expliquerons généralement sur ces mémoires. Il y a aujourd'hui travail avec M. le contrôleur général. S'il nous parle de l'affaire, nous voilà prévenus, vous avez fort bien fait de venir; adieu. Madame, nous sommes tous disposés à vous obliger; adieu. Madame. . . <n Encore trois ou quatre tr Adieu, Madame 7), dits si drôlement, en me reconduisant, qu'ils étaient moitié congé, moitié compliment, et tout envie de bien faire. J'ai bien dit aussi que je n'aurais pas manqué de l'informer, que je le lui devais à tous égards et que j'étais très sensible à sa bienveillance. Je suis allée faire une petite visite d'honnêteté au bon M. Val[ioud] et lui dire où en étaient les affaires. «Vous les avez tous retournés, suivant ce que m'a laissé voir M. Tol[ozan]; ils n'étaient pas de ce tonlà avant que vous vinssiez, et je crois bien qu'ils ont envie que vous réussissiez. T) A la bonne heure! J'ai aussi été faire une petite visite, toute semblable, à M. Rousseau, toujours honnête et aimable.
J'avais été ce matin, près du Palais Bourbon, chez le comte de Vaudreuil, qui, avant sept heures, était parti pour Versailles avec son introuvable secrétaire. De là j'ai cherché M. Cottereau; il n'était point encore au bureau, et, comraej'étaisseule, jen'ai pas jugé décent d'aller le trouver chez lui si matin. Je suis revenue faire ma toilette pour me transporter au Saint-Sacrement; j'ai informé M^^ de la B[elouze] qui
ANNÉE 178â.
précisément s'en va dîner avec des amis de M. Bld. [Blondel] qu elle doit mettre en campagne. Il est arrêté que, demain à neuf heures, je vais déjeuner avec elle, que je la quitte ensuite pour me rendre chez M. d*Agayt*^ doii je vais à Taudieiice de M, de Monta[ran]^^' pour me faire conduire ensuite rue de Varennes^^^', afin de combiner avec M. Cott[ereau], suivant ce que m'aura appris M"^ de la B. [Bclonze] du momenl des démarches des amis, quel jour je parlerai à M Bld. [BlundelJ, à qui je ne dois me présenter que lorsqu'il aura été bieu prêché d'ailleurs.
Si nous ne réussissons pas, je m'en prévaudrai bien pour la retraite: ce sera un moyen d'intéresser et presque d'exiger, à ma façon; ainsi nous n'aurons pas tout perdu, M^'*' de la B[elouzc] compte pour beaucoup de les niettie dans le cas de bien parler de toi au ministre, et c*est, je crois, fort bien vu. Partant, ce n'est pas le moment d'abandonner nos affaires. Pour les soins, l'ami, rexcellent ami Lanl[henas] lerait sans doute aussi bien que moi; mais pour IVlTet, je crois, sans façon, que personne ne peut être mis à ma place, par la raison que personne n'a le droit de plaider la cause d'autrui comme la sienne propre*
Les espiègleries detafitle m mil fait beaucoup rire malgré ta défense; mais vois si je dois tant regretter les jarretières rouges ; précisément l'ami d'Ant[i€] m'a fait présent dernièrement d'une paire de jarretières Fort jolies. Tu me demanderas comme il se fait qu'un jeune cadet me donne des jarrelières que tu puisses porter; c'est là le secret que je te dirai de bonche. Je t'écris en attendant que mon pot soit fait; je vais cet après-midi voir Figmv ou /es Danaïde^. Je ne me porte pas mal, j'ai repris un peu de courage et je me suis remontée pour quelques joui's. Fais à mon intention mi poutou à la lille, et songe que je t'en donne dix mille, aux voisins, au docteur par-dessus.
^*' Rue de Berry.
'*^ Rnedii Grand-Chantier. C*est aussi Ih que demeurait Tolozan, — Calait une rue
de pariementîkires, (Voir Amault, Somenirs iVun se^agèmire, t II» p. 3 6 A.) t'î Chez Blondel
[À ROLAND, À AMIENS <'l]
Mercredi, 5 mti 178&, è 9 heures, — [de Paris].
Affaires avant tout : je te dirai qu'après avoir déjeuné, causé, babillé, politique, etc., avec M"*^ de la B[elouze], j'ai été chez M. de Mont[aran]. Je lui ai dit que je venais lui rendre compte de ce qu'il y avait de fait en conséquence des espérances qu'il avait bien voulu me donner; j'ai fait mon récit et j'ai ajouté que maintenant je lui réitérais ma prière de concourir au témoignage dont la nature et la forme détermineraient le succès de l'affaire. Il m'a répondu qu'il le ferait avec le plus grand plaisir, qu'il en avait été question au Comité et que tous avaient décidé de favoriser la réussite de l'entreprise, si elle était possible, cette réussite. Il a été fâché que M"** d'Arb[ouville] n'ait pas entendu à demander une lettre à M. de Verg[ennes]; qu'on se faisait un monstre de cela; que c'était la plus petite chose du monde; qu'il n'était question que d'une lettre de bureau; que c'était dans les formes et qu'on ne pouvait espérer que M. de Galonné sollicitât; qu'il craignait beaucoup que cela ne fît encore un hoquet ; qu'au reste on pourrait prendre une tournure et faire la lettre de M. de Galonné comme s'il était consulté, etc. Bonne mine, bonnes dispositions: c'en est encore un dans notre manche très certainement.
M"*^ de la B. [Belouze] m'avait dit que ses connaissances lui avaient promis de parler dès ce matin à M. Bld. [Blondel]. Je suis allée dans ses bureaux, son secrétaire n'a rien vu et m'a dit qu'apparemment M. Bld. [Blondel] s'était réservé ces papiers dans son cabinet. M. de Mt. [Montaran] m'avait témoigné de l'étonnement de ce que M. Bld. [Blondel], ayant dû avoir reçu ces mémoires, ne leur en avait rien dit hier qu'ils s'étaient trouvés tous ensemble. Toutes ces choses réu-
('> Ms. Gt239,fol. 77-78 et 8j.
nies m'oQt rappèlr IV'xpi'cssiun dv petit chal^ cl j\ii jîciir qii il m* lonne de la patte. J*ai dit à M. Gott,[eroau] qoe jo désirerais voir Bld. [Blnndrl] lin instant, avant samedi; il m'a prorais de le lui demander el de me le faire savoir sur-!e-clumip. J'étais passt'*e cliez rintendanl'*^ avant de inc rendre à Faiidienre» il était déjà sorti; il ■faut y être à tlix heures; je me suis écrite, parée que, ma visite nVHanl que d'Iionnéteté, je suis bien aise de prenilre date; je la réitérerai à loisir. J*ai demandé au portier si M"*' d'Agay était visible le soir. L'impei'finent, comme sont tous ces valets à Tégard drme femme modeste [ui n'a ni attirail, ni rouge, ni d'insolents comme eux à sa suite, m'a répondu avec un sourire que, moi, je pourrais bien l'aller voir le matin; je lui ai répliqué fort froidement que la visite que j'avais à lui ■^ire pouvait se mettre au soir, et j'ai remonté dans mon fiacre. Notez ^nuViyant assez d'occasions de juger ce que font les apparences, j'étais ^descendue du Saint-Sacrement à la rue des Quatre-Fils^^^^ tout exprès pour prendre une voiture, afin d'être plus assurée de trouver les jïortes ouvertes, mais peut-être n'étiiit-ce pas encore assez. Je te conterai de bouclie une autre anecdote de ce genre, mais un peu plus forte, qui nous fournira de (pioi rire et pliilosopher : c'est Tusage que ■l'en ai déjà fait.
^B L'ami d'Antic m*a sacrifié hier sa soirée, et son après-midi de- ^vrais-je ajouter, pour me conduire à TOpéraf^'. Le frère, qui ne voulait
i^*^ D'Agay, rae de Berry»
^'^ Bue qui longeait Ifî jflrdio de Scndiise, de In Vietlïe-rueKliT-Temple à la rue du i^Grand-Chan I ier.
^H ^^^ Il y a, an ms. 6939. fol. 79-81. une feUn^ de Bosc k Bolaiid, du S mai 1784 ,
Idout voici [^ prîncijisiux jinssît^^e^ ; I . . « Je vouittia VOU& parler de votre femme , de poD oïcHlenle amie» que je voudrais voir auprès de vous, que je ddîiîporaîs posst'dor toujours Il Paru; timls In sentiment, eu pensa nf à dle^ étouiïc jues idéeâ. Je vous aime tous ài'ux , elle Dcore plu» que vous, el j''ose vous Tavouer.
Elle VQViÈ aura |jrobiiljkmeiit dit que j'avais éle 9iUi ct*iiduckur dans se* iulrigucs k Versailles, que uous avions beaucoup jure contre re nouveau métier que nouH fiiiHioiis lous let» deux pour la première foift. Avec la diflerencc que Ton travadiait d'amitié pour moi , et que je n'ai pas rëtiS5i en entier i qu'il a fallu qu elle se Ot des counaisMnces et qu'elle les tkhaulfîil. Je puis vous assurer qu'elle s'eu tire avt^: une surprenante finesse; j'ai élé éloiiné dtj r«rt avec lequel elle savait intéresser les individus les plii> froiili^ et faire rolouruer à sou avantage les olije€ti(.tti> uièuies qu'on lui préneutait.
il est dommage <[ue votre t'aractère ne mïi
tlTTAK^ l»ft MJlDillJC I0LV11>.
pas manquer notre vieux chevalier f^' chez M. Tronchin, ne pouvait être des nôtres. Comme l'argent s'en va de tous les côtés dans cette ville bénite, je cherche pour l'épargner les dernières places des ^ectacles, et alors il faut racheter l'économie par le temps : car ces places étant en petit nombre et pour la plus grande partie deUa gente, on est obligé d'y courir à qui sera plus tôt arrivé. Le pauvre ami, bien las d'ailleurs, s'est fait serrer les côtes et nous avons trouvé deux places où, bien pressés , bien entassés, bien échauffés, bien embaumés, nous avons vu les Danaïdes. C'est un grand et imposant spectacle par sa pompe et ses variétés; il amuse et occupe plus encore qu'il n'intéresse. Ce u^est pas que l'attention ne soit toujours soutenue et qu'il n'y ait des moments d'émotion, mais on n'éprouve point ce vif attachement, ces transports et ces déchirements qu'on ressent à l'occasion de personnages dont les caractères ont eu le temps de se développer et auxquels on s'identifie. Comment s'attacher à cent personnes qu'on voit là pour la première fois et dont on ne sait rien de particulier qui les fasse beaucoup vsdoir par elles-mêmes? Lyncée n'est pas plus connu, plus intéressant que les autres, quoiqu'il paraisse ici davantage. Hypermnestre seule montre un caractère attachant; mais, au reste, ce défaut de développement de caractères, et d'intérêt en conséquence, est plus ou moins, je crois, dans tous les opéras où les accessoires étouffent toujours le principal. L'ouverture (je parle de la musique) a des parties très expressives; le premier acte ne m'a pas paru le meilleur; il y a quelque chose de vague et les airs de danse ne m'en plaisent pas; mais la musique du second acte est d'un grand caractère et d'une forte expression; au troisième, elle est charmante
pas toamé à i^intrigue , vous auriez une sollici- visiter la pompe à feu de Ghaillot Reste à sa-
teuse impayable. voir si la lassitude ne s'y opposera pas. . .
Fatiiniës tous les deux, delà tôte et du corps, m> «r • i . i i •■ ^i
^ i,r 1. -in -j » ^^ Voir lettre du qû avril 178a. —
nous sommes allés hier voir lei Danataes, et, ^ • 1 1
quelque tourment que la gône nous ait fait Nous n avons pu découvnr le nom de ce
éprouver, nous avons eu beaucoup de plaisir. Je ^^^^^ chevalier , de ce <f Neston». — M. Tron-
lui laisse celui de vous le peindre. Aujourd'hui chin est le fermier général dont il est ques-
nous avons le projet d'aller avec la petite sœur tion dans la lettre du s 7 mars 178&.
ANNÉE 178i.
et vraie; les ballets sont ordonnés avec beaucoup d'intelligence; l'air
de danse qui lermine cet acte est plein d'espriî, d'agrément et de volupté. Dans les actes suivants, il y a des monologues d'Hypermiiestre de plus la grajide beauté, un air délicieux de Lyucée avec elle, et définitivement un grand fracas, beaucoup de bruit point déplacé, mais dont le caractère ne m'a pas frappée cette première fois. La Sainte-Iluberti^^^ me plaît infiniment pour sa voix, son cliant et son jeu; sa voix est flexible et sonore; son chant pur, vrai, nuancé; son jeu spirituel et passionné. Elle n'est pas jolie, dit-on, mais elle paraît bien sur la scène; elle a des bras dont elle tire grand parti pour Tellet et l'expression : c'est au total un sujet très distingué et très inté* ressant, La Guimard^^J ne fait plus que des pas, mais on fapplaudit toujours, parce que toujours elle a des grâces. Vestrîs'^^ est à Londres; c'est un NiblondW qui se distingue pour la danse. Moi j'avoue que Ions ces héros dansants me paraissent assez ridicules; peut-être des danses militaires des hommes entre eux me sembleraient-elles plus vraisemblables et mieux dans les convenances; malgré la fête qui justifie la gaieté de ceux-ci, je ne puis aimer des hommes en cldnmyde figurant avec des femmes : cela n'est bon qu'à des bergers. Au i*este, j'ai remarqué avec plaisir que les toimelets des hommes et les [mniers des femmes sont également bannis. Enfin les Danaïdes sont, supérieuienienl à tout autre opéra, le spectacle des yeux : scènes remplies, tableaux gracieux, imposants et terribles, c'est une succession (b* grandes images qui, je le répète, occupent et amusent, et auxquelles les charmes de la musique donnent de la vie et de Fintérèt. Mais, pour bien sentir le mérite de celte musique et apprécier tout ce qu'elle peut valoir, il faut Técouter plus d'une fois; c'est ce
*'^ AntoioelUM^écile Glavel , si comme au théâtre souB te nom (leSalat-I^Libi^rti (lyat}i8to).
^'* Mflde1eine-M«i"ie (iuimard (lyi^- 1816).
^' ' Ma ri e- A ug u^tc Vt^stris ( 1 7 d o * 1 H ^ *> ) . Vestriif II au, comme 011 «lirait ators, cIiï
mnn tle t»a mère, la danseuse Marie AitaJ'^l, Vestr^Aiîftrd.
*^' ^il>l^md* — tJrr* Nm^ion, {Voir» sur ce flausifiÉOf ^es rtïmaneîR[m*s avciiluivs , Mi'mmrfx «ecrtts^ du **f) août 1781 im \*\\imvier 1786. — Voir aussi {JoocourU La Saiuh thiherfif p. 5 1 . et Tu€ii\v * 1!K 1 7 17.)
ifi.
que je ferais une seconde, si j'ai du temps de reste; car je veux voir aussi la Caravane. Quant à Figaro, il faut se dépêcher : on a envie de la [sic) faire tomber, on répand que la Reine a dît qu elle n'y viendrait pas, parce que cette pièce était indécente, et bientôt il sera du ton pour beaucoup de femmes de n'y pas aller. Du moins, c'est ce que prétendent certaines gens et M**® de la B[elouze]. A la première fois qu'on la donnera, je tâcherai de ne pas la manquer.
La virtuose, dont les conseils me feraient tant de bien, vient trois fois la semaine dans mon voisinage; mais les audiences ou autres coui'ses ne me permettent pas toujours de la recevoir à l'heure où il lui est possible de venir, et je n'ai pu en profiter encore qu'une fois depuis la première. Je ne puis aller au spectacle sans perdre de l'anglais et de M. Parault. C'est ainsi que tout se compense.
Le livre de M. de Vin est joint aux autres; ce n'est pas, si je me l'appelle bien, un volume d'histoire naturelle, comme tu me l'écris, mais seulement d'histoire : au reste, tout cela est chez Flesselles, qui ne part point encore avant dimanche, parce qu'il a promesse du contrôleur général pour samedi et que ses nouvelles demandes seront discutées au Comité prochain. Je n'ai pas revu M. de Bray depuis l'envoi de ta note ; le frère est passé hier chez lui sans le rencontrer. Il n'y a rien de nouveau de Rouen. Tu ne me dis plus rien des Anglaises.
Je n'ai rien reçu de toi depuis ta lettre de dimanche, quoique j'en aie trouvé trois en arrivant. J'en ai toujours faim et je compte les jours où il ne m'en vient pas. Peut-être l'ami d'Antic m'en apportera-t-il cet après-midi. Nous avions fait partie d'aller voir la pompe à feu; je ne sais si cela tiendra'*). J'attends le chanoine, qui est venu ce
^'^ La machine quo vonaicnt d'ëlaUir à Cbaillot le» frèit?8 Perrier. Et Bosc d'écrire à Roland, le G mai (ms. 6289, fol. 8G) :
"En vérité, mon cher, vous ^tes un bien méchant homme. Comment est-il possible?
Vous savez combien \otre légitime amie est faliguw de ses travaux , et vous laissez couler deux jours, deux jours entiers, sans lui
procurer un moment de délassement par la lecture d'une misérable lettre. Cela est affreux I Aussi avons-nous juré contre vous hier au retour de la ]>ompe à feu ; il fallait entendn» les projets de vengeance! Nous nous en sommes occupés {Mandant plus d'une heure; on a prescpie vei*sé des larmes (ce ne pouvait être que des larmes de rage).
ANNÉE 178â. 389
matin durant mon absence et qui doit revenir vers quatre heures. C'est le seul parent, de mon côté, que je semble avoir et que j'aie effectivement.
Je vais prendre une prise de forte-piano ou d'anglais. Adieu , mon bon ami, je commence à voir le bout de nos affaires, sans savoir quel il sera; mais quel qu'il soit, je re volerai près de toi avec bien de l'empressement. Au moment où je te donne cet adieu, l'ami, son aimable sœur arrivent et me chargent pour toi de mille choses. Je te quitte pour me livrer au plaisir de les entretenir et de partager tout ce qui les affecte. Adieu, mon ami^^^.
[À ROLAND, À AMIENS ('l]
Jeudi , 6 mai 178/î, — [de Paris].
Le paquet des bureaux et ta lettre d'hier, mon bon ami, m arrivent en même temps; la lecture de l'un et de l'autre m'a fait répandre des larmes d'attendrissement, de plaisir et de regrets. Rien ne peut réveiller les charmes du sentiment qui rend notre union si douce sans me rendre plus pénible l'éloignement où je suis de toi. Je t'apprendrai de nouveau que, préalablement et par crainte de ne pas avoir audience avant samedi, j'avais écrit à M. Bld. [Blondel] une assez jolie lettre, et elle venait de partir lorsque j'en ai reçu une de ses bureaux où l'on mande que M. Bld. [Blondel] me recevra demain, à onze heures, avec plaisir. J'ai trouvé l'expression douce, autant que la
Cependant on en poui rail douter d'après ce ^'^ Suit un affectueux et reconnaissant
qui a suivi . . . Devinez ? Nous nous sommes post-scriptum de Sophie d'Antic. Elle appelle
embrasses bien forl, bien fort, et vous dtiez Madame Roland rrma charmante sœur. ...
entre nous dcnix. Je Taime en v^ritë comme on aime une
rrJo lui envoie celle que je reçois datée bonne sœur. . . w d'hier. « ^'î Ms. 6389, fol. 83-84.
chose qui m'est accordée du prima sur la simple demande dont j'avais chargé le secrétaire.
P.-S. de Lanthenas, [du 7 au matin] :
Je me suis chargé, mon ami, de vous expédier les lignes ci-dessus et dV ajouter ce que la soirée d'hier fournissait à la chère sœur à vous dire. Ole est rentrée hier à neuf heures et demie , assez fatiguée : nous venions des boulevards où nous avions été obligés de nous réfugier, encore avec peine, aoi Vanétés amtisantes^^l Le Théâtre-Français était assiégé, longtemps avant quatre heures , par plus de monde qu'il n'en faut pour remplir ce qui n est pas loué d'avance. J'y parus alors pour me procurer des billets, je dus y renoncer après avoir tenté de me pousser. Un pauvre diable à demi étouffé fut élevé pardessus les têtes et tiré du centre où je suis étonné qu'il n'ait resté foulé aux pieds. Celte foule était au bureau des secondes, premières et galeries, et il y avait déjà aux portes de la Comédie, en personnes pourvues d'avance, de quoi les remplir. Je suis revenu à l'hôtel. J'ai proposé à la chère sœur la Caracme qu'on donnait à l'Opéra. Nous y avons couru; tout était plein, les secondes même, avant cinq heures, et nous nous sommes rabattus aux boulevards que nous avons trouvés pleins de gens qui, comme nous, y affluaient des Français, de l'Opéra ou des Italiens ^^^ où la Reine est venue, après la revue du Roi, voir Biaise et Babet^^K Nous n'avons point été fâchés d'avoir vu le spectacle que nous avons rencontré. La chère sœur a mis dans son répertoire plusieurs petites pièces qui peuvent être citées, et puis le fameux Volange^^^ plus fameux encore sous le nom de quelques rôles triviaux qu'il a joués avec un concours prodigieux.
J'espère, mon ami, que nous nous reverrons bien et longuement avant aucune longue séparation; et puis, pour mon compte, aura-t-elle lieu? Il faut avouer que ce n'est encore guère avancé. Je reçois hier une lettre qui doit, je
^*^ Le théâtre fondé par le comédien Lé- paroles de Monvel, musique de Desaides.
cluse en 1776 et transporté, depuis octobre (Voir Mémoires secrets, 39 et 3o joio,
1781, à la fohre du faubourg Sainl-Ger- 6 juillet 1788.)
main. (Voir Mémoires secrets, 3o octobre ^*^ Volange. — Voir sur ce comédien,
1781 et 91 mai 1786.) créateur du type de /anot^ et sur ses aveo-
^*^ L'Opéra-Gomique. tiires avec le public, les Mémoires secrets,
^'^ Biaise et Babei ou lu Suite des Trois février, mars et novembre 1780, février,
Fermiers, deux actes en vers, avec ariettes, août et septembre 1781 , mai et juin 1783,
crois, me déterminer à suivre le vent qui me pousse à Montpellier, et à y finir de prendre ce bonnet de docteur vers lequel vous m'avez déjà conseillé de marcher au plus vite. La chère sœur voulait que je visse M. d'Hervillez, etc., etc. . . J'aurais mille raisons plus forte^ que celle-là pour m'arrêter encore à différer; cependant l'espérance de ce que je pourrai faire de mieux pour elles toutes, quand je serai débarrassé de ce doctorat et que j'aurai vu ma famille, me fait pencher à me rendre au plus vite à Montpellier.
Voilà huit heures. Je cours mettre la présente à la poste. Un mot là-dessus, s'il vous plaît. La chère sœur se rend ce matin à l'audience particulière de M. Bld. [Blondel], à 1 1 heures; à 3 heures, elle compte aller voir Dom Blanc. Je vous embrasse, mon ami, corde et cmimo.
P.-S. de Bosc :
Je ne sais comment je trouve la lettre de mardi dans ma poche. Il me semble vous avoir écrit hier. Peut-être y avait-il plusieurs feuilles et que je n'y aurai pas fait attention. Je n'ai pas vu votre femme hier. Je ne la verrai probablement pas aujourd'hui; mais demain, je la force à devenir minéralogiste en la conduisant chez de l'Isle^'^
^*^ Rome de TWe. — Voir lettre du a5 juillet 1781.
Et le lendemain, 8 mai, Bosc écrivait à Roland(m8. 6Q39,fol. 85) :
trJe vois dans votie lettre d'hier le nœud de l'énigme qui m'a l)eaucoup inquiété hier. Je vous ai renvoyé une lettre pour celle de votre femme. Heureusement que cela ne tirera pas à conséquence pour vos aflaii'es.
(tNp croyez pas m'en imposer; si je sais faire un aveu, je sais le soutenir, le faire
valoir même. Après quoi , je puis ajouter que je ne me rappelle pas sur quoi vous avei fondé la sortie que vous faites contre moi. Je ne suis pas assez gai pour plaisanter. Je ne vous en dis pas davantage, rt
Les distractions de Bosc, son enjouement assez gauche avec le mari, sa camaràdene honnête et d'autant plus familièi'e avec la jeune femme font mieux compi^endre la correspondance , et c'est pourquoi nous croyons utile de donner ces billets.
[À ROLAND, k AMIENS <•'.]
Mercredi soir [la mai 1786], — de Paris.
Je ne t'ai pas écrit hier, mon iaimi : ce n'est pas faute d'avoir tenu la plume, car j'ai griffonné tout le jour à Versailles. J'ai fait une vingtaine de précis nouveaux, dont j'ai remis partie à M"^ d'Arb[ouville] pour les distribuer aux différents ministres et aux membres du Conseil des dépêches au moment où l'affaire devra y être portée, partie à M. Faucon qui doit en envoyer çà et là, et partie que j'ai aussi adressée à quelques personnes. M""** d'Arb[ouville] a vu hier M. de Saint-Romain, moi je vis M. de Ville; j'ai su de l'une et de l'autre part qu'on trouvait la lettre très avantageuse y mais point chaude et tranchante comme il la faudrait dans une affaire que les ministres répugnent à proposer parce que le Roi n'aime point à accorder les grâces de ce genre. Au reste, M. de Saint-R[omain] promet de mettre l'affaire incessamment sous les yeux du ministre; ]^me (l'Arb[ouville] doit, d'ailleurs, parler à M. de Verg[enne8]. Déjà M. d'Arb[ou ville] lui en a touché quelque chose. Mais il y a sur le tapis trois demandes de cette nature, bien appuyées, et qui sont là depuis six mois; trois fois Madame Adélaïde a essuyé des refus pour pareille grâce, et depuis très peu de temps. M. de Verg[ennes] nous portera-t-il au Conseil dans peu? Voudra-t-il que l'affaire réussisse? Rien de cela n'est bien certain. Le Conseil des dépêches ne se tient
^*^ Ms. 6389, fol. 90-91. — Une noie hier [c'est-à-dire mercredi 1 9 mai ] de Ver-
au crayon sur le manuscrit dit : trmai saiiies...f.
178^^. Nous disons sans hdsiter m mai Nolons aussi que , dans la présente lettre ,
îjSi. Remarquons, en eiïet, que cette Madame Roland transmet à son mari luie
lettre est écrite de Paris, au irtour de Ver- lettre du prieur de Crespy, du 8 mai, ou,
sailles. Or nous lisons, dans la lettre qui pour parler plus exactement, ëcrit sa propre
suit, de Lanthenas à Roland, du jeudi lettre sur les pages blanches de celle dn bë-
i3 mai : «rLa chère sœur... est arrivée nédictin.
(|ue tous les samedis; il ne serait uulleiiient étoii liant (jue trais, quatre samedis se passassent avant qu'on nous mît sur les rangs. Ma célérité a fort étonné \H" d'Arb[ouvillc]» Tfms Us gem à affaire» ne parlent qite par moi! J'ai été à mou tour voir M, de Saiut-Rom[a!u]; j'ai causé, raisonné, pressé, obtenu des promesses; il est aimable, quoi* qu'il ne soit plus très jeune; r est le plus causant, le plus aimable que j*aie trouvé dans les bureaux. Je me trompe fort ou il serait liomme à se payer d'une certaine monnaie que malheureusement je ne débite pas. Avant de quitter Versailles, je lui ai envoyé un exemplaire de tous tes ouvrages, accompagnés d'une lettre que je crois très forte et très bonne. Je n'ai point ti*ouvé à la chancellerie le secrétaire pour qui M. Faucon m'a donné une lettre; je viens le chercher ici; je joue aux oHvettes avec M, de Noiseville'^', à qui j'ai pris le parti d'écrire et qui me répond en me donnant rendez-vous pour lundi* Je vais faire tout ce que je pourrai pour mettre du inonde en carnpajjne, et, tous les possiljles lentes, toutes les précautions prises, je remettrai Tissue aux événements et à M°^ d'Arb[ouville] , qui est certainement active et zélée, et je retournerai te joindre, à moins d'une grande espérance de décision plus prochaine, parce qu'alors je tenterais et remuerais jusfjn a la tin.
Mais il ne faut pas non plus payer un bien incertain de tant de pertes réelles, et c'en est de terribles qu'un temps si long passé loin de toi. En arrivant de Versadies, je me suis jetée dans un liacr'e pour voir quelques gens; j'ai trouvé un secrétaire qui venait de dUu'V et qui m'a embrassée fort sans façon : c'est M. Noël^'-', que Flesselles connaît.
^'^ On voit par la J élire suivante fjue M. de Noiseviile élait le secrétaire de M. de Vaudreuil.
*** Ce secrélaire qui, a première reiiconlre, eiiibrasse MadaniP Itoland r-lbrL sans façons, paraît bien être ce Noël quViJe avûîl conou eufant de chœur sous son onele , Talilif' Binioul (Mem., II. 18). Mais ne se tromjM3-l-elle pas, en re passage des ^fé-
moires , en croyant que son conipgnon d'enfance est le même que ral»b^ Noël» qui, rr appelé par le niinislre l-e Brun dans la ca mère diplomatique^, fut, eo 1792, envoyé Il [.ondres, puis en Italie? Nous siivous q»ie l'agent de Le Brun ^tait, avant la Révolution , professeur de sixième au roilège I. on is-|p- Grand. Il faudrait admellre qu'il aurait pu être en mt^nie temps, en
J'ai cherché partout ce matin, sans pouvoir le rejoindre, un valet de chamhre de M, de Ségur^^), dont je ne sais seulement pas le nom : demande-le encore à Flesselles pour me servir dans le besoin. Il faudra bien que je revoie les Intendants du commerce. Tout combiné, en supposant que je laisse laffaire en lair, mais voulant disposer avant tout ce qui me sera possible, je ne pourrai te revoir encore d'une douzaine de jours : je ferai un dernier voyage à Versailles avant de partir. Lis, dans un Almanach royal y les membres du Conseil des dépèches : tu verras quelle kyrielle. J'ai des craintes que ce M. de SainlHR[omain] ne me joue le tour de faire renvoyer l'affaire à M. de BreteuilW, parce qu'il a la Picardie dans son département. Je viens de répondre au frère dont je te fais passer la lettre; je lis les tiennes. J'en avais long à te conter, mais j'ai encore des précis à faire, car il en faut toujours avoir dans les poches; je suis fatiguée , j'ai mal dormi à Versailles, le diner que je viens de prendre en arrivant, à cinq heures, me chiffonne. Les pieds me brûlent de retourner près de toi : je suis dans une situation d'âme singulière et je ne sais trop ce que j'écris. En vérité, nous sommes trop honnêtes gens pour réussir! Enfin nous nous aimerons toujours, et avec cela nous pourrons nous passer de bien des choses. Adieu, mon cher et tendre ami, adieu. Embrasse Eudora et écris-m'en toujours.
La lettre de Messine W est touchante; mais je suis trop livrée aux
1784, secrétaire de nous ne savons quel personnage. Ce n*est pas impossible. Sinon il faudrait distinguer deux Noël, Tun ancien élève de Tabbë Bimont, retrouvé par Madame Roland en 1786, Tautre professeur à Loui&-le-Grand, puis rédacteur de la Chronique de Paris en 1 78g , diplomate , tribun , préfet, inspecteur général de l'Université (i756-t84i).
^*J Philippe -Henri, marquis de Ségur (1734-1801), maréchal de France, ministre de la guerre de 1780 à 1787. — Roland répond, le i5 mai (ms. 63^0,
fol. 3/13-343) : rrLe nom de ce valet de chambre de M. de S^^ur est Honoré. Promets çà et là, à toute cette canaSIe, récompense, reconnaissance, mais si Taffaire réussit; sine qua, non. Nous n^avons plus assez de reste pour jeter beaucoup à Taventure ... «
^*^ Le baron de Breteuil , secrétaire d'État et ministre de la maison du Roi, avait en effet la Picardie dans son département {Almanach royal de 1786. p. 31 3).
^'î De M. Lallement, vice-consul à Messine. — Voir lettre du 3 janvier 1789,
affaires, à leur tracas, à leur séclieresse, pour être disposée à répondre; du moins, je sens ainsi à ce moment.
Lettre du prieur de Créspy :
\ mon retour, mon cher frère, j'ai écrit à ma sœur, à Paris, par Tadresâc de M. d'Antic; mais a-t-elle reçu ma lettre ou oon, je c'en sais rien, car je n ai poiaL reçu de réponse. Je hasarde encore celle-ci par la même voie et, si dans huit joura jp ne reçois point de réponse, je ne m'en servirai plus* J*ai tardé jusqu à ce jour à vous écrire, parce que je voulais en même temps vous mander quelque chose de notre chapitre; nous en avons reçu des nouvelles hier^^l Lon n avait encore nommé que les d^'finiteurs, qui sont ceux qui font toutes les opérations du chapitre : t" Dora Le Moine, supérieur généra!; a" Dom Corinl, prieur de Cluny; 3" Dora Gastehois, notre prieur; 4" Dom Berchoux, prieur de Coincy; 5** Oom Petitjeau, prieur de tJhâlons; C" Dom de La Cuisine, prieur de Nanteuil; 7'' enfin, Dom Debenue, prieur de Layrac. Leur élection a été fort tumultueuse; il parait que le parti de Dom de La Ci-oix a eu entièrement le dessous.
Dieu veuille nous prendre sous sa sauvegarde, car nous sommes dans uue lerrilïie crise; je vous en dirai davantage la première fois que je vous écrirai, ce ()ui sera des que nos opérations seront finies. DonneK-moi des nouvelles de ma sœur et de ma lettre si elle ia reçue, car tout cela m'inquiète fort. Pt»rteE-vou8 hîen tous. Je vous embrasse.
Ce 8 mai 178A.
Je verrai demain au soir le R. CarrichonC^* aux Carrières, je lui parlerai de vous; je lui en ai déjà écrit deux mots, mais je lui en dirai davantage.
f'î TouB ce» détails se rapportent à la jjrande querelle qui divisait aloi-s I ordre des Bénédiclius, qupi*elle oîi les frères de Roland étaient tangages. ("Trop sage pour un moi ne, il fui persécuté des ambitieux de sou ordre n, dit Madame Roland du ciu-é de Loogpont, Mêtmirex, II, îï53.)On verra plus loin que Dom dn La Gi-oix, dont nous avons déjà pnrté (\oir letli'e du 17 janvier 1783) succomba malheureut^meut dan» cette lutte.
^'^ 1.1e R. Carrirlion est probablemenl ce
vieux prêtre de l'Oratoire qui, le -3 a juillet 179^1, se mit sur te pasîiage de M"*'* de Nuailles allant h Téclialaud , pour leur damner rabsiitutiim, et ipii écrivit la relation de de leurs derniei*s iiioniPntB. — Voir la Vie de Madame ik Mmita/pi , 1 8ti8 , p, 1 48-i 70 » et la Vie de Madame de Lfffmjetle , Paris , Tecbeuer, 1868» p. 169 et suiv.
ïves Carrières» près de Cbarf^nton, était la maison de campagne de Dîouis du Siijuur, conseiller au paHement, académicien et astronome.
[À ROLAND, À AMIENS ^'l]
1 3 mai 1 786 , — de Paris.
La première partie do la lellre est de Lanthcnas.
Je ne vous écrivis pas hier, mon ami; je fus courir très à bonne heure, et avant je copiai un précis que la chère sœur m'avait fait passer la veille et que je devais faire passer au secrétaire de M. de Vaudreuil qu elle n'a pu joindre et s'attacher de vive voix à Paris, ni à Versailles où elle l'a été chercher plusieurs fois. Enfin la lettre dont elle a accompagné le précis a aussi bien fait; il a répondu en témoignant les meilleures dispositions et lui donnant rendezvous pour lundi matin. J'espérais faire un bon usage de la copie que j'avais tirée pour obtenir une bonne recommandation auprès du Garde des sceaux, qui est un des plusieurs autres à qui il faut maintenant faire recommander l'affaire, comme membre du Conseil des dépêches oi!^ l'affaire doit être portée. La personne sur qui je comptais part aujourd'hui avec toute sa famille pour un voyage de trois mois dans les provinces méridionales, et je n'ai pas pu même éprouver la bonne volonté soit de lui, soit de ceux dont j'espérais pouvoir me prévaloir auprès de lui. La chère sœur a un secrétaire du Garde des sceaux qui pourra peut-être la servir en place suffisamment. Elle est arrivée hier de Versailles, y ayant beaucoup vu et remué, sans en prendre l'espérance d'une prompte décision, ni même d'une réussite certaine. Après avoir trouvé des recommandations auprès de tous les membres du Conseil , il faut que l'affaire y soit portée ; les portefeuilles sont pleins et regorgent ; ces affaires sont toujours poussées derrière les autres; et à ce moment, il y en a trois de même nature, bien recommandées, bien fondées, que M. de Verg[ennes] éloigne pour faire passer d'autres plus pressées, et où un système particulier que le Roi s'est fait ne se trouve pas blessé; car l'opinion qu'il a sur la grâce de cette distinction sollicitée, juste en soi , mais point assez raisonnée pour l'état des choses, est si connue de tous les gens en place, que c'est la première objection qu'ils mettent en avant. Avec tout ce peu d'assurance de réussite, tout cet embarras de sollicitations, il faut encore avoir de petits contre-temps très déplaisants et très chagrinants. La chère sœur vous avait écrit lundi au soir, jour de son
**^ Ms. 6389, fol. 99-93.
ANNÉE Î78â.
arrivée à VcrsaiUcs, par M. D. [d'Anlic], Ir^s au long, six pages i»L [this. La letlre aiirnil dA vous parvenir avec la iiiieniie ilu mardi. Elle avaiL i esprit Iran- (|uille là-dessus, jusques à san arrivée ici (]ue, Irouvant M. D. [d'AntîcJ et lui parlant de sa lettre, elle en a appris qu'il n'en avait rieu reçu, A fiiiquiélude rpielle en a pris s'est joint celle «Ir plusieurs comniissions, lettres, etc., quelle a <5lé oblifjée de faire faire, de faire porter par des cooimissionnauTs de place; elle a i^crit sur-le-champ à f hôtesse chez qui elle a logé, et elle attend à présent, avec beaucoup d'impatience, ce quelle pourra savoir de la cause d'un contre-temps qui la mettait hier dans une très grande peiun. Comme elle est très fatifjuée et qu'elle a eu plusieurs expéditions à faire liicr au soir, je me suis chargé de vous ébaucher ce cpi'elle avait à vous dire là-dessus et rie lui porter la lettre avant de sortir pour la remettre au bureau de M. D. [d'Antic], afin qu'elle y joigne qne!<(ue chose*
On donnait hier la septième représentation de Figaro. J'attendais la chère sœur pour l'y conduire, mais elle n'arrivait pas, et M. D. |d*Anttc], étant arrêté à la vente des effets rie Monsieur son père, vint me prier île lui faire le plaisir d^aller donner des passeports pour lui. Je fus donc passer la soirée à son bureau m j'ai beaucoup causé d'un M. Mitier '^^ docteur de Paris, qui est aussi en très grande crise avec sa Faculté. Mesmer» pour celte raison^ se Test associé et a été au-devant de lui, quoique ce soit une occasion toute différente qui a brouillé ce docteur avec la compagnie. Il s'agit d'une maladie très répandue, très secrète et plus nuisible peut-être par les fausses craintes et les remèdes qu'elle fait [>rendre trop dangereux, que par elle-même. M. Milier prétend la guérir infailliblement et sans danger, comme sans altération du tempérament, avec de simples végétaux; il offre des preuves et on le raye du tableau.
J'ai reçu une lettre de mon évoque, accompagnée d'une de recommandation pour une comtesse ciui peut m'introduire chex Deslon.
lervier^*^ est à
Savez-vous que le père et qu'il donne la doctrine
leaux ,
pour
*ii)
louis ?
y gagne beaucoup
' '^ ff M iltié , mé( \m\\ , rue des Prou vaires, près Siiint-EustaclïC'ï (Àim, t^o^ai ih 178^, p* 48(*).^U ne s'intéressait [kis HciilernenL au incsrHérisiïie. Les journaux *lii trnips sont [)lciiis de ses ixiclame^ pour ses remédies conlix? kl t-maladie vénérienne ?i, (Vuir uo-
liimnient le MoaïVcwr, <) juillet lygB; voir aussi , mw lui et gon histoire avec M"' Dozou, les Mém, ëccrcts^ se[ïLenibrc-oclobre ! 78/4, f*t GouenurL La Saint-llubirti
^'^ Hervier. — Voir Métn. sccreh, cj nvril 1784 : fftJnangustin, fameux prétiicaleur»
Connaissez-vous ce qu'on dit du magnétisme des prêtres indiens? Je vous embrasse, mon ami.
Ici , Madame Roland prend ia plume.
Tu recevras celle-ci, bon ami, en même temps que celle que j*aî remise hier soir à l'ami d'Antic, et que je te fis en arrivant. Je regrette beaucoup celle de Versailles où je te répondais à mille petites choses au courant desquelles je ne suis plus, et où je raisonnais longuement sur nos affaires. Cela me contrarie extrêmement, car, le moment passé , on ne s'y reporte plus aisément. Le frère a vu les imprimeurs et les a de nouveau pressés ; je les reverrai encore. M**^ Bussière était malade quand je suis partie ; je ne l'ai plus trouvée à mon retour.
Au sujet de l'ami d*Antic, je n'entend rien à ce que tu m'en dis, et je le vois aussi ne sachant trop, sur tes lettres, à quelle muce manger le poisson. Je lui répétais, à cette occasion, ce que je t'écrivais dans ma lettre perdue : «Quand vous voulez, vous autres lions, plaisanter entre vous, vous avez toujours la voix rude et la patte raide; laissez le caquet à nous autres petits oiseaux , qui pouvons nous jouer sur votre crinière sans chagriner personne '^^ n. Ce qu'il y a de vrai , c'est que ce pauvre
appelé Père Hervier, non content de guërir les âmes , a voulu guërir aussi les corps. Il a achète, du bénéfice de ses sermons, le secret de Mesmer. Sa réputation l'ayant fait appeler à Bordeaux pour la station du Carême, il remplit aussi son second apostolat et propage de son mieux la secte de son maître. » Il finit par être interdit par Tarchevêqae de Paris {Mém, secrets, 5 décembre 1786 et 9 juillet 1785). — En 1791, il était bibliothécaire des Grands-Augustins (Tuetey, III, 968 , 969), et prêchaità Notre- Dame le a à septembre pour célébrer ia Constitution (t^î^., I, 3618).
^'^ Roland avait fini par avoir un accès d^humeur à pro])os des familiarités de Bosc. Un trouve, au ms. 6939, fol. 96-95, un
billet de celui-ci, du i3 mai [178!], où il dit à Roland :
ffj'ai revu hier votre bonne moitié, après trois joui*s de privation. J'étais dans un état d'Ame extrêmement pénible, la sienne n'était pas non plus dans son assiette naturdle. L'heui*e que nous avons passée ensemble n'a pas été bien agréable. Elle a été des plus troublée par l'inquiétude que lui a donnée la perte d'une lettre à vous , qu'elle m'avait adressée de Versailles et que je n'ai pas reçue. Ainsi vous ne serex pas étonné de la lacune qui se trouvera dans votre correspondance. Si la lettre ne se retrouve pas , on cherchera à la suppléer.
(T Aujourd'hui je suis encore mal. A peine puis-je me tenir sur mes jambes ; je suis dans
ami est dans une situation d'âme la plus triste qu'on puisse imaginer. Dégoût de tout, apathie absolue, malheureux en vérité; la santé s'en ressent, comme il est inévitable.
Je vais trouver un secrétaire, voir AP'" de la B[eiouze] et faire ce que je t'annonçais hier : tous les possibles, puis m'en aller.
Adieu, moD cher et bon ami; je t'embrasse de tout mon ca.*ur.
Lanthenss ajoute :
M. D. [d'Antic] a tant en tête la partie d'Ermenonville, que, ne pouvant avoir lieu dimanche, puisque la chère sœur a rendez-vous hmdi, sans compter ce qui viendra, qu^il proposait hier dy aller quand elle s'en retournera, et de demander alors au h'ère(?) des chvx [chevaux] pour son retour ù Amiens par Crespj'^^L Mais la chère sœur ne le goûte pas pour beaucoup de raisons.
ths dispositions frëqnenles de me trouver mal Nous devons eepeDtjfant allpr chez de llslt'ce sairelprobabienicQtdemaio à Figaro. f'Quoi diable aliez-vons chercher avec votifî quei-elle? Ou a voulu vous badiner. Ou lie vous plaint pas uioius. On ne parle pas umins souvent de vous avec plaisir, on ne vous désire pas moins, on ne vous aiuiepas moins. Et, lorsque hier votre raoiïii^ m'a annonce à peu près le tenne de son déparl , j'ai plus peus4^ à votre rapprorbement qu'à son départ d'ici, qui, mal|jrë la suruliarge d*a<Taires, fera cerlainement no vide U*ès cofifiid^^rable dans ma manière d*élre.
ff Adieu, je vou^ embrasse cordialement.^ Mais dëja Roland, radouci, (écrivait à Bosc, le môine jour ( 1 3 mai, ms. ô^ào, fol. a^o-
a^i), d\iu toû bonhomme : «rVous ivez granilement raison, eL il en faut faire juslice; mais où b prendre, celte femme que vous iiberlinez? J'apprends tous les jours de nouvelles freilaioes, et, lorsque vous n'en êleîi pas rauteui\ du moins les partagezvous, Ahl quavez-vous à dii'e?. . • Ditesle-moi aëric lise ment , avez-vous n^solii de garder lonjjleraps encore ma moitié ? Savezvous bien que je commence à me lasser d'une si longue absence, et que, si bieutôl ou ne coupe court, je me fâcherai à la iÎQ?, . . Aime!S-moi toujours, je vous embrasse de tout mon cœur,i»
^'^ Lig;nes peu iisîbleîî dans le manuscrit. — Stii' cette partie projet<^e d'Ermenonville, voir les lellres suivantes.
À ROLAND, À AMIENS t^'.
Veniiredi, 7 heures du matin, ih mai 1784, — [de Paris].
Je trouve très joli de t'écrire en in'éveiHant et dans mon lit; c'est un plaisir que je prends quelquefois ici; jamais je ne puis en jouir à ce maudit Versailles, où les lettres qu'on fait se perdent encore. J'ai cela sur le cœur, et cette peine me revient toujours; il faut pourtant l'oublier et revenir à nos affaires. Je te l'ai dit, mon ami, nous croyons, et avec quelque raison, avoir beaucoup fait que d'en être venus à faire rendre un témoignage favorable à des gens de mauvaise humeur, et de les avoir portés à faire écrire au ministre que tu méritais la bienveillance et la protection du Conseil. Assurément ceux qui ont fait cela ne pourront se refuser à t'accorder une bonne retraite lorsque tu la solliciteras; ceux qui ont fait cela pourraient bien moins parler de révocation ou de rien qui en approchât, etc. Voilà donc un succès d'obtenu : c'est une ovatio; quant aux honneurs djLi grand triomphe, je ne me flatte pas de les avoir dans cette campagne. L'opinion du Roi est réelle, tenace comme toutes celles qu'il adopte, très connue, et en conséquence tous les ministres répugnent à proposer quoi que ce soit qui la contrarie, qui les oblige à se mettre en frais pour la vaincre, et qui les expose à un refus. Voilà notre grande difficulté; sans elle, nous pourrions regarder la lettre de M. de Galonné comme suffisante; mais pour faire renverser un tel obstacle , cette lettre n'est point assez chaude ; elle ne rend qu'une simple et faible justice : elle te présente comme un homme qui a bien mérité; il faudrait qu'elle t'offrît comme un homme supérieur et extraordinaire qui mérite une distinction réservée maintenant pour les sujets rares, les cas extrêmes : c'est-à-dire ce que l'on voit et juge tel. On ne pourrait suppléer au défaut de ce véhicule que
('^ Ms. 6.239,(01.96.98.
par un nombre de fortes protections* qni vouhmseiit la chose et h fissent Yotiloir au Conseil; encore la fantciisie de Sa Majesté ferait-elle penl-4^tre tomber à plat réchafatidage. Cependant, comme il ne faut avoir rien à se reprocher, j ai été voir hier un secrétaire du Garde des sceaux, jeune homme doux, honnête, à qui j'ai depuis envoyé un exemplaire des iMtres et de tous les mémoires; il doit mettre ceux-ci sous les yeux du Garde des sceaux. Ils viennent de partir (J^enteiids le ministre et ses gens) pour Versailles; au retour^ je tenterai de faire présenter au Garde des sceaux tous tes ouvrages; s'il éUiit possible de produire par eux nue impression forte, de faire croire que la chose demandée est une justice, ce serait une victoire : car le Garde des sceaux et M* de Verg[ennes] ne font rien de ces sortes d'alTaires Fun sans Taulre. La persuasion du Garde des sceaux, les sollicitations de M*"''d'Arb[ouville] près de M. de Verg[ennes] pourraient peut-être conduire au but désiré. En vérité, c'est en tout ceux qui ont déjà beaucoup qui peuvent avoir davantage; si nous étions fixés à Paris avec seulement quinze mille livres de rente, et que je me dévouasse aux affaires, j'ai presque dit à Tintrigue» je ne serais pas embarrassée de faire beaucoup de choses. C'en est une désolante que ce transport continuel des ministres h Versailles et à Paris alternativement; on ne peut imaginer combien cela déroute les solliciteurs et allonge la courroie.
J'ai été voir hier M"'' de la B[elouze]L Une singularité qui m*a paru frappante, c'est qu'elle, qui conq)lait pour tiuit le témoignage de ces Intendants, regarde maioleuanl la lettre obtenue comme rien; c'est, diL-elle. une chose dont il ne vous reste rien entre les mains^ où les Intendants ne sont seulement pas nommés, et dont on ne peut se prévaloir, etc. . . Conime si un témoignage ostensible que le ministre nu pu rendre que d'après eux, dont les copies restent sur les registres dans les bureaux môme de Bld, [Bloudel], dont l'original est passé plus haut* qui n'a pu se faire que d'après le concours de tous, à la connaissance d'un grand nombre, et donné aux intéressés mêmes, était un fait équivoque, impossible à rappeler et incapable de ramener du moins plusieurs d'entre eux, si un seul voulaii agir au contraire. Eidin cha-
LËtTIti:^ OK MiDVUt UOLVM}.
cuu a ses travers, et ceci m'en a paru un bien pommé, aussi jai répondu à ses témoignages de regrets que j'eusse pris tant de peines inutiles, que j'avais la seule chose sur laquelle j'eusse compté et que je ne croirais pas mon voyage perdu en restant à ce point. Nous sommes toujours les meilleures amies du monde, et peut-être n'y a-t-il que l'extrême envie qu'il y eût davantage qui lui fasse estimer si peu ce que nous avons ; je le crois volontiers.
J'ai fini ma matinée d'hier par visiter les tableaux du Palais-Royal '*'; chose délicieuse que je verrais et reverrais bien des fois. Pavais été près de la Bibliothèque du Roi, au Marais f^), j'étais horriblement fatiguée; le dîner a réparé, et j'ai employé le reste du jour avec l'ami d'Antic chez le bon M. de Lille '^^ qui nous a montré ses cristaux, etc.; autre chose dont je ferais un cours si j'étais ici. Aujourd'hui, la matinée se passera à faire lettres, précis, toilette, voir Praull, la petite sœur, et ce soir Figaro. J'écrirai au premier jour à M. Audran W, Je ferai le paquet pour M. Houel^^) demain; j'irai à l'audience de B[lotjdel] le
^*) La fameuse gderie du duc d'Oriëaos, dans les tapisseries; il le cite d'ailleurs dans
dispersée pendant la Révolution. son ouvrage, t. 111, Dise.préL, p. cixt.
^'^ Madame Roland a probablement voulu Ami de Rose et de Roland, membre des
dire^non la Bibliothèque du Roi (très voisine deux communes provisoires du â5 juillet et
du Palais-Royal), mais la Bibliothèque de du 18 septembre 178g (Robiqnet, p. 907
la Ville, ouverte en 1768 et transportée et si 3), Michel Audran fut nomme, sons
depuis 1778 «r à la maison de Saint-Louis , le second ministèi-e de Roland, directeor
rue Saint- Antoine» {Alm, royal de 1786, des Gobelins (6 septembre 1793). Cest
p. 5 00-5 01). également en qualité dV ancien ami des
^'^ Rome de Tlsle. Roland , et afiilié depuis longtemps à toute la
^*^ Michel Audran (1701-1795) appar- clique liberticide 9, que, le 99 octobre 1798, tenait à la famille des illustres graveurs il fut incarcéré à Sainle-Pélagie par le co- (petit-neveu de Gérard Audran et troisième mité de surveillance de sa section. Révoqué fils de Jean Audran). 11 ^vait onze frères et le i3 novembre suivant, il fut rëint^^ré sœurs et quatre enfants. Il était, depuis dans ses fonctions le 1 & avril 1795 et mouplus de trente ans, un des tr entrepreneurs» rut deux mois après (ao juin). — Voir Les de la manufacture des Gobelins. — Roland , Audran, par Georges Duplessis, Paris, 1 899. comme on le verra par la suite, tirait de ^' Jean-Pierre Houel, graveur et peintre lui , pour son Dictionnaire des manufactuns , (1735-181 3). — Il avait publié, vers Fépoque beaucoup de renseignements précieux sur la où Roland donnait ses Lettres d'Italie, un teinture des laines et des soies employées Voyaife pittoresque de Sicile, Malte et L^ari,
remercier, car il a si bien fait qu'il a tout le mérite de la chose et qucn ayant bien 6i\\iM peiit-dtre à ne pas faire fa lettre trop bonne, nous sommes pourhinl nécessités à avoir Tair de lui être 1res obligés; ccst même une adresse que de supposer qu'il a beaucoup fait et d'atïecter d*êire sa dupe jusqu'à un certain point; c'est se ménager le droit d'en exiger davantage. Je tai dit (|ue j'étais merveilleusement avec Collereau qui m'a envoyé la copie, sans même avoir demandé Tagrément de BId. [Blondel], raltendrai donc, en remuant ici ce que je pourrai, qucM'^'^ d'Arb[ou\iile]me mande ce que M. de Vg.[VergennesJ lui fait entrevoir du moment de proposer l'affaire et de Fespérance à concevoir. Je retournerai presser M. de Salnt-H[omain], Je mettrai vAi Tair et j'aviserai à m'en aller si Fissue n'est pas prochaine. Les d'Huez sont à leur campagne ^') depuis bien longtemps; je leur écrirai à loisir. Fais-moi passer d'autres adresses, je recevrai le tonl ensemble. Denuiin après-midi, j*irai voir M'^'d'Agay, Définitivement, mon clier ami , le Clos, la verdure, Eudora, la déhcieusepaix, la ravissante amitié, nous aurons tout cela et je me moque du resle. M, de Saint-R[omain] est bien le seul homme nécessaire du bureau de M. de V[ergenues]; je le reverrai, il peut beaucoup et il est prenable. Le frère fimra, je croîs, par aller à Nancy '^' où il terminerait dans huit jours; nous Faurons, à ce que j'espère. M. Parault te dit million de choses. On a arrêté des lettres à Failli, c'est ce qui me fait par ménageuïent Fécrire encore aujourdliui directement.
Adieu, mon bon ami; ménage-toi , je Femhrasse de tout mon cœur et, très indépendamment de nos alFaires, quoi qu'elles puissent devenir, je me réjouis de l'idée d'allc!* bientôt te rejoindre. Et le brave Fless[elles]? Sa femme? Dis-lui beaucoup pour moi. Souvenir alFectueux
Koland écnvait, ilv Vavk, h sa femme, le 9 ft^vrier 178a (ms. 6u/io, fof. i46): f^ïm lii jeudi donïier, au Musée, la pi-eniièrp IIvnisofî du Vo^e historique, pittoi-estjtie, et le reste, de la Sicile, de M. Houel. Aux gravures jjrès, qui sont iuléressanles et qui
fieront monier celle livr'aison à 3oo livres
au moins, je ne croiiî pas qu'il m'entame
seuloiueDl Fnpidprme* . . v
'■' H somlde que ce soit k Long'pout, ^*^ A la Faculté de mélecitie de Nancy,
pour y [irendre le bounel de docteur.
au docteur; honnêtetés aux voisins. Te voilà donc encontessiné^*'? M"*" de la B[elouze] la trouve très bien, en est fort contente. M. de B[ray](^) m'impatiente; je l'ai rencontré dans la rue, il dit que l'affaire de Neufchâtel passera, mais qu'il faudra bien prendre garde à l'adresse, etc. . . Et rien ne finit! • .. Enfin nous verrons; voilà Fheure qui me presse; adieu, adieu.
Je t'avais répondu sur la dédicace, mais. . • j'oublie qu'il faut le répéter, parce que c'est dans la lettre perdue, ce serait comme un clou à un ... , et plutôt entrave que secours ; car on se • . . W demander ces choses comme si elles étaient importantes, et ensuite on n'y fait pas la moindre attention. Ne courons pas deux lièvres ; nous aurions l'air d'importuner par une deuxième demande, et l'on ne nous saurait aucun gré de l'affaire en soi. Je t'enverrai la copie des notes demain.
L'idée de la reconnaissance est chimérique, c'est une rêverie de Nestor; il faut pour cela des titres dont nous n'avons pas le quart.
J'ai gardé le cahier de musique énoncé sur la note. Dis-tu un mot de moi à ma petite inclination, M. Villard? Par ma foi, si je me souvenais de l'adresse du père, j'irais le voir une surveille de départ : j'aurais le mérite d'une honnêteté et d'éviter l'air d'avoir cherché ou d'avoir voulu éloigner; mais voyez un peu la grande affaire! Celle du marquis W, de ses moutons et chiffons est au diable, faute d'argent et peut-être d'une meilleure tête.
J'ai dû écrire à Despréaux suivant ton avis; il me semble que les affaires sont comme la tête de l'hydre.
L'ami d'Anlic va avec sa sœur et deux amis, hommes et femmes,
^^) Roland avait écrit, le 17 mai (ms. 6 a &o, ^'^ M. de Bray était alors à Paris, comme
fol. a44-a/i5): ffMa soirée [a été prise] par on Ta vu par des lettres précédentes. —
une partie très inattendue de loge grillée, Roland avait écrit, le i3 avril (ms. 6a&o,
tête à tête avec la Gontessine. . . ?» — 11 fol. 189): «rM. de Bray part ce soir, et tu le
semble, ainsi que nous Tavons déjà dit, que verras incessamment». la Gontessine ffla petite Gomtesse» soit la ^'^ Déchirares du papier,
fille de M. de Bray, M"* Durienx. ( Voir note ^^^ Nous ne savons de qud marquis il est
de la lettre du i& avril 178a). question.
ANNKE USA,
à Enueimiiville dimanche procliain ; ils seront absents deux jours; ainsi ne m'adresse rien par lui samedi el dimanche. Tu sais mes raisons pour ne pas être de la partie : t" préférence Ibrt nalureUe de la faire avec loi; 9° alTaires qui pourraient se remettre à la rigueur, mais qu'il est mieux de suivre el de vider pour te rejoindre plus vite,
\ ROLAND, \ AMIENS f^l
[Du 10 au i5 mai 178'!, — à*' Paris.]
Je te contais, dans ma lettre perdue, ma visite chez M""'' d'ArbouviHe, la réparation faite comme je m*y attendais et couime je Ta vais amenée, le tout sans mot dire et se senlaiit fort bien. Mais nous causerons de cela et d'autres choses, s'il m'en souvient, car dans ce tourbillon de petites miséies il en échappe beaucoup, et c'est ce qui me fait regretter les lacunes d'une carrespondance suivie. Que fait Eudora? Couper des jarretières, appeler les passants, manger comme un petit loup, courir el crier, caresser son papa, prononcer maman quand tu ie lui rappelles : voilà sa vie, n'est-€e pas? Adieu,
J'envoie les notes par les bureaux*
R-S. de LinLiiÊiM» :
J'ai appris hier de M. Desrosières [Pilatre de Rozier], qui vous dit mille et mille choses, ijue M, Cou ri do Géheliii esl mort entre les mains de Me^smer^*'^^.
*'* M». 6389, fol 99. — Dans le \ymU scriptum de retle lellre, que nous donuoris ci-dessous, Lanlheuâs annonce k Roland la mort de Coiirl de G^t>elin ( 10 mai 1784), el Roland lui i*^pond , fe 17 mai (ms* OaAo, fol, *i4i-*i45), en lui faisant connaître la cause de c^U6 moii. Cela nous donne la date approximative de cette lettre.
■*^ Lt tioland répondait à sa femme, Je
1 7 moi : frVAs k Tami Lanlhenas que Court ^t-oit yéroU jusqu'aux os; *|uc Mesmer lui avait dit que s il remordait à la grappe, il en crèvei^ait incessamment; que» se sentant des forces , il y esl retourna et qii*il en est crevé; que tout cela ^ pi-^vu , prédit, [>eut se dire maintenant que T homme est mort, mais que la doctrine n en doit rien souffrir . . * ^
C'est malheureux pour la doctrine; quoique un fait pareil, simple et isolé, ne prouve rien, on ne manquera pas d*en tirer avantage, précisément parce que M. de Gébelin a été un des preneurs. Avant-hier, M. Poissonnier, comme commissaire nommé pour Deslon, devait s'y rendre avec les autres pour recevoir son secret, ce qu'il sait au moins de celui de Mesmer. Mais la compagnie qui le lui a acheté s'est, dit-on, réunie pour le publier, et on assure qu'il est sous presse, avec la théorie sans doute, car sans elle on assure que la découverte réduite à ses simples procédés est peu brillante. On ajoute que l'application en est très diiTicilc, et que, quand ce sera connu, il sera aussi difficile et aussi rare de bien magnétiser qu'il l'est aujourd'hui de faire un bon usage de notre médecine, c'est-à-dire de notre meilleure. C'est ainsi que s'exprimait un initié au collège de chirurgie. 11 disait, entre autres choses extraordinaires, que celui qui a le pouvoir magnétisant regardant le soleil, un autre le regardant aussi pouvait être magnétisé, et de même un tiers étant mis h la place du soleil. Il faut avouer que cela a l'air diablement occulte et que la preuve et l'explication doivent en être d'autant plus merveilleuses.
Je viens de faire une lettre à Mesmer, je ne sais ce qu'elle produira.
Mon père me demande subito et me défend de passer par Lyon.
À ROLAND, [À. AMIENS <'l]
Ce dimanche, [i6] mai i78'i, — de ParÎB. Ce début est de Lanthcnas.
Je sui«{ chargé, mon ami, de commencer à vous dire un petit mot à la suite duquel la chère sœur qu'on doit déjà coiffer vous dira le sien. M. D. [d'Antic] lui porta hier votre dernière de vendredi et soupa avec elle. Il l'engagea à faire promener un peu aujourd'hui sa sœur, et la partie s'est arrangée pour aller prendre des œufs frais au bois de Boulogne, où je crois que nous en avons pris ensemble sous des acacias. La chère sœur, pour pousser son affaire 5 fin, aurait assurément le temps de se reposer, si elle pouvait se résoudre i l'entendre. Quoique le nombre des personnages qu'il s'agit à présent d'inté-
*^ Ms. 6289, fol. 88-89. — 1^ qiian- de cette lettre avec la suivante, datée du tième manque, mais il ressort du rapport tr lundi 17 maii».
rosspr soît pins grand, la marclic lui en est connue à présent, et le délai pour la faire présenter étant indispensable lui laisserait ie temps de faire tout h son aise. Mais elle veut partir et vous rejoindre, et rela incessuminent, ()Nôu]U*elle fît ie voyage d'Ernienonville avec plaisir, le ret^ird que cela seniblerail lui laire et l'embarras d*arranger la suite de sa marche justpj'a Amiens renipéehent d'y songer, à moins r|u elle ne puisse [)as s*y refuser. Elle fut hier pour rendre visite à M°**de La Touche^** avec (|ui elle devait faire cette partie, proposéepar Tami D. [d'Antic]; elle ne Ta pas trouvée, non plus que voire intendante qui se trouve malade, prit hier médecine et a fait sans doute à beaucoup d'autres le plaisir de ne pas les recevoir. Mon ami, la chère sœur ne s'est jamais flattée de réussite dans l'affaire, et elle était bien loin d'espérer ce qu'elle a obtenu. Elle n'est cependant pas perdue, et il semblerait, à la tristesse ([uVlie vous donne, qu'elle fflt tournde aussi mai que les craintes que vous avait inspirées M'^* de la Blz. [Beiouze] el la correspondance de vos intendants du commerce auraient pu vous la faire craindre.
Le Longponien fera assurémeni des remarques sur les changements d'une affaire qu'il n'aurait jamais cru pouvoir être portée là où elle est, et sur réclipsc totale des apparences qu'il redoutait, changées en preuves contraires et authentiques.
Je ne vous dirai pas encore aujourd'hui le prix de YOfli/méf\ M. EL [d'Antic] ie savait hier. Je le lui remboursai dans le temps d*^ ses plus ijranda embarras, et cela est resté là; il m'en cherchera la note, et la première fois je vous le dirai.
Nous allons respirer ie bon air au bois de Boulogne; votre soeur h vous, au rapport de son fnVe, en avait besoin f^*, et je persuadai h celle *|ue vous m'avez flonnée qu'elle i^n recevrait du bien aussi. La santé se soutient bien; vn exerçant ses forces, pile en a acquis, quoirjue <M*pendant plus de fatigue et un peu moins de soins et de repos doivent faîn^ désirer qu'elle vous rejoigne bientôt et qu'elle prenne un peu plus d embonpoîfïl. Je voudrais porter ce matin encore
t*) M"* Creusé de La touche. Son inart. ie futur conventionoei. t^taiL alois avocat à Paris, rae des Lavandières-Saiiite- Opprtnne (Àfm. ro^nl de l'jHh, p. 3*17). — Dès 1789 {Pttpietii BoitJmi, m s. (jr>33, fol. 106-107), ^^^^ 1^ trotivoas en relation d'étroite amitié avec Bosc cl par lui avec
Roland . dont il recueillit la fille porulant les prCTiiÎprs inoïti dt- h Terreur. (Voir Mémoires lie IVlailame Roland . i* 43, ei pasmm.)
'" Il s*afjitici évideinmoiil de M"* d'An lie, ranis il faut avoiipr, une fois pour tontes» ([ue le style de Lâuthenas est souvent bien peu iiileUigîbîe.
ma lettre à Mesmer et en faire une pour Reims d'où l'on m'a répondu, mais on m'a demandé des inscriptions de trois ans : je n'en ai que de deux ans et demi^*). Mon père me demandait tout de suite, mais son ami m'a fait passer les six cents livres. Je suivrai pour passer docteur. Je vous irai voir en y travaillant, mais je ne crois pas devoir porter aucun autre retardement à revoir ma famille, qui paraît me désirer. J'avoue que j'espère malgré tout avoir beaucoup de plaisir à revoir mon pays et que j'en ai une envie assez forte. Notre amitié m'y suivra, et là, comme ailleurs, elle animera tous les goûts que vous me connaissez, que j'y cultiverai autant que je le pourrai et dont je désirerais que vous partageassiez les jouissances.
Je vous embrasse, mon ami.
Je ne te dirai qu'un mot^^), mon ami, car je suis tenue par la tête<*), mais je suis en peine de ton inquiétude; ma santé est bonne autant qu elle peut l'être avec l'extrême impatience d'aller te rejoindre. Je pense que l'ami t'exprime tout ce dont je l'avais chargé, et je ne me donne pas le temps de lire sa causerie, l'heure me serrant de très près. Tu vois que sur notre affaire il n'y a rien qui doive tant nous étonner; c'est très difficile en soi, sans être totalement désespéré; je ferai ce premier jour les courses et visites dont je t'ai parlé; je ferai mes adieux à M"* d'Arb[ouville] et je prendrai mes arrangements pour m'en aller. Le frère irait à Reims; ainsi, dans la supposition d'Ermenonville , je crois qu'il vaudrait autant que la bonne vînt avec moi; mais je ne suis nullement décidée; cela tiendra aux circonstances. Adieu, je me sens aise, parce que j'espère t'embrasser bientôt, et je me moque du reste, qui définitivement ne fait pas grand' chose au bonheur. Addio, ancora addio; ti bacio tenerissimamente.
<*^ Il semblerait par \k que les inscrip- ^*^ Ici Madame Roland prend la plume,
tions de médecine de Lanthenas n avaient sur le verso de la lettre de Lanlhenas. commencé qu'en novembre 1781. ^'^ Elle écrit pendant qu'on la coiffe.
ANNEE 178a.
ROUND, [À AMIENS'"
LimcJi, i^ mai 178^1, — [de Paria].
Tu n*aura8 pas de mes jioiivelles deniaûi, mon bon ami, ni de celles du frère; car Fauii d'Antic l'en aura pcut-^tre donné s'il a eu un iuslant à lui* Je t'écris bien au delà de riieure du courrier, et fort impatiente contre le secrétaire de M. de Vaudreuil, que je n'ai point trouvé i|uoiqu*ii m'eût donné rendez-vous : il est vrai que j'étais en retard de dix minutes, et Texactitude de ces messieurs est grande parfois. Il me dérange extrêmement d'aller le chercher deinaîii, que je dois êtro successivement aux Gobelius et à l'audience de i\L de Tol[ozau]*^^^, Voilà encore de quoi se ruiner de fiacres, quoique en étant fort alerte et matinale; mais après'demain il sera à Versailles et j'aurai à me reudt e h la chancellerie, rue de llicheiien, et chez M. de M* [Monlaran] à l'audience. Nous avons été hier au bois de Boulogne. La journée était superbe, j'ai songé à ce que tu faisais : nous avons chanté h Fête des bonnes gens^ et j'ai pleuré counne une petite sotte. Je me meurs d'envie de retourner près de toi : les heures, Tair (jue je respire, tout me pèse et me suffoque. Jeudi, je vais à Versailles savoir ce qu*a fait M'^*" d'Arb[ouvillc], doimer un coup dépaule et dire adieu à tout, in petto. L'ami d'Antic a fort envie que j'aille à Ermenonville, parce qu'un certain homme, le seul des prétendants de la sœur qui ne leur ait pas tourné le dos, doit être de cette partie, et que le frère désirerait que (pielqu'uu d'adroit profitîU des circonstances pour tirer au clair les intentions du personnage* 11 m'a dit cette raison entre nous deux ; j'ignore si sa sœur uième le sait encore*
Mais voici bien du nouveau : Dom Ghabrier ui'a interrompue et m'a apporté une lettre du Crespysois qui vient d'être nommé prieur à
^'^ Ms. 63^9, fol. 100-105.
*** Rappelons que Tolozan demeiirail nie
tiii G ra mi- Cli a II tifï", au Marais, c'^t-fe-fHre à 1 opposite des Gobdiuî;.
Coiiicy(^); il regrette son séjour de trente ans et de ne nous y avoir pas vus. Serait-ce le moment de profiter du peu de temps qu'il y reste encore? Qu'en penses-tu? N'étant plus de cette maison, pour ainsi dire, aurait-il encore autant d'agrément à nous y voir et devonsnous en faire la partie? Dans ce cas, il faudrait que j'expédiasse la bonne par la diligence de vendredi; je partirais le lendemain pour Ermenonville avec les amis;. et toi, ne serait-il pas joli que tu vinsses me prendre à Grespy? Mais tout cela n'a pas le sens commun : où descendrais-je, seule, sans équipage, dans un moment où le pauvre Grespy sois est très occupé à libérer ses affaires? Toute réflexion faite, cela serait mal vu et il n'y faut pas songer, d'autant moins que nous n'aurions pas le temps de convenir de nos faits et de nous instruire de nos résolutions assez à propos. Dom Chabrier m'a remis 1 8 livres pour la huitième livraison de Y Encyclopédie dont je viens de dire à Visse de faire l'envoi, en lui demandant son compte avec toi; il parait que tu lui redevras. Tai vu Prault, en personne, ce matin; j'ai poussé, pressé, etc. Il me parait clair que, malgré les soins promis, la besogne ne peut être achevée en juin. Je ne serais pas étonnée qu'on sût chez Bld. [Biondel] que tu te proposes de voyager à cette époque, car Prault est très lié avec Cottr. [Coltereau]; il a l'air de se glorifier de cette liaison avec le secrétaire et de se flatter des bontés du maître. C'est un épisode à l'affaire et dont nous causerons. Il résulte toujours de ceci qu'il faut prévenir; je ferai grand bruit de ta tournée , des moutons de Boulogne et du Galaisis, puis nous verrons, suivant le terrain. Je vais prendre mes arrangements pour partir d'aujourd'hui en huit, parla diligence, ou pour que tu m'envoies chercher à pareil jour à Chantilly. Il est question de voitures d'amis pour aller à Ermenonville; je saurai demain, de l'ami d'Antic, à quoi on peut s'arrêter.
Envoie-moi les quittances pour joindre aux premières et toucher
^*^ Coincy, en Champagne, à i4 kilo- où Roland arrivait à Rouen, h l'ëpoque de
mètres de Château-Thierry. la ruine ol de la dispersion de toute la fa-
On voit par là que Jacques-Marie Roland mille, était prieur à Crespy depuis 1 76 A , Tannée Nous ne savons rien de Dom Chabrier.
chez Panckoucke; je suis h peu près c\ sec. JVi fail acquisition ce matin d'one sorte de mousseline forte et de durée, propre à faire une robe que j'emporterai poui* le voyage d'Angleterre plus volontiers que de la soie qui serait exposée à des inconvénients; je la destinais aussi Ji Crespy, et voilà une jiarlin du calcul renversée* J'ai acheté pour Eudora, qui a bien besoin qu'on remonte sa {jardel'obe : je trouve ici plus de choix et à meilleur compte; mais ces choses plus importantes et plus nécessaires ne me laissent point de marge pour les chapeaux dont tu me parlais dans une de tes lettres; je verrai s'il y a lieu d'en rapporter un de meilleur marché. J'ai été triste hier, par moments; je le suis aujourd'hui presque continuellement, tourmentée de n'avoir point de les nouvelles depuis deux jours. Peut-être nras-lu écrit par les bureaux. Mon bon ami, te voir, vivre avec loi, nous aimer toujours, élever notre Eudora, que de jouissances et de bonheur, indépendamment de ce que l'opinion rend recommaudable! Qui nous L'inpi^che de couler doucement le temps que nous voulons encore rester à Amiens, modérant le travail, soignant nos santés, recueillant tous les biens que nous pouvons trouver dans notre vie paisible? J'ai plus de dégoût que jamais de toutes les choses étrangères à celle-là , et je suis avide de goûter tout ce que [je] sais renfermé dans noti e nsaison, concentré autour de toi. Tu laisseras radoter les gens de lAhaut; lu feras le bonhomme; nous cultiverons nos goûts et nous irons doucement à la fia de ton entreprise. Prenant garde de ne pas éloigner le bnt pour vouloir y aller trop vite, nous prendrons du repos à présent afin d'assurer mieux le futur. Adieu, je ne saurais t'exprimer mon impatience. Si l'ami d'An tic ne m'eût présenté une espèce de raison d'utilité pour cet Ermenonville que lu as vu et que tu semblés désirer que je voie, je crois que j'aurais cherché à partir vendredi; ce serait pourtant assez difficile : mais les pieds me brûlent, fimpatience croît et bienlôl je ne pourrai plus rien soutlVlr de ce qui me retient.
Adieu encore, clier et tendre ami, je l'embrasse de tout mon cœur* Notre cher enfant, il te caresse à cette heure; pauvre petit êtrel Comme je regarde avec intérêt tous ceux de son âge qui se présentent
ai2 LETTRES DE MADAME ROLAND.
à ma vue! En vérité, je ne vis plus ici et je commence d'y étouffer. A l'instant, le bon frère m'apporte ton paquet avec les adresses; en peine de me voir jeûner, il a été rôder en bas et prendre ce paquet, arrivé tard, qu'on ne m'apportait point. Je t'embrasse encore, non plus étroitement, mais plus gaiement.
[a ROLAND, À AMIENS^').]'
Mardi, 18 mai 178a, au soir, — [de Paris].
Je ne sais déjà plus par oii j'ai commencé ma journée et comment je dois ordonner mon récit. Ah! . . . Je me souviens d'avoir été chez le C*** de Vdl. [Vaudreuil] à six heures et demie; j'ai trouvé le domestique du secrétaire (^^ qui m'a dit que son maître dormait encore , qu'il s'était couché fort tard, etc. crEh mais, vraiment, je suis très fâchée de cela, c'est le déranger terriblement; allez toujours l'éveiller et lui dire que je suis là?). Mon ton résolu étonna le valet qui n'osa résister; il fut éveiller son maître, qui se leva, me fit des millions d'excuses que j'abrégeai en lui parlant de ce qui m'intéressait. Il a fort bien saisi l'affaire et la nécessité de faire écrire chaudement M. de Vdl. [Vaudreuil] à tous les ministres; il m'a promis de lire les mémoires, de pressentir le comte et de le porter à faire ce que je puis souhaiter. Mais je ne tiens rien si je n'appuie pas de quelque chose cette volonté vague; je sacrifierai encore un exemplaire des Lettres y que je vais expédier avec une jolie épître.
Je me suis rendue à l'audience de M. Tol[ozan]; il était affairé, mais seul dans son cabinet, et prenant l'air adouci d'un ours qui fait le joli : (c Bonjour, Madame , n'avez-vous pas été malade ? 11 y a longtemps que je ne vous ai vue. Comment vous portez-vous? Oii en êtes- vous de votre affaire? Nous avons fait ce que nous avons pu; M. Bld.
<•> Ms. 6289, fol. 106-108.— w M. de Noiseville.
[BluuclelJ y trouVfiil bien quelque diUicuitt^, car coUiit avauccr le coulrôleur général; uiais cepeiidaul il s'y est bien parlé; je vous avais prtUBÎs d'y concourir, je Tai fait de toul mou cœur et je ne promets rien que je ne veuille bien tenir. iî Tu juges qu'il n*a pas fait cette tirade sans être interrompu par tout ce que j'avais à hii dire et à lui témoigner ; j'ai ajouté que, laissant à M""*" d'Arb[ouville] les soins à prendre pour suivre cette alïaire, je retournerais te rejoiudi^e et que lu te disposerais à ta tournée; que inênie, si M, Bld. [lîlondeljne le trouvait pas mauvais^ tu irais à Boulogne et dans le Calaisis pour visiter des étaiilissenieots de moutons, a Gomment! J'ai besoin qu'il y aille, qu'il y prenne des instructions pour moi. 11 a fait un mémoire sur les moutons, on sait cela; maîs ce sont des faits, des détails particuliers qu'il me faut» Je veux faire par là, sur ces côtes, un établissement de vingt mille moutons (je ne sais s'il ne m'a pas dit quarante mille); il est question de savoir et de m*cxposer d'une manière claire où et comment on peut faire pareil établissement, le terrain, remplacement, toutes les circonstances locales, les choses à prévoir, à exécuter, à attendre : le toul dans le pins grand détail, de manière qu'on puisse procéder sûrement d'après les renseignements que votre mari donnera. Vous lui direz cela, Madame. Mais, pailez-moi franchement, a-t-il toujours l'idée d'aller à l'Amérique? Il n'est plus assez jeune pour cela*T^ J'ai protesté de mon étonnemenl, et en vérité il était grand, qu'il se fi\t [lersnadé qu'on lui eût avancé une chose aussi fausse* A peine m'a-t-il écouté; il continuait ses observations sur la folie d'une telle entreprise, ajoutant; trCe n'est plus comme Intendant du commerce que je vous parle, mais d'api'ès rintérél que vous m'inspirez^. I^Je lui ai répondu tout ce que tu peux croire; je ne sais si je l'ai dissuadé que, du moins, tu y eusses pensé. C'est une chose étrange! Enfin nous nous sommes quittés, ft Vous n'avez pas perdu à ce voyage, Madame; nous avons tons rendu justice à votre honnêteté , à votre intelligence, et je suis bien aise d'avoir eu cette occasion de vous connaître, n J'ai reconnu son indulgence et je me suis dit(.w) fort sensible à ces témoignages de bienveillance. (tCe n'est point indulgence. Ma-
dame, et vous nous laissez tous disposés à vous rendre service.?) Ce fut son adieu; il entrait déjà dans le salon où l'attendait un chevalier de Saint-Louis qu on était venu lui annoncer. J'ai répondu que je réclamerais, dans quelque temps, TeiTet de cette disposition pour ta retraite. De là, j'ai été voir le brave Valioud, faire mes adieux, le remercier et recevoir ses nouvelles protestations du désir de pouvoir davantage pour t'obliger mieux. Nous avons de là, avec le frère qui m'attendait au jardin de Soubise^*), g^g^^ les Gobelins. Le bon, l'honnête M. Audran , très empressé , travaille pour toi et te fournira des matériaux cet été; il m'a montré un petit cahier où sont déjà des choses. 11 a beaucoup de zèle pour te seconder dans cette partie et regrette de ne pouvoir communiquer avec toi; je l'ai encore excité tant que j'ai pu. 11 me paraît que tu n'en dois pas attendre grand' chose comme savant, comme chimiste, — il n'aime même pas ceux de ce nom, — mais bien comme teinturier intelligent et expérimenté. Je te voudrais quelque second pour la partie scientifique de la théorie, car, si l'art n'est pas avancé, il y a du moins beaucoup de gens qui font les entendus et qui seront aptes à critiquer, si, avec d'excellents faits, de l'exactitude, etc., tu n'as pas l'air imposant et le jargon d'un docteur; mais nous causerons encore de cela; ce que je vois, c'est que Pilâtre a trop d'affaires pour que tu doives compter sur lui. Je suis revenue harassée; l'ami d'Antic m'attendait; je l'avais prié de venir pour savoir de lui quels arrangements je pourrais prendre, quelles voitures seraient employées, si j'enverrais la bonne à Chantilly pour en repartir ensemble dans la voiture que tu m enverrais, etc. Je n'ai rien obtenu de clair : il n'était pas de bonne humeur, et, comme fatigué de mes demandes, objections, il a été jusqu'à me dire : ce Que voulez-vous? Suivez votre destination et arrangez votre départ sans songer à nous^. Suivant l'accent, j'aurais pu lui reprocher affectueusement ou le relever avec vigueur; je n'ai fait ni l'un, ni l'autre, parce qu'il m'a paru qu'il ne savait guère ce qu'il disait. Je sais qu'il n'a pas l'esprit content, et
^^^ Le jardia de Soubise, aUcoaat à Thôtei de Soubise (Archives nalionales actudlement) et donnant Bur la rne des Qualrc-Fils.
nous causerons du pourquiH, qui, entre nous soit dît, est relatif à sa place. Je sais, d'une autre part, que iVH" de La Tonclie devant aller à Chafililly, si je prends aussi celte roule, il en résultera que la pefile sœur reviendrait à Paris sans femme, avec soi» frère et deux autres hommes, ce qui serait mal vu de beaucoup, et obligerait môme à des cachotteries tivec les personnes de la maison où elle est. Je la verrai, je saurai ce qu'elle souhaite le plus, et, si j'y vois le cas dVm sacrifice à des amis dans le chagrin, j'arrêterai ma place à la diligence pour luiirdi et je reviendrai la prendre après avoir fait le voyage d'Ermenonville et ramené la petite sœur; je déciderai cela demain.
Je vais voir au maliu le petit Cott[ereau] que je veux faire jaser; j'irai chez M, de M^ [MontaranJ, Rss. [Rousseau], à la chancellerie, chez Panck[oucke], à qui j^ai donné rendez-vous parce que je ne lai pas trouvé cet après-midi, non plus que Stoupe et Petit ^^-^ où je retournerai; adieux à Agatlie le soir : j'en aurai assez. J ai de Factivilé, de la vigueur, je suis maigre comme nu coucou, mais impunément, car mon gros visage nen dit rien; au total, je me porte assez bien. J*ai pourtant grand besoin de repos, et je le prendrai avec délices.
Tes histoires de la comtesse sont plaisantes et au delà. Le frère est en Gorresjïondance à Reims d'où on lui écrit qu'il faut trois ans d'inscriptions : il n'en a que de deux ans et demi; il serre le bouton, espère qu'il aura réponse favorable, s'arrangera pour suivre le magnétisme entre le bachelier et le doctorat, et nous viendra voira tel ou tel temps, je ne sais trop lequel; mais je ne vois pas qu'il puisse nous accompagner en Angleterre. Je te conterai ses raisons et balancements, etc. Quelquefois je lui donne droit, quelquefois il me semble que j*irais plus directement ou plus vite a mon but, du moins je me crois de [rempc à y viser pni presto. Adieu, je vais écrire à M. de Noiseville; puisque nous en sommes aux sacrifices, il ne faut pas avoir k se reprocher d'avoir rcgiirdé en arrière. Si je puis faire présenlei' au Garde des
^'^ l^etil, libiwe, quai deGesvrCïj (^1/w. de Parin de 1785, p. ia8).
sceaux et juger que cela fasse effet, je sacrifie encore uu exemplaire des Arts et du reste. Déjà il a dit aux mémoires que ce n'était pas à lui de parler de laffaire, mais quil y donnerait attention et faveur quand elle se proposerait; ce n'est pas assez. Adieu. Mon pouf de poussin est donc bien gros? Embrasse-le, je vous embrasse tous deux, vous prends dans mes bras et me repose ainsi. Adieu.
UO [V ROLAND, \ AMIENS (*'
Jeudi malin, ûo mai 178a, — [de Paria].
J ai appi-is des choses étranges; mon cœur s'est gonflé un instaut, mais le sentiment de tout ce dont nous pouvons jouir malgré Tinsouciance ou l'injustice de ceux dont tu pouvais attendre des récompenses a bientôt rétabli ma tranquillité. Je cherche à tirer parti des circonstances; si j'échoue, je m'en consolerai comme du reste, parce que j'espère que tu goûteras le même bonheur que moi. Hier, à sept heures, j'étais cliez Cott[ereau] avec le frère; car je ne pouvais aller seule, aussi matin, chez un garçon. Je sus qu'on projetait beaucoup de remuements : d'établir des inspecteurs ambulants, devant résider quatre mois de l'année à Paris, et parcourir, durant les huit autres, les provinces où Ton voudrait les envoyer; qu'il se demandait des retraites ; on cita M. Delo''^', à quoi je souris, en répondant ce dont je savais qu'il s'était flatté. Cott[ereau] dit que ce ne pouvait être pour une inspection générale, mais ambulante, et que la sciatique dont il était tourmenté ne le rendait guère propre à cette dernière place; qu'au reste il n'était point aimé à Sedan, qu'il désirait en sortir et qu'effectivement M. Bld. [Blondel] avait quelque amitié pour lui parce qu'il le regardait comme un bon travailleur et un homme doux. Je n'ai rien pu savoir sur l'origine du bruit de l'Amérique; Cott[ereau] n'en
^'^ Ms. 6289, fol. 109-110. — ^*^ De Lo des Aiinois. — Voir lettre du ai mars 178/i.
paraissait pas instruit. J'allai remercier IVL de M* [iMonlarari] et preudre congé; il fut aussi question de montons, et il désire autant que Tautre ton voyage et tes observations. Nous parlerons de cela; mais, avant que je m'en allasse, il me chargea de te prévenir qu on t'ôlait un bon sujet, M, Villard, et quon t'enverrait un jeune homme dont tu ne serais peut-être pas fort content; qu'on te priait de le prendre avec douceur, d'en faire ce que tu pourrais et définitivement d'en dire ta façon de penser; que M. Villard était nommé inspecteur. Je parlai de la lettre un peu froide. trCe n'est pas moi qui l'ai rédigée m, me dit M. de M^ [Montaran] d'un ton qui ferait croire qu'il Feùt mieux faite* J'allai causer au bureau avec M. Bss. [Rousseau], parler de ce qui se projetait. (lest fini d'hier : les quatre inspecteurs ambulants sont nommés; c'est Jubié, Brisson, Lowiouski^*^ et je ne sais quel autre; c est c\ leur place qu'on fait passer des sous-inspecteurs : M. Vili[ard] va en Auvergne. Ton changement à Lyon vint me frapper; je demande s il est temps encore; M. Ilss. [Houssenu] cherche; tout est arrangé; je flemaude si les commissions sont expédiées; non. Je relourue chez M. de M' [Montaran] lui exposer les vœux et la facilité; il trouve qu'il est contre leurs ^ principes de l'envoyer el, en général, de faire un inspecteur dans sou ^■propre pays. Je raisonne : il me promet d'arrêter les commissions ' jus<|n'à ce que j'aie vu les autres pour les déterminer à prendre leur résolution vendredi prochain de proposer ce changement au ministre, Arinslant, un secrétaire entre, M. de Fcad. [Knnrcade]'-^; il apportait
^' J 11 blé, iiiî«|jtHHeur à Cturmoiti: Biismm . iiisjjpftfiiir à Lyon; [^owinuski [lire de LttzùwM]^ iiispœtfur a Soissons.
Madame Roland était bieïi renseignén :
les quatre insperl^nirs ambulants qu'on nomma furent Jubié, lirisson, de Ijazowïtki, et Bruyaixl (prëctîdeniment inspecteur de In g^n<^nditiî de Paris). — Alm. roî^nt de 1785, p* 37^.
Voir ce que dit à ce sujet Madame \\o- Iflud danîs ses Mètnmres (l, i5B-i(>3, et II, a 5^- a 5 4), Mais elle se trompe là *^ii mn-
Ibiidaul l^jsuwïïki, rijisjH^rteur di*s manul'aetures, avec ïhjq frère, le démagiï^jue de 179a. C'est une erreur qui a count; un homme qui a connu tes deux freines, M. de I^crelelle (D/x atus d'épreuves jmulani In Hélùhaion, i84i » m-8", p. (iy), Ta cepeiidaul recliûëe.
Cil, an bime II dti Dicïwmifiîre des ma- Htt/firîureif (p. ^S), une rbar^j-e à fond de ïtolarid contre les Inupeckurâ ambulante,
'** L'U des Hecri-laires de Moularan. — Voir plus b mu le lire du -j 1 maiijHV.
LETTHE» JJli V^PAMK »OLiSÏ»,
ï-**%%»iii\% «triaKALK,
les malheureuses commissions. M. de M^ [Montaran] me réitère sa promesse : je cours chez M. Tolz. [Tolozan], il était sorti; je vois Val[ioud], qui savait comme Gott[ereau] quon machinait, mais non pas que cela fût fini; je conte, je conviens de faire une lettre pour le Tol[ozan] auquel il la remettra ce matin, en allant travailler avec lui. J'écris à Cott[ereau] pour avoir un rendez- vous; à M"** de la B. [Belouzej pour qu'elle fasse parler au petit Bld. [Blondel], à M. de Vin pour le prévenir, et me voici sur les épines.
Le singulier de ceci, c'est qu'il faut que cela se décide à une époque où je n'aurai pas eu le temps d'avoir ton avis; mais, d'un seul coup, s'en aller chez soi, sortir de dessous la patte de Bld. [Blondel] et n'avoir pas l'air de rester oublié dans son coin quand on remue toute la machine, me parait une excellente chose. Je crois bien qu'ils ont trop d'envie que tu quittes pour ne pas répugner à te donner une place qui éloigne ta retraite, et je ferai le possible sans oser presque espérer; mais ce n'est qu'en faisant des tentatives qu'on peut gagner quelque chose. Si nous n'obtenons qu'un casse-nez, nous ne dirons rien; tu ne feras pas le fâché, parce que cela gâterait encore les affaires; nous coulerons le reste de notre temps fort à notre aise et nous leur souhaiterons le bonsoir quand il nous plaira.
J'ai grande envie, suivant la tournure de l'affaire, d'aller dimanche à Versailles et de faire demander la chose au contrôleur général. J'ai été à la Chancellerie : le secrétaire ne peut offrir les exemplaires, il serait refusé ; moi, je vais les envoyer, avec une lettre au Garde des sceaux; puis nous verrons. M. Rss. [Rousseau] m'a dit de lui donner un précis et de l'informer du moment où l'affaire serait en suspens, parce qu'alors, si M. de M* [Montaran] allait à Versailles, il l'engagerait à parler à M. de Vg. [Vergennes] avec qui il était bien; mais il ne pourrait écrire, parce que cela aurait l'air d'empiéter sur M. Bld. [Blondel] et que ces Messieurs sont fort chatouilleux. Tout en l'air, au diable, je ne sais plus quand je partirai.
Je t'embrasse sur les deux yeux; j'ai été hier à près de neuf heures chez M. F[aucon] qui se couche toujours à cette heure et qui soupait en
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vil]e. J'ai vu lou8 les îoiprîmeurs. Paiick[oMcke] fait Yarnabilminte; j'ai louché iargent des ports» Stoupe est un bou et exceiient homme; Cellot très liunuôte, fort content; Pranlt, personnage, devient beaucoup mieux et ne veut pas avoir de tort à mes yeux; tout cela n'est pas mal; mais je n'ai pas le temps d'en dire plus long, A une autre fois. Xdieu^').
Ce n'est que lundi qu'on pourra recevoir quelques misères de MoriiJ.
[V ROLAND, \ AMIENS ^-^l]
[JeiiHiJ soir, -ïo mai 178^1, — jde l**ïrisj.
Si je ne t*ai pas entretenu avec détails de les imprimeurs, c'est parce <[ue d'autres choses me pnk>ccupaient fortement. J'ai vu Pranlt plusieurs fois; j'ai insisté sur les sommaires; tu les auras enfin, et incessamment. J'ai des bonnes feuilles de tout ce qui est imprimé; c'est par Panckoucke et de chez lui quelles m'ont été délivrées sans rînterventiun des imprimeurs; Cellot aura fini, et Stoupe en sera aux imprimés à l'époque indiquée; Prault n'est qu'environ à la moitié de sa partie.
<*' On trouve «ii nis. ôaSg. fol. 71-73, iinf» l>^Uro lie Valîmid, relahvi» au\ affaires cIlî Madame RolanU ; la vuici :
Ce jeudi >o[nidi 17B&].
Miirliimi'.
M. TolouD, à qui j'ai ramh votn* kUtv, esl très porli^ à vous servir dans h deraaiiclo qut? vous fflilc». ]\ ne pourra titri^ df'iiialii an Comili^; muis il doit voir après midi MM. les Int^ndmits du foniinerce et il n mis volrr* teHr<> dans son portefeuille pour leur c^n parler. Il m'a même ajouté que, si Lyon était dans sou département, la di'mande diin» tons les points ii*? soutTrirait aucune difBcuHé» Dès que je siinrai le résultat de la conférence, j'aurai T honneur th vous en inilniire. Personne ne désire plus que moi Ir succès de cette alkire. Soyei-eu, je vous supplie »
bien pei'suadée et igréei les nouveMes aftsuratices du respect avec lequel je suis, Madame,
Voire très humble et très oliêbsarjt serviteur,
DoBHeNVILLIÎ.
Je snLs persuadé, d^apr^s la tionue volotilû i|ue M.Tcïluiana témuignée en lisant votre lettre, Madame, qu'il déterminera tous ces messieurs en faveur de M, Roland de la l^lalière.
**' Ms. 6a3(), fpl. 111-113, — Le uMmi- ^crii fiorie f!imtttwhi\ riiais eVst une erreur manifeste. Le ^jo mai «-^1 ait un jeudi, le jeudi fie ÏÀscemion , que Madame Roland ani-a pris pour un ilituaurhe, se trnmpaot par exception Doii sur le qiianlième du mois, mm sur le joLu- de la ^maine. La siiilc de ses letli*es prouve que, le !ïo mai, elle en a ikv'û deux, Tiiue te malin, Taulni le sc>ii\
qui (l'abord a été plus considérable et, secondement, a souffert des retards par une foule de petites circonstances qui rendent rhomme moins coupable. J'en aurais long à te conter de tous , je n en ai pas le loisir. Panck[oucke] m'a répété que si tu voulais de l'argent, vingt-cinq louis, plus, à mesure, il aimerait à se libérer; j'ai répondu que ton empressement et ton impatience étaient avant tout pour Texécution et la perfection de l'ouvrage qui t'avait donné un prodigieux travail , etc. Nous avons causé près d'une heure. Aujourd'hui j'ai appris que Panck[oucke] ne se fournissait pas de papier chez les fabricants, mais chez les marchands où il le prenait à deux ans de crédit, et que quelquesuns d'eux ne l'avaient pas cru assez bon pour vouloir traiter avec lui. Je lâcherai de m'éclairer davantage sur cet article. Mais brisons làdessus; je suis toute occupée, pensive, rêveuse, inquiète de mon entreprise de te faire passer à Lyon : un changement de situation sans te tirer entièrement des affaires, les inconvénients attachés à tout me reviennent et me font par moment regretter de n'avoir pas eu la faculté de me consulter avec toi avant cette tentative. D'un autre côté, nous serons toujours sur nos pieds, là comme ici, pour demander la retraite quand nous la voudrons. Partant, les avantages du changement ne sont point détruits par aucune circonstance fâcheuse. Je t'envoie la réponse du brave Val[ioud](*J. J'étais bien assurée de M. Tol[ozan]. Je voudrais bien aussi que ce fût dans son département^^); c'est une tête chaude dans laquelle j'ai bien pris et dont je pourrais beaucoup espérer. Je n'ai pu avoir d'audience de M. Bl[ondel]. Je lui ai écrit afin que sa dignité ne fût point blessée de n'être pas prévenue; j'ai aussi écrit à M. de V[inJ; on parlera à M. B[londel] demain matin; ce sera la morne personne que M"'' do la B[elouze] a déjà employée; j'irai à son audience en sortant de celle de M. de Vin^, car le jour en est changé. Tu juges à merveille que je spécifie que tu réunirais tous les avan-
^'^ Nous Pavons donnée en noie à la lellrc ^^^ M. de Vin demeurait rue Saint-Louis,
préctHl ente. au Marais , c'est-à-diie tout à c6ié du Saint-
^*' La gdnéralilé de Lyon était dans le dé- Sacrement où était M"* de la Belouze ,
partement de M. de Vin de Galiande. mais fort loin de Bloudel, rue de Varennes.
lages dont jouisï^ait Brss. [Brissoo]^^*, qui a'a bien, d'une part, que /i,ooo livres assignées à la place, mais qui y joiiil d'autres parties dont le total excède les 5,ooo livres. Je ne sais coaimeul j ai oublié de le dire que de Lo est fun des quatre ambulants. Ainsi tu les vois tous : Jubîé, Briss[on], Lowiouski ou à peu près, ce Polonais que tu sais. Le sous-inspecteur désigné 41 Lyon était un nommé Lanselle^-^ Je t'avoue que. Tayaut demandé, il me fâcherait maintenant d'être refusée. Si nous réussissons, nous ferons toujours le voyage d'Angleterre, ton expédition moutonnière sur nos côtes, puis tu demanderas au congé ponr passera Paris le temps de finir Timpression de ta première partie; et définitivement nous irons tous en Beaujolais, où tu feras à Taise ton second dictionnaire. Brss, [Brisson] est très bien avec Tlntendanl; In pourras te ménager le même avantage, qui n'est pas à mépriser là où Ton a son bien; tout dépend des commencements, il est facile de les rendre favorables. C'est ainsi que je raisonne sur le nouvel aspect qui se présente à nous. J ai hâte que tu me répondes à ce que je t'en ai appris; j'ai la confiance que tu vois de même, mais j'ai besoin d'en avoir le nouveau témoignage. Hélas! peut-être je me perds en vaines conjectures, el raffaire que je discute n'aura peut-être pas lieu; heureusement la détermination n'est pas éloignée.
Je ne néglige pas Tautre objet; j'ai remis la lettre de notre excellent ami à M. F[aucon] i|ui dînait avec M. NI. [Noël]; ils étaient dans la meilleure disposition. J'ai la réponse de M de Vg. [ Vergennesjau maréchal'^^' : elle est assez bonne. MM. F. [Faucon] et N. [Noël] ont pressé M. de Ville de faire une petite lettre à M* de Galonné, pour lui demander, an nom de M. de Vg. [Vergennes], des expressions plus déterminantes; car M. de Vg. [Vergemies] paraît bien disposé, mais il voudrait que
<** Bris8oo{ADloine- François), «ëà Paris en 1738, inspecteur des manufaclures delà g<?n^ralilé de Lvoïi, puis ôïspeciein" aitilmlant (i^H'i-iyt)! ), nioniLre de rAcadéiuie dé Lyon, ëconomi«le di»tingu<*.^ — ^V^nrsur Inî Duniniî, HifiL de l* Avmlèmie de Ltjfm , i, p. 65, 71. 171, 176, 3 1^1; et CiikiL des
Lx^oniiau dignex de mémoire, — il éimi censeur royal, et vivait en assez mauvais termoi* avec lïoland. (Volv At^etimcmentâ des ann^eB 1783 et 178^1.)
**^ Lanselle, lii-e Lamel, alors sous-inspecleiir h Niriieti.
*'' Le maivchal de Ségnr.
la lettre de M. de Galonné eût cette chaleur qui permît de la montrer au Roi pour entraîner son assentiment. M. F. [Faucon] va machiner dans les bureaux. J'irai à Versailles dimanche, et nous verrons : car il s'agit de faire demander d'une part et répondre de l'autre , sans le renvoi au petit chat('), dont la patte nous égratignerait toujours. Groirais-tu que j'ai eu l'effronterie de m'appuyer auprès de lui de rincertitude de la grâce, d'après la froideur de la lettre, pour désirer davantage le passage à Lyon? Mais j'ai tourné cela en femme; toi, tu l'aurais fait trop raide. C'est une plaisante chose, en vérité, qu'une solliciteuse! Ne laissai-je pas croire à quelques-uns, qui s'informent de ma famille et s'étonnent de tant de soins pour une fille, que j'attends un héritier sous quelques mois! Cela rend l'affaire plus touchante; on me regarde marcher et je ris sous cape. Je ne vais pas cependant jusqu'à faire clairement le mensonge, mais, comme le meilleur disciple d'Escobar, je fais croire sans parler.
J'ai fait mon envoi au Garde des sceaux; je suis tentée d'en faire autant à M. de Vg. [Vergennes], mais j'y rêverai; car M™* d'Arbouville ne goûte pas cela, je ne sais pourquoi. J'ai tant écrit et couru depuis hier que j'en perds la mémoire et que, entraînée par le tourbillon, je ne saurais plus détailler un jour ce que j'ai fait la veille. J'ai besoin de me reposer; j'ai pourtant passé ma soirée au Luxembourg, après la pluie, avec le frère qui m'accompagne, me console et court aussi comme un perdu. D. Bl. [Dom Blanc] a remis à l'abbé de Saint-Fare^^', qui est allé au RaincyW et qui doit y parler. Il faut convenir que, si je m'en vais, adieu toutes les cordes particulières; il ne reste que le ressort de M™^ d'Arb[ouville] et les Fau[con], et les autres m'oublieront.
^*^ Blondel. — C'est rexpression dont se sa femme, le ai avril 1784 (ms. 6a4o,
servent à chaque instant Roland et sa femme fol. tioy ).
dans leur correspondance, «r J'ai toujours plus ^*' L'abb(^ de Saint-Fare, fils naturel du
craint le petit homme en-dessous, vrai chat, duc d'Orléans. — Voir lettre du a 5 avril
faux et traître, que l'ours [Tolozan] , quel- 1784.
que hérissé qu'il pût étret), écrit Roland à ^'^ Chez le duc d'Orléans.
La partie d'Ermenonville se dénoue; je doute que je la fasse plus tard, car te joindre après avoir fini, et le plus lot possible, est ce que j'arnbilionne toujours davantage. Je péterais comme un mousquet, s'il fallait encore mener longtemps celte vie loin de toi. Ménage-toi bien, mon cher et tendre ami. Et notre Eudora ! Adieu, je t'embrasse de tonte mon cime et de toutes les alVections de mon être.
À ROLAND. [\ AMIENS'*'
Vendredi, «h mai lySi, — {de Paris].
Si ce n'était souvent une folie que de juger avant révénement, je croirais que tu seras envoyé à Lyon. J'ai vu M. de V[in] qui mallieureusement, après M* Bld. [Blondel], est celui des Intendants que j'aime le moins : ce peut èlre piéjugé fondé sur sa froideur et sa figure peu avantageuse; mais il est nouveau, il te sait de rinstruction, de l'expérience; en le prenant bien, ce qui te coûtera peu, tu pourras te mettre avec lui à des termes beaucoup meilleurs que ceux où tu es avec M, Bl. [Blondel]. M. de V[in] m'a fort demandé si tu connaissais déjà ce département; nous avons causé assez longuement : il est trop froid , trop neuf pour oser s'écarter des formes; il s'est tenu à dire qu'il s*en entretiendrait avec les autres, qu'il fallait que M, B[londel] le voulût et que, si tu y passais, vous concourriez ensemble au bien général, avec zèle de sa part et désir de connaître; qu'il avait encore peu dldées, etc. A tout prend r'e, il est assez modeste; lu n'auras qu*à ménager l'amour-propre caché, en l'instruisant sans avoir l'air de croire quH ne sache pas encore, et bientôt il te jugera, il te sentira nécessaire. J'ai été trouver M. Valioud à qui M. Tol[ozan] avait dit ce matin qu'il avait parlé hier, qu'on avait élevé quelques dilli cultes, mais qu'il croyait que ma demande serait agréée. J'ai été voir M. Rnuss[eau] dont j'ai appris que
<^* Mb. 6989. fol. ii3mi6.
M. de IMt. [IMontaran] avait dit hier au soir h M. de Fourcade, son autre secrétaire : crNous avons fait de fausse besogne, il faudra gratter les noms, refaire les lettres pour toutes ces commissions, d
Enfin je me suis transportée chez le petit B. [Blondel], qui m'a d'abord fait valoir que les choses étaient arrêtées avec le minisire; puis, en le faisant jaser, il ma révélé fort gauchement les affaires. C'est sans son aveu qu'on avait envoyé M. Yillard en Auvergne; il veut le garder dans son département et le désirait à Sedan; pour cet effet, il avait aussi et déjà arrêté les commissions qu'il était chargé d'expédier pour sa part. J'ai vite, à mon tour, arrêté le petit chat pour lui dire que je me félicitais que le changement que je demandais ne fût pas le seul à proposer au ministre, que l'opération ne souffrait plus de difficultés pour moi. Il s'est pincé les lèvres et m'a répliqué qu'à présent il voudrait M. Villard à Amiens et ne savait plus qui envoyer à Sedan; que c'était embarrassant, etc. ; au bout du compte, qu'il croyait la chose possible.
Je prêche pour 5,ooo livres au moins, et je disais à M. B[londel] que l'inspection de Lyon était portée pour ii,ooo livres sur la caisse du commerce; que toi, tu devais conserver partout ta gratification de 1,5 00 livres, et que le total me paraissait juste. En vérité, quand je réfléchis à l'embarras d'un déplacement au milieu de ton impression (*), à une carrière nouvelle, pour ainsi dire, je tremble de te voir livré à trop de travail, je m'inquiète et m'agite. . . Mais quoi! C'est chez toi que nous allons; tu es au-dessus de toute besogne possible d'inspection, tu feras ta place en pantoufles, comme disait M^® de la B[elouze], que j'ai aussi vue ce matin, et tu demanderas retraite aussitôt que tu voudras. Il vaut mieux faire le déplacement aux frais de l'administration qu'aux nôtres; nous serons plus à portée, plus en état de préparer agréablement notre réduit à la campagne; nous vivrons la plus grande partie de l'année à Viilefranche : c'est là ce qu'il faudra se ménager bien adroitement avec Tlnlendant, qui pour-
^*^ L'impression de son Dictionnaire.
ANNKE 178A.
lait s'en eiïuroucher d'aliord, aiv depuis plusieurs anu<'*e8 il fait rie
ik
Finspecleur son homme de confiance à Lyon. Mais réjouissons-nous < rie la bizarrerie, de Inieptie des gens d*adniinistralion; vois comment s'est faite la création pour laquelle tu vas entendre incessament un bel arrêt du Conseil.
Lowiouski, actif, spirituel, jeune et instruit, dit-on, est très bien chez M. de Galonné et très particulièr'einent protégé par le duc de Liancourt; depuis longtemps déjà, il presse et tourmente pour être avancé, pour être inspecteur général; il est aimable, il a persuadé f|u'il était fait pour le devenir. Point d'inspection générale vacante : il faut créer une place; on a imaginé de faire Lowiouski inspecteur ambulant à 8,000 livres d'appointements, destiné à remplacer Imspecteur général qui le premier laissera une place libre, et devant, pour la mériter, courir le royaume huit mois de Tannée, passer les quatre autres dans la capitale* Voilà qui est bien : mais créer une seule place pour un jeune homme, cela sonnerait mal dans le public; il faut en créer quatre semblables; les sujets r|ui les rempliront monteront de droit, par la suite de celte création et les privilèges quon y attache, aux quatre inspections générales. Celte opération prend alors un air ministériel qui ménage les convenances et fait penser aux sots qu'elle a été méditée pour le plus grand bien possible. C'est ainsi que Ton complique la machine sans Tombre du bon sens, qu'on multiplie les dépenses et les sources de sottises, de bévues, de contradictions, etc. Je terminerai ici par le mot des acteurs romains que répétait Auguste à son dernier soupir : rr Battez des mains et applaudissez tous avec joie7>. Icî et là ce n*est qu'une comédie. Mais chut! nous, dans le coin de la scène, faisons comme si nous étions dupes, jouons aussi pour avoir part au profit de la représentation. Tu pourras présenter ceci merveilleusement dans le public, car tes goûts, ta santé, rien ne s'accorde avec cette inspection ambulante, bonne pour des jeunes gens; et rinspeclion dans ton pays, avec augmentation d'appointements, est précisément la récompense que, dans Tordre des choses, on pouvait t'ollVir et que tu as prise comme analogue à tes projets. Ainsi nous aurons notre commodité et
les honneurs de la guerre en sus; c'est tirer son épingle du jeu. Je vais laisser terminer, asseoir les choses, expédier les commissions; cela fait, je prends mes arrangements pour te faire accorder le temps de notre voyage^^); puis un congé, puis, tandis qu'on est en train, pourquoi pas une gratification? C'est beaucoup entreprendre! Nous attraperons ce que nous pourrons.
Maintenant tu diras : (t Que diable ont fait ces trois autres hommes qu'on pousse ainsi à toute force à l'inspection générale? t» Rien , pas même sollicité. Tout cela est sorti de la tête divine du petit chat, comme Minerve de celle de Jupiter : c'est lui qui a tripoté, assigné, nommé. Brisson est venu passer quelque temps à Beau vais; on lui a dit de ne pas retourner sans ordre, et il écrivait à M. de Mt. [Montaran], il y a huit jours, en le priant de lui faire savoir ce qu'on voulait de lui , s'il pouvait retourner à son département, ce qu'il devait faire. Jubié ne sait point ce qui l'attend. Pour de Lo, tous, excepté le petit chat, croient encore qu'il n'acceptera pas, parce que goutteux, lent comme une tortue, point jeune, il n'est nullement propre à courir le pays. Ceci s'est machiné comme une conspiration; les secrétaires n'ont eu d'abord que des soupçons, puis n'ont rien su qu'après la décision avec le contrôleur général; encore l'ai-je apprise à deux.
Tous les nouveaux inspecteurs en province n'ont et n'auront que 1,000 écus; les anciens gardent ce qu'ils avaient, comme de raison. M. Ross. [Rousseau] m'a dit qu'il ne t'écrirait pas, pour me laisser le plaisir de t'inslruire la première; mais je n'attends pas que les choses soient faites pour m'en entretenir avec toi. Comment te taire tout ce qui nous touche et ce qui m'occupe? Ahl si les Lettres venaient, comme cela serait joH I
Je t'ai dit, dans le temps, que j'avais remis moi-même ton épîlre à la petite sœur, dont la sensibilité ne s'est pas démentie à cette lecture. Je vois encore le verso où je t'écrivis cela, qui t'a échappé comme d'autres petites choses. C'est toi qui m'apprends le gain du procès de
t'> D'Angletorre.
M. tle Ml. [Moritaran]. Tai toujours vo ait» eo demander des iioiiveiles, et toujours cela m'a passé au mouieul de le ftiire, \I^ de la B[elouze] m'a parlé aujourd'hui de ta lettre; Cotl[ereau] m'a dit aussi, d'un air de reconnaissance, (put avait reçu de toi une lettre iTifiiiinient honnête, etc. Stoupe et Cellot n*ont qu'environ dix feuilles, Tun pour arriver aux imprimés, Tautre pour avoir fini, et tu seras tranquille pour ces deux à Tépoque indiquée. Prault en a encore trente, et devra nécessairement rester en l'air; car Tidée d'une subdivision de sa copie qu avait eue Panckoucke ne peut se réaliser sans désordre dans les pages qu'il sera impossible de coter de suite. Cependant, si tu dois aller à Lyon, il serait bon peut-être d'accélérer en cet instant.
J'écrirais à M. de B[ray] dont je n'entends plus parler. Croirais-tu que ridée du magnétisme m'a troublée dans ta transplanfatton : comment te voir éloigner d'un moyen dont tu espères, dont tu éprouves du bien? Mais il y aura bientùl quelqu'un à Lyon, car actuellein**nt un chimiste de cette ville s'instruit chez Mesmer.
Je souris à l'idée de la surprise que lu peux produire chez toules les personnes à qui tu vas avoir plus particnlièrement affaire, qui sont ind>ues que tu es un homme difficile, par la bonhomie, le liant que tu leur feras trouver* En vérité, il y a de quoi faire révolution et faire apprécier le petit chat. Sais-tu que je ne sais quelle opinion avoir de M, de Cal[onne], depuis qu'il me semble que ce chaton a du ciédil?
Ce brave Flessellos! il .sera affligé si tu pars; il sera le seul être qm» je regretterai a Amiens. Je ne donnerais pas de tous les autres une pipe de tabacl Mais pour que tu trouvasses quelqu'un comme lui à Ljon, je ne sais ce que je donnerais pas. Cependant le bon docteur d'Hervillez aura aussi un soupir; je n'ouldierai pas sa droiture, sa douceur; il me coûtera de ne plus Tavoir. Si c'était M, Villard qui te remplaçât, ce ne serait pas mal. Sur toute chose, mon ami, prends de tes nouvelles affaires avec modération; faisons à notre aise, jouissons de quelque paix, ménageons la santé. To n'as pas d'idée de mon agitation, du besoin (pie j'ai de recevoir une lettre qui me peigne ce que tu juges, ce que tu sens de cette autre destination. Mais je maperçois que cette
épttre n'a pas le sens commun, si je te l'envoie avant de saivoir une décision. J'attendrai donc, pour t'éviter de t'épuiser comme moi en suppositions-, en conjectures qui tomberont peut-être à faux.
Le frère est balancé dans ses résolutions par des difficultés, des formes qui tiennent aux choses. L'ami d'Antic est terriblement et tristement préoccupé par ses affaires; moi, je ne vis pas depuis quelques jours, ou c'est de la vie d'un flambeau qui brille et se consume. J'ai besoin de t'embrasser, de voir notre enfant. J'ai un courage de lion interrompu par des accès de faiblesse puérile; tant que j'ai à agir, je me trouve forte; ai-je un moment de repos, je n'en jouis pas; je désire et je pleure. Je devrais ne pas t'écrire dans ces moments; mais cette disposition vient de se renouveler en t'écrivant, et je ne vois guère à conduire ma plume. Mon cher ami, conserve-toi pour mon bonheur, pour ma vie. Quoi qu'il arrive d'ailleurs, nous serons heureux en nous retrouvant; je le sens, et c'est le principe de mon impatience. Adieu, mon ami.
Samedi, à lo heures.
M. Rousseau m'écrit que, par le Comité d'hier au soir, il a été décidé que tu irais à Lyon avec ii,ooo livres d'appointements. Je viens d'écrire à M. de Vin; je vais me débattre, s'il le faut, pour la gratification, car il serait horrible qu'il y eut diminution, et je compte fort sur le contraire. Ces /i,ooo livres sont bien tout ce qu'il y a, et ce que j'ai vu sur l'état d'assigné à Brisson sur la caisse du commerce; mais je sais qu'il avait de plus quelques misères prises sur je ne sais quoi(*h il n'est question que de faire sonner haut ta gratification comme attachée à ta personne. Quand le diable y serait, il faudra bien que nous y gagnions!
Le frère part pour Reims aujourd'hui (^J, sur lettre expresse du doyen ;
^^^ Voir la lettre suivante. (rii [Fabbë de Bourbon, Ois naturel de
^*^ Il ne fut pourtant reçu docteur h Louis XV] est actuellement à Reims, pour
Reims que le i3 septembre 178/i, ainsi que s\ faire recevoir licencie^ en droit, ce qui
nous Tavons dëjà dit. Lanthenas, presse d'en est Taffaii-e de peu de jours dans cette uni-
finir avec ses éludes de médecine, allait se versité». Cf. aussi Mém, de Brissof, l. I,
présenter où les grades se donnaient le plus p. 33a : (rOn y vendait tout, et les degrés, et
aisément. — Cf. Mém, secrets , 1 4 mai 1 7 8 9 : les thèses , et les arguments n , — C'est aussi à
ANNKE 178â.
ii est tout t'ii Tair et tuoi aussi : c'est une chose étrange que ce monde. Ali! mon îimi, j'ai rêvé du ciianoine cette nuit: nous étions tous réunis, nous pleurions de joie. Adieu, couvre Eudora de nos baisers.
[\ ROLAND, \ AMIEISS"'.]
Samedi sotr» «a [mai 178 A, — de Paris J.
Eh bieiil mon ami, cesl une chose faitn, nous irons à Lyon, Tu dis, dans ton billet que je reçois à Finstant, que tu souscris d*avance à tout ce que je ferai (*^J; ce n'est pas assez pour mon cœur : il souhaiti» que le tien trouve dans ce qui sera fait une satisfaction qui n*ait pas besoin d'être raîsonnée. J'ai couru ce malin chez M, Tol[ozanJ, au bureau du moins, où M. Vincent m*a dit que ta commission ne portait ^juc lin Ile ecus, parce que c'est le taux commun où l'on met tontes les inspections; que ta {^ratilication de 1,000 livres sur la caisse du commerce le suivrait partout; qu'il y avait, en outre, cinq à six cents livres pour le logement à Lyon, mais ([u elles se payaient par la ville et que c^étail d'elle que tu serais dans le cas de les requérir quand tn serais fà-bas^^^ Je ne voyais dans tout cela qu'un équivalent, et je vou-
lldms que Daiiltiii, en 1785, alla L'IierctRU* ^a licence en ri mit {Dtmlon honwte dlùat, parte lY Rriliinet; Paris, 1889, i vol. iii-8'', p, So),
^'* Ms. 6*i3t|, l'fd. 1 t^-i 1 1|.
'^' Rolaïifl û\ail écni^ eu e&i, lo j » lucii ( nis. 0 g 4 ( i , ffï I . !i ^i 8- *3 'j 9 ) :
<t . , . Je n'ai (|in' le If mps rie te dire ipie hi fasses en tout et pour lonl comme tn le jugeras convenable , et qnv j'y sonseris d'àvance* (Juant au système rropposition par rapport îi ï^yon , dis que je n'ai point de parents dans le comnuTce, iHc, . , Bon voyage Hux îimHidantsI De quelque ma-
uii^re que tournent les choseji, je saurai [ïrentire mon parti. * . 1^
^^^ Voir G. finig'ue, Pnicèê'veTbau,r du (Imiseii /rrtifiirrf de tihârie'-et-Lofrf*. |). ài]j : Cnmqite retidii [mr le [>rornreui' {[énrral syndic don travaux du Direcloire du 1 a juillcl au 3 novembre 1 790 : ff . . . Vous savez , Messieurs, {|u'il exintail soui* i'anctenue administration et qu'il existe encore de^ fonds connus sous des di^nomi nations différenles; il y en a dix eitpeceîi. . . ti'ceux j>errus sur k's fîi briques des étoiles étrangères. , . Dé- [xjnses siu' les ordres de M. Terray [intendant de Lyouj, savoir : ... à M. de la
lais du mieux : M. Yalioud est allé dire à M. Tol[ozan] que j'étais au bureau et savoir s'il voudrait me recevoir, ce qu'il a accordé avec beaucoup d'empressement, il m'a accueillie de même, en y joignant bonté et amitié. Je lui ai exposé mes petites raisons, même sur une gratification pour le déplacement; son résumé a été que je me tinsse tranquUle, que je repartisse si je voulais, qu'il se chargeait de mes intérêts, qu'il en faisait son affaire, que son intention était que tu gagnasses au change et que la totalité de tes appointements fût portée à celle de l'inspecteur de province le mieux traité; quant à la gratification, qu'il fallait aller doucement, qu'il y verrait. Puis longues observations sur la manière dont tu devais te conduire dans ce département, les ménagements à garder avec les fabricants de la ville pour ne pas les révolter, et cependant savoir, sans les contraindre, tout ce qui se passerait, s'inventerait de nouveau en mécanique, etc.; tenir la main à la partie des toiles et laines dans la généralité; te conformer aux vues de l'administration sans la choquer par des représentations faites d'un air de vouloir la subjuguer, etc. Oh I j'en ai long à te dire, je te promets. Grands témoignages d'intérêt, d'assurance de n'avoir pas changé à ton égard et de t'a voir toujours voulu du bien; mais te trouvant trop vif, trop raide, et faisant maintenant mon affaire de te tempérer (me voici donc aussi avec une commission! N'est-ce pas plaisant?); ajoutant beaucoup de choses obligeantes répétées en me reconduisant jusqu'au vestibule, désir de tous les succès que je pouvais ambitionner, empressement d'y contribuer, crce qui n'est point un compliment que je vous fais comme à une femme, mais un hommage que j'aime à rendre à votre douceur, à votre honnêteté t). Ce
Plalière, pour son logement pour les six ses Mémoires, page 67, avait indiqué premiers mois de 1790, 3oo livres. w 8,000 livres) :
Une pièce citi^ par M. de Girardot Appointemenlsporléspariacom-
(P- 7-q)» et qui existe aussi aux Papiers , mission ,000
\r / ;;/' ^ r Logement accorde comme sup-
Roland, ms. 6a A3 , fol. 57-68 , et ms. gSSa , plémenl d'appoinlemenb^ sur
fol. 19/1-195, Mémoire des services de la décision et r ordre* du mi- /. M, Roland, donne ainsi le dëtail de ses appointements (Fabbë Guillon, dans
ToUl 5,600 «
ANNKE 1784.
(jifil y a de vrai, c'est qu'eu voyant ce vieillard, car il peut déjà porter ce nom, avec son aîr ordinai renient refrogné^^^ me dire cela d'un Ion de sentiment, je n ai point éprouvé ce je ne sais (juoi de flalteur d'un compliment qui chatouille, mais une douce i'motion qui m*a humecté les yeux. Je lui ai dit, k peu près, que le meilleur usage que je croyais pouvoir faire des avantages que m'accordail sa hienveillance était de lui rappeler quelquefois ce que tu méritais. Je crois, par ma foi, que ses yeux n étaient pas non plus trop secs, deux ou trois AdieUf Mmknie, avec des souhaits de bonheur, ont terminé la conférence. D'après cela, je ne crois plus devoir remuer ni pieds ni pattes, solliciter personne, mais lui laisser tout avec confiance : autrement il aurait sujet de s'offenser. Aussi je me suis hâtée de le prévenir qu'avant de Tavoir vu j'avais écrit pour cela à M. de Vin, Cesl moi qui arrangemi cela au premier Comité fut sa réponse.
Tu es remplacé à Amiens par M. Villard; ainsi les instructions seront plus faciles à donner. Ce n'est pas le moment de parler de congé, autres affaires, etc. Il faut laisser tout asseoir» puis aller prudemment. Tu seras obligé d'écrire à tous : fais-le, comme l'autre fois, bomiement; mets quelque chose de particulier qui peigne plus de reconnaissance à Tours apprivoisé : il pourra nous servir beaucoup en tout temps, car il est chaud, et c'est lui qui est chargé des arrangements des fonds, des deniers; mets de Thonnèteté, un peu d'empressement à \L de Vin : te voilà sous lui; c'est un homme à peu près nul, aisé sûrement à blesser, comme sont les gens en place qui ont peu d'esprit; il est tout neuf, il a peur de mal faire, il a peu dr connaissances, n'est pas, je crois, capable d'en acquérir beaucoup, et se fera un mérite de vouloir tout ce que voudront ses confrères. Donne-lui beaucoup d'instructions avec beaucoup d'égards, il sera tout à toi. Hier, en entrant chez lui, un personnage qui sortait quand on m'a annoncée me fit de grandes salutations ti'ès révérencieuses, avec Tair de vouloir me parler: j'imaginai qu'il me prenait pour une autre, car de ma vie je n'ai vu cette ligure.
**^ Tuktzau devait avoir fia aas cd 1784. — Voir Ai^ieadice F,
Aujourd'hui j'ai appris que Brisson avait demandé dans les bureaux où je logeais; je pense que c'était lui. J'apprends aussi qu'il se répand en éloges sur ton compte; à la première nouvelle qui m'en est venue, j'étais prête à répéter, en comparant vos places et celle que tu devrais occuper, les vers de Gornélie : «rô soupirs! ô respect! d etc. Enfin, quel que soit le principe de l'hommage, c'en est un. Il faudra que tu t'observes beaucoup à son sujet; il est bien partout, ici et à Lyon, où on le croit un grand sire; il faudra qu'on puisse sentir la différence sans que tu aies l'air de songer qu'il y en ait. Mon ami, là-bas comme à Amiens, en faisant le bonhomme et te donnant quatre fois moins de mal, on t'en saura cent fois plus de gré et tu seras plus tranquille. Un nouveau désagrément se trouve cependant : ce sont ces inspecteurs ambulants qui viendront mettre le nez, tous les ans, dans les départements de ceux des provinces; mais prudence et bonhomie les gagneront également, et je vois d'ici bayer tous ces gens à qui tu fais peur et qui seront tous étonnés de t'aimer. Maintenant tu peux être assez négligent pour cela, puisque tu as mis le public assez en état de juger tes talents. Tes frais sont faits pour la postérité; jouissons de ce qui nous reste ici-bas.
J'ai fait cadeau des Lettres à Valioud et à Rss. [Rousseau] avec finesse et dignité; je me suis dépêchée pour l'à-propos que je crois avoir saisi pour cela, et mille autres misères; nous causerons des raisons, il faudrait des volumes pour tout écrire. Je le laisse le soin d'écrire à Villefranche.
Mais je viens d'apprendre une nouvelle qui m'a fait frissonner : le lendemain de la clôture du chapitre, le cardinal a été au Heu d'exil de D. de La Croix, lui a dit qu'il était libre maintenant de se rendre, comme simple religieux, dans la maison qu'il lui plairait de choisir; on a grandement soupe, bien bu; air de gailé animait le repas. Le lendemain matin, on a trouvé 1). de La Croix comme tnassico [sic) : les jambes à terre, la culotte passée d'un cAté, le corps renversé sur son lit : il était mort. Je frémis d'horreur, car j'ai peine à me défendre du soupçon.
Je fais effort pour f|nitlei' ret alVreux spectacle* et l'observer que je fai mandé jeudi que j'avais remis la lettre de Flesselles à M. F[«ucon]; u sais ce que celui-ci se propose. Je vais demain à Versailles, je vois où en sont les choses, je visite M°*'= d'Arl)[ou ville] et, suivant les dispositions, je reviens ici voir quelques gens, j*arrête ma place pour vendredi à la diligence, et je t'embrasse d'aujourdlmi eu huit jours; à Thenre qu'il est, je n*espère pus en avoir pour le mardi. D'ailleurs, je ferai mes visites de reinercieinenls, d'adieux, etc* Mande-moi vite si tu voudrais cette sous-division de copie pour tînir de faire imprimer le texe avant de démarrer: cela est diflScile à concilier avec le ^P voyage. A propos de celui-ci, tu ne peux pas te promettre la tournée [ d'Angleterre avec M. Dezacli. Mais, mon ami, les vendanges en Beau- ^ftjoiais! ... Si lu es content de cela, nous le devons bien h M. Rousseau; ^^ car, sans son avis ou une minute plus tard, il n'y fallait pas songer. ^m Que fait donc Eudora? Est-elle propre la nuit? Condiieu je la trou- ' verai grantlie! Qu'elle ne soit pas couchée quand j'arriverai; je veux goûter tous mes biens, «Mrc dans tes bras et prendre Eudora dans les miens. 0 juste ciel! HcUez-vous donc, moments délicieuxl Adieu, mon cher ami; encore une grande semaine à passer, la plus longue de toute ma vie; je t'embrasse, je suis toute à toi.
Mes amitiés au brave Flesselles; souvenir affectneux au docteur; bonnêtetés au reste,
H y avait vingt-trois ans que Brisaon avait proposé un projet d*inspecleurs ambulants, et tu vois que ce n*est pas pour ses beaux yeux quon a songé à Tcxécuter.
Tout est fini pour les commissions, on n'a eu rien à changer avec le ministre, parce qu'on s'est coiitenlé de gratter les noms pour faire servir les mêmes signatures : ainsi Farrangemcnt d'hier est le dernier.
P,-S. de Unthenas :
Eh bir-n ! mon ami, voilà une affaire emporlée d'emblée. Le voyage de voire moitié, votre lori/jue séparation, n*aura pîis élé snns aucun succès et vous pourrez toujoui-s lui donner ce raolif quiuid l'autre affaire nianquerail. La cbèn* sœur
doit se faire coiffer à présent et nous devons partir pour Versailles à huit heures. Je vais l'accompagner dans tous les bureaux et les antichambres où elle a affaire; elle entend à merveille la marche d'une solliciteuse distinguée. Je voyais l'autre jour M. Faucon et M. Noël sourire d'une manière toute drôle à la vivacité de ses instances, ia tournure qu'elle leur donnait et les réponses
subtiles qu'elle faisait aux obstacles qu'on lui présentait. A propos de M
[le feuillet suivant manque],
tu
[À ROLAND, À AMIENS ('l]
Dimanche au soir, 33 mai 178a, — [de Paris].
Combien j'avais besoin de voir, d'être convaincue de nouveau que ce changement était selon ton cœurl J'avais présentes toutes les excellentes raisons qui me le faisaient juger avantageux; mais je ne sais quelle crainte vague de te livrer à d'autres occupations, d'éloigner le repos dont je veux te voir jouir, changeait ma joie en inquiétude douloureuse. Tes désirs concouraient donc avec les miens f^M Nous recueillerons ensemble les douceurs que nous pouvons nous promettre de celte nouvelle situation; tu modéreras tes travaux et tu assureras ainsi la paix de mon âme. Je te dirai qu'aujourd'hui, à mon grand regret, il m'a été impossible de faire le voyage de Versailles; fatigue, coliques, révolution causée par ces affections, ce combat, auxquelsje ne pouvais me soustraire, m'ont obligée de garder la chambre et le lit. Je m'étais levée à cinq heures et demie, fait coiffer malgré quelques légères atteintes; il a fallu demeurer. Il est six heures du soir, je viens de me lever, de manger un peu de pain et de confiture; je suis calme et ta
^*) Ms. 6^39, fol. 190-191. merais mieux qu*elle eût lieu que toutes les
^'^ Roland avait écrit, le as mai 178& ambulances imaginables. Ainsi, vois si tu
(ms. 69&0 , fol. 26 0-95 1) : dois craindre d'agir et d'agir fortement pour
ftEn réponse à ta lettre d'hier et à celle son succès. Ce changement et les Lettres
d'aujourd'hui sur l'affaire de notre trans- sont tout ce que nous pourrions désirer de
lation à Lyon , je te le dis franchement, j'ai- mieux . . . *)
ANNKE 1781
letli*e m'a fait plus de bien encore que tout ce que j'ai pu prendrv avec les soins du pauvre frère, qui n'est pas parti faute de place à la diligence, et puis par réavis. Je l'avoue que j'ai eu un moment d'accablement tel, que j'ai désiré partir le plus tôt possible; cependant les affaires me balançaient, mais s'il y avait en plare pour mardi, je laissais tout ià et je courais ^embrasser, quitte à revenir huit jours plus tard. Enfin je n*ai pas été contente que Fépoque de mon départ ne fût au moins fixée, et j'ai fait arrêter deux places pour veudredi. Quoi qu'il arrive on puisse arriver, je m'en vais : c'est une maladie que ce besoin de retourner près de toi, de mon enfant, dans ma maison; elle en ferait naître une très grave, si je ne volais au remède. Cela terminé, j'ai reçu de Crespy une lettre qui me désole et qui m*a fait balancer un instant; mais je ne saurais retarder de te voir, tu l'emportes, et j'écrirai au pauvre alBigé dont je voudrais pourtant bien recevoir les embrasseuieuls. J'espère être demain eu étal de faire le voyage de Versailles. M. Kousseau m'écrit que tu feras bien d'écrire à M, de M' [Monlaran] sur le gain de son procès; qu'il ne paraîtra pas étonnant que tu naies pas été instruit prouiptement, et qu'assurément M. de M' [Montaj*aii] sera sensible aux témoignages de tes sentiments à cet égard. Il a fait des démarches, cet lionuête M, Rss. [llousseau], ebez M. de V. de Gll. [Vin de Gallatide]^ auprès du secrétaire, pour la fixation plus haute de les appoinlr'ments; je lui fais savoir l'assurance que m\x donnée M, ToL [Tolozan] et ma confiance, dont ses procédés me font une h>i, à lui abandoimer le soin de nos intérêts. Tu t'es un peu dépêché, |*ar événement, d'écrire à M. Villard, si tu lui as désigné le lieu de sa première destination. Eh vraiment! lu as donc oublié le petit lutin qui faisait ici arrêter les commissions et changer les affaires? En vérité, j'éprouvais hier qu'en affaire, singulièrement, ra}»pétil vient en maujjeant; j'avais plus d'activité, même d'espoir que jamais pour obtenir les Lettres; mais to sais que l'esprit de Montaigne avait aussi la colique quand son ventre la ressentait; je suis au même point et je n'ai plus iaîm que de mon logis. Nous reparlerons de Pauck[oucke], qu'au bout du compte je ne crois pas non
plus si seiTé. Si j'avais du temps de reste, je verrais Pasquier, ce que je ne ferai pourtant pas, car je ne sais même plus si j'aurai le courage de dire adieu au chanoine, que je n'ai été voir qu'une seule fois et qui m'attend tous les jours.
Je laisse au frère de jaser à son tour; je vais croiser mes bras et rappeler mes forces. Ménage-toi bien; adieu, mon cher et tendre ami; je t'embrasse de tout mon cœur. Bonne est maintenant si Qccupée de sa maîtresse qu'elle ne songe plus à Eudora qu'à demi. Cher petit enfant! Joue-le bien; tu ne lui as pas laissé oublier le nom de maman, n'est-ce pas? Adieu, mon ami.
S'il était possible que nous allassions à Crespy les fêtes de la Pentecôte , que le frère nous envoyât une voiture à Montdidier le lundi ou le mardi, c'est ce que nous aviserions. Mais, malgré l'extrême envie de le consoler dans le surcroît de chagrin que va lui donner notre éloignement, je ne ferai rien au monde qui pût retarder le moment où je compte t'embrasser.
P.-S. de Lanlhenas :
Eh bien! mon ami, la chère sœur vous a conté derrière ^^^ son histoire à peu près telle qu'elle est. Elle ne vous a cependant pas parlé du médecin. Elle en a vu un cependant hier au soir, mais c'est plutôt pour ma tranquillité qu'il est venu que pour le besoin réel ou la sienne. Tout était passé, il ne restait qu'un peu de fatigue, et il a jugé, comme nous l'avions [)ensé, que cette irritation d'entrailles tenait à la fatigue et à l'agitation que la chère sœur a éprouvées ces derniers jours-ci surtout. Le repos un ou deux jours, les mucilagineux , farineux en boisson ou nourriture, un peu de limonade cuite, quelques remèdes émollients, c'est tout ce qu'il a conseillé; et il a fini par me tranquilliser absolument , si j'eusse conservé encore des craintes que m'avaient inspirées les douleurs du matin. — Je viens de vous quitter un moment, je suis descendu ^*î pour lui persuader de ne pas aller aujourd'hui à Versailles, comme elle en avait pris hier la résolution. Tout a été inutile, même l'autorité doctorale, la vôtre et les prières du frère. Je juge, par le bien où elle se trouve,
^^' Lanlhena8 ëcril sur la quulrième [)age de la iellre. — ^'^ Il habitait à Tëtage au-dessus.
qu'il n'en peut pas inL'sarriver; cependant on lui conseillerait du repos, elle en a certainement besoin, et je crois qu'à ces deux égards il y a de rimprudence par les chaleurs qu*ll fait. Vous aurez re^u, tnon ami, ma lettre dlittT outre le mol du matin dans la lettre de la sœur* Je vous écrira du hurenu de M, D, [d*Antic]; vous aurez agi en conséquence; la chère sœur sera étonnée; je ne lui en ai rien dit : elle serait en peine du baquet (?) que vous pourriez avoir. Mais ma franchise vous en aura garanti.
À ROLAND, [\ AMIENS f".]
Manîi amliOf â5 md lySi, — [de Paris].
Quant à la grande aflinre, je n'ajouterai rien, mon ami, à ce que renferme la lettre ci-jointe '-^^ qui ne m'était pas encore parvenue lorsque je suis partie pour Versailles. M™" d\\rb[ouville] et ral>bé ne m'ont rien dit que ce qui est exprimé dans la lellre de celui-ci, exçej>té que la première a ajouté qu'elle se concerterait avec M, de Saint-lt[omaiti] pour être informée du temps où le ministre proposera rall'aire au Hoi, afm de répandre les précis à cette époque. Elle est très ardente, très obligeante, et je suis persuadée qu'elle ne néfjligera rien, pour faire réussir Fafl'aire, de tout ce qui dépendra d'elle. Il faudra que lu lui écrives, ainsi qu'à Fabbé; mais il sera temps sans doule lorsque je serai retournée. J'ai vu aussi pour mon coni|>t(* M. de V]L[*le Ville] et M. de Saint-R[omain] qui m'a parlé dans les mêmes termes. J'ai ftut part à M™^ d'Arb[ou ville] et à Tabbé de ton changement, auquel je croîs, malgré la commission expédiée a M.Vilbird, qui ne signifie rien, sinon que M, de M* [Montaran], empressé de Tavoir dans son département, a fait partir ce qui le concernait poiu' se Tassurer; le petit chat aura bien grondé, car il n'a\ait pas envoyé la commission pour Sedan
^*^ Ms. 6339, foi, 1*23-194. — Il y a Dans un angle de la première pflge, il y
3 4 mat au niaQascnt, mais par erreur, car a : rrM, Roland 1>. Lp.^.
le ^h m'ai éimï un Jnndt.
''' Celle de l'abbé Gloutier,
•i-apr
•es.
à celui à qui elle était destinée, parce qu'il y voulait M. Villard et qu'en définitive il le voulait à Amiens où je crois fort qu'il Ta fait venir. A mon retour de Versailles, j'ai trouvé une lettre de M"*^ de la B[elouze] qui me fait offre de services d'argent pour la considération de la prolongation de mon séjour; elle se reproche de ne Tavoir pas fait plus tôt; elle y met beaucoup d'amitié, et m'ajoute en confidence (c'est son expression) que, par les détails qu'elle a reçus de la personne qu'elle avait chargée de parler à M. Bld. [Blondel], elle voit qu'on te regrette beaucoup pour ton ancien département. Aujourd'hui, j'écris ici et là; je vais au Jardin du Roi ce soir avec l'ami d'Antic; demain, je vois M. de M* [Montaran], M^® de la B[elouze], je parais chez M. de V[in], au secrétaire, que je ne connais pas encore, parce qu'il faut se ménager tout; si je ne parle au maître, j'aurai une lettre en poche pour lui. Puis je verrai tes imprimeurs; je finirai quelques emplettes; je prierai le frère de passer chez de La Dreux; je règ^e, je fais mes paquets, tu sais quand je pars. Je me porte mieux; j'ai bien soutenu le voyage : c'est presque une folie de s'arrêter, car on sent son mal bien davantage. Au reste, c'était forcé pour dimanche. Ne me fais point de querelle de n'avoir rien dit del medico, je ne l'avais point encore vu lorsque je t'écrivis ma lettre le dimanche au soir. Adieu, je suis pressée, je t'embrasse corde et animo.
Suit, au manuscrit, la lettre que voici de Tabbë Gloutier à Madame Roland. C'est sur les pages blanches de cette lettre qu'elle a ëcrit la sienne.
Jai bien partage, Madame, l'impatience avec laquelle vous avez sûrement attendu la rdponse du Ministre. J'ai voulu plusieurs fois vous écrire , mais j'ai pense que mon zèle vous dtail assez connu pour ne pas craindre d'être soupçonné de négligence. M. de Saint-Romain n'a présenté que mercredi l'affaire à M. de Vergennes. J'ai été moi-même savoir le résultat de son travail; il m'a paru qu'il avait fait très bien vsdoir les titres et les services de M. de Laplatière et la satisfaction du contrôleur général; mais il ne m'a pas dissimulé qu'il fidlait de la patience. M°" d'Arbouville s'est empressée de demander une audience particulière et ne Ta obtenue que ce matin. M. de Vergennes avait très présent le compte avantageux qu'avait rendu son premier commis, la lettre de M. de Galonné et l'intérêt qu'y prenait M"*' d'Arbouville. Après lui avoir répété les difficultés qu'il y avait à obtenir des lettres de noblesse et la répugnance surtout que le Roi avait à en accorder, il a ajouté que, quand on avait à cœur de faire réussir ces demandes , il fallait attendre et épier les circonstances favo-
mÉE 178â,
râbles; que ce motif rengageait à ne ps trop oe presser de présenter celle de M, <le Liplatière, parce qu une fois luanquëe il ne serait plus possible tfy revenir; que le Roi, hier dans son Conseil, avait refusi^ de son propre nmuvement une demande de ce gctue bimi fondée; que, à la vérité, cenVtail pas lui qui l'avait pr<^sentée. Cette observaîion. Madame, faite par M. rie V*^ry|^enne*î, vons est favorable, puisqu'il veut bifn se charger de pjvsenter c^lle de \l. de Lii|.ilatière. Il a Qui par assurer M'"" d'Arbouville qu1l ne perdrait pas un instant de vue celle aOaire. Elle aurait peut-^tre encore prolongé sa visite, si M'' le prince de Condé ne Mi ttîTivr'. Cette prudence que veut y mettre M, de Vergennea, la solidité de son raisouoemciit font croire k M"* d'Arbouville, et je le crois aussi, qu'il est réellement (lispusé 11 prendre les moyens de la faire réussir. Ainsi, Madame, ne désespérons pas, mais ayons de h patience. M. de Saint-Romain m'a aussi observé qu'il y en avait une ou tleux très favorables et plus anciennes que celle de M. de Laplatière. Diaprés la réponse de M. de Vergennes, d'après Tavis de M"* d'Arbouville et celui de M. de Sîunt-Romain, je crois devoir prendre la liberté, Madame, de vous dire que, ai aucune autre îdl'aire ne vous retient à Paris, vous ferez bien de ne pas y attendre le succès de celle-ci. M"' d'Arbouville m*a cliai'gé de vous assurer que vous |>ouvie/ vous en reposer sur son zèle et sur les sentiments dVstime et ifintérél que vous lui avez inspirés. Elle regai-de cette affaire comme la sienne. Je u ai pas eu rbouueur, Madame , de vous voir souvent ; mais j'ai appris assen à vous connaître pour regretter que votre séjour dans ce pays-ci ait été si court. Vous ail*'! revoir des personnes qui font votre bonheur, je ne puis que m'inléresser à une réunion si désirée. Si je n^ai pas lliounenr de vous voir davantage, je vous prie, Madame, de ne pas m'oublier auprès de M, de f^plalière et d'agréer lassurance de mes seutimeols respectueux. Votre très humble et très obéisssanl serviteur,
r/abbé Glootikr.
A Ve«aiiles, djinancbe.
[V ROLAND, \ AMIENS W
[Fin niAÎ 17BA (sans date an ma.), — de Paria, ]
Je Tenvoie, mon ami, le roitiplc de Visse; tu lui redois x^h^ en y comprenant la livraison pour Giespy dont j*ai reçu la valeur et celles pour les voisins que tu toucheras. Tu verras que ce qui est sous accolade, ik exemplaires des Lettres, dont 6 pour lîelin, et â exemplaires de chacun des Arts, est ce que j'ai pris et distiihutî depuis mon séjour ici.
<»> MB.6a39,foL io3.
Réponds-moi subito s'il faut lui donner de largent, et où je le prendrai; chez M. de La Dreux, sans doute, car ce que je vais toucher chez Panckoucke me servira pour voyage, mon reste de compte ici, etc. Je t'aime et t'embrasse de toute mon âme. Je cours aux Gobelins, de là chez M. ToI[ozan] où je donnerai ce paquet. J'ai enfin trouvé M. de Noiseville, qui me donne. . . des promesses.
[k ROLAND, k AMIENS^*).]
[Mai(T) 1786, — de Paris.]
. . .11 y aurait bien quelques réformes à faire au Mémoire d extraction, d'après les lumières que j'ai prises hier avec l'air de savoir tout ce que Ton en disait. Ces Roland d'Arbouzes, dont l'origine est commune avec vous, sortent du Beaujolais comme ceux de Ghallerange et, de plus que ceux-ci, ont les armes semblables à celles des Roland de Laplatière. Quant au président Roland, prétend le papa'*^), il n'a rien de commun et sort tout nouvellement d'un agent de change. Notre Nestor n'a pu être content qu'en lui assurant qu'on faisait venir l'extrait de baptême de ton père; il ne veut que celui-là, le tien, celui du gi-andpère, l'extrait de mariage de ton père, et prétend faire avec cela des merveilles. Si nous manquons d'un côté, nous pourrons voir; il faut du moins sortir du chemin que nous avons pris. Adieu, je vais rêver à des bougies à envoyer à Cott[ereau](^l Tu as vu maintenant FU. [Fiesselles]; d'après ce que tu me dis de sa femme, je ne serais guères tranquille sur sa tête. Enfin l'y voilà'*'. Je t'embrasse de tout mon cœur.
^*) Ms. 6939, fol. 13Q, sans date et sans présent de flambeaux ou de torches (A. Bacommencement. beau , La Ville sous l'ancien régime , p. 1 78 ). ^*^ Le ff vieux chevalier», le «r Nestor». <*^ Allusion h larrét du Conseil, du ^'^ Cela veut dire probablement un ca- 18 mai 178&, qui accordait à MM. Fiesdeau, par allusion à Tusage alors en vi- selles, Martin et Lamy un privilège de gueur, dans diverses villes, de faire aux douze années, avec 3o,ooo livres de submagistrats municipaux sortant de charge un vention , pour la machine d'Arkvmght.
AMËE 178/1.
Ml
Laini d*Anlir 111*11 fai( inviter hier à dîner poiu" iiujonrdluu chez des amis de lui; nous devons voir M. de l'isie; mais il faut finir et faire mes autres expéditions. Adieu donc, je laisse aux amis, dont jt* ne te parle guère, à te dire tout ce que je devrais exprimer d'eux*
P,-S. de Lanllieoas :
Je devais, mon ami, vous demander une lettre pour MM. de Ladrue t]ui leur recommandât cet amî du Puy dont je vous avais parle? I*ann<ie passée, M, He;de. H a des talenls, entend les affaires, a voyage en Italie et en France, est plein d*activilé el de bonne voloob\ MM. de Ladrue pourraient peuL-éire le senîr par eux-raômes ou par leurs aniis; faites-moi le plaisir de m'envoyer une lettre qui puisse le leur présenter et les fasse employer chaudemejil, soit de vous, soit de M. Flesselles. comme vous jugerez qo'il vaudra mieux. J'ai commence! ce matin a ranger mes livres. Je vous enverrai domain la note de quelques-uns dont je veu\ me (h^faire; vous me ferez le plaisir de la faire voir à vos chers voisins au souvenir desquels, et dans rorcasion, je vous prie de me renouveler*
J'attends toujours des lettres de chez moi autres que celles rpe je vous ai envoyées, c'est-à-dire du papa ou de sa part qui me confirme la m^me chose.
J'irai voir ce soir h huit heures le chevalier vieux Nestor, qui m'inspirait depuis longtemps les mt^mes sentiments que relui à qui nous le comparons inspirait à T«5lémaqyti, Il me reparlera encore des extraits, armes, etc. ÎS'avezvous pas fait à cet égard toutes les recherches possibles? Il nie parlait d'un Saurin, généalogiste de France : lavez-vous vu, on un autre autrefois, comme le pense la chère moitié?
Adieu, mon ami. ménagez-vous; je vous embrasse corde et anmo.
À BOSC, [À paris'" ]
7 juin [178^1, — d'Amiens], 11 y a bien longtemps, notre bon ami, que je n'ai eu le plaisir de m'entretenir avec vous; mais j ai tant à faire et tant à me reposer, que je fais toujours safis
f»> Bow, IV. 61; Dauban, II, 5oo.
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finir de rien. Les jours passés à Grespy ont été très remplis par l'amitié d'abord, puis la représentation et les courses. Parmi ces dernières, celle d'Ermenonville n'a pas été la moins intéressante ; fort occupés de vous et des choses, nous avons joui de celles-ci en vous souhaitant pour les partager ^^^ Le lieu en soi, la vallée qu'occupe Ermenonville est la plus triste chose du monde: sables dans les hauteurs, marécages dans les fonds; des eaux troubles et noirâtres; point de vue, pas une seule échappée dans les champs, sur des campagnes riantes ; des bois oii l'on est comme enseveli , des prairies basses : voilà la nature. Mais l'art a conduit, distribué, retenu les eaux, coupé, percé les bois; il résulte de l'une et de l'autre un ensemble attachant et mélancolique, des détails gracieux et des parties pittoresques. L'île des Peupliers, au milieu d'un superbe bassin couronné de bois, offre l'aspect le plus agréable et le plus intéressant de tout Ermenonville, même indépendamment de l'objet qui y appelle les hommes sensibles et les penseurs. L'entrée du bois, la manière dont se présente le château et la distribution des eaux qui lui font face forment le second aspect qui m'ait le plus frappée. J'ai trouvé avec plaisir quelques inscriptions gravées sur des pierres placées çà et là ; mais les ruines, les édifices, etc. , élevés en différents endroits, ont généralement le défaut que je reproche à presque toutes ces imitations dans les jardins anglais : c'est d'être faits trop en petit, et de manquer ainsi la vraisemblance, ce qui touche au ridicule. Enfin Ermenonville ne présente pas ces beautés éclatantes qui étonnent le voyageur.
^') Voici un touchant billet de Rose à Madame Roland (ms. GqSq, foi. laS-isG) :
i*'jttin [1784].
H est dix heures; si vous n^étes pas encore dans les bosquets d^Ermenonvillo, vous n^êtes pas loin d*y arriver. Je jouis avec vous des plaisirs que vous êtes capables d'y goûter ensemble. La larme se fait sentir au coin de mon œil eu pensant â celles que vous pourrez répandre, assis sur la pelouse ombragée qui est devant file des Peupliers; en pensant au bonheur de votre état, à Eudora, à ce qu'elle peut devenir, etc. . . Votre qualité de mère doit beaucoup plus développer en vous la vivacité des sentiments que ce lieu détermine que celui (iic) de garçon que je professe. Aussi aurais-je beaucoup plus désiré y être avec vous , pour jouir de
votre état, de cehû de votre mari et des liaisoDS qui les unissent, que pour sentir moi-même.
Si les circonstances avaient favorisé mon désir d'aller vous joindre, la fetigue ne m*eût pas permis de le faire. Je n'ai pas même l'espoir de passer la journée dans la solitude , ainsi que j'en avais fait le projet. Mon existence actuelle n'est plus à moi ; elle m'est toujours extrêmement pénible.
Tout m'agite, m'inquiète. Croiriez- vous que, pour avoir remarqué que le mot d'amt était plus fréquemment répété dans votre dernière qu'autrefois, ma tranquillité a été troublée.
Adieu , soyez heureuse à jamais. Peut-être ne parviendrai-je pas à ce point de corruption où le bonheur des autres est un tourment pour nous , mais je crois être sur le chemin. J'ai besoin que quelque cause m'en détourne.
ANNÉE I78â.
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mais je crois qu'il attarlip rbabilant qui le fré([uente tous les jours; cepeiitlarU, si Jean-Jarf[ues n'en eûl pas fait la rëputatidii, jf» doute qu*on se filt jnniais détourné pour aller le visiter. Nous sommes entn's dans la chambre du maître; elle n'est plus occup<'c* par personne; en vérité, Rousseau triait là fort ma! logé, hien enterré, sans air, sans vue : il est maintenant mieux plaeé quil ne fut jamais de son vivant; il n'était pas fait pour ce monde indigne.
J'en aurais bien long à vous dire de tout ce que j'ai éprouvé depuis mon départ de Paris et à mon arrivée ici, La pauvre Eudora n'a pas reconnu sa triste mère, qui s'y attendait et qui pourtant en a pleuré comme un enfant. Je me suis dit : Me voilà conime les fenuues qui n'ont pas nourri leurs enfants; j'ai pourtant mieux mérité qu'elles et je ne suis pas plus avancée! La douce habitude de me voir, une fois suspendue, a rompu celle d'affection qui m'attachait ce petit être. . . Je n'y songe pas encore sans un terrible gonflement de cœur. Cependant mon enfant a repris ses manières accoutumées; il me caresse comme autrefois ; mais je n'ose plus croire au sentiment qui fait valoir ces caresses: je voudrais quil eût encore besoin de lait, et en avoir à lui donner.
Vous que nous comptons chèrement comrni* ami, vous souvenez-vous de ceux que vous ne voyez plus? Adieu, il faut que je finisse; nous vous embrassons tendrement.
U9 À BOSC, [\ PARIS"'
9 juin [178't, — d'Amiens].
^reçois dans le moment votre aimable épftre, les patentes et leur accompagnement; je devais déjà vous écrire; tous ces objets ajoutent encore à ce que je devais vous exprimer, et je ne sais plus par où m'y prendre. L'ami reçoit des feuilles, nous avons des lettres en foule à répondre et à faire, je me suis levée à près dr dix heures, parce que j'avais mal dormi la nuit; le bon frère Lantht^nas arriv*'; le successeur de M. Roland est ici pour prendre des instructions; nous voilà tous, comme vous voyez^ fort en Tair et préoccupés. Dans roldigation de terminer les affaires de préfért^nre aux petites causeries, telles
f'i B^sc. IV. 6.^: DaubaoJI. 5oi,
charmantes qu'elles puissent être, il faut vous assurer que Tami répondra dans peu à TAcadémie^^'où vous venez de lui servir d'introducteur: en même temps qu'il vous fera passer ces lettres, il vous indiquera où vous pourrez prendre des exemplaires de ses ouvrages pour les adresser à cette compagnie ^^^ En vous chargeant d'une commission, j'ai oublié de vous parler d'argent pour la faire; il part d'ici, ces jours-ci, une personne qui vous remboursera pour moi vos avances. Autre chose , très intéressante assurément : vous m'avez fait faire la connaissance de M. Broussonnet, et je me rappelle parfaitement ce que vous m'avez dit et ce que j'ai vu de son savoir modeste, de son honnêteté, de cette aménité qui caractérise si bien ceux dont les connaissances adoucissent les mœurs ; je n'oublie pas non plus que vous m'avez fait espérer que nous pourrions avoir de lui des lettres pour l'Angleterre. Je réclame à cet égard les soins de votre amitié ; c'est d'elle dont je m'appuie près de M. Broussonnet, aux yeux duquel je ne puis avoir particulièrement aucun titre. Au reste, je demande ces lettres avec une confiance que je n'eusse pas osé prendre si j'avais dû faire le voyage avec notre compagnie, mais sans M. Roland; car, dans ce cas, j'aurais bien senti qu'à commencer par moi , personne de notre société n'eût été éminemment propre à cultiver les savantes relations que M. Broussonnet peut nous donner. On peut se flatter de faire trouver quelquefois, dans une relation continuée, la douceur et le goût qui peuvent tenir lieu du savoir auprès des savants mêmes; mais, quand on ne voit ceux-ci qu'en passant, il faut pouvoir les payer de leur monnaie. Or donc, vous connaissez notre caution; je n'ai rien de plus à vous dire, sinon que je vous prie de me rappeler à votre ami en lui disant pour moi mille choses honnêtes. Nous faisons nos dispositions très prochaines; le temps fuit comme un voleur, celui de fuir aussi pour notre compte nous touche aux épaules; mille arrangements nous pressent, et, quoique au milieu de ma maison, de ma petite famille, je ne fais qu'une halte : je suis comme un chasseur au rendez-vous. J'acquitte ma charge et votre commission : le baiser de moi se donne doucement sur les lèvres, lieu réservé à l'ami du cœur; je donne le vôtre où je l'aurais reçu, sur les deux joues, mais bien affectueusement; le sentiment accompagne tous les deux, voilà la ressemblance; le vôtre a la vivacité de l'amitié empressée, le mien la douceur pénétrante d'une
^^^ L' Académie des sciences de Turin. — à M. de Saluées, secrétaire peri)étud de
Voir Appendice H. TAcadëmie de Tiirin , et au chevalier de
^^^ Voirms. 6q&3, fol. 118, les lettres de Lamanon, ami de Bosc, qui avait été son
remerciements de Roland , du 1 0 juin 1 78 & , introducteur.
ANNÉE nSà.
ààl
union plus inlime, voilà lu différence, pour termiiier cooimo la rhauson; le tout pour voire plus grande iaslruction et suivant vos demandes. Je ne suis pas non plus comnie Eudorti : la chère petite sœnr a pris dans mon souvenir et dans mon t'cpur une pince d'oîi personne ne la d«^logera, donnez-moi de ses nouvelles et embrasjîez-la pour moi. L'ami Laothenas vous en dit tant et tant, et Fami et moi, que je ne saurais tout vous exprimer; je suis pressée à en étrangler, comme Monsieur Sage.
H Adieu, mon ami, nous vous embrassons tous de bien bon cœur.
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