HÔTKL DE LOBGEH, RUE DU V1EUX-VERSA.ILLES, \ VERSAILLES
10 juin 178^1, — d'Amiens,
Madame ,
JWrais en rhonncur de vous exprimer beaucoup plus lot la reconnaissance dont je suis pénétré pour les nouveaux témoignages de bienveillance que vous avez réitérés dans fatTaire qui me concerne et dont vous voulez bien continuer de vous occuper; mais le voyage de Madame de Laplatière s'est terminé d'une uianière qui m'a trop préoccupé pour me permettre de manifester au dehors les choses mêmes dont j'avais le plus vif sentiment,
La nouvelle d'une indisposition, que mon inquiétude me fit supposer [encore] plus grave qu'on ne me la peignait, me détermina sur-lechamp à partir en poste pour chercher M'"*' de Laplatière; je la trouvai réellement accablée de fatigue et dans le plus grand alïiiiblissement; je Tai ramenée à petites journées, n'ayant passé à Paris que le temps nécessaire pour les préparatifs de son départ et sans m'être
t^'' Ms. Cy^ho, fn!. aB4-!ïS5. — (Test on brouillon de récriture de Madame Roland , nver ries curreclions *Ip h main df* Rfdanfl , qui est censé écrire. La leUro qui suil, à Fribbii Gloulien sur le folio îï55. est faite
dans ]m mêmes f«mdîlions» Nous motions entm emcliels les cnrrerlions de Bobnd, et nous sf>nli|T|if>ns les «lols sintpteiBeiil snp- [H'iinés par lui. Ce spt^cimcn de collaboration \mid avoir son intérêt.
montré à personne. Nous sommes de retour depuis plusieurs [peu de] jours; le [son] repos commence à me faire espérer le parfait rétablissement de sa santé. Je saisis le premier instant de liberté, après l'agitation où m'avait jeté cette circonstance, pour vous rendre. Madame, l'hommage que je dois à une bonté si [aussi] persévérante et dont M"* de Laplatière a recueilli les preuves avec la plus grande sensibilité. Je sais qu'elle a eu l'honneur de vous faire part du changement heureux qui me remet dans mon pays et dans ma famille ; ce déplacement me fera passer à Paris dans quelque temps ; j'espère que vous voudrez bien, Madame, me permettre de saisir cette occasion de vous offrir de vive voix le profond respect avec lequel je suis, etc. . .
[k L'ABBÉ GLOUTIER.]
Je n'avais pas besoin, Monsieur, des preuves de complaisance, d'honnêteté, d'attention que vous nous avez données dans le voyage de M°* de Laplatière pour croire aux dispositions obligeantes d'un ami de l'excellent M. [ami] Despréaux; mais elles excitent ma sensibilité et m'obligent [me flattent] véritablement. Je serai enchanté de pouvoir me procurer l'honneur [je désire ardemment] de vous voir dans mon prochain passage à Paris, et je ne négligerai sûremetU pas cette occasion de me transporter à Versailles et de joindre à l'honneur de rendre mes hommages à M™* d'Arbouville le plaisir de vous entretenir [sensible de m'cntretenir avec vous]. Je pense que ce sera vers la fin du mois d'août ou le commencement de septembre. Si jusqu'à [avant] cette époque il arrivait quelque chose de nouveau relativement à l'affaire que M"^ d'Arbouville a la bonté de suivre, et à laquelle vous-même. Monsieur, [vous] avez bien voulu concourir par quelques [votre empressement et vos] démarches, j'espère que vous auriez la complaisance de [je me flatte que vous voudriez bien] m'en faire part. J'y mets un intérêt d'autant plus vif, que mon transport dans mon pays m'en rendrait le succès plus important et plus flatteur.
Agréez, Monsieur, etc. . .
> BOSC, À PARIS '.J
1 7 juin [ 1 78^1 . — tl'Atniciin].
J*aî reçu hier votre toucliaate et mélancolique épîlre , sans pouvoir y répondre aussitôt. Mon beau-frère *^^ venait de passer avec deux compagnons qui n'ont pu retarder davantage leur voyage à Londres» où nous le verrons peut-être encore. Mon bon ami parlail lui-même avec sou successeur, pour une partie de la tourm5e du département. Je suis demeurée au logis avec le bachelier ^^' et tout le tracas dune lessive, grande affaire de ménage' à la province. Je ne pensais pas que Tami vous ei\t laissé dans la moindre incertitude sur la destination des exemplaires ; il y en a un complet de tous ses ouvrages pour TAcademie; un des Lettres seulement pour !<• comte de Saluces; un troisième, je crois, de ces mêmes Lettres ponv M. Lamanon'*^ J*ai cherché, demandé, fort inutilement jusqu'à présent, s'il y avait quelque poisson rare^dans nos rivières et fossés; les gens de ce pays n*ont à cet égard que la science de leur cuisinier; et, malgré ce que je me propose de rechercher encore, jv n'espi^re rien fournir pour l'ichtyologie de votre ami : il voudra bien ne pas mesurer ses lettres sur les renseignements que nous lui fournirons. Ce peintre et sa maîtresse qui
f'* Bosc, IV, U: Daubaii, if, SoS. — M. Daiiban a mis a y juin : faute d'inipi'esnion , cai' Bosc a mis ij; d'ailleurs » si celte leilcp était du a 7, elle serait venue, dans r et il (OU de Bosc, après la suivante.
'** Un des deux bt*néJictius , — nous ne savons lequel.
^** Lanthenas, qiii n'était pa8 encore docleiu*.
f*' Le chevalier Robert-Paul de Lamauoo , né **n lyba à Sakvu, eu Provence, naturaliste, corrcspoudaiit de F Académie des sciences, membre de T Académie de Turin; très lie avec Rose. Il i^Vmbarqiia aver La P*'rous<' et périt nvnnl lui, le lodéci'mbre 1787. — Voir Méinoircs neareU , 3o octobre 1 786 , où on rappelle Linsauon.
Nous avons \m lire, dans la collection Ktieiine Charavay, une jolie lettre du cbevatier de La ma non a Bosir » ^rite ie a8 septembre 178A, de Moût- Dauphin, au coiu^ d'une excursion dans les Alpes; on y voit que Faujas de Sainl-Foud était leur ami commun.
Le chevalier de I^rnanon avait un frère, AiigiLstivPaul de Laïuanou, quelque peu uatiij^aliste lui aussi, el également lié avec Bosc. M. lîefjame a neuf lettres de lui à Bosc, de J78O et 1787,
Cest sans doute ce frère, ou un parent, que le rtciloyea Paul l^manotiT» qui, en a où t 1793. s'o ïïm i t f po u r d ir tgei' le** aérostats coati'e les ennemis de la Bépublique^ (J. (juiillauine, 11, ^Sl-fiâi).
font parler tout le monde des plaisirs qu'ils ont goûtés , ce marquis d'Arlandes qui publie aussi tout haut ses prétentions et ses regrets , ce fas de gens qui ont besoin de faire dire qu'ils sont heureux pour croire l'être, me paraissent bien indignes de l'amour et bien éloignés d'en savourer les plaisirs : grand bien leur fasse ! Je n'envie ni n'estime leur mode !
Mais dites-moi donc, mon ami, où est votre raison, où est votre philosophie? Quoi! vous voyez tant en noir une situation où votre chère sœur peut trouver tant de moyens de valoir plus encore ! Si elle jouit du revenu que vous espériez pouvoir lui conserver, elle ne perd pas l'espérance de trouver un parti convenable, et elle peut l'attendre agréablement. Je vous avoue que le non ignara maU me fait, au contraire, envisager cette situation avec des avantages. C'est sur ce ton que j'en parlerai à la chère petite sœur, maintenant que le trouble des premiers instants doit être un peu dissipé. Mais, hélas! le sentiment de ses propres pertes est un mal qu'un tiers ne peut jamais apprécier, et ce n'est pas toujours par sa nature que la douleur doit se compter! Ressouvenezvous, mes bons amis, de ceux qui vous chérissent, qui prennent part à tout ce que vous éprouvez, qui voudraient l'adoucir et qui vous portent dans leur sein.
Adieu; je vous quitte pour suivre ici les petites occupations qui me commandent, et je vous embrasse de tout mon cœur.
Le frère vous dit mille choses affectueuses ; vous verrez la destination du paquet ci-joint, et vous voudrez bien la lui faire suivre; adieu encore, sans vous quitter d'esprit et de cœur.
il a juin 1 784 , — d'Amiens.
Elle annonce que son mari vient d'être nommé à l'inspection de Lyon, ce qui le détourne du projet qu'il avait de prendre sa retraite. — {Texte du Catahgue,)
frSes courses sur la côte du Galaisis me fournissent roccasion de passer à Londres, et je compte visiter cette capitale d'un pays où l'on respire encore un air de liberté, n
Pn. DB LA Platière.
^'^ L. a. s., 3 p. 1/4 in-4% n° 334 de la Nous inclinerions à croire que la lettre
coll. Alfred Sensier; vente des 11-1 3 fé- est adressée à Albert Gosse. — Cf. lettre vrier 1878, Et. Gharavay, expert. du 2 janvier 1785.
AXNEE 178A. /i/iU
[À BOSC, À paris'".]
Le fl/i juin [178A, — d^Amicns].
Oui, nous vous aimons encore; nous vous aimerons toujours, j'en ai la confiance; il faudrait que vous changeassiez bien pour qu'il en fût autrement, et vous n'êtes point de trempe à diminuer de valeur. Recevez donc, mon ami, ces franches assurances, dont je crois bien que vous n'avez nul besoin, et que je vous réitère pour le plaisir de vous les répéter. Nous acceptons de grand cœur votre commission , et nous nous en acquitterons de notre mieux. Trouvez donc quelque moyen de me faire passer la musique que M. Parrault voudrait envoyer à Londres ; je serais très aise de remplir aussi pour lui quelque commission; dites-le lui pour moi, avec mille choses honnêtes et sensibles, en attendant que je les lui exprime moi-même.
Vous nous feriez grand plaisir de savoir et de nous mander ce que coûtent, neufs et reliés, le Gênera phinUirum et le Philosophia botanica de Linné; nous les avons achetés, mais nous en avons oublié le prix; il s'agit maintenant de les céder à M. d'Eu qui veut se les procurer; nous les achèterons de nouveau en passant fi Paris, pour les emporter avec nous. Je crois vous avoir mandé qu'Achate était parti de mardi; mon bon ami s'en va samedi pour achever sa tournée sur la côte du Calaisis, et je dois partir le jeudi suivant avec M. d'Eu. Nous voilà, comme vous voyez, un pied en l'air et ne tenant plus à Amiens que par un fil. Mais Eudora demeurera encore dans cet Amiens, et Dieu sait combien il me sera cher tant qu'il recèlera ce petit être! Que devient la chère sœur? Santé, disposition d'âme, habitation? Dites-lui pour moi tout ce que vous pouvez pressentir et que je ne saurais exprimer. Je vous embrasse de tout mon cœur, avec la plus vive affection.
^'' Bosc, I\\6(); Dauban, II, 5o'i.
LETTRES DE IIADWIR ROLIND. — I. 99
IklklJIKKIK *AttO*ALt,
[À BOSC, À PÂWS^".]
98 juin [178&, — d^ Amiens].
Eh mais ! ne dirait-on pas que c'est vous qui partez à votre annonce de ne plus écrire jusqu'au retour? Je vous en ferais bien démordre, si j'avais le temps; malheureusement c'est aussi la dernière fois que je vous écris avant de m'en aller. Je fais toujours quelque chose , et toujours je m'en trouve encore à faire : les heures volent, celle du départ viendra frapper, et zeste!. . . adieu, bonsoir! J'ai déjà reçu plusieurs fois des nouvelles d'Achate, que les vents contraires ont forcé de s'arrêter un peu à Boulogne , dont il n'a dû s'embarquer' qu'hier. Je ne vous envoie pas les fameuses dissertations d'une fille de vingt ans sur l'Esprit (^); il faudrait que je les cherchasse parmi la poussière et des vieux papiers, je n'en ai pas le loisir; mais, lorsque je quitterai le pays, je vous promets d'emballer quelques chiffons avec les paperasses, que vous verrez ensuite à mon passage à Paris si la fantaisie vous en tient encore ; c'est tout ce que je puis faire pour l'honneur de ma parole. Mais conune je vois qiie ce n'est pas une raillerie que de vous la donner, je ne vous promets rien pour le Journal ^^); j'aime mieux que vous m'ayez obligation de ma complaisance, si j'ai la modestie de vous montrer mon gribouillage; voilà qui est clair, je pense! On m'appelle, je suis pressée; je vous embrasse bien joliment sur les deux joues.
<*) B08C, IV, 66; Dauban, II. 5o5. fol. 378-985, Promenade d'Esprit; et Mi- ^'^ Divers écrits de sa jeunesse. On trouve moires, t. II, p. 179.) aux Papiers Roland, ms. 6ââ^, un grand ^'^ Le Journal de son voyage d* Anglenombre de ces cahiers intitulés par elle: terre, avec lequel elle rédigea plus à loisir ffOEuvres de loisir et réflexions diverses t). la relation qu'a publiée Champagneux dans (Voii* ootammeul fol. â3-&6, De VEsprit; son édition de 1800 (t. III, p. 3io-a85).
iol
[\ BOSC, \ PARIS'"
OiniaiicEiCt à b liourea du Miir^ 8 août 1*^8/1 « — ci^Arojeiis.
Eh mais! vous avez une imagination bien vive et vous tirez des conséquences hu!u lerriljles! Vous ne vous êtes point repn^senté des voyageurs, arrivant pour repartir, avec mille embarras, écrivant h la hâte, et ne disant qu'un mot quand leur cmur offrait cent choses à exprimer. Nous avions arrtUé que je vous écrirais demain matin, car nems consacrons les après-dîners à faire des caisses : vous ne devinez sûrement pas pour quelle raison j'ai pris la plume dans cet instant* Je vous le dirai à la fin de ma lettre; maintenant je veux vous parier de vos commissions. Doflon, l'opticien le plus célèbre de Londres, ne parie pas mieux français que je ne parie anglais; mais nous avons été chez lui avec M. Dezach; j'ai non seulement expliqué vos intenlrons, mais j ai montré vos propres expressions sur l'étendue du diamètre, celle du foyer et le nombre de fois que la loupe devait grossir. Dollon a répondu qu'il était très difficile de réunir ces pro|)OTlions avec l'effet que vous demandiez; qu'il n*avait rien de fait ainsi, mais qu'il le ferait pour le mieux. 11 lui a fallu plusieurs jours; après quoi, il nous a donné votre loupe comme le résultat de son iravail^ pour lequel on lui avait laissé, écrites en anglais, les conditions «lésirées. Je vous donne ces détails non pour vous prouver que j'ai fait de mon mieux, car je crois bien que vous n'en doutez pas, mais pour vous consoler de ce qui est, par la difllculté dont il eût été que cela fût autrement*
Je vous apprendrai, pour vous réjouir d'antre part, qu'Eudora nous a reconnus h notre arrivée, quoiqu'elle fût couchée à ce moment et que nous lui soyons apparus comme en songe; elle m'a embrassée avec une espèce de sérieux mêlé d'affection, puis elle a fait un petit cri de surprise et de joie en apercevant son père ensuite. Elle s'était portée à merveille, sans te moindre accident durant notre absence; le lendemain matin, tout courant, elle s* est laissée tomber et a roulé sur Fescalier, de manière que je Tai crue morte et que je le suis presque devenue; déBuitivemeiit elle n avait point de mal, et
t*» Bo^, IV, O7; Daubau, M, 5o6: — utë. 6ït^9, foL û^i'ûh'À, — Madâoie liy|ao«l
n L^ccii 7 (wûî par crreuj*, c;ir le 7 aoiil 1 78 'j est un siiiiiali,
ni'
j*en ai été pour ma peur. Cependant Tami, à qui le voyage avait bit des merveilles, s*est trouvé fatigué au retour, puis tourmenté par un malheureux clou qui m*a bien attristée : je le fais purger demain avec les tisanes de l'ancienne ordonnancerai Je ne pense point à celui qui les a données, à la nécessité d*y revenir, à mon ami, h vous, à toutes les circonstances que cela renouvelle, sans m'aflecter beaucoup. D'autres vous le tairaient peut-être, pour ne pas vous affecter vous-même; moi, je sens que je partage trop ce qu'éprouvent nos amis pour ne pas leur faire partager aussi tout ce qui me touche, principalement en des choses qui deviennent presque réciproques.
Pour changer de thèse et faire contraste, je vous dirai que nous étions à ranger, emballer, etc., lorsqu'un chevalier est venu demander & me parler; c'était pour voir la maison; et, suivant le ton militaire, il voulait en prendre l'occasion de parler à la maîtresse. C'est un bonhomme au fond, mais dont les compliments et toutes ces fadaises que ces gens-là appellent galanterie m'ont si fort impatientée, que je me suis mise à vous écrire pour m'en débarrasser et le laisser à l'ami, qui n'aura [)as fini de sitôt avec un tel bavard. Enfin, dans un bon ménage, chacun prend sa part des fardeaux; j'abandonne celui-ci au plus fort. Ceci me rappelle une comédie anglaise i]ue j'ai vu jouer h Londres, et où l'on représente un petit-maitre français qui a beaucoup fait rire, à commencer par nous. Je ne vous entretiens pas du voyage, dont je suis extrêmement contente ; nous en causerons bientôt de vive voix, et ce sera bien meilleur. Nous avons employé notre temps comme vous pouvez l'imaginer ; j'ai pris à la volée celui d'écrire, et je me rappellerai toujours avec un singidier intérêt ce pays dont Delolme^*-^ m'avait déjà fait connaître et aimer la constitution^ et où j'ai vu les effets heureux de celle-ci. Il faut laisser crier les sots et chanter les esclaves ; mais croyez qu'en Angleterre il y a des hommes qui ont le droit de rire de nous. Je vous dirai des particularités de Lavater, avec lequel M. Dezacb a passé quehjue temps ^^^
Enfin nous voici sous le même ciel que vous, et vous aimant comme toujours, comme on fait en amitié, dont vous savez la devise : tLoin et près, hiver et été??.
^'^ Du père de Bosc. Voir Lctlns ana- demoiselles (Àitmet, ai dé-
'^^ Jean-Louis DHolnie, publicisle gënc- cembro 1 77G, 5 janvier 1 777, etc. : cf. lettre
vois (17/Î0-180G). Son livre sur la (^.onsli- h Bo8C du *i'] f(^vricr 1786, et Mémo'nrs, il.
tution (le rAnjleteire {î'j'ji) avail été une p. ia5.
Jes lecUnes assidues de Marie Pi.lipou. — ^*^ X'obVoifaffedWnjleterre, p. s8o-s8&.
IflINÉE 1784.
[\ BOSC, À PARIS"
1 Q août 1 78^1 ♦ — d*Ainîi*ns.
Inquiet sur nos santés ; elles sont si vacillantes, qu'en vérité ç est bien permis à nos amis; mais inquiet sur nos sentiments : je ne sais comment vous avez pu le devenir. Au reste, je conçois que de tristes exp/*riences que vous avez faites depuis quelque temps vous rendent plus soupçonneux ou plos craintif.
Je viens aussi de subir une épreuve qui m'est extrêmement sensible : j'avais une amie de Tenfance, la preuuére et la seule que j'eusse eue jaiiiais''^^ car je ne conçois pas qu'on puisse avoir plus d'une amie de conbance; les circonstances nous avaient rapprochées en m'élabbssant dans ce pays; elle est sur le point d'accoucher d'un premier enfant; elle se faisait une douce joie que je la visse mère avant mon départ, et une sorte de consolation que Tépoque où elle perdait la présence de son amie lui donnât un enfant que j'aurais du moins embiassé. Eh bien! nous sommes bi'ouillées à jamais, non précisément d'elle h nu>i, mais un mauvais procédé de son mari à mon égard que j'ai relevé vigoureusement, trop peut-être, car les gens doux une fois irrités sont pis que les autres, nous sépare et rompt notre liaison.
Sans cesser jamais de nous estimer, de nous chérir, toute relation est anéantie, et nous ignorerons maintenant ce qui nous arrivera h Tu ne et à l'autre. J'en suis affectée plus que je ne saurais dire, et d'autres misères d'ailleurs, qui ressemblent un peu à celle-ci, font que nous pourrions dire à peu près ce que vous exprimez dans votre lettre : qu'en une semaine vous aviez fait plus de ruptures que dans toute votre vie jusqu'alors.
Mais changeons de texte; le temps s'écoule &i vite et nous avons pnt de choses à faire qu'avec la \olonlé, le besoin de partir d'ici
dans quinze jours, je ne sais encore comment cela peut devenir possible'^^ En passant à Paris, Tami voudrait y acheter une voiture : nous désirerions beaucoup que vous nous trouvassiez quelque hasard avantageux; voici nos conditions, assez difficiles à réunir. Nous voulons une voiture à deux roues, un cabriolet qui se ferme avec des volets à glaces, dont l'impériale soit fixe pour qu'on puisse y mettre une vache s'il ne s'y en trouvait pas encore; assez grand pour qu'on y tienne quatre commodément, et tel cependant, c'est-à-dire assez léger, qu'il soit possible de n'y mettre qu'un cheval lorsqu'il y aurait moins de personnes. Nous avons déjà cherché à Calais, mais les cabriolets à quatre sont si lourds qu'il y faut toujours deux chevaux, lors même qu'il n'y aurait qu'une personne à conduire; et ceux qu'un cheval seul pourrait traîner rfe se trouvaient point assez grands pour qu'on y plaçât une banquette à recevoir la troisième et la quatrième personne. Il est constant pourtant qu'il y a des voitures comme celle que nous désirons : il s'agit de les trouver, en bon état, bien entendu; nous y mettrons six à sept cents francs ; mais ce n'est point cent francs de plus ou de moins qui seraient une affaire si le cabriolet était bien conditionné, à bonnes roues, bon essieu, bonnes soupentes, etc. . ., tels qu'on pût courir la poste à plusieurs, comme nous ferions pour nous en aller. Voilà ce que vous nous feriez grand plaisir de chercher, sans rien arrêter pourtant de définitif jusqu'à notre passage qui ne peut beaucoup tarder; mais il nous importerait beaucoup de n'avoir plus qu'un coup d'œil et de l'argent à donner, car il faudra faire encore à Paris beaucoup de choses en peu de temps.
Mille choses tendres à la chère sœur; nous vous embrassons corde et animo. Nous n'avons point encore de nouvelles de l'ami Lanthenas, que par conséquent nous espérons voir l'un de ces jours. Adieu.
^*) Tout ce qui suit a ëtë bifië dans l'auto- lui paraissait sans intérêt pour le lecteur,
graphe, sans doute par Bosc, qui, à un Ainsi s'expliqueront de même, sans que
moment où il songeait à publier celles de^ nous croyions utile de le redire, toutes les
lettres de son amie qu'il n'avait pas impri- ratures des lettres inédites adressées à Bosc
mées en 1796 , en retranchait tout ce qui que nous aurons à signaler dans la suite.
[K BOSC, À PARIS")
Vendredi, i3 août 178^, — [d'AmieM].
[Vous auriez bien mal jugé, en vérité, si vous eussiez cru que je misse assez d'importance à mon Journal pour répugner à vous le cornmuniquer; comme vous ne pouvez le priser que par intérêt de la bonne amitié, il est fort à votre service; mais aussi, comme il ne saurait être grand' chose pour autre qu'un ami, Je vous prie de le garder pour vous seul et je vous l'expédie par la première occasion. J ai pensé que ce serait vous faire vraiment plaisir que d'y joindre le résultat d'un voyage fait au même lieu, en 1 771, par mon bon ami; cela fut écrit au retour, cnrrente calanw^^^K Je fis sa connaissance en 1775; il me communiqua peu après et ce voyage et d'autres, et divers manuscrits; c'était en les lisant, tandis qu'il parcourait Fllalie, que j^écrivis la grande feuille isolée que vous trouverez et, ce qui est assez singulier, que lui-même n'a pas encore vue. Vous penserez que cette jeune solitaire qui étudiait son homme en le lisant commençait à ne le point haïr, et vous ne vous tromperez pas. Mais il pourra vous paraître plaisant que vous soyez le premier qui, après si longtemps, lise le jugement que je portais de sa personne en 1777 ^^^
Je lisais, dans ce même temps, on ouvrage de Delolme sur la Camtptntlofi de t Angleterre, et je vous enverrais aussi, si je le trouvais, l'extrait que j'en fis alors. Mais, au reste, l'auteur vient d'eu donner une nouvelle édition que j'ai vue à Londres, et que je vous hivite à vous procurer comme le meilleur ouvrage, au jugement des Anglais mêmes, sur leur gouvernement]
Vous trouverez dans ce paquet une lettre pour mon beau-frère, à
»'^ B08C, IV, 69; Daubao. U, 5û8; — ^*^ Vou' :\|ipemlîc<* E.
*^' Ce fragment ne se retrouve pas iiu ma* 6*ifik des Papiers Bohmâ où soûl rassemblés les écrits de jeunesse.
/lofi LETTRES DE MADAME KOLAND.
qui mon mari écrit et auquel vous l'adresserez : à M. R. d. LfM\ conseiller au bailliage du Beaujolais, à Villefranche.
EnGn vous trouverez encore quelques lettres à faire jeter tout simplement dans la boite de la grande poste.
Bonne et fraîche nouvelle de Tami Lanthenas, qui est arrivé ce matin en bonne santé, et auquel M. Broussonnet, qui! a rencontré chez M. Banks (^\ a remis, je ne sais pourquoi, vos lettres à M. de Vin et à nous. J ai tant à faire que je gribouille tout ce que je vous mande; croyez du moins que les expressions de mon amitié, pour être tracées en mauvais caractères, n'en sont pas de moins bon aloi. Adieu; santé, courage, patience, amitié, avec cela on arrive doucement et dignement au terme de toutes choses.
Vous observerez, ce que je suppose déjà entendu, qu'à notre passage à Paris nous vous reprendrons toutes ces bucoliques; ainsi prenez-en tout ce qui vous amusera d'ici-là.
k BOSC, k PARIS ('l
1 5 août 1 784 , — d* Amiens.
Avant tout, notre ami, et bien lestement, ayez la complaisance de recueillir à l'hôtel de Lyon toutes les lettres qui s'y trouveront pour l'ami Lanthenas, et expédiez-les-lui aussitôt, le plus vite possible.
^*^ Roland de Laplatière. — C'est le cha- commandé par Broussonnet et par Desach,
noine. avait reçu de Banks le plus cordial accueil.
<*^ Joseph Banks (ly/iS-iSao), le ce- — Voir Voyage d'Angleterre (éd. Gham-
lèbre naturaliste et voyageur anglais, prë- pagneux, III, p. 397-228); cf. Mémoire*,
sident de la Société royale de Londres. — II , 9 5 1 .
Il avait pour Broussonnet un vif attache- ^^^ Ms. 6989, fol. 9 45-9&6. — Toutes
ment, et, lorsque le naturaliste français, lesfois que, jusqu en 1790, nous inscrirons
proscrit en France comme girondin, per- conmieici <rà Bosc,à Paris », sans crochets,
sécuté en Espagne comme révolutionnaire , c'est que lautographe portera l'adresse com-
dut eiTcr de pays en pays, il lui envoya un plète : n\ Monsieur, Monsieur d' Antic, secré-
secours de mille guinées. — Roland, re- taire de l'Intendance des postes, à Paria «.
ANNKK 1784.
/ir»7
Imaginez qu'il veut nous jrmri' le tour de partir subifo, parro ijiiil est en peine de ce (ju'tHi peut lui avoir iriand^; je trouve mcillrur et pluH sage qu'il l'apprenne ici; il se décidera après. Sus donc, courez et faites partir. Autre chose, pour le même voyage, s'il est possible : faites savoir au libraire, M. Visse, qu'il garde Texemplaire de M. Roland de la dernière livraison encyclopédique, parce que, s il Texpetlie avec ceux de MNL d'Eu et de Vin, cela ne nous arrivera qu'au moment où tous nos livres seront emballés; il vaut mieux que nous leprtMiions à notre passage à Paris,
Vous avez fait une longue et jolie lettre à M. d*Eu, qui iiuus dil aussi que vous lui aviez écrit dans notre absence comme si vous ignoriez qu'il fût avec nous. Gela m'a paru bien plaisant, à moi qui v^uis ai écrit tant de fois qne je partais avec lui ttMe-à-lête pour rejoindre l'inspecteur sur la côte où Favait conduit sa tournée.
En vérité, on voit bien que vous déchirez vite vos lettres après les avoir i-eçues, et que vous ne les lisez pas deux fois. Venez donc vous phundrc ensuite de nen pas recevoir assez souvent! Mais je vous prie bien fort de ne pas oubber le commencement de telle-ci, et je vous donne un gros soufllet de deux de mes doigts pour vous y faire songer.
Vous aurez reçu mon fameux Journal et toutes nos bucoliques.
Aimez-nous un peu, c'est-à-dire fort et ferme, comme nous vous embrassons tous trois.
[\ BOSC, À PARIS f'I]
Mercredi, 18 tout 178/1, — [d'Aniiem].
Dans un cabinet délabré, au milieu de caisses, malles, ballots, etc., je ine dépêche de vous dire que Fami Lantlienas nest point parti hier, mais qu'il partira demain. Je ne sais où vous aviez la tète d'envoyer à Londres des lettres de change à recevoir à Paris; cette imagi-
f'^ Coll«-dirin MU'f^] Morrison, 1 M.
nation m'a paru fort plaisante , et l'histoire du pâté à la hride-^mfm m'a fait rire comme une folle.
Nous avons acheté ici une voiture, ainsi vous voilà quitte de la commission. Je crois que j'avais bien autre chose à vous dire, mais je ne saurais plus le trouver ; nous vous embrassons tous de grand cœur et bonne amitié.
[À BOSC, À PARIS (*'
95 août [17B&, — d'Amiens].
Un genou sur une chaise, l'autre pied à terre, mes bras sur un coin de bureau qui n'est plus à moi, je veux encore, mon ami, vous écrire un mot d*ici. Je vais quitter cette ville pour longtemps assurément, peut-être n'y reviendrai-je jamais; il m'est doux de marquer toutes les époques de ma vie par une consécration particulière à l'amitié. Recevez la réitération des assurances que je vous ai données tant de fois dans ces Ueux , et que j'aurai toujours à vous répéter partout où je pourrai me trouver.
Nous voilà tous disposés, la voiture est remplie; on la conduit chez M. d'Eu, où nous allons dîner, et d'où nous y monterons. Adieu ; je vais m*éloigner un peu de vous, mais pour m'en rapprocher et vous embrasser bientôt.
Recevez mes embrassements dès ce moment même, en attendant celui de les faire viva voce. Adieu; au plaisir de nous voir réunis!