A ALBERT GOSSE, [A LY0N
s janvier 1785, — [de Vilterraiicke].
Plusieurs mois se sont déjà écoulés, Monsieur, sans que je vous écrivisse, quoique je renouvelasse tous les jours, je ne dis pas le désir, il était constant, mais le projet de m'entretenir avec vous. Je veux du moins que les premiei^s jours du nouvel an soient agréables. Je vous ai fait part de notre changement de situation, dont nous nous sommes félicités à tant d'égards : réunion au sein d'une famille chérie, séjour fixé au pays de mon mari, facilité à jouir plus souvent des charmes de la campagne, rapprochement du lieu que vous habitez et plus d'espérance de vous voir quelquefois; voilà bien des motifs de joie. Nous les avons tous appréciés et sentis, les derniers comme les autres. . . ^
À BOSC, À PARIS ^'l
[Janvier ? 1 786 ] , — de Villefranche.
A vous, Monsieur le Parisien. Je suis tout aise de vous avoir trouvé ce nomlà; n'éles-vous pas bien pimpant, bien frisé, tendant le jarret, dressant la tétc, caressant le jabot, mystifiant tout le jour avec une voix de fausset, et
(•^ L. a. s., 3 p. in-4^ n'' 35/i4 de la collection Denlu, au catalogue de laquelle nous empnmtons cet extrait, — et n" ^793 du Bulletin 64 de la maison Jacques Charavay, qui donne Tindicalion suivante :
r Curieuse lettre où Madame Roland fait le ixîcit de son voyage en Angleterre , puis un bel éloge de la constitution de ce pays'^.
C'est ])robablonient cette mt^me lettre cpii
a figuré, avec cette brève indication : rL. a. s. à M. A. Gosse, janvier lySS", sous le n° 731, dans la vente de la collection Brissot-Thivars , ancien préfet (6 avril i854 et jours suivants, A. Aubry, libraire).
î*î Ms. 9533, autoffr. — Publiée en i864 par M. Dauban, tJtude, etc., p. lxxvii. (Elle faisait alors partie des collections de M. J. Charavay.) M. Dauban, eu transcri-
48â LETTRES DE MADAME ROLAND.
vous regardant au miroir mille fois pour une? C'est précisément votre portrait, dans le genre de Gallot.
Mais, à propos, dites-moi donc quelque chose du Lavatérisme et de vos progrès; vous ne m'en parlez plus, actuellement que je prends mieux que jamais intérêt à tout ce qui y est relatif.
Vous espérez donc exercer votre science sur ma figure? Je vous préviens que vous pourriez mieux choisir vos sujets, et que, si les choses continuent, c'est un télescope qu'il vous faudra pour distinguer les phénomènes de ma pleine lune. Etes-vous toujours bien maigre, avec un nez de bon cœur et une bouche un peu. . . Je ne veux pas dire! Rappelez-vous bien qu'un grand principe de notre maître est que la bouche indique l'état moral actuel, et que c'est là qu'on doit lire les progrès de la vertu. Vous autres, gens corrompus des villes, n'y verriez que tout autre chose. Adieu , car l'heure me presse, et je bavarde sans raison ; salut et amitié , bonnement et à jamais.
[À BOSC, À PIRIS^".]
Le 19 janvier 1785, — [de Villefranche].
Si vous (Hiez moins triste, mon pauvre ami, ou que ce fût pour de moins fortes raisons que celles dont votre avant-dernière nous donne connaissance, je vous gronderais bien sur votre dernière lettre, écrite au revers de celle de la comtesse ^^' et presque aussi sèche que la sienne. Je me bats l'œil de celle-ci; car enfin je ne connais guère la personne et il n'est question que de ses propres intérêts; mais ce qui vient de votre part ne saurait m'ôtre indilïérent.
Je ne sais pas mieux que vous les objets à traiter avec M. Audran, quoiqu'on en ait bien causé devant moi; il faudrait une liste détaillée
vanl l'adresse, a hi ou du moins a impriiiK^ ^'^ Ms. 6a ^g, foL 953-â5i.
d' A 8(ic pour (VA ntic. — La lelli-e n'esl pas ^*^ Voir lettre du i5 déceinbi'e 1784.
dat^, mais, en la rapprochant du dëbul Nous ignorons à quelle comtesse se rap-
de la lettre suivante, nous la croyons du portent les allusions de ces lettres et des
même temps. quelques lettres suivantes.
des questions h trailcr : travail t[ue mon omi lit dans le temps pour M. /Vudran vl doiil la minute C8t perdue dans une foule de papei'asses que nous ne remuerons peut-être de six mois. Mais je sais que, devant vous-nu^me, il avait prié M, Audran de s'entretenir avec vous des objets de ses recherches, et, d'après cela seul, vous étiex plus qu'autorisé à demander et causer.
Je ne vous répondrai rien sur Tarlicie des peaux : nous avons dit dans le temps conunent nous avons été induits à les ap[K»rter avec nous ici; au reste, il n'est jaunvis entré idée ou sentiment deniLarras dans la recherche ou la demande des moyens de vous les envoyer.
Vous ne m'avez pas écrit si vous aviez reçu deux quittances que je vous aï adressées en vous priant de les remettre à la personne charf|ée de recevoir mes petites rentes h la \ille "'; je vous les ai expédiées le 5 du courant.
Je ne puis avoir de nouvelles de Vinrennes; voulez-vous m'obliger de passer, dans vos courses, rur Suint- Jatquc.H-de- la- IhucherH' ^ chez M. Leclerc, maUre de pemion, et de vous y informer de mon oncle? Cest là qull descend quand il vient à Paris; il y a une chambre, et fou y saura certainement s'il est en santé on autrement. Si votre temps vous permettait d'aller à Vincennes et que vous y trouvassiez du plaisii\ je me flatte que vous n'auriez pas besoin d'invitation*
Savez-vous si t Ami des EnfafiiH^^\ par Berquin, est un ouvrafje qui aille bien au but? Je ne le connais que par les journaux, ce n'est rien savoir; ce n'est pas non plus par des fenmies qui Taiiraient lu qu'on pourrait en être instruit. Peul-étre M. Parault pourrait en donner des nouvelles; faites-moi le plaisir de lui demander ce qu1l en pense, et de me dire quel en est le prix.
Déjà Eudora s'amuse des petites lustoires : il faut que je les lui fabrique, parce que je n'en trouve aucune à sa portée dans les ou-
'^^ Mime l'hlijMui avait h ollo, pu si* rualinnl, 84o livres de i^nle (voir son couLral (II* iiiariagt*, im. 9'^'^Ji fol. i*ro-iâS). Ail- |pnr8(loUii?iiSo[tbip(]aiirieljlii j*'^iK>vfi libre
1771»), elle dit 53o livivs. Q\ MamireH^ i. II, p. t4o.
**-' f^ livre de Bertiuin venait d'être courann(* (178^) par rAcadr^jiiie franraisr.
vrages que j'ai pour l'enfance; j'aurais besoin d'être aidée, car il nest pas aisé de créer tous les jours du nouveau; d'ailleurs, en me les voyant lire, il lui prendrait peut-être envie de les savoir lire ellemême, et nous avons grand besoin de cette envie-là. Elle a acquis la connaissance des lettres très vite et en se jouant, mais, pour les assembler, elle bâille à chaque mot de si grand cœur, quelle m'en fait pitié. Dites, je vous prie, mille choses honnêtes et affectueuses à M. Parault.
Je suis seule pour huit jours au moins; mon beau-frère est allé voir à la campagne les pierres qu'on a tirées pour notre bâtisse ; mon bon ami y fait un tour, et s'en va plus loin pour une opération demandée par l'administration. Il y a quelque temps que ce petit voyage m'aurait donné des craintes, malgré son cheval et son domestique, à cause des loups assez communs dans nos bois.
Vous reverrez donc bientôt l'excellent M. de Vin, et vous verrez aussi M°*® d'Eu, brave personne, de douce société; je vous en félicite.
Jugez par ma lettre de toute ma confiance à l'antique amitié, et jugez aussi de la mienne par celle que je veux croire à d'autres.
Adieu.
Je reçois des nouvelles de M. Gosse, toujours honnête et digne républicain, d'ailleurs laborieux et infatigable. Il doit passer cette année en Amérique.
[a ROLAND, AU CLOS ''^.]
Jeudi, 90 janvier 1786, à 10 heures, — [de Villefraoche].
Eh bien, Monsieur, il ne pleut pas; qu'avez-vous à dire? Mais aussi lu ne pars pas; voyez un peu à quoi sert d'être sage!
Au reste, c'est une chose décidée, Eudora n'a point de frère; le lutin sent cela, je crois; il est plus diable que jamais,
<') Ms. 6339, fol. i32.i33.
Les petits abbi^s de ce pays sont d*une. maladresse inrroyable; bier il on vint un, à six heures du soir, rapporter certain livre prête lundi pour sa conversion; j*étais dt^jà au cabinet avec feulant cL la bonne; fabbé mit le livre à la salle et partit sans oser numler un escalier. Ne fait-ou pas des merveilles quand on va de cette allure?, * ,
J'ai encore écrit par la poste à M. P. ^'^; je lui dis que j'envoie après toi un exprès pour tâcher de lYniler un voyage inutile; que je ne sais si Ton t'atteindra, parce que tu peux être passé d'un bureau à un autre; que je regrette beaucoup quil n'ait pas été plus vite ou n'ait pas mieux connu la manière de ïyuiv d'un homme actif, comptant toutes ses heures parce qu'il les rem|>iit toutes de travaux utiles; n'apportant jamais aucun retardement aux alï'aiies de sa place, parce qu'elles sont pour lui de premier devoir, et n'établissant aucune marche qu'après l'avoir réfléchie. Que s'il n'eût été question que de lui ou de toi, ton lionnèteté t'eût fait prendre son jour, mais (|ue, s'agissant de fadministratiou dont tu étais l'homme, tu lui avais indiqué celui (pii convenait à Tordre des choses; que tu avais dû t'atlendre d'autant plus à une juste correspondance de sa part, que ce n'était pas imprévu et qu'il était convenu entre vous que tu l'avertirais du moment où lu pourrais te rendie a sa manufacture; que je désirais beaucoup que mon exprès t'atteignît, parce qu'il uie paraissait infiuiuient désagréalde qu'entre personnes honnêtes, quelqu'une eût le droit de se plaindre, et que je voudrais t'éviter jusqu'à raperru de ce droit dont la délicatesse n'aime point à user; qu'enlin il me paraissait qu*il laissait encore de rincertitude entre le samedi et le lundi; qui' sûrement il n'aurait pas trouvé bon tjue lu lui fisses perdre un jour par une semblable indécision; qu'il était vrai aussi que tu avais trop bien le tact des convenances pour manquer jamais à celles-ci, etc. Enlin je lui ai écrit d'abondance, très vite, et toute rem[die de ridé*^ de son importance mercantile et de l'humeur que nravaient donnée sa lettre
^*ï Nous n^avons pu fonipt<ftcr cette initiale.
et son exprès. Je crois que sa dignité marchande, ainsi traitée par une femme, se trouvera très compromise; ainsi soit-il.
Ho pigliato la^chiave; e la sera, alla cena il signer servo m'ba detto che l'aveva diniandato e che non si sapeva dove era : ho risposto che lo credeva bene, ch' era io che l'aveva in tasca; che lui avendo affari fuor , ed io dovendo fare quai che cosa dentro , io me ne era caricata : tutto fu detto. Sono ancora un pochetto gridata, per istanti, ma non è gran cosa; la sanità va bene; è forte la madré corne mai. Moi, je vais mieux aussi, car je ne me sens pas non plus d'humeur trop endurante pour les impertinents, ainsi que tu peux juger. Je t'envoie pantoufles, lettre et médecine, voire même un gros paquet que je viens de recevoir. Tu aurais dû faire une petite lettre de compliments à M. de Montfort t*'; il vaut mieux tard que jamais; l'histoire de l'indisposition est toute trouvée; si j'avais ta signature, ce serait déjà fail.
Porte-loi donc bien, afin que je sois tout à fait contente. Je t'embrasse de tout mon cœur, per lutlo, non so quanto exprimere. Embrasse bien l'excellent frère W; prenez tous deux un teint bien clair, un estomac de fermier général; mais gardez le reste comme il est Adieu donc! Ton diablotin crie, chante, court et fait de son pis, ou de son mieux; adieu encore.
Notre maman vient encore de se lever et descendre toute seule, à pas de loup, comme pour nous faire niche.
On envoie seulement de l'émétique; à la mode de ces dames ^^', je m'y connais moins qu'elles; elle disent de ne pas le donner s'il y a du dévoiement; puis, de mander quelle est à peu près la maladie, pour qu'elles donnent les médecines en conséquence : autrement, rien.
^^^ I^iiis Tolozan de Monlforl (1726- (*^ Le chanoine Dominique, que Roland
1811), prévôt des marchands de Lyon, ëtait «illé i-ejoindre au Clos. — Voir la leUi-e
frère cadet de l'Intendant du commerce To- prëcëdente.
lozan dont il a été si souvent parlé dans les ^^^ Les religieuses de Thôpital de ViH(-
letlrcs des années précédenlos. francbo.
ANNKE 17 85.
[V «ose, À PARIS'".]
:î6 janvier (17^/j) 17851 — [de Vitlefrand*e].
La comtesse arrive à Paris cnmiiie 011 arrive dans les romans, ol elle m'a Lien Fair d'agir avec les lioiuiues comme s'ils elaieot tels qu'on les voit dans les livres; au reste, son oulilî de lliotel de Lyon serait plaisant si! n était encore [dus adroit* Je lais pari de la nouvelle à notre excellent ami; raconlez-iions un |Hni ce <|ue vous apprendrez par la suite. Nous connaissions le discours en cpiestion sans savoir quel était son auteur; nous y avions trouvé île respril, quelques vérités, souvent de rempliase et de la pure flalteiie, sans ('oiiqiler un peu de (jalimalias.
ïiû bien reçu la ledre de Vincenues, qui m'a fait fjrand plaisir; je voudrais que des abeilles vinssent aussi dans quebjues-uns de nos plafonds à la campagne, comme elles se sont logées chez le chanoine de Vincennes.
La raprilication est une partie ahsidument étrangère au travail de M. HhL [Roland]; elle ne pourrait s'y joindre sous aucun Kq)|>0!l : cela convient absolument a M. Tliouin'-l
Que devient votre ami Deslontaines^-^^ parmi les sables de TAlVique? Va le petit roi nègre? Lavez-vous vu? Mille choses bijunétes à M. La-
^'* Collection Alfred Mnrrisnn, 1 foL II y a ijS^t dans Foriijitial , inais r'esl par une de L'es distreclions fret] uen les au di^Lnl d'une année. Les rapporls de ceUr" luUre «vec celles qui |iiL^ct'deiil pronvenL qn il ]*;ml lire tySô. iruitleui-s, LonLhenas, vu janvier 1784, n^élait pas dudetir en médecine et ëlail k Paris.
f'ï André Thouin (1747-183^), alors jardinier en chef du Jardin des Plunîes, mais dip Imlanisk celeWe. H allail i^lre»
en 1786. de T Académie des îviences. Grand umt de Boî»e, de Lûrévellière-Lt^peanx , uMé avec eux an nionveiiienl de la RtHolidiiin, il se j*e trouvera dans la suite de !a (jormspondante.
^^^ René Louiclie-Deslontaines (175ai833), liotaniîite, riiembre di^ T Académie dea sciences (1783), tpii faisait a ce momenl-Iii (t 788-1 78^») son c*^lebre voyage d>\ 1*1 r> ration scienh(i*pie dans la Rt^gence t\i^ Tnnis.
manon. Bien des femmes vous diraient que vous êtes un maladroit avec votre y^. . . jm reste là. Moi, je crois que vous êtes discret et j'ai la méchanceté de. . . oh! je ne veux pas dire non plus. Adieu donc. Cette petite friponne d'Eudora a beau voir lire et écrire, elle n'en bâille pas moins sur tous les livres.
Rappelez-nous à M. Parault et faites-lui nos amitiés. Adieu encore; joie et santé, amitié toujours et par-dessus tout.
Je ne sais comment j'allais oublier de vous dire que Fami Lanthenas a réchappé de la mort, à la campagne, un pauvre malade que les médecins avaient abandonné depuis cinq jours (*).
[k BOSC, À PARIS ''^.]
3i janvier 1786, — [de Villcrraiiche].
Le début de la lettre est de Roland.
J'ai bien reçu et je compte faire un bon usage de la recette de teindre le bois à la suie, puisque cet ingrédient vaut mieux que le brou de noix; j*en remercie beaucoup et bien fort et M. d'Antig^^^ dont Eudora a souvent lu le nom, et M. Audran. Maintenant, si ce n'était pas abuser de la patience, complaisance, etc., j'aurais bien deux autres choses à demander : choses dont nous avons grand besoin, et sur lesquelles je ne puis espérer d'instruction que de Paris. La première serait le moyen quelconque de faire un ciment pour couvrir une grande terrasse extérieure , mais sur voûte , de manière que Teau ne la pénètre point. Cette terrasse règne tout au long devant notre maison de campagne; elle a toujours été recouverte en pierres de taille, mais la pierre ici n'est pas très bonne; c'est un grès calcaire, sujet à s'écailler, se fendre, se déliter: d'ailleurs, quelque ciment qu'on mette entre les joints, en un an ou deux
('^ Ces ti'ois lignes sont biiïées dans pondant à toutes les commissions données
rautograplie. pour Audran, Dezach, etc. . .
^*^ Collection Alfred Morrison. — Voir aux ^'^ On devine que Rose avait signé sa
Papiers Roland^ ms. 6a4i , fol. 275-976, lettre en majuscules , pour se faire lire d'Eu-
la réponse de Bosc, du 9 février 1785 , ré- dora.
riierbe y pousse, puis i'eau pénètre; c'est une misèi*e» sans compter la nialproprêt»;. Nous sommes à vingt lieues d*aûcune sorte de |>ouzzolane. NV auniît-ÎI poinl quelque terre battue, coruljînée avec du mortier, de iu rhaux, car le [dâtre ne vaut rien a leau, quelque mo}en connu [mur 0[>erer ce [jrand cnuvre? La terrasst» de Saint-Etienne, qui est le ciment de Loriol, a lant et lant été imitée sans succès^ qu'il ne faut plus simyer a ce moyen. Oblryez-nioi d'en causer avec les Faujas, Lafage'^ ou autres seniblables.
La seconde serait un moyen» bien connu h Paris, de teindre lustre, en manière de vernis, les carreaux d'une chambre. On a vu à Paris des appartenients très habites, dont les carreaux étaient ainsi coloriés et vernis, *[u*on ne cirait point par conséquent, et qu'on réparait seulement une fois Tan et à très peu de frais.
n en est de ceci comme du galon (ju'on donne, on n'en saurait trop prendre; en conséquence donc,] ai encore un, puis un autre service à vous demander. J*ai bien, comme les autres aboimés, reçu le Jourmd de Frattrv tant que Tannée 1^84 a duré, et je n'ai à répéter à cet égard si ce n'est la table, en trois feuilles, que les autres ont reçue, et que je n'ai point; cette i^ible m'importe fort et je désirerais tout aussi fort qu'elle me filt envoyée. C'est fabbé Fontemiy^^^ qui est auteur ou rédacteur, et un autre Fonteuaj qui est l'expéditionnaire; j'ignore sa demeure que vous saurez aisément.
Voici une double et lière — si long est être fier — épîlre, pour Tbonoraire de Zacb : lolk et lefft*, puis (Utdule via*
Je joins ici un petit mot pour iM. Audran; il me serait bien didicile de vous expliquer positîven*ent ce ([ue j'attends de lui; je lui ai demandé et j'en espère beaucoup d'observations sur la manière de faire les couleurs composées; quelle couleur doit être placée avant telle autre, comment s€ font ces couleurs, pourquoi tel ordre dans les procédés, dans les opérations; ce qui résulte en tel ou tel cas. Ainsi donc, le plus possible d'observations sur la nature et rdlet de chaque ingrédient, considéré comme agent ou comme colorant. Je trouve moimême tout cela très vague et je ne puis Téclaircir que tpiand i\L Audran, ayant fait un travail dont il parait s'occuper depuis longtemps, me l'aura commu-
''^ Antoioe de Laf^ige (fj^h-iBoû), agro- ^*^ Voir, sur te Jour mû général tk France ,
iNHiie. — Faniii ses travaux, la Biographie une note de la première teiti*e du 9 avril
Habbe iiientioQne pfédséiuent un tf Mémoire 178-'!. — L'abbé de Fonteuay (i y^y-j 8i>(>)
sur la construction des cuves ^ foudres et i^tait un jésuite lettré , connu ausMÏ par son
citernes en mamnnerie'^. Dictionnaire des Arii}tk\^»
nique 9 que je l'aurai combiné avec mes petites connaissances et mes grandes idées. li me faut des matériaux d'avance : ce sera de ces premiers travaux , de mes objections et des réponses que ressortira un plan, maintenant confus, et si confus que je n'en entrevois encore que le possible. Mais causez-en, vous en savez déj^ autant que moi, bientôt vous en saurez davantage.
On dit que les Anglais nous ont pris un vaisseau, qu'ils n'ont pas rendu Pondichéry, que nous allons avoir guerre avec eux, etc., etc. Qu'y a-t-il de vrai? On annonce partout trois gros volumes du Necker^"^; qu'est-ce et qu'en dit-on^ J'ai tant vu faire et vu faire tant de sottises à cet homme-là, qu'il me paraîtrait bien étonnant s'il n'en disait pas beaucoup dans trois volumes.
Madame Roland cootinue :
Je ne laisse guère partir les expéditions amicales sans y joindre mon mot; à vous donc, dont la dernière épître m'a fait encore plus de plaisir que les précédentes, salut et amitié. Et je me rengorge déjà des coups de chapeau qui ne sont plus pour moi. Patience! Il y a des plaisirs pour tous les âges.
Je ne vous tiens pas quitte pour mes quittances; il ne s'agissait pas alors d'autre chose que ce que vous avez fait, mais, à la fin du mois prochain, je vous dirai le reste.
Adieu, souveuez-vous, du moins par ricochet y des père et mère d'un joli enfant qui épelle votre nom et qui apprendra d'eux à vous aimer aussi.
Ce qui suit est de Roland.
Les arrangements que j'avais cru prendre n'ont point réussi pour cette fois, mes affaires ont traîné en longueur et le besoin d'argent me presse; on m'offre de faire passer à Paris mes quittances. Je préfère à tout de vous les adresser : tel est l'effet de ma confiance; je vous prie donc de prendre une voiture et, tout uniment, comme chose raisonnable et juste, d'en déduire les
^'^ Mémoires secrets , 97 décembre 1 786 : en trois voluinos. « Cf. ibid, , 1 8 janvier 1 786. «tM. Necker vient de faire paraîti'e un livre — Fin janvier 1785 , on en avait déjà vendu de ¥ Administration des finances de la France, 1 2,000 exemplaires ( Rocquain , p. A 1 9 ).
frais sur la samiiK^ à recevoir, de vouloir \mn me prendre une rcscription sur Lyon et de mo ladrcsser ici, ii Villefraiiclie, en Beaujolais. Salut et béiKÎdicliori.
[À BOSC, X PAIUS^'^.]
g février 1788, — [de Villefraiiclie].
Vous voyez ijue, si ci» n'esl par nioi^ du moins pnr un tiers je vuiis reods \n monnaie de votre piere, et que je vous envoie aussi de la cmnksse. Il me paraît (|ue vnns lavatériitn hum avec elle, et (jue vous avez h parcourir un vaste champ pour robservaûon. Vous devez être maintenant un habile; dites-moi donc ce que vous avez découvert ou reconnu sur nos portraits; je suis curieuse de voir si vous adressez juste, et surtout ce qu'accuse mou visage. Vous avez peut-être un peu brouille l'idée de roriginal; vous n'ctiez pas docteur en pbysiognomonie ijuand vous pouviez le considérer, et le voile est aujourd'hui de cent lieues d*épaisseur : mais j en saurai d'autant mieux si nos portraits sont bien faits. Parlez-moi donc franchemeal à ce sujet; je ne puis cependant m*cmpêclier de vous dire d'avance que vous êtes un bien mauvais écolier de LatmlPi% ou rpie les portraits en question sont bien peu ressemblants, si vous n'y trouvez pas les caractères qui promettent de bons amis. Je croyais vous avoir écrit que l'ami Lanlhenas s'ocrupall fort et qu'il m avait chargée de vous dire que vous ne vous étonnassiez pas d'être un peu de temps sans recevoir de ses lelires; 11 nous a aussi laiss(^ passer douze grands jours sans nous écrire. Nous avons reçu les deu\ traductions de rcxceltent M. Porault* La première est encore à ma porti'e; mais, pour Taulre, je ny suis plus : Il faudrait pouvoir dire avec Sw»Mlenbourg : «Je lai vu, ce monde intellectuel! n A propos de voir, notre ménage est fort mal pourvu de moyens; nous avons tous mal au\ yeux, grand'mère, deux lits et bru, nous avons tous rougeur, cuisson, picotements; c'est ranii qui en souffre davanlage dans ce moment. Au reste, nous n'avons pas ri comme vous; nous ne sonmies pas si gais quand nous n'y voyons goutte, et nous sommes tentés de nous ennuyer.
Tin*z-vous comme vous pourrez de ce moitié propre ot moitié figuré; je suis quelquefois portée i faire aussi du galimatias conmie la comtesse.
f') Boise, IV, 79;Daidian, 11.5 iK.
/I9â LETTRES DE MADAME ROLAND.
Il faut pourtant vous dire au clair que vous recommencez à devenir aimable : cependant vous êtes un peu fanfaron, mais passe à votre âge! Et puis, s'il fallait tout relever de cent lieues!. • . Au bout du compte et tous fagots à part, nous vous aimons bien et vous embrassons de même. Je ne sais comme vous avez passé votre carnaval; moi, je suis d'une sagesse à édifier toute la ville; et il le faut bien au moins, car la belle-sœur d'un chanoine fort régulier, qui ne ressemble point du tout à ceux de la capitale, est obligée ici, sous peine de scandale public et particulier, d'être aussi régulière.
Notre Eudora, nos petites délices, croH et raisonne autour de npus. A cet instant, elle fait une petite moue toute jolie, en cherchant à nous embrasser, après avoir reçu du papa quelque touche sur les doigts qui venaient tout déranger sur nos tables. Elle répète votre nom et demande quelquefois à relire ce .que vous avez écrit pour elle. Vous ne me dites rien de la chère sœur; rappelez-nous entre vous deux, et n'oubliez pas, au milieu du changeant Paris, vos amis immuables. Adieu.
[À ROLAND, À LYON^'l]
Mercredi, 16 mars 1785, — [de VilIeCrancbeJ.
Que les nouvelles me font de bien, mon cher bon ami, mais que les yeux me tourmentent! J'envoie chercher de la petite pieiTC pour te procurer un peu de soulagement. Tu me ferais plaisir de consulter M. Colon (^) en lui faisant connaître ton tempérament; il t'indiquerait peut-être quelque chose d'efficace, et dans tous les cas il serait bon d'avoir, à petite distance, un homme habile qui te connût bien.
Je suis mieux disposée que dimanche; j'ai repris de l'activité. Ne t'inquiète pas de ces alternatives : ne les vois-tu pas quelquefois? Elles n'ont jamais d'effet redoutable.
J'arrive à l'instant de chez M"*^ Préverot^, à qui j'ai été rendre ma
^*> Ms. 6339, fol. i34-i35. Lyon, 178^). — Il demeurait rren face de ^'^ Baiibëlemy CoHomb (1718-1799), rArchevéché^», cesl-à-diro «k jH-lile disprofesseur au Collège royal de chirurgie de tance ?î de Roland. Lyon, membre de T Académie (. 4 /wa/wcA de ^^^ Lire Pvéveraud,
visite et Finviler* dans les i('*gloïv, ainsi ï|iie belle-mcre el mari. Ne seras-tu pas bientôt de retour, puisque riiiteodanl est parti"? Ou Ta
vu
|>asser
ici hier.
Envoie dire, pour mes cliilTons, que le derrière rfw hounet mil hieti garni en gaze pendante ^ c'est neceasaii*e pour uies cheveiix, et j'ai oublie de l'observer.
Je vois bien que la queue des alFaîres et rAcadeniie^*^ et ses gens vont te retenir encore. J'ai fait envoyer les notes de Itome avec une lettre, le tout par M, dVntic.
Jai écrit à M. Blondel,etje finis en lui disanl : «Je me trompe qneiijtteffm, mtm je nai point de distraction muez forte pour garder, et garder phn (tnn an^ un effet qui ne mappariietii pan. Uexaciiiude de M. de Iji PU. I Piadère] n'est pas moins opposée à une telle négligence ■■^K n
J'ai écrit à son set rétaire, l>ien et ferme. J'ai écrit à M. Valioud, ionguement, amicalemeut, et je le uiets au fail de la bévue et des circonstances, afin qu'il ait Fobjetsous la main au premier mol ou qu'il en parle à M. ïolozan, si! le juge meilleur,
Tai trouvé PombretouW et sa femme, iête-à-tète; ils nronl beaucoup parlé du Clos, de petits biens des environs qui auiaient pbis d'agrément, etc. Je suis convenue que nous pourrions éhe tentés d'une pelile maison, si cela se trouvait : ils ont leurs avis, mais sur des choses éloignées ou trop considérables. Sur tout cela, j'ai été vague, avec l'air de tout dire, comme il faut dans la société.
Ncjus avons vu GaHois lils^'^ grandi, grossi, de Taii* d'un homme, mais d'un lionime lent el euqiitté, s*enuuyant de son état et n'ayant rien de ce qu'il faut jjour en soi tir. Il est allé voir sa mèi^e et se nion-
^** Jean* Antoine Terray, qiii^ en octobre 1 786 ^ avait remplace M. «le Flf^aelten h l'Iritentlancc de Lyon» — Neveu et liérilier de V&hhé Teri'ay , il fut guillotint^ h Paris , le «ë avril f]^h,
^** Rolanil , ifaliorii auùeié de rAcod(^mip de Lyon, avait éié nommé acadëniirini mdiuaireX^ 3o uovembi'e 178^*
''^ C'est sans doute h celie alFaire ovec BloudH , f|U(* nuuH ne whuïw^s pas d'iiillpurs r»ii rnositrf* «rt^'laireir, que m rapport*' le passajfe de l*i lettre «uivaoti* iln i8 uiarn, où il est <pn?îîtion de Miki.
'*' IVi'veruud.
^' Voir une uole de jy leUre «lu K août
trera encore ici à son passage très prochain; il va rejoindre, et il a ordre pour le i*' avril.
Ce bon Despréaux est toujours le même : toujours sensible et aimant; je lui écrirai quelque jour.
Autre affaire, dont il faut bien s'occuper aussi. J*ai combiné mon dîner, mais le froid rend tout rare ici; il faut tirer de Lyon :
1^ Un bon lapereau pour mettre en terrine;
a*' Une anguille d'au moins deux livres, ou bien, si elle était par trop chère, deux anguilles d'environ une livre et demie chaque. La première serait mieux, c'est pour accompagner le lapereau;
3° Une douzaine de bécassines, pour la seconde terrine;
4** Trois beaux pigeons pattus à rôtir, ou, à leur défaut, un canard sauvage.
Il faudrait que Saint-Claude cherchât ces objets et qu'ils me fussent envoyés tout au commencement de la semaine, ce qui pourrait se faire, même dimanche, par Bresson^^l A moins que tu ne comptes toujours renvoyer alors Saint-Claude. S'il vient aussitôt et qu'il doive retourner te joindre, il n'apporterait l'anguille qu'à son dernier voyage; mais il s'assurerait des moyens d'en trouver, parce que je ferai fonds là-dessus;
5° J'aurais aussi voulu des écrevisses pour entremets; si elles sont petites, il en faut un demi-cent; je crois que c'est au compte qu'elles se vendent;
6° J'ignore le prix des truffes noires, fraîches; s'il n'était pas exorbitant, j'en prendrais pour le pendant des écrevisses.
Si quelque chose vient par Bresson, il faut surtout ne pas oublier l'adresse, qu'on mettrait sur un panier bien ficelé où serait la marchandise.
Ne le donné-je pas là de jolies affaires? Ménage et chiffons; c'est bien spirituel tout cela !
^'^ On verra, par les leUres suivanlos, que Bresson était le voiturier de Villefranchc âi Lyon, et réciproquement.
Eudora est plus ilouce aujoiirdlmi; hier au soir, j'ai pleuré devanl elle du chagrin d'avoir toujours à gronder : elle ne savait re que cela voulait dire; elle est venue me caresser, je lui ai dit beaucoup de choses dont elle n'a senti que racceut.
Je suis un peu eu doute d*inviter M"'"' Gbrl[Gîliheri]^'^ pour acquitter tontes ses invitations.
Il se fait Uird; on m'apporte enhu la petite pierre que je vais mellre en pondre pour moins d inconvénients,
Addio, caro niiu; il fratello fahbraccia; nii pare un poco alTalicato; ho invidia per lui di vedere la pascha, Addio ancora, vivo lui la in te, anima mia.
J ai pensé que les mémoires de M, d'Everuayt-^ ne te serviraient pas après le départ de Flntendant, et qu'il le reste assez de travail; ainsi je les garde.
[À BOSC, À PARIS t'I]
iti tiini's i78r», — [lie VilMratirhe],
[Ejjalité, constauce, voilà ce que vous retrouverez cliez nous en tout temps, et ce que vous priserez un jour plus encore que vous ne hutes peut-éire maintenant. Revenez à de tels amis sans crainte; ils ne vous sauront jamais mauvais gié de vous être montré tel que vous étiez en ellel. Vous vfuniriez donc vous entrel(»uir hîen lonfjuement? Et i\\%\\, dans la dis|)usîtion où je vous croyais persévérer ohslinénient, j'avais pris la résohition de ne vous écrire fjue Irùs brièvemeîil, jnsqu^à ce que le temps vous rendît tel l\ notre égard que j'ai toujours espéré
f *^ Giiiheï'l , avocat en la st^néchanssée rip Villefranclie {Alnmnmh de Lyon , 178 A ).
'*^ I^ subdélëgué (le riutemlaiii h Thuy s appelai! Desvcmay. Mais nous eroyojis plutôt qm» Marïame ISolanrl parle ici (fna mamifacluner de Thijiv. «M. DesveriKiv*
LKTTAHâ tlK llAOâMe hOLAMI.
celui lies fal»ricanls tïu lîeaujolaiîï doul le romnierce esl le pltis i^lemlu»*, dit Ritlaml (liins ^^un lïkiitmnmre tirs. Mtanifficîmrs , L [| , Sup|ïi<5iiie[iL, p. hS.
t'J Bosc. IV, 80; Daiibaii, II. 53o;
que vous reviendriez. Gloire au ciel et paix sur la terre, s'il est vrai que je n aie plus à agir suivant cette résolution que je ne faisais que (le prendre! Avez-vous bien reçu toutes les lettres que je vous avais écrites? Une très ancienne qui en renfermait une autre pour la chère sœur? Une plus récente avec une petite à l'adresse de mon père?
Je vous envoie cette fois des papiers pour M. Le Monnier, peintre^ au ((Petit Saint' Antoine -n, rue duRoirdeSicile. J'ai pensé que, si vous n'étiez pas empressé de faire connaissance avec un homme auquel nous sommes liés d'amitié, du moins vous verriez avec plaisir un artiste estimable, de mœurs douces et aimables, nouvellement revenu d'Italie, où il s'est arrêté longtemps. Mais pourquoi vous exprimer un doute triste et fugitif, sans vous avouer le sentiment qui le corrige? Oui, je crois encore qu'une personne qui vient de nous voir depuis peu, et avec laquelle nous sommes en liaison, par cela même n'est pas pour vous sans intérêt.]
Je lui dis qu'il pourra quelquefois vous remettre ses lettres pour nous. Si je suis indiscrète de quelque manière, dites-le-moi sans façon.
J'ai reçu la lettre de M. d'Eu, auquel je ne suis pas peu embarrassée d'envoyer les ArU^ prohibés de NeiifchâteL U y a un peu de temps que je n'ai eu de nouvelles du bon Lanthenas. Je ne puis m'enipôchcr de souhaiter que Theure de son père arrive avant qu'il s'éloigne ^*l Mon bon ami est à Lyon ; j'attends de ses nouvelles.
[Eudora croîten force, bien mieux qu'en science et sagesse; elle est très vive et très dissipée, quoique élevée très seule : c'est un vrai lutin donl. le robuste physique aura besoin d'un excellent moral; elle a toute l'intelligence cju'on peut avoir à cet Age, s'accommodant de tout, même de pain sec en punition], quoiqu'elle soit fort gourmande, et riant parfois de la prison lors(|u'une bonne opinii\treté la lui a value.
( Beauniarcliais, à Saint-Lazare , a l'air d'une antitlièse bouffonne : on ir punit en écolier, il se vengera en renard ^^\
^'^ Ijanlhenas avait eucore au Piiy sou 3i août 1786, eî soupèiH» le a4 aoùl 1787. pt*re et sa mère. Sa iiw'ie ne niourul que ie ^'^ Beaumarchais, i>OHr avoir liposté vi-
un
On m'ainH'lli'; iulioii, je reçois vos embrassemcnb el je finis comme [voas, Mo corde]
[À ROLAND, À L\0N'"
Vcnclriodî, t8 mars 1785* a 9 liciirci* après midi, — [de ViflcfmnclioJ,
Ulaiit que je le consacre le lenips que la mère nie donne; elle m'a ennuyée de quelques histoires qni ne nie reyarrlaient jias directement, mais à peu près, et, comme j'ai pris maintenant mon parti fort roi<le de ne ])lns me laisser cliiflbnner les oreilles, j*ai pris anssitât mon ouvrage, sans mot dire, et je me suis en allée de même. Me voilà donc à deux heures au cahinet^; il y fait soleil, le temps est Leau; ton frère est allé prêcher les dames de THôpitalW, Toi, tu es à table quelque pai*t; digère bien, dors de même et guéris tes yeuxl Tu auras reçu la petite poudre et nies demandes ifopitoyablesde ménage; j'espère avoir ce soir de tes nouvelles, et je les attends avec impatience.
As-tu envoyé comme je te disais à l'auberge de Bressou? Je Tai cliai'gé du falot auquel j'avais joint une lettre dont j'oubliai de te parler dans ma dernière. Je joins ici une petite lettre pour M. Lautlienas; tu la lii'as et lu verras ce qui raccompagne; tu y ajouteras sans doute ré]>nnse à sa demande relativement à M"'*^ Cj|iev[andicr] et à Texpédition de ses livres anglais, rajoule une lettre, reçue d'hiei", de M. de V[in], lettre qui me paraît aussi ^ciorm que celle de ses confrères; puis une autre- (hilée de Bellernrhe''^', ap|H>rtée ce matin juir Vin-
veiiient a un ciiLicîc itii Journal de Paris COI lire Figaro (arlicle ilotil i'aytcur, disatlun, n*éhiil autre que lu corn le de IVovence) , avail éU* enfemu^ le 9 inaj-s h Smnt-L^azai^, oii il ne resia d aiileiirs que six joui*s. — Voir Mhnoires secrafs , 11 rimi'B 1785. Cf. Loi» '/nie, Utftumnrcimis et son temps, I. 1!, p. 367.
«'; M.. \W,hu toi. i3(i-j37.
^'* C'est-à-tlii'e au second etfige. — Voir leLlre du 10 janTOr 1785.
^^^ Boni y était direclf^nr sjnritiie! nu niirncinier.
* ^' Pi'nl)ableineiil lîelleroche , ^vo^^ commune du He^tnjnlriiH (arlnelleiiieid ihna le dq)i')i1enevnl «te hi LuU'e. CîiuNmi dt? lit'lnrojiiji où il y avtiit un lmr«?au pour la uianjue îles» toiles ni no, \k\v cniiiw^jueut , IloUuid avait
cent'*} qui venait de la recevoir d'un voyageur de Beauvais; en6n, et c'est le meilleur, une lettre de Panckoucke qui demande le frontispice et t'envoie un mandat pour réponse à ta demande de sa traduction; il s'exécute de fort bonne grâce.
La femme du brave F[lesselles] (d'Amiens) est heureusement accouchée d'une fille, et M°** de La Morlière^*^' est hors de danger; il^^' continue de beaucoup vanter Yélixir. Il a reçu la lettre et le mémoire que tu lui avais adressés à Paris; ta dernière lui a été renvoyée à Amiens. Il attendait à te faire part du résultat de ses sollicitations; il a été joué par le petit chat^'^'^: tu te souviens de mon petit chat. Monseigneur, qui est vendu à M. d'Angivll. [Angiviller]'^'; enfin il attend encore cet arrèt^") tant demandé de (fsoit communiquée); M. de Vg. [Vergennes] protège aussi celui de Rambouillet. Fl[esselles] na pas l'idée de l'affaire de M. de L' Aubépine"').
Rien n'est décidé de l'affaire Bergevon^^\ tu te rappelles quel en est le rapporteur. Je n'ai pas voulu l'envoyer sa lettre, crainte d'accident; si tu le juges nécessaire, je lui en accuserai la réception, en attendant que tu lui répondes avec détail. J'ai envoyé le paquet de l'ami Lant[henasj à M. d'An[tic]; j'ai répondu à mon père, à ma cousine ^'l
affaire. Madame Roland ne peut parler ici du petit château de BeUeroche, aux portes de Viileiranche , où habitaient les Châtelain- Dessertines (il appartient encore k un de leurs descendants), et où nous verrons plus loin qu'elle voisinait (Icttredu 1 8 mai 1 786 ).
^'^ Vincent devait ^ti-e, connue Biwson, un voiturier-connnissionnaire entre Villefranche et les villos \oisines. — Voir lettre du ao novembre 1785.
^*^ Jean -Baptiste -Jacques Delamorlière (17^0-1819) était un riche et intelligent teinturier d'Amiens, beau-frèi*e de Fiesselles, associé à pres<[ue toutes ses entreprises, et fort lié comme lui avec Roland. — Voir Appendice 1. Cf. Biographie de la Somme, 1 835- 1887, îj vol.
^'J Flesselles.
^*) L'intendant du commerce Biondel. — Voir lettres de mars-mai 1784.
^^^ Charles-Claude La Billarderie, comte (PAngiviller, directeur général des bâtiments, jardins et manufactures du Roi {Alm. royal de 178/1, p. 546).
^'^^ Probablement Ta mH du 18 mai 1786, accordant à Flesselles un privilège pour sa machine à filer le coton , et dont il n'aurait pu encoi*e obtenir Texpédition. Roland Ta imprimé dans son Dictiomiaire des moHu/actures , t. 11 , p. 3 1 1 .
^'^ M. de LWub^^pin, — inconnu.
^"^ Bergeron , — incoimu.
^•^ M"' Trude, — car M"' Desportes ctuil morte.
respère commencer incessamment les copies de mémoires, ctc. J'ai dît à M. if Ant[ic] que ce serait le moment d'envoyer un petit effet sur Lyon.
Je n'entends pas parler de Tabbé Laurent ^'^, qui sûrement enrage du mauvais temps. L'abbé P, [Fein] revient très souvent; il disait, Tàutre soir, en parlant des deux futures quêteuses, que ce serait le méi'ite et rintrifjue. Noie que son frère voit beaucoup cette dernière et me paraît fort bien dans Tesprit de son mari, qui, dans ma visite d'avant-hier, me vantait beaucoup Fespril et Féloquence dudil sieur'^l
Si tu avais le temps, tu pourrais écrire un mot aux deux bénédictins : à celui de Crespy, avec lequel je me suis toujours croisée; h celui de Lougpont, dont je suis étonnée de n'avoir pas trouvé de lettrejoinle à celle des Despréaiix, père et (ils, j>arce que je me ressouviens que Platon nous a écrit, le mois dernier, que nous avions dû les recevoir par le prieur.
Tu ine diras que c'est mon affaire: mais j'ai bâte de pa.sscr enfin aux copies; il me semble que j'ai fait bien des lettres ces jours-ci et que j'ai besoin do changer d'occupation; ce n est qu'avec toi que je me régénère.
Saint-Claude arrive avec toule la pacotille; tes yeux vont mieux, voilà une bien bonne allaire. Toutes celles que tu m'envoies me paraissent bien belles et bonnes, ce n'est que trop in magnis^ et pour le compte je ne me suis jamais trouvée à telle fête. A prendre dans le détail, je voudrais ôler et je ne sais où. Pour ne pas s éloigner de mes inlentiims économiques, il aurait fallu clioisir les matières, restreindre les dimensions en les prescrivant et les voyant prendre; c'est ce que je te promets de faire une autre fois; voilà mon école faite en bonne ville, et je saurai qu'il faut y serrer le bouton aux iriarcliands quand on ne veut pas trop dépenser. Ainsi donc, je m'en accommode; il n*y a point de
''^ Nicolan Laurent, chanoine de la CAiliégiale de Villefranche ; |juitlotiri<^ h Lyon , le h îévnev 179A.
^*^ H semble, en (•approcluint ce passage Je la lellj-e précédente du lO mars (à 1U>-
land), que Madame Rdantïel M""* PrtHerand devaietil quêter eui^emble h Tt^glise, et que l'avocat J,-B* Pein, frère du diatioinc, éliiii en aussi bons termes avec M"'* Fî*éveraud qu'avet! son mari.
reproches à faire parce que tout est excellent et beau, seulement trop pour moi; mais je n'y retourne de bien des années et je ferai le voyage pour tout maintenir,
Je crois bien que tu n'as rien entendu à ma lettre de mercredi, puisque tu n'as pas reçu celle que je t'envoyais le mardi, avec le falot, par ce maudit Bresson. Je viens d'y envoyer; il n'est parti que d'hier, et tout est maintenant à Lyon. — M. Blonde! demande Tampliation de la gratification de Miiet'^) qu'il croit m'avoir été remise à mon voyage à Paris.
H se fait tard; j'avais aussi écrit à Despréaux sur sa bonne lettre dernière, mais je n'avais point envoyé parce que je t'attendais. J'ai écrit ce matin à l'ami Lanth[enas] fort brièvement, comme tu verras; ajoute tout ce qu'il faut. D'Ant[ic], comme je te le mandais dans la lettre en l'air, est devenu plus aimable que jamais; je vais l'envoyer sa lettre. Ton frère trouve les chiffons bien jolis; je baisse l'oreille et je lui dis que je suis bien honteuse de leur prix.
[À ROLAND, À L\0N('^
Samedi an soir [19 mars 1785], — [de Villefranche].
Je t'envoie, mon bon ami, une pacotille où. est la lettre de Fiesselles que j'aime mieux confier à Saint-Claude qu'A la posie; j'y ai joint celle de M. d'Eu dont je l'avais parlé dans ma lettre retardée pour avoir comment tu juges que je dois expédier le ballot. Sans doute, il
^'^ Nous lisons Milet au manuscrit. Peiilôlre 8'a[jil-ii d'un ouvrier nomme* Milot, dont Roland parle dans son Dicfionnaire des manufacture i, 1. 1 , p. 1 1 1 : ... f? J'ai dc^couvert un liomme insti-uit dans la partie [de piquer les cuira], le nomm(^ Bapliste Milot, ouvrier lorrain; je l'ai attire; je Tai fait ii*availler sous mes yeux, chez moi: Je Tai gralili«^
suivant mes moyens; j*ai étalili ses mécanicpies dans mon département; je les ai fait dessiner et je les publie . . . ^
^'^ Ms. 6*i39, fol. â33-93â. — En comparant cette lettre aux lettres à Bosc, des 16 et â3 mars 1788, et en considérant que Pâques tomba cette année-ià le 97 mars, on voit qu elle doit être du samedi 1 9 mars.