‹ Lettres de madame RolandChapitre 35 sur 42 · VOS · texte numérisé non relu

VOS

faut éviter qu'il passe à Paris; le cas devient embarrassant. D'ailleurs, iïuit-il, comme M* d'Eu semble Findiquer, l'adresstH' à Flessclles pluttU qu'à lui? Tu trouveras du frère un mémoire de gr^ainos à acheter pour le jardin du Clos; enlin le digne mi^moîre des chères bélises qui me concernenl. J'avais envie de renvoyer le plumet, bien élégant poiu' mon allure; j'ai peur qu'on le compte poin: peu de chose en le reprenant, et qu'il ne souffre un peu du voyage qu'il ferait toul seul pour cette fois; mais j'ai grande envie de le suppriuu r pour ma cérémonie''^ et de ne le laisser paraître qu'après. Je me réduis un peu pour mon dîner, et je ne ferais plus que sous condition d'un bon marché sur lequel j'apprends qu'il ne faut pas compter.

Nous devons avoir, daîis Fune de nos dernières feuilles du Journul de France^ une partie des belles sentences chinoises que tu as copiées. Mais tu en as, je crois, recueilli davantage et j'aime h les avoir de ta main. Elles sont bien IVa|q)écs et bien senties.

J'ai craint d'exposer le gros paquet de l'ami Lanth[enas] en le faisant passer à M. d'Ant[ic] sitôt après l'autre; je i'e\pédie par M, Rousseau ^^^, que je charge aussi de ma missive amicale pour le père et le fils, de Dieppe. Vois la lettre du petit, elle annonce bien les soins et le sin^ guiier travail de l'excellent père.

Les lettres de M. Lanl[henas] m'ont fait beaucoup rire; je regrette bien de lui avoir écrit si bref; mais c'est réparable et je nous acquitlerai la semaine procliaine, si tu ne l'as fait toi-même î^'.

Je viens de faire quelques visites que je devais encore à Mesdames de La Voûte, La (lolonge, elc^^L 11 aurait été indécent dr se présenter en public avant Facquit de ces dettes, et la semaine )>rochaine est toute pour Féglise, où il faudra bien nu* montrer comme les autres. Notre frère a

*'^ Ih cpiéter h YégVise, sans doule pour le jour de Pâques.

^'^ ih\ a iUp vu, eu nvûni endroit, que la complaisance de flosc , pour la correspondance en Inmcliise, n'dlait pas seule mise h coulriLulion: on usjiii aussi de h voie des l>urean\*

^'^ Ijijnllienas éUni loï)jmu*s au Pny.

*** Anloine Ducroux de f^ Voûte éiinl procureur du Roi en la maîlrise des eîiux et i'or^Hs dn lîeanjolaîs: — Fnuirois-Bïaisf* (iuériiidel^ïi Colonie iHoit iieuleaaul gciimd civil et criminel en la sent^diaiisBéi* {Àlm,

été, je crois, édifié de ton assistance à une assemblée de charité; tu devrais bien m'écrire, pour le jeudi saint, quelque autre chose qui lui nt bien penser de toi.

J'imagine que tu ne m'oublies pas auprès des belles dames que tu vois, Chev[andier] et Vill. [Villiers]^^). Je vois avec grand plaisir que ton mal d'yeux diminue; fais chercher le falot et ma lettre qui n'a pu servir à le faire diligenter.

On te porte quelques bonnes pommes.

Voilà une éternelle semaine qui se prépare; j'ai bien faim de t*embrasser; mim bon ami, songe à moi, ménage-toi. Le frère, toujours le même, nous aime et t'embrasse.

La petite est gentille aujourd'hui, elle me parle de toi; mais la lecture lui est un supplice; elle n'avance guère. Je n'ai pas trouvé le cantique aussi saillant que j'aurais voulu; c'est trop médiocre pour avoir conduit à Saint-Lazare ('^J • îl y 21 quelque autre raison, peut-être les dettes dont tu parles.

Notre mère est bien aussi, aujourd'hui; les enfants se ressentent des mêmes influences et varient ensemble apparemment.

Adieu, mon bon ami, reviens au colombier; je t'y attends avec bien de l'impatience; mais NeufvilleW, etc. Pâques me semble encore bien loin. Addio, carissimo, ti bacio tenerissimamente.

t*^ Sur M"" Chevaiidier, qui reviendra souvent dans la suite de la Correspondance , voir ietti*e du 19 août 1783. — M°" de Villiers, ou plulAt de Viiiei-s, était la femme du savant Lyonnais dont nous avons dèjk parlé (lettre du 3 janvier 1781).

^*^ Allusion à l'affaire de Beaumarcbaiis. — Voir lettre à Bosc, du 16 mars 1785.

^^^ Neuville-sur-Saône, où il y avait des fabriques que Roland devait visiter avant de fuiir sa tournée, particulièrement eàk des sieurs Miln, qui allaient monter une machine à filer le coton, concurrente de celle de Flesselles. — Voir DîetiantuUre des manufactures, t. II, Supplément, p. 58, loa, i38.

[\ BOSC, \ PAKIS'".]

fl3 mars [i785, — de Villefrancbe],

J'avais bien envie de faire parler ma fille; mais j*aî trop à dire pour nion propre compte, et je me borne h vous envoyer une feuille oii elle a uribonilli'* h sa façon. Vous m avez fait pleurer avec tous vos coûtes, apr^s in 'avoir fait rire par la grave souscriplion de voire lettn\ Eud*ira a été beaucoup n'jouie d aj»prendre que vous lui écrivissiez; enfin je lui al lu cette lettre; i|uand elle eniendait le nom de mère et la recommandation d embrasser, elle riait en disant : «C'est pour moi, çaî^ En vérité, vous n*aviez pas besoin de pardon pour Tobjet f[U! vous le fait demander; est-ce que j'ai besoin de protestation, d'assurance, pour ces cbosesda? Ce serait bien le cas d'appliquer les deux vers ;

Il Huilil enlr-e nous tie ton devoir, du mien ; Voila les vrais st»rnients, les auti'es ne sont rien.

Si j'avais jamais eu quelque chose à vous pardonner, c'aurait été la mallieu- ^reuse idée dont l'impression vous afi^erte encore; mais mon attachement n'a rien laissé à faire à la générosité: il m'a fait apprécier les égarements du vôtre; je nai vu que sa force et sa vivacité dans ses erreurs, et je vous aime peut-être plus que si vous n'aviez point eu le tort de m*en supposer un dont je ne me sens pas coupable. A mesure que le temps rendra tout son éclat à la vérité, vous croirez avoir moins perdu à cet éloîg^nement que vous regrettez, parce que vous verrez qu'il n'a rien changé aux dispositions de vos amis; et la douceur d'une correspondance amicale et confiante ne vous paraîtra pas altérée par quelques lieues de plus à fnmchir en idée.

Vous demandez ce que je fais, et vous ne me croyez pas les mêmes occupations qu'à Amiens; j'ai véritablement moins de loisir pour me livrer à ces dernières ou les entremêler d'études agréables. Je suis nuuntenanl femme de ménage avant tout, et je ne laisse pas que d'avoir des soins a prendre sous ce rapport. Mon beau-frère a voulu que je me chargeasse de la moison, dont sa mère ne se mêlait plus depuis nombre d'années, et qu'il était las de con-

<*ï Bosc. IV»8i:DanbflnJ(,5^i.

duire ou de laisser en partie aux domestiques. Voici comme mon temps s emploie. En sortant de mon lit, je m'occupe de mon enfant et de mon mari; je fais lire Tun, je donne h déjeuner à tous deux, pm's je les laisse ensemble au cabinet, ou seulement la petite avec la bonne quand le papa est absent, et je vais examiner les affaires de ménage, de la cave au grenier; les fruits, le no, le linge et autres détails fournissent chaque jour a quelque sollicitude; s*il me reste du temps avant le diner (et notez qu'on dîne à midi, et qu'il faut être alors un peu débarbouillée, parce qu'on est exposé à avoir du monde que la maman aime à inviter), je le passe au cabinet, aux travaux que j'ai toujours partagés avec mon bon ami. Après dtner, nous demeurons quelque temps tous ensemble, et moi assez constamment avec ma belle-mère, jusqu'à ce qu'dle ait compagnie; je travaille de l'aiguille durant cet intervalle. Dès que je suis libre, je remonte au cabinet commencer ou continuer d'écrire; mais, quand le soir arrive, le bon frère nous rejoint; on lit des journaux ou quelque chose de meilleur; il vient parfois quelques hommes; si ce n'est pas moi qui fasse la lecture, je couds modestement en l'écoulant, et j'ai soin que l'enfant ne Tinterrompe pas; car il ne nous quitte jamais, si ce n'est lors de quelque repas de cérémonie; comme je ne veux point qu'il embarrasse personne, ni qull occupe de lui, il demeure h son appartement ou il va promener avec sa bonne, et ne parait qu'à la (in du dessert. Je ne fais de visites que celles d'une absolue nécessité; je sors quelquefois, mais c'a été rare jusqu'à présent, pour me promener un peu Taprès-diner avec mon ami et Eudora. A ces nuances près, chaque jour voit répéter la même marche, parcourir le même cercle. L'anglais, l'italien, la ravissante musique, tout cela demeure loin derrière; ce sont des goûts, des connaissances qui demeurent sous la cendre, où je les retrouverai pour les insinuer à mon Eudora, à mesure qu'elle se développera. L'ordre et la paix dans tout ce qui m'environne, dans les objets qui me sont confiés, parmi les personnes à qui je tiens; les intérêts de mon enfant toujours ennsages dans mes différentes sollicitudes, voilà mes affaires et mes plaisirs. Ce genre de vie serait très austère, si mon mari n'était pas un homme de beaucoup de mérite que j'aime infiniment; mais, avec cette donnée, c'est une vie délicieuse dont la tendre amitié, la douce confiance marquent tous les instants, oii elles tiennent compte de tout, et donnent à tout un prix bien grand. C'est la vie la plus favorable à la pratique de la vertu, au soutien de tous les penchants, de tous les goûts qui assurent le bonheur social et le bonheur individuel dans cet état de société; je sens ce qu'elle vaut, je m'applaudir d en

jouir, et je mets tous mes soins à obtenir; je savoure l'espérance de recueillir toujours le témoignage d'avoir mérité ce que j'exprimais à M. d'Ornay :

Heureuse la mère attendrie Qui peut (lire avant d'expirer :

rrJai fait plus que donner la vie.

Mes soins ont appris à Taimer. y»

Mon beau-frère, d'une trempe extrAmement douce et sensible, est aussi fort religieux ; je lui laisse la satisfaction de penser que ses dogmes me paraissent aussi évidents qu'ils le lui semblent, et j'agis extérieurement comme il convient en province à une mère de famille, qui doit édifier tout le monde. Gomme j'ai été fort dévote dans ma première adolescence, je sais mon Ecriture et même mon office divin aussi bien que mes philosophes, et je fais plus volontiers usage de ma première érudition, qui l'édifie singulièrement. La vérité, le penchant de mon cœur, ma facilité h me plier à ce qui est bon aux autres, sans nuire ni offenser rien de ce qui est honnête, me fait être ce que je dois tout naturellement, sans le moindre travail. Gardez in petto cette effusion de confiance, et ne me répondez là-dessus qu'aussi vaguement qu'il convient; je suis seule encore; mon bon ami est à Lyon, d'où il ne- reviendra qu'après Pâques : il me mande que ses yeux vont mieux , j'en ai eu une nouvelle assurance par son domesti(|ue, qui est venu faire ici quelques commissions et qui est retourné près de lui. Jugez par ce babillage d'amitié si je crois à la vôtre, à qui je laisse à apprécier ce témoignage de la mienne.

Je voulais vous entretenir de l'Académie, de Beaumarchais, de cette attachante chimie qui vous occupe; mais j'ai pris le temps de vous écrire sur celui qui précède le dîner, après mes affaires du matin; je n'ai que dix minutes pour ma toilette, c'est précisément ce qu'il me faut pour l'ordinaire. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Causez-moi de ces nouvelles académiques, scientifiques, etc., et surtout de ce (|ui vous intéresse. Adieu encore.

[À BOSC, k PARIS^^'.]

96 mars [1788, — de Villefruicfae].

Votre histoire de nez pointu m'impatiente; il me semble que le mien ne Test pas, et que, malheureusement peut-être, je pourrais au moins soutenir la concurrence avec tous les nez les plus efBlés. Mais vous ne me répondez rien sorte portrait et les observations lavatériques que vous avez faites à son sujet; je m'embarrasse bien, moi, de toute votre science sur les visages, si elle ne vous apprend rien sur le mien! Or donc, répondez- moi, parlez franc et nous disputerons après, s'il y a lieu. Vous trouverez en Le M[onnier] un bon enfant, à qui vous souhaiterez peut-être plus d'énergie, et surtout plus de ce qui approche de la folie et de ce qui fait si bien pour son art. Je ne serais pas embarrassée de vous faire une bonne justification de mon retard à vous faire faire sa connaissance, car, dans l'état où vous vous montriez à moi, je pouvais craindre ce qui approche de l'importunité en accumulant les occasions de vous occuper de nous dune manière trop particulière; mais, en supposant que j'eusse en cela quelque tort, je consens de bon cœur à vous donner ce sujet de pardonner, afm de mettre entre nous une parfaite égalité.

[À BOSC, À PARIS^''

i'' avril 1785, — de Viilefranche.

Je n'avais dessein de vous écrire aujourd'hui, parce que je n'avais pas assez de loisir pour faire une longue causerie; aussi je remets à une [autre] fois de vous entretenir du courant de notre correspondance : toute affaire cesse quand il est question d'obliger ses amis; d'après cela, disposez-vous. Nous avons ici un parent et ami qui a la recette du tabac '^^

^'î Bosc, IV, 84; Dauban, II. 62/1. ^'^ Prëveraud de Pombreton. — La dé-

^*^ Collection Alfred Morrison, a fol. marche n'aboutit pas.

et qui d/^siromit y joindre la recelte des gabelles tout récemment vacante par la mort dn receveur; il [est] assez connu, estimé, chéri des fermiers généraux, on dn moins de plusieurs d'entre eux, pour espérer beaucoup de leur part; mais il faut ragrémerit du contrôleur géoéral : c'est lui qui accepte etipii souvent fait nonuuer; cest précisément ce qu'il importerait d'en obtenir dans celle circonstance, parce que les places de ce genre sont ordinairement demandées par des persouues de considéralion dont le crédit ne laisse pas aux fermiers la liberté du refus, lors même qu'ils auraient des protégés en faveur de^sqnels ils préféreraient d'en disposer. Je sais que vous connaissez plus de savants* que de gens de finanre, mais enfin il pont se trouver daiis vos relations quelque personne bonne à employer, et alors je la requiers; c'est tout dire à votre amitié. Voici les raisons à faire valoir pour notre parent, . . Mais je songe qu'il vaut mieux les exposer en forme de mémoire, et je vais en joindre ici un, que vous mettrez au net pour en user comme il conviendra; car je me rappelle que tous les gens sollicités demandent toujours un mémoire, latïaire fût-elle la plus siuq)le du monde. J'ai pensé que M. de f^a Blancherie, qui a des relations dans la maison de Polignac, et qui sûrement n'est pas gauclie, pourrait peut-être vous^^^ servir. Je sais que, dans cetl^ maison et bien d'auties, on parle comme Jupiter apparaissait à Danaé, mais vous saurez aussi que nous sommes accommodants et que la personne intéressée payerait bien le succès d'une centaine de louis. Sur ces renseijjncmerrts, laites de votre mieux et apprenez, par occasiou, h vous y prendre comme il faudra peutêtre faire un jour pour votre propre compte. Vous vous souvenez comment je retournais mes gens tlans le voyage *pie nous avons tait là-bas; sus donc et bon courage 1 J'écris au bouliomme M. Faucon: vous me feriez grand plaisir de le voir poursuivre rcfTel de ma demande, c'est pour la même affaire. H n*est guère à Paris que du mardi au vendredi de chaque semaine, hôtel de Noaillcs, rue de TUniversilé. Je vous donne là des soins qui ne s'accordent guère avec vos goûts; mais je

tioujt; put:?, sailli duittf pariée qu'il sVi||issait

(If \/d Bianclierie » elle a cotrij;!* el ii mis vous.

n'en agis pas avec moins de confiance : il est question d'un homme estimable que nous aimons beaucoup, et à ce titre il ne vous sera point indifférent; c'est toute l'expression que j'emploie aujourd'hui de la bonne et franche amitié que nous vous conservons.

Patience pour la réponse d'Eudora ! Son secrétaire a toujours mal aux yeux. Adieu, nous vous embrassons toio cot^e et anitno.

[\ BOSC, A PARIS (•'

Vendredi, 8 avril 1785, — [de VillefFanche].

Je vous expédie les ci-jointes par le premier courrier depuis qu'elles me sont parvenues. Notre ami^^^ est bien ballotté; je voudrais qu'en pareille situation il eût moins de sensibilité. Je lui ai fortement écrit contre l'idée que vous-même trouviez peu raisonnée. Je vais lui écrire de nouveau pour l'engager à tenir bon et à ne point se départir d'un liard. 11 faut que l'équivalent de ses dettes et arrérages de pension lui servent aux frais de déplacement, etc., et que les ri 4 m. livres lui restent nettes pour fonds quelconques d'un établissement. Ce serait une simplicité de se tenir à elles seules, puisqu'il faudrait les entamer avant d'en faire aucun placement et qu'avec un peu de persévérance il pourra obtenir le reste.

Je sens bien que les solliciliitions ne sont guère voire fait; vous ferez de votre mieux pour satisfaire à rauiitié, comme j'ai fait du mien en vous écrivant pour ne négliger aucun moyen d'obliger un bon parent.

Je n'écrirai point à La Hoche ^^'; c'est un front de glace qui ne

''^ Collection AlfrcMl Morrison, a fol. ^^> Le nom est biffe, mais encore lisible.

'*' Il s'agit d'un partage anticipe que M. de La Roche (fiait un des premiers coin-

Lanlhenas, toujours au Puy auj)rès de ses mis du conlrùleur général (voir lettre du

vieux parents, tAcbail d'obtenir de sa mère h avril 178^). — 11 s'agissait toujours de

et (pii lui permit d'aller s'établir ailleui*g» solliciter pour Préveraud.

Page 1