II
chaiif;e poiiil. à Taspechrune fomîiie; qm^ IVrait une leltrc sur ses résolulions? iM. tle Ciulonia^'^ esUléjà trop loin du (Oinmcrcc et de ce qui y tient, pour se souvenir beaucoup tVun inspecteur qui ne Ta plus ruilivé. Si vous pouvez un jour aller eliex M. Faucon, lui parler de la lettre et des mémoires que je Ini ai adressés, le presser d'intéresser le maréchal, c'est là, je crois, notre moyen le plus direct.
Je sens combien, à cette éprïque, votre âme peut être alTectée et je ne partage pas moins reffetque renouvelle la révolution du temps que celui que produisit révénement^'^L Si des souvenirs douloureux viennent rouvrir vos plaies cruelles, que ceux de l'amitié consolante s'y mêlent pour les adoucir, et que le sentiment d'une perte trop grande soiL toujours accouî[>agné de l'assurance de conserver des amis dont ralTection ne peut s'éteindre.
Vous aurez reçu deux paquets expédiés d'ici le même jour: Fun du secrétaire d'Eudora, qui écrivait de son côté, tandis que du mien, et croyant être seule f\ vous écrire, je vous faisais une lettre.
Autre chose, dont je désirerais avoir raison. Une lenmie, qui doit avoir incessamment à Paris un bureau de loterie, sollicite ici une personne de lui remettre des fonds dont elle lui [iromet six pour cent, en lui faisant envisager te placement comme très sûi% parce q^u'il y a, dit-elle, vingt-cinq mille livres de caulinnnement qu'elle fournit à la régie ou à. . . je ne sais qui, et sur lesquelles un bailleni" de fonds aurait tfujjours son recours. Je ne crois ptjint à cette sûreté, parce qu'enfin ces IVuuIs ne sont que pour celle iriême de la régie, de ceux enfin qui s'en nantissent, et je ne vois pas quel recours y aurait le pailirulier prêteur su arrivait que le receveur ou buraliste fît de mauvaises alfaires et emportât a la régie. Mais enfin, on veut avoir un avis de Paris, de quelqu'un bien instruit des choses, et c'est encore à vous que je le demande, 11 s'agit d'une orpheline, majeure pourtant, qu'on
^' M* de Golunia, aïifitrii liiteiulaii! du fâ>tiiïi»ciT<', GV'lait à lui im'îiviuL succwlr M, ih Vin lie Ualloude, e» 178^.
' l/!iiiniv<»rsaire dp tu luort du père dp Bo!k% survenue un an aupnrfivaat, ie^ avril
engage à placer ainsi ses fonds, sous Tappât d'un revenu de six pour cent sans retenues.
Adieu; j'ai honte de ne vous avoir pas écrit plutôt pour cela; il y a longtemps que j'en suis chargée, et je l'avais oublié.
Je suis pressée et je ne prends que le temps de vous embrasser de tout mon cœur. Mon bon ami est fort enrhumé; Eudora l'est aussi ; eUe avait tant bu de tisane hier, qu'elle en a pissé au lit le soir; puis, ne se trouvant pas bien de ce mouillé, elle est venue tout doucement dans mon lit passer la nuit à mes côtés , sans mot dire et en vraie friponne.
[1 BOSC, À PARIS ^^l]
9 avril [1786, — de Villefranche].
Maintenant je vous confesserai que j'applaudis à vos connaissances de n*avoir pas voulu s'employer pour d'autres que vous-même, et je leur sais bon gré de penser et d'agir ainsi. Je conçois que votre excellent cœur vous fasse désirer encore plus de moyens d'être utile à vos amis, mais vous ne devez avoir aucun regret de ceux qui vous manquent. Les vrais amis n'ont pas besoin de preuves de crédit et de pouvoir, pour croire au retour de la tendre amitié qu'ils vous ont vouée. Ces amis gagneront toujours davantage à votre amélioration et perfection individuelle par tous les moyens que l'étude et la philosophie fournissent, qu'à la multiplicité de vos liaisons et à un degré supérieur d'influence dans les aflaires : ainsi ne courez pas les dtners et l'ennui pour la chimère de quelques avantages dont il est plus ais(^ do so passer que de se contenter. Si jamais vous vous tourniez du côté de l'ambition, elle croîtrait chez vous avec les succès, et vous dévorerait jusqu'au bout de votre carrière. Me voilà bien en train de moraliser : je suis triste pourtant; mon Eudora n'est pas tout à fait bien; son rhume n'augmente pas, mais la toux ressemble à celle qui précède la rougeole; elle est un peu assoupie et me parut avoir un peu de fièvre hier au soir. Je prend s conseil aujourd'hui. Le papa ne va pas mieux; le rhume a cessé tout a coup de
<•) BosclV, 85;Danbaii,lI,5a/i.
le fîiirc expectorer; il se scnl etiipùlé, mal à raise. Jouissez â'uwr iiieilltnire sanlé : îidicu: nous vous eiiibra&soiis bien «'ordialeiiienL. Diles mille choses a irecl lieuses à M. Pnrault»
Il n'est pas vrai ([ii^iii donne à Ku(l(»ra le |»rojei de ne plus vous aiiuer dans douze ans, mais seulement de m* plus le dire si baut et tlu vous le laisser à deviner,
[À BOSC, À PAIllS'".]
t8 avril 1785, — [de Vi]l«*ri'aiirho].
Quelle semaine je viens de passer! Eutlora ri a eu ni rougeole, ni (►etile vérole, ([uoique Tune soit dans noire niciison et lautre dans lu ville; mais elle u eu une fièvre terrible, on lui a dnnni* de rémétique, et elle est aujourd'hui a sa troisième médecine. Cet enfant, c[ue Fahondancedes htimeurs fait Ixnre élonnaninjent. n'a jrnnais vouhi rien avaler le jour de rV*méti(|ue que la drogue un^nio, qu'elle avait d'abord prise de bonne grâce; il s'est eonsuiué en vains et cruels eftbrts qui nie d(v chiraient les entrailles. Ce n*est plus cettt* Eudora, vive, gaie, (lorissanté, annonçant les ris, la force et la santé; elle est pâle, abattue, de mauvaise liuiiuMir, criant souvent, portant à tout un air de contrariété et faisant joinrli'o le besoin d'être réprimée à celui de mille soins divers. Je suis triste et faligu/^e; je ne sais encore sil n'y aura pas d'autres suites.
Le papa vient d'être aussi purgé suivant Fordonnance de celui que nous pleurons tous, ordoimance dont nous allons reprendre el suivre les détails ce printemps. Il est parti ce matin pour le Clos, où il va passer huit jours. Je reçois la votre du quinze; j'en devrais dire beaucoup il vntie amitié, la uMenue n'est pas en reste pour le sentinient; mais je n'ai fj[uére de courage que pour soigner mon eidant. J'es|ière vous écriie [dus longuement par le procbain courrier. Adieu, mon ami, je vous endurasse de tout mon cœur,
f*ï Collot'lioii Alfwl Murrisoti, 1 lui.
LLtfiiàb bt VAUAttt UuL^sb.
blà
[À. BOSC, À PARIS"*
20 avril 1 178.*), — de Villefrancfae].
Je suis beaucoup plus tranquille sur le compte d'Eudora; et, sans oser me flatter qu'elle échappe absolument aux maladies régnantes, j'espère que, dans le cas où elle les prendrait, elle s'en tirerait heureusement : on voudrait lui donner encore une purgation; je désirerais la lui sauver, et nous temporisons. Le pauvre enfant est bien changé! Vous ne sauriez vous représenter mes regrets de voir un petit être si tendre déjà livré aux dégoûts, aux secousses des remèdes. Il semble que la médecine ne devrait être faite que pour adoucir les infirmités de la vieillesse ou les crises violentes que produisent nos excès physiques ou moraux; mais que l'aimable enfance se trouve avoir besoin de cet art mensonger, c'est un renversement de tout ordre et un véritable sujet de gémir. Heureux encore ceux qui, dans pareille circonstance, trouvent des motifs de confiance dans un homme habile! Il n'y a pas ici un seul médecin sur qui j'ose compter. J'en ai pourtant appelé un , et je me suis fait une belle querelle avec un autre; on est si tremblant pour ce qu'on aime, qu'on cherche toujours des avis, sans oser suivre le sien propre.
Mais retournons aux Académies, dont vous nous avez donné des nouvelles aniu.santes. Mon bon ami voudrait bien en savoir plus long de ce mémoire de Quatremère sur les moutons ^'^\ ou plutôt de celui de Bertholiet sur la théorie (lu blanchissage ^^^; je me rappelle que c'est de ce dernier qu'il me chargeait, avant de partir, de vous parler, pour que vous lui en communiquassiez ce que vous pourriez savoir et vous procurer. Il prétend aussi que vous ne lui avez rien dit sur les graines huileuses et farineuses, sinon que vous n'entrevoyiez pas a
"^ Hosc, IV, 86: Dauban, II, 5a6.
^^ Voir, aux Mémoires secrets, 6 avril 1785, le compte rendu d'une se'ance de l'Académie des scioiices, où Quatremère d'Isjunval a\ciii lu un niénioirn sur ffles listes h laiiio^. — (ir. , sur c<* savant, la lettre du .*h mars 178^, et les Mémoires secrets, '2 1 avril 178^1 et a a uoùt 1786. — Aprèn
avoir sacrifié un million , dit-on , à ces expériences, il 6t faillite en 1786.
^'' L'illustre Bertholiet (1748-1 899 )ëuit d(^jà connu par <livers travaux, membre de l'Académie des sciences depuis 1 780 et dil'ecteur des (lohelins depuis 178/1. Il venait de Taii-e connaître h» pi'occdé |H)ur blanchir les toiles par le chiure*
faire un système ; or le grand lionmie sec, à voix de lénnr, ne s'accommode guère d'un l«^l résultat; U veut un système, dùUon aller le cbercher dans la lune, comme tant d'au 1res hypothèses.
Nous avons vntin un temps doux, mais je ne reprends point de viguein^ et si ce n'était factivité morale, je ressemblerais beaucoup aux vers a soie, qui vo!it bientôt (iler leur coque et qui se traînent languîssamment çh et là. Je ne saurais déduire aucun mal, seulement je suis toujours comme fatiguée, et, malgré mes soins pour conserver une alhire dégagée, la lassitude sillonne bientôt le tour de mes yeux et s'annonce* aijisî, quoique jr fasse* Enfin, si mon Eudora se rétablit bien, qun mon ami rrpreune aussi a la campagne, réjouie de leur bien-être, je le sentirai mieux que mes petites misères.
[À ROU^D ET AU CIIArVOlNE, AU CLOS^'V]
ûi avril 1785, — [de Villcfranditjj*
A celui des rltMiv r[rit a le moins iiml aux yeux.
Salut, santé, Ijonnes janibes et beau temps pour Fun et Fuuti^e. Avec cela je vous envoie des poninies; vous aurez soin tle faire mettre de côté les reinettes francbes pour les manger crues on seulement cuites devant le l'eu,
Eudora va oiieux; elle a passé la nuit fort traufjuîllement; mais elle tousse encore et garde sa langue jaune. Hier au soir, en se jouant devant la Fenêtre avec sa bonne, elle est tomliée le menton sur les grands cartons dont les bonis sont en bois; elle s est mordu le dedans de la lèvre, ce qui lui faisait jeter beaucoup de sang par la bouche; le menton est un peu cicatrisé; les pleurs n'ont pas duir cinq minutes. Elle m'a beaucoup dit : ffPapa viendra voir mon bolm, il le baisera et il sera guéri* Tî M, Bussy doute s il ne faudra pas encore la purger.
J'ai reçfi un gros paquet de ÏMu* Tuiles^-h lettre lorl aimable et
**^ M»* ôaHij, (nt. ut8. — H **sl ililllcili' nmw. de Fréjiii*, nmi ik Lîiiithriws, lui nu de lire» un rnjuuiscril, s'il y a *i/ ou 97, «les eorrespoiiftiitUs {issidiis île lUiland [nmr
^^' LahlM! Tyik«, BiqMTÎmu' du «éiai- kh graiule jiiddicatiwi ooir /ifHrt'A »ffl««^^^
long mémoire sur les savons; il attend d'être assuré que ce paquet soit parvenu à sa destination, pour en envoyer autant sur la parfumerie.
M. Fontaine'*' a écrit une lettre honnête comme il les sait faire; M. Chaix'^' une autre qu'il me prend envie d'envoyer, tant sa méprise m'impatiente et me semble mériter une explication. Sur tout cela, je ferai moi-même ce que mon cher maître voudra bien laisser à mes soins.
Pour vous, mon frère, il faut que vous fassiez bien faire votre barbe et que vous teniez votre tête bien ferme quand vous reviendrez ici, car je dois vous embrasser au moins cinq ou six fois, pour la peine de vous avoir manqué hier. Lorsque M™** de La Golonge nous quitta, on me dit que vous étiez à votre cabinet en conférence avec je ne sais qui; je descendis une petite demi-heure après, l'oiseau était déniché et j'eus un pied de nez; or, c'est fort mal d'allonger ainsi la mine des gens!
Girard'^' dit aussi que vous avez oublié de lui indiquer où il peut prendre des oignons qu'il devait planter.
Adieu, mari, frère, amis; je vous aime et vous embrasse à tort et à travers.
[À BOSC, À PARIS ''l]
33 avril [1785, — de ViUcfranchej.
Vous m'avez grondée par votre petite lettre que j'ai reçue hier : je conçois que vous ayez cjuclques raisons; mais j'étais si occupée de mon enfant, si fatiguée de corps et d'âme, que pourtant je n'ai pas trop tort.
l. m, Disc, prélim., p. rAvni,*et p. iay; quon retrouvera souvent dans la suite delà
l. ni, p. i()7). correspondance. — Voii* Dictionnaire des
^'' M. Fontaine, un des seci-élaires de manu/., l. I, p. 4i : «rlln des marchands
rinleiidance deLyon (/l/m.rfeLî/o«, 178^), fabricants bonneliei-s de Lyon, celui qui a
établi ensuite à LisJwnne, qui fournit à Ro- le [dus conli-ibué aux nouvelles découvertes
lanJ des notes nombreuses et importantes en vo jrenre.» Ibid,, II, Supplément.
(Dict, des manu/,, t. III, Disc, prélim., p. Ga. p. cwni). ^*^ (iiranl, — inconnu.
(*' M. Gbaix, fabricant de bas à Lyon, ^'' Bose, IV, 87; Dauban, II, 5a6.
ANNKE t78r>.
Eiulora va raiciiv ol iio me cniitenle point; fllo osl si livide, si. , . ji
nr
sais comment flire, i|iie je nie sens en peine à son sujiît, ««ms pouvoir bien raisonner mes ennuies. Nous avons hrl o\ liiuri la petite vérole dans noire rhienin* de maison, on il faut avoir deux localairos, parce (jue lions ne pouvons la remplir a nons seuls, quoique notre ménage soit assez gn»s. On est bien îeî à cent lieues de Paris pour la manière de hAtir el de s'arranfjer, du moins quant h l'entente et a ragrément des distributions, et surtout à la pnipreté des petites choses de décoration ; il semble qu*fm soit tout aussi loin de Lyon, dont pourtant nous ne sommes distants que de cinq lieues. H est vrai que des circonstances locales lont que tons les bois et tout ce qui tient a la charpente, à la menuiserie, sont fort chers dans cette petite ville, où le grand luxe est ceini de la table, La plus petite maison bourgeoise, un peu an-dessus du conmum, donne ici des repas plus friands que les maiiïons les plus riches d'Amiens (H un bon nombre de celles (rès aisées de Paris.
\ ilain logis, table delfrale, toilette rl*^gante. jeu continnrl ri gros quelquefois, voilà le ton de la ville, dont les toits sont plats et les petites rues servent d'egouls aux latrines. Diantre part, on n'y est point ilu tout sol; on y parle assez bien, sans accent, ni même de termes incorrects; le tun est honnête, agréable; mais on y est un peu, c'est-à-dire tn^s court en fait de connais* sances. Nos conseillers sont des personnages regardés comme fort importants; nos avocats sont aussi fiers que ceux de Paris, et les procureurs aussi fripons que nulle part. Au reste, c'est iri au rebours ii*Aniiens : là, les femmes sont généralement mieux que les hommes; à Villefranche, c'est le contraire, et ce sont elles qui ont plus sensiblement le vernis de province.
Je ne sais pourquoi ni rommeut je me suis embarquée à faire ainsi les honneurs de ma patrie iidoptive; je la regarde connue nnenne vi j<* la Iraite en consétpienre, romme v<his voyez.
La lîianchcrie est donc un peu revemi sur l'eau? J'ai vu dans le Jonnml île Paris l'annonce de l'ouverture de son salon. Et tous ces musées? Par ma foi, ils ressemblent iuj pliéniv *'l renaissent chaque année de leur cendre, Etlezvous à la belle séance on Ton lit l'éloge de Gébelin? AdieiL Mes hommes sont toujours à la campagne, dont ils se trouvent bien; l'un dVuv revient incessamment au colombier; je vous laisse à deviner hxpifd.
[a bosc, à paris '*'.]
98 avril [1785, — de VîlMruiche].
Ce n'esl que demain le courrier, je vous ai écrit hier ; il n'est que neuf heures du matin , j'ai mille choses à faire; mais je reçois votre aimable causerie du s5, et me voilà aussi k jaser; il ne faut guère me provoquer pour me rapprocher ainsi de ceux que j'aime.
Je viens d'avoir des nouvelles de mes hommes par l'un des vignerons qui, tous les jeudis, apporte les petites provisions, le beurre, les œufs, lesi^ f^mes, elc. : ne sont-ce pas là de jolies choses à mettre dans une lettre? Mais elles font bien au ménage, et elles rappellent l'attirail champêtre; elles sont riantes sous ce dernier aspect. Mon pauvre pigeon est tout transi du vent quil fait : je ne le verrai pourtant pas de sitôt, car le frère revient samedi pour confesser des nonnes, et il faut que l'autre demeure à surveiller les travaux de la rave. Tous nos gens sont là-bas, ou là-haut pour mieux dire; nous ne sommes (|ue des cornettes au logis; et, voyez ma simplicité! je n'ai pas seulement un fioHvneaii pour m'amuser. Ce n'est pas qu'il en manque en ville, mais ils ne sont pas séduisants. Les jeunes gens, en général, ne sont pas bien ici; et cela n'est point étonnant, les femmes n'y entendent rien : il faut des voyages, des comparaisons pour les décrasser; aussi reviennent-ils hommes plus aimables, tandis que les femmes restent dans leur petite allure et avec leurs petites grimaces, qui n'en imposent à personne. Je crois que mon expérience sérail d'un grand secours à votre savoir lavatérique, si j'éclairais vos observations sur le visage que vous étudiez, et dont les lèvres vous font de la peine. La nature l'a faite bonne (»t lui a donné non de l'esprit, mais un sens droit: l'éducation n'a rien développé ni cultivé chez elle; il ne faut y chercher ni idées au-dessus de Tordre commun, ni goût, ni délicatesse, ni cette fleur de sensibilité qui tient à une organisation exquise ou à un esprit cultivé. Joignez à cela, d'une part, l'aisance ordinaire que donne l'usage du monde; de Tautre, le goi\t et rhabitud<' de commander les hommes sans avoir le talent de les bien tenir à leur place ou, si vous voulez, dans leur rang, et vous aurez la clef de
BoscJV, 88; Dauban, H, 5^18,
toul. Il rf^sulte de ceL ensemblr^ nup société assez doucts oii chacun est à son aise; une personne esLiniable, parce qu*r*lle ast vnumeiil liuiiniHp, quoii|u*il lui manque un peu de dignité; et bonne à connaître, parce qu elle n esl point ln)p exigeante et qu'elle i"ait justice à elle et au\ autres ^^^.
Avec de pareilles données, éludiez et prolit^^z. Si nous observions ensemble, j'ai la modestie de croire que ma science infuse aiderait votre savoir acquis; il est des choses que vous ne devez saisir qu'à force de Iravail, et d'autres h Toccasion desquelles on pourrait dire de vous, et de presque tous les hommes^ ce qup Claire disait de Vohnar : «Il aurait mangé toiil Platon et tout Aristutn sans pouvoir deviner cela, r?
Eudora a pris avant-hier une potion de kermès avec une forte infusion de bourrache et de sirop violât; sa tou5t est absolument dissipée, mais on ne peut pas dire qu'elle soit bien rétablie. Elle est méchante cnniiut' un démon; j'ai U^ sourcil refrogné comme un cuistre de collège, ot j'ai mal a la gorge de faire la grosse voix. Je viens d etr** hcu^riblement scandalisée d'un gros jurou de vvliv morveuse; j'ai voulu savoir d*oii on Pavait appris :<TKb, maman. Saiiil-Claude dit ça! fl C'est un de nos domesti4[ues, brave garçon, (jui nv s*avise pas de jun^r devanl roui , mais à t|ui je crois bien que cela arrive souvent en arrière. Admirez la d!sp**silion : Tenfant n'est pas une heure en quîuKf* jours aver les domestiques; je ne fais pas un pas sans lu!.
[À BOSC, k PARIS f'-'.]
7 ou 8 mai [1785, — ii(* VilNVandifi |.
J'aurais bien envie de causer avec vous, qu(uque vos projets m'aient rendue muette durant quelques jours. Je suis niHinteuant fort pressée; je ne puis que vous dire qu(^l(|ues mois et vous annoncer que l'inspecteur vous écrira incessamment sur plusieurs points de votre lettre. Je n'ose rien vous exprimer sur vos desseins de voyage '^■; il est impossible que mes observations soient désinté-
'*^ Ce portrait eM (irolmlji^meat celui df. **^ Bo&c^ IV, i|o; Daiilian, 11, 5a^|.
M""* d'Eu, qui s(ï Imuvail tkUn^ à l^'irisavH* ^^^ rj^avais été nouimépourfaire le voyage
riiiséi)anil>le M* rie Vin. — Voir lettre du nulour du monde, en qualité de uûtura-
i3 mai 1785* iJHle, sur les vaisseaux de La Peyrouse.n
ressemés, et, avec la plus grande envie de raisonner comme indifFërente, le regret de vous voir tant éloigné agirait même à mon insu.
Si vous aviez une perspective d'avancement plus prochaine dans votre place, je vous combattrais victorieusement; vous avez assez d'activité pour le genre d'entreprise qui vous tente, mais vous n'avez pas ce tempérament de fer qui seconde l'énergie morale et suffit aux fatigues d'un voyage aussi laborieui. h sais qu'on a le droit de choisir des hasards qui peuvent être heureui, mémo au risque de la vie; c'est une loterie où le sentiment met la balance et détermine la raison; mais des amis ont une autre boussole; leur esprit approuve et leur cœur répugne : il faut donc se taire; c'est où nous en sommes réduits, en pleurant conune des enfants lorsque nous parlons de vous. Pourquoi la félicité ne retient-elle pas dans un même lieu ceux (jue l'amitié lie si étroitement les uns aux autres? Eudora se porte mieux. L'ami Lanthenas me chargeait de vous dire mille choses pour lui; mais il vous aura écrit depuis qu'il m avait donné cette commission.
Adieu; j'ai presque envie de vous bouder pour le chagrin que vous me donnez, mais cela n'est pas possible, et je vous embrasse aussi.
[À BOSC, À PARIS'"
Vcnilredi, i3 nuii 1785, — [de Villefrancbe].
Je no vous en dirai pas encore bien long aujourd'hui; je n'ai guère de temps et je suis un peu de mauvaise humeur. Ce monde est souvent si sot, les choses vont si bizarrement, les enfants sont si braillards, qu'en vérité on est tenir d'envoyer tout promener et de dire adieu à la compagnie; de ce que je le dis. vous conclurez que je commence à rire, et peut-être aurez-vous raison. L'in-
(Noie de Bosc.) — Voir, aux Mémoires se- teran pour Montaran; quinbei pour futVs-
crets, 3-4 mai 1780, rannonce de Texpë- bet; Descet pour Dczach.
dition. Elle appareilla de Brest le T' aoùl Cette lettre est ëvideinmenl celle qui,
1785. avant de passer dans la collection l-aU^
^'^ Dauban, II, 53o : t Tirée de la col- doyèro, a liçuré h une vente du i5 mai
lection Labédoyère, La", 96.?» — Nous i843 (Charon, expert, n" 45 1, L. aul. :
corrigeons quelques fautes de lecture : Mon- rrvendredy, i3 mai i78r)r, 3 pages in-V .
ANNKR 1785.
sperlfiiir roj,TOtle que vous ne lui ayez pas envoyé les finiilles ini|jniiires qu<^ vous avez relirées tlf* chez Panckoucke, pnr la voie indique** de M. RoiiHSRau, rhc'Z M. d(* Moutararu Et la ffpaudf* expédition, que dL'vient-elie? Savez-vous i\n\m foud de la province, où h' nouveau t»st bien rare el i'ordifiain- lueri peiit, on a firand laim des bonnes choses qui enjprchont qu'on m' se rouille. Vous ne savez pas non plus qu'il y a dans notre cabinet une cbemînée, sou vis-n-vis et deux panneaux futiv des feu<Hres qui son! ifune nudilé eboquaiilis on attendant les gravure» de Raphaël* *'; dép<*chez donc do les envoyer; je crois r[ue vous les apporteriez vous-méuie, si vous vous îniaginiez ctunbieti j'ai besoin de faire distraiiion à Tenriui que me doniM*nt de vieilles vrkke» qui- je vois réguliiTem«*nt tous les jours* Si vous ignorez ce (ju'on appelle crêclws, vous le demanderez aux Picards; c'est un mot de leur pays. Ci-joint une feuille qui intéresse un brave bomme d'Amiens; vous voudrez bien la lui faire passer ou à M. d'Eu, qui ta lui remettrait et à {[ui ce serait une occasion de nous rappeler. Vous ne nous avez rien dit de ses gravures à lui; Le iVIonnier les a-t-îL les avez-vous, ou si elles lui sont envoyées? Je crois qu'il en a autant d'envie que mnis. J'attendais de vos nouvelles hier; vous mériteriez bien la férule pour avoir ainsi fait (juiesbct.
Mille choses à M'""' d'Eu, M. de Vin, si vous les avez encore dans votre ville de boue* Il fait beau ici* mais poiol cliaud; t<ujl «•nrbérit e\ee|ité le viji, parce que les vignes s'avisent de promettre, au grand détriment de notre cave et de notre bourse* Adieu, maussade. Mou Eodora mange coukuie un diable, crie comme quatre et fje repci^nd pas sa bonne mine. Le bon anïi ressent stui mal d\'eu\ toutes les fois (ju'il s'assied à son bureau: aussi va-t-il décamper la semaine prochaine, (iepeîidant il faut faire un discours oratoire, car plusieurs membres de rAcad«Miiie de Lyon ont fait oblif^;eammeuf dr'S démarcbes à sou lusii H Vmd fait nommer titulaire'*'.
11 est bien étrange que Dezach'^' ne donne pas signe de vie depuis le temps
*'' Ces gi'avui'es ëUiient encore an Ctos *m t88o. C'est Lenionnicr, cin>ïaie on If* vern^ plus Wm , qui les îivait l'cippnctiVs nu les faisait vf^iiir de llnme jiour se> iunis, les Itolimcl , lf»s rl'l']îï , f'Ir.
^*' La lettre tin n»riierneuieuLsdf» lloinnd au s^'cc.rlaireperpétueL M. de b Tuun^tle, est du fi mai lyBT» (nis, frj6.1. fui. itii^;.
^'^ n y a Dei^eet dam le texte publié par M* Danban. Ce iM>ni nruis est inconniL Nous croyoua qu'il f^*al lire Detach. — Vitir nu m^, ù\^hii, loi. ia/|, une lettre de Roland, flu i\ junut'v 178.1, ^1 M. Mnrol, seer<Huire [ïerjiétuei île l'Aradt^nii»* do Dijon, piuir W remercier de réleelion «le sou uiiii de Zach , a litr«* rIVisscKïië.
qu'il a reçu ses patentes de Dijon; écrivez-lui donc et faites-le parier, s'il n'est pas mort^*'.
[À BOSC, À PARIS ^''
18 mai [1785, — de Villefranrhe].
Et moi aussi, je me donne les airs d'envoyer des plantes, non pour faire des expériences de teinture, mais pour savoir leur nom et vous donner idée de la botanique de nos cantons. Je suis devenue d'une ignoraDce crasse sur l'article, et j'ai tant de petites affaires, que j'aime mieux que vous me disiez les choses que d'employer mon temps à les chercher dans les livres. Le lichen ou la mousse de mon petit paquet a été recueilli sur les murs d'une fontaine oh Eudora va souvent se reposer et dont elle boit de l'excellente eau; cette fontaine a le nom de Belle-Roche, du domaine auquel elle tient, domaine et petit château appartenant au doyen de ce chapitre chez qui nous avons été passer la journée d'hier ^^). La (leur jaune appartient à un arbrisseau épineux, fort commun dans les bois des environs de la ville, et qu'on dit fort bon |>our les bestiaux quand les épines sont tombées, ce qui arrive à mesure que la fleur se passe. Les deux autres petites plantes ont été autrefois de ma connaissance; rien n'est plus commun dans les bois : j'ai su cela sur le bout de mon doig[t; je l'ai oublié; je veux le savoir de nouveau sans le rapprendre; ainsi dites-moi vite noms, surnoms, classe, genre, etc.
Voilh donc La Blancherie rouvrant son salon quand je ne suis plus à Paris, et devant aller à Amiens ^^arim^te : pour le dernier article, encore passe; mais il me fâche de n'avoir pas vu ce salon avant de m'être reléguée. Adieu , bonsoir ou bonjour, je suis pressée et je m'en vais.
^*^ Au bas du texte publié par M. Dau- ^*^ Bernard-Pierre Châtelain Dessertines,
ban, il y a : ffNon signé. Ecriture de Ma- propriétaire du joli château de Belleroche.
dame Roland de la Plalière. Signe : Bosc. n aux portes de Villefranche. La petite fon-
On voit par là que cette lettre est une de taine , renommée pour guérir les maux
celles que Bosc avait données à des amis, en d'yeux, était, au temps de notre jeunesse,
certifiant récriture de l'autographe. bien connue des promeneurs et des écoliers
t*) Bosc, IV, 91 ; Dauban, II, 53i, de la ville,
[\ BOSC, À PARIS î'».]
93 mai (fjS/t) i^^b, — [de VillefrincheJ.
Je vous rhargn d'une commission que vous jugerez Lieu éli**^ une bonne œuvre à laquelle il friul coopérer. Il s*agiL de pr<^8cnLcr le billel ri-joinl au Monl-do-Pi^^M, de payer la petite somme et de retirer les effets; puis vous ferez rnetlre ces effets duns uolre Iiallol de livres et autres affaires, aliit c|uTI parvienue aiosi sans autres frais.
Il est [daisant que vous alliez retirer des jupes au Mont-de-Piété; mais, plaisanterie à part, vous me paraissez dans un momenl critique et fort occiip/^ d'une dernière résolution. II y a des siècles que vous ne nous avez écrit; je vais envoyer a la poste, avant de fermer» pour massurer si vous ne nous donnez point encore signe de vie.
Lami se porte doucement, et point plaisamment; flnxion aux dents, courbature, petit frisson, misères enfin; Eudora va bien, sans reprendre les brillantes apparences de la belle santé. Avez-vous des nouvelles fraîches de Tami Lauthenas? Je le sais à la canq^af^ne '^* depuis quelque temps. Adieu; vous aurez reni nos lirlms; nous vous embrassons.
[\ lîOSC, \ l'ARFS'l]
19 juin [1785, — de L]foii],
Hier au soir, <^n rentrant, nous avons trouvé votre lettre du i3; et, quoique
<*^ Buse, IV, 61; Dauban» II, ^199. — lîosr îi duli^ cMif lettre da f»3 mai ij8à et l'îi placée en ct»iifià[uencc. Mois, a celle date de 1 78/i , Madame Roland »%it a Paris , uinsi qui» Botic et Lanlhenas.
n suHii d milears de raf^proeber cette lettre de celles dei 8 et iS iitai et 4 juillet 1 785, poiH* voir qu'elle e«l de la ménieaniié*,
*** A la njûisoii tles champs de son pt^iv , k deux kilomètn^s du Pn\, Cette m ni son, Hilui^e à c6t^ des roefie^ basaltiques a] 1 pelées le.s fT orgues d'Espalytt, et d nu l'on domine Il la \\m lu voilile de la Horue et le tiiti^sin de Polignac, existe encore. Elle s appelle /r CùiicL
^^J Boftc, IV, 91: lïaulian, ll,5:^i.
j'aie bien peu de temps à moi^ que d'ailleurs vous deviez avoir maintenant une des nôtres qui vous instruit de notre marche et vous éclaire par conséquent sur la cause de notre silence, je ne puis résister à l'empressement de répondre aux expressions touchantes de votre amitié inquiète.
Il y a longtemps que je m'aperçois bien ne vous guère écrire, et que je désire trouver l'instant de le faire avec ce loisir si cher à la sensibilité; affaires de ménage et aussi de cabinet ont tellement rempli mes journées, que mon petit voyage en a été retardé, malgré l'extrême activité avec laquelle je me hâtais de les terminer. Arrivés ici depuis quelques jours, le temps y coule comme vous savez qu'il fait en voyage lorsqu'on n'a qu'un temps borné et qu'on n'en veut absolument rien perdre.
Nous sommes établis dans un appartement que mon bon ami a loué pour lui, et oii le petit ménage peut s'établir au besoin; j'ai amené notre Eudora, la bonne et le domestique ; tout cela s'arrange à merveille. Nous sommes dans une belle maison (*) et un beau quartier, tout près de l'Intendance, fort loin de plusieurs de nos connaissances; mais la plus éloignée me prête son équipage, dontj*use à discrétion. J'ai été voir hier la Sainte-Huberti ^^^ dans son triomphe, jouant Didon, que je ne lui avais pas vu représenter à Paris; je l'ai trouvée sublime. L'ami a plus d'une affaire : compliment à l'Académie comme titulaire^'); autre séance à la Société d'agriculture, à laquelle il tient aussi ^^); soins
(*) La maison Coiiomb, place de la Charité, à ctAé de la place de Beiiecour. L'Intemlancc , où Roland avait son bureau , était rue Saint-Joseph.
^'' La Saint-Huberti avait quitté Paris rr]e 4 ou 5 juin , pour son congé annuel de deux mois 1» ( E. de Concourt , p. i ^ 8 ). Le 3 5 juin , elle chantait h Marseille. Son séjour à Lyon (lut donc être fort court. Elle avait créé Didon à rOpéra, le i" décembre 1788.
^'^ Roland avait lu préparatoirement, à TAcadémie de Lyon, dans la séance ordinaire du 1^ juin 1785, son discours de réception «Sur l'avantage des Lettres et des Arts relativement au bonheur pour ceux qui les cultivent , et de leur influence sur les mœurs ï) {Registres de r Académie de Lyon)^ discours qu'il lut ensuite dans la
séance solennelle du 6 décembre 1786, et quil lit imprimer (43 pages in-8*) sous ce titre : «rDe Tinfluence des Lettres dans les provinces, comparée à leur influence dans les capitales, n
^*^ La ff Société royale d'agriculture de la généralité do Lyon» avait été fondée en 1761. Sa séance publique annuelle venait d'avoir lieu, le 17 juin (Péricaud, Tablettes chronologiques de Lyon), Elle était organisée comme un grand comice agricole de nos jours, avec un bureau général de vingt membres, siégeant à Lyon, et quatre bureaux particuliers , de dix membi'es chacun , dans les quati-e autres villes d^éiection de la généralité. Ce n'est que comme membre d'un de ces bureaux particuliers que Roland pouvait, dès juin 1786, <rteninî h la So-
de son l'inl ; irnseigriemeiils à prendre pour ia siiik» du travnil encyclopcïdiijue. Il deiîicurerail trois mois ici, qu'il y serait toujours occupa; j'y resterais autant sans ni*ennuyer. J'ai pris un maître de forte-piano et je travaille tous les mîilins, un peu seulemenl, car les sorties, dîners, ett%, s'emparent d*une grande partie des jours. J*ai renronlre, lautre jour, M. de Jussien, le jeune ^'J, chez sa sœur que j allais voir, et dont le mari a un fort beau cabinet dliisloire naturelle.
Eudora m\i donne liier un peu d'inquiétude : elle niù paru prendre un petit accès de lièvr*»: elle est assez bien ce matin.
Nous recevrons votre voyageur de Perse ^'^^ avec un double inlérét. NVût-d que la recommandaticni d'avoir vu du pavs, nous raccueillerîons : que sera-ce donc comme votre ami!
Ecriver-nous plus bmguenient. J'avais mille choses à vous dire sur la dernière résolution qui vous laisse à nos vœux; mais ce sont précisément sur les choses doni le cnnir esl le plus |4ein que Ton garde le silence, quand on n'a |*as le temps de tout exprimer.
Au reste ^ si vous n\m deviniez pas k plus grande partie, vous ne seriez pas tligne qu'on vous rex[ïliquàt. Croyez que, de tous ceux à qui vous êtes chers, il n'en est jioint tjui sente mieux que nous le bonheur de vous conserver à l'abri de ces grands l^isards r|u'on n'aime point à voir courir à reu\ auxquels ou a attaché eu quelque sorte son exislence.
Adieu, mon ami; nous vous embrassons avec toute la franchise et tout lahaudon de celle tendre amitié que nous vous avons vouée pour la vie.
citUé, cav il ne fut reçu du bureau général, cc9t-h-dire élu membre tilulaîi'*?, que le 18 iKivouibre siiiviiat« — Voir Appeudit*e H. *'' Antoiae-Laurcot de Jussieu, h' plus céli^br»:' de la famille, iproti a|ipetail ît'jeune, parj'apport à son oncle Bernant de Jussieu. — On sait que Madame lkdand,en 1780, avait. suivi mn cours au Jaixlin ftu Roi. *' L<' uatnraïiste et vtiynf^eor A rut ré Mi-
diau\ ( i74tî-i8oa ), qui revenait de iVi'se. Arriva? h Paii^i eu juin jyHB (!iio/fr. Raiibe), it en repartit pres^fue aussitôt («eplemfîre) |)Our aller passer onze années aux htatstluis* (Test avec l'espoir de fy retrouver, dans la Caroline, k Cîiarirsiou, oii il avait cn¥ un f|ranil jardin dlïistoire natiicelle, ijiie fin se s'e m ban [liera en i7<jtK — \oir Aji|ieiidirc k*
[À BOSC, A PARIS ^*'
Le & juillet 1785, ~ de Villefranrlic.
[Nous sommes de retour depuis deux jours, fort en l'air, très occupés de beaucoup de choses de correspondance et autres qui sont un peu demeurées en arrière, et d'affaires de ménage qui redemandent la vigilance accoutumée, sans compter ces petites misères dont chacun a son lot dans ce monde.
Je suis loin d'avoir cette aimable tranquillité dans laquelle ou se plaît à causer avec ses amis, surtout quand ils sont dans la disposition et les circonstances oii vous vous trouvez. Je voudrais m'entretenir doucement avec vous sur les liasards et les avantages des deux partis entre lesquels vous avez fait un choix ; sur la folie de se consumer en vains regrets quand on a eu de bons motifs pour se déterminer; sur la chimère et le vide de cette gloire pour laquelle on fait tant, qui nous trahit presque toujours et ne conduit jamais au repos par lequel on voudrait finir et qu'on ne cherche, inutilement pour l'ordinaire, qu'à rendre plus doux par elle. Je voudrais mettre dans votre tête quelques grains de plus de philosophie en échange de cet excès de chaleur hâtive qui produit de bons effets et de grands tourments; je crois que tout cela, administré par la douce amitié, pourrait vous être de quelque agrément, et serait certainement un soin touchant pour moi; mais les choses me pressent, le temps m'entraîne], et je passe aux affaires dont je suis nécessitée à vous entretenir.
En arrivant ici, nous avons trouvé les caisses de nos gravures , livres et vases. Quelques gravures sont très plissées, froissées, enfin gâtées; des deux vases, le socle de l'un est endommagé et a l'un de ses rebords cassé; la petite base de l'autre est séparée en deux morceaux et sera
^'^ B08C, IV, c)3; Daubaii, II, 53^i: — iiis, Oa^c), l'ul» *2bij'ù')'j.
fliflicilc h raccommoder. Il esl d'usage que des objets de cette nature ne se mettent jamais à nu dans des caisses; on les enveloppe d'ëtoupes et 011 remplit tous les vides et interstices avec de la sciure de bois. Quant aux {gravures, on doit les ranyer à plat, bien iHendues dans une caisse convenable, crunme elles seraient dans un carton. Je m'étonne que M. Le Monnier ne vous en ait rien dit, et je ne vois pas coninieni il s'est fait que vous ne vous soyez poiut conciliés réciproquement pour cet envoi, comme nous Tavions espéré.
Je sais bien que, malgré ces désagréments, nous vous sonmies loujoncs ftut oiïligés de la peine que vous avez prise, parce que certainement vous en avez eu, et vous avez fait de votre mieux, en bon ami qui s'emploie^ de tout son c<piif; mais je vous ilis ce que sont les choses, a lin qu'eUes vous servent d'expérience, dans une autre occasion, [mur vous-même ou vos amis.
N'oubliez pas de nous envoyer la note des frais en sus des 5 livres pour ces obj**ls retirés du Mont-de^Piélé; faute de cette note, nous ne pouvons finir avec la persoune que cela regarde,
[Je joins ici une Heur que je ne connais pas et que, faute du Geim^a '*), je ne saurais trouver. Elle a [mit étamines; la plante est herbacée, hauJe de demi-pied environ, pbis on moins; les fleurs naissent aux aisselles des feuilles et sont portées par un pétiole renflé à la base; elles \ii*nnent an long de la tige, au sommet de lafjmUe elles se réunissent en bouquet,]
Vous me feriez grand plaisir d'aller voir* mon bon oncle de Vincennes, à qui je n'ai pas le temps d'écrire.
Les papiers venus de M"" d'Arbouvillt^ devaient enecliveraent être joints aux autres objets; mais gardez-les jnsqu'à ce que vous ayez une autre occasion, et ne les laissez pas égarer^-'.
Voici des quittances fort intéressantes; faites-nous le plaisir d'en
'*' Prohableiiieût le Gênera pfantarum *** On voit qu'au milieu fie 1786 Jes d<'-
tle Liunt^ ( 1 737 ). Celui tl^Antoiue-Liiureut marclips pour les tjtHtres de noblesse duraieiil
de Jui^^leu. qui dnvait renouvetor \n rua- nucorc ou venaient .seuletneut de |irendiv
Ihudc, uti panit qu^Hi 178^. liu.
trouver une rescription sur Lyon et de nous l'expédier le plus tôt possible, car je suis fort équitable on juste, et j'attends après largeut; mais surtout que ce soit pour Lyon.
L'ami a ses yeux toujours malades; il écrit cependant à forcé, car il doit partir sous peu de jours pour une tournée dans la montagne. Adieu, nous vous embrassons corde et anmo.
J'oubliais de vous dire que, parmi les gravures, nous avons des doubles et qu'il en est qui nous manquent, et que M. d'Eu a par conséquent en double; embarras assez grand à débrouiller. C'est un travail d'éclaircir le tout et ensuite de rendre à chacun ce qui doit lui revenir.
[À BOSC, À PARIS <'^
a août [1780, — de Viilefranche].
Enfin me voici ayant devant moi une demi-heure jusqu'au dîner, et vous destinant cet intervalle pour que vous ne répétiez pas : « C'était bien la peine de se retirer en province! j?
Vous saurez d'abord qu'avant-hier je me mourais, qu'hier j'étais languissante, qu'aujourd'hui je me porte à merveille, (jue je suis gaie comme un pinson et des plus éveillées.
Demandez-moi pourquoi? Je n'en sais rien; c'est comme cela, voilà tout; et qui se représente une succession continuelle d'une grande activité et d'un abattement extrême voit l'histoire de ma santé. Mon bon ami a pris des lunettes, je TOUS l'ai déjà peut-être dit; ses yeux sont un peu mieux, sans être guéris; il use des bains depuis peu de jours; mais des affaires et puis des affaires reviennent sans cesse le harceler : liintAt c'ost l'administration aveugle et tâtonnante, édifiant d'une main, abattant de l'autre, demandant toujours des avis et n'en suivant aucun; tantôt ce sont les Académies, auxquelles il faut débiter de jolies choses lors même ([u'on en a le moins d'envie; tantôt les relations utiles; tantôt les correspondances agréables qu'il faut cultiver avec un
(•) BosclV, 9/i;Daiibaii, 11, 53/i.
soiQ éjjal, puis le grand ouvrage par-dessus louL, la suite de reatreprise encyrln[H'di*|ne, «pi'enfin il est besoin de reprendre ^^l D*après cjuoi^ attendez-vous h ôlre tourmente coiiinn^ lui demun: déjh l'on se plaint tiececpic vous ne parlez plus de M. Audran, de i-e que vous paraissez le négliger, etc.; il faut le voir^ le suivre, le presser, ol^tenir beaucoup de choses, beaucoup le pousser pour en avoir davantage, ainsi du reste» Vous avez eu des mémoires de ijuestions sur les pelleteries: il faut chercher, les remplir et nous les envoyer; nous songeons tout de bon à ce grand travail; il faut tout mettre en Fair, tout mettre en (Euvre pour rassembler, multiplier et compléter les mati'riaux; partez de la, r<îunissez votre zele pour les connaissances a celui de Tamitié, et servez-nous comme vous savez et pouvez faire.
Autre chose, monsieur le naturaliste, chimiste, etc.: employez vos himières au bien de rhumanité. Vous saurez que nous avons des vipères au Clos, (|u^m enfant de douze ans vient d*en être piqué et est mort en moins de vingt-quatre heures. Trouvez-nous un remètle silr cl fiicile qu*on pm'sse avoir partout sous la niuin, et luénie avec soi; il s'agit de rhumanité et peut-être de vos amis. Déjà nous rencontrâmes, il y a cinq ans, à mon premier voyage ici, dans notre enclos, près de la maison, une vipère que mon Koland tua, même sans sa Durandal; mais j ai une Eudora qui sVcliappera (juelquefois au jardin de dessous mes yeux, qui peut rencontrer dans une allée écartée, sous rherbe, ce
terrible reptile Grand Dieu! le cœur me manque et je hais le Clos.
Cest bien vrai, nu moins; plus d'une raison nous dégoûte de cette campagne; nous avons abandonné le projet d'y rebâtir; et si vous, qui savez tant dechoses, appreniez par hasard <|u il se trouve à vendj*e, près de Villefranche ou sur la route dlci à Lyon, une jolie maison avec un beau jardin, de bonnes eaux, en belle vue et bons fonds, avertissez-nous pom* que nous en fassions Facquisition, N'est-ce pas une bonne folie que Tidi'e de vous ftiire chercher cela? C'est que c'est une chose difficile et rare, à notre grand regret.
Eh bien, le pauvre Lanthenas est donc délié ^-^? Nous le verrons, j'espère.
^'* Nous avons déjà dit (|ue le fïremier H le second voloaie du Diclionnain des Mcutufaeturta avaient pai-ti (178^ et 1785) el que Roland îilliiiL commencer le lroi*;ième; »oii traité avec l^auckoucke est daté de Lyon, iô aoât 1785.
La pi»ke, qui se trouve aux Papiers Ro-
îtjtidf ïiis. <|53a , fol, » Oq-i 63 » est de IVcrilïïre de Miidame lloliiiKi et signée jiar son uiati.
^^j 11 ue peut y avoir Ih nue allusion à la mort des parents de Lantlienas, car sa mère ne mourut, aini^i que nous Ta vous dit, que le 3i août 1786, et son père un an
mftktUtMtm MAtlOMéL»,
dans quelque temps; je m'en réjouis beaucoup. Ma chère Eudora maigrît, dépérit, sans que je sache à quoi m'en prendre; jai imaginé que Feaa n'était [las honne, j'en envoie chercher à une fontaine hors de la TÎIle ^h on a cru qu'elle avait des vers; je lui ai donné du semm-eonira dans du miel, puis du citron et de l'huile; elle a été menée terriblement, sans faire de rers que l'apparence d'un petit, dont je ne suis pas sûre; la langue chargée, Iliaieine fade et bilieuse, le teint pâle et morne, les veux creux, les chairs mollasses; vive et gaie encore, et fort douce, et fort caressante quand elle souffre, voila ce qu'elle est, ce qui me tourmente et me déchire. Ces inquiétudes m^'usent et me consument; d'autres sollicitudes m'occupent et m'échauffent; et au miheo de cela, tantôt j'ai un courage de lion, tantôt je suis attendrie a pleurer. Adieu, je vous souhaite force, santé, paii et bonheur; nous vous embrassons de tout cœur.
[À BOSC, À PARIS (')
8 aoât 1785, — de Villefraiicfae.
[Et moi, Monsieur, je commence ma journée par vous; au reste, c'est par Tordre de mon seigneur et maître , qui me donne votre lettre à mon réveil. 11 est pourtant dix heures; mais j'ai pris un bain à sept, je me suis recouchée après, et j'ai dormi dans ce calme profonde! cette douce fraîcheur si nécessaires à la santé. J'avais été hier à un petit bal qui se donna par un de nos locataires, et j'y avais dansé deux contredanses; notez que, depuis deux ans avant que je reçusse le grand sacrement, je n'avais plus dansé; j'ai éprouvé que le goût de cet agréable exercice ne s'éteint pas si vite; et, malgré mes trente-un ans. je ne me retirai à minuit que par sagesse et non par satiété. Je ne sais quel conte vous me faites de votre homme dans le grand genre; le counaissé-je ou non? 11 me paraît dillicile de le recevoir à mes genoux à
après. Il s'agit plutôt de ses arrangements ^'^ Voir lettre du 18 mai 1785.
avec eux, pour obtenir un pai-tage anticipe •* Bosc, IV, 96: Daaban, 11, 536; —
qui lui permit d*aller s'établii* ailieors. ms. ëaSg, fol. Q58-a59.
la première entrevue, si je n'ai pas encore la plus petite notion de lui* En vérité, vous n'avez point de pitié d'une habitante de province dont riiuagiuation se refroidit tout natnrelleraeat par finflnence de ce ([ni Fentoure. Ce n*est pas que nos provinciales y fassent plus de façon que chez vous; mais moi je Irouve nos provinciaux bien plats, et quand je n'aurais pas déjà été sage par liabitude et par principes, je It* serais devenue par dégoût et pis-aller. De bonne foi, il ne vaudrait pas la peine ici de perdre Fbonneur du champ de bataille. Aussi j'ai pris mon alhu'e, et votre merveilleux ne m'en fera pas changer; tant pis pour lui s'il nest pas content. Mais si c'est un homme de diligence, votre annonce sera sans doute inutile : cette voiture ne laisse point de reMche; s'il en est autrement, je compte sur quelque bonne espèce à votre manière.]
Parlons d'affaires. L'ami regrette beaucoup que vous ayez fait accepter la lettre de change; il craint d'en pf^rdre les six louis en question pour lesquels il vous avait renvoyé la lellre de Panckoucke» C'était une alfaîre à traiter avec lui verbalement et à terminer tout d'une avec la lettre de change. Veillez à cela, car cette petite diilérence ne nous est pas tout à fait indillérenle.
Je ne sais pas encore trop bien ce qu'il faudrait conseiller à Lanthenas; il a toujours eu, en homme sensible et raisonnable, quelque penchant au mariage: peut-tHro faudrait-il qu'il s'établit docteur en ([uelque ville de province, où il pourrait trouver une tille honnête dont la fortune , réunie à sa petite légitime , lui fît une existence agréable et sûre.
Puisqu'il a quelque chose et que Williamos^^^ est parti, et qu'euDu il n'est pas, à beaucoup près, de cette santé ni de ce caractère propres aux grandes entreprises, je doute qu'il lit bien d'aller en Amérique*
Nous y révérons encore. JVspère l'avoir à la campagne, où nous
'^^ Wiitiamus élait un Ami^ncain , de la (iroviuco de New-York, que Laiilheiias avait vu a Paris en septembre tjSh, au morne ul oii il venait d'être reçu tJocLeuJ*. el qui lui
avait offert ses services pour aller s'ëtablir en Amérique (ietti^e inédite de Lantlienasà Bosc du uh décembre 1784, collection A Ifr. Vlûriiî^cïii),
irons le mois prochain; nous aurons quelque embarras à la fin de ce mois, que nous allons faire peindre le cabinet.
[Je vous envoie une plante que j'ai prise, à son port, pour une espèce de valériane ; mais j'ai cru y voir des diflTérences spécifiques; elle est ici fort commune au bord d'une jolie petite rivière ^^K Adieu; j'ai dans ce moment à mes oreilles le père Renard ^^\ qui nous dit que son fils vous a vu trois fois, mais que vous êtes si occupé qu'il craint de vous déranger. Adieu ; nous vous embrassons de bien bon cœur.]
[À BOSC, A PARIS (')
19 août [1785, — de VillefrancheJ.
Tandis que vous dîniez avec vos savants, nous dînions ici avec la veuve d'un académicien el des comtes et comtesses du voisinage, tant sacrés que profimes; car il y avait dans tout cela une chanoinesse et un comte de Lyon^*^; jugez de la sainteté des personnages! La veuve est celle du comte de Milly ^^\ fort aise, avec grande raison, de sa viduité. Si vous ne connaissez pas son histoire, je vous en régalerai un autre jour. Nous n'avons point eu à visiter un herbier intéressant comme celui qui vous a rendu si heureux, mais nous avions des officiers honnêtes et passablement instruits, chose trop rare dans les militaires pour n'être pas fort agréable, et nous avons terminé la journée par une promenade à une vogue ^^\ c'est le nom qu'on donne ici aux fêtes pour lesquelles
'^ lie Morgon, qui traverse Viilefrancho.
^*^ Inconnu.
''^ Bosc, IV, 97; Dauban, II, 587.
^*^ Les chanoines de la calhëdraie de Lyon (Saint-Jean) avaient la qualité de comtes.
Il y avait, près de Villefranche , plusieurs chapitres de chanoinesses , à Salles, à Alix, à TArgentière, à Neuville, etc.
^^^ Nicolas-Christiem de Thy, comte de Milly, chimiste, associé libre de rAcademio des sciences, né pi*ès de Beaujeu en 17*28,
mort à Paris le 1 7 septembre 1 784. — Voir Mémoires secrets, 98 septembre fjSi; Alitianach de Lyon, 178^ , p. 9 1 q.
^*^ La date indique que cette rr vogue» — c'est en effet le nom des fêtes votives en Beaujolais, Bresse, etc. — était celle de Saint-Boch, hameau de la commune de (ileizé, a deux kilomètres de Villefrancbe, ({ui avait lieu le 1 G août. Nous l'avons vu célébrer encore, eu notre jeunesse, dans le grand pré que décrit Madame Roland.
hn
if* peuple se rassemble a la campagne dans un pré, où rlincun dansv et boit h son bien aise; il y a des violons ici, des fifres un peu plus loin, là une muselle; renx qui n'onl pas d'instruments y suppl»îeut par la voix; d'autres avalent jjaiemenl. sous (If^s tentes, le vin dur et vert comme celui de Suresncs; et f|uelinierois les brilles dames foni aussi des contredanses. Mais revenons à nos affaires; vous (Hes un frime liâbleur, un grand prometteur de riens; vous anuonee^ toujours des gens qui ne viennent jamais: c*est bien ia peine dv faire ainsi venir feau h la bouche pour un (jnteshpt'^'l l*t*jà trois fois nous avons eairult?, attendu Tt^poque où devait, suivant votre avis, nous arriver quelque personnage : aucun ne s'est encore montré. Je me console pourtant de votre amoureuv depuis que je sais f|uil n'a que quinze ans; t-'est ù former, et je ne suis pas encore assez vieille pour faire reducalrice et ciiereher fortune parmi les écoliers : je ne crains point qu'ils s'y connaissent, entendez-vous, Monsieur Eh! mais vraiment, je voudrais vous voir en Angleterre; vous y seriez amoureux de toutes les femmes; Je Tétais fjutui, moi femelle. Celles-là ne ressemblent point du tout aux nôtres, et ont gént'Tidemerit cette courbure de visage estiun'(* de f^vater. Je ne suis pas étonnée qu'un homme sensible, qui connaît les Anglaises, ait delà vocation pour la Pensjlvanie. Allez, croyez que tout individu qui no sentira point d'estime pour les Anglais H un fendre inlérr^t mêlé d*admiration pour leurs fenimes est un lâche ou un élourdi, ou un sot ignorant qui parle sans savoir ^-^
Vous, Monsieur, vous êtes un impertinent et aussi un étourdi; car je n'ai eu un soupçon de vfthh-mne que par le port, et ce sont It^s très grandes différences spécifiques qui m'ont assuré que c'était une autre plante et fait vous demander son nom. Or donc, tirez la conséquence : si vous jugez, d'après ce baliillage, que je sois fort gaie, vous vous tromperez grandement; j'enrage de tout mon cœur, et vous le croirez aisément quand j'aurai ajouté que je n'irai point du tout h la campagne cettt' année, que je ne verrai pas plus le Clos que vous ne h voyez vous-même; toute la dilïérence, c^est que j'en mange quelques fruits; mais ils ont fait deu\ grandes lieues, ils ont perdu leur Heur, et enliu ce n'est pas moi qui les cueille.
Je finis par cette cotiqiiainte. ef vous souhaite joie pt santé.
'^ Nmis ae savons ce que si^jnifio ce terme > i\é]h employa dam h leUre ihi 1 1] mai 178S.
''*^ Voir VoifagpdW nifletenr , tJH , p, q35 : "-Les femmes, bien i^lev^cs, ont un air virginal et loïichant , de . ♦ . ^.
[À BOSC, k PARIS <•).]
99 août 1785, — de Villefranelie.
J'ai attendu le courrier, espérant avoir à vous répondre ; mais vous ne nous donnez pas de vos nouvelles, l'heure s'est avancée et vous n'en aurez pas long des nôtres.
Voici un paquet pour votre académicien, puis une lettre pour M. d*Eu. Faites prompte expédition de chacune, afin qu'on puisse terminer enfin les comptes des afl'aires de Rome.
Je vous envoie une plante aquatique, extrêmement commune en ce pays, et que je vois souvent sans que je l'aie encore pu saisir en sa fleur. Supposez, si vous voulez, encore une dizaine de degrés d'ignorance; mais je vous en crois cinq, si vous ne me nommez cette plante que j'ai quelque soupçon de vous avoir déjà envoyée sans que vous m'ayez donné satisfaction.
Adieu. La pauvre Eudora est plus maigre que jamais. Imaginez donc, vous autres savants de Paris, ce que peut être l'état d'un enfant autrefois robuste et florissant, qui perd son embonpoint, sa fraîcheur, en conservant l'appétit, le sommeil, paraissant faire de bonnes digestions et ayant encore sa gaieté. Des yeux battus, quelquefois éteints; une peau sèche et brûlante, une pâleur extrême, des chairs molles, une maigreur qui ne fait qu'augmenter, moins d'élasticité dans ses mouvements et parfois de la lassitude. Notez que souvent on lui a donné des contre-vers parce qu'on se persuade généralement qu'il n'y a que des vers qui puissent causer cet état; mais, quoique plusieurs de ces vermifuges l'aient quelquefois purgée violemment, jamais elle n'a rendu l'apparence d'un seul ver. Que faut-il faire? Le docteur de ce pays veut purger, émétiser, etc. . . Mais c'est un purgeur impi-
''^ Golleclion Etienne Charavav.
\NNÉE 1785.
tojabh* tpi énuHiserait 1p diable et qui pourrait tuer mon enfant. Je ne sais à quoi me rtSsoudie et je me ronge de soucis. Voilà ce qui m*occupe el m'attriste maintenant par-dessus tout. Oh! combien Ton paye les douceurs de la maternité!
Est-il vrai que le prince Louîs^*^ ait éiv arrête au milieu de la galerie, êi Versaillrs? Celte manière a (jiielque cbose d'étrange; niandez-nons le pourquoi, le mode et le lieu où on le dit renfermé*
Voilà un cliien de papier, je ne me servirai plus jamais de son pareil.
[i BOSC, \ PVRISf^'.]
«7 aoèl(i785, —de VîUefrancbe],
Le I
rès-tlf^
queiqui^
de lois
mais j ai quelques moments et je veux nie dépAeher de vous <lire que vous n'nvpz pas le m/'rite de m'avoir le premier nomm»' Ln Blîinrherie- J'avnis appris e|u'i! iStait à Lyon , et de ce moment je ne fis aucun doule que ce fût lui dont vous aviez voulu me parler'-^*. Je sui& pourtant bien aise de savoir que vous ne lui aviez pas annonc«i Mademoiselle Phlipon, sa m'^fjligence me paraît plus excusable. Je mus modeste, moi! Mais ce que je vous apprendrai, c'est que La Itlancherie étant allé voir à Lyon le directeur de FAcadémie, M, de Villers, pour le prier de le conduire à une séance. M, de Villers lui demanda, d'un ton d'égard el dlionntUeté, s'il désirerait être associé h cetle conq>agnie, nfJ\on, dit La Blancherie, jV ne doix Stre (Tmtmne, — Et pourquoi? — Parce quil me^ faudrait Hre de Imites les AcaSmies de t Europe, ji M. de Villers, homme grave, qui a du caractère et de l'énergie, se contenta de répondre : «Vous m'avez dit. Monsieur, que vous deviez dîner chez M. tel; vous pourrez aussi le prier de vous conduire à rAcadémîe. v J*ai vu ici, h la séance de la nôtre ^^L deux ou trois hommes de mérite qui sont de
*'^ Le cardinal de Roi in n , arr^Hé îe 1 5 août 1785 paur lalTuire du collier.
^'J lkps<% iV, (»8: Daubaa, !l, 531).
^*' Voir lettres des 8 et 19 «oiît t'jHh. **î La séance publique annuelle de TA-
cadémie de Villefi'ancho se teuait» comme presque pa ri ont , le a 5 août , jour d« la Sîiinl- Louis. C'est à la place de son frère If cbaiKiine, indisposé, que Rokmd lot le dincour» dr*nl il avait déjà donné letlure h i\\cadë-
Lyon, et c[ui se sont accordés à dire que La Biancherie était d'une fatuité insupportable. Entre nous, cela ne m'a pas trop étonnée, car il me semble qo'S avait quelque dû^position de ce genre il y a dix ans; or un intervalle aussi grand, employé à intriguer dans le monde, a dû la développer merveilleusement.
Venons maintenant à notre séance académique, qui a été bien remplie et très agréable, au jugement de tout le monde; je vous cite celui-là, parce que le mien pourrait vous être suspect h deux égards. Premièrement, mon bon ami a lu un discours fort applaudi , sur tinjluence de la culture des Lettres dans les provinces, comparée à leur influence diins la capitale; il y avait beaucoup de choses sur les fenmies, dont plusieurs se sont mouchées, et peut-être m'arracheraient les yeux si elles imaginaient que j'y eusse quelque part.
Le directeur ^^^ nous entretint des découvertes du siècle; un étranger nous présenta fort agréablement Topinion que les plantes ne sont pas dénuées d^ sentiment; il Tétaya de faits intéressants. Cet auteur est un Suisse , fixé à Lyon, ministre protestant, arrivant d'Angleterre, où il a été reçu docteur à Oxford, et nouvellement marié à une petite femme de dix-huit ans qui est de Sedan, et qu'il nous a amenée ^^l Nous les avons retenus le jour d'après la séance, et
mie de Lyon, le i^ juin précédent. On voit ici que Madame Roland, comme toujours, avait collaboré à Tœuvre.
^'^ fflicR. P. Gomèfl, du tiers ordre de Saint- François» {Almanach de Lyon, 1785).
^'^ Ce ministre protestant , que nous verrons souvent reparaître dans la Correspondance, était Benjamin-SigismondFrossard, néà Nyon (pays de Vaud) le q3 août 176/4 , mort à Montauban le 3 janvier i83o. 11 était, depuis 1777, pasteur à Lyon, ou plus exactement aux Charpennes, dans la banlieue, le culte calviniste n'étant pas aulorisé intra-muros; mais il résidait dans la ville, au quai Saint-Clair; c'est Ih que Brissol le vit en 1 ']Sfi{ Mémoires de Brvisot,i, II , p. 11 ^ et suiv.). Maiié à Sedan, en 1785, avec Marie- Anne- Amélie Drouïn, il se lit à Lyon une situation considérable par son activité et ses écrits. Lié avec Blot, Tami de Urissol,
en relations avec tous les honmies qui, à Lyon, s'occupaient des questions économiques et sociales , membre de diverses académies ou sociétés savantes, secrétaire de la Société d'agriculture de Lyon pour la correspondance étrangère, c'est lui qui, en 1 789 , conduisit Arthur Young chez Roland {Voyages en France d'Arthur Young, t. Il, p. 97, édition de 1793). On verra plus loin qu'Eudora Roland fut quelque temps en pension chez lui vers cette époque.
H prit une part active au mouvement de la Révolution , d'abord à Lyon avec les amûi de Roland , puis à Clermont-Ferrand , où il l'clrouva un autre ami des Roland, Bancal des Issarts, el à Paris, où Roland, le 90 décembre 179^2, le faisait nommer commissaire national en Belgique. Après bien des épreuves, il devint, le i5 septembre 1809, le premier doyen de la Faculté de théologie
ANNKK 1785. 537
nous nous sommes l\h de connaissatice. Un grand vicaire de Lyon, que nous connaissions d'ailleurs^*^ a lu des morceaux d'excellente critii|ue, Iraduits d'un Allemand» Le scrrélaire^^^ a débité une éjïîlre en jolis vers, adressée a noire aral sur son retour dans sa patrie, accompagné d'une épouse dont le poète a parlé à la manière des poètes. 11 est plus que douteux que cela lu ait mis en gnmde recommandation auprrs des femmes; et, n'osant en rien dire, elles voudraient bien pouvoir critiquer le discours d'un académicien dont la femme a reçu un élo|;e public* Malbr^treuseinent, en renfermant de grandes vérités sur leur complc, il est extrememenl poli et même élégant, Au reste, le s<MTéiiurp est un homme grave, distiiifjué par ragrément de son esprit, el doyen du chapitre. Parlons maînlunant de vos messitMirs Diicis el Thomas ^^^ qui sont 5 Lyon el s'y prômml Tun Faulre, comme les d<^ux ânes de la lable. Le dernier s*est avisé de faire imprimer des vers o ce Jeannin que vous eonnaisseic, et dont tout le
prolpstunle cje Monlaubau. Nous lui coiisaentrons, dum uoÏit A(>[ïeafiic« 0, une nrvlice plus fMùiillt^e.
^'' Thomas de Merle de (iaBlillon» vicaire général di* TaiThevéque, diatinïiie et bfirï>n fie Sainl-Jaiît, njeudjre de TAcadémie de Lyon et associé de T Académie de Villefranclie depuis 177^. Singulier viauje géuérflli [[ avait édité h Lyon»eai783 (A vqL in-S") , los <jL'uvies dp Charles Bordes, un jjot'te ïytmuaii peu s^^vère (Dumas, HLsloire de i* Académie de Ltjon , i. I, p. 1 35, 177, 3 g i'j). i le8 ff morwa u \ iVutie excelle n I ♦? cri licpie, truduils d*un Alfêmainh, éLaient h traducliofi libiv (fun U'idt^ (latîn ) tle Menrk<^n» ffsur la cliarlatanerie des savants^» lecture que Caslillon avail di»jîi faile le qi ji>iu pr^cëdenl à l' Académie de I^yon.
Né en 1765, daos rAg^nais, c'esUa^dire cnmpatriole de l^i^rclievï^que Moulazet, Mede de (laiîtdloTi fut jruitlaiiiie à Lyou le 18 février 1794.
' t.e doyen <^ï>âielain Dessertine». — Voir iettr*.^ ilu iH mai \jH^.
^'^ Thomas ^toit arrive h Lyon en ni?u' 1785, y altendanl son ami Ducis, qui éiini
allé h la Grande-* I ha rtre use. Il apprit que Ducis avait fait, [ïrès des Kchelles, uoe horrible chute de voitui'e; il partit aussitôt, accompagna* de M, Jnniu de Combe- Blanche ^ Tchinu'gien célèbre, dit Tlnimas, qui m*a pjT^tt? une grande berline anglaise où il y avait un liln. Ducîs ramène a l^you, Janin installa les deux arnis chez lai. L^^ jour de la SaintJean (a/j juin), fête de Janin, Thomas lui exprima sa reconnaissance dims une épître en vers qu'il communiqua à rAciul^^ mie de Lyon le 19 juillet. Il y eut encore, le a août, une séance particulière de TAcadéuiie où assistèrent Tlioraas et Ducis, avec (raniresin>ilés (Dumas, Histoire de l'Académie de Lijon , 1. 1 , p. 1 47- 1 5 2 ), — A la séance publique dn 3o août, postérieure h cette lettre, Thonias hit l« 7" chant de sa Péuiide et iHicisliit une EpUre à î'amitié. (Voir /.p« de ij'jtS à i'j88i pnr A. Metzger ei J. Vnescn, p. 03.)
Thomas mourut le 17 &eptembi*e 1785, a Ouîlin», pré? de Lyon, dans la maison de canqïugue de rarclievi-que, M. Malvin d** Mt*nlazet, qui rinhunia dans iVglise du vil- Lige, où on voit eucoi*e son tombeau.
monde se moque *'• L'académicien y loue le chariatan à toute ootrance; et, pour rendre la chose plus touchante, il a inséré dans sa pièce de vers un épisode pour Ducis qui, mourant de frayeur dans un mauvais carrosse, eo traversant les montagnes de la Savoie, a fait une assez triste culbute. Thomas voit en son confrère le Sophocle de la France, traîné comme Hippolyte par ses chevaux indociles, qui font voler son char en éclats. Un provincial, ennuyé de ce jargon et suffoqué de l'encens, a répondu par les vers que je vous envoie, en regrettant bien sincèrement de n'être pas de votre avis sur mes bons compatriotes; mais si les juges de votre Parnasse font de telles balourdises, comment voulez-vous défendre la tourbe de nos badauds? Indépendamment du mauvais sujet que Thomas a choisi pour idole, ses vers ne sont pas mêmes dignes de la réputation d'un faiseur d'éloges. Ce sont pourtant ces deui académiciens qui vont briller mardi à la séance publique de Lyon , oii l'un d'eux lira un chant de sa Pitriide. La Blancherie vous en donnera des nouvelles, s'il repart bientôt; je n'imagine pas qu'il trouve à Lyon beaucoup de souscripteurs.
^'^ Jean-Antoine-Michei-Dieudonné Janin de Combe-Blanche, né à Carcassonne en 1781, que Thomas appelle «run chirurgien célèbre 7), était un oculiste qui, comme on dirait aujourd'hui , pratiquait la réclame. Il s^intitulait «rmédecin-oculistede S. A. S. Monseigneur le duc de Modène et son pensionnaire; proft^sseur honoraire de TLoiversité de Modène , de la Société royale de médecine, des Académies de Dijon, de Villefranche [1769J et de Montpellier, etc. . . , membre du Collège royal de chirurgie de Lyon [1773], rue Saint-Dominique t» (yl/manach de Lyon, 1785). — Voir sur lui et ses prétendues découvertes scientifiques, les Mémoires secrets, 91 février, k mars, 8 et 16 avril 178-2. — Au dëlmt de la Révolution, à Lyon, il essaya de jouer un cer-
tain rôle; à la fête de la Fédération lyonnaise du 3o mai 1790, nous voyons Ggorer (rie chevalier Janin de Combe-Bknchc, commandant général , colonel de la garde nationale de la Gnillotière*. Cf. Wahl, Les commencements de la Révolution à Lyon, p. 107, et Lyon en ijgo, par A. Metiger et J. Vaesen, p. 103, où Ton voit que Janin, colonel de la garde nationale de la Guillotière, sans avoir un mandat spécial pour cet objet, était allé à Paris solliciter les décrets des G et i3 février 1790, qui réunirent la Guillotière à Lyon; d'où un certain mécontentement et un commencement d'émeute le a 3 mai.
Il mourut le 1 a juin 1811 (Péricaud. Tablettes chron. pour servir à l'histoire de Lyon), Voir sur lui Quérard , La France littéraire.
[1 BOSC, k PARIS ^''.]
is octobre [1786 , — da Clos].
Eh! bonjour donc, notre ami. Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit; mais aussi je ne touche guère la plume depuis un mois, et je crois que jeprends quelques-unes des inclinations de la béte dont le lait me restaure ; jastne à force ot m'occupe de tous les petits soins de la vie cochonne de la campagne. Je fais des poires tapées qui seront délicieuses; nous séchons des raisins et des prunes ; on fait des lessives, on travaille au linge; on déjeune avec du vin blanc, on se couche sur l'herbe pour le cuver; on suit les vendangeurs, on se repose au bois ou dans les prés; on abat les noix, on a cueilli tous les fruits d'hiver, ou les étend dans les greniers. Nous faisons travailler le docteur î^)^ H'iqxi sait! Vous, vous le faites embrasser: par ma foi, vous êtes un drôle de corps.
Vous nous avez envoyé de charmantes relations qui nous ont singulièrement intéressés; en vérité, vous devriez courir toujours pour le plus grand plaisir de vos amis, et surtout ne pas oublier de les visiter.
Adieu; il s'agit de déjeuner et puis d'aller en corps cueillir les amandiers. Salut, santé et amitié par-dessus tout.
[4 BOSC, \ paris'').]
t5 octobre [1786], — du Clos.
Vous me voyez oncorc ici, où j'étais venue pour huit jours et où j'aurai demeuré probablement deux mois. Les arrangements économiques avaient déterminé la première résolution; le bien-être moral et physique procure le changement d'avis. Notre mère, il est vrai, fait pendant notre absence autant de dépense que si nous y étions tous; des étrangers prennent notre place à table;
i"' Bosc, IV, 100: Danban, ÎK 5'm. ^'^ Bosc, ÎV, 101: Dauban II, 54 1. —
'^^ [.antiienas. M. Dauban a imprimé à tort tS octobre.
mais que voulez-vous? Nous sommes ici dans Tasile de la paix et de la liberté : nous n'entendons plus gronder du malin au soir; nous ne voyons plus un visage revêche, où Tinsouciance et la jalousie se peignent tour à tour, où le dépit et la colère, couverts de l'ironie, se montrent lorsque nous avons des succès quelconques et que no.us recevons des témoignages de considération. Nous respirons un bon air, nous nous livrons à l'amitié, à la confiance, sans craindre d'irriter par leurs témoignages une âme dure, qui ne les a jamais connus, et qui s'offense de les voir dans les autres. Enfin nous pouvons agir, nous occuper ou prendre de doux ébats, sans la triste assurance que tout ce que nous ferons, quel qu'il soit, sera blâmé, critiqué, mal interprété, etc.
De pareils avantages valent bien quelques sacrifices de la bourse. Cependant il est impossible de faire ce marché toute l'année, à moins que d'une scission absolue; ce n'aurait pas été la peine de se réunir. Eh bien^ vous en dis-je assez, cette fois? Croyez-vous que je vous aime encore? Croyez aussi qu'en vous aimant toujours autant, jamais je ne vous eusse parlé, à vous ni ù personne, de la mère de mon mari, s'il ne vous en eût parlé le premier. Au reste, il faut convenir de tout : ces chagrins, qui m'ont été si vifs et si sensibles dans les premiers mois, me paraissent aujourd'hui plus supportables; je les apprécie mieux. Tant que j'ai pu conserver quelque espérance de trouver un cœur au milieu des bizarreries du caractère le plus étrange, je me suis tourmentée pour le captiver; je me désolais de n'y pas réussir. Maintenant que je vois, tel qu'il est, un être égoïste et fantasque, dont la contrariété fait l'essence, qui n'a jamais senti que le plaisir de molester les autres par ses caprices, qui triomphe de la mort de deux enfants qu'elle abreuva de chagrins, qui sourirait à celle de nous tous et qui ne s'en cache guère, je me sens arrivée h l'indifférence et presque à la pitié, et je n'ai plus d'indignation ou de haine que par moments courts et rares. A tout combiner, il est encore sage d'être venu ici et de s'y tenir; le bien de notre enfant le demande plus instamment que nous ne l'imaginions avant d'arriver. Croyez encore, mon ami, qu'on ne peut avoir un grand bien sans Tacheter de quelques misères; le paradis, la félicité parfaite seraient ici-bas si, avec le bonheur d'un mari tel que le mien et qui m'est aussi cher, je n'avais d'ailleurs que des sujets de satisfaction.
[À BOSC, À PARIS*"
i" novembre 1786, — [du Clos].
Celte lettre est de Roland, et porte tout entière sur des renseignements pour le Dtctionnaire des manujactures. Nous croyons inutile de la reproduire. Il suffira : i' de citer ici le début : rrNous recevons, mon cher, h la campagne, d'où nous partons très définitivement celte semaine, la vAlre du 28 dernier; je vais demain & la ville, préparer les logis; j'en reviens demain, etc. . . <» ; a** de donner les dernières lignes, qui sont de Madame Roland, et qui d'ailleurs sont biffées dans l'autographe.
H est tard, on fait les paquets; je ne puis vous donner qu'un bonsoir, mais enfin le voilà; prenez-le avec cinq ou six ou mille erabrassements de la bonne, franche et éternelle amitié.
J'ai revu à Londres je ne sais combien de ces vêtements de sauvages t*^' que nous avions vus chez Broi^ssonnet; mais nous n'en pouvions mieux connaître comment ils se fabriquent, quelles sont les préparations des matières ; voilà ce que, vous autres savants, vous devriez nous apprendre!
[À BOSC, 1 PARIS*')
Samedi, 19 novembre 1786, — [de Villefranche].
Vous savez. Monsieur le secrétaire, que Mesdames les ménagères ne disposent pas toujours de leurs moments à volonté; c'est pourquoi je vous écris un mot aujourd'hui où je me trouve quelque loisir, quoique le courrier ne parte qu'après-demain.
^^^ Collection Alfred Morrison, 3 fol. les Otaïliens préparent le Moru^/^optri/êra. . .
^^^ Roland disait, 6011*6 autres choses, J'ai vu beaucoup d*liabillrments de ce genre,
diiiis sa lettre : principalement à liondres. . . -n
'•Je n ai aucun délai! sur la manière dont ^^^ Collection Alfred Morrison, a fol.
54i> LETTRES DE MADAME ROLAND.
J'ai reçu votre lettre du i /i et j'en ai mandé le contenu à Fiospecteur et au docteur, qui sont à Lyon depuis mercredi. Je suis demeurée le reste de cette semaine avec ma belle-mère, qui est aimable depuis quelques jours; Tenfant égayait un peu le tète-^-téte. Il y a environ trente-six heures qu*Eudora semble commencer à prendre goût à la lecture, ou du moins à combiner Tîntérét de sa gourmandise que je flatte lorsqu'elle dit bien sa leçon. Je vous conseillerai, en amie, de ne plus faire de longtemps de lettre aussi longue que la dernière, si vous voulez qu'Eudora lise ce que vous lui adressez.
Certain discours que l'inspecteur a lu ici à la Saint-Louis vient d'être choisi par l'Académie de Lyon pour y être lu à sa séance pubb'que da 6 décembre prochain ■*'. Dites-moi donc si La Blancherie a trouvé beaucoup de souscripteurs dans cette ville; il ne s'y est guère fait de partisans. On le trouve d'une fatuité qui tient de l'insolence et qui, pour passer dans le monde au milieu d'un tas de sots, n'en fait pas meilleure fortune auprès du gros bon sens de quelques savants de province.
11 m'est revenu aujourd'hui, de la campagne, notre frère, dont la santé me semble menacer et me donne des inquiétudes qui tiennent plus du pressentiment que de la raison, mais qui ne tourmentent pas moins.
Auriez-vous jamais cru? . . . J'allais vous dire une chose que, par réflexion, je ne veux pas écrire.
Vous m'impatientez de parler et reparler du sparte sans lire l'article qui en traite, et voulant toujours l'avoir trouvé à une autre place que la sienne'-).
^'' V(»ii- lettre du tiy août 1780. — C'est en y ajoutant un préambule que sa femme
le <lis(M»ui*s sur l'influence de la culture des sVtait cliai-gée de faire.
Lettres, etcqueKoland avait d(^jà lu à TAca- ^^' On voit, par la lettre de Roland du
demie de Lyon le 1^ j"in, mais en sëance 1" novembre, qu'il y avait une discussion
particulière, qu'il avait servi à TAcadëmie entre Dose et lui au sujet de Tarticle Sparte
de \ ille&anche le â5 août, et qu'il allait du Dictionnaire des manufactures, que Bosc
lire cette fois ù la séance publique de Lyon , ti*ouYait incomplet
Williamos'^^ a donc fini? Dieu le bénisse; avec tout ce que j'en entendais dire de bien, je ne savais trop encore qu en dire. Vous ne nous mandez plus rien de la comtesse!
Si l'Anglais à la mécanique dont vous voulez parler était par hasard un nommé Miln(^), croyez que c'est un maître fripon, bien connu dans ce pays-ci, et qui n'est bon, comme tant d'autres, qu'à attraper l'administration. Adieu, jusqu'à lundi, que j'ajouterai un mot si j'ai quelque chose de nouveau à vous mander.
Nos amis sont en bonne santé, à l'exception d'un peu de rhume chez le docteur, qui s'ennuie de ne pas recevoir des nouvelles de l'ami Parault, et qui lui dit mille choses ainsi qu'à vous.
Salut, santé, paix et amitié.
Vous voudrez bien remettre la ci-jointe à M. Gibert ^^\ avec mille choses honnêtes et mille compliments.
^^^ Voir sur WilHamos la lettre du 8 août
^*^ Les sieurs Miln, qui avaient été longtemps k la manufacture de Neuville, près Lyon, où ils avaient fini, dit Roland, par rr faire la culbute ?», venaient de traiter avec M. de Galonné (19 octobre 1786) pour une mécanique anglaise à filer le coton , dont ils se disaient les inventeurs ( Dict. des manuf, , t. Il, p. 187-1 38). Roland , en divers endroits do son livre , accable de dédains cette mécanique pour célébrer celle de Flesselles. On trouvera des renseignements sur ces Miln dans XlUstoire descriptive de la filature et du tissage de coton , par M. Maiseau, 1 vol. in-S**, Paris, 1827, p. 90, 101, ii3, ii5, 1^7, etc.
•^' (Test cliez sa cousine Trude, environ
dix ans auparavant , que Marie Phlipon avait fait la connaissance de «rrhonnéte Gibert)) , employé dans l'administration des postes ( Méin, ^ t. Il , p. a 11 -a 1 3 ; cf. Lettres Cannet, 19 août, 6 octobre, a8 octobre, 1 a décembre 1778; 8 mars, a8 mars, 3i mai, i5 juin 1779). C'est chez Gibert et par lui quelle connut Pache et conçut pour lui un engouement qui devait plus tard, comme on sait, se changer en aversion et mépris. Lorsque Roland, en mai 179a, réorganisa l'administration des Postes, c'est Gibert et Bosc qu'il en nomma administrateurs. — Cf. Aulard , Salut public , t. Il , p. 37 1 : Gibert nommé commissaire pour organiser les Postes en Belgique, 6 mars 1793. — Nous retrouverons plusieurs fois Gibert dans la suite de la Correspondance.
LETTHES DE MADAME UOLA.ND.
[À ROLAND, À LYON''l]
Dimanche au soir, ao novembre 1785, — [de Villefranche].
Vincent ne m'a jamais paru si aimable; il vient de me remettre ton paquet, m'assurer qu'il t'a vu bien portant; tout est donc au mieux, [Dieu] soit béni! Je m'empresse de [décrire] une petite lettre; il n'y aura [un autre] courrier que mercredi, [et je ne puis rester si] longtemps sans le donner [de mes nouvelles].
Le frère est arrivé qui m'a donné de pris au Clos des
pilules qui lui ont donné des coliques et l'ont mené jusqu'au sang durant quelques jours. Il a passé une bonne nuit et se trouve beaucoup mieux. Je prends de petites précautions pour avoir aussi mes nuifs bonnes; elles sont quelquefois fatigantes, mais j'ai bon appétit et je me sens assez bien.
Je m'arrange fort bien de la marche que tu me traces; je porterai mon noir^^); il ne me fâche que d'une chose, c'est d'être obligée de me faire coiffer. Tu donneras toujours mes vieilleries à la couturière indiquée; il faut du temps pour nettoyer celle d'indienne. Si j'attendais
à y être, elle ne serait [pas] prête à mon retour. Aucune de
n'est susceptible d'élégance, fort commun, pour lequel
(') Ms. 6a;]9, fol. i39-i4o. — Une déchirure du papier fait que plusieui-s mots manquent. Nous avons mis entre crochets ceux qu'il nous a paru possible de rétablir à peu près.
^'' Roland avait écrit de Lyon à sa femme (ms. Ga/ii, fol. 2/17-3/18) une lettre datée de samedi matin [c'est-à-dire ig novembre] , où il lui annonçait la séance publique de l'Académie de Lyon dans laquelle il devait lire son discours, et ajoutait : rA propos de celle séance, ( nvoie-moi le préambule fait;
je verrai conmient je pourrai rajuster, car il n'y a pas de temps à perdre; c'est de mardi prochain en huit [il a voula dire es quinze], il ne faut pas faire il ciocco... Tout le monde t'attend ici , moi plus particulièrement, pour vendredi prochain. Avec ton noir, le voyage ne sera pas coûteux; tu repartiras le mercredi suivant, à moins que quel([ue circonstance que je ne puis prévoir encore ne te mette dans le cas de voii* M"" Terray [la femme de l'Intendant], ce qui j)ourrait arriver. . . »
ma commodité elje forme dont j'ai point au bal» j'ignore
-, .s'y trouvera, il est à une. . . qiiî me semble grivoise, le temps ne m'y invite pas, la toilette me gênerait, et je me trouverai bien de dormir toute ma nuit.
Tu sauras quliier, à six heures du matin, on a assassiné un habitant de Liergues^^l» ou des environs, dans le chemin assez près de la ville, H revenait de hi foire et en rapportait de Targent qu'on lui a volé.
Tu sauras ([ue les témoins de cette donation conlestée sont décrétés et ont pris le large. La pauvre damePerrin est d'une tristesse profonde; elle me serre le cœnr'-l Notre mère est toujours un peu fluxionnée et toujours aioiable; nous portons aussi vos santés.
Tiens-toi tranqulile pour le sardiW, j*en ferai Templette.
Celte histoire de clieminée me chilTonne; il faudrait, pour raccommoder en dedans, abattre du phUre que le fumiste a mis sur le côté, assez haut pour rétrécir le luyau en forme de cheminée à la prussienne.
A propos de Prusse, te voilà fort savant aujourd'hui sur la manière d'êlre d'un prince russe W; je ne sais, mais je crois que tous ces gens, titrés pai' naissance, ont nécessairement quelque teinte de sottise et d'ignonmce.
Tu emploies donc aussi du papier musqué? Qui s'en serait douté? Je jette au feu ton enveloppe que j'aurais dû sentir de la porte d'Anse *®L Ménage-toi bien; je t'embrasse ienerissimametUe.
^^' Liorgues, viJJagc à une licuc <ie Villefranche, siir la roule du Qm.
^'^ Probablement une parenle d'un âe^ inculpés. — Cf. lelire *Jii 9 avril 178G. Nous trouvons une M'"" Pernu parmi les ffclaine» aiïjoinlesfl île la Maison phikuthropique fondefî à ViileFranclie le 1" janvier 1788 par le duc d'Orléans {Alm, de Lyon, 178g), et un M. Perrin atné parmi les mtables de la mimicipalile de t/tjK
^^^ Sanlis^ diap connnnn fabrique aloi*» dans la rëgbn.
f*^ Nous ne savons de que! prince russe il peut ^tre ici question. Peut-4tre Paul de Russie, ipiî avait U'uvers** Lyon eu 178^1?
^^^ La ff porte d'Anse»ï était la [*orle rnifridionale de Tenceinle de Villefranche, conduisant à t^yon par Anse.^ — Madame Boland liabitail au centre de la ville, à aoo uivUts de 15.
LKTTnCï^ DE llADAUr. IU>|<4^U,
 VOUS, docteur (^), qui êtes un drdle de chrétien et un piquant ra3ieur. Ne vous sied-il pas bien, avec votre tète fourrée josqu^au menton, de plaisanter des Académies? En vérité, si le désir d'entendre nn dbcours de mon mari vous paraît indiquer ma vocation , que faut-il penser de la vôtre en voyant votre zèle pour les cadets (^)? De bonne foi, je ne vous aurais jamais cru tant d'acharnement à la vengeance. Mais, puis qu'on ne peut vous guérir, il faut du moins vous servir, et je voas envoie les papiers chéris. 11 ne s^est trouvé rien autre avec eux. Je dispenserai tous vos honneurs; n'oubliez pas les miens auprès de vos deux aimables W.
Adieu, mes amis. La petite me charge de dire à son papa queUe l'aime bien; elle a hésité d'en dire autant pour le docteur; puis elle a ajouté aussi d'un air fripon; elle lit et relit h m*étourdir; adieu encore.
Jeannin est déjà prévenu.
[k ROLAND, k LYON^*'.]
Mercredi, lo heures du matin, a3 novembre 1785, — [de Villefraiiclie].
Je ne manque pas de choses à te dire, mais ce qui me presse le plus est de t'embrasser : c'est une pure illusion dont je me repais en
(') Lanthenas.
^*^ Lanthenas, maltraite comme cadet dans ses arrangements de famille ( voir lettres des 16 mars, 8 avril et a août 1785), et Roland, qui souffrait d'une situation analogue, reviennent souvent, dans leur corrospondance , sur Tinjustice envers les cadets, c'est-à-dire sur Tine^galitë des partages. Dès son retour au Puy, en décembre 1784, Lanthenas s'était mis à écrire sur ce sujet; il y travaillait encore en octobre 1 786 (Lettre* à Bosc, inédites, de la collection Morrison).
C^est de là qu'il tira , en aoât 1789, son livre sur les Inconvénients du droit d'aînesse. Durant les années 1790 et 1791, il ne cessa d'agiter cette question dans la presse et dans les sociétés populaires et fut un de ceux qui contribuèrent le plus à fonder le régime civil sous lequel nous vivons encore. — Voir Appendice L et Lettres à Bancal, i o janvier 1791 et passim,
^'^ Sans doute M"* Chevandier et M- de Villers.
î*' M8.6939,foL i/ii-i43.
altendaot la réalité. Pour te tout rendre, il faut rappeler Fétat de mon I frère, arrivant du Clos mal à Taise, inquiet lui-même de sa santé, qui parut cependant aller mieux îe dimanche comme je te récrivais; mais, le soir même, il prit le frisson ainsi qu'il Tavait eu les jours préjcédents, il se sentit plus brisé, eut la nuit très mauvaise; il ne voulut voir personne le lundi, prit d'un élixir dans lequel il a confiance et garda forcément le coin de son feu. Je lui tins fidèle compagnie (notre mère allait eu ville); nous y causâmes beaucoup et, tout naturellement. !la conversation tomba sur les alfaires; je ne lui cachai point ce que tu itf avais dit de ses caves et tes réflexions à ce sujet; réflexions dont tu étais trop affecté pour ne pas lui en faire part à lui-même, etc* La fièvre, dont il se ressentait toujours un peu. redoubla ie soir; je n'ai vu personne qui se frappe autant que lui; il se persuada que c'était le commeocement d'une fièvre putride, qui ne pourrait être très longue, que sa bile était très décomposée et ne pourrait produire qu'une maladie violente (il faut observer qu'il avait toujours un peu de diarrhée). 11 ne dormit point, trembla et sua alternativement, Bussy est malade, hors d'état de faire ses visites; mon frère ne se souciait encore de personne et fit seulement venir M""^ de La Chasse (*l qui se moqua un peu de lui, et ne vît dans tout cela qu*une fièvre d*humeur que la nature rejetait d'elle-même et qu'un peu d'aide purgerait entièrement. Nous continuâmes donc nos petits soins, les lavements, la diète, la tisane, et véritablement le frisson n'est pas revenu hier au soir. Cependant il y a toujours tant soit peu de fièvre et de relâchement; mais, quoiqu'il nait point dormi cette nuit, il a été beaucoup plus tranquille* Jetais près de lui hier, lorsqu'on m apporta ton paquet; je l'ouvris, et, après avoir lu ma lettre [a parle comme de raison), je lui donnai celle qui le concernait, en lui disant : «t Gardez cela pour un moment où vous serez bien tranquille, je présume qu'il y est question de vos caves, n
*'' Madame (te Licbasse , religterise , pharmacienne de rHûpilal géuéral, iloul le diii-
nmne était fJii*ecleur spirittiel (/l/r«. (k hjon, ,785).
Lorsque nous nous retrouvâmes seuls le soir, il me la donna à lire (il en avait déjà fait lecture), et nous causâmes de nouveau. Je te rendrai cette causerie de vive voix mieux que je ne saurais faire autrement Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il est aussi convaincu, persuadé, etc. (qu'il soit possible de l'être), de la nécessité, utilité, bonté de ses projets, et qu'il croit devoir les poursuivre pour le bien des choses; mais il compte aussi n'y aller que suivant ses moyens et continuer de fournir dans le ménage ce qui pourra nous soulager et nous empêcher d*eicéder la dépense que nous nous proposons d'y faire.
Dimanche, je lui avais parlé du projet de mon petit voyage: il m'avait observé que ces déplacements étaient toujours coûteux, etc.; comme je n'ai pas paru me rendre absolument, il ne m'a point réitéré ces observations, et môme, lorsque je vins depuis à faire mention de la provision de chandelle, que tu ne saurais payer, il me répliqua : «rEh bien ! vous emporterez l'argent tî (qu'il compte apparemment me donner, puisque je ne lui ai pas laissé ignorer que j'étais à court).
Venons maintenant à l'affaire que tu me proposes; il me semble bien que le placement chez M. Chevandier serait plus sûrement secret que de l'autre côté; peut-être aussi, par la nature de son commerce ou de ses affaires, y a-t-il un peu plus de vissicitudes à craindre; c'est un balancement à faire dans lequel le sentiment, bien plus que l'évidence, peut emporter la détermination. La tienne emportera la mienne sans résistance, c'est à quoi je me réfère, et je ne répugnerai point du tout à Lyon si tu continues d'y pencher. 11 est dommage qu'en pareil cas la délicatesse ne permette pas tout avec ses amis; on ne peut guère proposer à M""^ Chevandier de partager l'engagement avec son mari, quoique, suivant ce que j'ai entendu dire de la manière lyonnaise., cela dût ajouter à la sécurité.
Par ce que j'ai dit plus haut, tu vois que, d'après l'état des choses et le tableau môuie que nous en avons fait a ton frère, il juge intérieurement mon voyage comme un petit excès dont je pourrais me dispenser. Cependant le plaisir à part, tel gros que soit cet article, ayant besoin de l'argent pour les cadres, et puis du reste pour nos arran-
gcmcnls, en nous allachant à celte diTi.sion, ri faut bien que je te porto le tout. Mais, roninie je ne [uiis pas dire ces raisons, ii faut aussi se résoudre à avoir Fair de faire une petite folie, à moins que tu ne trouves un prétexte plausible pour me faire une lettre ostensible qui oblige mon drpart.
Si l'étal de mon frère venait à empirer, ce ([ue je ue erois pas, je demeurerais; et si les choses uYtaienl pas assez graves pour que tu revinsses, mais seulement assez pour me retenir, alors il faudrait que l'ami Lanthenas fît le voyage, et je lui remettrais tout ce dont j'aurais dû me charger moi-même. A propos de cela, ne songe-l-il point à se faire enregistrer ici à son retour ^*^? Il ne paraît pas que Bussy puisse s'en tirer ^'^^, et, dans tous les cas, selon ce que j'entends chucluiter, il y aura des changements. Aussi un i^tranger, niinlecin de Montpellier, a dessein de se prési^nter^^'; Tinspecteur des hôpitaux, celui dont le passage ici est IVqjoque de la maladie de Bussy, avait nommé Morelt'*) adjoint à rhôpital, mais on doit tenir bureau ("^^ de dimanche en huit.
t'^ U était eatendu que Lanthenas viendrait s'otablir mélecin k Villefranclio, Ln pmjet eut im^nie un commenceim^nt de réa- Ibaliofi; h VAlmafuu-h tle Lfjon de tySti, article Viilefrancke , nom irousons: «M, Lan- Ibenas, uiaîlre es arls gX gj*aduë en J'I nivei'îiit»? di" Paris, dut^leur en niédeeini?*?. La mention subsiste dans tous les aîfnanaeli< suivants, jusqu'en lytjo, Inen que i rtjolih' Lanlhenas ait passe la plus gnmde partie de ces années-là k Paris et à Ijyon»
''* Bussy s'en lira » car il figure à tous les almanachs suivants,
'^^ Jean- Marie -Phiiibei-t de Chavanne, né à Villefrauche en lySS , figure aux Aimanach de Lyon, h partir cîe lySt», paruii les méflecins de ViîlidVanrljp, sous le noju dp ffChavanne de Trolïleime, docteur en m*'^ deciïie de la l'^acuft*^ de MnuLppllierr. Officier municipal eu 1 789, successeur de Bussy
comme médecin de Th^ipital en 1790» il trouva tm refuge, en 1798^ à Farmëe dn ïïluii, oii il sin'vitmuuïiecliirôcgien. Revenu il Villefrauche eu 1801 , il mourut consedler de préfecture à Lyon le i3 mare 180^, laissant tous Mes biens aux hôpitaux de Lyon, à la cliai'ge d'établir ilaus sa maison de Vdlefrauche nue ^cole primaire gratuite. Lfae rue de la vdle porte son nom.
^*' Morcl, frtlocteureu mi^decine, associé au CoUège des médecins de Lyonw (Alm. de Lfjou , 178/*, art. I iikfrau che). U se m ble que ce fût îe meilleur des médecins de la petite ville. Roland, en écrivont à sa femme h h juin 1785 {ms, 6tii, foL 3/17), au siïjel de leur ^ufaiil malade, lui disait: frN'bt'sîte ]>as ii apjR4('r \loreL?? — Il édul f!r rAcadéiiiie de Villefrauche depuis 1777.
'"' Le "BiireaiJ des pauvres n (ïmus dirions aujourd'hui ffla Commission adminis-
et les voix se partageront entre More! et celui quelconque qui se présentera. Voilà tout ce que j'ai pu tirer au clair sur ce chapitre.
Jeannin(^) n avait rien acheté; ainsi tu es parfaitement libre pour les verres : j'avais oublié de te l'exprimer dans ma lettre de dimanche, que tu as sans doute reçue avec les papiers du docteur. Ne songes-tu pas à faire chercher du papier vert pour achever le vestibule? Chaillé'*^ est encore venu hier pour cette besogne; à défaut de la même nuance, la plus approchante serait mieux que rien.
J'ai fait parler au fumiste pour ma cheminée; il accommodera cela mieux qu'aucun gâcheur de ce Roche '^'; je l'attends un de ces jours.
Tu sauras que ce donateur prétendu, ce curé de Saint-Julien (^\ est mort; l'affaire ne s'en suivra pas moins. On a volé une maison et assassiné une petite fille dans cette paroisse de Saint-Julien. Quelques histoires de cette espèce faisaient dire, à je ne sais qui, que plusieurs auteurs, physiciens, médecins, etc., avaient remarqué que la fin de l'automne était toujours la saison des plus grands crimes » et cela par des raisons physiques qu'on déduisait d'une manière plausible.
Eudora prend, depuis deux jours, les yeux battus, la langue jaune et un peu de toux; je la tiens à la diète et la purge demain. Tu juges qu'au milieu de ces misères je n'ai rien fait au début; à peine suis-je entrée au cabinet depuis dimanche. Je passe les matinées en petits soins, le reste du temps chez mon frère; je lui fais un peu de lecture et je couds. Notre mère a eu hier ce qui lui arrive toujours le lendemain de ses petites débauches; je doute cependant si elle ne recommence pas aujourd'hui.
Le frère me disait hier qu'il te répondrait. Tu connais la famille; lu sais qu'on n'y voit pas sans quelque peine combattre ses propres opinions sur ce qu'on estime être le meilleur. Mais comme, sous cela,
Irative de Thôpital))), qui pourvoyait aux ^^^ Jeannin, ChaiUë, Roche, ouvriers de
charges et offices de la maison. (Voir L. Missol Villefranche.
et Cl. Perroud, Les Roland en Beaujolais au ^*^ Saint-Julien, village du Beaujolais, à
jvin' siècle,) 8 kilomètres de Villefranche.
ANNEE t78fi.
il y a toujoui's les plus excellents cœurs, on finit par s'arranger, fout en faisant chacun à sa mode et suivant ses principes.
x4u bout (lir corupt**, patience et vigilance; nous irons bien et nous ferons nos aflaires.
Mi'nage-toi bien, nourris-toi de cet aimable espoir, qui, joint à la tendre amitié, fait le vrai baume de vie; je voudrais vous confire tous dans cette drogue.
Je me suis désolée du mauvais temps, à cause de vous, mes pauvres voyageurs, qui pataugez dans les boues de Lyon. Ayez bien soin de ne pas prendre chaud et froid alternativement. Que devient le rhume du docteur? Nous buvons à vos santés, en tMe-à-tète avec ma Chemère^^^; est-ce que vous ne vous en sentez pas tout ragaillardis?
Mille choses à vos dames; écrivez-moi vite et long< Adieu, mes amis; adieu» mon cher et tendre ami^ mon soutien, mon bonheur, mon âme, tout.
Je fembrasse ftffeUuosiHmtmmente,
[k ROLAND, À LYON^'l]
Vendredi matin, tifi novembre 1785, — [de Villefranche].
Tu auras bien vu. mon ami, par la précédente, que je te l'avais expédiée avant de recevoir la tienne; je craignais le retard du courrier, tel que je Tavais éprouvé le lundi, ta lettre de ce joui^ ne m'étant parvenue que le lendemain assez tard. Tu as la réponse sur Jeanuin dont je t'avais parlé dès le dimanche, mais probablement tu n'avais pas remarqué mon apostille, qui d'ailleurs était incomplète. T*e&-lu bien assuré de la manière de faire venir sans danger tes gravures encadrées? C'est bien délicat! Je m'occuperai incessamment du soin de les arran-
<^' StVtlans rantnijraphe. On ne peol lire doue t^trf une abitévialion irre^pectueiiB^ de Chimère, t|ui n'niirail d'ailleurs aocun sens, chère mire. En mitre, le mot est souligne; il semble ^'* Ms. ôîiSg, fol. iVi, iS5 eL thb (fi^
ger pour les tmvoyer sans dommage; je t^avertirai si je iés expMe devant moi. Mais, quelles soient en caisse ou autrement, il me semble qu'il ne faudrait pas qu elles fussent visitées; la main des commis est trop casuelle. Ton adresse pure et simple sera-t-elle une sauvegarde assurée? Mande-moi s'il y a quelques précautions à prendre à cet égard.
J ai acheté du sardis, beaucoup plus cher que celui dont je f avais parlé, puisqu'il coûte 3*^ 6% mais aussi beaucoup meilleur. J'attends le fumiste; je fais talonner Jeannin que je ne puis ravoir pour le petit barbouillage à la cheminée; je viens encore moins à bout de Gorbin('), qui s'est enivré à Lyon, se repose ici et ne finit de rien.
Il faudra bien que je prenne un jour, quand j'aurai ma clef, la résolution de perdre quelques heures pour tâtonner et accorder ce pauvre forte-piano, dont j'oublierais de jouer.
J'acquiers tous les jours plus de sécurité sur Tétit de mon frère et la possibilité de le quitter pour le petit voyage. Il ne sort toujours point, fait diète et use de remèdes doux. Mais la fièvre s^apaise et disparait. Il commença hier d'écrire durant quelques moments, et j'imagine que c'est pour te répondre; car vous n'êtes, ni l'un ni l'autre, gens à demeurer en reste avec personne. Nous causons toujours beaucoup, et je fais de mon mieux.
Eudora a été bien menée par sa médecine ; je jne déterminerai ce soir à recommencer, ou non, demain samedi; c'est une petite bilieuse qui regorge de cette humeur qu'on ne purge pas sans peine.
Le goût de la lecture est pris, il n'y a que du plus ou moins; elle y met de l'amour-propre, et je l'entendais dire avant-hier, sur l'escalier, à M. de Lalande(^) qui l'arrêtait : (r Maman m'aime bien aujourd'hui, parce que j'ai bien lu. n
Je ne sais pas ce qui doit arriver à notre mère, mais je la trouve
^'^ Corbin, ouvrier. Roland, avec lequel il avait eu quelques
^*^ S'ogil-il (le raslrononie? Il tétait de rapports (voir lettre du lâjuio 1780).
Bourg-en-Bresso et y revenait parfois. Il Nous ne trouvons pas d'antre Lalande en
jàura pu passer par Villefranche pour voir Beaujolais à celte ëpoquc.
qiiasî sensible; nous sommes toujours fort joliment ensemble, et elle vous dit mille cboses à tous deux.
Le notiiire du faux acte est décrète et a fui comme hs autres f^^; il n'y a rien encore de plus neuf sur cette affaire. La bonne et triste mère est venue hier fort précipitamment cniprunter le cheval; je présume que le leur porte le fugitif, et qu'on demandait celui d ici pour quelque voyage relatif.
On a mis hier en prison trois hommes violemment soupçonnés des assassinats dont je t'ai parlé; deux de ces personnages, avec un autre qu'on n'a point encore, faisaient près de Grange-Blanche <^' un repaire, d'où quelques-uns auraient pu devenir funestes à nous autres, voyageurs du Clos. On a trouvé dans leur bicoque beaucoup de débris de dilTé rentes armes.
Je t'envoie un début f^'. Je l'avais commencé par un /t7, quand je me suis rappelé le proverbe latin, si terrible contre les pauvres si, et j'ai pris Taflirmative.
Ma santé ne doit point t'inquiéter, et j'ai presque envie de te gronder des grosses choses que tu me dis à ce sujet; mais j'en ai une plus grande encore de l'embrasser.
Non, mon ami, il n'y a point de mystère; ie malaise de ceux qui m'environnent avait un peu influé sur moi, augmenté réchauffement que je ressentais depuis mon retour à la ville et troublé quelques-unes de mes nuits; j'ai pris des lavements, puisqu'il faut te tout dire, et j'ai rétabli Tordre et la paix.
Le docteur me paraît fortuné; je lui dois le renvoi de cette lettre charmante et un mot de félicitations dont je vais m'acquitter. Je vais
*** Voir, sur ceUe alTaire , les lelU^fi fré-
C4^t!eoleR des *2o et «23 novembre 1785. EUe paraît avoir consiste à faire dresser, partie van l notaire, une fausse donation dn curt.^ de Saint-Julien, qu'on savait mourant. Quant att nntiiire, est-ce Barnoiul, qui figure à rAfmitnnch de L^qh de 17 85 el ne se re-
trouve plus à celui de 1786, sans d*atlleurs Atre remplacé (il ne le sera qu'en 1787)?
'^^ Localité k sî kilomètres de Vdiefranrhe, commune de Gleizé, à queJ([ues centaines de nièb*ea du hamean de La Rippe.
•^^ I^ dt^hut de disTOurs rjue demandait Roland dans sa lettre du 1 9 novembi^.
aussi écrire à M. Fontaine, et je laisse cette lettre pour ne la fermer que ce soir.
En vérité, c'est une chose bien difficile à conserver en ce monde que le repos de l'esprit; devenue tranquille sur l'état de mon frère, je le suis moins sur celui de mon enfant; il a vomi une fois aujourd'hui et a eu, durant quelques moments, un affaissement extrême. Nous sommes venues à bout, avecM°^ de La Chasse, de lui faire prendre un lavement; il est mieux, s'est levé, demande à lire, redevient un peu gai : je lui redonnerai demain, comme j'avais fait hier, deux onces de manne dans une décoction de chicorée. Nous verrons ensuite. Tes^ père une lettre de toi et j'attendrai tard pour cacheter.
£t V Innocence j dont tu as le cadre sans verre, sans doute, je ne devrai pas la joindre aux autres? Mais feras-tu, ou Jeannin, venir le verre? J'ai presque envie de mettre le peu qui me serait nécessaire dans une malle, puis, lorsque le tout serait assujetti par les liteaux et les boucles, je mettrais par-dessus les gravures roulées assujetties par des bandes de toile cousues, au lieu de papier cacheté; à ces bandes qui environneraient les rouleaux, je coudrais des traverses aussi de toile, que j'attacherais aux liteaux de la mdle. De cette façon, les gravures ne seraient point pressées et se trouveraient à l'abri de toute injure, mieux encore que dans une caisse qu'il faudrait emballer pour éviter l'humidité; puis la malle servirait à rapporter nos petites affaires. Tout ce qui m'en fâche, c'est que celle qui me reste est un peu grande; néanmoins je la fais raccommoder.
Mande-moi ce que tu penses de tout cela?
Le vendredi , à 6 heures du soir.
Je reçois ta lettre, mon cher ami; je vois, avec peine que mon expédition de mercredi ne te soit pas parvenue, et, afin de tirer les choses au clair plus vite, je t'envoie celle-ci en droiture, quitte à cinq sous. 11 faut, une fois, savoir à quoi s'en tenir. Je désire fort que tu recouvres ma lettre précédente, je t'y parlais fort au long de notre frère. Je vais, aussi par ce courrier, envoyer la petite lettre à M. Lan-