‹ Lettres de madame RolandChapitre 37 sur 42 · SS · texte numérisé non relu

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thenas et celle de la demoiselle qiiïl m'avait envoyée; nous verrons qui arrivera pins vite. Fais fonds que, ne fût-ce qu'un mot, je ne passerai point un seul courrier sans t'écrire.

Je mets au paquet, sous le couvert de Bruys'*', le préamludo que je t'annonce dans la ci-jointe. Absolument il faut ravoir ma lettre de mercredi, car je veux que tu saches ce que je t'y disais, et ce serait une terrible aiïaire que de recommencer. Instruis-moi vite de tout cela.

Je vais chercher réchantillon qne tu me demandes et je le mettrai aussi à l'autre paquet.

J'ai bien pensé que vous fêteriez la Sainte-Catherine. S'il faut aller à rintendance, ainsi soît; avec une robe noire, je mon moque; neuf ou vieux n'est pas une affaire, pour moi du moins.

Jeannin n'a rien acheté; cVst une des choses que je te disais. Notre enfant est mieux ce soir.

[\ BOSC, k PARIS <^'.]

i" éëcembre [1785, — de VilMranche].

Je reçois vos missives et me rîs de votre morale; vous l'adresseriez 5 bien d'autres avant d'en trouver qui en eussent aussi pc^u besoin que moi. Je porterai vos lettres à Lyon, où je viiis demaiin avec Eudora et un domestique, sans bonne, parce que je ne dois demeurer que fort peu de temps, et qun noire petit appartement sera assez rempli avec le docteur qui roccupe dujà, ainsi que mon ami, depuis quinze jours. Vous pouvez dire à rexcellent M. Pa-

*'^ Claude Bniys de Vaudran , ué h Mazille, près Ckiny, le 9 février 17^9, abrs subd<*lëgû(5 ffënéral ou premier secrëtain? de rintendanc*? de Ljon, fut plus tard, sous Lorni^nie de Brieinïe» premier coiuini^ du Coulrôïe géuëral (voir lettre du a 6 juin 1 7 87 ). 11 ëlait de r Académie de Lyon (1780) et de la Société d agriculture. Inspecteur g-ë-

néal lies rôles à Lyon eu 179I1 il fat ifica retiré h la prbon des Recluses en 1793, élai'gî le ja août 1794. et devint en 1800 conseiller de prëfi?cture a Mâcon , où il mourut le a 5 janvier iBao. — 11 était ouele maternel de Léon Bruys d'Ouifly , 1 ami et le secrétaire particulier de Lamartine.

t'J BoBc, IV, iofi;Dauban, ll,5i3.

rault, en lui faisant mille compliments, que ce docteur passera encore ici avant de tomber à la capitale; ainsi, qu'il prenne patience jusqu'à Tannée prochaine.

Vous me demandez pourquoi je ne vous ai pas écrit longuement depuis quelque temps; je vous répondrai avec une franchise égale à la vôtre : i* J'ai eu peu de loisirs; mais peut-être Taurais-je trouvé si je n'eusse cru sentir que mes lettres vous intéressaient un peu moins que précédemment; je ne vous dirai pas sur quoi j'ai fondé cette idée, je n'en sais rien : ce n*est pas un jugement, mais un sentiment. C'est même assez intérieur pour que je présume, en y réfléchissant, que vous ne vous êtes pas vous-même aperçu de ce changement. Cependant il n'est pas grand, puisque vous remarquez mon silence, et j'en suis hien aise. Si vous eussiez été femme, je vous aurais déjà fait une petite querelle d'amitié; mais, sans que je sache pourquoi ni comment, je oe me sens point du tout indulgente pour votre engeance; et quand je ne crois pas à un empressement, un intérêt au moins égal au mien, celui-ci se concentre et je me tais tout naturellement. Peut-être cela vous paraitra-t-ii plus fier que généreux et point trop loyal en amitié; je n'en sais encore rien, mais je suis faite ainsi.

[À BOSC, À PARIS f^'.]

sâ décembre [1785, — de Villerranche].

[Eh! mon ami, vous voilà bien échauffé! Dites-moi pourquoi. Vous êtes plaisants, vous autres hommes; vous vous récriez quand on vous dit une vérité, et vous finissez par convenir quelle est bien trouvée.

^*^ Bosc, IV, io3, — et après lui Dauban, II, 5&â, — ont donné la plus grande partie de celte lettre. — L'original se trouve aux Papiers Roland ^ ms. 6389, fol. 364a65, et contient, à la Gn, deux lignes de plus, terminant la quatrième page : rrrai demeuré près de quinze joui's à Lyon , je m'y suis fort amusée; me voici rentrée dans ma tanière. . . ". Mais la collection Alfred

Morrison nous a fourni une cinquième page, où se continue la phrase Gommencée : »r . . . d où je ne compte plus sortir de sitAt J'y retrouve mon excellent beau-firère, etc.*. Ces circonstances montrent bien Thistoire des lettres de Madame Roland à Bose :

1* lorsque celui-ci les publia en 1795, il ne donna pas tout; 3*" k une date postérieure, il restitua à la famille les aoU>-

Vous ai-je querellé? Me suis-je plainte de rien? J'ai fait une observation que vous avouez être fondée, et c'est pour cela que vous êtes disposé à crier contre moi? // n est pas phis possible à t homme moral de rester toujours le mêtm'j quà lliomuie physique de ne pas changer. Voilà votre réponse et le résultat de votre examen : qui donc vous conteste le fait et le principe? J'avais posé le premier comme mon propre aperçu; vous le mettez en maxime, tout cela revient au niôoie, et je n'entends plus rien à votre envie de faire des reproches et à votre idée de les croire mérités.

Ai-je donc un si grand tort d'avoir eu le tact fin et juste, et de vous avoir dit bonnement ce qu'il me faisait apercevoir? Vous auriez voulu peut-être que je me fusse fâchée et dolentée : c'est tout au plus ce qui pourrait arriver dans certaine espèce de liaison; mais, dans une amitié comme la nôtre, que la teinte soit plus ou moins vive, le fonrl reste toujours le même. Nous avons réciproquement dans notre caractère et notre manière d'être les mêmes raisons de nous estimer; nous avons dans nos goûts et nos idées les mêmes objets de rapprochement et les mêmes aliments à notre relation; il est donc un degré de confiance et d'intérêt qui subsistera nécessairement sans altération.

Reste pour la variété le plus ou moins d attrait, d*empressement et de douceur à cultiver cette amitié; sur cela, le champ est vaste et libre- Vous étiez couleur de feu Tannée dernière, vous êtes maintenant petit gris; moi qui ne vais guère aux eîttrêmes, je garde une nuance assez uniforme, et je vois vos oscillations sans les trouver étranges.

La tranquille et sainte amitié a un point d'appui où tient toujours le balancier. Les passions, délicieuses et cruelles, nous emportent hoi"8 de nous-mêmes et nous laissent enhn; mais rhonnèteté de Tâme et des procédés, la confiance d'un cœur droit et sensible, la modération d'un caractère sage et fixé par de bons principes, voilà ce qui assure

gi'aphes, aiitîseii niLiul un emluiii uoiiiIikî; 3" ceux cpiH avait gardés plissèrent, après m mort, — uous ne saurions dire comment, — aux mains île M. UeÈ*no}ers, Li*

lilioiliiTaiit:^ dn Muî^i'imt , et, après la mort de celuin:!, en t886, furent vendus cliex M. Klieiiue Gharavay et acquis par M. AJfrcd Mon'isou.

une liaison, tel refroidissement quelle paraisse souffrir. Voilà, mon ami, ce qui vous promet de me retrouver toujours la même; sans doute qu'épouse et mère, attachée, satisfaite par ces titres heureux, il m'est plus facile de conserver de Tégalité avec mes amis qu'il ne doit Tètre à vous, dont la situation indéterminée varie les affections : aussi j'apprécie les effets et les causes, et, tout en vous jugeant dans vos variations, je demeure votre amie.

Au reste, je ris de ma simplicité à vous répondre avec tant de détails; à vous qui, depuis votre lettre écrite, aurez songé à tant d'autres choses que vous ne saurez peut-être plus ce que je veux dire.

Quoi qu'il en soit, il faut que vous me rendiez un service, vite et bien; voici de quoi il s'agit.

Un homme d'esprit que j'estime et distingue est chargé de prononcer une oraison funèbre du duc d'Orléans W; il ne sait trop qu'en dire, ni moi non plus. Il faudrait recueillir des faits, des anecdotes, l'opinion publique, quelque chose enfin de la vie de ce prince qui pût donner une idée de sa manière d'être civile et particulière dans le monde et dans son domestique , quelque chose qu'on pût citer, d'après quoi on pût partir ou qui permit de broder. Vous êtes assez répanda pour trouver quelqu'un qui, tant bien que mal, vous donne des matériaux. Allez, cherchez, trouvez, envoyez-moi; vous voyez ce qu'il me faut. Je sais que vous êtes très occupé, mais je sais aussi que vous êtes fort actif, et je réclame les soins de votre amitié.

Mon bon ami est de retour à Lyon, d'où il m'envoie votre lettre qu'il a prise pour lui, et à laquelle il me charge de répondre «r qu'il ne redoute pas qu'on lise ce qu'il a écrit à ses amis; qu'il sait cond)ien les gens sensibles sont soupçonneux, roides, durs même, mais qu'ils sont

^'5 r^uis-Philippe , duc d'Orlëans, petitfils du Régent et père d'Egalité, était mort le 18 novembre 1785. Le Beaujolais faisait parlie de son apanage, et il éiàil protecteur de r Académie de Villefranche. Cela nous permet de présumer que Thomme d esprit

chargé de prononcer son oraison funèbre i Villefrancbe n était autre que le Doyen de la collégiale, Bernard-Pierre ChÀlelain Dessertines, qui était en même temps secrétaire perpétuel de TAcadémie. — Cf. lettre du q3 février 1786.

bons, qu'ils reviennent, et qu'au fond ils valent bien les autres; que vous êtes très fort de cette trempe ainsi que lui, et que c'est pour cela sans doute qu'il vous aime.iî Si par hasard il avait raison, et que votre lettre, que je prends pour réponse à la mienne, fût toute pour lui, vous ne manquerez pas d'y voir clair.]

(^) J'ai demeuré près de quinze jours à Lyon; je m'y suis fort amusée; me voici rentrée dans ma tanière, (^) d'où je ne compte plus sortir de sitôt. J'y retrouve mon excellent beau-frère qui me jure, de la meilleure foi du monde, que j'ai absenté plus de trois semaines; et ma belle-mère qui devient si douce qu'elle m'en donne des craintes pour sa santé.

Je ne vous entretiendrai pas de la séance de Lyon : il me semble que vous devez êtes rassasié d'Académie et de tout ce qui y tient.

La pucelle de cette ville rentre aujourd'hui; c'est de notre Académie villefranchoise que je veux vous parler ^'l

Adieu. Eudora prend une sorte de timidité qui lui donne l'air d'une vraie cruche.

Au moment de fermer mon paquet, je reçois votre dernière sans date; eUe est toute pour le docteur à qui je vais l'envoyer, car je ne l'attends que le lendemain de Noël avec l'inspecteur.

Salut, joie, santé : voilà mes souhaits pour vous; j'attends pour moi de bons mémoires ou de petites notes sur ce pauvre défunt le duc d'Orléans.

^') Ici commencent les deux lignes four- ^'^ C'est Voltaire qui aurait dit de cette

nies en plus par le ms. 63 3g. Académie : trllne pucelle qui n'a jamais fait

^^^ Ici commence le fragment apporte par parler d'elle, v Mais on a appliqué le mot à

la collection Morrison. beaucoup d'autres.

AiSNÉE 1786-

Les faits à noter, pour bien suivre la correspondance clo 1786, sont peu

^ nombreux :

i*" Le 19 janvier, Lantlienas quitte ses amis pour aller s'établir à Paris (lettre de Roland à Bosc, du 90 janvier, inédite, collection Morrison);

9" En avril, Roland est h Lyon, retenu par les devoirs de sa place; mais sa fiHe tombe gravement malade el, dévoré d'inquiétudes, ne trouvant ni clieval, ni voiture, il revient à pied (*n avril, Roland a Bosc, coIL Morrison);

3" L enfant étant rétablie, il part le *i mai pour un grand voyage par Paris, Rouen. Dieppe el Amiens; il veut revoir ses amis et s*assurer leur collaboration pour la suite de son DicUontmire, Il en revient le 6 juillet (lettre de Roland à Rose, du 9 juillet, r.oll. Morrison);

Pendant son absence, Madame Roland va s'installer au Clos avec sa (ill«*, le t 1 mai ; c'est là que Roland va les rejoindre, pour les ramener à Villefranche;

/i" Au moment d'une grosse émeute survenoe à Lyon (7-10 août), Roland

» se trouve dans cette ville ; il y est encore le 1 8 août, s*ap prêtant à en ramener

des amis (Le Camus et M'"* Chevandier) qui, lantit à Villefranche, tantôt au

Clos, feront un long séjour (M'"" Chevandier ne repart qu'au commencement

de novembi'e) ;

5** Le r> décembre, Roland ristourne à Lyon, pour deux mois. Sa femme ne Ty accompagne pas , par économie.

Ainsi Madame Roland a fait, cette année-là^ deux longs séjours au Clos (i 1 mai-6 juillet, puis septembre et octobre). Quant à l'inspecteur, la correspondance que nous [ïublions ici ne saurait donner une idée de son activité; ses lettres inédiles a Bosc, de la collection Miirrison, nous le monlrent toujours courant, de Lyon a Villefranche, de Villefranche au Clos, avec des excursions à Givors, en Dombes, etc, sans parler de son grand voyage de Paris- Amiens (-i mai-6 juillet). On se perd à le suivre dans ces allées et venues.

UTTttK!» Oe M4DAIIK llftLAM).

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