À ALBERT GOSSE, À GENÈVE
1 5 janvier 1 786 , — de ViUefrincbe.
Vous êtes si occupé, Monsieur, que vous devez en apprécier mieax comment on peut songer beaucoup à vous en vous écrivant peu. Mais nos travaux, d'une part, et, de Tautre, notre respect pour les vôfres ne sauraient tenir plus longtemps contre l'envie d'avoir de vos nouvelles. Quittez un moment vos méditations savantes, vos utiles recherches, vos expériences lumineuses, et venez nous prouver que le culte de la Gloire ne nuit point à celui de l'Amitié. Ces divinités ne doivent point s'exclure; elles étaient unies chez les Grecs, et le sonl encore, sans doute, pour les honnêtes gens.
Nous avons été sensibles à vos succès académiques (^), et nous vous en félicitons, moins encore pour le tribut d'éloges qui vous en revient, que pour le vrai bonheur d'avoir établi des vérités utiles. Mais ne sôngez-vous point à venir nous voir et serez-vous tellement fixé par vos occupations successives, que la belle saison ne puisse vous amener de nos côtés? Je sais qu'elle n'est pas encore prochaine, mais les gens occupés font leurs projets d'avance. Je n'ai pas perdu Tidée d'aller visiter votre lac, ses délicieux environs et voire ville, toute corrompue qu'elle devienne; j'attends que vous nous fassiez auparavant votre visite; arrangez- vous donc pour venir, cette année, passer quelque temps près de nous à la campagne. Ce n'est point un séjour riant: il n'est que paisible, et rustique au possible, digne des amateurs delà plus grande simplicité.
M. de Laplatière a reçu avec bien de l'intérêt vos matériaux sur les huiles; mais il attend encore, et sur ce chapitre s'il y a lieu, et sur la teinture, des lumières dont il fera le plus grand cas.
'^ Ms. ()533, fol. i5i-i5s. copie. 1786, un nouveau prix à rAcadémie des
^') Gosse veuait d'obtenir, en novembre sciences. — Voir lettre 58» note 3.
Vous lui avez promis quelque chose pour les noirs, et il vous invite à vous oceuper des rouges sur coton : objet important pour nos fabriques.
M- Lanthenas, qui a passé l'automne avec nous, et qui est sur le point de nous quitter pour s'acheminer vers Paris où il va passer l'hiver, vous dit mille choses empressées. M. de Laplatière vient de faire à Lyon une résidence de six semaines ; j'y ai Hé lui faire une visite de quinze jours et assister à la séance publique de TAcadémie, qui n'a été intéressante que pour la partie des belles-lettres.
Dans cette ville, comme à Paris, le Martinisme succède au Mesmérisme, échauffe les t<^tes et produit les [plus] singuliers effels ^11 y aurait bien a causer, mais il ftiut savoir où vous prendre et ce que vous faites. Donnez-nous de vos nouvelles; nous les attendons impatiemment. Recevez les assurances de finviolable attachement que nous vous avons voué et avec lequel je serai, toute nia vie, votre humble servante.
Ph. de LAPLATIKflE,
Post-^ptum de Rotand :
Il est question, mon imii, principalemenl de votre teinture un noir, Sîms substance cuivreuse. C*est par les papiers publics que nous avons appris vos succès académiques : fen»z-vous iniprimer ce mémoire? Dans ce cas, il appartiendra i'i tout le monde, el j'y prendrai à pleines mains pour mon œuvre eacyclupeilique ; si au contraire, j'espère que vous oreu ferez part pour le même usage. Parlez- moi un peu des l)étes fauves de la Suisse, de leurs noms, vies, mœurs, chasses, préparations, usafjfes, lieux île consommation, etc. (lar celte partie entre dans mon lot, et je pourrais bien commencer par elle : d'où j ai grand besoin dr vns instructions sur la laïuierie, corroierie, mégisserie, etc.
' lî*^jii» le h oclobre 1785, Rolaini rrrivail a iî(>»c {itmlit, m\\. Moirîsoa) : thés impircjf, MarLintsie«( nu Mairliaîi'ns, B'eo dit-oD? La secte se répand-elle? Ejh-
Lrasse-t-elle nu cerlaiii ordre de personnes? Quels snuL sp8 dogmeï^? Qu'est-^ce que signifie cH quelle îscnsatioii fail celle derniiTr folie? ""
[À BOSC, À PARIS î'I]
a 6 janner 1786» — de Villefraocbe.
Que faut-il penser, mon ami^ de votre sort ou du nôtre ? Je veux dire des changements qui se seront faits dans votre partie, ou de votre peu d*empressèment à nous faire part de ce qui vous concerne ^^^ Ne nous supposez-vous plus assez d'intérêt à cet égard pour ne plus vous croire obligé de doik instruire? Eh ! sur quoi serait fondée une erreur aussi injurieuse à notre amitié? Je ne puis y croire. Gomment donc expliquer votre silence? Certainement, d'après ce que vous nous aviez déjà fait entrevoir, vous devez savoir depuis quelque temps à quoi vous en tenir sur les révolutions qui ne pouvaient vous être indifférentes.
S'il en est résulté quelque chose de fcicheux, pourquoi votre âme ne s'estelle pas épanchée au sein de vos amis? S'il en est autrement, comme je suis portée à me le persuader, comment avez-vous le courage de nous laisser dans l'incertitude ?
Enfin, quoi qu'il y ait et comme que vous soyez, écrivez-nous, et ne nous mettez pas dans la nécessité pénible de chercher les causes d'un silence dont l'amitié ne saurait s'accommoder.
Quand nous serons tranquilles sur votre compte, donnez- nous quelques nouvelles de votre capitale et du cardinal ^^^ dont on ne sait plus que dire eii province. Je vous recommande toujours les notices sur le feu duc d'Orléans, dont .on attend ici l'oraison funèbre, dont l'auteur à son tour attend vos renseignements.
Eudora grandit assez et commence un peu à lire ; son père est fort occupé en ce moment. Nous vous embrassons tous et vous demandons à grands cris nouvelles de vous , de votre état, de vous encore et de vous par- dessus tout. Adieu: n'oubliez donc pas de bons amis qui, par leur trempe et leur situation, ne sont pas faits pour changer jamais dans les sentiments qu'ils vous ont voués.
^'' Bosc, IV, io5 ; Dauban, II, 5'j6. des Postes. 1^ situation de Bôsc avait du si'pfl
^*' ]jes arrêts du Conseil des 3o oct. et ressentir, nous ne saurions dire conunenl. âouov. 1780 avaient l'cmanié lout le service ^'^ De Rohan.
ANNKK 178<i.
[\ BOSC, À PAULS")
9 0 février [1786, — de Villefram-hn],
(lo Paris est un gouffri^ uii s'engloutissent , je crois, l'amitié même qI les souvenirs. Nous n'avons nouvelles de vous non plus (|ue si vous étiez mort. Juâ(}u*au docteur ^'^^ qui garde aus.si de longs sUences; je vois bien que lu capitale vous gAte tous. Restez donc à votre mauvtiis sor(, et répondez seulement quand on s'adresse a vous; c'est tout ce dont vous me paraissez capable a présenL
Au milieu de vos affaires et distractions, parmi les cliangemi-nts d'administration» les intrigues de cour, les cabales d'Académie, le tlux des connaissances et le clinquant des savants, irai-je vous entretenir de nos plaisirs? En vérité, ce serait bien ôlre de ma province! Cependant nous dansons, chantons^ buvons et mangeons ici comme là-haut, mais au lieu de disserter à tout venant, ce n'est que dans le cabinet que nous nous amusons h raisonner pour faire diversion.
Je ne veux pas vous dire que nous vous aimons toujours avant de savoir si vous en êtes digne, et je remets cela à ma prereiière.
\ BOSC, À P\RIS"'
Vous êtes bien encore de votre province • d'imaginer que je vous boude! Ressouvenez -vous donc que vous étiez grand garçon, lorsque vous êtes venu dans la capitale, et que moi je ne lai quiltée qu'à vingt-sept ans; partant, j'avais les bons principes trop solidenjenl
t"' Bo9C, IV» ir>() : Uanhaii, II, ri/iy. à Paris le mois précHlent. Il allii demeurer
f*^ Laiilhenas, qui renonçait poiu* le mo- rue Tlîéveuol» 3i, rnr^nl îi sVHaldir eu province, était revetui **' Collection \\\\h^\ Morrisor», *ï fol.
établis pour qu un petit air de province puisse les altérer; tandis que vous, au contraire, n'avez qu'à peine secoué votre première rouille. Il y parait bien, en vérité; vous avez tout le gros amour-propre d'un provincial et vous allez croire qu'une femme vous boade ; vous le croyez, parce que vous vous reconnaissez des retards, des - . . je ne sais quoi, que vous présumez qu'elle a vus avec peine ; c'aurait été bien asseï de présomption que de soupçonner qu'ils eussent été seulement remarqués.
Consolez-vous, mon pauvre provincial; la ménagère se ressouvient encore de son Paris et n'est point montée sur des échasses.
Le réquisitoire me paraît une excellente pièce pour faire connaître l'ouvrage proscrit, et je n'en fais pas dédain comme vous le faites vousmême.
Nous nous sommes passés des renseignements pour Toraison funèbre; mais Dieu sait aussi comme c'était maigre et sec! Du reste, grande cérémonie, beaucoup de solennité, de décence et un air de grande ville. Voilà, Monsieur, le spectacle qui a fait variété au milieu de nos. bals; Dieu merci, nous allons nous reposer de Ja mangeaille comme de la danse.
Vous ne nous dites pas un mot de nouvelles, de gentillesses, de petites intrigues, des inventions brillantes, etc. Voilà ce dont on peut savoir mauvais gré à un homme quand il écrit; mais le bouder de ce qu'il songerait un peu moins à ses amis ou garderait de plus longs silences, c'est' une grossièreté, un ridicule que les gens du bon air ignorent parfaitement.
Adieu ; vous avez des lycées dont les lumières s'étendent jusquà nous, et dont je vous félicite bien. Je ne sais si l'inspecteur a quelque chose à vous dire; il est en affaires dans ce moment avec un Englishman; je laisse la place et vous souhaite un heureux jour.
P.-S. ^'^ Quand on nous expédiera les planches gravées du Diction-
^'^ Ce P.-S. a M biffée dans Tauto^aphe.
nav'e des manufactures y il vous en sera remis quatre exemplaires, parmi lesquels il en est un qui vous regarde, comme vous savez. C'est ce que l'ami voulait vous observer.
[À BOSC, À PARIS ^''
37 février [1786, — de Villefranche].
Eh mais, vraiment! vous commencez h m'ëdificr; un homme qui prouve mérite bien quelques considération. Mais un pénitent! . . . Ah! cela sonne mal, et, en vérité, vous avez cette allure : je suis fâchée de vous le dire. Cependant, au milieu de ce ton grave et censeur, perce une petite pointe de je ne sais quoi qui ressemble au dépit et vous rend quelque amabilité. Passe donc pour cette fois, et parlons raison.
Je suis fort aise que vous lisiez de Lolme, et je crois qu'il doit vous attacher beaucoup, surtout avec les objets de comparaison que vous avez pris. Mais savez-vous que Massachussets est un nom bien barbare, et qu'on n'a jamais vu un homme du bel air prononcer un mot pareil en disant de jolies choses h une femme? J'en sais une qui se choqua si fort de celui de Transylvanie, qui lui était neuf et lui parut malsonnant, qu'elle chassa de sa présence l'impertinent qui l'avait prononcé. Quant à moi, je suis si bonne, et je vous sais tant de gré de ne savoir plus (jue dire, que je vous pardonne tout le reste.
Vous voudriez bien que je vous disse quelque chose d'Eudora, qui grandit, lit couramment, débite à son père de petits vers de ma façon ^^^, rougit jusqu'aux yeux, caresse et mignarde comme une friponne de dix ans; mais je ne veux pas non plus tout vous dire. Je me bornerai donc h convenir que, toujours badaude, je ne puis me défendre de prendre intérêt aux habitants de la bonne ville, et que je vous aime encore quelquefois.
^'^ Bosc, IV, 106; Dauban, II, 547. de sa naissance (& octobre). On en trouvera
^'^ Des vers pour Tanniversaire , tantôt un certain nombre aux Papiers Roland, du mariafje rie ses parents ( h février) , tantôt ms. 9533 , fol. 1 9-28.
[À BOSC, k PARIS "J.J
i5 mare 1786, — [dp VîllofranrlM»].
J avais de grands projets de vous écrire, puis cela s'est passé, je ne sais comment.
Voici toujours une ci-jointe pour le docteur. Donnez-nous donc de vos nouvelles! Etes-vous content? Il me semble que vous me devez au moins deux réponses à des balivernes que je vous ai contées, il y a des siècles.
Mon pauvre pigeon est en voyage, et je crois qu'il a les ailes bien mouillées; je suis de mauvaise humeur contre ce chien de temps, que nous valent sûrement les péchés de votre capitale. Habitant de celte Babylone, vous m'avez bien l'air de participer à sa corruption, tandis que je me régénère dans la province, ah! c'est une bénédiction!
Dites-nous donc quelque chose du grand Cagliostro , qui nous a enchantés aussi avec son très bon mémoire (*^^
Eudora commence à se dépraver passablement: elle combine quelques idées, elle devient un peu soumise, elle compte jusqu'à douze et lit même assez couramment.
Adieu; on aime encore dans ce climat, et je vous embrasse de tout mon cœur.
^*^ Collection Alfred Morrison, 1 fol.
^*^ Probablement le mc^nioire où Cagliostro , mis à la Bastille dans Taffaire du collier, s'était justifié d'avoir participé au vol {Biographie Rabbe), plutôt que les trMénioii'es authenti(iues pour servir à l'histoire du comte de Cagliostro ?», brochure du marcpiis de Luchet qui avait paru à la fin de
1785. (Voir Correspondance iittémire, novembre 1785, et Mémoires secrets, 98 décei libre.)
Roland écrivait déjà à Bosr , ]o à octobre 1785, à propos de Cagliostro : «rDonze îiyonnais , qui devaient être initiés par lai dans le rite égyptien, pleurent sa dëteution. Lr désolation est dans le temple ^
AINNÉE 1786. 569
[\ BOSC, À paris'".]
17 mars [1786, — de Villofitinche].
Nous ne sentons jamais mieux que nous sommes vos amis qu'aux moments où vous êtes affligé; le peu que vous me dites m'inquiète; vous parlez d'une triste nouvelle, mais sans ouvrir votre cœur; vous êtes mai portant et chagrin, et vous vous contentez de le dire sans vous livrer, je ne dis pas seulement à la confiance, mais h l'effusion de l'amitié. Ne songez-vous donc plus à la nôtre? Ne vous serait-elle plus chère? Vous avez un (on d'indifférence qui est fait pour nous peiner, en même temps que votre affliction nous tourmente.
Expliquez -vous, écrivez- nous; nous sommes mal à l'aise jusqu'à d'autres nouvelles. Nous les attendons impatiemment.
Je ne vous écris que pour vous prier de nous en donner ; l'ami est revenu , après avoir été assez mouillé. Nous voilà tous occupés de vous. Adieu, mon ami ; reposez-vous encore quelquefois au sein de celte amitié qui nous a tous unis pour jamais. Nous vous embrassons avec un attendrissement que je ne puis vous exprimer.
[\ ROLAND, À LYON^'l]
6 avril 1786, — [de Villefranche].
Tu vois, mon bon ami, que je n'ai pas perdu de temps à vider notre affaire auprès de la dulcinée; mais j'ai grand'peur qu'il ne se trouve que de la boue au fond du puits; enfin nous serons certains qu'il n'y a pas autre cliose, et tout sera dit.
J'ai envoyé ce matin le brouillon à notre ami, avec la lettre do sa cousine; ainsi le voilà muni des pièces, en attendant la fin^.
Le sieur Lafond n'a rien déposé, car il ne s'est pas rendu à l'as-
^'^ Bosc, IV, 107; Dauban, II, bhH. des lettres qui suivent semblent faire allu-
'^^ Ms. GqSq, fol. 1^6-1/17. sien à quelque projet de mariage de Lan-
^^' Tout ce qui précède et divers passages thenas.
signation; mon frère vient de me remettre le papier paraphé que je joins ici; je lui ai dit qu'il me semblait que le lieutenant générdi ' avait dû t'en confier un autre pour servir de comparaison; le frèiv m'a répondu que tu avais les tiens qui remplissaient cet objet. Il faudra donc réitérer l'assignation? Mais ce ne peut plus être qu^au retour de la paperasse que je t'envoie.
Je présume que peutr^tre on aura trouvé quelque commission pour faire absenter le personnage, dans la crainte qu'il ne soutînt pas bien son rôle. Ce serait une chose curieuse à savoir; mais ce ne sera pas moi qui l'apprendrai. Je n'ai pas envie de me bouger, dans ce petit trou on le moindre mouvement fait élever tant d'insectes W.
Eudora conserve un peu de mal-être; je la tiens à la diète; elle est triste et pleureuse on ne saurait davantage; je lui donnerai demain de la mousse de Corse.
Nous lisons cependant, mais nous faisons tout maussadement aujourd'hui; je l'ai envoyée à la promenade comme à l'ordinaire.
]^me Prév^ [Préverand] garde son logis ; les malins disent qu'elle envoyait souvent, ces jours derniers, chez le petit officier ou qu'elle le recevait chez elle; il est parti aujourd'hui pour quelques jours.
Les gens graves s'en tiennent à croire que c'est le dérangement de ses affaires qui a fait absenter le mari, dérangement dont on pense que la femme n'a pas d'idée.
Que fais-tu? Conmient va ta santé? Donne-moi de tes nouvelles, vite et long, s'il est possible; amitiés sans nombre à notre belle amie^^ el à sa chère famille.
Aie bien soin de toi et de tout ce que je t'ai recommandé pour ton bien et ma tranquillité. Je ne suis plus qu'une pauvre moitié, mais qui vaut encore par tout ce qu'elle sent pour l'autre.
Il se fait tard; je l'embrasse de tout mon cœur, avec les yeux comme tu sais.
^*^ G iidrin rie I^ Coionge, lieu tenant gë- '*^ Nous n'avons pu trouver de qoeBe
nëral ci\il et criminei de ia sëndchaussëe. affaire il est question ici. — Voir lettre du 19 mars 1 780. '*• M'"' Chevandier.
ANNEE 178fi.
[\ ROLAND, V LYON
Jeudi au soir, [0 ivril 1786, — de Vîllnfpanche],
Je te dimi pour nouvcHes qu'il nous est venu ce matin, par la dilipence, un beau pâté d'Amiens. Il étail arrivé dès sept heures, et, dans Fenvie de savoir ce que c'était, le bon frère l'avait déballé; de manière qu'à mon lever, je lai Irouvé en désbabillé comme un commensal du logis. J'ai fait rechercher les enveloppes pour y trouver une carte qui m'a appris ce qu'il contenait et de qui il venait, suivant rusagc du pâtissier que je me rappelais. Premièrement, il est garni d'un dindon, de deux canards et deux perdrix. Quant à Fauteur de Tenvoi, tu te doutes bien, comme je faisais déjà avant d'en avoir reçu l'assurance, que c'est le brave Flesselles. Sans doute, il Fa fait venir d'Amiens à Paris à ses frais, car le port ne compte que de la capitab» el ne coàte que 3 livres.
Gomme je ne sais où le prendre, je ne lui écrirai que lumli, pour que tn puisses me dire où tu juges que je dois le faire; à moins que tu ne lui écrives toi-même, s'il est plus à propos, comme ce poun*ait iHre.
Nons attendrons Pâques et toi, comme de raison, pour cette ouverture où j'ai déjà pensé qu'il faudrait peul-èti'e mettre sans façon les deux réconciliés par tes soins. Nous avons jour d'avis.
Tu verras, par les ci-jointes, que ce n'est pas laseule chose qui nous soit verme d Amiens : te voilà donc aussi îuui^eau^^U 11 fallait bien cela avec le reste. Je te fais passer la réponse, que j'ai bâchée sur-le-cliamp.
^'' M9.9533, roL88-çjo, — r^iletlrf* n'est pas (talé?, inais, en la rapproctiaDt de la préciîdente et de la suivanle, on voit t^'elie a été commencée le rrjeudi mi soir**, 6 iuril
^'^ Rolanfî venait d'^U'e nommi^ mcnilMV d 1 1 M met* d'Amie m , pel Ue société 1 i 1 1 ém ï i-e
faiidee , comme une soHe de concurrence à l^Acatltiinje de celte viUe , par ses fumis : M. de Vin, qui en éiinl secrt^taire, Delantorlit*re , etc. ' — D y a , aux Pupers Réand^ ms. ç|53a, foi. 3S8-36i , rJenx copies du petit ^lisfours qu'il y prononni deux mi\h après (7 juin 1786 ), en pivrifuil si-ance.
pour que tu y ajoutes le sel et ts bénédiction, en Tenvoyant par l'intendance de là-bas, à ce que j'imagine.
J'écris à ma petite cousine '^^ à qui je n'ai pas donné de mes nouvelles depuis le Jour de l'An ; j'écrirai au Grépysois; enfin je m'en donne tandis que tu n'es pas là, et je fais des lettres longues d'une aune. Gela se prend et se laisse, au milieu des petites aiïaires de ménage, des leçons, jâseries, etc.
Eudora est gentille aujourd'hui, mais non mieux portante et fort abattue; elle est brûlante, et sûrement tourmentée de la fièvre. Je lui ai donné de la mousse qui la purge un peu ; j'ai fait venir Bussy qui juge que cela ne sera rien et qu'il y a des vers à purger ; il u'ordonoe rien que ce que je fais.
Malgré son accablement, elle a bien lu, bien raconté ce cju'elle sait, bien crayonné des circonférences et des diamètres, etc., puis dormi dans mes bras, un peu joué et enfin demandé , non à se coucher, mais à se reposer sur le Ut de papa; je l'y ai mise, elle y sommeille.
J'ai reçu des nouvelles de Lanthenas dont je t'enverrai Tépître à l'autre courrier, pour ne pas tant grossir le paquet ou plutôt ne pas t'en donner tant à lire à la fois.
Tu as vu ce que j'ai écrit à sa dulcinée par le courrier de ce matin ? Est-ce bien , mon maître ?
Adieu, pour ce soir. J'espère avoir de tes nouvelles avant de fermer la présente.
Vendredi.
Saint-Claude est arrivé hier, comme je finissais de t'écrire; il me fâche bien qu'il t'ait si mal contenté. J'ai fait venir Vincent et rempli les intentions. ÎVos deux chambres à vider le sont dès à présent. Le lit (le la tienne était rempli de punaises; j'ai tout fait porter à l'écurie, pour n'empester aucun coin de la maison; je croirais que l'odeur qui se manifestait dans cet appartement, quand il était fermé, tenait à ce lit : vieilleries que tout cela, qu'il faut nettoyer en plein.
•') M-" Tnide.
La mère de Pumbrel[on] a dîne hier avec nous; elle a inonlré, à iiiuii frère seulenieiit, la lettre d'adieux de son lils, qui lui dit eu sub* stance qu'elle sera sans doute élounee de sou brusque départ, mais que les chagrins et les aniertunies druit sou cœur est rempli roblifjeul a faire ainsi; il lui demande la continuation de ses bontés pour sa femme et ses enfants, ajoutant que, pour lui, il en a reru trop de marques pour cesser jamais iV\ compter. Le cœur de celte pauvre mère crevé de douleur, quoiqu'elle ne sache pas tout. Elle a pourtîini raconté Thistoire du feu sous le lit, au frère qui me !'a dite et auquel j'ai ajouté que nous la savions déjà, La belle-hlle m'a écrit un billet, ce matin, pour me demander, de la part de son mari, l'adresse de M'*'' de La Belouze; je la lui ai envoyée en lui faisant mes honnêtetés et la chargeant d'amitiés pour sou mari; je crois qu'elle aura luen senti et savouré cette diversité de nuances. C'est une petite etfrontée, à n'eu juger nu^me que par un propos que racontail hier la mère; celle-ci a ajouté cpi'elle désirait (la jeune femme) aller habiter un autre séjour que Villelranche. Que deviendra cette maison? L'on n'y voit goutte, sinon qu'elle court à grand pas vers sa ruine totale.
J'aime assez cette première jetée, et je crois que cela pourra s'employer.
Je chercherai une occasion pour Tenvoî de l'exemplaire; 11 faudra bien qu'on en parle ; les insectes auront beau faire, ils n'empocheront pas cela.
Ce que lu me dis de M""' Chevandier nrafilige; est-il possible que celle femme se périsse ainsi à force d*activité! Il faudrait pouvoir lui faire av«iler de la modération comme on ferait d'une médecine.
Eudora ne va guère mieux; on la purge demain avec le suc purgatif. Je viens avec elle de Fliôpital, pour une première sorlie depuis ton déparL On coule ma lessive aujourd'hui, ou range de toutes parts dans le logis, puis les caisses du jardin à sortir, puis le bois; j'en donne à nmn gaillard pour ses ébals.
Adieu^ mon cher bon ami; je t'enibi^asse de luuL mon creuj*.
Celle pauvre Eudora est accablée; elle se couchait sur les tabou-
rets; elle sommeille sans cesse et est fort triste; je viens de la mettre dans son lit.
6 heures et demie. — Adieu encore; aie bien soin de toi.
[À ROLAND, À LYON'''
Dimanche au soir, 9 avril 1786, — [de ViiiefruiclK].
J'ai reçu ta lettre de vendredi aujourd'hui, à midi, avec un double plaisir, mon bon ami, car je n'en espérais plus que pour demain au soir.
Je suis bien aise de te voir au courant de tes affaires, dans l'activité et, à la fois, les distractions qu'elles occasionnent. Je ne manque pas non plus ici d'exercice; mais ce n'est pas au bureau ni dehors que je le prends. Notre Eudora a gardé sa fièvre, elle a même pris des redoublements; la médecine d'hier l'a menée prodigieusement avec coliques et abattement extrême ; à dix heures du soir, la purgation agissait encore : j'en ai adouci les suites par un lavement. La nuit a été orageuse; nous l'avons passée moitié debout, moitié couchée. Point d'apparence de petite vérole; des excréments d'une odeur putride, toujours quelques coliques; enfin, à midi, le pauvre enfant a rendu un ver de près d'un quart de long, gros à proportion; je ne présume pas qu'il ait été seul, et nous repurgerons demain. Si l'état d'aujourd'hui avait empiré, j'aurais craint une fièvre putride; mais le médecin, la sœur de La Chasse ne le redoutent pas et n'y voient qu'une fièvre d'humeurs et de vers. La petite est déjà si faible, que c'est une masse à remuer; je mets son lit au cabinet dans le jour; je la mets parfois sur mes genoux pour la changer de position, et, les boissons et le reste, le temps se passe et se remplit. J'espère que nous nous en tirerons heureusement. Voilà notre état, mon bon ami, peut-être comporterail-il que je t'en parlasse
^') Ms. 6q39, foi. 1/18-1/19.
ANNEE I78ti.
plus légèrement et avec plus de gaît^\ Mais c'est Ëudura qui soutire, et j'ai besoin de courage pour ne pas m'alariner.
Je t'envoie les deux dernières de Lauthenas; elles eu supposent deux intermédiaires dont je n'ai nulle nouvelle, pas plus que des trois premiers numéros. Il paraît qu'il y était fort question de la demoiselle; mais rien n'est venu, et je ne sais de remède à cela que de se consoler,
Cun}me tu le dis tort bien, la madré n*a pas besoin de caresses pour S'A santé; elle a grondé hier le chanoine, mais grondé» boudé, crié trimportance; ils étaient en tête-à-téte; avec sa douceur, le chanoine n'a pas laissé que de se bien défendre; et nota que cela venait un peu à mon occasion, parce que, durant le dîner, je l'avais priée de garder pour elle une réflexion dont elle me fatiguait. H est résulté de cet ensemble quaujourdlini j*ai eu sa visite au cabinet; elle y est venue d'abord avec M""** Perrin, y a passé seule avec moi le temps des vêpres et ne sVn est allée que lorsqu'on est venu la chercher pour jecevoir sa compagnie.
Depuis que j'ai commencé la présente, j'ai reçu la visite de M, l*ezant^^^ visite fort amicale; il m'apportait un livre et m'a beaucoup fait rire de l'histoire d'une demoiselle de cette ville qu'on dit avoir en un juiir répété deux fois les sept allégresses de la Vierge; ce sont les deux jeunes gens, dont l'an travaille le matiu et l'autre le soir, qui se vantèrent de ces hauts faits, etc.
M'"** de La Chasse est revenue nous voir, et nous avons doimé à l'enfant un peu dlmile empyreomatique; je vais maintenant lui adminis-
t'^ Jeaii-François Pezaat, né a Viliefraiiche en 1718, morl duns la nn^me villi' If at avril 1801 , atieiea avuciit du Roi» tihjra maire du Ville frîinclie (en 1786). Fersoenage t;uusidéniblt% parlîsau des idées iiouv<^llos, ijcïtjîj le ti^ouvoDs en 1788 prtïciinmr-tiyQdic lie rAss^mbl*^ provinciale du Beaujolais, tJû tytjo miioibnï du Directoii'e du dëpai*leQienl, en 179-^ pix-ddeol du tribunal de
Vitlefrauche. (Voir fiui* loi WaLl, p. lôi)- 171 , *37f) 376, ^iqS/ï II sei'ii <|uestioiî de lui dans la suite de ceKe Corn'spondaQce [Letlrrji à Bancal, de 1790 et 1791 ). — H éimi un des deux seeréltiires perpétuels de r Atuidëjiiie de VilletVancliP, où il avait éié éh\ eu 17 &&^ et faisail des vers, insdn^s dans leîi recueils du temps [(]aiaL des L^onntiiit dignes du mémoire).
trer un remède avec du lait, pour engager à la sortie les vers que riiuile peut avoir tués.
Tous ces gens m'ont pris du temps; Eudora crie le ventre, elle s'éveille d'un assez long somme qui avait suivi un petit redoublement, et la Bèvre est moindre que ce matin.
Adieu, cher ami; écris-moi, c'est mon restaurant. Je t'embrasse de tout mon cœur. J'ai écrit aux deux frères. Adieu , adieu. Ménage-toi et tout ira bien.
[À ROLAND, À LYOi\'^'.]
Lundi au soir, [lo avril 1786* — de Villefranchej.
J'espère, mon ami, qu'il n'en sera pas de ton songe comme de ceui des tragédies; mais le lien m'a serré le cœur au point d'arrêter mes larmes. L'inquiétude m'en a fait répandre aujourd'hui. Eudora a pris une médecine qu'elle n'a pas rendue; elle a pris dans sa boisson da sel d'Epsom pour aider la médecine; il n'a pas fait davantage. Après quatre ou cinq heures d'écoulées à beaucoup boire et ne rien rendre, j'ai donné un lavement; il a été rendu comme il avait été pris et a seulement fait couler un peu d'urine. Depuis midi que cela s'est passé jusqu'à cinq heures et demie, la même histoire : beaucoup boire et oe rien rendre.
Je viens de donner un autre lavement; il a été rendu comme l'autre et a fait un peu uriner. Gel état m'a tourmentée au delà de toute expression; j'ai cru à la fièvre putride, à l'inflammation, et tu juges si l'imagination a fait le reste. Cependant la fièvre est moindre ; le ventre n'est pas tendu, la tête n'est pas si brûlante, la respiration est très libre et l'enfant ne paraît pas souffrir. Il dort beaucoup et, dans les temps de la veille, il cause comme en santé. Seulement il est plus capricieux encore, et crie parfois comme un diable. Je n'entends rien à
•^ Ms. Ga.jg, toi. i5o-i5i. — La dale résulte de tout ce qui précède et siiiL
cela. Aussi quelijuefois je suis fort tranquille, ne pouvant croire à rien de fâcheux; puis les idées changent ^ et je pleure comme une folle. Le médecin ee moque de moi el me dit que ce n est rien; mais, comme je ne regorge pas de confiance en lui, il ne me rassure qu'à demi.
Je ne suis occupée que de cela et ne saurais le parler d'autre chose : ridée de Textrait ne m'est seuleuient pas venue^ et je l'aurais eue, que c'aurait été en vain [>our le travail.
Ta auras reçu un paquet de moi aujourdlmi, où je t'exposais Tétat dliier et t'envoyais des lettres de Paris. J'en ai beaucoup reçu aujour- «rhui, de Le Monnier, de Lanthenas, de Valioud, puis des tableaux de musée de M. d'Ku; mais je ne te fais rien passer et je le remets à mercredi, s'il y a lieu.
Je profite du domestique de M* Billioux^*) pour te donner ces dernières nouvelles et te faire passer Fexeoqilaire de ton œuvre encyclopédique pour rAcadéuïie*
/\«lieu, mou cher ami; je te quitte pour notre enfant, ([ui m appelle et veut se reposer de son lit sur mes genoux. Adieu, je l'embrasse de toute mou âme*
Ci-joint pour envoyer à la poste.
Au milieu de tout cela, ménage-toi et songe que le pire de nos maux serait que l'inquiétude ou une fatigue outrée altérêU la santé. Mon ami! avec toi, je soutiendrais tout encore; mais sans toi, tout ce qui resterait est trop peu.
À MOÎNSIEUR, MONSIEI'R ROLAM) DE LAl'LATIEKIi
INSPECTEUR DES MANUFACTUIIBS, PUCK l)K L* CMAniTÉ, M.VISOS COLLOMB ,
\ LYON f^'.
Le munVj molîn, à 5 Ijotires [ 1 1 avrit 178O, — de VilltTratirhc].
Tranquillise-toi, mon bon ami : Tétat qui m'inquiétait si prodigieu-
' ' • Bill itjia , consoilier eu lo sérîéchaw&sde ''^'' \U, 0 -j 3 tj , foL 1 î> !î- 1 5 3 , Mhne oljser^
{Atm. lie Ltfon, 178^). valioii quo prwiideumieal |iotH' la ilak. —
LKTTIIKS M WADiWK tlOUIItl* — I.
tit#litltftik %ATâv«Jki.i
sèment hier, et dont je te parle daûs la lettre que tu ti'ouveras avec les livres, n'aura pas de suites fâcheuses. Eudora a passé une nuit tranquille; c'est la meilleure que nous ayons eue depuis vendredi; les urines ont repris leur cours, mais en excessivement petite quantité; la fièvre est beaucoup moindre. Je crois que, tout simplement, elle avait hier digéré sa médecine. Cependant elle se frotte le nez sans cesse, et je crains qu'il n'y ait encore des vers; que faire pour les chasser? c'est notre embarras; ils paraissent terriblement tenaces.
Jeannin n'est point venu; les chambres sont dégarnies; mais, suivant ce que tu me manderas mercredi, je les ferai remeubler pour recevoir toi et Gosse plus commodément; et je retarderai de huit ou quinze jours l'opération que je voulais faire. J'attends là-dessus tes premières nouvelles sur l'état de Gosse et ton retour.
J'ai été hier au soir terriblement émue par le tocsin , qu'on sonnait à huit heures avec beaucoup de rapidité; heureusement il ne fut question que d'un feu de cheminée, assez loin de nous et bientôt éteint.
Je remettrai ce matin la paperasse à mon frère, je n'en ai pu trouver l'instant hier; la maman monta près de moi après le dîner et avant souper.
Pombreton écrit souvent et fort amicalement; il mande à sa femme qu'il a obtenu ceci, qu'il sollicite cela, qu'il reviendra assez à temps pour faire ses états de deux mois, etc.; on n'y voit goutte. Le bon Dieu les bénisse! Porte-toi bien ; conservons Eudora, et, comme toi, jeserai contente.
Que je suis fâchée de notre belle amie! Dis-le lui bien; puissé-jeeo apprendre de meilleures nouvelles. Et ce brave Gosse, que je serais! aise de voir, que deviendra son indisposition?
11 est fâcheux que tu n'aies pas connu assez à temps l'homme dont tu me parles, pour le faire mettre au nombre des commissaires; car
Quant à Tadi^sc, nous la donnons cette suivantes où elle se retrouve , nous mettroo» fois m extenso. Mais, pour celles des lettres simplement (r A Roland y* (sans CTOcketsV
Iramour-propre, qui n'a rien à gagner pour lui, puis({u'il ne sciait pas nommé, pourrait TempAcher de le dire toul ce qu'il pense ^^L
J'ai lu le drame intéressant que tu m'as envoyé, il ma fort émue et [attachée.
Adieu, je vais me recoucher encore; je me sens besoin de plus de ^ repos. Je t'embrasse de tout mon cœur.
As-tu vu M, et M'"' Roland; guère plos, sans doute, que \L et M*"*" de iRiverieux'^^?
Je crois qull conviendrait que tu donnasses quelque chose au por- [leur, domestique de M. Billionx, qui se détourne pour te remettre ce paquet
[\ ROLAND, i LYO>*''.]
Merti-edî, 4 heures du §olr [la a'vrii] 1786, — [(k* Vlllefranchej.
QiieRe terrible journée, mon ami, que celle d'hier qui s'était ouverte par respérauce! Les redoublements de la fièvre, rinutilité des lavements, rentière cessation des urines, la tension do ventre, des cris déchirants pour des douleurs de cette partie, une humeur intraitable, espèce de transport, toul annonçait une indammation qui ne pouvait dui'er enrore deux jours sans emporter le sujet* Cette nuit a été crueHe ; il fut impossihh* île rien faire prendre a Tenfant durant J'espace de six heures. Eulin, vers cinq heures, je suis parvenue a lui Monner un lavement et à la taire boire; Friret se réduisit presque à rien. Je me mis au lit avec ce pauvre enfant, je me tis beaucoup couvrir, je parvins à le faire doï'uiir et suer; celte crise salutaire di-
<'^ Roland avait été désigné» le It aviii 1786, avec deux autres raemhivs de i*Acaàémw de l^yon, potir pgev un eoucoui-ïi oiivcî'l par rAcaiMniie sur ict* Lichens : TT Quelles sottl les divei'ses espèces de lichens dont on peut fan-e usage en rnt^decine et dans les ails? tr {Hegistres de rAtatUmie de
Ltfoti), — Voir son nipporl, du 10 aoiil 1786, aux Papiers Roinml, iiis. 953a, Irii, 57-<îo.
"J Sur ces parents cloignt^s de Roland h Lyon, voir Appendice C.
■'; \fs. fi -3 3. h foL »r>^j-i.iS.— Mi^nic i-^i-.maixjue po jr lu date.
minua un peu la fièvre. Des fomentations et deux autres lavements nous ont enfin procuré une évacuation à midi, la première depuis la nuit du dimanche au lundi et la médecine de ce dernier jour. Tous les accidents graves ont disparu; il reste peu de Gèvre, Turine commence à prendre son cours et Tenfant se soutient même sur ses pieds. Le médecin était assez disposé à le purger, je lui ai peint une répugnance qui rendait l'entreprise trop diflicile pour qu'on dût la tenter; et je ferai ainsi durant quelques jours, parce que je suis persuadée qnll faut continuer de traiter par les lavements et les lavages pour apaiser l'irritation qu'un purgatif ne ferait qu'augmenter. Je serais tentée de croire que celui de lundi était hors de propos et que le premier avait été trop fort. On se défie souvent trop de son propre bon sens et d'nn vif intérêt qu'éclaire l'observation de chaque instant.
Enlin, mon bon ami, j'ai été dans les larmes, j*ai cru que ton funeste songe serait réalisé; mais un jour plus heureux renaît encore et me remplit d'espérance'et de joie. Cet enfant a développé un moral bien difficile et des singularités, si l'on pouvait rigoureusement juger le caractère en pareille situation. D'abord il a manifesté une aversion étonnante pour sa grand'mère; il paraissait souffrir de sa présence: ff Laissez-moi, allez-vous-en, non, taisez-vous 7> était tout ce qu'il pouvait lui dire; il refusait de prendre une boisson si la grand'mainao s'avisait de toucher à la tasse; il criait horriblement si elle portait la main au rideau ou aux approches du lit; enfin c'était un dégoât, une impatience, une opposition si marquée, que la grand'mère, je ne sais comment, en a pleuré phisieurs fois. Au contraire, j'étais la seule qu'il accueillît, non pas avec des marques d'aflection, mais comme s'il m'eût jugée la plus dévouée à son bien ; quand il s'ennuie de son lit, il lui faut mes bras; pour le soigner en tout, il faut que ce soit moi, mais il le veut avec empire, avec aigreur; il se plaint sur le même ton si je ne fais pas à sa fantaisie, et pourtant il ne veut nulle autre à ma place.
La maladie, pour les enfants, est une bien mauvaise éducation; il serait fâcheux qu'elle revîut souvent; les cris de la contrariété nous ont
bien valu ijiielc(iies accès de fièvre» et je ne dmile pas que dans sa vie ordinaire ils ne conliibiienl à foi mer celle abondance d'Kumenrs dont elle regorge, ces glaires si prodigieuses et si diUiciles à extirper.
Tout ce qa*il y a de gens bonnôtes a envoyé et envoie s'informer de ce qui se passe de relatif à cette petite santé; le Doyen est venu, M, Pezanl m'écrit, M. Vevoletl^) a aussi envoyé ; ainsi des autres*
Le frère, qui ne va pas vite, na point encore vu le lieutenant général <''', Je le presserai de nouveau, mais les Pâques, les olFices, le diable et ses exorrismes occupent ou absorbetït les gens d'église et maints autres qui y croient ou non. M"''^ Prev*^ [Préveraud] a fait aujourdliiîi ses dévolions : peti s*en faut que je ne me soucie plus de satisfaire à cette convenance, depuis que celte femme s'en mêle; mais il faut garder le Uicet et faire la génuflexion à son tour.
C'est dommage que la maladie d'Eudora me soit une si triste épreuve, car il fail bien bon garder le logis cette semaine. Je suis fort aise que ce brave Gosse soit mieux; aie soin de me prévenir, si tu dois ramener, afin que je ni^arrange en cnnséquence pour continurr de suspend i*e mes dispositions premières et faire remeubler la chambre à le recevoir, ofi je mettrai un lit de camp avec les autres meubles.
Je n'ai reçu qu'aujonrd'liui, mais à Tarrivée du voilurier, la lettre d'hier; j'espère que tn as reçu les deux miennes ^^^ qui accolaient l'exemplaire de ton ouvrage.
Si le mieux continue, je pourrai trouver le moment de faire l'extrait en question. Ce que tu me dis de M'"'^ Ghevandier me désole. Mille et mille amitiés à celle préciouse femme, à notre brave Gosse que je verrai avec plaisir.
Adieu, mon cher et tendre aini, je f embrasse de tout mon cœur ajfdtummimumenlt'.
P.- S. J'attendais quebpie chose de loi par le courrier. Il n'y a rien.
*'^ BenoU Vaivalet, liciUetiâut particulier civil et criruinei de ta sëiukliay^sc^e, Uonciraire {Atm, de L^n, 1785).
^*J Voir la pi^emièi^ lettre du 6 avril précède rU.
t*^ Cellt>s detî 10 et it avril.
[À ROLAND, À LYON^*'
Samedi saint, 6 heures du matin [i5 avril 1786, — de VDlefrancbe].
Notre état, en paraissant meilleur, n'est pas décidé; je suis inquiète et dévorée par l'incertitude. J'ai reçu l'huile de ricin hier, à huit heures du soir; l'enfant sommeillait, je l'ai laissé tranquille.
Cependant, me rappelant tout le bien que M"* La Chasse m'avait dit de l'huile empyreumatique en en donnant seize gouttes dimanche dernier, ce que Bussy m'avait témoigné depuis sur sa qualité trop échauiïante, en considérant l'inflammation qui existe encore, nous sommes allés, mon frère à la Pharmacopée de M. Yitet^^^ moi à YEcolf vétérinaire ^^^ ; l'un et l'autre (lisent que la semence de ricin, dont on tire l'huile, est vermifuge, mais violent purgatif, propre à mettre l'inflammation dans l'estomac et les intestins; qu'il est dangereux de l'employer intérieurement, que de telles drogues devraient être bannies de la pharmacie.
Hélas! en la recevant par l'ordonnance de M. Rast^*^, je crus un
'»^ Ms. 6q39, fol. 106-107.
^'^ I-^mis Vitet (1736-1809), médecin de Lyon, maire de la ville du o décembre 1 790 au 4 décembre 1792 ; député à la Convention; décrété d'arrestation le 1 1 juin 1798, réintégré à la Convention le 8 mars 179^, puis membre dos Cinq-Cilents. Il avait publié en 1778 la Pharmacopée de Lyon,
^'^ Les DémotMtrations élémentaires de botanique à l'usage de l'Ecole royale vétérinaire dont nous avons déjà parlé (lettre 43, p. 1/17).
Rectifions ici une légère erreur de bibliographie : la r* édition (1766) était de Claret de la Tourrelte, seul; la a* (1778)
est de Fabbé Rozier. Ce n^est que pla<i tard que le médecin Giliberi ea donna (1787. 1789, 1 795 ) des éditions plus développées. ^*^ Jean -Baptiste -Antoine Rast (i73<- 1810), médecin et bibliographe (PéricaoJ, Tahl, chron.), membre de rAcadémie ( ijôS: et de la Société d'agriculture de Lyon, dont il était directeur en 1789. — Il s'appelait Rast de IVlaupas, mais on le désigne d ordinaire sous le seul nom de Rast , pour le distinguer de son frère, Jean-Louis Rast de xMaupas (1731-1831), négociant et agronome, fondateur de la Condition publifit des soies, cette institution essentielle «le rinduslrie lyonnaise.
moment lenii' i«* saliil de mon «MilaiiL Que penser et faire maintenaul? J'fiHends Bnssy, et nous verrons. En attendant la fièvre subsiste; d y a toujours de fa tension dans le bas-venlre; les urines sont encore rares; elles sont claires et crues. L*enl'ant ne veut ni ne peut garderie lit fout le jour constamment; il est levé dans la jou rn*'*e, demeure dans sa chaise ou sur mes bras près du feu, marclie encoie assez ferme pour iHonner après tant de maux el de diète. Le niëdecin veut que je le soutienne par des bouillons; comme je crains rempâtement et que la petite malade demande à manger, je donne le bouillon exlraordiuai renient coupé et léger; j*y ajoute gros comme le pouce de croûte de pain, bien cuite, rompue en petite morceaux et non trempée. Bussy le trouve bon, et c^esl ainsi que nous allons depuis mardi. Du reste, tisane de mauve, trois lavements adoucissants par jour, fomentations de lait et mie de pain : voilà notre vie* Celte nuit, sueur froide, petits hoquets, eu rejetant une pleine gorgée d'eau glaireuse, avec quelques débris du peu de pain du soir; douleurs de ventre, enfin abattement extrême et moitié sommeil : c'est la situation du moment. Je respecte cette sorte de repos de la nature, je n*ose rien faire ; je ne sais non plus que prévoir, l'aurais déjà envoyé chercher Bussy, mais peut-ôtre que cette apparente inaction est plus salutaire que les secours incertains des hommes. Que devenir dans le labyrinthe de leurs contradictions? J'ai déjà vu de celles-ci entre la mère La Gliasse et Bussy, autant que j'en trouve à ce moment entre Rast et ViteL Je n'ai pu dormir; je t'écris, et j'ignore si l'idée que j'avais hier n'est pas à rejeter aujourd'hui ; j'avais envie que lu amenasses un médecin de Lyon à ton retour ici; mais ils sont aveugles comme les autres, ils nous tueront notre enfant aussi bien que le vulgaire des Hippocrates, — peut-être avec plus d'effronterie, peut-être aussi serait-ce. - . Quoi? . . .Je m'y perds* Je vais tracer à part, en forme de mémoire, la suite et le traîtenieni de la maladie: tu consulteras deux des médecins de Lyon les plus instruits, cliacun à l'insu de l'autre; probablement nous gagnerons autant à attendre leur consultation qiTà suivre leur avis. J'en ai fai( autant hier à Lantlienas.
Ail heure».
Bussy m'a dit de l'huile de ricin ce qu en disent Vîtet et Tautre; il n'en a pas voulu et a ordonné deux grains de tartre. Ils sont pris; Teffet va son train assez bien, et l'enfant boit tout ce qu'on veut, au moyen d'un peu de ruse; il rend beaucoup de bile; il a uriné une bonne fois avant de prendre son émétique dont le bon effet me donne de l'espérance et me fortifie d'autant. Fais ce que tu jugeras convenable deuion exposé; rien, si tu veux, car je crois qu'au bout du compte il faut nous en tenir à Bussy, en le raisonnant et lui mâchant bien son affaire.
Je préparerai un lit de camp dans ta chambre pour Gosse; je remettrai le petit lit au cabinet de toilette pour toi, et je ne ferai rien peindre, etc., que dans notre commune absence.
Il y a moins de tension au ventre.
Nourrissons-nous encore d'espérance; ce qui m'en donne le plus est la force de ce pauvre enfant, qui réellement a un fonds de vigueur.
Il me semble que j'avais beaucoup de choses à te dire , mais assurément elles sont indifférentes par comparaison à celles dont je t'entretiens. Mon autre tourment, c'est que tu ne te ménages point, quetn t'échauffes extrêmement; au nom de notre tendresse, aie soin de toi! Je t'embrasse en me jetant dans ton sein.
[k ROLAND, A LYON"'.]
Lundi, après midi, 17 avril 1786, — [de Viiiofranclic 1.
Je ne puis t'exprimer, mon cher ami, combien je suis peinée de m'être trompée sur le jour du courrier et de l'avoir ainsi laissé partir hier sans te donner de nouvelles ; je m'étais figuré qu'il ne passait que ce soir. Tu auras été surpris de n'avoir pas de lettre ce matin : tu t'in-
t'> Ms. 6Q39,foL 168-159.
qiiiéteras, lu croiras les choses au pis; filles sont au mieux. L'éniétiqu<? a produit la plus lierireuse révolution. L*eïifant a été excessivemeul abattu le jour qu'il le prit, niais la Gèvre diminua beaucoup, le cours nature! des urines s^étahlit, la nuit fut excellente, et hier il était sur ses pieds; à plus forte raison y est-il aujourdluii. Demain nous prenons une purgation, et tout, à ce que j'espère, sera teiminé. Je reprends aussi coui'uge et vie, je t'attends inij»alieniment, j'ai hâte de t'enibrasser et me tourmente de tes fatigues et inquiétudes.
Je voudrais avoir une occasion pour t'expédier la jjiéseute ; je ne pourrai guère trouver que celle de Bressun ; mais, du moins, feras-lu la rniilr* eu paix.
De Pombreton est arrivé cette nuit ; «u n'entend rien à tout cela. J'ai remarqué, par-ci par-là dans les journaux, je ne sais quoi qu*^je voulais te dire ; cela me reviendra quand nous causerons. J'attends si vivenuMit ce plaisir, que Je ne saurais plus rien écrire. Je t'embrasse de tout nnui cœur, amico mrissmo*
A ciii(| heures du soir.
Vincent me remet ta lettre, mon cher ami, et celles qui y étaient jointes; j'avais reçu également, le jour indiqué, une heure après que je t'eus écrit, le paquet dont était chargé le domestique de M. Blllioux. Tes inquiétudes m'affectent extrêmement; j'aurais à te dire les mêmes clioses que tu m'exprimes d'une manièie si touchante à la fin de ta lettre. Eh oui ! nous le savons, et nous sommes également chers et nécessaii'i^s l'un à l'autre; conserve cette idée aussi présente que tu me recuuiuiandes de l'avoir. Je vais, cette nuit, remettre l'enfant coucher dans son lit; je l'avais dans le mien, parce que c'était le seul moyen infaillihle qu'il ne m'éthappât rien de sa situation dans tous les momeuLs. Je suis échaulïée et fatiguée, mais point mal portante ; j'ai donné (pielques soins à ma santé ces deux derniers jours; je couiple que tu nous retrouveras toutes deux en bon étal,
Lanthenas avait déjà demandé une copie du discours!^'; je lui aï
^'^ Il s'agît du DUcourë que Rabiul se proposait de mettre eu tête de la secoude
[larlie de son Dictiommire des manufactures (voir t. m, p. i-L\iv). Il y a, aux Papien
répondu que ce serait un petit frais de plus à ajouter aux autres , que je n'avais pas le temps de faire cette copie. Ëiïectivement, depuis que lu es parti , je n'ai tenu la plume que pour faire des lettres ; depuis neuf jours, j'ai entièrement quitté le cabinet et n'y suis pas entrée trois fois dans cet intervalle. Je ne suis sortie de la maison qu^hier pour la messe, et j'en revins aussi lasse que si j'eusse fait un voyage. Le Doyen est venu plusieurs fois et est demeuré assez longtemps chaque fois, ainsi que M. Pezant; en femmes, M™*^ de Lonchamps et M°** GiUet ^ . Tout le reste des honnêtes gens a fait informer chaq^ie jour et même deux fois par jour; nos voisins, fort empressés; le directeur (-', venant très souvent, etc. Je crois que le bon frère aime sa petite nièce; j'ai surpris deux fois ses yeux devenant gros, rouges et baignés. Si le mieux se soutient, je laisserai ton lit dans ma chambre; je ne Taurais fait ôter que dans la crainte que tu fusses interrompu. Un lit de camp, une table et quatre chaises feront Tappartement de notre philosophe (^^; je parie bien que la bonne et franche amitié, avec cela, est tout ce quil lui faut, et je suis aussi tranquille sur ce que j'ai à lui offrir que s'il devait descendre au palais d'Alcinoûs.
Je ne pourrais le mettre dans la chambre de Jeanneton, parce que j'y aurai des ouvrières et qu'il ne faut pas le faire réveiller tous les jours à six heures par deux jeunes filles. Notre belle et bonne amie? Dislui. . . Tu sais tout ce que je pourrais lui dire. J'attends avec empressement ce que tu m'en apprendras de vive voix.
Adieu, mon tendre ami, io ti bacio affettuosissimamente.
Roland, ras. 6943, fol. 107 v", une lettre {Alm. de Lyon). Il fut guillotin<jî à Lvon le
de Roland, du 12 avril 1786, adressée à le 5 décembre 1798, avec Tavocat J.-B.
M. Delandine, directeur de TAcadëmie de Pein, etc. . .
Lyon , où il lui offre ce discours pour l'Aca- ^'^ Probablement M. Paget, dirtctew des
demie. Aides, qui devait être un des locataires des
^'^ M. Gillet était notaire royal, coin- Roland, raissaire-feudiste et archiviste do l'Hôpital ^^^ Gosse.
ANNÉE 178fi
[X BOSC, k PARIS '''.]
Roland
«7 avril 178(1, — [de Villefnmche].
Je conclus de votre lettre du ai^'-^^ que, ne nous «'lioianl plus guère, puisque vous pleurez encore sur nos appréliensions et nos misères, vous nous aimiez beaucoup avant : je m'arrête à ct^tte dernière idée et concluMon: et j*y tiens pour toujours irrévocablement.
Vous m*avez lîcrit d'ailleurs de fort bonnes choses, dont je fera! mon prolit, soit pour les aciers, dont nous reparlerons, sait pour les teintures; et je verrai avec empressement et un sin(|ulier intén^t le bon et brave M. Audran,
Je n'ai pu jusqu'à ce moment lixer le jour de mon départ h cause de quelques circonstances qui oie croisaient à cet égard; mais tout vient dV*tre aplani, et je pars décidément mardi prochain, 3 de mai, pour arriver à lissonnes le samedi suivant, 6* De là, ynii à l'Epine ^-^^ à Longpont: je ne serai guère
'*' Collediori .Ufrorl Morrîsoii, i fal. **^ Uo^ écrivait (ms. (iaâi, fol, 971- «74):
Gnicf â Dieu, Eudora vit encore! Pauvp*' «^nfanl, pniivre mère! Je me forme une idi^e de f»on élat, elle nV*l pas sensuelle.
Je vous avoue qou , «poique je ne vous aime plus guère, ma promenade d'hier (*) a été Iroiililéo par la crainte de recevoir une triste noiivelit% Anjourtrinii je «uis vimn au Iitireau en y pensant, Iri larme k Tœil ^ el j'ai (lUAett votre leUreeji freniis^anl! Entin, elleesl borsttlFaiiv. . .
Suivent clet; rpuspif^iif^rueiits jujur ks Iravaiu de FtoUiQfl, teinture, aciers, etc. . . ^** ffUétabliBseoieot [de la machine de
Flpsselles et de Martin], qui d'almnl ovaît du se faire h Poix, a été ïovn\é dans une autre terre du marëcbal de Noailles, à r^]pirie, prèsd'Arpajonn (Dkt. des mfjftuf,, t, I1,|K 137),
«ril [Delamorlière] mit des fonds dans l'entreprise formée a l'Épine, près d*Arpajon , par Jacques-François MarOo , son fi*ère ulf^riii, qui te |*remier importa en France le^ machines perf*?clioûuées d'Arkwri^htn {tlifig^r. de la Somme).
frCes maebi nés [celles de Marlio ] , les plus parfaites rie celles qui avaient ét^ préêeniées jusqu'alors au gouvernement, furent ëta- Llies 11 l'Epine, près d'Arpajtjn; eUes donnèi^nl naissance h la première fdature
[*) 0a dundDchc ^3 avril 1786. Tous le^ dimancbeii , Bosc eUait avec des tiiiiLs raQiir tes bois otjt entironj d« Paris, berbori^r et philoNoplier. f ...î^es pnneip«.^ qut; noa» difteutioni jadis ilani Jio» promonades philiisop!ij<]ueH di'S diinaocties. . ,v | lettre de Bcmc à Bnticid rks tssaris. du 7 mirs 1798, eoHoetîau B«]JAme).
à Paris que ie lo. Obiigez-moi d'en faire part à Tainî Lanthenas, à <{ui j'écrirai de Longpont^*^ ainsi qu'à vous.
De Madame Roland :
Oui, oui, je me console; je vois qu'il en est de votre amitié comme d'une belle femme, qui plaît encore quoiqu'elle ait perdu Téclat de la jeunesse; ce qui lui reste n'est pas à dédaigner.
Pour moi, je suis d'une égalité fort insipide; je ne vous aime ni plus, ni moins qu'autrefois; seulement je vous connais un peu mieux, et, sans vous estimer moins, je vous toise plus juste ; je mets une giande différence entre le cœur et la tête, et je compense l*un par l'autre pour le bien de l'ensemble. Si vous ne trouvez pas ma remarque bonne, je vous donne un petit soufflet, une embrassade, je fais une pirouette et puis bonjour.
Adieu, salut et amitié.
[À BOSC, À PARIS (2J
3 mai [1786, — de Villefrarirhe].
Je ne vous ressemble guère, car je vais vous aimer un peu davantage; mon bon ami est parti, tout ce qui l'environne augmente ou prend de l'intérêt pour moi; il sera bientôt près de vous ; vous vous verrez, vous renouvellerez le pacte delà sainte amitié, je me transporterai au milieu de vous, et je partagerai vos affections.
D'aujourd'hui ou de demain en huit, le bien-aimé de mon cœur arrivera dans votre capitale; d'ici là, il doit s'arrêter et passer quelques jours à rÉpine et Longpont. Donnez-moi aussi de ses nouvelles et des vôtres ; je vous adresserai souvent des miennes, et j'ai la confiance que vous aurez autant de plaisir qu'autrefois à servir, à prendre part à notre correspondance.
continue établie en France; et cet établis- térieur, cité parMaiseau, Hisi. delajUatun
sèment tient encore le premier rang parmi et du tissage du coton, p. 1 1 a), ceux du même genre que nous possédons...» ^^^ Chez son frère, le curé de Longpont
{Rapport fait en l'an xi au Ministre de Vin- ^*^ Bosc, IV, 107; Dauban, II, 548.
Je dois aller, la semaine procliahie, à la Ccimpagnc avec raa pauvre Eudora, toujours maigre, encore faible et revenant cependant en pleine convalescence. Je compte passer au Clos tout le temps de mon veuvage; c*esl au milieu des cliHmps et par le grand specUicle de la nature que je supporterai Fabseuce de celui qui me les rend plus touchants. Vous, habitant d'une grande \dle, vous, avec tant d'autres, trouvez peut-être ces idi^es et ces sentiments bien villageois ou bons pour les livres seulement : ils ne sont pas moins étranges dans nos petites villes de province f[ue dans votre capîlale; je crois que la corruption est encore plus grande dans les [»n'mieres. les petites passions y fermentent sans cesse et y produisent leurs funestes elTets sans aucune compensation. Le seul avantage d'une petite ville sur ufie grande, cVst quon eu sort plus vite, et qu*ou peut être chacjuc jour dans les champs. Adieu, midi sonne, tandis que je moralise; notre mère gronde et veut manger; les domestiques se hâtent, l'enfaut crie; il faut se mettre à table, que lappétit le veuille ou non.
Adieu; j'ai hfite d'np)irendre que vous et lami vous êtes embrassés: sachez d'avance que je m'y joins.
[\ ROLAIVD, \ LOISGPONT'".]
Jeudi s^tfi à mai 1786, — [âe Vûlefruuchû],
ijiuÀ tounneiit que de voir la pluie, de craindre qu'elle n'incommode ce qu'on aime, et de ne pouvoir ni arrêter Tune, ni abriter faiUre!
Je suis dans un malaise incroyable depuis dîner; cette pluie me fatigue plus que si je la recevais, et j'ai btUe d'avoir des nouvelles de ton voyage. J'ai reçu aujourd'hui la lettre ci-jointe ; j'en ai fait un extrait que j'enverrai demain à Chaix pour son instriiclioo ou ses menus plaisii*s. Tu vois combien cet homme faible^"^* est minutieux et tracassier; il n'a pas la force de supporter toutes les viVités, il faut levS lui adoucir coninie les médecines aux enfants. Ne l'ellaroucbe pas, cause beaucoup
<** Ms. 6339, fol» 160- 161. lie la lettre» c'e^it-à-rljrf* à riaten*lant ihi
^'* Cecî ne s'ïippfiqui^ pas à Chaix, qui roimtitMTe, M. ilf Monlaran. — Voir hs éiflit inanufactuiier à b}oii, mim h Wniimi deux letti^esi suivauti^s.
avec lui et tâche de te ie coucilier, par générosité pour lui et pour Tiutérêt de ton repos.
Je reçois une lettre des amis de Rouen qui sont un peu en peine de nous, et qui nous apprennent la mort de Holker père, arrivée le 97 avril '*l Voilà quelqu'un des ambulants (^^ qui montera en grade; grand bien lui fasse! Pourvu que tu te ménages, que lu conserves ta santé et mènes ta barque sans grandes crises, je ne mets nui intérêt à leur tripot.
Tu auras reçu, à ce que j'espère, la lettre renvoyée de M. de Modtaran sur celle de Brute (*J, l'avertissant n'avoir point reçu la presse que tu lui avais annoncée; je te fis cette expédition hier par Lyon, d'où elle a dû partir ce matin pour sa destination par la route du Bourbonnais.
Je ne vois pas pouvoir partir avant jeudi pour le Clos; Jeannin n'est pas venu; je l'ai envoyé chercher, je l'ai aiguillonné, et je veux absolument que tout soit bien en train avant mon départ; il doit commencer demain matin.
Eudora est bien sage aujourd'hui : elle a demandé à lire, elle m'a raconté ce qu'elle sait, elle m'a parlé de toi, et nous nous sommes bien caressées à ton intention.
Le frère va Son allure, songe à sa marguillerie, dit son office, lit la gazette, cause bien, et demeure chez lui. Je tracasse beaucoup et trouve assez à faire dans mon appartement pour ne le quitter qu'aux heures des repas; j'ai toujours mes ouvrières. La mère est toujours aussi comme tu sais ; elle trouvait aujourd'hui que je retardais bieu mon départ; je n'ai pas eu l'air d'entendre sa remarque, et j'en fais autant de tout ce qui ne me plaît pas, quand elle ne le répète pas deux fois, ce qui n'arriverait pas impunément et n'a point encore eu lieu depuis ton absence.
^'^ Voir sur Holker l'Appendice G. trouvons : Brute père, inspecteur des ma-
^*^ Voir 8UI' les Inspecteurs ambulants les nufaclures à Montauban; Brute fils, soufi-
lettres du s o au â 5 mai 178A. inspecteur à Lodève, et un autre Brute fils.
^*^ A VAlmanach royal de 1786, nous sous-inspecteur à Vitré.
ÎNÉE 1786.
M, Giilet est venu pour te souhaiter un bon voyage le jour qnr lu étais paiii; il in'a témoigné de i'étonnement ci avoir vu Tabbë Pein abonlanl mon frère dans la rue et étant reçu de celui-ci comme à Turditiaire; il s imaginait «|ue la conduite de cet abbé à noire égard lui aurait dû attirer beaucoup de IVoîdeur de la part flu frère. J'ai répondu que ]a trempe pacinque et molle de ce dernier entraînait nécessairement cette façon d'agir à Fégard d'un confrère qu*il réduisait d^ailleurs à son vrai taux. ElTectivemenl, ces misères ne doivent se remarquer que pour en mieux juger son monde, et non pour les relever jamais. Je ne sais rien de nouveau de la canaille caladoise et autre f*); tout cela végète et barbotte dans un fossé, sans bruit pour le présent.
Je vais faire une réponse à i\L Bernier'-'. Adieu , mes amis^^^; embrassez-vous pour moi. J'adresse encore celle-ci en droiture; j'étais tentée de renvoyer par d'Vntlc, mais j'ai quelque crainte de relard, et je crois bon que tu aies cette pacotille avant de passer outre.
J'ai fait ma letti^e au vieux chevalier'''^; elle est polie comme un ange et répond bien à sa turlutaîne. Si lu veux la voir, il faut que ce soit dans ses mains, car elle est partie comme un trait, et je o*ai pas de temps à perdre pour la copiei'; ainsi tu m'as bien lair de ne pas lire cette pièce curieuse.
Bon Dieu! cette chienne de pluie ne finit pas! Je grelotte dans l'idée que tu es sur rimpériale; je vois la fièvre, le rluime, les lluxions, le diable tomber avec cette pluie, et je suis déconfite jusquaux bonnes nouvelles.
Aujourdliui vendredi, je fais nettoyer au cabinet; je commence d'envoyer au Clos chandelles, encre et confitures pour la belle amie, si elle y vient. Le temps est plus beau; je respire en souhaitant qu'il en soit de même sur ta roule.
^'^ On voit qiie les habiLinls t!e Ville- Irariche s'^ippctaieDl déjh, coiiiiue eDcr»j% niijourdluii, ries Gabdorsn,
^'^ Beriïier, — inconnu.
^'^ Roland t*l le curé de Luugpoul.
^*^ Le vieux chevalier, te rr Nestor*, qiii ne fui suit fort, avec le* papiers de lu ni il le de Roland ♦ d'ebblir ses titrer k des l^ettres de iTconuaisscince de noblesse. — Voir lettit's deîi ïi4 et 3o avril 178^,
Addio, ti bacio per tutto.
Le discours n'est point revenu mercredi; j'en écris à Ghaix, s'il n'arrive pas ce soir.
À ROLAND, [k PARIS ^''.]
Lundi, 8 mal 1786, — de VîHerraoche.
Je n'espérais pas, mon bon ami, de recevoir de tes nouvelles aujourd'hui; mais je m'étais flattée que les premières reçues m'apprendraient ton arrivée à Essonnes, et, si je suis agréablement surprise d'une part, je conserve de l'autre autant et plus d'inquiétude sur le temps, le lieu et le comment de ton arrivée. Je m'étais beaucoup tourmentée de la pluie, dont il ne me paraît pas que tu aies été incommodé comme je le redoutais. Qu'es-tu devenu avec cette maudite diligence qui ne laisse pas aux gens le temps de dormir? Où l'as-tu quittée? Te seras-tu rencontré avec ceux qui t'attendaient, hommes ou chevaux? Je suis plus impatiente encore de savoir la fin de cet imbroglio.
Je t'ai écrit deux fois à Longpont en droiture, en l'envoyant à chaque fois une lettre de M. de Montaran.
Je t'expédie par ce même courrier, et sous le couvert de M. de Gallande, le discours avec une seconde partie ou suite de la copie; il n'en reste qu'une douzaine de pages; j'avais envie de les faire, mais j'ai préféré de m'aider de mon mis au net pour celui des notes sur l'huile, dont je ne crois pas que je me fusse tirée sans ce secours, à moins de beaucoup de temps et de plusieurs copies. J'espère maintenant avoir établi une parfaite correspondance; on aura peut-être des choses à ajouter, mais il n'y aura rien à changer dans l'ordre établi. J'aurais gardé le discours encore, si je ne croyais que tu es pressé de
^'^ Ms. 6289, fol. 1 63-1 64. — Le ms. d'Anlic, secrétaire de riiitendance des poi-te 7 mai. Mais le 7 mai 1786 était un Postes, à Paris 'j; mais H y a, dans an coin, dimanche. à gauche : ^M. R. D. L.^ (Roland de La- La letli*e a pour suscription: r A Monsieur platière).
Tavoir à Paris. Je t'envoie aussi de nouvelles uiarc|ues des mêmes personnages, mais qui n'ont encore subi aucune épreuve; j'en ai levé deux de chaque, dans Fintention de les adresser à Gosse; mais je ne sais pas son adresse à Lyon, et une première lettre que je lui avais écrite, en priant Cliaîx de s'adresser à M. Gilibert^^' pour savoir sa demeure, a passé par les mains de Teissier^^^ à qui Cliaix a imaginé de la remettre : je ne voudrais pas qu'il en Ii^l dt^ mt^me de celle on je joiiulrais des marques, dans la crainle qtfon ne s'en aperçût.
Tu peux bien gronder tes amis de Paris; je n'ai pas reçu un mot de d'Autic ni Lanthenas depuis ton dépari; je leur ai cependant écrit à tous deux; à toi, je remets le soin de ma vengeance.
Enfin je dois partir jeudi pour le Clos; Jeannin a mis une première couche partout, excepté au plancher; je veox lui faire accommoder la cheminée du cabinet avant de m'en aller.
Eudora rejïrend sa gaîté; tu penses avec raison que les caprices reviennent aussi; nous bataillons et nous rHcommenrons à travailler; mais cela ne va que d'une aile.
Le Doyen est venu passer avec moi prestpie tout Taitrès-dîner ilu Icodemain de sou retour de Lyon, M. Pezant, qui n'est point encore à la canqiagne, est veau aussi; le marquis de Saron(^> également» mais pour remercier de la distribution faite dans sa paroisse.
f'* Jean-EîDmaiiuolGilîbeii^iy^ t-i8i/i)t cëlèbr<! iiiLHk'€În et naliiruli.Hlc Ijntiiiais, qui riil^fti lytjîK ini des clwïs de T insurrection de Lym) canln^ la Ctinvetiliori. — Il était asHCHÙë aux Ai-iulrmiés de Ljiiii et de VilleiVauche.
^'^ Finurcils-Mnrie Tis^ier, ué eu 1787, maiUf» en pijaruiatie a Lyon, placp des Terreaux, et |n-ure?<seur iHiifitoire nalui-elle et de ehiïcii*' pharmaeeylîqije. — Il irtait, depuis 17H0» membre de i'Acadi'mie de Villefranche {Um. de Lyon), et de TAcademie de Lyon depuis 1786.
'"^ Claude Bocljard» maixjuis de Saron ,
bamu de l'it^cheres, .st'i|jiieur de Fareins, f^le. — 11 njsidaît eu liîver ^i Lyon , H ïéié à stm cliâleaa de l'Iédières. sur li* paroisse dv Fareins, vilh*ge de Ikimbes silué presque en laee de VdIelVancbe, de laulix; c6ié de ta Saône. Il appai'Lenait a ta famille du savant Jean-Itaplisle-Unspard Eîorbanl fie Sarou, meuibiT de rAcadf^oiie <les srif^iice^, prénident a mortier au I^arleiueut de Paris, qui lut ifnilloliué 1*^ *2o avril 179^1. — t'n d^^ Iciu-s auc<îti*es avait été tnlendanl à I^yon de t()4o à t665.
Voir sur la irdisli-ibutioii') dont il sajyit la lettre du ai mai 178I),
J'ai besoin de la campagne; je n'ai pas mis le nez à la rue depuis que tu es parti; j'ai repris mes cheveux à l'anglaise; je me soucie de tout Viilefranche comme d'un zeste, y compris la madré; je ne m'inquiète que de toi et n'ai envie que du bon air.
Adieu, ménage-toi et donne-moi de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout mon cœur. Sauf réavis, je ne t'écrirai que pour vendredi. Ta petite diablesse fait la mignarde , cause de papa et me prend par le nei.
[À ROLAND, À PARIS ^''
Le lundi au soir, 8 mai 1786, — [de ViUefirancbe].
Je reçois une pacotille d'arrêts : celui du 8 mars en grand in-folio avec un beau vu de l'Intendant; je ne sais que faire de tout ce papier; mais je t'expédie les lettres, parce que l'on en demande un accusé de réception. J'avais envie de le faire, comme de toi, et de le signer idem; mais cependant le feu n'y est pas, et cela peut attendre. Il faut réserver l'expédient pour occasion plus instante. Je ne reçois pas de Journal folytype ^^\ Tu vois que le pauvre Ghaix demande toujours à voir clair, en dépit de M. de Montaran et de son évidence.
Ghaix me mande qu'il a reçu deux fioles, dont l'une s'est cassée, qu'il a su qu'elles venaient de M. Gosse et qu'elles avaient été prises chez Teissier; il a été chez celui-ci et à fait remplacer celle qui était cassée. Mésaventure qui me fâche par la crainte que les doses ne soient plus proportionnées de la même manière.
^'^ Ms. 6989, fol. 169. — Le ms. porte rriundi au soir, 5 mai«. Mais le 5 mai 1786 était un vendredi. 11 faut donc lire r vendredi 5 mai') ou bien t lundi 8 mai ^. Cette dernière con'ection nous paraît la plus vraisemblable. La lettre semble avoir été expédiée quelques heures après la précédente.
^*' Le Journal polytype des Sciences et des
Arts (1784-1786). — Le pri\'y^ de ceik feuille, acxîordé le i5 décembre 178A à M\l. Hoffmann père et fils, inventeurs du polytypage, leur fîit retiré en 1786. rcofr sidérant, dit Tarrét du Conseil, que. de puis le mois de janvier, ils avaient cessé b distribution de leur journal ^ ( Hatin , BibOr '■ , p. 5i-5a).
Bonsoir, mon cliev ami, puisses-tu avoir beau temps, boa gîte, jours agréables et nuits paisibles! Je t'embrasse de tout moi-même.
Je joins une lettre du pauvre p.^^), qui me fait pitié et que tu pourras peut-être servir à Pai*is.
[1 BOSC, A PARIS'')
Mercredi, lo mai 1786, — [de Viiiefranche].
Je n'ai que le moment de vous prier de faire remettre très sûrement la ci-jointe à Luneau t^), dont je ne sais pas mieux l'adresse que celui qui lui écrit et à qui j'ai promis de faire parvenir sa lettre, imaginant que votre complaisance en assurerait le moyen.
Je suis pressée et fatiguée ; depuis hier, je ne fais que remuer du linge, et j'en suis ennuyée autant que lasse.
Vous aurez vu mon tourtereau quand vous recevrez la présente; si vous ne m'en donnez pas de nouvelles, je vous renie à tout jamais. Notez que je vous écris sur un tas d'arrêts qui me vient presque au menton.
Dites à mon ami que je ne rêve qu'à lui, mais que j'ai beau travailler comme un diable, les chiennes d'affaires de ménage ne permettent point que ses notes finissent subito. Je compte partir demain. Dieu aidant, ou plutôt le soleil, le cheval et Tàne. Eudora se porte à merveille , soupe quelquefois au pain sec pour ses petites impertinences et commence bien le rôle des filles de faire enrager leur mère; de ma-
'' Sou père. par son long procès contre ies libraires
^^^ CoHeclion Alfred Morrison, »j fol. — (1769-1778). il avait fonde à celte ëpoque
Madame Roland avait mis rr mercredi 9 ou un Bureau de correspondance, rr destine à pro-
10 mai?). Mais le 10 mai correspond bien curer aux amateurs tous les articles de la
au mercredi, et Ton voit d'ailleurs, par la librairie, aux prix de Paris» {Biogr, Rabbe).
lettrcsuivante,quecelle-cie8tenefl*etduio. On voit par cette lettre et par la suivante
'^^ Luneaude Boisjermain( 173^2-1800), qu'il servait aussi d'intermédiaire entre les
connu surtout par son édition de Racine et auteurs de province et les imprimeurs.
nière qu'ici se réunissent les deux contrastes ; si "Vous n'entendez pas cela , l'inspecteur l'entendra bien.
Adieu, mes bons amis; embrassez-vous à mon intention et aimexvous idem. Je suis modeste, au moins!
Il est grand dommage que je sois pressée, car j'ai bien des f[olies dont je vous] (^^ ferais rire.
[k ROLAND, k PARIS (').]
Jeudi, 11 mai 1786, — [de Villefraochc].
Oui, mon bon ami, j'ai reçu ta lettre d'Auxerre; tu lauras vu p l'une des précédentes que je t'ai écrites depuis ton départ; tu en aurais eu de moi, dès le dimanche que tu m'écrivis de Longpont, si Ton eût envoyé à la poste; car je t'expédiai une missive le lendemain de ton départ, le vendredi suivant, et toujours à chaque courrier depub ce moment; ou du moins à d'Antic, à qui seul je fis un mot hier, en le priant de faire parvenir à Luneau de Boisjermain une lettre du Doyen, qui ne sait pas plus que moi son adresse.
Tu trouveras deux paquets chez M. de Gallande; je vais travailler à finir les notes le plus tôt qu'il me sera possible.
Toutes mes petites affaires disposées, me voilà, pour ainsi dire, le pied à l'étrier; je pars pour le Clos avant deux heures d'ici. Eudora se porte à merveille; je me sens active et résolue; j'ai même repris un peu de gaîté, que j'avais si bien perdue au moment de ton départ, que je fus mezzo pazza et fort taciturne les deux premiers jours.
Je suis en peine des suites de tes fatigues; tu vas, vas toujours et ne te reposes pas; tu reviendras échauffé, harassé, voulant reprendre le travail de cabinet, te consumant toujours davantage, et me donnant ainsi du chagrin, à moi qui crains si fort de t'en faire! Arrête-toi un
^'^ Déchiiiire du papier. Nous cssa\ons de rélablii* le texte. — ^*^ Ms. 9533, foi. 9i-9<-
peu, mon ami; pourquoi ne t'ôtre pas repos(^ deux jours «^ l^ongpont? Tu aurais été le jeudi à Paris, et c'eût été assez.
Je ferai une lettre au Clos pour la belle amie ; je t'écrirai à toi-même plus longuement.
Le frère te recommande de voir à Paris M. de la Chartonnière ('^ qui est toujours rue MAcon.
Adieu, mon cher et tendre ami, ménage-toi, au nom de l'amitié et de plus encore I Je t'embrasse de tout moi !
C'est du Clos que je répondrai aux contes de d'Antic et à ses gros mensonges. Lanthenas m'écrit; j'ai reçu sa lettre, fais-lui mille amitiés.
Les Dessertines, Pezant, Longchamps demandent beaucoup de tes nouvelles et t'en disent bien long, bien long.
[À ROLAND, À PARIS ^''
Vendredi, la mai 1780, — au Clos.
A l'ami par excellence.
Enfin, j'y suis arrivée à ce Clos désiré de si loin et depuis si longtemps^^), dont l'idée faisait nos délices à Amiens, dont les arrangements nous ont tourmentés lorsque nous en avons été rapprochés et que, tel qu'il est, on retrouve encore avec plaisir. Les bœufs ont traîné le bagage et la bonne, Eudora est venue dans son panier (*), et le cheval m'a portée. Je le renvoie dimanche à la ville pour mon frère, qui doit venir ici lundi. Je t'écris un mot aujourd'hui, parce que je commence demain le tracas de la lessive.
^'^ (T La Chartonnière, château et fief dons ^*^ Ms. GâSg, fol. i65-i66.
la paroisse d*Ouilly-en-Beaujolais Ml appar- ^'^ Voir lettre du la septembre 1782.
tient à M. de Phelines, à Paris 5^ {Alm, de ^*^ C'est-à-dire sur l'âne. — Voir la lettre
Lyon, 1784). prt^cddente.
* Ouilly fait aiijourd*bni partie de la rommnne de Villefranche.
Je suis fatiguée de la route, comme si elle eût duré tout un jour et que j'eusse été au grand trot; mais j'ai bon appétit et je dors neuf heures sans m'éveiller plus d'une fois, ainsi le mal n'est pas grand. J'ai besoin de sommeil comme un enfant; ce besoin est tel, que je le prendrais pour une maladie s'il était d'ailleurs accompagné de quelque malaise.
Eudora a déjà pris ici son petit air dévergondé ; elle se roule dans le trèfle des allées, se joue au milieu des fleurs, dont, elle semble l'aînée. C'est ma compagnie à table, et je me sens tout aise d'avoir, en ton absence, ce tête-à-léte. Nous causons beaucoup, nous examinons les fleurs, nous lisons un peu; elle court et je me repose, car je nai pas de jambes; j'espère les recouvrer, et nous jouerons bien mieux ensemble.
Je ne commencerai le lait que la semaine prochaine; je me sens un peu d'humeur de ville qu'il faut dissiper par le bon air et le bon régime, avant de prendre le lait. J'écris à notre belle amie; nous verronj^ si elle pourra prendre et suivre sa résolution.
Je compte qu'il arrivera demain de tes nouvelles et que mon frère les apportera lundi. Je voudrais bien te savoir les yeux moins rouges et les jarrets moins las. Je n'ai rien reçu de Chaix depuis peu, ni do tripot. J'ai envoyé à Gosse un échantillon des dernières marques qu'on m'avait envoyées et que je t'ai expédiées. Notre mère m'a dit adieu avec une tendresse qui t'aurait édifié; elle pleurait; oHe a voulu descendre et me voir monter à cheval; on aurait dit que je partais pour le Monomotapa ou que je la laissais pour l'éternité. La pauvre Claudine '^ pleurait encore bien autrement; elle se meurt de peur d'être tracassée, et j'ai su qu'elle avait dit que, si cela arrivait, elle viendrait vite me trouver. Mon frère sera souvient en ville; ainsi le danger n'est pas si effrayant.
A propos de danger, j'ai trouvé le mur du puits tombé; mais on y a substitué une grande barricade en bois qui me tire d'inquiétude.
^'^ Claudine, la servante du chanoine. — Voir leUre du 8 septembre 1791.
ANNÉE 178rK
Il pleut iiialntenanl , et beaucoup; je suis fort oise d'être venue; j'en avais hâte; la paix et Fair des clianips, les doux souvenirfi et l'espérance de ^embrasser sont ici des biens qu'aucun caquet, aucune sottise ne vient troubler.
Le Doyen est venu me voir très souvent h la ville; il m'a lu un éloge de M. Goulard^^^ que lui demande Luneau de Bnisjermain pour le faire imprimer et, sur lequel, disait-il, il voulait mon avis; je n'ai fait quappi'ouver, et vérilablemenl il ma paru bien fait. Adieu, mon cher bon ami, je t'embrasse de tout mon cœur. As-tu écrit au Crespysois pour vous rencontrer? Mille choses à Ta mi Lanthenas, à mon père, le bon oncle et la pauvre Agathe*
[a BOSC, \ FkmH^'\]
1 9 mai 1 1 786 ], — du Cln^.
En vérité, vous n'i^les qu'un raniéléou ou je ne sais quoi de pis. Vous commencez volrc lettre sur II' Ion d'un sallimbanque; vous la continut^z en homme sensllde. et vous la terminez comme un roué. Dites-moi en quel endroit a percé le naturel?
Je voudrîiis bien vous prouver que je suis fondée à douter; mais je ne suis pas disposée h faire des preuves. Sachez seulement que je ne vous saurai pas le moindre gré de la constance de mon mari, et que, s'il me montrait un Jmil' ëcrupuk de cliangenienl, je m'en prendrais à vous» Apprenez donc à mettre plus d(^ fuipsse, de discrétion et de dupHciti^ dans vos projets de noirceur. Vous n'avez l'air que d*un écolier ou d'un paillasse, et, toutr» provinciale et bonne que je sois, j'en revendrais à cent comme vous, si jVn voulais prendre la peine. 11 vous va bien de dire qu'il ne faut plus m'aimer; allez. Il vous sied mieux de runvt^nir que vous roubliez, rar il n*en sera que ce qui est écrit ItUhaut , comme disent les bonnes gens^. Quant a nous autres femmes, ce n*est pas la niéme chose* Mais la pluie cesse, un rajon dt* soleil m'attire, et vous ne vous fâcherez
'^* Thomas Goiibrd , rliimrgien à Monl- de c**tte vill*^ finsurié tlf l\\ rail i%iie de Lyon. {>eilipr, membre de i'Acadi^niîe des sciences ^*' Bosc, l\ , ïû8: Daiilian, II, S'il),
pas contre lo soleil si sa force attractive est plus puissante que la vôtre. Je jette la plume, vous souhaite le bonsoir et vais respirer l'air sur la terrasse. Adieu,
[k BOSC, À. PARIS (''.]
91 mai 1786, — [du Ck»].
Oui, Monsieur, je nen démords pas, c'est mon tourtereau. Où donc avez-vous vu que l'Age et la maigreur changeassent l'espèce du tourtereau? La jeunesse et l'embonpoint sont-ils les caractères distinctifs de cet être attachant? J'avais cru, jusqu'à présent, que la tendresse, la fidélité, la constance étaient ses qualités les plus remarquables et celles qui lui avaient fait sa réputation chez les poètes et chez les hommes sensibles. Un vieil étourneau me paraîtrait assurément fort ridicule, mais un tourtereau dont l'âge n'aura fait qu'assurer la persévérance n'en sera jamais moins aimable et moins tourtereau.
Ne sied-il pas bien à un effronté moineau, qui va partout à la picorée, de rire d'un bon tourtereau qui n'aime que sa colombe ! Allez, vous pourrez être vif et ardent comme un pierrot, gai comme un pinson, tapageur comme un geai et chaud comme une caille, mais vous ne serez jamais tendre comme un tourtereau.
Vous chercherez quelle est donc cette nuance que j'appelle tendre, et je vous renverrai au tourtereau; car, sans lui et moi, vous mangeriez tout Linné et tout Buffon avant de savoir cela. Maintenant conduisez mon ami au camp des Tartares^-^ et ailleurs si vous voulez, je m'en soucie comme d'un zeste, ainsi que de vos commentaires.
^'^ Ms. 6q39, fol. SG7-9.C8. (Mercier, Tableau de Paris, 1782-1788,
^'^ rOn appelle camp des Tartares les chsLp.cww): cïJjorrespandimce iittéraîre,i\i^
deux galeries adossées qui sont encore en cenibi-e 178/1, et Mém. secrets , Sdëcembn'. bois. . . [au Palais-Royal]. C'est là qne tous On connaît la fâcheuse Cv^ëbrît^ de ce^
les soirs les femmes viennent, deux à galeries et les bënëfices que le duc d'Or-
deux, affronter le regard des hommes. . . ^ lëans retirait de leur location.
Adîeii, pourtant, je vous laisse pour aujourd'hui, et au lieu de \ou^ embrasser, je vous dis d'embrasser mou louitereaih
^^' Je vous embrasse, mon cher, et vous envoie des nouvelles de voire tendre colombe, qui s'est facliée, ainsi que vous le verrez ci-conlro, du ridicule, bien fondé je crois, que j'avais voulu jeter sur sou amour prétendu pour vous, mais gare h elle .... Je ... .
Je n'ai rien de nouveau ïi vous communiquer.
[\ IlOLAM), V PARrS '-'.]
Dimand***, «i mn\ 178(1, — [fin Clos].
Tu as donc été au milieu des miens, mon bon ami! Us se seront honorés de la présence, et mon cœur jouit de la satisfaction qu'ils en auront ressentie* Tu m'as donné de bonnes nouvelles, des détails délicieux; j'ai reçu tout cela jeudi, avec les lettres de supplément, et je donnerai celle-ci demain à mon frère qui repartira après m avoir dit la messe, 11 a passé toute la semaine avec oiui, fort paisiblement, fort doucement, au petit ménage; j'ai été presque uniquement occupée de la lessive, et je vais reprendre nos alïaires. Je ne suis point sortie de Fenclos une seule fois, si ce n*est Fautre dimanche où j'ai trouvé pénible d'aller si hautW chercher la messe, per edifeatione deî promnm. L'exercice et le bon air m'auront, à ce que j'espère, dispensée d'une purgation, et j'enverrai chercher ma bète à lait la semaine prochaine. Eudora va bien; je loi avais trouvé nu peu d'alleralion, je l'ai fait déjeuner un matin avec de Fail sur du pain; il en est résulté un appétit dévorant, de belles couleurs tout ce jour-là, et définitivement Festfïmac a repris du ton, les déjections n'en ont été que mieux condition-
*'^ lignes ajoulëes par Bos^c, m ïransmeUant la l^^Ui'e h Ruhmih ^'' Msa O'iiiy , fol. iGy-iyo.
*'^ A réalise Ab Theké, siluëe sur h hauteur, tandis qiip k dm est dans un fond*
nées. Ce remède convient beaucoup à Tenfant, seulement il m'eipose à m'évanouir chaque fois que la pauvre petite veut m'embrasser; il faut se tenir à distance le jour qu*on use de cet expédient; au reste, c'est peut-être le vrai moyen de m'y habituer.
Nous commençons à lire passablement; j'ai trouvé qu'elle avait un peu perdu dans sa maladie; nous chantons la gamme fort juste, et nous étudions les liliacées et les crucifères. Mais cette tête est si légère, la dissipation l'emporte si terriblement, que c'est plutôt une manière de nous amuser qu'une instruction dont il reste grand*chose. Nous avons des crises, je punis assez roide, on crie beaucoup pendant troL<i minutes et l'on est gentille après. Nous causons de toi; on t'aime beaucoup, crplus qu'on ne m'aime 7^, me dit-on sans façon; je Tembrassei cause de son ingénuité, je lui dis qu'elle a raison et nous finissons par nous demander : cr Quand donc reviendra-t-il?^
Je me couche à dix heures, je me lève à sept; je n'ai pas beaucoup d'appétit, mais je dors bien; lorsque je sens un peu de lassitude, je descends au jardin ou me promène sur la terrasse; l'air embaumé me régénère et m'attendrit; je songe à toi, ou plutôt je ne fais que sentir; ma tête se repose et je végète délicieusement avec mon cœur, si plein de toi, que ses battements et ton existence me semblent une même chose.
Tes fatigues me donnent des craintes, mais pourtant ces distractions te sont salutaires; je te vois avec plaisir dans un ordre de choses el de personnes où tu trouves de la convenance pour tes goûts et de la pâture à ton activité. Ta vie roulante est agréable; la mienne, dans cette solitude, est douce et pure comme l'aurore d'un beau jour; c'est loi qui me procureras celui-ci par ton retour, et c'est son attente qui fait mon bonheur. Je ne sais rien de la ville, aussi je n'ai pas de nouvelles à l'apprendre, sî ce n'est qu'une fauvette a fait son nid sur le cerisier près de la chapelle^*) et que c'est sous cet arbre où je vais me reposer avec le plus de complaisance.
''^ 11 y avait au Clos, au fond du jardin, veniaire du 3o septembre 170.^ (.4rrAtcfs une chapelle pour le chanoine. — Voir In- du Rhône, Q).
ANNÉR 1786,
fi03
Je croîs l'avoir dit que je iravais reçu que cette semaine les fioles de Gosse ef la lettre qui y était joinie, lettre qu'on eut pu m'expédier dix jours plus tôt par la poste, sous couvert; mais Chaix, qui avait le tout, s'était lié à une occasion qui a manqué. Je récrirai h ce brave Gosse pour ralHiire de rAradéniie; il me semble que tu aurais pu l'excuser près de M. Tillet : tu te rappelles que Gosse nous avait dit avoir envoyé des dessins avec son mémoire; que ces dessins, faits avec travail, soins et frais, d'après un modèle en plUre du fourneau qu'il avail inventé, se trouvèrent égarés ou perdus à fAcadémie, qui alors lui en fil redemander d'autres; mais le modèle avait été malbeurensement brisé, el il avait été si piessé par le temps, qu'il n'avait pas de copie de la plupart de ses notes. Dans son dernier voyage à Lyon, il avait rendez- vous avec des doreurs qui devaient opérer en sa présence et qui lui ont manqué de parole; ses affaires de famille prenant une tournure fikheuse, il n*a pu larder davantage de retourner à Genève, un Fembaïi'as de son père doit le préoccuper trop dans ce moment pour qu1l puisse si vite terminer ce que demande \f, Tillet* Celui-ci me paraît un trop bon liomme pour ne pas apprécier Teiret de tant de circonstances pénibles qui doivent le porter à juger Gosse moins rigoureusement ^*L
Je serai bien aise que tu voies le frère de M'"'' de Voufjlans ■^; je ne sais comment je ne songeais plus a lui : c'est un de nos témoins, t'en souvient-il? (rest un garçon d'esprit qui doit bien juger son beau-frère et sentir combien sa manière étroite et mallionnète a dû produire la rupture que je ne |)uis m empêcher de regretter pour mon ancienne Sopbie.
Voici encore une lettre de M. de M^"* [Montaran]; Dieu lui fasse paix et h nous aussi; mais il a par trop de plomb dans la tète.
Je n'ai encore null»^ réponse de M"''' Clievand[ier] k qui je vais récrire
^*^ Voir, sur (iogge *»t sur son nuSmoii-e noie de la leUre dit 5 3 aoul 178a-— Nous
ronronne eti 1783 par l'Acad*5mio des ignomos dana quelles^ »^annirf*s de faniilU'i
^fieQff»s (Des motfem de préserver 1rs ouvriers Tiosse se Irouvail <?mbanassi^
doreurs des tmiladies de leur prqfess'tou), une ^' Cannet de Sc^'liacourl*
en faisant la commission dont te priait M. Bellegarde ^^^ par une lettre antérieure à celle, infiniment honnête, qu'il m'a écrile de ta part, el à laquelle je réponds un mot.
M. Desmoutiers W, en m'envoyant des journaux, me dît de fort belles choses que lui a mandées son frère, très aise de t'avoir vu, etc.
M. HallW t'a écrit pour te faire part qu'il ne pourrait t'envoyer quittance des gens auxquels il distribuait des nouëts W^ attendu l'ignorance de la plupart qui ne peuvent écrire; mais il y suppléera parla liste de leurs noms, etc., et il te prie de lui mander si cela te satisfera. Je lui écrirai que tu es en voyage et que je le lui fais savoir pour qu'il n'ait pas d'inquiétude de la cause de ton silence; quant aux affaires, que, ne m'en mêlant pas, je n'ai rien à lui dire à cet égard.
Je n'ai reçu qu'une seule fois le Journal polytype.
Ce bon Le Monnier t'aura vu avec plaisir; je crois bien que le solde du compte ne sera pas une bagatelle.
Le frère te fait mille amitiés.
^'^ M. Bellegai-de, — inconnu.
^*^ Ce Desmousliers , qui envoie au Clos les journaux arrivés à Villefranche , est probablement ce ffDumoustier " que nous voyons, à VAltnanach de Lyon de 1787, directeur des Aides à Villefranche h la place de Paget, et qui aurait été, comme lui, locataire des Robnd (voir lettre du 10 juin 1786, tr notre voisin d'ici'»). — Il avait un frère, ancien joaillier à Paris, et lui avait adressé Roland , qui écrit à sa fenmie , d'Amiens, le 3 juin (ms. 6q4o, fol. 356-261): «rJe reverrai [en repassant à Paris] M. Desmoutiers, qui me la fait promettre : il a été joaillier dans le quartier, il a fait sa fortune , et vit retiré, fort bien, autant qu'on en peut juger d'un coup d'œil rapide. . . « Et Madame Roland répond, le 10 juin : ffLe M. Desmoutiers dont tu me parles me demanda en mariage quand j'étais toute jeune
fille; il demeurait rue de Hariay. Je ne pensais guère que ce fut le même que le frère de notre voisin d'ici . . . -» Cf. Mêmoim, t. II, p. 1/16-1 5o, et surtout lettre à Sophie Cannet, du 90 février 1778. — H y avait un troisième frère, ingënieor (\oir lettre du 1 3 janvier 1787).
(') Hall, sous-inspecteur des manuCictures à Cbarlieu {Alm. de Lyon, 1 786).
^•^ Nouëts. — Sur le sens de ce mot.
voir Littré, qui est d'ailleurs peu satisfaisant.
Il semble que Roland, soit comme inspecteur, soit plutôt comme membre de la Société d'agriculture, se fût charge de distribuer dans les campagnes des remèdes pour les bestiaux. Nous supposons que c'est poar une distribution de ce genre que M. de Saron serait venu remercier qudques jours auparavant (lettre du 8 mai 1786).
Adieu, mou cher et bon ami; dis pour moi beaucoup de choses à ces braves gens que tu vois; je f embrasse de tout mon cœur.
Je t^euvoie la lettre de M. de M^ [MoiiUiran] sous le couvert de M. de G»**^^' [Gallande].
Mon frère demande ce qu'on dit du cardinal et consorts, et, pjir un reste du bon goiit de la capitale, il s'intéresse à rélargissemciit d'Oliva; moi, je suis plus en peine de Cagliostro^'^ : chacun a sa manie. Il désirerait savoir aussi ce que font de nouveau ou continuent de faire les Martinisles('^'; mais il ajoute que c'est à fami Lanlhenas qu'il faut demander cela.
Salut et amitiés à ton Achate; j'imagine que vous vous quittez le moins possible, et j'en ai de la joie d autant.
Il aura reçu, je pense, une lettre du Puy que je lui ai renvoyée lorsque tu étais à Loiigpont; tout ce que je sais bien, c'est que cet envoi était accompagné d'une petite lettre n"" ly.
M®^ de Grosbois '^^ est donc encore à Paris t Tu auras aussi vu M"** Terrayi*^. I^a redoute^^^ existe-t-elle toujours? J'ai vu qu'un certain abbé avait dit qu'à
Bon droit on la nomme redoute. Car, pour peu *[uûn y ri me en ffoute^^, Très assurémetit il en coûte.
Et bien souvent même il en cuit.
^'^ Sur Oliva, la compai'se de M"* de Jvimotte, et sm Caglinstro, implinué dnns \r [n'ocH du cotlîfT, nous ne |Kmvons que renvoyer aux Vlëiiioires du temps,
^*^ I^es lettreîs ecliang<ies à ceUe épiique entre Roland et Ket?i anus sont pleines de cjiieslions sur les Martinkiea et leurs mil'a cl PS* Lmthenas écrivait h Bosc , du Clos . le I h ortrihi'c 1 785 ( int^dît , L'ollorl, Moiris^on): f^U' mariiriisrne fait Imiit i* Lyon. On 1 allie au nwgnëlisme; on fait par ce moyen revenir lesinorlN.., - Et quelques j*>ui"s auparavant [H octobiv, inédit, coll. Morrisou). Holaud
écrivciît il Buse : rDu martinisme je ne sais absolument que le nom^ et rien du tout du dn|rine et des rites. Je vais engager UmtlieiiuH k en tirer quelque chose de Fami l'ai-ault, bien fait pour toutes les cliosea de conleniplation. . * » — Cf, Mém. secreU, a 8 août 1785,
^^^ M** de Grosbuis, la belle- uièits de Terra y, Tin tendant de fjyou.
'*' M'"' Terray, nëe Perrenay de Grosboi.H, guillotinëe avec son mari, à Paritî, le •28 avril 179^^*
^^' Sur la Hedmti chimm , bal public qui
N'ai-je pas pris là une belle érudition!
Qu est-ce que ce camp des Tartares dont tu me paries"? Est-ce aussi redoutable ?
Adieu, je babille et il faut retourner à nos moutons, c'est-à-dire aui éternelles notes ^^^ Ti bacio per tutto.
A 8 heures du soir.
Je viens d'employer les diatribes, acconciarle al mio modo, tagliare, aggiungnere, etc. Si je ne suis pas dérangée dans mon travail et mon calcul, je t'expédierai le paquet la semaine prochaine, et tu le rece>Tas à Dieppe.
Mon frère demande un litron de pois quarantains, pour semer, — de ces bons petits pois de Paris. Il n'aurait pas été fâché d'avoir des œHletans de la bonne et belle espèce d'artichauts; mais il n'y aurait pas de temps à perdre pour les mettre en terre, et il faudrait envoyer cela dans une caisse. J'aimerais bien aussi que nous eussions de ces artichauts dont il ne faut pas trois ou quatre pour se contenter, comme ceux de ce pays.
Ta fille est gaie à plaisir, ce soir; avec sa petite voix de quatre ans. elle couvre déjà la mienne quand nous chantons la gamme; mais il faudra du travail pour mettre dans cette voix de la douceur, comme pour en donner au caractère. Au reste, le frère me disait que tu étais tout comme elle dans ton enfance, tout aussi insouciant et effronté: ainsi nie voilà bien rassurée sur l'avenir.
[À. ROLAND, EN NORiMANDIE''^.]
a& mai 1786, — [du Clos].
Je viens, mon bon ami, de t'écrirepard'Antic qui te fera passer ma lettre à Rouen ou à Dieppe; je nie sers des bureaux de M. de G""*
faisait fureur Tan nd<^ précédente, voir Mm. tix)isième volume du Dictionnaire des manusecrets , 17 avril et 5 juillet lySS. factures,
^'^ Les notes qu'elle recopiait pour le *^ Ms. 6339, fol. 171.
[Gallande] pour ce paquet. Tu trouveras de manque deux citations de Pline dont il m'était échappé d'apporter ici quelques volumes; mais les passages sont indiqués et faciles à prendre pour en faire la copie. Je joins aussi une augmentation au texte de la partie des huiles et savons.
Il me vient en ce moment la crainte de m'être trompée en arrangeant et ce texte et les notes correspondantes, seulement avant la teinture; enfin, comme il n'y a point de chiffres, tout cela pourra se corriger aisément.
Rappelle-moi au milieu de l'intéressante famille où ceci te trouvera'^); croyez, mes amis, que je suis au milieu de vous dans la meilleure partie de moi-même.
Je vous embrasse tous, de tout mon cœur.
[À BOSC, A PARIS (')
Le 96 ou 97, je ne sais, mai 1786, — [du Clos].
Je vous sais pourtant quelque gré, malgré vos idées et projets diaboliques, de m'a voir entretenue de mon tourtereau; je vous remercie de ce soin et je vous charge de lui donner de mes nouvelles. Je ne lui écris pas aujourd'hui, peut-être n'enverrai-je pas à la ville avant le courrier de vendredi. Mandez-lui donc que je prends du lait qui passe bien, que je me sens mieux qu'auparavant d'en user, que je me plais singulièrement à la campagne, et que je l'aime toujours plus que ma vie.
Rachetez ainsi auprès de nous deux le mal que vous avez voulu nous faire.
Les Cauchoises ne feront pas plus que vos beautés fameuses; où donc ne trouve-t-on pas de beaux yeux, un joli teint, un pied mignon,
'^ Les frères Cousin, à Dieppe. — ^*^ Ms. 6289, foL 366.
de la fraîcheur, enfin seize ans, quand on n en veut qu'au physique? \ un cœur vrai, sensible et dévoué, n*est pas aussi commun; celui j'ai donné en gage m'assure de tout ce que je voudrais conserver.
Adieu. Aux conditions que vous y mettez, Eudora vous ruinen bonbons.
Je me suis rétractée: envoyez ce billet à mon ami, et faites pass Lanthenas ce paquet de famille.
^*Ue n'ai pas le temps de babiller. M. d'Eu vous dira les nouvelles. — vu hier M"^ d'Hostcl ^^^ boitant, mais allant bien.
[a lanthenas(?), à paris f^'.]
Sans date, — [du Clos].
Si j'étais dans une disposition caustique , je vous dirais que je v fais passer trois lettres : l'une d'une bégueule, l'autre d'un pédant, troisième d'un cadet de famille. Mais, à la campagne, on est pacifiq on pardonne aux sots, et partout on plaint les malheureux cad Silence donc! j'y consens, et c'est prudent; car je pourrais en direi sur cette nièce qui exhorte à payer sa tante et qui pourrait si biei faire elle-même. J'imagine que vous n'attendez plus rien de toute C( race; pas même de votre mère, qu'il faut connaître, sans doute, p devoir la plaindre.
^'^ Lignes ajoutées par Bosc, en fais^inl passer Ja lettre à Roland.
(*^ M"" d'Hostel («tait la sœur de M. d'Eu et habitait Paris. — M. d'Eu, dans ses lettres à Bosc (collection Beljame), écrit Daustel. (Voir Lettre 73, p. 2.36.)
<^^ Lettre communiquée par M"* Cl. Bader, qui eu a donné des extraits dans le Corr&fpofidaut du ao juin 1899, d après les
papiers de Barrière. EUe ne peut être a< sée à Roland, comme l'a cm M"* Bj puisqu'il y a ffvous-n ; ni à Bosc , qui ; [)erdu sa mère étant encore enfant. No croyons adressée à Lanthenas, dont lai moiu-ut le 3o août 1786, et que dw
d'ailleurs rallusion aux n-cadetsT. On
que la lettre a été écrite au Clos, et semble éU-e de Tépoque où nous la pkw
Adieu ; le soleil m'a fait mal à la lôte ; je me délasse à relire les Lettres péruvten7ies^^\ et je pleure comme un enfant. J'ai encore le cœur et l'esprit tout neufs pour les romans.
Aspetto délie vostre nuove; ce n'est pas de conséquence, au moins.
[À ROLAND, A AMIENS^')
[Mai 1786 (?), — du Clos.]
dîner demain à Creux ^^) avec mon frère qui est venu me
donner la messe dimanche et doit rester avec moi jusqu'à jeudi. Il s'occupe toujours des arrangements de la maison; il a fait hier une emplette de bois qui complète ce qui est nécessaire en ce genre, pour la maison et sa loge, à l'exception des planchers de la première.
Insensiblement tous les matériaux se réunissent, et je ne désespère pas de voir finir un jour cette entreprise.
Je t'ai écrit constiimment deux fois la semaine, par d'A^*^ [Antic], sans compter quelques expéditions par les bureaux de M. de Vin ; j'espère que tu auras reçu beaucoup de choses à Dieppe.
Si tu me demandes à quoi je m'occupe à présent, je te dirai à coudre, ce que je fais avec autant d'activité qu'autre chose, et ce qui, parfois, me fatigue tout autant, surtout quand je rêve triste en travaillant. Mais vois à qui la faute. Où que tu sois, et sûrement près de quelques amis, dis-leur mille choses pour moi.
Eudora est forte et roide en proportion ; je l'emporte toujours, mais toujours aussi mon cœur saigne de la victoire.
Je le dirai quelque chose de la journée de demain, le soir en ren-
^'^ Ilomau (le M""" de GrafTigny (lyiy). Poiiilly-le-Moniai. «rChâleau et fief sur la
^*^ Ms. 6289, fol. 172. — Le commen- paroisse de Theizë, appartenant à la famiHe
cernent manque. Bellet de Ta vemost » (/1/w.rfe Lyon, 17 84).
(^^ Creux ou CruLx, hameau voisin du — Voir, plus loin, une note de la lettre
Cios, enli-e les villages de Theizë et de 246.
iMpaiiitftiK TtATiuniii:
trant; adieu jusque-là; je t'embrasse de tout mon cœur, toute £à< que je sois.
Un lanternier qui vient de raccommoder la pompe, et qui retoi mbito à Villefranche, me fournit l'occasion d'expédier cette lettre courrier plus tôt. J'en profite et te réitère mes embrassements.
Mille amitiés du bon frère.
.... ^^^ Et vous continuerez d'aimer une femme qui vous blâme de ligues que coûte la gloire !
[À BOSC, À PARIS^"'
3o mai 1786, — [da Clo*]
[Par ma foi, soit à l'un ou à l'autre, vous pouvez y aller tout s je m'en tiens à l'homme que vous connaissez, me moque du diabl ne crois guère en Dieu'^^; mais une femme ne peut pas écrire le i de ma pensée.
Vous êtes plaisant de me demander si je vous aime; est-ce que vous fait quelque chose? J'aurais presque besoin de vous voir j vous répondre pertinemment, car toute vérité n'est pas bouue à d et si j'avais continué de vous accorder mon amitié, quoique 1 fussiez devenu un peu vaurien, la dignité femelle ne souffrirait jl que j'en convinsse. Faites-moi votre petite confession, si vous en ave
courage; après quoi je vous dirai mon secret. En attendant, je sais gré à celui, quel qu'il soit, qui protège ma correspondance avec i mari, et je souhaite qu'on lui rende le même service près d'un o digne de ses plus chères affections.
Quant à moi, je ne vous adresse à personne, car je crois que ^
^'^ Ligues ajouU'*os par Bosc , en envoyant ^*^ Il y a au ms. frn. c. g. en D.-»
la leltre h Roland. Bosc qui, au-dessous de la ligne, acon
(*^ Bosc, 1V\ 109; Dauba n, II, 55o; — le texte. L'ëditeur de 1796 tenait à i
nis. 6289, fol. 269. gner celle boutade d^athëisme.
vous moquez autant de notre Gorf, tout seul ou précédé d'un A, que du God-damm de nos voisins.
J'espère que ma lettre ne vous trouvera pas en Espagne, et que vous n'avez pas lieu de craindre la grillade.]
C'est, je crois, à Amiens, chez M. d'Eu ou de Vin qu'il faut adresser la présente.
Dites-moi donc si vous avez reçu de mes lettres deux fois chaque semaine, si mon gros et dernier paquet où l'ami Lanthenas était pour quelque chose vous est parvenu. Ainsi du reste.
[k BOSC, À PARIS W.]
Veille de la Pentecôte, [3] juin 17&6, — [du Clo»].
Au nom de. . . je ne sais quoi, mais de ce qni vous touche le plus, trouvez quelque moyen de faire tancer le nommé Huchard, directeur de la poste à Villefranche. J'ai des paquets perdus, dont l'un est le fruit d'un travail de plus de trois semaines; tout au moins ces paquets sont
^'^ Bosc, IV, 110; Dauban, II, 961; — ms.6239, fol. 270 ; collection Alfr. Morrison.
Bosc n'avait donne que les paragraphes 4 , 5 et 9 de cette lettre. Le folio 37 0 du ms. 6289 en donne le texte entier, mais seulement à partii- des derniers mots du paragraphe & : fr . . . lamentations sur mon lutin d'enfant». Ce folio du ms. n'est donc évidemment qu'une fin de lettre. Le folio précc^denl nous a éié fourni par la collection Alfr. Morrison; il contient les trois premiers paragraphes et reste inachevé à u;:c lin de ligue, sm- ces uiots : ffVous n'avez donc pas reçu mes ...»
Ou voit , là encore , comment Bosc travaillait sur les manuscrits de Madame Roland; il
a mis de côté ie premier folio de cette lettre , lequel a fmi par arriver dans la collection ou nous l'avons retrouvé; puis il a publié le folio suivant :
i"* en y inscrivant, de sa main, la date, légèrement inexacte, du a juin 1786:
fl* en biffant la première ligne : «t ... lamentations sur mon lutin d'enfant», par laquelle commençait le folio;
3° en i*etoucliant, pourleur donner l'allure d'un début de lettre, les deux lignes suivantes (ses corrections sont très visibles sur le manuscrit) ; &° en supprimant les paragraphes 6, 7 et 8.
La lettre est du 3 juin, puisqu'en 1786 la Pentecôte tombait le â.
prodigieusement retardés. Je suis portée à croire que la négligence de cet homme en est cause, parce qu'il lui arrive de ne rendre que vingtquatre heures après leur arrivée des lettres qui lui viennent de Lyoo et d'ailleurs, et cela dans une ville dont on fait les quatre coins en moins de demi-heure.
Je vois, par la dernière de mon ami, du 99 mai, que vous et lui n'aviez rien reçu depuis ma lettre du 1 8 , tandis que j'avais écrit par tous les courriers, à vous, et souvent chez M. de Gallande; c'était par celuinri que j'adressai, il y a quinze jours, un travail intéressant et considérable.
Telles que soient vos occupations, écrivez-moi du moins la date de ma dernière reçue, à mesure qu'il vous en parvient une; je ne voos deftiande que cela, si vous ne pouvez rien de plus.
Quant à ma vengeance, je la crois déjà satisfaite depuis que j'ai jeté ma colère sur ce papiei*; ne faites rien contre cet homme, jusqu'à ce que je sois assurée s'il y a réellement de la perte ou si ce ne sont que des retards. J'aurais regret toute ma vie d'avoir fait de la peine à quelqu'un, s'il n'avait pas mérité d'en avoir deux fois plus que je dc lui en ferais.
Vous n'avez donc pas reçu mon commentaire sur le iouriereau? C'est grand dommage! Je vous y habillais bien. Vous n'avez donc pas reçu des lettres pour l'ami Lanthenas? Vous n'avez donc pas reçu Tépître où je peignais tout au long la douceur de ma vie champêtre? Voit n'avez donc pas reçu mes lamentations sur mon lutin d*enfant? [En • vérité, je m'y perds! Avez-vous reçu le sermon que je faisais à mon ami sur sa manière de voyager? Avez-vous reçu ce que je répon- I dais au gentil billet que vous terminiez en me disant adieu ou au
diable?
Eh bien, sur cette dernière réponse, il faut que je revienne, pour vous dire que tontes les fois que je nie promène dans le recueillemeul et la paix de mon Ame, au milieu d'une campagne dont je savoure tous les charmes, je trouve qu'il est délicieux de devoir ses biens à uue intelHgence suprême; j'aime et je veux alors y croire. Ce n'est que
dans la poussière du cabinet, en pâlissant sur les livres, ou dans le tourbillon du monde, en respirant la corruption des hommes, que le sentiment se dessèche et qu'une triste raison s'élève avec les nuages du doute ou les vapeurs destructives de l'incrédulité ('). Comme on aime Rousseau I comme on le trouve sage et vrai, quand on le met en tiers seulement avec la nature et soi!]
Ecrivez à mon ami, à Amiens, chez M. d'Eu ou de Vin; dites-lui que vous avez de mes nouvelles; qu'il devrait avoir de moi des volumes, et que les notes auraient dû arriver à Dieppe lorsqu'il y était.
Dites-lui que. . . Non, vous ne lui diriez pas bien cela; mais enfin, écrivez-lui et parlez-lui de moi; ajoutez que je lui fais des expéditions par les bureaux; je ne vous les adresse pas, parce que le paquet est gros et que je craindrais à la fois et de vous compromettre et de perdre mon paquet.
Donnez-moi des nouvelles de mon ami, de vous, de Lanthenas et surtout marquez-moi la date de la dernière reçue, et ainsi de suite.
[Adieu donc, en attendant les observations que vous m'annoncez dans la première ligne et que vous dites n'avoir pas le temps de faire dans la seconde.]
À ROLAND, [À AMIENS^'J
La veiiie de la Penlecôtp, [3] juin 1786, — [du Clos].
Je suis attristée, mon bon ami, du retard ou de la perte de mes lettres ; je vois qu'il t'en manque beaucoup : il faut que tu payes celle-ci , pour savoir, du moins une fois, à quoi nous en tenir; je l'adresse à M. d'Eu.
Ma correspondance est la plus chère de mes occupations dans ton
^'^ Cf. Mémoires, t. II, p. 961. à gauche : ffA M. de LaplatièreT). — La fin
^'^ iVIs. 6289, fol. 178. — Dans un coin, de la leUre manque.
6ia LETTRES DE MADAME ROLAND.
absence; j'y mets beaucoup d'activité, j'y donne aussi du temps : Ile?) dur de voir que tout cela soit en vain, que j'aie mes peines de reste, et tes inquiétudes de trop.
J'écris à d'Ant[icJ, j'écris à Lanthenas, j'écris chez M. de Gallande. je t'expédie des iettres par ses bureaux; j'écrirais au diable si je pouvais espérer de lui quelque chose pour notre correspondance.
Précédemment, je n'ai guère manqué de courriers; lu as en qudque sorte le journal de ma vie; je veux dire que tu devrais ravoir.
Je ne sais à qui m'en prendre de ces pertes et retards, car j'en ai également éprouvé à Lyon.
J'apprends aujourd'hui , par une lettre de M™^ Ghevandier en réponse à ma seconde qui portait la commission de M. Bellegarde, qne m première ne leur est point parvenue. Je l'avais adressée à Ghaixsousle couvert ordinaire. \H Ch*' [Ghevandier] se propose de venir la semaine prochaine; je lui écris directement pour m'assurer de sa marche. Notre Huchard est un paiesseux; il n'a remis mes paquets du mercredi que le jeudi fort tard, après le retour ici des gens onvovés. Je fais aller à la ville ou venir d'elle trois fois la semaine plutôt que deux, et je ne sais à quel saint vouer mes malheureuses expéditions. Je ne vois point de sujet de soupçonner les domestiques; la tête de Saint-Claude ne s'est point altérée, et toujours il m'a rendu compte fort exactement de celles de mes commissions dont il s'est trouvé chargé.
Je suis vraiment en peine de ces notes, qui m'ont tant occupée et que lu aurais dû recevoir à Dieppe; il y a bientôt quinze jours quelles furent expédiées; je n'eus point de relâche que cela ne fût tenniné; je les adressai à M. de Gallande.
ANNÉR 1786.