ROU?«D, \ AMIENS
Le jour de h Penti3ç6te, [A juin] 178*»
ifii Clo
Je Soulageai hier mon
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cœur,
es contrariétéi
récrivant une lettre directe oti
a soulier tes outre corres-
pondance; je te parle d'Eudora, de ma santé, de ce que j'ai fait; il faotaujourd'luii que je te fasse partager la gaîté que je ranime quelqnefois par des jeux anssi enfantins que ceux de ma fille.
Ennuyée de suer à grosses gouttes et de pej dre haleine à moitié rhemin pour aller adorer sur la montagne, quand mon aumônier ne peut nous dire la messe à mi-côle, j'ai pris la résolution de monter généreusemeut Fânesse du logis, la nâme je veux dii*i.'; car on pourrait s'y niéprendre, et Nicole eti redresserait les oreilles.
J'ai employé la dernière partie du jour d'hier k préparer une couverture pour la bête : un vieux tapis de table, ressemblant à un damas de Caux, entouré de serge verte bordée de franges jaunes; des bandes rouges en guise de sangles, provenant d'un lit de ta trisaïeule, et, pour courroies, quelque autre frange en soies bariolées : tels furent les matériaux dont Farrangemeut me fit travailler deux grandes heures avec raclivité que met une jeune fille à des préparatifs de bal Au retour des champs, la gentille bourrique fut amenée à la porte du logis; nous la revêtîmes du caparaçon que je venais dVchever, et je montai dessus en triomphe pour en essayer. A laide des doubles de sa housse et de ceux que je faisais former à mou large caleçon, je me tenais encore avec bonne contenance sur l'échiné tranchante, tant que la bêle demeurait en place; mais, lorsqu'il fallut marcher, sans étrier d'aucune espèce, serrant les genoux h cœur joie pour ne pas culbuter, et pouvant anatomîser tous [sicj les vertèbres de Farcadienne par
filf, LETTRES DE MADAME ROLAND.
le tact de toiilo autre chose que la main, oh! par ma foi ... à d^aotm Ma promenade fut courte. Adieu le projet et Fentreprise, je r^lia mon ouvrage et je suis allée ce matin gra>îr sur les rochers pour L messe de six heures.
Demain j'envoie Tânesse à la ville, où je lui ferai faire une petit selle pour m'en servir au besoin, et je promets à M"^ Ghevandier, s elle veut un j^ur aller dîner à Villefranche, une partie admirable;]^ lui céderai les honneurs du cheval; pour moi.
Je garderai mon petit animai Doux au monter, doox an descendre , Bien plus mignon que Bncéphal , Digne en tout de son Alexandre.
Tu sais que cette belle amie doit venir me joindre. Diaprés la pert de ma première lettre, le retard de la sienne et, conséquemment, d ma dernière réponse, je ne l'attends que samedi. J'irai mercredi; Villefranche faire faire un repassage, ranger le linge, parler à c peintre qui me fait tout par morceaux et traîne de manière à ce qu l'appartement garde son odeur tout Tété; puis je reviens ici, le vendred au soir, attendre ma compagne, au-devant de laquelle j'enverrai 1 lendemain.
J'ai reçu de M. Peant une lettre charmante; je lui en avais écri une que je qualifierais bien ainsi si ce n'était pas moi qui l'eus faite mais il faut Aire modeste. N'est-ce pas comme cela qu'on s'y prend?
J'ai reçu la visite de deux vieux cousins des demoiselles de Tavei neau^*^ : un certain comte de Montbriand'^J et son frère; tous ces gen de Bombes ont lu ton voyage et le goûtent; or vous savez, Monsieui que la considération que s'attire un homme rejaillit sur ce qui li
|{ ''^ M'" lîellel de Tavernosl, les voisines ^'' Louis le Viste, comte de Montbrânr:
(le Cniix. (Voir lettre 2'i2.) grand séiéchal de Dombes. — Sa terre c
Elles appartenaient à la l'ainille de Hellet Monihriand, érigée en comt<^ en 1706, éta
de Tavernost, seigneur do Sainl-Trivier et sui- la paroisse de Messiniy -en- Dombes ,
de (lessfîins-en-Domhes, famille cpii existe deux lieues de Villefranche , de Tautre cô
encore. d - la Saône.
appartient; partant, votre premier meuble de ménage n'a pas été dédaigné.
Sais-tu que ces voisines sont bonnes à voir? Elles sont d'une famille très nombreuse, honnête et singulièrement unie; il serait possible que quelque cadet s'accommodât un jour de notre fdk\ On croit déjà qu'elle sera bien élevée, et, quoique ces gens aiment à pouvoir faire des clianoinesses, ils ont cependant ces mœurs qui font beaucoup apprécier les avantages personnels. Les mères ont le nez long et se trompent souvent avec cela; mais enfin, ce sont de ces idées qui passent comme un zeste et auxquelles on n'attache pas plus d'importance qu'il ne convient.
J'ai reçu (puisque j'en suis aux réceptions) l'abbé Murier^^^ qui est venu me demander à dîner; c'était un vendredi, fort sagement choisi; des œufs frais m'ont lirée d'affaire. Cet homme, qui a la mémoire d'un Hortensius et la langue de je ne sais (jui, m'a eutrelenue comme un livre; j'ignore s'il débite tout ce qu'il sait d'une première fois, mais il récite des vers tant qu'on veut; il n'y a qu'à choisir ; voulez-vous la tlharlreuse de Gresset, les épîtres de Fabbé de Bernis, les beaux morceaux de Corneille, une tragédie de Racine? Notre homme ouvre la bouche et cela coule de source, voire même, par-dessus le marché, des centaines de vers de sa façon, marchant toujours à sept, comme il se pratique quand on les fabrique à la toise. Autant que j'ai pu voir, son jugement est, avec sa mémoire, en raison inverse du carré des distances qu'embrasse cette mémoire; c'est à peu près le même rapport entre sa discrétion et ses paroles. Ne voilà-l-il pas que cet original mo parle de l'Instoire de M. de Villers^'^^? J'ai Tair de ny pas entendre, il persiste et me la conte sur le bout de son doigt, la tenant d'une femme de procureur, demeurant à Lyon, quartier Saint-Jean; disant qu'elle a été racontée en opposition des sottises de Villefranche, etc.
^'^ Jean-Baptiste Meurkr, cLaimiue hmio- mh% l-w 1706, comme directeur Hjjiriliiel
raii'e et ancien curë-samstaiit Je h colU^ îles religieuses de llli^piUiL gialo (Âlm. de Lijmi, 1786). Ci est a lui <|»ie ^''^ iSoiiH ne savons rien de C4Hle bidouille
le rlianoiiif' tVuuïiiitjue Uoland avîiit sue- de 1786 enin* Htilaiid et M» de Villers.
Toutes les belles rhoses de ce complimenteur n'ont pas empêché qui son instrurtion ne nie fît rie la peine; il rep/*tera cela à tout le moiidej s'appuiera peut-f^tre du témoignage qu'il m'a forcée d'y ajouter; el, les intéressés recueillent quelques propos dans le monde, Us croiront que j'ai été me vanter de ce que je leur ai fait faire.
Je me suis efforcée d'obvier à une parlie des inconvénients en disaiiW tout le bien possible de M. de \ illors et présentant sous un jour excu-^ sable ce qu'on pourrait lui reprocher; mais c'est précisément la partie historique toujours oubliée des bavards. ■
Sans transition, je te dirai que j ai fait ces jours derniers une décotj* verte désagréable : il résulte de la lettre, fort bien faite, autant que je puis le juger, d'un médecin dont le nom nVéchappe, et qu il a adressée aux rédacteurs du humai de Paris, il résulte, dis-je, qu*» moi qui, à plus de dix-huit ans, ai souffert durant plusieurs mois des suites d\ine nialadie qu'on a prise pour la petite vérole^' , il résulta que je n'ai pas eu la petite vérole, mais seulement la vanoletts qui en diffère essenlienemeut ef n'en met pas à Tabri. Les distinctions m'ont paru très bien établies; ma maladie est assurément fort bien décrit seulement elle l'ut rendue dangereuse parla complication d'une inflar matiotu dune fièvre miliaire, etc. Mais ce que j'ai pris pour la reutrée, accidentelle et fcleheuse, de ma petite vérole était l'effet loB simple de la varioleite^ dont les boutons gros, rares et fldsqueux suppurent jamais; j'ai retrouvé jusqu'au nom italien ravaglioni dont mou médecin f'^ qualifia, dans le temps, ma prétendue petite véroleg en me laissant croire que je l'avais dans les règles; nom que je m'éUiis jamais avisée de vérifier.
Je n'ai jamais eu peur de la petite vérole, même avant de croir l'avoir essuyée; mais j'avoue que, sans m'en occuper aujourd'hui, je trouve que tu m'as rendu la vie trop chère pour ne pas voir avefl déplaisir qu'il est un danger de plus, et un danger commun, auqu^'l
^** A raulomne de 1 779. ^ Voii* lellxe h Soptiic CanneL Ju ifi août 1773, et Mè-
*** Missa, médecin, me Barbette, au Marais, et censeur royal. — Voir sur Ménoires, 11, p. iîi5-ia8.
elle est exposée : ce fui du moins la premi/^re impreasion. Ce nn'deciii avance que c'est le défaut de cette distinction qui fait croire à tant de personnes (jue des inoculés reprennent la pelite vérole; il m'a ébranlée pour notre petite : causes-cn avec M. Le Floy.
Tu trouveras chez M. de Vin, en arrivant à Paris, deux lettres de Chaix et une de Gonin^'^ procure-les-toi avant de voir M. de Montaran ni autre,
Addio, caro niio, li haeio teneramento.
[k BOSC, X PARIS"''.]
Le 9 juiu 1786, — de Villefranclio.
Dites-moi comment il faut faire pour bien gronder, et puis tremblez. Au premier courrier, il y aura huit jours *le passés sans que j'aie reçu de nouvelles de mon ami; celni d'aujonrdliui ((rhier, je veux dire) ne m*a apporté que des gazettes.
J*en veux à tout le monde du mécompte que j*éprouve, et à vous surtout. Apprenez-moi le sort de mes précédentes, si vous en savez quelque cliose; dites-moi ce que vous savez de mon tourtereau, Je suis à la ville de mercredi; je la quitte aujourdliui ou demain de grand malin. Je ne respire que les cbamps et la paix; je ne me croîs h ma place que sur le clieval qui me conduit aux champs ou sur Theibe où je m'y repose; c'est là que j'ai laissé ma fille, c'est là que je reverrai mon ami, c'est là que je sens la nature, que j'aime la vie et que
'■^^Gonin, — înconmi: à moms q|iir> ce ne Boit ce teinliirier d'Vvelot ehex lequel, Li*ente ans nnparavâQt , Rotand avait ÏQii des oxp«'ri*?nces : rt Le sieur Rol'ind doit les ineilleurB de. ses proct^liîs de leinlure au procèfl-verbal iiïi(>rirn*î àm opéralions do sieur Gonin , h Y vetol , fin 1756. ^ ,^ { Lettre tVtm ettmfen de VUk/rtmchet pampliiel ih
1781 contre Roland). — «Ij^ prociMes de leintQi"e du sieur GonJn étaient connus île M. D. Fj. p. [de La Plulière], qui resta uept semaines con8(?cutives pour les suivre. * . ete.^ {Répmi^e a la lettre itun goi-dismtt dtotjt'n de VHkfranche^ 1781). — Voir Ap]>endice (î "-Les Arts et les Manufactures^*
M s. 6a3çh fid. a7i-*i7*i.
Tétude d'une fleur me paraît préférable aux leçons de tous vos doc leurs.
Parlez-moi donc de ce que j*aime, si vous voulez que je vous aim vous-même; donnez-m'en des nouvelles, instruisez-moi de cequHla et répétez-le encore après me lavoir déjà dit
Je ne lui écris pas cette fois, parce que je ne sais où le prendre < que je crains de nuire à mes lettres, en grossissant le paquet que] vous adresse.
Au reste, il est très clair que notre directeur Huchard est un pare seux, qui me déplaît fort
Adieu; je vous aime, je vous hais, je vous prie, je vous gronde et j vous embrasse.
t^) Pour vous faire voir que votre tendre tourterelle n'est pas morte, nu que votre absence lui fait tourner la tête. Je lui ai écrit au moins deux fois » semaine, et elle se plaint; ce ne peut être que le séjour du Clos qui intemMU ainsi la régularité de notre correspondance.
J'ai bien envie d'entreprendre M"' d'Eu qui va vous séduire, vous faire <m blicr, dans les agréments d'un déjeuner anglais, les affaires que vous avez Paris et qui ne seront pas terminées. Écoutez, écoutez la voix de la raisoi Monsieur; pensez que votre tourterelle sèche sur pied et qu'elle mourra si toi retardez votre arrivée de trois jours seulement.
[À ROLAND, À AMIENS f''.]
Samedi, lo juin 1786, après-midi, — du fJos.
Je l'ai reçue, cette lettre si désirée, si chère et si touchante ^; suis partie après l'avoir lue, je n'attendais plus qu'elle pour abandonna
^'^ P(>sl-8cri|)tiiin ajouté par Bosc en trans- ^'^ Voir aux Papiers Roiamd, ms. ^%h\
mettant la lettre à Roland. fol. q5G-96i , celte longue lettre de Roiao<
t*' Ms. 6239, foi. 177-178. datée d'Amiens, 3 juin. Mais les six Wi
la \\\h\ Le cœur rempli des vives impressions qu eile iif avait faites, des aOections qui me dominent toujours, des regrets qui n'avaient pas attendu tes plaintes, mais que celles-ci rendaient plus dt^cliîrants encore, j'ai fait la route comme il a plu au cheval, que jr rie dirigeais guère. Mes yenx monilh^s n'ont vu dans la campagne que les situations ou les objets qui s'accordaient avec l'image de mon ami aflligé. Mon enfant, que j'rtais pressée d'embrasser, s'est olfert, embelli de tout ce que lui accordent tes espérances; je l'ai serré dans mes bras, sur mon sein; il était étonné de Tair mélancolique, des pleurs fugitifs qui se mêlaient à mes caresses, et semblait vouloir me dire que son père, dont je lui parlais, le caressait avec une joie naïve qui lui plaisait bien davantage.
Eb bien! mon ami, je t'ai grondé! Je me Tétais reprocbé avant que tu t'en allligeasses; en pressentant cet effet, je jugeai de mon tort. Mon crime fut d'oublier un instant que la même sensibilité qui m'entrafnait faccablerait sous ia vivacité de mes expressions; je m'abandonnai à TetTet de mes inquiétudes et de mes craintes; tu t'es abattu à leur explosion; mes douleurs t'ont fait éprouver de Tamertume, les tiennes me donnent des remords cuisants, et nous soutirons tous deux de nous trop ressembler.
Toi, qui connais si bien mon cœur, où Tombre de Tem portement ne peut apparaître que lorsqu'il est question de mes plus chers intérêts, de ta vie, de ta santé,, n'as-tu su mieux apprécier la cause de ces mouvements, dont j'étais la première victime? Combien je méritais ta compassion, puisque j'allais jusqu'à t'aflliger! Et que ce retour sur moi eût adouci ta peine!
Tu me demandes de remettre sous mes yeux les deux pages que je t'ai écrites et de décider de ton sort par leur anéantissement ou leur renvoil. . . Ahl mon ami, le délire de la sensibilité est bien pardonnable, puisque toi-nitHue l'éprouves quelquefois! Que cet exemple
dont elle se compose sodI intcrvorlîs an ms. 1 ordre suivant; 956 , siSq » 358 , 960 , fiSy^. Poiu" h coin pi-en tire, if Ibul les lire dans 1361,
m'obtienne mon pardon, et jette au feu ce qui deviendrait pournou deux un sujet de perpétuer nos regrets.
Nos situations respectives devaient ajouter beaucoup à l'effet de no affections : ma lettre te trouva dans un état d'angoisse, le cœur na\T des chagrins d'aulrui, affaissé de leur partage; j'avais écrit cette leUr dans une solitude dont Téloignement où je suis de toi augmentai l'isolement et fortifiait mes craintes. Quel affreux événement que cdï dont tu as été, en quelque sorte, le spectateur I Je sens tout le poid du chagrin de ces braves gens, je n'ai pas la force d'en rien dire'' Donne-moi de leurs nouvelles; le malheur de cet excellent père m pénètre. La femme de Fless [elles] (^) est perdue; jamais cette tétei souvent troublée, exaltée, ne reprendra une assiette fixe et paisible Cette catastrophe altère prodigieusement la satisfaction que tu pouva te promettre de ton voyage à Amiens. Je suis pourtant bien aise de to rapprochement de nos amis; le bon de Vin m'est cher, je crois qn' t'aime beaucoup.
Je ne sais pas, mon ami, donner des raisons contre le sentimeni il ne me reste donc qu'à désirer que tu mettes moins d'importam aux agréments que nous nous étions proposés dans l'ordonnance i cette campagne. Avec le genre de travaux qui t^occuperont encoi quelques années, il aurait été difficile de suivre vivement nos projet si ceux de mon frère n'en accélèrent pas l'exécution, ils n'y mellei pas pour la suite un obstacle réel. Pendant que tu poursuis ta carrièi littéraire, il range, édifie à sa manière; au moment de notre repos, temps et les circonstances auront peut-être disposé le tout favorabl
ment.
Jusque-là nous avons assez d'affaires pour trouver doux de n'avc
^'^ Roland racontait, dans sa lettre du quatre jours après (7 juin) pour sa rëcepti
3 juin , comment , le jour même de son arri- au Musée d'Amiens, pleiira en lermes c
v('e à Amiens, le fils aîud de son ami Delà- restent touchants, malgré la phraséolo|
morlièi*e, jeune homme de vingt ans, s'ëtait du temps, la perte du fils de son a
no\ë en se haijpiant dans la Somme (cf. (ms. 953â, fol. 358-36 1). Bioffr. de la Somme, art. «rDelamorlière»)). ^*^ Flesselles était le beau-frère de Dt
Roland , daiis le petit discours qu'il prononça morlière.
l^fflfà nous Iranquilliser et tirer parti de ce qui eiisle, sans nous inquiéter de rien autre»
Si je suis ta consolation, ton bonheur I Eh bien! jouissons paisiblement; j ai atteint le but de mes désirs, mon cœur est satisfait.
Si l'on abat les arbres sous lesquels je vais rêver à toi^'^ je retiotiverai toujours bien un siège de gazon et l'ombre d'un espalier pour goûter la même douceur; j'y serai sans abri, comme les (leurs modestes qui m'environneront, et je t'aurai pour mon protecteur, comme elles ont le soleil qui les vivifie.
Depuis que j ai bien \u l'impossibilité de rien faire ici de ce que nous nous étions proposé, je uy désire pas plus que si cela était le mieux possible, et je regarde comme une bonne fortune ce qui tend, même de loin, à quelques améliorations.
Je continue d'habiter lantique appartement où j'étais Tannée dernière, et je renonce au dessein de prendre celui d'en haut, trop petit, tiop étoulTé, désagréable par des raisons loctdes que tu jugeras sur les lieux. J'ai établi une table de travail dans la salle à manger, au coin de la cheminée, où je me tiens aussi proiondément recueillie que si je fusse dans un cabinet reculé; je ne suis pas entrée deux fois dans Tappartement de mon frère, dont la présence, quand il est ici et qu*il traverse, amsi que tout autre, cette salie oii je me suis fixée, ne me gêne pas plus que s il n'y avait que des mouches. Que je tienne la plume ou faiguille, je me tais également quand je veux, et on lit sur ma figure que je ne suis la pour personne.
INjurquoi ne serions-nous pas contents ici? Nous l'aurions bien été dans cette supposition du faubourg Saint-Marceau f-^^. Oui, mon cher et unique ami, reviens près de moi; nous le serons toujours dans la plus
'^^ Ilolaod écrivait, dans î^a ietU'e du 3 juin : ff J'ai trouvé douce et louchante l'image de la fau>etle (voir leUre du '>. i niai); et ce que tu me dis des clianiiee de romljre hospiiatière de cet arbre, le seul qui reste au jai*diu, et dont eocore la |ierle est conjurée, ui'iutdresfie h son sort et me ferait preadie
m tli^feuîse, si quelque crédit de propriété ou de iieutiment me permettait de jwirier ou d'agir, etc. ... a — On voit par là et par d'autre.^ passages de la ïeUi'e que le chanoine eoteudait bien rester le maître au Clos.
^'J II semble rpie Holand ei sa ïeniine auraient pi-cijettî un iuiilant de s'installer dans
vive tendresse et la plus entière confiance! Je t'embrasse et ne tedb rien, ton cœur doit tout sentir. Adieu; Eudora se porte bien et m parait en bonne humeur.
Le M. Desinoutiers -^^ dont tu me parles mi domandé in matrimonio quando io era molto giovine; dimorava strada di Hariay. Je ne pensais guère que ce fût le môme que le frère de notre voisin d'ici, lequel, par parentlièse, m'a dit que tu pourrais voir chez son frère une collection de gravures intéressantes.
[À BOSC, À PARIS <-'
Dimanche, 9 juillet [178OJ, — de VillefnuHiie.
Je l'ai revu, ce bon ami ^•^'; nous sommes réunis, et je ne veux plus qu'il fas« des voyages sans moi. Il m'était venu trouver à la campagne lorsque j'y reçus votre dernière lettre, à laquelle je ne répondrai pas littéralement, parce quVIk est demeurée au Clos. Je vous dirai seulement qu'elle m'a fait plaisir, malgré le plaisir plus grand, devant lequel tout autre semble s'effacer, de ravoir moa tourtereau.
Vous êtes un plaisant Gascon avec vos histoires de ruches; votre perte cl tos chagrins sont les premières choses dont j'aie demandé des nouvelles; d abord on ne savait ce que je voulais dire; définitivement on m'a ri au nez. Venez maintenant me conter des doléances, je croirai toujours que vous vous moquei des gens.
Adieu ; iionnez-nous de vos nouvelles, et recevez l'assurance de l'antique el inviolable amitié.
quelque modeste maison du fanbourjj Sainl- ^*^ Voir lettre du a 1 mai 1786.
Marceau, au moment où rins|>ecleur pron- ^'^ Bosc, IV, 110; Dauban, II, 55i.
drail sa i-elraite, si le chanoine ne leur cédait ^^^ Roland était rentré le 6 juillet de s»!
pas le Clos. long voyage.
ANNÉR f78f».
[\ BOSC, À paris'".]
ro Èoùi 1786, — \i\p Vlllcfrancb<>]*
Vous rendrez un bien grand service à noire ami, si vous pouvez lui procurer des renseiffuenieuts sur cette parlie; ne né{^li};ez rien pour cela. Je vous envoie deux notices de rpieslions avec leur tableau correspondant. Des objets qui restent à traiter, c'est cebii peut-être sur lequcd ndus avons le moins de matériaux; je livre \o tout an zèle de votre amitié.
J'ai reçu les planches ^'^' que vous avez envoyées; elles feront grand plaisir à cause de Tonvrage, et de Fanleur, et de ce qni y tient.
Je vous ai mandé que mon ami est à Lyon; il y a eu révolte, dans celte ville ''^^ des ouvi'iers contre les inarchands, dont ds voulaient obtenir une augnieulation de façons. Les pieiTes d'une part, les sabres et fusils de celle de la garde, ont été leur train; il y a eu vingt blessés et environ quatre personnes de tuées.
La première rumeur eut lien conlre Farchevêque, qui voulut faire rigoureusement exercer un ancien droit sur les oiarcliands de vin, ceux-ci fermèrent leurs cabarets; les ouvriers, réduits à aller boire dans les faubourgs, s'y sont attroupes; de là les iiiécoûlentements, les projets séditieux et les démarches en consérpience.
Cinq comtes du Saint-Jean " ont fait les négociateurs, ont apaisé ies esprits et ramené eu ville ujie troupe considéi'able. réfugiée aux
f^^ Ch 1 1 1er li (Il 1 VHVcif Morriî^oti. 'j fol.
^^' DoK jïlcïiiflifs i[ui t'ircompagnaipiil \es œuvres do liosc (rAntic, le père, Mémoires
rlti vetret-ie, elr,, Paris, 1780 , a vnLin-i a.
*' '' Voi r I *hi ca ud , Ta ble rh ron , : 7- 1 o ao u l 1786, révdîk* i]ps «juvrîers eu smo »•! rJos ouvnei's chopeliers. pour obtpoir; ^'^ uns 1 a%mienlation du prix des foçutis, les autres
LKTTflKS DK VlDAUJi ROLAND.
L-elîo iJu |>ri\ d<\sjtiiu*rii'eH. Leti 1 1 et 1 a août, il y r^ u t liois f " xiku li 0 n s » L' ue a m n i hI λ • m y aie, rn sepl4*udHv, nirMa h^^ aulros pnursïiites,
f/oi'îfjiiie du soulèvement avait été, en niïel » tVxercice Irnp rifï;oiireu\ il*un i^tnm^ flroit iiïkral de l'an'tRnApù' Malviu de M^m taret.
^^^ Voir utile de \i\ lettre rïu 1 1) août 1 78^,
Breteaux'*), où elle méditait quelque entreprise. La ville a été rem de gens en armes et la paix universellement troublée.
Adieu, je vous recommande notre affaire et j'attends de vos t velles avec empressement.
[À ROLAND, À LYON ^^l]
Vendredi, ii août 1786, — [de ViUefraocbeJ
Mais c'est fort laid que de se tuer'^^; cela n'est pas chrétien: fort cruel et très sot. Dieu leur fasse paix et te préserve de mauvî rencontres; ainsi soit-il! En vérité, je n'aimerais point à te voir ( cette ville, si la rumeur n'était apaisée; on a beau s'écarter de la garre, on peut s'en trouver investi, et une pierre comme une bal fusil blesse aussi bien un honnête homme qu'un séditieux.
Je t'envoie une belle lettre ministérielle sur de petites choses; 1 veloppe était, je crois, tombée dans un pot de miel à la poste; oracles s'en trouvent tachés, et c'est tout ce que j*y ai vu de ren quable.
Idem , une épître à laquelle seul tu peux répondre ; j'ai cru m naître, à la description, la machine à carder le coton; j'ai été voi planche de Y Art, et je n'y ai reconnu qu'une grande analogie.
J'ai peur que notre ami W ne s'engoue pour quelque mauvaise en prise, comme il s'était engoué de la défense des cadets; plaise au qu'il ne jette pas sa légitime au vent, car il finirait par se déméDi de ce monde dans quelque accès de noir.
Je fais à d'Antic l'expédition des deux tableaux et notices que
^'^ Les Brotteaux, la grande plaine qui plus beaux quartiers de la ville. -
s'étend à Test de Lyon, au nord de la (îuil- peuple prononce comme écrivait M»
lotière, sur la rive ijauche du Rhône. C'était Roland «ries Breteauxn. alors un terrain d'Iles, de graviers et d'osé- ^'^ Ms. 6289, fol. 179-180.
raies , avec des g^uin(ruettes ; c'est aujour- ^^^ Voir la lettre prëcëdente.
d'hui, surtout depuis quarante ans, un des ^^^ Lauthenas.