‹ Lettres de madame RolandChapitre 40 sur 42 · IS · texte numérisé non relu

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copiés; j'ai reçu hier de ses nouveiles et deux pianch»?» relatives à rotivrage de son père.

Les soufres sont arrangés dans leur cadre, et le tout placé; j*al pensé qu*il ne fallait pas faire un compte pour cela et jai payé Jeanniu. aujourd'hui Saint-Claude se délasse à frotter les appartements, et

nouî^

reté

is sommes d une p

IM""' de Longchamps m'a fait visite hier; grand tnerci de sa commission, qu'elle trouve admirablement laite et dont elle m'a remis le montant.

Notre mère ne mange guère, se plaint d'être fort altérée, est douce comme un mouton et pleure au récit du suulèvemeni de Lyon. Je lui

Ijjropose tout ce que j'imagine qui puisse lui convenir; elle ne vent de rien, met de Fcau daus son vin, et se tirera d'affaire à merveille par son régime,

IJ*altends le frère ce soir; je sortirai cet après-dîner pour rendre ma Visite aux dames de La Chasse et mettre le nez à Tair. Notre convalescente va de mieux en mieux; je suis pas mal et je te conterai quelque chose de drôle qui m'est arrivé» Eudora lit et lutine, fait bien son métier, et moi le mien aussi; tout s'arrange à ce moyen.

Notre belle amie a donc cruellement souffert! Pauvre femme! Que de misères et de douleurs! Dis-lui bien combien j'y suis sensilde* Je vois que tout s'arrange de manière que tu pourras inviter et presser M. Le Camus ^'^ de tenir sa parole; et nous pouirons commo- ^dément loger un garçon.

I Vivat! rhomme aux gros livres et aux jolies petites choses! Je suis bien aise de cette bonne fortune, et je vais m'occuper du paquet de nos

gens

f'ï Gabriel -l^lfeniie Le n,ijiiuji, nv k i5 ïiiai 17^6, ffi*cceveur des giitielles tm

\ fiépai'lemeut de Lyon *^ ( ilm.de Li/on , 1 7H6). — Il ^ttiil membre de rAoïdi^mie* de Lyi>ii

i depuis 1 7^5 , de IWcadeinie de Dijon , corro^-

pnudnnl de rAcadéjnie de Muiilpuliiec, ett! Ctiîl»'^i;m'iie Ittdarid à JMriKleinie dé Lyun, i. faisail ries recherrbes sctiinlifique^ (q** a/H> de la eollectioïi de M. tv . . . , de Zuricb , vente ilii 1 8 mai-s 1 8/i3 i'I jours suivaiUs, L,aiU/^f;r.

ko.

Je parierais que, dans la chicane du personnage austère ^ , il y a do vuinet alta mente repostum; tant pis pour lui; car, pour moi, je m'en bats Tceil; et toi, tu en fais comme de ce que tu sais bien de Marc- Antoine ^^J.

Ici, je m'arrête; il est plus de onze heures; nous allons relire, puif dîner, puis la toilette, puis. . . , tout cela va reposer jusqu'à la rentrw du soir et l'heure du courrier.

Ménage-toi, en me pardonnant de te le redire sans cesse; je t'en)brasse de toute mon àme.

A 7 heum da aoîr.

J'ai fait ma visite, puis une autre chez M™* Fleury ^^^; j'ai acheté de petits pr<^sents pour nos gens et j'y ai dépensé i 5 livres. Je suis rentrée, en renvoyant Eudora se promener avec la convalescente.

On m'apporte ton paquet dont je dévore ce qui est de toi: cette bagarre me fatigue et m'inquiète parfois : rentre de bonne heure et reviens vite, s'il est possible.

(^e brave Uespréaux m'attendrit, quoiqu'il ait pris en comnieuraiit un ton solennel qui m'a fait regarder deux fois si c'était à moi que cela s'adressait.

Et ce pauvre Fiesselies et ce malheureux Murrey ^ ! Quel chien de monde, et surtout quelle chienne de justice inique!

Adieu, mon bon, cher, tendre, très cher et encore plus cher ami: je t'embrasse. . ., bien appliqué comme tu dis! Que fais-tu? Que

(le Madame Koland, sigiK^e par son mari et par Le C^amus , son associé , 3o janvier 1787, 3 pages in-/i% sur des expériences qu'ils ont fait faire de l'acier du sieur Tripier par quatre des plus habiles couteliei*s de Lyon). Il avait un beau cabinet d'histoire naturelle, dont nous parlerons plus en détail dans une note de la lettre 286 (99 novembre 1787). Roland, (jui tonait Lo, (lamus en fj-rande estime, le fit en 1799 chef de la h' divi-

sion au Ministère de riniérieur (travain poblics, agriculture , etc.). — Voir AlmeMà national de France , 1798, p. i3o.

<*^ Probablement de Vaicrs.

^*^ Allusion à une locution popiilain\ et plus que gaidoise , du pays : -Je m'en f. . comme des c. . . de M arc- Antoine.^

^'^ M»- Fleury, — inconnue.

^*i Voir, sur Murry , la lettre du 6 février 1789.

WNKK 178<i.

Iprfintis-tu les malins? El le reste du jour? Vis- tu bien confortevolftnente?

[À BOSC, \ PAIllSl".]

18 ai»u! ( 1 786 , — de Yillefnincbe].

[Bien (ils qiréfourdi, mais inconsidéré, inip*?rtinent, . . Que sais-je? Coiiiinenl voulez-vous que je vous pardonne jamais de m'avoir fait perdre du t*^mps à copier les plus ennuyeuses choses du monde? Copier! ~ copier! — moi, copier! — c*e9t une dégradation, une profanation, un sacrilège au tiibunal du goût. Il vous sied bien, après cela, de mettre le nez au vent et d'arrondir vos épaules, vous, intnts dans la capitale, dont J'ai emporté bonne partie de ce qu'il y avait de bon. Me savez-vous pas que j'ai aussi sur ma toilette des journaux et des plumes, et même des vers à Iris; que je puis parler de ma cam* pafjne et de mes gens, de Tenimi de la ville dans cette saison; que je puis porter mon jugement sur les nouveautés; me passionner pour un ouvrage sur la foi des auteurs de la feuille de Paris: faire des visites; dire des riens nu en écouter, etc.? N'est-ce pas la le triomphe de IVsprit et fart des élégantes parmi votre beau monde?

Allez, petit garçon, vous n'êtes pas encore assez adroit pour le persinafje, ni assez ellVonté pour le bon ton; vous n'avez pas même assez de légèreté pour qu'une femme habile puisse, sans se compromettre, tenter votre éducation. Allez, ramassez des insectes, disputez avec vos savants sur la nature des cornes du limaçon ou la couleur des ailes d'un scarabée; vous ne feriez à nos femmes que leur donner des vapeurs*

Je suis sensible au souvenir de Taiinable famille Audran; dites-le-lui quand v(ms la verrez, ainsi que mille choses alfectueuses de ma part.]

Vous perdez vos peines avec Eudora, i|ui aime tout au plus ceux

*'^ Ba.sr, IV, 1 1 1 ; DniilmUt 1^ 55-i» — Rose avait mis friS^; il y a bien d'ailleurs fs. (>''îtÎ9, fol. iij^'ûjh> — Daubnri a iui- ''18-^ au rus» — En ouïr*?, la Iftlro Miivanle, ^prirne n-aS aouU, pnrfauk'd'ïmjiresaion, car à Itobnd , (HabliL c^Ue dale.

NHi;

qu'elle voit maintenant qui la caressent, et qui ne se soucie des abseï en aucune façon.

Au reste, comme il y a, de cette trempe, bien des femmes qui n ont pas moins de vogue pour cela, j'espère bien que Tenfant n'en perd pas vos bonnes grâces.

Adieu, bonne santé, bonne fortune. Ainsi soit-il!

[a ROLAND, À LYON^'^.]

Vondredi, avant midi, 18 août 1786. — [de VinefraDchpI.

Je suis paresseuse à l'excès, je n'ai nulle envie de travailler puisqu'il faut que je m'amuse, je vais t'écrire. J'ai reçu hier neuve lettre de Lth. [Lanthenas] avec les ci -jointes; il est toujours engo de son affaire et impatient d'avoir ton avis. D'At. [d'Antic] prèle se justifier de l'étourderie que je lui reprochais, en disant qu'il a voi parler de questions autres que ces notes dont il a les pareilles enl les mains, questions qu'il dit avoir lues. Je lui reproche bien de m'av fait perdre du temps à copier des inutilités, et, en conséquence de j rodomontades, je le traite de petit garçon qui n'est ni assez adr pour le persiflage, ni assez effronté pour le bon ton, qui na { môme assez de légèreté pour qu'une femme habile puisse, sans compromettre, se charger de son éducation; qu'il fera fort bien de borner à ramasser des insectes, à disserter avec des savants sur cornes du limaçon ou les ailes d'un scarabée; qu'il ne ferait à i femmes que de leur donner des vapeurs.

Je fais refaire des matelas. Je dis à Lanth[enas] que nos Galad sont ébahis d'une méthode qui n'est pas la leur; je lui parle des a va tages de cette méthode sur celle de la carde; j'ajoute que je s étonnée que quelque délicat ne Fait pas encore mise en vo^ue à

"^ Ms. 0339, fol. 181-183.

fiSl

capitale; qu'elle ferait bientût tomber Finvention raémc, paice qiielh' est aussi expédilive, elc. S*il deoieure épris de sa mécanique, il sera Ibien tenace*

J'ai soufré que j'étais une grosse bête en regardant si longtemps à la manière de loger notre monde. La belle amie n'aime point à coucher seule; la chaise longue tiendra fort aisénjenl au pied de son lit, sans gêneiquoice que soit Voilà donc la bonne, Fenfanl, etc., dans la petite chambre. Nous serons dans la nôtr*; et nous mettrons M. Le Camus dans (on petit lit, au cabinet de toilette. Tout le malheur, c'est que, celle nuit-là, il faudra que tu me tiennes compagnie et que tu sois bien sage : ainsi résigne^toi, mon bon ami, je l'embrasserai bien en récompense. ,

Tu sauras qu'hier et aujourd'hui je ne me suis levée qu'à dix heures; j'ai bu, sué, mijoté mon rhume enfin, et si bien que déjà le cerveau se débarrasse; je commence aussi à cracher, et je compte en tUre parfaitement quitte dans deux jours : j'espère fort que tu n'en apercevras plus aucune trace. L'appétit était moindre hier^ il a repris aujourd'hui, et il n'y a que le vin qui me semble mauvais. Je te conte ces misères pour te mettre au courant^ et je n'en diminue pas un iota : ainsi sois bien tranquille. Je ne travadie point au cabinet, je donne mes leçons h la petite, je range mon ménage, je couds et je fais travailler mes filles; voilà ma vie de ces deux jours, avec un peu de clavecin pour me ra\igolei*.

Je vais attendre tes nouvelles* J'ai vu avec intérêt la notice sur M. l*oivre^*^ : il paraît qu'il avait Tâme forte, l'esprit juste et les mœurs

*^' Pierre IVivre, célèbre voyo^ur et nu- ^liuraliflte Kf^nnals, aé m 1719. rn»vrt ïe i^Sti* Sa maison de ciinipa^j-ae, la Fréta f entre to SnAoe ei le versmit nord du mont Cindre (commune de Saint-llomainaiJ-Mont-dX)rj, où il passa vingt-trois ans de sa \ie, 1757-1767 et 1773-178G, coup»^s pr un séjour à Tîle Bourbon dont il fnl Intendant, était célèbre parmi les bn-

tanLsIes pour les plantes exotiques qu il y avait rassembla. Brissot, qni y visita Poivra en î 782 , en a laissa une Irès ag;r^ai>b} descv'i^lion {Mémoires, t II, p* 9^-98). — Roland avaiteuaus;*! quelques relations avec Poivre, et surtout avec son neveu , le voyageur Sonnerai. Il arrivait à Boac, le 3o octobre 1786 ( inédit, roi L Morris on) : -^M* Poivre est mort, qui bien me fâche, Ce tait un excellent

simples et pures; cet ensemble forme un caractère respectable et tou chant. 11 y a joint des connaissances et des emplois qui devaient donne un double intérêt à sa société et à sa conversation. J'ai vu d autre pai la satire de Clément (*J avec une sorte de satisfaction; j'y trouve de 1 justesse, puis je n'aime ni Clément, ni Palissot^^^, lors même quil ont raison. Je ne leur trouve point assez de supériorité pour jouer 1 rôle d'un Boileau ou d'un Pope. Ils dépriment avec dureté des gei qui valent autant ou mieux qu eux ; ils font les distributeurs des ran{ dans un empire où ils ne sont eux-mêmes que petits sujets. Ik m déplaisent, et, lorsque je souris à leurs malices, je dédaigne encoi leurs personnes. Je suis bien aise qu'on les peigne : c'est justice toul simple.

J'aurais envoyé ces deux cahiers au Doyen, mais je crois qu'il fai laisser passer la séance W.

J'ai redemandé les Mémoires de Cagliostro'^*^ qui ne revenaient poini ils m'ont été remis sur-le-champ, en bon état, avec excuses, etc.

J'ai donné un exemplaire du petit discours (^' à M°** Browu f^' quand ell

homme, quoique fort chinois, et je ne sais plus comment faire poiu* aucun éclaircissement de ce qu'il a dit ou écrit. r> — On sait que la veuve de Poivre épousa Dupont de Nemours. Elle \ivait encore en 1887.

'^ J.-M. Bernard Clément (17/1*2-1813) venait de publier en 1786 ses Satires, ainsi qu'un ff Projet de règlement sur la manière de tenir à Tavenir les soi-disant philosophes »».

'-'^ Les premières attaques de Palissot contre les philosophes dataient d'assez longtemps déjà, 1760, 1763, etc., mais il publiait alors un journol avec Clément. (Voir Mém, de Bnssot, 1. 1, p. i3G.)

^^^ La grande séance aimuelle que devait tenir le a 5 août, jour de la Saint-Louis, l'Académie de VilleFranche, dont le doyen Dessertines étiiil un des secrétaires perpétuels.

(*) Métnoires authentiques pour sertir l'histoire du comte de Cag-Uosiro, compiUtif de librairie, attribuée au marquis deLudi (Barbier, Dict. des Anon^), qui avait pai l'année précédente. — Voir Mém. «rrrt •28 décembre 1785.

<*^ Le discours dont il est parié ici est t opuscule de Roland : rrDe l*uu des movei de connaître les femmes t», lu par lui, 8 août 1786, à l'Académie de Lyon, et q devait être lu, le â5 , à TAcadéniie de MU franche. Il a été imprimé dans le Cemifm teur de Delandine (Lyon, ann. 1788, tl p. 9/17-956). Il se trouve, de récriture < Madame Roland, au ms. 69 43, fol. 83-8^ et en copie (deux fois) au ms. 9539.

(*) M"' Rraun (c'est par erreur que M dame Roland écrit frBrown«; elle donne toujours, dans la suite, la véritable ortb

vint me voir; elle n'osait m'en parler précisément, mais elle le désirait et je Fai pu juger. Il m'a paru que cela loi faisait grand plaisir.

J'ai quelque tentation de lui dire, et à M"'*'[de] Lon{j;cliamps qui est toujours seule, de venir manger la soupe le jour de Saint-Louis; nous serons tous bonnets blancs, nous ne ferons pas grand bruit, mais que t'en semble?

A SIX heures et demie.

Je reçois ton paquet et je vois avec regret qu il y a souvent des retards. Tu es fatigué, je le juge, je le sens, et tu me le dis à peu près. Songea moi; ce sera toute mon exhortation. Je me choie avec un soin dnnt tu me saurais gré si lu le voyais, et surtout combien tu m'es présent dans tout cela. Vincent devait toujours partir demain; du moins il me l'avait dit* il y a quelques jours. J'enverrai les plumes.

Mon frère est au Clos, pour voir partir une centaine de pièces qu'il a vendues oo livres.

Notre mère a repris sa santé et son ton, Eudora est assez gentille; je vois et sens enfin qu'elle me craint davantage et mobéit d'autant. Elle se porte à merveille et me réjouit quelquefois par ses petites folies.

Mille choses à la belle amie; dis-lui que je lui prépare une cellule de religieuse oii logera aussi Félix et sa bonne, si cela lui plaît davantage que d'en être séparée.

Tout s'arrangera bien et très bien; nous serons tous contents, je l'espère,

Jje compte fort que tu recevras mes deux lettres à la fois. Adieu, cher et tendre ami; je t'embrasse de tout mon cœur.

graphe) était la femme d'un maiiufactiiner (]<» MuIIkih!**^, i|iïi, h la solliL-ilatioii do Biifaiid, (Hait veime f ii 1782 étaljïiraux porle.^ de Villefranche , sur le lerriloii'e de la pa* roÏBse de Ik-lifyny (cummuue aujoui'^riiin rt^imie à ViHefraucbe), une fabrîi|ue de tuiles jieinleâ on inriiennes.

M, H M'"* Braun figureront sciu vent riaiis rette correspondance, ^ou3 [trierons d*eux

avec plus de détail dans notre Appendice M : ''Le Beaujotais de 178/4 h 1790»'. Disous Keuieuient ici que Marthe Ho fer (1700- 1798), mari^ en 1768 à Théodore Braun ( 17/10-181^1), tîlait h parente *ito if rmie et aussi la pupille et la ftJteule du ^\ant dorteur Jeau Hofer , de Mulhouse, dont il sera (ilusieur» fois parlé dans la suite. ( V'oir, sur lui , une note à la leltre du 1 7 janvier 1 787.)

[À ROLAND, À LYON^^'

Vendredi, 8 septembre «786, — [de Villefrincbe].

Que ta lettre m'a fait de plaisir, mon cher bon ami ! Je la lis el relis, je te suis dans toutes tes démarches et j'amuse ainsi mes regrets d'être éloignée de toi. La séance de l'Académie me paraît avoir été bien remplie ^^^; cette mention honorable était de droit, mais il me paraît assez doux de l'entendre avec tout le public, comme témoin indifférent, et dans la simplicité d'un homme qui arrive sans suite el sans bruit. Je te fais passer encore une lettre qui fait nombre parmi les récompenses de ton travail : c'est le témoignage non suspect de quelqu'un fait pour bien juger dans sa partie, qui te sait gré des lumières que tu as répandues et qui s'adresse à toi avec conGancepour d'autres éclaircissements dont il a besoin.

J'ai reçu l'argent et la soie, et cette bouffante dont le raccommodage me semble d'un prix fou; en vérité, j'ai bien envie de rappeler l'article oublié, d'autant plus que Castaing**' prétend qu'il lui est dû quelques misères par notre dite dame; j'en demanderai la note, et peut-être y ajoulerai-je plaisamment les fichus dont on a fait présent à mes dépens. Je vois bien que j'en serai pour mes frais et mes peines de l'envoi de ces poires demandées; il en sera ainsi du reste. Enfin il faut acheter toutes les vérités; j'aurai payé celle qui m'apprend à quoi m'en tenir sur le parti à tirer de telles choses, par tel moven; c'e^t gagner que de se guérir d'une chimère, telle petite qu'elle soit. Ce qui

^'^ Ms. 6^39, fol. 186-187. — H y a le sujet ëtait : 'rQuels sont les moyens dt

^9 septembre 7) au ms. Mais le 9 septembre perfectionner le tissage des soies^y* (Begisirti

1786 tombe un samedi. de l'Acad, de Lyon). Mais nous ne vovon^

^*^ 11 s'agit dviderameni d'une sc^ance de pas de quelle ffmenlion honorable <r il avail

TAcadëmie de Lyon. Peut-être est-ce celle été Tobjet.

du 29 août 1786, où Roland lut un rap- ^^^ Castaing, inconnu. — Co mii suit pa

port sur le concours au prix Chrislin, dont raît viser M*"* Chevandier.

oi'eû fâche, c'est que le chanoine y trouvera une raison de plus pour se rire des belles paroles des femmes, et pour s'affermir dans son incurie de mille objets de détail. A Ion retour ici, j'indiquerai quelques boîtes à me rapporter dans ta malle, car je veux aider à manger rncs poires; il en est une de 5 à 6 livres de fruits bien glacés, de Tannée dernière, dont entre autres je m'accommoderais à merveille.

Ce petit Donat^^' est un vilain; il sérail plaisant qu'il vécût d'aumônes pour amasser de Targent; Tidée m*en était déjà venue, et je serais poilée à Tadopter. H y a des avares de Uml d'espèces I Celui-là pourrait bien être du nombre.

Le frère a été un peu rassuré, sur le conq>te de son marchand de vin, par le curé de Bagnolst^' près duquel il avait pris des inlbrniatians; cependant, si tu peux apprendre quelque chose de ton côté, peu1ôtre ne serait-ce pas inutile.

Je crois assez que Saiut-Glaude aime son nom; hier il descendit, aux portes de la ville, d'une charrette sur laquelle il avait été conduit nne partie flu chemin; il entra dans un cabaret pour faire boire son conducteur; dans le même moment, la petite rentrait avec sa promeneuse ordinaire. Il la voit, l'appelle; l'enfant court vers lui; il qnittf^ aussitôt et sort pour lui donner la main et revenir ensemble. La fdle était demeurée sans bouger du milieu de la rue, ne voulant pas seulement s'approcher du cabaret, soit par une sorte de réserve, soit par quelque motif particulier. Définitivement, le garçon à son retour fait ses commissions près de moi, foil bien quoique un peu animé de vin; il descend à la cuisine, y trouve un jardinier, prend de riiimieur, dit qael((ues paroles, et remonte à sept heures du soir pour me dire qu il était mal reçu de ces demoiselles, et qu'il fallait bien qu il sortît de la maison puisqu'on ne le voyait pas de bon œil; je lui réponds que ce propos na pas de sens; qu'au reste nous examinerons cela le lendemain; il insiste; je lui ordonne de se coucher dans la minute, pour reposer sa tête; il réitère . . . Je venais de gronder Eudora qui m'avait

<*^ Don-it, — inconnu,

''^ Uagnols, bourg, paroissi^, château *»l

baronie, pWrs du Glot^, h une tlêmi-lieue mi sud tle Tlifi?A

dés^ibéi, j avais l'humenr grave et mon air auguste : je le traitai eommf je n'avais jamais fait, avec une austérité, une vigueur dont je m^étonnai le moment d'après. 11 se retira. Trois quarts d*heure après, je à^ cendis pour souper : il était parfaitement dégrisé ; il faisait son servifi^ à merveille, il était frais de la tète, sensé dans ses réponses à ce qu oe lui disait, ferme dans sa démarche aussi bien qu'il soit jamais dan: les meiileui*s temps; je nai jamais vu de via passer si vite et si bien; on n entendit pas le plus petit bruit à la cuisine. Ce matin. j« trouvai, à mon retour de la messe, beaucoup de fleurs à la porte di cabinet, et lair le plus soumis dans mon homme. Personne n*a rier su de son savon, et je ne pense pas quil ait euvie de s'en vanter: je n'ai pas non plus celle d'en instruire ces femelles, qui ont parfois h langue piquante et le ton agaçant, du moins la terrible duègne qui je crois, en fait enrager deux.

Voilà mes grandes histoires, avec un fouet et un repas d^anacliorète donnés à ta petite coquine, qui me dit fort bien qu'elle t'obéit paro que tu es le plus fort, et quelle ne doit pas m*obéir si vile parce qu< je ne suis pas si forte. Cependant je lui ai fait sentir que je Tétai: encore plus qu'elle, et elle a fini par convenir que c^était assez poui que ma volonté dût remporter sur la sienne; mais il a fallu inculquei cet argument du bon côté.

J'ai vu hier le Doyen; grandes amitiés.

Adieu, je t'embrasse de tout mon cœur. — Tu dois avoir une letln de moi.

[\ BOSC, \ PARIS

Le 3 oclobro [1786], — du Clos.

Vos forvf^ntes prières m'ont rappelée du séjour des ombres ^^5, et je puis con verser av(»r los vivants. Je ne vous avais pas perdu de vue dans l'autre monde

'^ Bosc, IV, 1 i/i: DanlKin, H, 555. — metUmt après une lettre du 10 novembre B<»sc a l(*[fèreiiienl déplace cette h'ttre, (;ii la '^' Boî>c avait du , se plaignant d'un tn^j

mais je ne vous apercevais «jiic dans le binloiri, comme ces nuages fugaces (|uî paraissent à riiorizon ri semblent se confondis avec lui. Vos oraisons, vos efloris pour vous faire dislinguer m'ont ramenée parmi vous autres, gens du siècle, avec une nouvelle» expérience. Lurstju*^ je n'avais encore habili' qu'une planète, je croyais qu*on pouvait cultiver la société de ses habitants sans nuire à des relations avec les hommes d'une autre; il n'en est pas ainsi, je le vois bien, et Proserpine avait raison de partager Tannée alternativement entre Pluton et Cérès. Tant que je suis demeurée au cabinet, collée sur un bureau, vous avez eu souvent de mes nouvelles; vocis et tous nos amis du dehors, vous avez jugé de ma vie, de mon cœur peut-être par ma correspondance; et pendant (|ue celle-ci était soutenue, animée, les gens de mon voisinage, de ma ville me regardaient comme une ermite qui ne savait causer qu'avec les morts et dédaignait tout commerce avec ses semblables. J'ai déposé la plume, suspendu les grands travaux; je suis sortie de mon muséum; je me suis prêtée à la société, je Taî laissée m'approchcr; j'ai parlé, mangé, dansé, ri, comme une autre, avec ceux qui m'environnaient : on a reconnu que je n'étais ni ourse, ni constellation, ni femme en uSf maïs un être tolérable et tolérant, et vous m'avez regardée comme morte* Bientôt je vais reprendre mes occupations, rentrer dans ma solitude, et la thèse changera encore une fois.

Qu'avez-vous fait depuis ce tem|>s? Vous avez, sans doute, accru la somme de vos connaissances; mais avez-vous augmenté votre courage pour prendre les hommes tels qu*ils sont, le monde comme il va, et la fortune telle qu'elle se présente? Pour moi, j en suis à ne plus faire cas de rien que de ce qui peut concourir h cette fin* Vous me direz que cela n'est pas bien dilTicile quand on a son pain cuit, avec un second qui vous aide à faire de la pliilosopliî** et le reste; mais il y a encore bien des alentours et des choses qui ne sont pas cela, et qui ont de Imlluence sur notre boniïcur; c est cette InHuence que ma raison change en bien ou réduit à zéro.

Voyez c(»mme je suis ffenùlk! — Gmtilk^ ce n*est pas peu dire! Car vous saurez qu'a Vlllefranche-en-BeaujoIftis on entend par cette evjUTSsion, appliquée à une femmes Idem mascntîm'c pour un homme, la pratique du bien, Tamour du travail, rinteliigence, l'activité, etc. Ainsi vous êtes un liouune

long silence, écrire à rt/en \['"* d<* La l'ta- cpluiicpr nu premier nîoniral, poiu' vous

tièren, Holantl, c^Hiliiuiaiil le jeu, »jcnt à apprendr*.' a vivre...*, et, le 3o octobre:

BosCt le itî oclobro : r^Feu M"" de La Pla» tLs ménagère vous n donné preuve (pi elle

tîèi'e est en ville; elle se propose bien de vous rresl [mini feue* * , « (Inéd. coll. Morrison*)

gentil, si vous faites bien voire devoir de citoyen, de magistrat si vous l'êitt. ainsi du reste. (Notez que mon idem ci-dessus se rapporte à ej^pretsm et ooo pas à ïiïfemtne) et ne riez pas plus que moi, lorsque j^entends dire gravement d*un père de famille ou d'un bon avocat: // eft gentil. On est mignard au moins dans ce pays! Et dans celui que vous habitez, les importants, les gros dos, les mondors et les grands parleurs sont-ils toujours bien respectés? Pour vons. que je vois d'ici parler vite, aller comme l'éclair, avec on air tantôt sensibk et tantôt étourdi, mais jamais imposant quand vous faites le grave, pam qu'alors vous grimacez lavatériquement et que l'activité va seule à votre figure: vous que nous aimons bien, et qui le méritez de même, dites-nous si le préseol vous est supportable et l'avenir gracieux; car voilà ce qui constitue le bonhm de l'âge où se dissipent les illusions des belles années et oîi commencent le: soucis de l'ambition.

[À BOSC, À PARIS ^'^

Le 10 novembre [ 1786], — de Vîllefrandie.

Aussi du coin de mon feu, mais à onze heures du matin , après une ooil paisible <»l les soins divers de la matinée, mon ami à son bureau , ma petite i tricoter, et moi causant avec l'un, veillant l'ouvrage de l'autre, savourant 1» bonheur d'être bien chaudement au sein de ma petite et chère famille, écrivant à un ami, tandis que la neige tombe sur tant de malheureux accablés A* misères et de chagrins, je m'attendris sur leur sort, je me replie doucemen sur le mien, et je compte en ce moment pour rien les contrariétés de relation: ou de circonstances qui sembleraient quelquefois en altérer la félicité. Je mi réjouis d'être rendue h mon genre de vie accoutumé. J'ai eu à la maison durant deux mois, une femme charmante, dont le beau proiil et le nez poinli vous rendraient fou à la première vue^'-^. A son occasion^ j'ai été dans i monde, et j'ai attiré compagnie; elle a été fêtée; nous avons entremêlé cette vi extérieure de jours tranquilles passés à la campagne, et surtout d'agréable soirées employées à lire et causer sur ces lectures faites en commun. Mai

'^ Bosc, IV, 1 1 1 ; Daiiban, II . 55îi. vue bien des fois; c'est frritalieuue?^ dont

(*) M'»« Chevaudier, que nous avons déjà sera parié un peu plus loin.

enfin il faul reprendre sa façon d'être accoutmiiée. Nous sommes unlre. nous, et je me retrouve avec délices dans mon petit cercle le plus près du centre* Aussi, maigrie les sollicitations pressantes et presque rengagement de passer à Lyon une partie de l'hiver, j'ai pris la résolullori de ne pas quitter le colombier; mon bon ami ne peut cependant se dispenser d*un voyage et d un séjour assez long dans re chef-lieu de son département; mais je l'y laisserai seul cultiver nos relations, suivre ses affaires d*administration et s'amuser d'académies; je me renferme dans ma solitude pour tout Thiver et je n'en sortirai qu'aux premiers beaux jours pour (étendre mes plumes au soleil du printemps. J'ai souri à vos conclusions de ce qinl devait être pensé de moi et de ce rju'on pouvait attendre pour le jeu et les cercles, et je me suis dit : Voilà connue raisonnent tous nos savants, physiciens, chimistes et autres. Ils partent de quelques données dont ils ne connaissent ni la cause, ni les liaisons; ils suppléent h ce défaut par leurs conjectures; ils vernissent le tout par le jargon des grands mots, et donnent gravement les résultats les plus faux du monde pour des vérités palpables*

De ce qu'à l'occasion d'une étrangère je me suis répandue dans les sociétés, oïl Ton a pu voir que je figurais comme une autre, et juger qu'il fallait que j'aimasse beaucoup mon chez moi pour m'y tenir seule, tandis [que] je savais y recevoir et représenter au besoin, voilà mon philosophe qui détermine que j'ai pris le parti de vivre i\ la provinciale, toujours hors de moi el maniant les cartes.

De ce que je m'étonne de ce que l'enfant d*un homme sensible et d'une femme douce ail une ruideur qu'on ne peut vaincre que par une grande vigueur; de ce tjue je regrette d être obligée à me rendre sévère pour le forcer de plier de bonne heure sous le joug de hi nécessité, voilà mon raisonneur qui juge que la runtagion m'a gn^'née, et <pn^ bientôt ma fille aura des colliers de fer et di*s érbasses. Pauvre garron! Si vous ne faites pas mieu\ dans vos études, je vous plains de perdre autant de temps k travailler. En vérité, si vous aviez été près de moi depuis trois mois, vous auriez appris peut-être plus de vérités ijue vous n'en découvrirez de longtemps. D'abord vous auriez connu tout le peuple distingué d'une petite ville; je vous aurais aidé à juger du caractère, des goiVts, des talents ou îles prétentions de chatpie individu, les rapports de chacun avec l'ensemble et des uns et des autres; les plans, les dévouas, les passions; le ym public et secret de ces dernières; leur influence SOI' les grandes démarches et les petites actions, le résultat de toutes ces

choses pour les mœurs générales et celles des familles particulières, etc. Voi eussiez fait un cours de philosophie, de morale, et même de politiqae,pl complet que ne pourra l'être de longtemps la réunion de vos obsenati» décousues et encore éparses. De là, je vous aurais mené à la campagne. < société d'une Italienne remplie de feu, d'esprit, de grâce et de talent sachant unir atout cela du jugement, quelques connaissances, beaucoup d'âi et d'honnêteté; en société d'une Allemande ^'^ douce par sa trempe, aostc dans ses mœurs et, par une éducation républicaine, simple dans sesmanim joignant une grande bonté à une instruction peu commune; en société d'i homme froid, spirituel, lettré, doux et poli ^^h vous connaissez les autres [k sonnages. Voilà le fondement de notre ménage de campagne durant c vacances ; joignez à cela quelques personnes du voisinage , quelques origina brochant sur le tout; d'ailleurs, pleine liberté, table saine, excellente ea vin passable, grandes promenades, longues causeries, lectures amusantes. et( et jugez si votre cours de philosophie ne serait pas heureusement terminé.

Maintenant sachez qu'Eudora lit bien , commence à ne plus connaître d'aatJ joujoux que l'aiguille, s'amuse à faire des figures de géométrie, ne sait pas que c'est qu'entraves de toilette d'aucun genre, ne se doute pas du prix nu peut mettre à des chiffons pour la parure, se croit belle quand on lui < qu'elle est sage et qu'elle a une robe bien blanche, remarquable par sa pi prêté; qu'elle trouve sa suprême récompense dans un bonbon donné avec d caresses, que ses caprices deviennent plus rares et moins longs, qu'elle marc dans l'ombre comme au grand jour, n'a peur de rien, et n'imagine pas qi vaille la peine de mentir sur quoi que ce soit; ajoutez qu'elle a cinq ans six semaines; que je ne lui connais pas d'idées fausses sur aucun objet, ii portant du moins; et convenez que, si sa roideur m'a fatiguée, si ses fantaisi m'ont inquiétée, si son insouciance a rendu notre influence plus difficile, no n'avons pas entièrement perdu nos soins.

Au bout (lu compte, j'ai trouvé dans votre lettre que tous les raisonnemei dont vous étiez l'objet direct étaient fort justes, que vous entendiez bien ce c convenait à votre plus grand bonheur présent et futur; qu'ainsi vous éti encore» meilleur philosophe que les trois quarts et demi du genre humain. Av cela, continuez d'être un bon ami, et vous vaudrez toujours beaucoup po vous et pour les honnêtes gens. Adieu; midi approche, on va m'appeler po

^'' M'"* Braun, qui otaii do Mulhouse. — ^*^ Ce doit être Le Camus*. Voir let

\ oir la lelUe 253. du 1 8 août.

ANNEE 178fi.

(jâl

Idiiicr; je n'ai plus <|ue le temps de vous embrasser [lour luul tu pelil iiit.'oti{«c. ' y compris Eudora , qui se rappelle encore de vous ou de voire uom.

[X BOSC, À PARIS f".]

5 t le Cambre 1780, — [iJe Vilïefrauclie]

Notre ami est parti ce matin pour Jjjoiu où il est appeli'' par beaucoup de travaux divers et pour deux mois environ. H avait reçu avant sou départ une belle lettre de labbé de Vitryt^', secrétaire de la Sociét(^î d'ajjnciïltnre, qui lui mandait que lecture avait été faite, en séance particulière, de son mémoire (que vous coimaissez), qu'il avait été sinjjulièrt^ment applaudi, qu'on avait délibéré qu*il serait propre à la séaîice publique du 5 janvier, la première que doit tenir cette Société depuis son insfitution, et qu'on le priait d'en venir faire lui-même la leclnre. Cependant, comme l'abondance des matières et la circonstance supposent à la trop longue durée d'un seul discours, on l'engage à resserrer Texorde, afin, ajoute-t-on, de ne perdre que de jolies choses et aucunes des autres qui sont importantes; grands éloges, etc. . . W.

L'ami demande si vous, docteur, qui connaissez la besogne, lui [conseillez quelque autre retranchement et si vous n'avez point d'observation à ajouter à celles que \mïs lui avez déjî'i faites et auxquelles il aura grand égard.

M. Bast me niande que vous trouverez Findication de tous les ouvragr^s que vous pouvez souhaiter dans le catalogue de la Bibliothèque du Boi, et dans celui de Falconet'*'; qu'il ignorait que vous fussiez à Paris lorsqu'il oITrait la comnmnicatiou de ses livres; il vous

'*' trS(H*ï<U(* (riiijricïiitiu'o ilr* l^yon : secrétaire peipétud, W. l'alibe i\e Wlry , nie Saint-DomiQiqiie {Aîm, tk Ltjon, 1780). 75 Nuus ue î^avouîii ijuel éUiit !<! ^ujet

Imite <lnns ce Mt^rnoirfi, auquel il est d'ail- I^Hirs ftiit ni! a si on ftaus plusieurs leltit^s de HofamI l\ Bc>sc» <les ii\. 'i(i noveinlH'e ol 1 1 dticembre 1 786 (collecliou Mornson). '^' Cîjrnïlle Falconet ( 1 671-1 76-1 ), ne à

■ ««••(«tiiti %«nut4u

prie d'en accepter un sur cette matière, qu'il avait double, et qu'il fait passer. Je vous enverrai ce petit bouquin quand je Taurai lu : < la rétribution que je prends sur tout livre qui me passe par les m{

M. Rast dit qu'il a vu Lavater et que vous ne connaissez pas anciens auteurs ; que vous auriez vu que physionomie ou physioj monie sont la même chose ; que l'un et l'autre dérivent des deuxi grecs je connais la nature; que les anciens auteurs ont moins consi< les mouvements des organes que leur conformation tant osseuse chamelle; que d'abominables scélérats ont été doués de traits agréai que personne n'eut une figure plus prévenante que Duchaylas '^', ; conseiller du Parlement du Dauphiné, qui vient de mourir conda à la roue et prêt à être exécuté ; que cependant jamais homme m plus habituellement coupable et cruel de toute manière, etc.

Vous voudrez bien remettre la feuille ci-jointe à l'ami Lantheuj expédier l'autre à Dieppe.

Adieu, salut et santé.

À BOSC, [k PARIS <"'.]

i3 décembre 1786, — [de Villefranche' Elle lui i-envoie le petit bouquiii qu'elle a reçu de lui ^*^ et qui l'a beaucoup enaayé Adieu, mon tourtereau est à Lyon et vous aurez de ses nouvelle vous dirais bien un mot d'amitié, je m'en abstiendrai pour cette car je ne veux pas jeter cela aux mouches.

Lyon, inëdecin, érudit, membre de i'Aca- pai* htieune Gharavay.) H semble, d

demie des iiiscriplicms, célèbre par sa bihiio- ce passage , que , tomb^ depuis aux mî

Lhè(jue, doul le catalogue avait été publié la justice, il serait mort eu prison, en

en 17G3, en j vol. in-8^ à la veille de lext^catiou de lancienu

^*^ xMerlin Du Chaylas, conseiller au Par- tence.

lemcut de Grenoble, avait été condamné à ^^^ L. a., 1 page 3/A in-8^ n* 1

la roue, par contumace, en 1769, pour la vente du i3 avril 1867, (J. («ha

avoir, dans un duel, tué traîtreusement son expert).

advei-saij'e. ( V oii* Un duel à Romatis en ijOy, ^^^ iNous transcrivons i^analyse di

CM

[k ROLAÎND, \ LYON'".]

Vendredi au soir, if) décembre ^'^ 1786, — [de Viilefraof he]*

Tu as maiiiteûant ina longue et folle lettre, mon bon ami, et cest

^la pieuiière chose que j'aime à me rappeler pour jouir de la tranquillité dans laquelle, sans doute, elle laura établi. J'ai attendu la tienne

[pour lY'crire; j'étais en train de travailler, et je n'avais a te parler que de mai : j\iî poussé ma pointe. Maintenant je voudrais te diie mille choses sur celles que contient ta charmante épître, mais je suis préoccupée de Yhistoire éciite à Tenvers.

Je lai lue deux fois, la première sans y rien comprendre, mais absolument rien, comme on Ht rApocalypse et quelquefois imcore fÉvangile; cependant le début me semblait avoir une application directe, et c'est lui qui m'a éclairée sur le reste; car je ne sache que nous au monde de qui Ton puisse parler ainsi en qualité d'époux. Avec ces données,

[j'ai mis le doigt sur le reste à merveille; et j'ai eu de ces rememhanze qui viennent de cent lieues, et que je n'aurais jamais eues sans ton kisfoire; ces souvenirs de choses dont Timpression a été si faible ([o'on ne l'a jamais réfléchie et qn'on ne se les rappellerait pas dans une éternité sans quelque circonstance frappante, comme ton Imloire. La femme, quatrième de la société en question, sentretenant un jour

I avec l'autre des sottises qui avaient couru la petite ville que celle-ci habitait, donna lieu à celte dernière de se récrier, entre autres, sur fimputation faite à son mari, dont la sensibilité extrême, le caractère fier et généreux devint Tobjet de leur coiivei'sation. La femme quatrième laissa écliapper que cette opinion avait peut-être ellleuré Tesprit

l(i|;iit), mais il est ëvideût, d'après la lottre prëcédeule, qu'iJ faut lire: ffElle lui emoie le fKîtil b(>U([a!ii quVllo a i-eru p«r iui,^ ^'> Ms. (i53(), fuL 188M89,

^'' Il V a» au uis, . septembre ^ puis décembre un surcharge. Eu nipprochaut ceUe lellre df la ietUi-' 2G2, on voit que c'est Uieu tlêcembre.

6ii LETTRES DE MADAME ROLAND.

de Tami. mais cela fut donné plat&t comme soapçoo que coamif k positif, et cela ne laissa point de traces dans Tesprit de Téponse. ff n imagina jamais d*eipliqner par là ce qnll y atrml de singulier pi fois dans la conduite de Tami.

Mais, puisque les choses sont telles, laisse (aire à la commère: é arrangera bien tout cela, en commençant par s'en amuser.

J*avoue que, sans les particularités de la campagne el les coufideso précises, j'aurais incliné peut-être à soupçonner la \i\e imagination ( la quatrième d'avoir un peu grossi Tensemble; mais il y a, de Fanti part, tant de correspondance et de vraisemblance. qu*il faut bieaqi cela soit réel. Or admirez maintenant : depuis les dix jour^ eutie du dernier départ du mari, Tami n*a fait qu'une seule visite: en^ a-t-il négligé d*envoyer un livre dont on avait parlé dans cette \îÀ[ et, sans un journal et un billet que la dame était chargée de lai fai parvenir, et dont elle prit occasion pour lui rappeler Tobjet de sa pr messe, il aurait semblé lavoir oublié. 11 est vrai qu^en Tenvoyanl aie il a écrit un mot où il observe qu'il a respecté toute une semaine solitude et les travaux de la dame et qu il espère qu^elle voudra bi< lui permettre de s'en dédommager.

La bonne dame, qui a pris cela pour un compliment ou une sim[ annonce de visite prochaine, n'a répondu que des honnêtetés verbal dont elle a chargé le domestique. Deux autres jours se sont j>ass(^ lanii n'est pas venu, li est à présumer aujourd'liui que c'est par u réserve rdisonnée, et que la phrase du billet était une demande |)ermission dans toutes les règles. L'occasion est excellente! Dem? Jîi dame décochera un billet plaisant, moitié reproche, moitié agaçai cela ouvrira les voies et donnera lieu de traiter le sujet à fond'^ .

Bon Dieu ! (jue les hommes ont la tête drôlement tournée? Estla tôte que j'ai dite ? . . .

Tu me donnes envie de sortir, par le désir que tu as de me v

^'^ Nous ne piivons éclainrir ces allu- ville, probablemenl relatifs au Doyeo II nions à quelques coiiniiéra|jes de la (lelile serliaes.

In

ANNÉE 178fi.

le faire; mais je l'assure que je n'y suis portée par aucune aulre cause*. Il pleut coustciuitnent, tous les jours; je saisis les intervalles pour envoyer ia petite dehors, mais je me trouve si bien au logis et je vois les chemins si vilains, que je n ai pas la moindre tentation de mettre le nez à la rue. Les journées coulent si vite ! Je suis à la piste de quelques moments pour lire, comme Test un enfant pour ses heures de ^ récréation, et je voudrais arrêter le soleil, comme Josué, lorsque je " suis avec mon cher Rousseau ou ses bons vieux amis des siècles précédents- C'est un empressement d'écolier et un enchantement qui me fait croire que je n'ai encore que mes quinze ans.

Il est vrai qu'après cela il ne faut pas entendre raisonner un prêtre sur la nature humaine et les effets des passions, car il y a de quoi vomir ses entrailles ou sauter aux nues; mais, avec quelque chapitre de Marc-Aurèle, on s arme de patience et roo songe à autre chose.

Ge de Villers^*' est vindicatif comme Junon; il ne te passera jamais d'avoir une femme qui lui a lavé la tète. Guerroyez-vous donc, les coudes sui' la table, en pleine Académie; cela ne fait peur à personne et donne à rire au plus sage des champions.

Ta petite a une tête de diable; mais je suis SaUm par excellence.

[\ BOSC, À P4RIS'"

)H (IccpïDhfp 1786, — (Hf Viflerranche].

Bonjour donc, bon apôtre! qui me remerciez si humbhunent en donnant des permissions si oi^gueilleuses ! Vous jugez maintenant du prix que je peux attacher à celle de lire le sot bouquin que je vous ai expédié.

De Zach'^', gentilhomme du prince de Saxe-fiotha, est maintenant

''î Voir, sur cette brouille avec de Villers, f*^ Ce passage tlu baron de Zach à Lyon

la leUre clu ^1 juin 1 jM. est signalé par Diiioas, Hhfoh^de VÀcnd, de

^'' Cdleetioii AllVril Mon-ison. 2 Toi. hii*m, \. \, p. ili-i.

avec lui à Lyon; il s'est vu avec notre ami et ils ont fait des projel pour se revoir; s'ils s'exécutent, j'en saurai quelque chose, mais c serait ici, et nous causerons alors de cet habile Hongrois, compère bie délié, bien actif, bien à sa gloire et à son affaire, si je l'ai bien jo^ jadis à Londres.

Ce serait à moi de vous dire qu'il n'y a rien ici à vous mander, ( cela ne vous étonnerait pas; car, pour ce qui est de moi, de mo allure, de mes habitudes, il ne vaut guère la peine d'en parier: ce si simple et si uniforme à l'œil ! Quant à ce qui me passe par la tèU c'est une autre affaire : les tableaux sont assez variés et quelquefo intéressants. Mais vous avez bien besoin de ce qui se passe dans la tel d'une femme, vous autres gens de là-bas, qui analomisez les ceneai comme moi des côtelettes, et qui avez des cervelles à revendre!

L'ami est à Lyon, occupé de mille choses, voyant mille gens; joui sant de son activité même, de ce qu'elle lui vaut pour son travail, de ce que celui-ci, joint à son caractère, lui mérite de considératioi

Je reste à la case par la raison qui en retient bien d'autres ; c'est qi je veux ménager mon argent et ne pas faire comme vous dites aupr de ces renégats de philosophie à qui vous permettez de vous ( prêter.

A propos, vous ou Lanthenas, avez-vous de l'argent à mon mar Qui que ce soit de vous deux, il m'achètera une Méthode pour le dm du sieur Cajon^^\ chez la veuve &i/omon, place de V Ecole. Cela coûtait 9 je crois, avant l'impôt. Comme c'est un peu gros (petit in-folio), il faud attendre l'occasion de quelque grosse expédition que fera faire not ami, pour me l'envoyer.

J'en avais un exemplaire autrefois; je l'ai donné, comme les Carail donnent leur lit de colon, sans réfléchir que j'en avais besoin, du moi pour ma progéniture.

Savez-vous qu'Eudora joue trois gammes sur mon forte-piano, le quart de Malbroug? Elle avait par là, et à Lyon, trois petits ma

^^' Cajon avait (H(f le maître de chant de Marie Plilipon. — Voir Afémotrc*, Ll, p. i3.

Ml

(\n\Ah n'appelle plus qu'un tel^ ou MesHmirs, parce qu'elle a cinq ans, et qu'il y i\ (irjà de la consé(yueure dans une fille de cet âge!

Adieu; je vous permekde rire de mes folies, car vous m'ollVirez toujours bien de (|uoi prendre ma revanclie.

[À BOSC, k PARIS'".]

aa déc<»mbre 1786, — [de ViH&franeL*»],

Peste 1 , . , Vous devenez galant! Vous m'appelez fr belle dame tî! Je me rengorge, faut voir! J'en ai presque trois mentons. N'allez-vous pas encore vous scandaliser de ces grâces? Quoi qu'il en soit, vous voyez que je vous protège, puisque jai recours à vous et que je vous donne des cmumissions. Veuille/, donc Taire parvenir les trois ci-jointes conmie vous le jugerez bon.

J'ai reçu hier les missives du bon de Vin ; vous avez des nouvelles de mon bon ami ; je n'ai donc rien à vous apprendre sinon que la citation qui termine votre courte épître me flatte beaucoup, car elle prouve, premièrement, que vous avez mon texte devant les yeux; secondement, que vous êtes jaloux de ne rien laire dont on ne sente le prix. Maintenant ne faudrait-il pas tirer à la courte paille pour savoir qui cnmmenrera?

Vous voudrez bien apprendre à Fami Lantbenas que le personnage sur le compte duquel il me fit passer une lettre instructive vient de se brouiller, par des querelles académiques, avec le lloland de nos jours, aussi bon paladin dans son genre que celui qui possédait\Dtim/i<i£ï/, et que le personnage en question est un vrai Pinabel, aussi faux que le Mayençois^^l A quoi vous pourrez ajouter qu'il n'est plus de Marphise qui diiigne rompre des laiu*es avec un si lâche adversaire»

Si vous vous avisez de rii'e de mon galimatias, je vous enverrai au

*^^ Ms. gStl^i, faJ. 95*96. — ^*' lls*agitprot*aîïleinentde M. (le Villers.

tribunal de TArioste, aussi flèrement que vous me citez Linné quand j ne reconnais pas les plantes qu'il a nommées.

Adieu , seigneur; je vous salue et ne vous souhaite encore rien, puh qu'il nous reste plus de huit jours de Tannée.

Vous a-t-on jamais dit que nous avions des nouvelles de certaii jeune homme ^^^ perdu dans les fontes, les forges et les fôumeaax d Bourgogne? Vous n'aurez jamais le courage de visiter rétablissemen du Mont-Cenis et de sauter, à vingt lieues de là , chez de braves gens d l'autre siècle?

Fil que c'est laid de tenir ainsi à sa ville de boue et de fumée, etd ne pas savoir se dégager pour un petit tour de province! -

[À ROLAND, k LYON H]

Le as décembre 1786, — de Viilefranrbe.

Nous voici avec de la neige et de la gelée; prends garde à toi, mo bon ami, dans la ville et sur le maudit pavé que tu parcours. On tenu hier la séance académique qui a fait admettre les titulaires pa toi proposés, et ranger les autres aux vétérans W. Je n'ai pas revu I

^'^ Joseph d'Antic, le frère cadet de Bosc. — Il avait d abord occupe un petit emploi dans l'administration des Domaines. ^^Nous avons vu avec peine, ëcrit Lanthenas à Bosc, le 10 ddcemhre 1780 (coll. Morrison, inëdit), que Monsieur votre frère avait quitta? la partie des Domaines.^ Mais c'avait éié pour ^Mre Oînplovf^ aux forges du Creusot (Biogr. Bahbe).

•*^ Ms. (>q39, fol. 190-191.

^^^ La comparaison des listes de FAcuil^-

mie de Villefranche en 1786 et 1787 {\h de Lyon) permet de se rendre compte d changements auxquels 0 est fait ici allusioi Deux acadi^miciens ordinaires ont pavétérans; par contre, on a nommé qoat ff académiciens ordinaires ^ et quatre ^ac démiciens associés n , à savoir :

L'abbé Guilion ;

Biboud, procureur du Roi au Iwillia de Bourg :

Le Camus , de VAcadémie de Lyon :

ANNÉE t78fi.

Dy. [Doyen] depuis ce que je l'en ai mandé. Je i*attends pour lui reniellie la lelire de Vîn, le livre de Frossard'**, et causer de la société de Bourg t"^'. Le ïrhv ne s*étonne pas de (juehjue défaut d'orlhodoxie de plus ou de moins dans un hérétique ^^^ déjà condamné aux flammes; il a trouvé agréable, éloquent, le discours sur la Bouté, ([m lui sen]ble bon comme ouvrage de pure philosophie, et meilleur poui' rAradéinie que convenable pour la chaire* Quant à lui, il croit fermement à la perversité humaine; cette doctrine apostolique lui semble aussi la mieux huidée. (Irand bien lui fasse cette douce croyance!

Je t'envoie beaucoup de bonnes choses; les lettres du brave Valioud et de Texcellent de Vin m'ont fait grand plaisir; j'aime ta notice sur Plularque<*^; elle est faite du cœur; aussi le style en est-il plus coulant

De Via des Enille**, secrétaire du Musée d'Auiiens,

Chacun de een qtuUre axsociés mi^nte de fixer lin iustaiU iiutre aUenlioiL

L'abbé Aimti Ciuillon de Moiidéon (t ySS- 1 84 ^Ji ) , qui a plus tard . dans ses ^fhftourK , difTaiiié Rôbrtd , élail idors lie avec lui.

TbomaB-Philiberl Riloud ( i ySô- 1 8a5 ) , cpu fut depuis déput*^ de TAin à la Législative, aux Ciuq-(>nlf> cl mu Ccirps législalil', venait de recnnslituer à Bourg» en 1788, la Société d' t!muiatimi fundée \m' Laiautle **u 1755. — Voir Cil. Jarrin , Jérôme Lalande , Boui^. 1887, in-8^

Le Camus était lami de HolanJ dont il a été parlé [dus haut ( lelli^ du 1 1 août 1 786 K

lùifiii, De Vin desEnillas élait le \iei] aini d'Amiens que nous avons déjà rencontré si souvent dans celle Correspondance.

Ce» détailtî, n minutieux qu'ils paraissent, montieut Tactivité qu** Roland [>oi1ail dans le^ nonibr(?uses sociétés littéraires dont il faisait partie et rinfluence quil yexerçail. 11 va faiiT de niéine à IWcadéinie de Lyon, Le tt| décembi-e t78ti, il yJil un luénHiur

sur la nécessité de déelann* vacantes les places d'acîidéiniciena titulaîi'es absents depuis plusieurB années et obligés de résider loin ilê Lyon. L'Académie ne fait pas droit à sa i^iiéte , mais elle décide de prévenir ceux Je ses membi'es altsenls depuis long* lenipH que leur cas a fait Tobjet tVnm, délil>éi'ati(în ( Hegùtm de V Académie de L^n ).

*'' [,a Ira^luclion française t par Frossard, dnis Sertnons de Hugh BJair(Lyon, iinprîniene d'Aimé delà Ftocbe, a voLin-8*. i78Ael 1786).

'^^ La Société d'Emuklion de Bourg-enliresse, h laquelle Roland allait se lairc agréger comme associé, et à laquelle il lut, le ao avril 1789, son (rApeiru des causes qui penveni rendre une langue universelle, et ôïïseivatïons sur celle des langues vivantes qui leod le plus à le devenii"'' (Registres de lu Sùciété d'IÙHuiation).

^'' Hugh Blair. le célèbre prédicateur écossais (171 S- 1800),

^*^ HêJIe.rtons sur Plutarque, inniceau lu à la séance particulièi*e de T Académie de Ljon, le iG janvier 1787 (ftipVrjç Bnlmid, nis. 6a i3, loi, 89-90).

que celui de tes dissertations d'Arts; je Tai revue, puis copiée, jiarce que ce sera une peine d'évitée pour toi, si tu admets mes légers cha^ geiiients, et une plus grande fiiciliti^ de me corriger, si tu ne les admets pas. f

Si tu savais de quelle folie dont je suis encore capable, lu le moquerais bien de moi. J'ai voulu relire r\riostc, et j*ai eu fantaisie que ce fAt eu notre langue; le Doyen m'a pvHé la traduction du comte d*' Tressan^^^. Ten ai lu les deux premiers volumes au comniencemeul de la semaine» dans mes heures de récréation; j'ai découvert avec plaisir que je sentais mieux que je n'avais cru les beautés de Fitalien, parce qu'en recourant à l'original pour la comparaison des morceaux frap- [ianls, ils m'ont bien plus satisfaite dans rauteur. Mais la faim de suivre le fd des aventures me poursuivant, j'ai commencé hier matin le iroiM sième volume et je n'ai quitté qu'après avoir achevé le qualrièmfl Comiiieut est-il possible <p'ou séchauffe de tant d'extravagances* Je crois que cet Arioste écrivait avec une plume enchantée comm^ étaienl les armes de quelques-uns <le ses héros. I

J'ai expédié ce matin à d'Antic des lettres pour mon p-[père], ma tante *^^ et Agathe. Je réponds au premier d'une manière sans réplique sur les diÛicuUés qu'il trouve au projet de retraite que je lui ai proposé, et sur les prétendues erreurs de calcul.

Ma santé se soutient; il m'est venu sur les bras, le cou, le doî les épaules de petits boutons qui ne s'aperçoivent qu'au tact et qui mi causent beaucoup d*ardeui' et de démangeaison; je les fais étriller la brosse; cela me réussit merveilleuseuieal. Je mange du fruit c prodigieusement, avec l'avidité du besoin» et je m'en trouve Lieu

Le Doyen m'a interronquie; nous avons causé, et beaucoup. Tai reçu lun paquet et je vais faire le mien. Mon courrier, comme tu rappelles^ ne va pas vite; la pacotille de Paris ne m'est arrivée qu'hier à 7 lieure^;" du soir, encore est-ce pour l'avoir envoyé cherrfier.

^'^ Celle tradurfioi) avait paru eu 17 Ho. ^'* Sa graQd'Lanle, M"" BesiianL — Voir

Appendice B: voir aussi la letU\^ <la 9 >

tobre 1787,

Telle bonne envie que j'aie de te voir, mon dessein n'est pas de démarrer. Je ne me départirai pas de mon enfant, et je ne puis me transporter avec lui, un domestique, sans que le séjour là-bas, comme le retour ici, n'occasionne une dépense que je ne dois pas faire. Ainsi, jusqu'à ce que les rigueurs de la gelée te chassent à mes côtés, je grelotterai seidette, et tu rêveras solitaire. Ne rêve guère, pourtant : cela ne vaut pas le diable I

Adieu, mon bon ami; je joins ici la boucle de ceinture pour la petite, que je n'ai pu faire raccommoder dans ce chien de pays, où l'on ne trouve seulement pas de bons ardillons.

Fais donc visite à ton c**^ f^^. Et celle à ton vieux voisin '^J? Il est venu hier, en bas'-', un certain Bessie de la Grollière'^', dont ma bellemère disait, à souper, qu'il aurait bien voulu voir tout le monde; or il était au premier de la maison où je gardais le second, et il s'en va à Lyon que tu habites : n'est-ce pas un habile homme que d'en être aux regrets ?

Je te croquerai. . . Adieu, loup! Ton lutin barbouille sur le clavecin et me crie à tue-tête : Est-ce bien?

[À ROLAND, À LYONW]

[i786(?)— deViHefranche.]

Je t'ai écrit, mon bon ami, parles deux derniers courriers, comme de coutume ; j'envoie dans le carton ci-joint les choses demandées; il y en a une qui a été cassée, aile feste délia ballerm, credo; du moins, ce fut alors que je m'aperçus de cette côte cassée ; elle n'en sert pas moins

^^^ Nous ne savons quels sont ce ff comte» ^'^ Par conséquent, un parent plus ou

et ce ff vieux voisin u. moins éloigne de la mère de Roland, née

^*^ C est-à-<lire au premier étage , chez sa Bessie de Montozan. heUe-mère. t*) Ms. 6389, fol. i8/i-i85.

quand elle est placée. Je crois qu'elles ne peuvent souffrir de ( mage dans celte boîte.

Tu me ferais plaisir de m'acheter un éventail de taffetas blanc, en os et non en ivoire , parce que j'ai moins de regrets à les casse qui m'arrive souvent) quand ils ne sont pas si chers. Cela d( coûter quarante-huit sols, prix d'un acheté à Lyon, non l'été dei mais celui d'avant, à ce qui me semble.

Je me recommande à toi pour la petite note de ce que tu lais à Lyon, afin que je me reconnaisse dans mes affaires.

Mon rhume déménage grand train. Porte-toi aussi bien que m serai contente. Addio, carissimo mio, ti bacio di per tuUo.

Les anmîes [jréa'dentps ont fourni beaucoup à la Correspondance : 38 lettres en 1783,— 7^ en 178^1, — tiS en 1786, — 5^ en 1786. — Pour Tannée 1787, nous n^en comptons que q5, et cette rareté se continuera en 1788 (a6 lettres) et en 1789 (•)ii lettres). Il est évirlent f[u*il en manque un grand nombre de ces années-là, et c'est une sensible lacune ^ car c'est surtout au\ approches de la Révolution qu'il importerait de se rendre compte de Fetat d*espril de Madame Roland eï de son mari. Ce que nous avons permet déjà de faire une constatation assez curieuse. Madame Roland, en 1787, continue à se désintéresser presque absolument de la politique du jour : elle et bâille sur les gazettes» (lettre du 10 fémer); elle ne s'inquiète des changements de ministres qu'au point de vue de l'avancement ou de la sécurité de son mari. CVst toujours la femme qui, dans sa lettre du 1 1 août i78(), regrettait (|ue Lanthenas, écrivant contre le droit d'aînesse, se Wtf^ engoué de la défense des cadets 19, Elle jugeait son temps, mais croyait à sa durée et ttk'hait de s'en accommoder. Quant à Roland, il se rend bien compte de lanarchie administrative, et parie avec un violent mépris de ceux qui sont au timon; à propos du renvoi de nous ne savons plus ([uel ministre, il écrit a Rose ( aH mai 1787, coll. Morrison) : «Qu'on termine donc, et [|iron donne de la pelle au cul à tout ce monde immonde. . . r; mais il ne voit pas au delà, et des changements d'hommes sont tout ce qu'il semble ])ressentir.

Il était a Lyon depuis le 5 décembre 1786. Il n'en revient que le qo janvier, pour fêter avec sa femme l'anniversaire de leurs liançailles. Il en repart le 5 février, pour aller et venir (lettres inédites à Rose, coll. Morrison), mais, le ai février, il est de retour à Villefranche.

Du /j au y 5 avril, il emmène sa femme passer trois semaines à Lyon (/itrf,, et lettre de Madame Roland du 3 mai).

Ses deux frères, les bénédictins Jacques-Marie et Pierre, viennent le voir en mai. Il va avec Tun d'eux, Pierre, le curé de Longpont, faire une excur-

sion à la Grande-Cbartreuse. Cest entre deux lettres écrites par lui à B« Tune du 8 mai, l'autre du q8, que se place cette excursion.

Pendant ce temps. Madame Roland , après le départ de ses deai ben frères, va s'installer au Clos, avec sa fille, le 1 7 mai. C'est là que Rcdand. 1 retour de la Grande-Chartreuse, vient la rejoindre à la fin de mai. Elle y d meure cinq semaines, jusqu'au aU juin, laissant son mari retourner à Lvo où nous le trouvons le 8 juin (lettre à Bosc, coll. Morrison).

Les changements ministériels, dont les Roland ne s'étaient préoccupés (| dans l'espoir qu'un retour au système de Turgot et de Trudaine pourrait ama pour l'inspecteur quelque avancement ou même le remettre en faveur sti lettres 272 et 275), mais dont ils avaient fini au contraire par s'iD<pii*f pour le maintien de sa situation (lettre du s 6 juin), paraissant enfin abouti: un calme momentané, Roland en profite pour faire faire à sa fenune un p voyage en Suisse.

ils partent le 17 juillet, avec leur enfant et le bon curé de Longpont: vont de Lyon à Genève, Berne, Lucerne, Zurich, où ils voient Lavater. et là à Schaffouse, Baie, Strasbourg, oii ils sont vers le 5 août. Au retour, s'arrêtent à Mulhouse, chez le docteur Hofer, puis rentrent par Besaocoa Chalon. Us devaient être au logis vers la lin de la première quinzaine d'ac

Il semble que le mois d'août se soit passé, pour Roland, à Lvon, pooi femme, à Villefranche, où elle se mêle à la société de la petite ville.

Mais, en septembre, elle est au Clos, qui allait prendre pour elle un térêt particulier. C est en effet dans cet automne de t 787 que le chano Dominique paraît s'être décidé à tenir les promesses qu'il faisait à Roland < |)uis dix ans (voir ms. 6960, fol. •j56-26i , lettre de Roland à sa femme, .*! juin 17^0) et à lui c^Mer la propriété du Clos. Aussitôt nous voyons Roland se comporter en propriétaires : ils font construire, ils s'occupent d'i

ministrer le domaine, etc Roland vient y retrouver sa femme le 20 S(

tembre, pour faire la vendange.

Il retourne (»nsuitc à Lyon (il y est le 18 novembre) et y reste jusqu cominencemenl de Tannée suivante. Il a quitté son logement de la maii Collomb, place de la Charité, pour s'établir dans la maison de Ghambur (juai Monsieur^^\ toujours à portée de l'Intendance [rue Saint-Joseph], où

^' O qiii est aujourd'hui le commence- fique hôtel que s^étail fait construire sur moiil du (|uui de la Charité. — Li\ maison quai, au xvni* siècle, le président RiptKJ <le Cliamburcy était une pailie du magni- Terrebasse.

avait son bureau. C'est là qu'il continuera de deraeuerer jusqu à son départ pour Paris en 1791.

Madame Roland, de son côté , prolonge son séjour au Clos. Arrivée en septembre, elle n'en repart que le 28 décembre pour descendre à Villefranche et, le 3o, rejoindre son mari à Lyon.

[À BOSC, À PAMS<'>.]

8 janvier 1787, — de Viflefrancbe.

Bonjour, seigneur, comment va la tête? Vous n'écrivez donc plu de nos côtés? H vous suffit de méditer de quoi remplir vingl-quair pages d'écriture.

Faites-moi le plaisir de remettre à Lanthenas Tune des feuilles d

jointes, intitulée M. Chalons^^^; il aura la complaisance de la fermei

d'y mettre l'adresse qui convient et de l'y faire parvenir; j'apprend

i celte adresse tous les ans, tous les ans je l'oublie : autant oe plusTaf

; prendre et s'en remettre à ses amis.

I Quant à l'autre feuille intitulée yV"' Malorlie, vous voudrez bie

l'expédier à Rouen, rue aux Ours^^l Je sais pourtant que vous ave écrit à Lyon; mais vous savez aussi qu'entre mari et femme qui n 1 vivent plus ensemble, on ne prend plus les choses en commun : encor

! passe dans dix ou douze jours.

Je vous dirais bien que la séance publique de la Société d'Agr culture s'est lenue le 5 ; qu'on y a applaudi quelqu'un de votre coc naissance; qu'on y a In telle et telle autre chose : mais je ne suis pa ir en humeur pour aujourd'hui.

Je ne sais si mon activité me trompe, mais il me semble quej passe, sans avoir de vos nouvelles ni de celles à' Achats y des intervalle que je remplis d'autant de travail que vous en pouvez faire et duraii lesquels je vous écris encore plusieurs fois. Mais l'un fait des comptes '

'^' Ms. 6389, fol. 976. cachèrent Roland en 1798. — Voir Appe

^*^ Sur M. do Chalous, voir lettre du dice D. l'i décembre 1780. ^*^ Il semble, à certaines allusions 51

^^^ C'était là, dans la maison qui porte de cette Correspondance, soit des leitr

aujourd'hui le numéro 1 5 , que demeu- inédites de Lanthenas de la colleclion Mo

raient les demoiselles Malorlie et (ju'elles rison , (ju*il était entré aloi*s dans une niî

l'autre des marches, et je ne bouge de mon bureau que pour faire la laîtresse d'école ou présider à la dissection d*un cochon. Oh! comme irous vous lécheriez les doigta de mes boudins! Je vous laisse Teau à la }ouche, adieu.

[a ROLAND, À LYON'*^]

Mardi, g i»mi(^^ 1787, — [de Vîllefranchc].

Tu en passeras par les boudins ^ mon bon ami; ce n'est pas pour toi que je les envoie, mais pour nos faiseurs qui en sont flattés et honorés, L'occasion est si belle, qu'ils croiraient à un dédain dont ils seraient mortifiés si je n'en profitais pas. Tu en feras donc faire l'usage indiqué dans la boîte ^-l

Maïnienaut que voilà ma conscience dégagée sur un article, j'en viens à ta lellre que j'ai attendue dans une disposition semblable à celle où tu étais en l'écrivaûl. J'avais recommandé à Saint-Claude d'aller la chercher; je Taltendis vainement toute la soirée, il l'avait oubliée; je Ty envoyai en me mettant à table pour souper; je mangeai en l'attendant et ma respiration en était gênée; je trouvais que le domestique était bien long à revenir, le cœur me battait à chaque petit bruit que j'entendais et que je rapportais à la porte, et, toute émue, je me disais : «rNon, ses nouvelles ne me furent jamais plus chères; jaoïais elles ne furent attendues avec une plus tendre impatience !ti Je nVntendais rien de ce que disait mon frère, qui me parlait beaucoup de la liste des lio ''"^' et à qui je ré|)ondais des oui à Faventure. C'était bien pis quand le paquet fut arrivé; mon cœur lui allait

de banque , proUabl émeut vlwt le fermier gërif^ral Trondilii. Quant aux marcher de Bosr, c<^ ne |ieid Hre rpie ses luiigues cnurses bolnni^iue^^ ilti dîmaDdie.

*'^ Ms, OaBf), fol» igo-H)!!*

^'^ L*usage du pays, f|nand un lue un

LirrilES DE MàDlHB »0L4;vt». — I.

porc, est d'envoyer des bourlins à ses amis* ^'^ L'assemblëe des Nota ble^, dont C donne avnit fait d^eiikr h conv oral ion le 29 dâcembre 178G» devait se compoî^er de cent quarante membres pris parmi le clerg«?, la noblesse el la iiiagisîraliii'e.

au-devant; je cherchai ton écriture avec une précipitation singuliè je démêle, je lis, et le sentiment mutuel qui nous anime ne me lai plus rien voir autre. Je n'ai presque plus parlé le reste de la soir je revenais toujours à mon paquet, et, pour avoir occasion de rejc les yeux sur ta lettre, j'avais lair de fureter les autres : heureosem j'aperçus un mot de nouvelles dans celle de Lianthenas; je le las a triomphe, et, après avoir ainsi payé mon écot, je me retirai bien v

Mais tu n es pas sage, et, quand il fait froid Mon bon ai

tu dois te défendre de cette activité et ne point t'y livrer comme fais; si tu n avais pas travaillé jusqu'à minuit, le souvenir de la gn héte n'eût été que doux et restaurant Quand tu te sens cette act qui t'entraîne aux petits excès de travail, il faut le rappeler ta fem craintive et attendrie, ne souffrant de rien tant que de l'idée dm que tu peux te faire et n'ayant point de sentiment que celui-là ne < mine impérieusement ou n'altère d'une manière pénible. Tiens, enc à présent, il me pénètre et m'ôte l'expression.

Ta lettre au docteur est à merveille, et tu es vraiment bien i que je la voie, car elle me fait grand plaisir : j'imagine que la da viendra me visiter aujourd'hui, parce qu'elle est d'un goûter du vc nage; ainsi cela coulera de source.

J'ai eu aussi une lettre de Lanthenas, qui me parle finance admi blement; nous méditerons son texte ensemble et nous verrons s'il lieu de faire quelques spéculations; je n'en serais pas trop éloigi pour une petite partie : Audaces fortwia juvat. Il faut avoir, dans monde, un peu de tous les esprits. Il y avait de plus ce que je t'env de d'Antic.

Tu aurais ri, l'autre soir, de me voir tourner autour des écra j'en avais levé un que je ne pouvais plus baisser, faute de connaitrt secret qu'il a fallu trouver de son estoc; hem! c'est une découvei ça! Depuis ce moment, je ne [me] place jamais au feu sans ce meuble.

Jeannin, que j'ai envoyé chercher, m'a conté une longue histc de caisse mal remise à Lyon par Bresson, de façon qu'elle est demeu

'un mois chez un autre homme que Touvrier à tjui elle était adressée; enfin le tout doit arriver et s'arrangera incessamment.

Je te ferais bien rire si je te racontais tes confidences de ton petit

[loup; il me disait hier, avec une franchise qui nie Ta fait embrasser cinq ou six fois, qu'il t'aimait bien plus que moi : (r Et pourquoi cela? — C'est que je ne vous aime pas tant! — Et pourquoi? — C'est comme cela. — Mais encore, il y a une raison qui te fait mieux aimer papa?

— Oui; car il me pardonne tous les jours et il me caresse davantage.

— Mais il te corrige bien aussi? — Oh! il me pardonne toujours, tous les jours; et quelquefois, quand je n\ii pas été sage, vous vous en souvenez, vous ne voulez pas que je vous caresse. tj

N*est-il pas plaisant que ce soit moi qui sois le terrible personnage entre nous? Ce qui ne Test pas moins, ces! que> sans changer de conduite à son égard, je laime encore plus, ce me semble, depuis cet aveu et ses excellents pourquoi.

Adieu, gros loup. . . Je fembrasse. . * Je ne puis pas dire!

[À BOSC, \ PAKIS'*'.]

î 0 j'anvier 1 787 , — de Villerraitrhe.

Mon maître me renvoie votre lettre, me cliarge de vous expédier la ci-jointe et de vous prier de la faire parvenir le plus lot possible.

Il me mande d'ajouter qu'il a reçu le catalogue et qu'il va voir; que ce sera par la voie du docteur Gilibert chez lequel il allait dnier liier. Je vous transmets cela, comme rÉcriture sainte, sans y rien comprendre.

Dîtes à Lanlhenas que, lorsqu'il voudra se mettre en bonne odeur près de mon beau-frère, il aura soin de larder ses lettres de nouvelles

**' ColJf'clion yfred Morrisrm,

kft.

politiques. Son pelit mot de ce genre, dans la lettre de mon boDin. m'a servi de texte pour an après-souper.

Si vous étiez aimable, vous me donneriez aussi quelque plat de n goût; mais je crois que vous bâillez autant que moi quand il est q(M«tion de gazettes : la différence qu'il y a entre nous, c'est que je m contrains souvent jusqu'à en causer, sans me douter pour cela de (« que je dis.

Adieu; dites à Lanthenas. . . Mais non, ne lui dites rien; sllieti qu'on lui adresse de jolies choses, qu'il se les fasse dire. Je commeDce pourtant à lui trouver du plomb dans la cervelle, depuis qu'il €»tend quelque chose à la Gnance.

Bonjour, salut et joie.

[À ROLAND, À LYONf''.]

Samedi, i3 janvier 1787, — [de Viliefraocbe}.

Je me dois bien, autant qu'à toi-même, un dédommagement àl brièveté avec laquelle je t'ai écrit hier quelques bredouilles. Ce ne ser pas pour éclaircir l'histoire dorée, car quoique tu te dises à dem vendu, je n'y entends pas mieux finesse et je ne suis toujours qael grosse bêle. Ce qui n'empêche point que les abbés n'aient leur mérite mais la trempe douce et l'esprit coquet de M. Pzt [Pezant] ont bie aussi le leur. Cependant, s'il venait tous les jours de courrier et qui ne se modelât pas sur la discrétion du Doyen , qui se sauve dès qu i voit ton paquet, il faudrait bien lui dire que j'aime à écrire longuemen à mon mari. Hier devait être jour de grâce pour lui : il avait été ma lade, et je ne l'avais pas vu depuis les fêtes de Noël.

Je suis très flattée de l'intention de M. de Landine^'^J; je l'étais e

^'' Ms. 6289, ^^^' *9'*'*97- d'envoyer à Madame Roland sont ses -01

^*^ Antoine -François Dclandine (lySC)- Rerv^ations sur les romans et en particuii<

1830). Il ëtait, en 1786 , directeur de TAca- sur ceux de M"* de Tencinr, qu'il avait <i

dt^mie de Lyon. Les Observations qu'il venait lire à une séance publique de rAcadémie,

recevant ses Ohmrahom, je le suis bien plus depuis que je les ai lues* Elles olïrent un mélange de justesse et de sensibililé qui ne vont pas toujours ensemble» et elles sont écrites avec autant de politesse d'esprit que de pureté de langage. Je voudrais les avoir faites, parce que j'y trouve le genre d*csprit qui oie plaît, le faire gracieux, la touche facile et délicate (|ui plaisent dans rbonnue du monde • qu'on est quelquefois réduit à désirer dans rhonime de lettres, et qui siéent si bien aux femmes.

C'est un joli petit tribut académique dont la lecture doit avoir fait grand plaisir à la séance publique. J'aiuie bien ce tableau de Tâme sensible et innocente dans la retraite du cloître, la peinture des elFets de la solitude sur le caractère et les passions, celle du botdieur qu assurent félude et les lettres, et Tapostrophe vigoureuse aux auteurs courtisans. If y a de la philosophie et du sentiment, et beaucoup d*art à exprim'er d'une manière attachante des vérités connues.

Je t'assure que, quand tu auras fini tes Arts, tes sciences et tout leur attirail, je me jette à corps perdu dans la littérature et je t'y entraîne avec moi^^L

J*ai par-dessus la t*Me de la métaphysique et de ses billevisées, dont je me suis gorgée à Tilge où d'autres se rassasient de romans; je ne me soucie des sciences que des différentes branches de l'histoire na-

qu'il iiviiU jiiiwîs en t<*t« «les OEavres tk Madfunc de Tencm , i ySti , 7 vol . ID- 1 6 , — On veiTf» jilijï^ liiio qiif^ les rduliotis <^nfni M. et M"" Delandine ot 1rs tl ci la ml devinrent très Bm\ic9. Il fit poniîUe, en 1787 et 1788, h Lyon, une sorte rie Maffatine InilhiU: Le Conservfitevr^ et y iniprmiit, aïi tome li de 1788 : 1* une partie du ] otjfttre pn Sume de Madame I^olaml (p. i'j-95); a*" le discours dt' tinjarrl sur ^L'u des moyens de connaît Jt; les fenuncs'? (p. *i^7-356).

tl fui tUimié du For<»z anx États gênéraux* et iiouis le relrouvei*ons en 17*}! en

ti€us ra]>porU avec les Roland. Arrêté ànm le Forez et emprisonne h Lyon, aui KerlusoB, eu 179^, il putdia en 1797 son TV Mean den prisom de Ltjon, ou il y n plus de phitises que de faits,

ï*olygraplic et hildiographe, il est assu* Rliucnl leptus l'^dcond des écrivains lyonnais.

Sa feinnie triait fille de Pt^ronnet de Gra* va|{Tieu\, avocat et notaire à Lyon {CaUiL des Ltjonmiis dtg^nes de mémoire, etc., art, PêroiiHPi).

^'^ Voir iel Ire du ^i mars «789 à Varenne de Fenille»

turelle sur lesquelles j'aime à sauter en oiseau ; quant à la chimie, tait à la mode avec ses fourneaux et son esprit recteur, je ne la \imi bonne que pour les hommes qui ont de celui-ci et dont les bras peaveal souffler les autres; jai des arts en générai assez d'idées dont je m m'occuperai jamais, et je m amuse d'avance de Tespérance de doDoe carrière à mon imagination en ne m'occupant que de ce qui h flatte.

Finissant ainsi par où les autres commencent, j'embellirai les année! du retour de ces riens heureux, de ces douces images qui font le délices de l'esprit au temps de sa vigueur, et qui auront encore poo moi l'attrait de la nouveauté. Chaque année, nous relirons nutanp et une partie du bon Jean-Jacques; nous feuilletterons Montaigne dan les accès de ce que les Anglais nomment humour : sur ce fond nour rissant, nous jetterons l'assaisonnement de toutes les folies poétique et romanesques de tous les âges, de toutes les fleurs de l'esprit entm genre.

Je t'ai dit que j'avais relu mon Arioste avec fureur; j'ai, de plus, fa connaissance avec Boyardo^^^ et Berni^^', qu'on devrait lire avant lui; vois Thompson W, que j'avais honte de ne pas connaître ; je parcours mi Métastase et je viens de dévorer Julie ^ comme si ce n'était pas m la quatre ou cinquième fois. Mon ami, j'aimerai toujours ce livre-ià, si jamais je deviens dévote, c'est là seulement que j'en prendrai l'en^i il me semble que nous aurions bien vécu avec tous ces personnaj et qu'ils nous auraient trouvés de leur goût, autant qu'ils sont < nôtre.

Je suis passée d'un saut au 4® livre d'£intfe, que j'avais un nou^ intérêt de revoir et dont je sens mieux que jamais les beautés: retourne à présent au commencement.

^ ^ ^ Boïardo (liSo-iigA), Tauteur de land ëcrit Thompson ) avaient paru ea 1 7

VOrlando innamorato. el la première traduction française est

^') Bernl (i&9o-i536) a refait, en bm*- lySg; mais Madame Roland pouvait

iesque, le poème de Boïardo. tant bien que mai l'original. Voir

^^^ Les Saisons de Thomson (Madame Ro- lettre suivante.

ANNÉE t787.

Croirais-tu que M. PzL [Pezanl] n'a jamais lu ces deux ouvrages? Non plus qiu* \l*jHpnt des lois, dont à dix-hnit ans je me donnais les atrs de faire Fantdyse, anisi que de Bmlaraaquit^l Les romans el les femmes se sont si puissaniuierit empaiTS de sou esprit et de son cœur, qu'api es les travaux de son état, qui l'ont toujours beaucoup occupé, il ne lui reste plus le loisir pour rien autre. Mais pourquoi Julie, du moins comme roman, ne Fa-'t-elle pas fixé durant quelque temps? C'est ce qui semble difficile A expliquer et ce dont il ne stuirait rendre raison liri-même, quoiqu'il eu eût commencé la lecture en société; moi, je crois que ce n'était pas assez roman pour son goût. C'est sans doute pour s*être trop livré à ce genre qu'avec beaucoup d'esprit il ne fournit cependant pas, à beaucoup près, autnut que le Doyen dans la société; ceiui-ci y sème en quantité de cette Heur de littéralure qui y est de mise; mais aussi, Fautre friit voir dans le comité un naturel aimable, greciiMix et galant, qui a dû beaucoup plaire aux Icnimes et qinl est infiniment rare de conserver avec fraîcheur dans un âge tel que le sien ^'K

Il me semble, par réflexion, que tu dois me trouver bîen bavarde, et que Tidée de mes lectures, jointe à celle-là, te laissera bien quelques doutes sur ce que devient le travad. Jeu fais toujours un peu, et, loin de toi, mou ami, mon restaurant et ma joie, je me soutiens par ces causeries el ces lectures. Va, je redoublerai d*ardeur quand tu seras venu, et je n'aurai plus besoin d'aucune antre distraction. Mou poussin est sage aujourd'hui à te rendre fou de lui, si tu ne Tétais déjà. . , Miséricorde!. , * Le petit loup, grimpé derrière moi, lit ce que j'écris comme dans un livre.

^"^ Oq tmiiv«\ aux papiers Hobod (nis.

(iihh, fpii cniilif*nt les uiaaiïscnts rîe jeunesse de Marie PhJipon), rie longs exLniils ou résumés de V Esprit de» loin (fol 1^7-170), ainsi (fil»:* t!(s Prittcipeji de droit noturpl^ de HnH«mai|ni (loi Gï-yS). Ces dernière ex-

I rails du piiblicîsie gëoevoîs soni datés de 1774,

^'^ Nous avons dit que Tavoc^t Pezant éii\\i cl(; lAcfH^tfxuie de Villefranche depuis v^hh, il (fiait donc certainement fwpliiagëuîiïrn en 1778.

66i LETTRES DE MADAME ROLAND.

Non, mon ami, les comptes ne sont pas précisément comme toi? entends. Voici :

Tai reçu en 1 786 3,i88 h\m

J'ai mangé cette même année 3,ït&

Déduisant sur la suivante ce surplus mange d^avance, j'ai

reçu en 1786, du i**" janvier au dernier décembre. . . 3,o4i

Et j'ai dépensé 3,oio

En janvier 1787 j'ai reçu à8o

Il me reste huit huis en tout, aujourd'hui i3.

Il y a des sollicitudes et des misères, je les sens; mais je ne peu pas que nous eussions grand avantage à notre particulier (^'; et quai M""* Chev[andier], qui en dépense douze ou quinze, dit que nous rions merveille à Lyon avec quatre, je ne Ten crois pas plus qu' beaucoup d'autres petites choses; ou bien elle nous met si loin d'el qu'elle croit ne pouvoir jamais rabattre assez. C'est bon quant auxp tentions et au faste; mais, dans son total de douze ou quinze mille livr elle ne compte sûrement rien de ce qui tient aux personnes, surtoi la sienne; et quand nous supputerons pour nous un loyer convenal la nourriture et les gages des domestiques, le gros du ménage, d une ville comme Lyon, nous trouverons vite un total effrayant -'.

Je compte bien, comme loi, que je ne tirerai rien; mais obten

^*^ C'est-à-dire à ne plus faire mënage commun avec le chanoine.

^*^ Des noies de la main de Madame Roland (ms. GâSg, fol. 900) complètent ces comptes de ménage ; nous ne croyons pas inutile de les reproduire :

Ce 3o janvier 1787.

Donné ie congé à Saint-Claude, lionnôle homme el serviteur actif, mais dont ie caractère, trop difficile pour ses camarades , et le ton querelleur, que les maîtres'mômes ne pouvaient lui faire baisser quand il Tavait pris, m*ont obligé à renvoyer de mon service, pour la paix du ménage. Ce n'est pourtant pas sans regret»

Ce »li fénio' 1;

Compté avec la boulangère et payé pour

ii31

née savoir

Afin de U salle :

t33 lit. pain blanc ha». 6 d.

9»o ïi»- — & s s. 9 d.

•91 lÎT. — * «s. lod.

ToTAi. :

i.&U lir.

io3 lir. paiu bis.

Plus, pour les cuissons du pain de eu à compter sur le pied de 3 novain* Wé 71

Sommes alors à ia campagne : je donne 6 à chacun des autres domestiques de la camp

qu'il'*' continue de fournir au ménage ce qu'il a coulnme d'y uiellre, observons-nous dailleurs et ayons patience ; nous n'y (>erdons pas tlans l*ensemble. Nous serons à temps, quand le bail de Tapparlement de Lyon finira, de voir s'il y aurait mieux à faire.

Ton rliume m'inquiète; jai peur qu'il ne tombe sur la poitrine; lu n'as pas bien soin de loi, mon bon ami! J'attends lundi avec impatience, et pour eu avoir des nouvelles et pour savoir si je l'embrasserai bientôt.

Il n'y a point ici de basane rouge; je crois qu'une peau suffîi'a pour cliaque fauteuil; on doit compter sur vingt pouces de fond et autant en laideur : je les ai mesurés. Cbaillé'^^ a des clous dorés, et uous avons du crin.

J*ai reçu, pour loi, une aimaLle lettre du bon évt^qiie d'Amiens {^'; je la joins ici*

J'ai vu M"^ Braun; c'est cbez elle que j'ai fait, avant-hier, ma seconde promenade ^''^; je crois qu'elle se résondrait diflicilemejit à menlir, comme il le faudrait faire dans le mémoire : cette délicatesse, jointe à l'attente où Ton est de ce qui sera décidé à l'égard des protestants dans la fameuse assemblée W, les portera, je crois, à prendre patience paisiblement,

M, Desmoutiers te dit mille choses et m'en a chargé d'aulant de

cl Jeu pi4iU présents aux c'nfanU de» |jIu» j*ai»vn>A vignerons; ja fais aussi quelque cadeau aux fille* à la foire de la Penlecùtc et sidvaxit les diverses

Celle année a été heaiicou]) plus coùlcusc prjmr h ménage que raniiëe pr<?eédente : malaJie de la ciïisiiiièiHî, repas dans Tannée el motiJe aut Trendongcs, voilà les principales canî^ee, D'ai!- Ifiurs» b cnmpii|jne a fourni un peti moins de jardinage, eir. , à cause de la jçrande seclïeresfte.

Je n'imrai pan de relevé nel des œufâ el du hmrrtt parce que, m'élant Irouvéeà la campagne au priiilrmps et en auhjiîine, avet- compagni*?, et le ménage de Ira ville snlif>i?<lant loujours, le partage et l'emploi ne Uii*«iicnt pas la miyme fiinlilé pour le compte.

Je n'ai presque pas vendu de |j<>urre H j^ai loudié en vente de fruib 18 livres.

Jl me resie quelque chose à (oueher, mais j*aurai des frais  déduire.

f'^ Le cïmnoine.

f** Chailk', ineoiinii.

'•^^ Lmiis- Charles île Machault. — Voir loi Ires des 17 janvier el sG imul 17 83.

'^' A Beligtiy, aux porles de Viliefraiiclie. — Ce qui suit est une allusion aux clémarches que faîsiul alors liuland (voir noie de In teltre du 18 août 1786) pour t|ue Bran 11 fut ollicielleuieut auluriné à él^ildir une lU'iniifacturc à Viilefranche.

**^ L'aseemblée des Nalabks.

66(i LETTRES DE MADAME ROLAND.

la pari de son frère; l'antre frère, ingénieur, est chargé du pont ir Louis XVI à Paris, sons M. Perronet(^',avec huit mille lî\Tes d'appoifr lenients et résidence dans la capitale.

Kn voilà assez pour un trait de plume; adieu, mon cher et QiiiqQ< ami; je t'embrasse de tout mon cœur.

Uih.

Je suis, avec Lanthenas, en querelle assez sérieuse en ce quelles^ tennine fort cérémonieusement : j'ai trouvé de la négligence, et è celle que l'amitié réprouve, dans son retard et sa manière de meif pondre; je l'en ai grondé avec la franchise et la liberté de lamitiéii a trouvé à son tour que j'avais tort; je lui ai répondu définitivemen avec une politesse et une gravité qui lui feront regretter de n'être ph grondé. Il s'ennuie déjà de son tracas d'affaires, et cela le rejette dan une sorte d'apathie sur laquelle il n'aime point à être prêché. Soit qn cela influe jusque sur ses liaisons, ou que je le voie ainsi parce qn cela fait contraste avec l'activité dont je fais cas, je lui ai voulu mald son indolence. Il m'aura, par suite de sa disposition, trouvée injusl ou exigeante; cela ne raccommode pas ses affaires dans mon espril et je sens que je le boude d'autant mieux que je n'en ai pas 1 air.

J'ai reçu, hier au soir, un bel envoi de Dieppe W : un baril de hareng salés, un panier de harengs saurs; il y avait de plus d'annoncées dea poiguées de morue qui sont demeurées je ne sais où, peut-être à Mi cou, et après lesquelles on cherche. J'attends d'en être Fenl possessio ])our accuser la réception du tout et en faire mes remerciements.

'' Joan-Hodolpho Perronel , '^ premier in- chaussées i le nom de wM. Dumouslier, <

fj«*nieur drs ponts et rbanssoes de France?) résidence à Compiègnen. C'est Ini, sa

{Alm. royal de 1786, p. 505), le célèbre doute, bien que Madame Roland Tappd

collaboi-alenr des Trndainp. — Annuhnc Al- Desmoutiers , qu^après la constructioD <i

manach royal nous trouvons, p. 567 , parmi pont de Sainte-Maxence on appelait à Pari

les rin^jénieurs du Roi pour les ponts et ^' Des frères Cousin.

[À ROLAND, À LYON'''

Mercredi, 17 janvier 1787, — [de VillefrancheJ.

J'ai aussi bien des choses à te dire, mais je suis si follement gaie d'être à la veille de la surveille d'un certain jour, que j'en mangerais la moitié (^).

Pour suivre tes numéros, je te dirai :

1 "" Que ce Journal de France me parait bon dans cette feuille (^^ et que tu ne ferais pas mal de souscrire, d'autant plus qu'il n'est pas cher. Mais souscriras-tu toujours pour les deux autres? J'en avais écrit à d'Antic sur ce que tu m'avais dit, et je ne reçois absolument rien : aurais-tu donné un contre-ordre?

2*" J'ai écrit à M. Hoffmann suivant tes intentions, indications, etc.; j'ai chargé Lanthenas de la lettre, en lui écrivant longuement et gravement. Notre querelle s'en ira par les airs avec les brouillards; il demande la paix et, d'après la maxime des Romains, il faudra bien la lui accorder.

J'ai ajouté, à la pacotille, réponse au Grec W et à son Gis l'Anglais : partant, je suis à jour de toute correspondance , et c'est quelque chose.

3** Les ordonnances ont été délivrées comme tu l'avais prescrit.

4° Voici la note demandée pour les préposés déposés. Quant à la lettre de mon père, elle est au carton, à côté d'une de ma grand'tante qui me parle de lui. La réponse du Blond[el] est digne de l'homme; l'annonce du charlatan ne me ferait pas donner six sous; et ta copie de la lettre de cachet a fait admirablement pour la curiosité de bien des gens.

^'^ Ms. 6289, fol. 198-199. aujoumal général de France, far de SuiièreS'

^'^ Roland, parti pour Lyon le 5 dé- Sarcey, janvier-décembre 1787 (voir Hatin,

cembre 1786, allait rentrer le ao janvier. P« ^9» 65).

^^^ Il 8*agit probablement du Supplément '*^ Cousin-Despréaux.

L'histoire de la gratification est à merveille comme cela, et Braysa raison.

J'ai reçu hier une invitation hien pressante de M"^ Braun, qi veut nous avoir à dîner dimanche; je me suis défendue sur ce quej n avais pas le pouvoir d'engager un absent et par les petites raison d'une nouvelle arrivée qui pourraient ne nous pas permettre d'aile chez elle; nouvelles prières, instances, etc. . . . Pai dit que nous ferion le possible, nous verrons ce qui nous arrangera.

Savez- vous, Monsieur, que vous me donnez une sorte de défi su ma réputation? C'est fort laid de rire ainsi avec sa femme du rein qu'on lui donne dans le monde. Oh! le gros méchant!

Aujourd'hui, gloiia in excehis et le reste; toutes les division s'éteignent à table; le bailliage se réconcilie. Ce soir, le bal.

Je ne sais si je dois donner de largent à Saint-Claude pour m note que je joins ici ; mais je pense que tu en as.

Je t'envoie deux lettres du M*[Montaran], arrivées de lundi et que probablement, il te fera bien d'avoir avant de quitter Lyon.

Geay, de Panissière (*', a envoyé une lettre par laquelle il tedemand comment il faut faire pour toucher le payement de deux mois d'exer cice; j'ai écrit que i\f. de Llp. était à Lyon tToù il revenait tneessammni mais que M. Geay pouvait être tranquille sur Vohjel de sa demande H qui serait satisfait au delà de ses espérances. Ce ly janvier.

Voilà tout; est-ce bien, mon maître? Ne rimez pas sans r.

Ta fille raffole de son père, comme lui d'elle; il est bien plus bon }« vous, me répète souvent la rusée, avec un certain air fripon qui fa que je l'aime davantage; puis elle m'embrasse et dit qu'elle aime frotter son visage sur ma peau douce. Canaille! Tous, tant que von êtes! Je vous avalerai d'une fois.

Ah ça! parle donc des boudins aux faiseurs; en as-tu goûté seulement

Mon bon ami, quand tu pourras me faire un grand cadeau, achète moi Thompson; achète-le-moi en anglais; achète-moi aussi sa traduc

Geay, inconnu. — Panissière, gros bourg du Forez où Ton fabriquait des toiles.

tion. Si lu savais combien avec lui j'ai savouré mon bonheur, combien

n'ai marqué d'endroits pour que nous les relisions ensemble, comme

il uTa profondément touchée, comme j'ai retrouvé dans ses tableaux,

[ses expressions, ses préceptes, celte âme, ce sentiment et ce goût qui

font les délices de ma vie! Je veux apprendre par cœur plusieurs de

|ses vers; je veux pouvoir le relire avec la facilité que me donne ma

'propre langue, quand je n'aurai pas le doux loisir de le suivre dans la

sienne. Mon bon ami, tu m'arbèteras Thompson quand tu pourras me

faire un grand cadeau.

M. Pezant, en me renvoyant les Olmrvatiùns de M. de Landine, me mande : (t Ce petit ouvrage est ingénieusement vu, naturellement et agréablemenl écrit. i^ Il ajoute qui! a suivi avec émotion M"*'" de Tencin dans sa retraite, qu'il aime à la voir aux prises avec le tentateur, et que, malgré la peinture vraiment séduisante de fivresse de râmc jouissant de son innocence et de ses sacrilîces, il ne sait pas mauvais gré H rhéroïne d'avoir un peu laissé eOleurer son innocence, et d'avoir donné des culottes ('l

Au soir. — Je reçois ton paquet, et je me réjouis bien on peu que

'C*est toi qui dois le suivre. M, de Landine est bien aimable de mettre du

prix à mon sullrage. et j'imagine qu'en homme de goût il a choisi une

femme fort bonne à connaître. Ta lettre marseillaise est bien, mais

très bien. Cela a donc passé doux comme de l'Imile?

Adieu, gros loup. Tou petit tousse moins. Ti hacio per futlo.

A BOSC, [a PARIS^'l]

17 janvier 1787. — [do Vi!îi?franclje].

Lisez ma lettre et nVn abusez pas; vous pouvez, mon ami, plaî- I sauter quand une femme gronde et que ce nest pas à vous qu'elle

**' Alhision h une anecdote bien coimuc '"^ L, a.^ a pagos in-S" (coUeclion ÈUiînne

'sur M*"' de TeiiciD. Cliaravaj). — Il y a, dans im coio de la

s'adresse comme objet de sa querelle; mais vous ne devez nenajo à des reproches, même légers, dès qu'ils ont un air sérieui.

Quand je vous appelais «le ministre de mes vengeances d en chargeant de faire passer ma lettre, vous aviez le droit de rire votre ami que je favorisais de ma colère; maintenant que je lui ] raison, vous navez rien à dire : car les femmes en ont uue à elle une façon de la traiter que les hommes n'entendent guère.

Je ne doute pas que la sagesse masculine ne sourie à ce prop n'approuve bien la distinction de la raison des femmes : aussi bien mon intention.

Je vous prie d'expédier la lettre à M. Despréaux, à Dieppe; (j à celle pour M. Hoffmann, vous aurez la complaisance de la rem à M. Lanthenas avec celle qui le regarde.

Le paquet du docteur Hofer^^' vous est sans doute parvenu, et

leUre : ftj\i. crAiilic». — Ou trouve en outre, à la fin, de l'ëcriture de Bosc: tr Cette lettre est de Madame Roland et ma été adressife sous mon ancien nom. Si^ë :

Bosc.n

^'^ Jean Hofer, né le 3 mars lyao, à Mulhouse, mort dans ]a même ville le 4 sepiembœ 1787, docteur en médecine (de rUniversitë de Bâle), membre du Grand Conseil ouSenal (avec le giade desixainior) de la République de Mulhouse en 1748.

ff Naturaliste distingué, il possédait un riche cabinet de uiinéraux, surtout de pétrifications, connu et visité des savants. Il était en correspondance avec un grand nombre de savants suisses et allemands ... et avec plusieurs journaux consacrés à Thistoire natui*elle ?) Lo biographe auquel sont empruntés ces détails (Aug. Sloeber, Recherches bioifraphiqyes et littéraires sur les étudiants mulhousiens immatriculés à l'Université de Uàle de 1^460 à 1800, Mulhouse, veuve Bader et C'% 1880) mentionne, parmi les cor-

respondants de Holèr, J.-S. Schwet«-,d mar, et, parmi les pabUcatîoBS uxq il collaborait, les Acta Hehetica, L 1. 1 et L IV, ainsi que le Journal Jir dU L ber des Steinreiehs und der KottAyl»

de Schweter, Weimor, ann. 1778, contiennent de Jean Hofer des Iravaiu remarquables 7). — Jean Hofer a laissé ouvrages Tentamen lithologicum de Pdff et Zoophytis petre/acUs, et un Mamuik maceuticwn minorum urbium, BÂle, i L'auteur, que les biographes app( tr Jean Hofer III n, pour le distinguer d grand-père Jean Hofer !•', de son père Hofer 11(1697-1781), auquel il dédâ Manuale, et de son fils Jean Hofer IV (1 1810), est le plus illustre de cette lig» savants mulhousiens, à la fois bourgnx de la ville, médecins et naturalistes. Il épousé Cléophée Mieg. (Détails coraD qués par M. Auguste Thierry -Mieg Mulhouse.)

11 est probablement le Hofer auqii

le lui aurez envoyé; dites-nous-en un mot, ainsi que des deux exemplaires du discours '") que je vous ai adressés. Adieu; salut et joie, sauté et amitié.

[À BOSC, À PARIS ('l]

19 janvier [1787, — do Villefrancbe].

Vous avez perdu votre encens, mon cher; le maître n'est point encore de retour, et je n'étais pas en train de me rengorger; mais je vous sais, pour lui, bon gré de l'intention. Pour mon compte, je vous remercie de Votre bonne petite lettre que j'ai reçue avec plaisir ^^\

Je n'imaginais pas que vous fussiez juif par aucun endroit : mais je ne vous trouve pas mal fripon dans votre manière d'excuser voire défaut de mémoire.

On nous fait ici des contes sur votre Lycée, dont le Parlement se mêle pour donner sur les ongles à M. de La Harpe ^*^ : en est-il quelque chose?

Je garde votre troisième page pour mon très cher, qui en appréciera l'excellence; quant à moi, indigne, j'aime mieux toutes les folies de l'Arioste que

France protestante de Haag (i'* édition, 1 885 ) consacre une courte notice.

On voit que Bosc, en mettant Roland en relations avec Hofer pour les recherches de son Dictionnaire, l'adressait à un maître. — Hofer fournit à Roland de précieuses contributions (voir Dict, des manu/,, t. III, Disc, prélim, , p. c.vx et p. 99). — Madame Braun, dont nous avons déjà parlé, contribua aussi à mettre Roland en correspondance avec Hofer, qui était son parent éloigne et surtout son tuteur. (LeUrc de Roland à Rose, du 8 novembre 1786, inédile, coll. Morrison. )

Roland et sa femme, après avoir parcouru la Suisse , allèrent voir Hofer h Mulhouse, aux premiers jours d'août 1787 {Voyage en

Suisse, t. III de Téd. Ghampagneux, p. 379- 383), un mois avant sa mort.

^*^ Du Discours préliminaire qui devait paraître en tête du tome 111 du Dictionnaire des fnamfactures, et que Roland avait publié dès 1786.

î') Rose, IV, 116; Dauban, H, 567.

'*^ Roland tcrit à Rose, le a 4 janvier 1 787 (collection Morrison) : «r J'arrive, Monsieur le drôle, pour trouver une certaine lettre du 1 5, dans laquelle vous vous avisez de dire

à ma moitié quelle est délicieuse, elc

A propos donc, que je me réconcihe avec vous, car je lis dans la même lettre : trune tr femme doit obéir à son mari . . . n

^^) La Harpe faisait au Lycée, depuis 1786, son cours de httérature.

toutes les vérités de vos savants à noms revéches, dont la langue ne peutTeo h bout.

Demain sera l'un de mes jours heureux : je reverrai mon ami après dei mois d'absence, et mon cœur lui va au-devant comme il y a sept ans^^l

Eudora vous le rend sans façon comme sans malice; mais, à cent lieues pi près, elle ferait peut-être de petites mines.

[k BOSC, À PARIS^^J.]

11 février 1787, — de Villefraodif.

On me charge de vous expédier la ci-jointe en vous priant de faire parvenir à sa destination ; on me charge de vous dire que vo êtes un maussade, un je ne sais quoi, de ne plus donner de vos no voiles; mais, comme je n'ai guère de temps et que je ne suis pas ( train de babiller, je m'acquitte de ma commission en bref.

Puis-je mettre, sous votre couvert, des manchettes de mousseiii à M. Lanthenas?

Adieu, salut et santé.

[À BOSC, À PARIS t'I]

[Avril 1787, — de LyoD.]

Notre ami demande si vous avez fait sa commission auprès (

^'^ Voir Rec. Join-Lambeit , lettres CXI et CXII, du ao janvier 1780. C'est ce jour-là que Roland et Marie Phlipon s'étaient défini livement engages Tun à Taulre.

^'^ Collection Alfred Morrison.

^^^ Collection Alfred Morrison. — I^a lettre est sans date, mais, Bouvard de Fourqueux ayant été contrôleur général du 8 avril au 1" mai 1787, elle se place né-

cessairement entre ces deux dates. — .\a datons la lettre de Lyon , parce que Rdai écrit à Bosc, de Lyon, Je 18 a\TÎl 17^ (coll. Morrison) : wDanjourd'hui en hu [c-à-d. le 25 avril] nous partons. . • *?, < que, dans la lettre suivante, \fadame Rola» dira : ff Nous venons de passer trois semaine à Lyon ... n Ce séjour avait donc dû coat mencer vers le 4 avril.

M, de Kourqiieux'^'? Dans le cas où elle ne serait pas encore faile, ne

[HMimez-voiis pas arranger avec l'ami Laittheuas pour faire, par le

moyen de rîiitrifjant dont il nous parle, présenter Fouvragc, ete..., à

[M. de K* [Fourqueux] par M™ de Vaubarel^? Mais il faudrait suivre

[rela de près, et ne pas risquer que Tintrigant gardAt le paquet pour son

I compte sans en rien dire à personne.

Il est probable qu'un homme qui sollicita pourlui-ini;ijie ne se soucie guère de s'employer pour personne, quoique pourtant il ne soit iri question d'aucune demande, d'aucune sollicitation; c'est un hommage pur et simple, destiné uniquement à donner de l'auteur une idée favorable, idée dont Unipression serait plus forte si rhonimage était présenté par une personne de considération. D'ailleurs, on pourrait partir de là pour faire remarquer le besoin de renouveler le système de M. Trudaine sur le commerce et les manufactures, système dont la liberté est la base, système qui est développé dans toutes les parties de Fouvrage, particulièrement aux mots règletneni^ impecieur et bomieiene; système seul bon, et que les successeurs actuels de M Trudaine ont pris a ticbe de contrecarrer par la fureur réglementaire. Si M, de Kourqueux pouvait être ainsi rappelé aux piincipes de son beau-père M. Trudaine, et qui! le fût par le Ditiiommire des manufacUtres^ tout renqdi de ces principes et de Téloge de cet ancien administrateur, les manulacturcs et le commerce s'en trouveraient bien, et sans doute, ou peut-être, aussi Fauteur de ce Didiontmire.

Notre ami s'ennuie de ne ri»'n avoir du i>eintre; téichez de tirer

*'' Cnloiine avîiil tlù, devant l'tioslilite des Nolalïlef*, se retirer le 8 avril 1787» et Bouvanlde l^^iyrqiieux , inaîtrt* des retpiéles, gendre de Trudaine de Mt>idi|jny , lui avait siicrédé pour trois semaines. 11 avait été iisâocié k radminislratiou de son beâu-pèi'e «tarant les dernières annde**, c'esl -à-dire un [»eu avant 1777 ((londoiret, Eiog^i^ de Trudaine de Montigmf), RtiJnnd pouvait donc «58p^rer fie voir le nystènie de Tnrgot re-

jirendj'e t'avenr» et il s'empressait de Ikiry olfrii' h M. de Foiirnueux et les deux premiers volumes de son Bkhonnaire et le Dhcours préliminaire, parti en 1786, qwi devait r>uvrir le troisiètne,

^'' M™* de Vaubai^l , inconnue, — Quant il r l'intrigant^ , il est probable <jue r'esl Delaconti^ ou bien lleitb d<* Servii'res, cloïit nous parlerons plus loin. — Voir lettres des •jH mai et 97 novembre 1787.

Ui»ammK «inoMAiL.

67â LETTRES DE MADAME ROLAND.

([uelqiie chose d'un autre plus communicatif, s'il est moins sa\aDt, de Le Monuier même qui avait jeté quelque idée à ce sujet ''.

[a bosc, à paris <^^.J

3 mai [ 1 787 , — iÏL* \1iielriiiicbe].

Que devenez-vous donc, notre ancien et bon ami? On n'entend plus pariei de vous, on ne reçoit plus que quelques lignes bien courtes, pour envoi w commission dont vous avez bien voulu vous charger, mais pas le plus petit mo d'amitié, pas une seule de ces causeries qui en sont la plus franche eipres^ sion , parce qu'elles se font dans l'abandon du cœur et dans la confiance d'intéresser. Est-ce que vous ne nous aimez plus? Est-ce que vous avez trouvé d< meilleurs amis, des personnes qui vous apprécient mieux, qui vous chérisseoi davantage, qui désirent plus de cultiver avec vous une liaison douce et durable, fondée sur une estime réciproque et des goûts communs?

Je ne vous envierai pas le bonheur d'avoir rencontré des êtres avec qui vooi avez de l'analogie, et qui vous fassent goûter le charme de la communication de vos sentiments et de vos pensées; mais je me plaindrai de ce que vous semblez oublier ceux avec qui vous partagiez autrefois cette satisfaction. Je vous ai moins écrit depuis quelque temps , je le sais, mais je vous ai dit pourquoi ; vous auriez dû nous plaindre de ce que l'enchaînement des affaires ou des sollicitudes diverses ne nous permettait pas de fournir autant que de coutume dans le commerce de l'amitié, et vous n'auriez pas dû nous écrire d'autant moins de votre côté, au contraire.

C'est en se supjiléant réciproquement, suivant les circonstances, qu'on alimente toujours également la sainte amitié dont la bonne foi, la simplicité, le dévouement et l'indulgence sont les attributs nécessaires. Aussi , pour procéder suivant mes principes, je vous pardonne ce dont je pourrais me plaindre, W je vous donne les premiers instants non de loisir, mais de liberté que je

'■' Il y a, dans la colleclion Morrison , de certains renseignements sur les cooticux lettres de Roland à Bosc, des t8 avril leiu-s employées en peinture. d 8 mai 1787, sur le nuMiic sujet. H s'agit ^'^ Bosc, IV, 116 ; Daubau, II, 558.

[prends au milieu du train de vie plus paisible, i|uoi{|ue très occupée, auquel [je reviens.

Nous venons de passer trois semaines à Lyon, où la nécessité de cultiver des I relations^ des connaissances et de sulltre aux engagements qu elles font prendre ► ne m'ont pas laissée h moi.

Instruisez-nous donc de ce qui en est; faites quelque promenade solilaire:

c*est là, m'avez-vûus dit, où vous retrouvez votre cœur et vos amis; j'espère que [nous y serons pour quelque chose. La révolulian des alFaires n*en produit-eHe

point dans votre patrie'^*? Pouvez-vous asseoir quelque projet d'un plujs rapide I avancement, ou continuez-vous de vous consoler du contraire dans les douceurs

de l'étude? Elles sont grandes, assurément, pour un*^ tfMe pbilosoplliqu^^ J(*

voyais dernièrement un homme, réduit a l'état d'instituteur, qui s'estime heureux Ulans celte situation et se console, par Tétude, de trente mille livres de rentes

dont il a perdu et mangé le fonds. 11 doit beaucoup à son caractère, il est vrai ;

et il faut convenir qu'on fait souvent honneur de ce (pnl opère à la philosophie.

|V BOSC, \ PARIS'-'

i8 mai 1787» — du CJos,

Je suis ici dliier, j'y demeorerai probablement près de trois semaines; vous imaginez que j'y passemi ce temps délicieusement et, si je ne vous écrivais pas dans cet intervalle, vous ne manquoiiez point de conclure que je deviens toujours plus dissipée, peut-Atre même frivole. Cependanl je jfy verrai persoime; j'y ai plusieurs lessives à faire et, dans les moments que ce tracas pourra me laisser, j'ai emporté du travail de Ccdiinet dont il faudra que je m'occupe, sans nuire à

^** Bouvard d*' Fourqueii\ quJUa h' côji- '^ (juliét'liuii Ktininn» Clirn"i\M\ : pjx»-

Irôle uén«?ral le t*' jjiui. \la(!aiiit^ litif;*ïNl vient des (»a pleins Barrim*, ne pf)iivail cucore, le a, conjiaitre ia nou- M"' Cl. liader a puhii*^ k plus gi-ande

velln. Mais il esl pj-obahle ijtril en roumil [laitie dv celte îeltre tlims le Concsponduttt

quH(|iip liruit. — Il y a pntrie tUms le texte du -iS juin iH^j-j. [de Bosc. Mais il serab'c qrrit fuudrait lir<' l/aiitngniphe a li^jnn» flniui J.i \i'iUe

\ partit;. >. Charavay du a o janvier iH^y.

Eudora dont il faut suivre les différents exercices. Aussi je vous donne signe de vie à l'instant où j'attends encore quelques paquets dont Tarrivée ne me laissera plus de loisir.

Je n'ai pas apporté votre dernière, mais je me rappelle fort bien qui y régnait un certain air de mécontentement, un ton centriste qui m'; étonnée, surtout en réponse à la lettre que je vous avais adressée. Ot dirait que vous avez si fort sur le cœur la rareté dont mes épîlre avaient été durant quelque temps, que vous continuez de m'en vouloir et que vous me savez presque mauvais gré d'avoir réveillé uotn correspondance. Je pourrais observer pourtant que vous avez eu tou jours fréquemment de nos nouvelles, par mon bon ami lorsque a n'était par moi; et qu'en vous exposant les motifs qui m'empèchaien de vous entretenir longuement, en vous engageant à ne pas nouspri ver pour cela de vos causeries amicales, nous n'avons pu vaincre votn tacituruité. Ce n'est pas ainsi, mon ami, que les liaisons les plus so iides se soutiennent; dans une situation plus compliquée que la vôtre vous vous verriez quelquefois empêcbé de correspondre aussi longue ment, aussi fréquemment avec vos amis, et ce vous serait peut-être un( épreuve pour juger des bons, car ceux qui compteraient rigoureuse^ ment avec vous, ceux qui se fâcheraient de vos lenteurs, lors menu que vous leur en apporteriez les raisons, vous paraîtraient ou fort exi géants ou bien peu attachés.

Dans ma maison d'Amiens, si simple, si bien réglée, où une demi heure cliaque jour me sudisait pour tout maintenir dans Tordre e j)()ur diriger deux donieslicjues; à Amiens, où deux fauiilles faisaien ma société et où je ne recevais chez moi que cinq ou six persomie> ; manger, j'avais encore bien du loisir quoique le cabinet m'occupa beaucoup. Mon existence s'est compliquée, mes sollicitudes de ménag» ont quadruplé; j'ai mille choses à voir, mille à combiner ou ménager cependant le travail du bureau n'est pas diminué, et il faut, au miliei de ce surcroît de soins, s'établir et s'assurer des relations nécessaires i plusieurs égards; le tout avec des déplacements fréquents, des voyages (jui sont le seul moyen de tourner l'activité de mon mari sur une \a-

riété d'oLjcts (|iu doiiiieiil du rrliiclie a son applicalioii trop continno dans le cabinel, el qui soutiennent ainsi sa frtMe sanl/\

Je ne suis pas plus dissipée qu'autrefois, mais plus de choses, très diverses, sont entrées dans le cercle qifd me faut parcourir; I ordre de mes alTeciîoas n'est pas changé, mais j'ai moins le choix de mes dis^ tractions; le recueillement m'est aussi cher, mais je nai plus si souvent le temps de le jjartager avec mes amis.

J'ai eu mes deux beaux-frères^!^ durant quelques jotirs; Wui d'eu.\ est allé faire une assez longue tournée qu'il doit terminer par une se^ conde visite chez nous; mon bon ami, dont l'estomac, la bile el le travail lui Ctiusaient du malaise, est allé avec lautre faire une promenade en Daiiphiné, d'où ils reviennent a la campagne que mes afFaires ne me permettent point de quitter avant quinze jours nu trois semaines.

Il lait un temps maussade depuis plus d'un nmis, et la plnîe me désole pour mes voyageurs; on croit toujoiiis qu'eu telb? saison les beaux jours vont arriver, et toujours la pluie revient avec opiniâtreté.

Adieu, je viens d'écrire a Lauthenas par occcision; je lui faisais passer des paperasses étrangères qui auraient tiop grossi votre paquet. Ni vous, ni lui, nain*ez pent-èlre de mes nouvelles qu'à mon retour en ville-

Dites-lui (pie j'ai reçu une lettre de la belle amie, qui Faccuse d'aimer mieux la fourrure du btuinet doctoral que des conq>tes de caisse <^l

^'^ Fies (teiDi bc^iij-iiirlins , le prieur Jacques-Marie el le iUin^ de I^ongpniït. C'est le pretiiîer — pail-élie ('d ♦fiiailh^ de visîleiu" de l'ordit»? — fjni éUiil alJ<i ^iinre une lonrmVw, et rest le curé tie I.rmfî*|H>nt «[*ii éUiii (mrli yvêc ïlolaud pour une ^ promenade en Daiiphint^w, A^st-à-ilire pour hi Grande- Charireiiw, el i]ui <ievail, deu\ mois après , accompagner tlnland en Suisse* {Uém*, tl,^5'i; — Voilage en Suisse^ p, SSyV — Rolund iknrn h Bnsç, k a 8 mai 1787. (collection Alomson): fp]Ne[»este^ [in^^ ronnne

vous le dites, caj* je relourne a la Chartreuse vous retenir une place. J'en suis pondant revenu, écrasé de fa li^^nie, faisant i5, \Û, 17 lieuen par jour, souvent à pitî<L eu Ijotlen, et une chaleur excessive, etc. . , ^5

*'^ ^ons avons déjà dit qnv. "la helte amie» c*esi M"' Chevandieiv et iiue Chevandier e»aif un eommer»;anl de Lyon, tjne Lantheuas connaissait d6p en 1777 (ms.

(ja4t, foi. îi55-fl57). Nous ne pou\ona i^cfriircir davanta^je cette alItiHÎnn aux urcHptïcïus commerciales vers lesquelles Lan*

Je vous salue tous deux et vous embrasse, et Lanthenas, comme francs et loyaux chevaliers, avec mon antique sincérité et mon amitié de vieille mode.

[À BOSC, À PARIS ^''

a3 mai 1787, — [du Clos].

11 est neuf heures du soir : je n'ai pas soupe, je suis fatiguée et j'ai besoin de mon lit autant que de deux œufs frais. Mais on va demain de grand matin k la ville et je veux que le prochain courrier vous porte le témoignage de ma sensibilité à la lettre de Vincennes. Je vous assure que la pluie n'a rien gâté, qu'elle a eu tout son effet et que je vous sais un double gré de vous être exposé à la recevoir pour me donner des nouvelles de mon bon oncle. Lanthenas me parlait, dans sa précédente, de vos soins projetés pour nous; je vous en écrirai plus au long quand j'en aurai causé avec l'ami; en attendant, faites pour le mieux, mais observez seulement qu'il faudrait que la personne qui présenterait les ouvrages eût assez de crédit d'une part, et de l'autre mît assez d'intérêt à la chose pour la faire remarquer, lui donner du poids, etc. Surtout que l'espèce d'écrit dont on pourrrait l'accompagner ne counU pas le risque d'être envoyé dans quelque bureau subalterne'-'...

Ihenas sVtait alors toiiiTi<\ — Voir lettre du 8 janvier 1787.

^•' Ms. 6289. f^^*- '^17'

^^^ Ceci se rapporte au pmjet dé]k annoncé dans la lelfre 272 (avril 1787). Si M. de Fourqueux n'était plus au Contrôle général, son successeui', Laurent de Villedeuil (6 mai — 28 août 1787), n'était pas tout h fait un inconnu pour Roland. (Voir lettre du 1^ avril 178^.) Mais c'est surtout Loinénie de Brieiine, ^ chef du Conseil royal des finances î) depuis le 1" mai 1787, el déjà considéré comme rr principal mi-

nistre?», bien qu'il n'en ait reçu le titre qip le 98 août suivant, qu'il fallait gagner. On savait qu'il projetait de remanier toute Tadministration du coramerce. Pourquoi ne lui suggérerait-on \ms d'appder auprès de lui un hoimne expérimenté et formëàrëcoledcs Trudaine? Mais alors , nécessite absolue que la démarche fut ignorée des bureaux !

I^a lettre de Madame Roland arrivait trop tard. Déjà Brienne avait pris ses dispositions. (Voir dans Isambert, n' a3^3 , l'édit du 5 juin 1787, rétoblissant les quatre Intendants des finances supprimés en juin 1 777.

AiNNÉE 1787.

Mais Viilpe aie \ient da faire cet écrit. . . Je o'ai jiourtant guère de loisir* . . UiH>i qii'il en soit, a moins de moyens sûrs, attendez l'autre eourrier; je vous embrasse tous deux, tout franchemenl, à Tantique

[X Bosc, \ paris"*.]

96 juin 175^7, — (dp Villf^fraoche].

le vous donne avis, notre cher et féal, que peut-être un M. Bruys de Vaudran, cî-devant premier secrétaire de Tlntendance de Lyon, aujourdliui premier commis des linances, vous demandera un exemplaire de rœiivre encyclopédique de notre ami ; il est muni, à cet effet, d'un mandat de cehii-ci, qui vous sera présenté si le cas y échoit.

On travaille donc maintenant après nous^^^? On nous mande de Paris que M, Tolozao m<^me iffnoie quel système on adoptera. Nous

et HUppriiitanl Irob liïtemianls du t'uiiini«iroe sor quatre.) Mais les dcmiarrhes j'ecomiiieiicèpent en rliVpml>re, Inrsfpfon njiprit qii*^ linennf* tonnait de nniivpaiix pmjetii. de r^fornje, — V^iir lellre rlu 27 noveailjre 1787. <'^ CoUpcfifui Alfred Momsoii, **' [^s changeincrïts ((n»jpl«^s par Brieniie dans i'î»drniniNlrafitui du €*minieiTf a\a(*nil en lieu, tînl^iod u'^vvail pa» grande confwmre dans k pei'sounaffe: huit j(»nrs aprt*s sa aominalNHi de w rhef du Cous^nl voyA des finance^ff, il fferivail à Bosr (Idtredti 8 niiu, coll. MrirrLS(Mi ) : frOn nous menace l'orl du prêtre, qui, *lit-on, menace de dc^ venir le Otpo delcapo, . ,*, Pwis, le iî jniu, VfiTrH n^iniiss^jnt le f fourni roynl du commerce au (^ûmciî dt'H finances supprimait en mf^ruc iempH les lulerulant.s du commerce planés aous les ordm'* A\i fontnVIeur ^^ntVaL a rpxception d'un seul» T*»h>7.au. qui resla charge de Unih les delaUs de radmiuislralinu.

Bosc se liâlii d'atuioneer ces graves nonvelIeH H RolauiJ. qui lui ri^pondil ausailAt (lettre du II juin 1787, coJI. Momson): «- Votre letli'e flij 8 . mon cher» nrentcimaque nn peu. J 'tétais en correspondance sc^rrï-e avec M. 4le Monlaran. [jour nos alFaires *le manufactures; tout est en l'air, el je ne sais plus quelle tfiujiiiu'e tout cela va prendre. Je vois que les an-angenients sont affaire de faveur : lerheftpn* nous reste [ Toloî^an | nn pas TtdfV dr la [îartie; c'est un liouuiie dur, qui se fait fies princi|)e8 ah hoc etab kac , et qui j>ourtant est souple et tout à tous à l'éganl de ses chefs il lui ; Topinion de ceux-ci el son iniérh^ voilà sa boussole. Quant à moi, je ne sais que faire ni que dire; ni par qui, ni h qui je poun*ais nrexprimer* Le petit Bi[ondel| a encore de moins que le prccedeul de n avoir point de caractère, d'élre 1*05116, dissipa et [laressenx |ï{ir-dessns tout. Avec loui cela, je crois, pour le bien de la chose,

sommes un peu comme l'oiseau sur la branche, et il faut convenir que jamais protection auprès de M. de Brienne ne serait plus nécessaire. Vous savez que j'ai écrit à Lanlbenas sur ce sujet; je désirerais bien que le personnage dont il nous a précédemment parié fût dans le cas d'agir comme je lui ai indiqué.

Mandez-nous ce qu'on dit, ce que vous apprenez; notre voyage de Suisse est au croc et je ne sais plus ce que nous ferons ; nous sommes le bec dans l'eau , comme bien d'autres.

S'il arrivait une réforme et qu'elle tombât sur nous, ménagez-moi force connaissances, car je coui's à Paris mbtio et j'y fais le diable, si je puis. Il faut des moyens pour lutiner, préparez-moi donc des diablotins par provision.

Trente-quatre années de services, plus de travail, de savoir et d'intégrité qu'aucun de ses confrères : voilà de beaux titres ; mais point de patrons ni de prôneurs; une femme de passé trente ans qui est sage et point jolie, ou qui ne l'est plus, si vous voulez : voilà de pauvres ressources! Avisez donc aux meilleures.

Ci-joint une lettre que je vous prie d'expédier d'abord, parce que c'est le souhait d'une bonne fête de Saint-Pierre (^) et qu*il n'y a pas une minute à perdre. Mais, temps ou non, envoyez-la toujours.

Que fait notre ami Lanthenas? Si vous ne mettez pas en jeu votre intrigant, si vous ne réussissez point selon le plan que j'ai tracé, je vous. . . Je ne veux pas dire, car les imprécations des femmes sont effroyables, et il vaut bien mieux qu'elles amadouent leur monde.

J'arrive du Clos depuis avant-hier au soir, ou plutôt je suis arrivée lasse comme un chien qui revient de la chasse et faisant mille choses qui ne délassent point. Mon bon ami est parti ce matin pour Lvon d'où je l'altcMids à la fin de la semaine.

qirelle ne doit en olFet roulor (pie sur un depuis longtemps au nom de la liberlé di^

seul homme. . . '- l'industrie. — On était loin dos esp»ranc<s

En tout nis, les changenionts opères pou- du mois cf avril I

vaienl eu faire craindre d'autres, nolammenf ^'^ Pi*obal)lemenl celle de Pierre Roland,

la suppression des in8j)ecleurs, rMam(^c le ourc^ de Longpont.

(iSl

On vient de in'interronipre, on m'n pris une derai-heiire; il m'arri\r des ouvriers que j'ai employés au Clos et que je vais solder Adieu; amitiés, salut et embrassemcnts h vous et à Tami Lanthenop.

[\ ROLAND, V LYON^'l]

I** Je rue porte bien; ^î*" je t^aiine à la folie el je nie sens dispost'4* a me lieher de tonï le reste; parlant, paix et bontienr. Si Ton nous vexe, il te restera toujours une pension et ta lefunie, et à moi assez, dès qnt* tu seras content. L'histoire de rintriganle est exagérée, par cela seul qu'on en parle; quand on veut soidller une place à quelquiinj on ne commence pas par s'en vanter de manière à ce qu'il en soit averti. Au reste, qu'elle fasse : tu as des droits, et je les ferais valoir au besoin : dans ce siècle de singularités, il serait possible que Tiionnêteté réussît une fois contre la bassesse.

Tavais froid quand tu es parti; je me suis fait pi'odigieusement couvrir; j'ai mijoté ainsi durant deux beûres ; il s'est eniin établi une foite transpiration; de ce moment, ïmil a pris son cours.

J'ai été au bal, après Tinvitaiion bien entendu, et à cause du jeune homme^'^J qui paraissait en avoir envie, (Juand il a vu danser et qu'il n*a pas retrouvé les contre-danses de son pays» la peur Ta jiris : jamais je n'ai vu si plaisant contraste de désir et d'appréhension; enfin il s'est eidiardi et s'en est passablement tiré, mais une fois seulement, car sa timidité l'avait retenu juscju'à une heure, et je ne voulais pas rester plus longtemps. 11 a quitté de fort boime grâce et je suis revejnn^ avec M. PezanI, qui m'avait tenu fidèle compagnie, car je n'avais pas

^'^ Ms. <jQ3y, fui. aoi-ïïtïïj. ïi|Hïreutbsagp it"rlève-iiis|KH.*leur des iiïiuiu-

'*^ \jî fils de CoiLHin-rioKpri^ûux. Ir> vieil Tac lui*^ (voir les leUres sui\anli\s, jioteiin-

uiiiî qui' Floland fivail h Diejijjo. Son pi'i'c nioiil du 18 novriiihre 1787). Il smihlf

r;iv«il ♦'r\Vf>yë faii'o utipif^s lïe ll«>laiif[ un qiw. TesHai iimi pa» éV^ heurmix*

voulu danser. J'étais allée à plus de dix heures, à cause de M"^ Phelippe ' dont la bande n'avait pas été prête plus tôt. La fête était jolie; mais il y manquait un peu de cavaliers, ce qui rendait Tensemble languissant.

J'ai fait mes visites. Aujourd'hui, j'ai remué la bibliothèque pour faire celle de la campagne; j'emporte plus de cent volumes, et je o ai pas laissé un seul vide. Je suis habile comme tu vois : aussi ai-je bien sué. Belle preuve, n'est-ce pas? Je suis après les balles; le doyen m'a interrompue pour me remettre mon (r Voyage d'Angleterre W t, et causer près d'une heure; je jurais de ne me déranger pour personne autre. M™* de Longchamps m'a prise sur l'escalier ; il est près de huit heures, je ne suis qu'à moitié, et la voiture vient demain.

Tu as mal à la tête, toi, d'où vient cela? Je joins ici une lettre que j'ai reçue avec la tienne, et une que me remet le frère, qui vient d'arriver.

Je reviendrai causer avec toi vendredi; il faut finir aujourd'hui pour mes tracas de ménage. Eudora reprend un peu.

N'oublie pas de payer à Chev[andier] une pièce ou plutôt demi-pièce de bordure pour la chambre du troisième ici. Je dois à M"* Chevandier six livres-poids de chocolat et des franges; si tu veux et peux m acquitter, je te remettrai ensuite. Va voirie docteur Mo rel^; il sera flalté de ta visite et elle serait convenable à cause de ses bons procédés.

Est-ce que ViH[ers] et Cast[illon] auraient besoin de toi pour quelque projet ou cabale académique? ou serait-ce le besoin de la nouveauté qui leur ferait changer d'alhire? Je n'y vois pas encore bien clair.

La colère de Fross"^ [Frossard] est plaisante; il croit que des Caladois se mènent à la Suisse : il lui manque de la connaissance du monde.

'^ Phelipe, receveur de la direction des ^^' Voir sur Morel la lettre du «3 no- Aides à Villefranche {Alm. de Lyon, 1787, venibre 1 785. — H semble que ce médecin, article Villefranche). qui était «rassocié du collée des médecins

^*^ Son Voyaire en Anifleterre, quelle de Lyon», fut retourné dans cette ville. Ceavait rédigé (voir lettre du i3 août 1786) pendant il continue, dans les Almanarks de et que Champagneux a imprimé dans son Lyon, a figurer comme médecin à Villeédition (t. ÎÎI, p. qio-q85V franche.

Ménage-toi, mou bon aoii, je t'en coQjure; songe à moi* Mille amilies à la jolie pouilleuse ^^l i^ue j'embrasse on dépit de sa garnison. Adieu, toi, gros loup! Je le mange tout entier.

J'attendais bien de tes nouvelles, au moins, et j'en espi^^re toujours chaque courrier. Mon ami. on ne nous ôteia jamais le plaisir de nous retrouver et d'iHre biefi ensemble! A moins que tu ne gagnes la Bastille; n'aie pas cette ambition, je t'en prie! Mais voyez, quelle extravagante iinagiualionl

Quand verras-tu le Tlz. [Tolozan ]'-■? File doux, point de débats.

[k ROLAND, À LYON^'LJ

Je t'écris avec un sentiment de mélancolie que je ne puis ex|)rimer; je ne manque ni de courage, ni d'activité, mais j'éprouve des angoisses extrêmes lorsque je te vois, toi le principe et la lin de mes pensées et de oies affections comme de toute ma conduite, te raidir et te cabrer à rapparence d'une difficulté que ta sagacité peut résoudre.

Tu n'envisages qu'un bourbier; il semble (}ue nous n'ayons le choix que de nous y jeter, ou de nous y laisser conduire; tu me fais trembler: d s'ensuit donc qu'un jour, si nous laissons aller les choses, il n'y aura qu'à vendre la [dus grande partie du bien pour en conserver quelques débris, et nos économies avec le reste équivaudront à peine à la totalité, en supposant encore que (pielques malheurs ne nous ravissent pas ce que nous tâchons d'épargner. Dans cette cruelle perspec-

*'' l^mhiibtfinrijl urip [u^ite Chevamiifir.

^*^ Thok»/ari lii^ MonlîWrt, prt^vi^t des

1 marctiaiicb. ïrh^^ de l'Inteiidanl du eoin-

imerce, à moins que cdui-cî umt fait à

f reite ^|>nq«e un v»nage h I^yon , Hon pays

natul.

<'î Ms.6a38, foL 361-269.— Otte lettre ii*a pas de date an m s,, mars elle est des p l'en! iers jours de soptembiy? , puiîitjiie Madame Roland y aononce à son mari la mort de f lofer, qui est du A , ainsi que nous Vavous dit plus haut (lettre 269)*

tive, n avons-nous donc rien à gagner de nous niôler des affaires? Tu jugeras combien tout ceci m'affecte, en voyant que je t'en ai parié avant de t'apprendre une nouvelle que j'ai reçue en même temps que ta lettre, et qui m'a fait répandre des larmes. Tu en verseras comme moi, tu gémiras sur ce monde où les hommes les plus respectables ne font que passer comme l'ombre fugitive, mais l'idée de leur mort paisible nous rappellera ensemble à la vie simple, aux soins tranquilles, aux affections douces qui la préparent. M""*^ Braun est dans le deuil le plus grand et l'affliction la plus profonde; ce voyage déliciein n'aura servi qu'à la rendre témoin des derniers moments de son tuteur : le respectable Hofer n'est plus!. . . Heure. . . Je ne puis continuer.

Ta lettre lui est arrivée lorsqu'il n'était plus en état de la lire; on lui en a parlé, il s'est beaucoup occupé de trouver quelqu'un qui put continuer la correspondance avec toi; il avait travaillé à ton intention depuis notre départ; sa triste pupille nous apportera cet ouvrage imparfait, mais cher.

M"** B[raun] est fort inquiète de son mari, qui lui a écrit quelques lignes dont les caractères ne sont pas aussi bien formés qu'à l'ordinaire: elle me conjure de lui apprendre ce qui en est, et je vais lui mander la vérité. J'envoie à la ville pour cette lettre et pour la présente ; j'avais envoyé chercher ton paquet, parce que je voulais savoir quel jour je pourrais t'attendre; ce n'est pas sans peine que se font ces voyages, mais les domesti(]ues s'y prêtent : l'un ou l'autre part la nuit et revient pour le travail du jour.

J'ai jeté les yeux sur les extraits de la lettre de Zurich ^'l Je suis l'Acliée de les avoir vus, car, étant absolument dans mes sentiments et ma façon de voir, j'aurai l'air, en parlant d'après ceux-ci, d'avoir copié

"^ r.os Ilolaiul. clans loiir rapide voy.if^^o turelle de cos deux derniers. C'est |>rol>a-

en Suisse, a\ aient vu à Zurirh le cëlèbi*e blemenl d'une lettre de Tun deiix, c<>nl^

pasteur Gaspard La valer, son frère Diethelni, nant des i*enseignements pour le DicttoH-

ni<^decin et naturaliste, et le professeur Jean naire de rins|)ecleur, que Madame RolaD<l

(iessner et visite les cabinets d'histoire na- parle ici.

les autres : il y a déjà des choses très ressemblantes, quant au fond, avec ce qui esl dans mes uotes.

Le bon de Viu t'envoie un discours académique, une ode et une ietlre. M^''* de la Belouze t'a répondu, amicalement; d paraît que la réponse qu elle m^ivaif faite aura été perdue.

Il fait très froid ici, mais le petit appartement esl bon même sans feu, et Ton y passerait riiiver sans incuminoilités ; il n'y manque que des cliaises qui me viendront \endr<:di, si le temps le permet, aitisr que le dessus de la bibliollièqne qui n'a pu tenir sur la première charge. Le jeune liomme ti'avaiIle''J; il demande toujours de fètre ra|>pelé et de l'offrir ses respects, ce qui va sans dire. La petite se tient avec moi, assez bien; j'ai réglé les heures, et je crois cette m«Hljode excellente. Nous nous levous ensemble à six heures; toilette, lecture de catéchisme et travail d'aiguille, le tout de compagnie jusqu'à lioit lieures; alors déjeuner commun, grande joie et récréation jusqu'à neuf lienres et deini{\ On l'einoulrs j'écris, el renfiint coud on tricot»' jusqu'à onze lieures et demie; récréation pour elle, mais dans ra|q)artrmeul, jusqu'à midi; à midi, lecture à sou choix et leçon de musique; dîner à une heure; récréation jusqu'à trois; remonter, travailler et liie jusqu'à cinq, les lectures courtes; gotUer à cinq et jouer jusqu'à six ou plus, si Ton va dehors; autrement on rentre, autre leçon de musique; souper et coucher entre sept vl huit. Je soupe après huit et me couche une lieure après.

Je n'ai encore rien l'ait punr la Suisse, et j<^ suis loin d'avoir la liberté d'esprit, la Iraiclieur d'imagination qni aide au coloris; je retiendrai en lisant des sujets relatifs au voyage.

Adieu, mon digne et tendre ami, adieu; rappelle la paix dans ton âme, cherchons le mieux sans nous troubler; peut-on le voir au travei's d'un rrépe? Si tu m'abandonnes, que veux-tu (jue je fasse? Me dire que tu me laisses faire, c'est me lier les bras. Eh bieni n'écris point, mais raisonnons; soyons justes et piiisibles; aimons-nous par-

' Lv (its lie Cousiii-Dttiprt'aux.

dessus tout, et ne nous chagrinons pas. Je t'em

cœur.

Joseph oublie f^) toujours de laisser la clef de sa prévenu qu'il devait faire autrement; on ne sait ot quelqu'un de la campagne.

[À ROLAND, À LYON^'l]

Ce mardi 18 septembre 1787, avai

Le frère vient d'arriver : je te lis et je prends mon bon ami , . . . '^^ . . et hasarder quelque chos< d'autre part. Que l'expédition à l'archevêque (*' sefass l'indique, mais, dans le même instant, écris àl'ouj mage de l'œuvre encyclopédique. J'ai imaginé un< je t'envoie l'idée ; c'est un moyen de capter la bienv nage en flattant ses prétentions; c'est un garant que pourrait lui faire l'autre tentative, si elle venait c'est une chandelle devant le diable; il n'en fut jan

S'il est vrai qu'il ait une maîtresse'^'', il faut que la déterre, ainsi que les côtés par où elle est access notes qu'il est bon d'avoir en portefeuille, pour en i ta i nés drogues dans les cas désespérés.

Je continuerai ce soir et je te manderai s'il s'est p dans le courant du jour.

M. de NervoW nous a pris une grande partie i

''■^'' Joseph, le domestique qui accouipaguait Roland à Lyon. — Voir lettres suivantes.

^'^ Ms. 6289, fol. 303-20/1.

^*^ Déchirure du papier.

^*^ L'expt^dition du mëmoii*e que Lanthenas devait faire parvenu*, par intermédiaire, à Brienne; nous avons dit (lettre du

a 3 mai précédent] lieu qu'en décembr

^*^ Tolozan. plu puisque depuis juii dant du commerce.

^•^ Tolozan deva au moins!

"^ M. César de

n'ai py me Irouver en tête-à-téle avec le frère que tout au soir, et nous y sommes demeurés jusqu'au souper. Tu juges que ce n'a pas été sans longues explications, que Je ne pourrais rendre; mais, pour résumer, il veut se débarrasser delà campagne, ou dii moins tninrlier sur cet article et s'en démettre sans partage; un arrangement qui lui ferait garder une partie en laissant l'autre lui semble impraticable, à cause du contlit des autorités et de la différence des manières de voir. Je lui ai dit que tout iiail a merveille s'il ajoutj:iit à la cession du Clos cinquante louis paï" année pour aider au soutien des charges. Il a observé (|n*i! ne le pouvait pas, en calculant ce qu'il avait à payer et ce qu'il voidait éteindre; mais il est convenu de payer le domestique de sa mère, d'évaluer leur dépense avec la sienne et d'en tenir compte. Je voulais le mot juste du qtmnium^ mais j'ai senti qifil voulait examiner avec luimême avant de le prononcer, et que je ne pourrais Tobtenir aujourd'hui sans presser d'une façon désobligeante; au reste, j'ai entrevu qu'il avait |>robableuienl Tidée de porter cela à, . • ^'^ louis* Je le présume d'autant plus qu'il a exprimé, dans une autre circonstance, le projet d'abandonner la maison, peut-être au reTiouvellement du bad^^l Mais enlin, d payera une somme annuelle, comme pour tenir lieu de pension ou d'indemnité, voilà ce qui est clair. ITailleurs, tout sera mis au courant et payé, on à son compte, jusquau moment oti tu entrerais en possession* Il n'a point dégaini les ceOieis et il lui reste la provision dVnvil'on trois ans. Je le donnerai de vive voix tes détails de cette causerie. Tu sens que tout cela est subordonné au dernier nuït cnti'e nous tous, el qui se dira en commun, ainsi que tu l'as annoncé.

Il faudra renvoyer le cheval et riiomine, car le frère compte parlii' jeudi matin; je t'attends au soir ou le lendemain, et je suis bien empressée <le te voii^ pom* le bonheur d'être ensemble et de causer de ce qui nous intéresse. Ce mauvais temps m'alllige; d t'oblige a te casanei*.

à la Cour des monnaies de Lyon , seigneur deTheiié(ÂlmanachdeLtfQn^ 17 85, p. 1^7 iM 1 Gij) , el |>ar conséquent trè» pt'oelie voisin ilir Clos.

'* Déchirure du papier.

^*^ Ceci doit s'entendre du twiil des loca- Ut ires, car la mai^n était la propriété des Roland.

laiidis que tu aurais eu tant d'allées et venues agréables à faire. U ?e fait tard , je vais me coucher, toute occupée de toi , du désir de te voir paisible et heureux. Adieu, [. . .] cher et tendre ami; adieu, \iea^ [ ]^^) sein de ton amie, adoucir cette teinte mélancolique; pourrais-tu la garder dans la jouissance de la confiance et de Tamilié? h t'embrasse de tout mon cœur.

[À LÀNTHENAS, À PABIS^'*.]

9 octobre [1787, — da CUt^].

Je reçois, mon bon et cher frère, avec votre lettre, celle de ma digue tante et en même temps une de mon père.

Je ne puis vous dire à quel point je suis peinée de ce défaut de franchise qui ne permet de compter sur rien. Vous aurez encore reçu de moi une épître particulière pour M. B[esnard]. Je la fis dans l'effusion des sentiments divers dont j'étais agitée; j'espère qu'il ne s'en sera pas blessé.

Mon père insiste encore aujourd'hui et me répète que, d'après ce que M. B[esnard] lui a dit plusieurs fois en tête-à-tête, il ne peut et ne doit pas s'éloigner.

11 se pare ensuite de délicatesse pour ne pas quitter Paris, où il a, dit-il, quelques petites dettes et des créances pour les acquitter; comuie si, dans ce cas, on ne pouvait prendre des arrangements en conséquence! 11 s'en faut peu qu'il ne se plaigne comme si on lui conseillait une chose honteuse, ce qui est presque plaisant d'après la lettre si vigoureuse que mon mari lui écrivit il y a quelques mois. Enfin il se lamente, se désole et finit par in'appreiidre qu'il a arrêté sa pension et donné des arrhes chez M. et M'"'' Bussy, rue des Fossés-Saint-Jacques, tenant pension bourgeoise, à SainieScholastique; qu'il attend que j'en fasse payer le premier quartier ainsi que le terme échu, d'autant qu'il a mis écriteau pour son appartement actuel.

^'^ D(^cliiriire (lu |)ti|Her. — ^' Ms. GaAi, fol. -jay-iî^o.

Que voulez-vous que je fasse? H faut bien commencer par ie tirer jdeh'i, par le sortir d*un loyer dispendieux et d'une siuation où il ne »nt que s'endetter davantage. Voyez ia lettre que je lui écris, veuillez la lui faire tenir et lui indiquer le jour pour se transporler, avec vous, à ladite pension; là, vous y payerez le premier quartier de cent Iraucs, et vous en tirerez quittance au nom de M. de La Plaiière; c'est ainsi que mon mari Fenteiid, et que je pense qu'il faut faire. Il faudrait aussi 'y 5 livres pour le terme tkhu au i*"*^ du courant, et c'est en le payant qu'il faudra donner congé. Vous ai-rangerez cela avec mon père, mais de manière à vous assurer que la chose soit faite. 11 ne s'agira plus ensuite que du demi-terme, et nous avons le temps pour cela.

Une fois ce loyer supprimé et la subsistance assurée, nous verrons si, dans les trois mois de ce premier quartier, nous pourrons le résoudre à partir pour CliAtillon. Jusqu'à présent, il n'y veut absolument point entendre. Faites part de tout ceci è ma boime iatile, qui m'a écrit avec un zèle, une force et une amitié attendrissants, en attendant qne je lui écrive moi-même.

Je n'ai pas voulu dire tout nel a mon père qu'elle m'avait mandé le contraire de ce qu'il prétend, crainte de heurter M, Besnard dans la supposition qu'il y eût quelque chose dW peu près vrai de ce [que] dit mon père; mais je lui ai poussé une botte assez forte.

Arrangez tout cela comme votre amitié vous le suggéiera, instruisez le bon de Ghalons et recevez les enibrassemcnls de votre triste so3ur. Je suis pressée à cause d'une occasion pour la ville.

Chargez-vous du portrait^*^ s'il consente oie le remettre.

^'* Probablement un partntil lïe Marie Pblipon » ou uu des detix pastels repréît^n- UiU \\m Phlipon, Faulre sa fcmniOi tpii

sont uiîjoimrhiïi an Mméf^ de Lyon (4on (le M"*Cbaley, [>etilc-lille des Itolaml). — Voir A[ipendJce V.

LKTTKKS UE V^n^VK ItOLA^a. ' — l«

[À BOSC, À PARIS^*'

90 octobre ( 1 787 , — du Ooi],

Jr m*' ra|jpeHe d'un certain billel de confession que vous m^avez expédié : il contient une absolution en bonne rorme, et je me sens disposée aujourd'hui h répondre à la {[rât^e : bonjour donc, la paix soit avec nous! Peut-être y aurnis-jo répondu plus tôt, si j'avais eu plus de loisir; affaires d*un côte, soucis de l'autre, compagnie au milieu de tout cela, c'est plus qu*il n'en faut pour remplir les jcairs et ôtcr l'envie ou la faculté de faire des causeries d'amitié ; d'ailleurs. . . , mais n'y revenons pas.

Lorsque j*ai eu quelques moments à moi, je les ai employés à la rédaction de mon petit voyage de Suisse -^ à qui je fais, comme vous voyez, plus d*hoDneur qu'a relui d'Angleterre ; je n'ai point encore fini, et je ne sais quand ce le sera, Cependant, malgré les pluies, les orages, la grêle et le froid qui nous assiègent dans nos vendanges et les retardent d'autant, je suis conGnée ici pour une bonne partie de l'hiver. Vous autres, gens de la capitale, devriez être bien édifiés de voir une de vos rompalrioles se fixer au sein des bois, 011 l'hiver fait liurler les loups, et dont les montagnes voisines se revêtent déjà de neiges. Mais, suivant vous, qu'importe la retraite (ju'on habite, dès qu'on est iob de Paris? Lyon ou les bois d*Alix^*^ sont tout un à vos yeux. Que me direz-vous de bon? Ça, mandez-moi un peu coonnent vous gouvernez votre iéte? Pour le cœur, il est bon diable au fond; et, sans la première qui l'égaré quelquefois, il irait assez droit son chemin. Et les sciences et la solitude? Avez-vous trouvé quelque moyen de concilier ces choses, ou si vous les courtisez tour à tour ? Parmi tant de révolutions qui menacent tant de gens, votre état vous promet-il de

<*> Bosc, IV, ii8; Dauban, 11, BSg.

^*^ Il D'*'tijit pm coniJiwDCi^ au dotjul de sefïtenibr-e (voir leilre 278). Ct^i donc en 84?ptcmhiHî-e>cl«ibï'e quiJ a ëtë<fcrit en jp^jnde

Quant au Vatfa^e m Angleterre^ Madauiu Holaud ne dit [>as tout à fait la vérité à Bosc,

puisque nous avons vu (lettre 277) qa'ffit l'avait fait lii^ au doyen Dessertincs.

(^^ AUs , village à tme lieue au sud Jq Clos, eutoiin^ eucore anjourd'litii de grand» bois, et eâèbre alors par son chapitre de ctiunoiuesses (ou M"" de Geulis, eofiui), avait été quelque temps).

t'avanceiiieat? Causez à votre tour, donnez-nous de vos nouvetles et resserrons l'antique amitié.

[À BOSC, À PARIS'"

îi oclobrp[ 1-787, — d<i Clos],

J'aîine que vous partagiez ma colère contre ces éternelles mangeailles et cette maussaderie de logement; si j*étais la maîtresse ou seulernent avec mon pigeon, je ne donnerais à manger de trois ans, et je me ferais de jolis appartements en ville et un bijou au Clos : mais j*ai bienfair de ne pas aller eo paradis si vile.

Il fait ce (ju'on appelle ici la bise. Je me cbauffe comme à Noël; on voit à peine aux champs la petite véronique et Tanagallis; les haies nVmt que des violettes et des primevères enlr'ouverles au milieu tie leurs feuilles. J*ai trouvé une espèce d'insecte qui ressemble aux petits carabes des cabinets et (jui courent dans les papiers, mais beaucoup plus gros, (|ui s'était logé dans une coquille (rescargol, précisément comme le Bernard rerviite dans celle qu'il a adoptée. J'avais le projet d'aller à Lyon le mois prochain; les affaires de ménage m'en empêchent; je le rHgrêtle, parce que je suis empressée de perfectionner ma connaissance avec M"" de Villiers : c'est la seule femme que je voie me convenir dans ces parages; elle est honnête, aimable, douce, modeste

t'» BoscJV, ii8î Dauhan, II, 56o, — Celle lellre est mise par Bosc au 2 4 octobre ^ ijSj, Barrière, qui t'a donnée aiisM(L 1, ^M p, 3^3)^ la met au a& octobi'e ij86. Mais ^m nous croyont* fpi'ils t*e trompent tous fleiix. ^" et qu*il aurait fallu (ilncer la lettr^^ k la Cm de , mars 1785 (Ipa4, si on conserve la rJale du jonr), [M}ur les raison!» suivanles :

i' U ressort de sa letti'e ipc Madame Roland , <lcpuis son retorn* au liCiOijolaix , nV'tiiit pas encore allée k Lyon, où elle n alla pour la preoiière foin qii*en juin 1780:

a" Dès 1786, nous voyojLs tes Rida ad i brouillés avec les de Villei's;

3** La description faite de la mison «i ap plique beaucoup mieux à un printemps tardif qu'à un hiver pnicoce ;

h" Les allusions aux «r éternelles mau-

geailles Si j*élais la maltresse, je

ne douueraÎH à mau/^er de lima ans. - .a, concordenl bien avec la letti'e h Roland du 1 6 mai-s / j85.

Toutefois, faute de moyens de d/'terminatiou ]>liis complets , nouii avons laissé cette lettre h la place que Bose bu avait donnée, \i\ suite de la Correspondance ti eiiijefmî pas quVIle fût nécessti! rement re|»oi*U^e â celle i[tie nous lui aurions attribuée.

comme sa fortune, peu répaocltie ei forl instruite; tout entière à son mari beaucoup plus âgé quelle, et avec qui elle partage les travaux du cabinet* le lie sais si vous connaissez ce savant en us, cicellenl homme au fond, très raidej dans ses opinions et son monde, assez versé clans la chimie el diverses parties des sciences, mais très particulièrement dans Yinsectologie; il a un cabinet dans ,ce genre, forl ink'ressant, et qui est son ouvrage et celui de sa femme. C'est à peu près la seu'e Haison qui me lenle à Lyon comme ici; cependant j'aurai à voir dans la première ville plusieurs personnes intéressantes à divers égards. Les M affaires avant tout : parlant, je vous laisse et retourne vite pour la demi-heure " que vous venez de me prendre.

[À ROLAND, k LYON'".]

Djiiiaochfî raadïu iB novembre 1787, au retour de la mes9e^ — [du Clos]*

J'arrive de la montagne f'^' sur laquelle il faut aller prier. J'ai vu ma malade, je viens d'envoyer la bonne et Teofant s'échaulTer à la seconde messe, je gèle au coin d'un feu qui ne saui^ait brûler, j'attends que les gens aient achevé de déjeuner pour étendre ma lessive, je me sens moitié triste et moitié paresseuse, je t'écris : cest ma consolation, mon restaurant, mon bonheur. J'ai déjà relu deux ou trois fois tes deux lettres, et quoique je désire de tout mon cœur que tu passes bien ton temps, cependant je suis bien aise que tu t'ennuies de moi, car j'en fais tout autant, et plus litléraleinenL de ton absence.

Pour ma confession pleine et entière, il faut te dire que je n'ai presque point encore travaillé depuis ton départ. Le jour que tu m'as quittée était celui d'une lessive dont les pauvres laveuses ont eu la pluie sur le corps les trois quarts de cette journée; j'ai voulu t'iraiter el, t'ayant vu nettoyer les écuries (TAugias, j'ai entrepris d'approprier la souithiyle, j'ai suivi les pionniers; quant aux maçons, ils ne parurent point, el re n'étail guère leur faute, i

f* Ms. (>*i3y, fui, ao5-âiâ* — '*^ Du bijurg de Theiié.

ri93

La lettre de Platon <*^ que lu m'avais fait passer me mit en train d'une réponse que pi écrite toute d'un trait. Je raconte l'histoire de cette chasse de dix heures d'horloge, nos représentations, la manière dont elles furent prises, et j'attribue à cette époque, comme je le crois, la naissance du projet de nous quitter. Suivent les détails sur la personne, son éiuigneineut de la bonne compagnie, son empressement pour celle avec laquelle* il croit pouvoir ne pas se gêner, etc. , .; je demande ce que Ton veut que je fasse d'un homme qui dit : trJe mVnnuie beaucoup ici, j'ai hâte de m'en aller; l'étude ne me convient pas, je veux d'un autre état et je le veux le plus tôt possible, v Enfin je termine en observant qu'avec la constitution d'un bœuf il a la lâcheté d'un paresseux et la voracité d'un loup; qull n'y a |)lus que la terrible main de l'adversité qui puisse le maîtriser et le façonner.

Le voyage de Lyon tient son coin dans mon compte rendu; mais j'ai cru qu'il fallait attendre le retour du personnage et l'ell'et de la correction paternelle, pour expédi<'r mon annonce du renvoi du jeune homme. Je compte fort que ses dispositions et ma façon de l'admonester concourront à le rendre le plus procbain qu'il soit possible.

La lettre du père est bien faite, elle m'a touchée et fait pâlir; mais cette âme de bronze n'en sentira d'autre effet que celui qui fait qu'un chien met sa queue entre ses jambes quand il entend crier après lui. Cependant, tout bien réfléchi, s'il n'arrive pas ce soir, ou encore s'il arrive, j'envoie ma lettre demain à la poste par le bon Perret^-^. 11 est arrivé hier, à la nuit, ce brave garçon; j'ai eu du plaisir à le revoir, il en avait à me donner une lettre de toi.

La trop grande humidité de la terre n'a pas permis de continuer aux environs de la cuisine le travail commencé; on a été autour du cios et l'on en a déjà dépassé la porte rouge; mais, dès demain, je ferai tiavailler pour la transplantation que tu m'indiques. L'intérieur de la voule e?t fmi, je vais voir à y faire accommoder une porte, car

f'* Cousin-Despréaux,

^** ïiûureivt Perret, im Aos damesliques

du Clos (hwenimre du tS aoùf tjyS, Archives «lu Rliéne, B4^ne Q).

la neige semble nous menacer. La couverture ni le mur n'est achevé; il y en a encore pour deux bonnes journées de maçon.

Ma pauvre cousine ^^' m'écrit des doléances sur son propre sort; elle est toujours plus malheureuse avec son extravagant de mari, avare pour elle, prodigue au dehors et d'une excessive dureté. Mon malheureux père ne fait toujours rien, ne se défait pas d'un rhume qu'il garde depuis longtemps, vend ses effets et vit encore ainsi W. Ma cousine n'a point été à Paris depuis peu; elle ne l'a pas vu chez elle^, quoiqu'il lui eût promis d'aller la visiter; son mari a fait quelques voyages à la capitale; il y a entendu le récit que lui a fait la vieille gouvernante des misères de son maître; mais lui, ne parle pas de sa situation, quoique toute sa personne annonce qu'il soit dans la peine. Ma parente sent combien il est triste qu'il ne veuille point se prêter à nos arrangements; elle observe, il est vrai, que tout est si cher, que les moindres pensions sont de 600 ♦♦; mais elle juge bien aussi qu'il tient à ses habitudes et veut garder son indépendance. Que faire? Je n'en sais rien et n'en suis que plus tourmentée.

Parlons de nos gens. Chappuys W avait prévenu la bonne de tout ce qu'il m'a écrit; on prétend que Joseph s'est vanté, à la ville et à Thézé, que la cuisinière ne viendrait pas à bout de le faire sortir, mais que lui ferait entrer sa femme; qu'en conséquence, Claudine (^', fort bien instruite de ces bruits et ne voulant pas s'attirer la réputation de faire chasser tous les domestiques, avait pris son parti de ne rien dire de quoi que ce fût, de ne paraître instruite de rien, de faire son devoir et d'attendre en paix le résultat, quel qu'il soit. En général, les filles n'aiment pas Joseph, parce qu'il est commère et vétillard; elles s'impatientent des misères qu'il relève et finissent quelquefois par lui donner son paquet; alors il se fâche et se plaint, et elles le trouvent mauvais. Ce que nous avons à faire là dedans, sans entrer dans tous leurs

(i) jjm. Xrude. — Voir Appendice B. merce de miroiterie de la rue Montmarlre

^*^ Phlipon mourut dans l'hiver de 1787 et s'ëtaient retirés à Vaux, près de Meulan. à 1788. ^*^ Chappuis, — inconnu.

^' Les Trude avaient quitté leur com- ^'^ Claudine, la servante du chanoine.

ANNRR Î787.

propos, cest de prêcher la paix à tous; de bien pei^uader à Joseph que Id cuisinière ne peut contribuer en aucune façon A le faire sortir, tant (]u'il fera bien son service; ruais qu'aussi on ne la renverra pas pour lui faire plaisir, tant qu'on sera content (Telle, comme nous le sommes; d'un autre côté, il faut encourager Claudine et lui faire sentir qu'on n a diantre vue (jue de la conserver, pourvu qu'elle soit toujours la même; puis signifier qu'on ne veut rien savoir ni entendre de leurs querelles et propos. De cette façon, le plus attaché ou le plus patient nous demeurera: il faudra bien se consoler de lautre*

J'ai passé la matinée de vendredi à donner Fémétiquc à la Saint- Jean (*'; mais j'ai fait venir le médecin le lendemain; il s'est trouvé que j'ai agi comme un docteur, qu'il faut la purger aujourd'hui comme je l'avais indiqué et quelle doit se tirer d'affaire. J'avais donné mon émétique en lavajje; il a mené des deux côtés, fait rendre des vers, etc.. et, comme il était dans de belle eau claire, la malade trouvait merveilleux d'avoir à prendre une boisson si douce qui faisait tant d'effet. Je n'ai pas si bien raisonné mon affaire, ainsi qu'il est d'ordinaire; J'ai fait un dîner de laitage, délicieux mais traître, dont j'ai eu l'estomac en souffrance tout ce jour et encore hier matin. J'ai donc pris le coin du feu et Rousseau. iMon ami, je lirai cet auteur toute nui vie, et si jamais nous en étions à cet état que nous nous sommes plu a supposer, où toi, vieillard et aveugle, tu ferais des lacets tandis que je travaillerais de raigïiiile, il me suffirait de garder en livres les ouvrages de J.J.; leur lerture nous ferait encore verser des larmes délicieuses et ranimerait les sentiments qui nous rendraient heureux en dépit du sort.

J'ai fait une lettre amicale h M""" Braun. et jr^ l'engage à traduire ces lettres allemandes sur la Suisse.

Ton carton de travail est enfin venu à son tour sur mon bureau. Je l'ai tout feuilleté sans trop m'y reconnaître, puis j'ai pris un article, et je vais aller. J'ai remis Housseau à sa place, car cet enchanteur me

*'^ Paysaune voisint» du Ctns, — Voir letlnp du *2 2 novembre.

ferait oublier, et, pour la seule fois peut-être, je croirais avoir pu mieux faire que de le goûter.

Je t'enverrai du linge, mais ce ne peut être que jeudi; cela m'a rappelé que j'avais eu bien tort de ne pas écrire sur ta note d'en mettre un peu dans ton portemanteau comme j'imaginais que ta l'aurais fait.

Auguste f^^ est donc malade? S'il en arrivait pis, je n'en plaindrais personne, ce ne sera jamais qu'un pauvre sujet. Je crois qu Eudora prend des vers, car son altération revient; puis elle a des rugosités à la peau, surtout à la cuisse; et elle est rêche comme sa peau dans les parties attaquées. Sans en attendre des merveilles, je sens pourtant ce que c'est qu'un enfant, et je désire sa conservation comme si j'en espérais plus de bonheur. Nous allons le moins mal qu'il m'est possible. Quand elle est de belle («te), nous causons assez agréablement Elle me fait des questions singulières, principalement sur la langue; elle me demandait avant-hier la justification de cinq à six mots métaphysiques que j'ai été surprise de trouver dans sa tête. Mais elle n'entend toujours rien à ce qu'elle lit; ce n'est encore qu'un travail mécanique et pénible dont elle s'ennuie prodigieusement. Elle est presque aussi avancée pour la musique et elle lit ses notes, sur la clef de sol, avec autant d'assurance qu'elle fait dans un livre; cependant je ne la pousse pas beaucoup, et je crois y gagner, car, ne fût-ce que par désœuvrement et à cause du plaisir de faire du bruit, elle me demande presque toujours d'elle-même à dire sa leçon de musique.

Je voudrais bien avoir ici des crayons; elle demande souvent à crayonner : elle cherche à calquer une mauvaise image que j'ai trouvée, et je présume qu'elle aurait quelques dispositions. Envoie-moi des crayons rouges et un porte crayon, par la commissionnaire qui te

^'^ On verra plus loin qu'Auguste ëtait JjSî, député en i83i, pair de France en

le fils de M. et M°* Ghevandier. Nous nous 1 887 , propriétaire des verreries de Saint-

demandons si cet enfant, dont Madame Quinn (Meurthe), mort en i865, et père

Roland augurait mal, ne serait pas Jean- de M. Ghevandier de Valdrôme, député et

Auguste Ghevandier, né à Lyon, le <)3 juillet ministre du second Empire.

portera du linge; nous essayerons de cet amusemenl. Je ferai des modèles tanl bien que mal, en attendant mieux.

Nous commencerons incessamment à monder; je compte faire la veillée avec nos gens; je coudrai tandis qu'ils casseront les noix, et cette petite commuirauté ne sera pas d'un mauvais effet*

Je ne suis pas sans quelque inquiétude des courses du jeune homme avec Lubac^**; ce sont deux étourdis dont le dernier ne craint pas la bagatelle; pourvu que Tautre n'aille pns attraper noise 1 J'aurai du souci jusqu'à ce qu'il soit et revenu et parti.

Le 90 au soir.

Notre frère est arrivé hier, après dîner. Il oi*a apporté la lettre de rintendant que je garde suivant ton intention, et qui, toute contresignée qu*elle fût de sa main, a été taxée six sols, à cause d'une incluse pour M. de Trézette^^^ (il y avait sur Tenveloppe taxée suivant i'mrél du Conseil)^ plus une lettre affranchie de fîarnier^^'; ce sont des remerciements de cet lionnète homme, qui te dit tju'il est payé et qui le rend ses actions de grâces; en outre la ci-jointe de Chaix que je t'envoie seulement par occasion; enlin um^ autre de Platon, plus foudroyante encore que la première pour son fils. 11 a reçu mon compte rendu de la première équipée et la vigoureuse apostille; il est au désespoir et ne veut rien entendre pour le jmine homme que de l'embarquer s'il ne reste avec nous; les mères se désolent, la digue veuve Cousin t*^ lui écrit quatre lignes pour lui exjiriuier qu'il abrège ses jours et lui en fait passer le reste dans les larmes. Le pauvre père lui signifie qull n'a point de grâce à attendre de lui, que, si son âme est incapable de sV'lever près de nous, il n'a plus qu à le venir joindre pour s'embarquer et i[ue,dans cette nouvelle carrière, sll ne se comporte honnêtement, il saura s'assurer de lui par une lettre de cachet, que le Ministre ne refusera [i^is,

'^' ^ous ne savons qui esl ce Liihnc ûvpc lequel le jeune homme rrtiïîsiiit des courses^ dam Lyon, df^tait prottablemenl l'tHèveinspcleiu' de floiand.

''* Fninçoi»-Marie Diicreutx rie Tr^jteUe,

au lieu d'une commission d'élève ('', à un trop malheureux père, etc.. J'avais envoyé une lettre ^^^ le matin , adressée à Rouen, et je l'avais faite de la plus grande force. J'oubliais d'ajouter que Platon, nous écrivant une seconde fois, en même temps qu'à son fils, nous suppliait de le garder encore s'il revenait à lui ; il le regarde comme perdu s'il nous quitte, et nous conjure avec instances d'achever notre ouvrage s'il est possible. Le jeune homme arriva le soir, après avoir passé par Villefranche, pour y prendre une redingote qu'il y avait laissée. Je l'accueillis froidement, et lui dis en recevant ta lettre que j'en avais de son père à lui remettre. Il causa de ses courses, des amitiés que lui avaient faites M. et M°"* Chev*^' [Chevandier], chez lesquels il a, m'a-t-il dit, soupe avant-hier et mangé souvent, etc. Enfin, au moment de souper, il me demanda ses lettres; je lui répondis que je lui donnerais ce qu'il devait recevoir lorsqu'il se retirerait pour coucher. En effet, je lui remis alors la première lettre seulement, en lui observant que j'avais choisi cet instant afin qu'il eût tout le loisir de la méditer. Ce matin, à plus de neuf heures, il entra dans mon appartement, d'un air triste et concentré, voulant parler, ne sachant commencer; si bien qu'ennuyée de sa figure, je lui demandai ce qu'il voulait, ce qu'il pensait, ce qu'il avait à dire. Il me pria d'oublier ce qui s'était passé, ajoutant qu'il resterait, puisque son père ne lui laissait que cette alternative avec un embarquement, la chose du monde qu'il avait le plus redoutée. Je lui dis que c'était donc un pis aller; qu'en ce cas, il n'y avait pas grand' chose à espérer pour lui, ni pour nous; que, sans doute, son goût pour le commerce ne lui était pas si vite passé. 11 répliqua qu'il était vrai, mais qu'on ne lui en laissait pas le choix. Je le fis jaser sur les motifs de son éloignement pour la mer; il résulte qu'il la craint à cause de ses dangers : ainsi la mer lui fait peur et le bureau l'ennuie; mais comme il vaut encore mieux s'ennuyer que mourir, il préfère de rester. Je l'ai poussé sur sa lâcheté qui se refuse à tous les expédients,

^'^ D'ëlève-inspecteur des manufactures , ^*^ A Cousin Despr^aux, qui devait se

commission qui aurait comporte des ap|)oin- trouver alors à Rouen. — Voir lettre suitements. vante.

ANNER 1787.

je lui ai retracé ton te la sottise de sa conduite, l'ctoiirderie de son voyage, la bassesse de ses goûts, le peu de jugement de ses démarches, etc. elc, j'étais montée; le frère est arrivé, j'ai continué de pérorer et j'ai fini en lui remettant la seconde lettre de son père, tr J'avais voulu vous Téparguer, lui dis-je ; elle a fait frémir mou creur; mais elle n'est trop forte pour le vôtre.-»

Je Tai qui. té pour aller voir des malades; après trois quarts d'heure d'absence, je suis revenue; je l'ai trouvé à écrire une lettre où il me dit qu'il désirerait bien que j'ajoutasse quelque chose; je lui promis d'y mettre le récit de ce qui venait de se passer et le jugement que j'en portais. Il s'était entretenu avec le frère de ses perplexités, lui confessant qu'il n'avait de goût que pour le commerce, qu'il craignait l'étude ei abhorrait la mer; que son père avait d'antres enfants parmi lesquels il s'en trouverait de plus propres à répondre à ses vues d'avancement dans l'inspection. Le chanoine lui avait fait observer que, dans rapothicairerie^ comme dans la librairie, etc., on ne se distinguait que par des connaissances et des talents qui supposaient du travail; à quoi il avait répondu qu'il n'ambitionnait ni la fortune, ni la réputation, mais une vie honnête et tranquille. Il m'iipporta sa lettre, conçue dans cet esprit, contenant d'ailleurs beaucoup de regrets du chagrin qu'il causait à ses parents, et leur promettant, puisqu'ils ne voulaient pas lui donner un état selon son goût, de faire ce qu'il pourrait dans celui où ils voulaient le faire rester. Je me mis à écrire au père sur la même feuille; j'étais à moitié, quand le jeune homme revint en larmes me dire qu'd me suppliait de ne pas continuer, de jeter sa lettre au feu, qu'il ne voulait pas cliagriner davantage ses parents, qu'il travaillerait avec zèle et nous contenterait tous. Je vis que cette résolution était l'effet de l'apostille de la mère Cousin, qu'il n'avait point encore aperçue parce qu'elle était sur un revers. Je lui dis qu'il avait encore jusqu'au soir à faire ses réflexions pour écrire, s'il voulait, sur un autre ton, mais que je gardais ce que j'avais pour en user, afin que Fou connût les premiers mouvements de son âme.

Effectivement, j'ai fini ma lettre au père, et je Irii laisse à juger si

l'on peut s'en rapporter sur cette résolution momentanée pour le faire persister dans la même carrière et nous exposer à perdre tous notre temps; que la question est douteuse, que je veux bien ne la pas résoudre; que je ne puis juger son fils que rigoureusement, qui! a rebuté mon cœur et trompé mes espérances; que je me sens frop d'opposition avec ces âmes léthargiques et lâches; que notre seule amitié pour lui, bon et malheureux père, peut uniquement nous engager à faire ce qu'il croira bon, et que je l'en laisse juge; sachant d'ailleurs que, lorsqu'il était question de servir l'amitié et de la servir dans sa personne, tu ne te refuserais à rien.

Voilà, mon ami, ce qu'il m'a semblé indispensable d'écrire, et pour la vérité des choses, d'une part, et, de l'autre, par égard pour un ami, un père, un homme aussi estimable et autant à plaindre que Platon.

J'avais prévu cela par ses lettres; je voyais que son alternative devait pousser le jeune homme à demeurer et que les parents ne demandaient que cela. Que veux-tu? Le calice est rempli; il s'agit de le boire, au nom de la sainte amitié. Puisse ce sacrifice nous valoir de n'avoir jamais besoin de rien de semblable pour notre enfant, d'une trempe fort ressemblante à celle-là !

Ainsi mon pauvre cœur cherche des dédommagements; je vais soigner ici une très pauvre femme, de l'âge de mon père; je me dis que, puisqu'il m'ôte la faculté de lui rendre des devoirs dont j'aimerais à m'acquitter, j'irai du moins consoler des gens de son âge qui ne se sont point attirés d'aussi dures privations et que la misère accable encore plus. Je me dis, en répondant aux vues de Platon: au moins, j'aurai mérité l'aide et les consolations dues aux pères et mères dont les enfants ne sont pas dignes d'eux.

Le jeune homme n'a perdu l'appétit que pour déjeuner; il était aussi bien mangeant, presque aussi gai que de coutume, à dîner. Il est venu, depuis, me prier de lui donner quelques moments pour l'anglais et l'italien; il a repris l'Encyclopédie; tout cela durera-t-il longtemps? Tout ce que je sais, c'est que je le mènerai vertement.

Dis à M"^ Ghevandier, de ma part, qu'avec le tact que je lui connais

ANNKE 1787.

il est élonnant qu'elle se permette de juger si lestement rie la vocation trun jeune homme, et de ce qu'il doit déterminer d'après ses facultés, sa situation, celles de ses parents, leurs volontés et li*urs démarches; qu'elle prenne garde qu un jour son Auguste ne lui fasse couler autant de larmes que notre jeune homme en fait verser à ses parents j et quelle juge de ce quVdle penserait d*une personne qui approuverait son lils dans une résolution contradictoire à tout ce qu'elle aurait fait, prémédité, concerté, disposé en sa faveur durant dix-sept ans.

Le monde est plein de ces gens superficiels , parlant sans savoir et jugeant sans examiner; mais une mère, une femme d'esprit, doit-elle les imiter lorsqu'il est question d'enfant, et iaut-il que j'aie rhumiliation dt* penser que celle que j'appelais mon amie leur ressemble ?

En vérité, mon bon ami, tout ce qui est commerce altère Y Ame par quelque coin, et il est bien dilTicile que le titre de marchand ne nuise à quelque autre <*l

Nous n'avons encore parlé de rien avec le frère; je ne sais trop comme cela se fait, mais je ne suis guère en train, et, si cela continue, Jean s'en ira comme il est venu. Peut-être qu'autant vaut, car, à moins que le cœur ne s'ouvre comme de lui-même de part et d'autre, il est aussi bon de s'en tenir aux généralités ^^l

La neige est venue; il y a déjà fin jardinage sous la voûte, mais elle n'est point encore entièrement couverte. Chalun^^^ n'a paru qu'hier; les pionniers vont leur train. Mon ami, ne te refroidis pas pour ces bonnes gens; je t'assure qu'ils te procureront encore plus de vraies jouissances que tous les académiciens du monde* Je regarde la gloriole

''^ On retrouve* dans toute J a con'(^[K)u* danre de Koîand et de sa femme, dans tous Icuj-s écrits T Taulipathie contn» le marchand njiposë au fi bricant. C est une doctrine t'conomique discutabie, mnis ooo un préjuge soeiai.

*'^ Voir la letti'e du 18 septembre 1787.

Le. chanoine séMi enfin diacide h celer la jouissance du Clos à son frère* — Voir ms, 9533, foi. laS, une piHe doit il rt^ suUe que, depuis !.i Sîiiol-Marliji de 1787 (11 novembre) jusqnVu décembre J7<jii Roland i\ administre le doniuiiie*

*^' Chuton, — iuconuu.

littéraire comme les épices dans les ragoûts : il n'en faut guère poar conserver sa santé, son bonheur.

La pauvre Saint-Jean ne va pas le mieux du monde; la médecine du docteur Ta horriblement fatiguée et surmenée; la fièvre est revenue; j'ai grand'peur que mes malades ne s'approchent de réternité.

Je t'ai donné l'adresse de la parente de Lavater, tu dois la retrouver; au reste, je ne sache pas qu'elle contienne autre chose que son nom: M^^ Escher^^"^ , née Lustin ou Ijesliriy je ne sais pas bien; mais le nom d'Escher et le renseignement de son origine zurichoise te suffiront pour la trouver; tu as aussi l'adresse du médecin, qui est: DieUchen Lavater. D. M.

Je t'envoie quatre chemises et autant de cols, non par la femme d'Alix qu'il faut aller chercher, mais par un homme de Thézé qui va ordinairement à Lyon et qui peut aisément passer ici en allant et en revenant. Je n'ai pas fait de prix avec lui, je le payerai au retour.

Je t'ai écrit un mot que tu dois recevoir par le courrier de Jeudi; je l'ai fait dans l'incertitude du jour où partirait notre messager et a6n de ne pas manquer une occasion de te donner de mes nouvelles.

Le mauvais temps ne m'empêche pas de me plaire ici plus qu'à la ville; j'y trouve tout simple et paisible, je n'y entends point de petits propos agaçants, je n'y vois pas de sottes prétentions, je n'ai rien à réprimer, ni au dehors, ni en moi-même. Je voudrais y demeurer toute l'année, avec un seul petit voyage à Lyon pour ne pas se rouiller.

^'Ml semble résulter de ce passage qu'une parente de Lavater, M"' Escher, et le frèie du pasteur zurichois, le médecin Diethelm Lavater, avaient écrit au Clos pour annoncer leur ai'rivée à Lyon. (Cette M"* Escher, née Lustin ou Leslin (?) , était sans doute de la famille illustrée par Jean-Conrad Escher de la Linth.)

Ils devaient s'y rencontrer avec un autre ami de Lavater, Heisch , qui venait d'arriver à Lyon, d'où il écrivit à Lavater, le 9 4 novembre, pour hii raconter ses entretiens

avec Roland , une iongae lettre qu*a pid)liée M.Fmsler(p.5a*).

Roland, de son côté, écrivait à Rose le 35 novembre (ms. gSSa, fol. i65) pour lui recommander Heisch et son élève, le jeune baron de Vietinghof , qui raccompagnait.

Madame Roland , peu familiarisée avec les noms zurichois, les estropie quelque peu: Dietschen pour Diethelm ; n'aurait-elle pas , de même, lu Lustin |)our Usterif Les Usteri de Zurich étaient alliés aux Lavater et aux Escher.

Fais mille amitiés pour moi au brave Corlëac^^s dont lu oe m'as encore rien dit; ajoute-lui que son coffret, que j'ai toujours sous les yeux, me rappelle sans cesse la querelle que nous lui devons pour n'être pas venu nous voir.

Ci-joint une lettre du chantre pour le Doyen '-^ et des embrassements fraternels pour toi.

Mon Voyoffe te paraît-il donc si mauvais qnH ne vaille pas d'être retouché? Eu vérité, tu es bien à plaindre d'être si bêle, et tu as bonne grâce à t'en donner de la tête contre les murs 1 Pauvre petit !

Conte-moi donc toujours tes histoires d'Acadéuïie et autres. M. de Nervo, qui était hier ici et à qui je lisais ce qii'uu homme d'esprit nous avait écrit de la belle amie, me demandait de tes nouvelles, et, sur ce que je répondais que to étais à Lyon et que tu la voyais aussi souvent que tes allaires le le permettaient, il s'écria, de cet air moitié fin : r Je ne veux pas être méchant, mais. . . — Oh! vous avez raison, interrompis-je avec vivacité et gaieté, car vous le seriez en pure perte, tj Jl voulait bien répondre, mais il s'en tira par un sourire, faute de mieux. J'étais en train de plaisanter, et les fariboles du conteur, comme les hyperboles d'habitude, n'auraient pas eu beau jeu. Aussi fut-il comme il est quand il sent que ses exagérations ne feraient pas fortune.

Adieu, mon cher et tendre ami; adieu, ménage-toi, conserve-toi, songe à moi; tu verras Morel sans doute; je suis ftlchée que tu n'aies pas pris Ion manteau; le temps le requiert et ta redingote a fair misérable.

Adieu, je ne puis te quitter; mais ta fille crie la faim et je veux la faire chanter : n'est-ce pas bien prendre sou temps? Je l'embrasse de tout mon cœur : ce n'est pas assez dire, mais quoi donc? Viens-y voir. Adieu,

^'^ Corlt%c, — incoumi, ^'^ Du cliaiioiiiê-cbanlr^ Domiïïiqiif* Roiflofl pour son doyen Dessertitifs , qui fif-vnît

éire aJors à Lyou, ou il éiaii assodé (le t\4cacl<^Tnie et fbi*t repatulii dans les socit^tés liUei-aires.

LETTRES DE MADAME nOLAND.

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