‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 100 sur 132 · I. Fille du duc do Montausier · texte numérisé non relu

I. Fille du duc do Montausier

' bE MADAME UE SEVIGi\E.

.si j’avais le temps, je vous conterais les gentillesses qu’elle me dit; mais j’ai été accablée ce matin d’adieux et d’affaires. Je m’en vais dire les miens en Lavardin. Je ferai mon paquet ce soir," j’aurai plus de loisir. Je finis donc cette feuille en vous embrassant mille fois, avec une si vive et si extrême tendresse, que je ne pense pas qu’il y en ait au monde une pareille.

Vendredi au soir, 15 mai , chez M. de La Rocbbfodcacld.

Je suis auprès d’un homme qui vous aime, et qui vous conjure de le croire. Il a pris un fort grand plaisir à entendre la peinture de vos galériens de Marseille. Madame de La Fayette me dicte beaucoup de belles choses que je ne vous dirai point. Nous avons été nous promener chez Faverole, à Issy, où les rossignols, l’épine blanche, les lilas, les fontaines et le beau temps nous ont donné tous les plaisirs innocents qu’on peut avoir ; c’est un lieu où je vous ai vue, cela nourrit fort la tendresse. Nous y vîmes une fois un chat qui voulut arracher les deux yeux de madame de La Fayette, et pensa bien en passer son envie, si vous vous en souvenez. J’ai dit adieu à toutes les beautés de ce pays : je m’en vais dans un autre bien rude : il n’y eu a point, ma fille, où je ne trouve le moyeu de penser uniquement à vous. J’ai recommandé ma petite enfant à madame Amelot, à madame d’Ormesson, et surtout à madame du Puidu-Fou, avec qui je fus hier deux heures ; elle en aura soin comme de son enfant. J’ai pris congé des Usez et de mille autres. Enfin voilà qui est fait. M. de Rambures est mort : pouvez-vous vous représenter sa femme • affligée avec un bandeau? L’abbé de Foix se meurt; il a reçu tous

1 Les veuves porUionlen ce temps-là un bandeau de crêpe sur le front, comme les religieuses en portent un de toile. Madame la marquise de Ramhures était flilc du cçmte de Nogent. L'auteur de VUUloirc amoureuse des it'au/es la représente passionnée pour le jeu , tenant tripot , et se jetant à la tête de tous les hommes.

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ses sacrements ; il agonise, cela est pitoyable. J’ai reçu une lettre de Corbinelli, qui me parait exeessiveiuent eontent de M. Vardes et de sa libéralité. Si vous écrivez quel- (juefois à Vardes, je vous prie de lui raandef ce que je vous dis, afin qu’il voie qu’il n’y a rien de moins ingrat que son ami. Bonsoir, ma petite; nous sommes tristes, nous n’avons rien de gaillard à vous mander. Si vous aimez à être parfaitement aimée, vous devez idmer mon amitié.

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