‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 101 sur 132 · DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY

A Paris, ce 17 mai 1671.

Je vous écris dans la cellule de notre petite sœur de Sainte-Marie ‘ . J'aime cette nièce, je lui trouve de l’esprit, et une piété qui me charme et qui me donne de l’envie : car, après tout, mon pauvre cousin, rien n’est si bon ni si solide que la pensée de son salut. Voici une créature qui en est uniquement occupée. Cela fait que je l’honore, contre l’inclination naturelle que j’aurais de ne la pas trop res- • pecter. Je la quitte pour vous dire cpie je loue fort l’occupation que vous vous donnez présentement. Elle est digne de voti'e esprit, et je m’en réjouis par avance pour l’intérêt de nos neveux , qui trouveront un grand goût «à ces Mémoires. Je pars demain jwur aller en Bretagne. J’y serai jusqu’à la Toussaint. La pauvre Grignan est sous son soleil de Provence. Si les honneurs qu’on lui fait pouvaient la rafraîchir un peu, elle serait bien heuretise : mais je doute que rien la puisse consoler entièrement de nous avoir quittés. Ecrivez, monsieur le Comte, écrivez-moi dans ma province, et croyez (juc vous n’êtes guère moins bien auprès de moi qu’auprès de notre petite sœur, à la réserve qu’elle vous respecte comme son père, et que je vous^ honore comme mon cousin.

• DlaiiP-CliarloUc , Hllo aînée du comte de Bussy, religieuse au couvent dos Filles do la Visilalioii de Paris.

U6 — Ül) COMTK DK BUSSY A MADAME DE SEVIGNE.

A Gliasou, cc 2i mai 1671.

Lors(jue j’ai voulu faire réponse à votre lettre, ma chère cousine, j’ai été tout prêt à m’aller enfermer dans la chamhre du père gardien des Capucins d’Autuu ; car je ne suis pjis homme à me laisser donner mon reste sur les bons exemples, non plus (pie sur autre chose. Mais, pour revi*nir à notre petite sœur de Sainte-Marie, je vous avouerai qu’elle a de l’esprit, et (jue je la crois une bonne religieuse ; et, sur les pensées que vous avez avec elle de votre sqUit, je remar(pie (jùe les bons et les mauvais exemples font souvent le bien et le mal de votre conduite. Avec les religieuses vous songez à vous sauver , et vous vous damnez souvent avec les gens du monâe. .le suis fait tout comme vous, et cent mille g(»ns nous ressemblent.

Ce que vous me dites sur mes Mémoires m’encourage fort à les continuer. Je vous écrirai en Bretagne ; mais , (pielcpie soin que nous prenions de nous enti’ctenir, à peine pourrons-nous, en cinq mois, moi, vous écrire une fois, et vous, me faire réponse. Cependant faisons tonjoiœs tout ce qui dépendra dé nous surrela. Si madame de Grignan est assurée de retourner cet hiver à Paris, je vous assure (pie les honneurs qu’elle recevra en Provence la consoleront fort de n’ètre pas aviprès de vous ; mais, si elle ne doit point revenir, elle aura mille chagrins pires que les cxces<sives chaleurs. Je ne veux de vous, ma chère cousine, ni des respects ni <Jes honneurs ; je veux seulement de l’amitié et de l’estime, et vous ne me les devez pas refuser, car j’en ai infiniment iwur vous.

LÊTTSES

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