I.ETTBKS
belle provision à Vitré; je n’ai jamais vu une si f'rande chère ; nulle table à la cour ne peut être comparée à la moindre des douze ou quinze qui y sont, aussi est-ce pour nourrir trois cents personnes qui n’ont que cette ressource pour mander. Je partis lundi de cette bonne ville, après avoir fait vos compliments à madame de Chaulnes et à mademoiselle de Murinais, qui a quel(|ue chose dans l’esprit et dans l’humeur qui vous serait très agréable ; on ne peut jamais ni mieux les recevoir, ni mieux les rendre. Toute la Bretagne était ivre ce jour-là ; nous avions diné à part. Quarante gentilshommes avaient diné en bas, et avaient bu chacun quarante santés : celle du roi avait été la première, et tous les verres cassés après l’avoir bue; le prétexte était une joie et une reconnaissance extrême de cent mille écus que le roi a donnés à la province sur le présent qu’on lui a fait, voulant rqgompenser, par cet effet de sa libéralité , la bonne grâce qu’on a eue à lui obéir. Ce n’est donc plus que deux millions deux cent mille livres, au lieu de cinq cents. Le roi a écrit de sa propre main des bontés infinies pour sa bonne province de Bretagne : le gouverneur à lu la lettre aux états, et la copie en a été enregistrée : il s’est élevé jusqu’au ciel un cri de vice le roi, et tout de suite on s’est mis à boire, mais boire. Dieu sait. M. de Chaulnes n’a pas oublié la gouvernante de Provence, et un Breton ayant voulu vous nommer, et sachant mal votre nom , s’est levé , et a dit tout haut : C’est donc à la santé de madame de Carignan : cette sottise a fait rire MM. de Chaulnes et d’Harouïs jusqu’aux larmes : le? Bretons ont continué, croyant bien dire , et vous ne serez d’ici à plus de huit jours que madame de Carigna^n; quelques uns disent la comtesse de Carignan : voilà en ([uel état j’ai laissé les choses.
J’ai fait voir à Pomenars ce (|ue vous dites de lui ; il en est ravi , il veut vous écrire, et eu attendant je vous assure ((u’il est si hardi et si effronté , (|ue tous les jours du monde
1)E MADAME DE SE\IO.\E. 33i
il fait quitter la place au premier président, dont il est ennemi, aussi bien que du procureur-général. Madame, de Coëtquen ^ venait de recevoir la nouvelle de la mort de sa petite 1111e; elle s’était évanouie; elle en est très affligée, et dit que jamais elle n’en aura une si jolie : mais son mari est inconsolable; il revient de Paris, après s’étre accommodé avec Le Bordage; c’était la plus grande affaire du monde; il a donné tous ses ressentiments à M. de Turenne - : vous ne vous en souciez guère ; mais cela se trouve au bout de, ma plume. Il y avait dimanche un bal qui fut joli : nous y vimes une Basse-Brete qu’on nous avait assuré qui levait la paille : ma foi, elle était ridicule et faisait des hautsle-corps qui nous faisaient éclater de rire ; mais il y avait - d’autres danseuses et des danseurs qui nous ravissaient. Si vous me demandez comment je me trouve des Rochers après tout ce bruit, je vous rlirai que j’y suis transportée de joie ; j’y serai pour le moins huit jours, quelque façon qu’on me fasse pour me faire retourner : j’ai un besoin de repos qui ne se peut dire; j’ai besoin de dormir, j'ai besoin de manger, car je meurs de faim à ces festins ; j’ai besoin de me rafraîchir, j’ai besoin de me taire. Tout le monde m’attaquait , et mon poumon était usé. EpHn , ma chère enfant, j’ai retrouvé mon abbé, ma Mousse, ma chienne, mon mail, Pilois, mes maçons; tout cela m’est uniquement bon, en l’état où je suis : quand je commencerai à m’ennuyer, je m’en retournerai. Il y a des gens qui ont de l'esprit dajis cette immensité de Bretons, et il y en a qui sont dignes de me parler de vous.
J’ai été blessée , comme vous, de Vcnflnre de cœur 3 ; ce
I Marguerite de Rohan-Cliabol, feiiime du marquis de Coütquen, gouverneur de Saiiit-Malo. (M.)
* Turenne aimait madame do Coëtquen, et il avait pour rival heureux le chevalier de Lorraine. Turenne ayant révélé à celte dame le seçret du voyage de madame Henriette d’Angleterre, elle en instruisit sou amant , et e'esl ainsi que MoNSiarn le sut malgré la défense du roi.
* Expression de M, Nieole dans scs Esinii de murale. 'A, C.
u;iTliK.s
mot (Venlhire me tlépluif ; et , pour le reste , ne vous avaisje pas (lit que c’était de la même étoffe que Pascal? Mais cette étoffe, est si belle qu’elle me plait toujours : jamais le cœur humain n’a été mieux anatomisé que par ces messieurs-là. Si vous continuez à nous en mander votre avis,
La Mousse vous répondra mieux que moi , car je n’en ai lu encore que vingt feuillets. Je suis-au désespoir de mes paquets perdus : ces chères , ces aimables lettres dont je suis , entourée, que je relis mille fois, que je regarde , que j’approuve, h’est-ce pas un grand déplaisir pour moi de savoir que vous m’en écriviez deux toutes les semaines , et de n’en avoir reçu qu’une plus de quatre semaines de suite ! Si c’était pour vous soulager, je l’approuverais , et même je vous le conseillerais ; mais vous les avez écrites , et je ne les ‘ ai pas. Si vous aviez le mémoire de vos dates, vous verriez bien les lettres qui vous manquent. Vous l’aviez pour ce fripon de Grignan ; faut-il que je l’embrasse après cette préférence? Parlez-moi de madame de Rochebonne i, et faites des amitiés à mou cher coadjuteur et au bel air du chevalier. Je défends- à ce dernier de monter à cheval devant vous 2; On me mande que mes petites entrailles^ se portent bien ; elles vont être habillées. Cela est joli de petites entrailles avec une robe. Si madame de Simiane^ voulait savoir des nouvelles de son premier sénéchal , vous pourriez lui dire qu’il planta là cette maitresse qu’il avait; qu’après elle, il a épousé la femme d’un homme qui enfin la lui laissa; et que présentement il l’a laissée pour une autre toute mariée aussi, qu’il a enlevée de vive force.
> Thérèse Adhéinar de Montcil, femme de Charles-François de Chiteauiieufycomle de Rochebonne, et sœur de M. de Grignan. (A. G.)
s Madame de Grignan avait eu peur en voyant M. de Grignan sur un cheval fougueux, et la suite de cette frayeur fut une fausse couche. (A. G.)
'•> C’est ainsi que madame de Sévigne nommait sa petite-rdle [Marie-Ulanrhe), qu’elle avait laissée ."i Paris en nourrice. (A. G.)
t Madame de Simiane, qui fut dans la suite bclle-mére de madame de Grignan, habitait Vauréas, prés de Grignan.
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DE -MADAME J)E SEVI<i^E.
C’est l'une des plus belles choses du inonde ; mais ce qu’il y a de plus men'eilleux, c’est qu’il a un cadet qui en a fait autant en Basse-Bretagne : on lui a envoyé des gardes pour l’amener; il y a des gens dont l’étoile fait rire.
M. d’Harou'is est aussi étonné que vous de l’aventure de madame de Lionne. Votre raisonnement est bon ; mais , quoique le mari fût accoutumé à sa propre disgrâce, il ne l’était pas à celle de son gendre ; et c’est ce qui l’a fait éclater; car vous savez bien l’humeur complaisante, et même serviable de la mère. Vous avez fait des merveilles d’écrire à madame de Lavardin ; je le souhaitais , vous avez prévenu mes désirs. Voilà tout présentement le laquais de l’abbé, qui , se jouant comme un jedne chien avec l’aimable Jacquine ' , l’a jetée par terre, et lui a rompu le bras et démis le poignet; les cris qu’elle fait sont épouvantables, c’est comme si une furie s’était rompu le bras en enfer. On enA'oie ([uérir cet homme qui vint pour Saint-Aubin, .l’admire comme les accidents viennent , et vous ne voulez pas que j’aie peur de verser. C’est cela que je crains ; car si quelqu’un m’assurait que je ne me ferais point de mal, je ne haïrais pas à rouler quelquefois cinq ou six tours dans un carrosse ; cette nouveauté me divertirait ; mais , après ce que je viens de voir, un bras rompu me fera toujours peur. Adieu , ma très belle ; vous savez comme je suis à vous , et que l’amour maternel y a moins de part que l’inclination.
17i. A LA MÊMF.
-\ux Rochers, dimanche 2? août 1071.
Vous étiez donc avec votre présidente de Charmes, . quand vous m’avez écrit! Son mari était intime ami de M. Fouquet, dis-je bien? Kniin, ma fille, vous n'étes point seule , et M. de Grignan avait raison de vpus faire ((uitter
» fnc de.i lillc» de la basse-cour ik-s Rochers.
voti’c cabinet pour entretenir votre compagnie : ce qu'il aurait pu retrancher, c’est sa barbe de capucin; il est vrai qu’elle ne lui fait point de tort , puisqu’à Livry, avec sa touffe ébouriffée vous ne pensiez pas qn' Adonis fût plus beau ; je redis quelquefois ces quatre vtrs avec admiration. Je suis surprise comme le souvenir de certains temps fait de l’impression sur l’esprit, soit en bien, soit en mal; je me représente cette automne-là délicieuse, et puis j'en regarde la fin avec une horreur qui me fait suer les grosses gouttes ^ ; et cependant il faut remercier Dieu du bonheur qui vous tira d’affaire. Les réflexions que vous faites sur la mort de M. de Guise sont admirables; elles m’ont bien creusé les yeux dans mon mail ; cap c’est là où je rêve à plaisir. Le pauvre La Mousse a eu mal aux dents ; de sorte que depuis longtemps je me promène toute seule jusqu’à la nuit , et Dieu sait à quoi je ne pense point. Ne craignez point pour moi l’ennui que me peut donner la«olitude ; hors les maux qui viennent de mon cœur, contre lesquels je n’ai point de foi’ce, je ne suis à plaindre sur rien : mon humeur est heureuse, elle s’accommode et s’a- * muse de tout ; et je me trouve mieux d’ètre ici toute seule que du fracas de Vitré. Il y a huit jours que je suis ici , dans une paix qui m’a guérie d'un rhume épouvantable ; j’ai bu de l’eau , je n’ai point parlé, je n’ai point soupe ; et, quoique je n’en aie point raccourci mes .promenades , je me suis guérie. Madame de Chaulnes , mademoiselle de Murinais, madame h’ouché, etunefdle de Nantes fort bien faite , vinrent ici jeudi : madame de Chaulnes entra en me disant ((u’elle ne pouvait être plus longtemps sans me voir, ,que toute la Bretagne lui pesait sur les épaules, et qu’enfiii elle se mourait. Là-dessus elle se jette sur mon lit , on se met autour d’elle , et en un moinent la voilà endormie
t Hi^misliohe d'un bout rimi^ rempli par madame de Grignan.
1 A cause de la fausse couche que madame, de (irignan lit .-i Livrv, le i novembre 1669.
DK MADAME DE SÉVIGIM;. 33t»
(le pure fatigue : nous causons toujoui-s ; elle se l’éveille enfin , trouvant plaisante et adorant l’aimable liberté des Rochers. Nous allâmes nous promener, nous nous assîmes dans le fond de ces bois; pendant (jue les autres jouaient au mail , je lui faisais conter Rome, et par (juclle aventure elle avait épousé M. de Chaulnes : car je cherche toujours à ne me point ennuyer ; pendant que nous en étions là , Voilà une pluie traîtresse comme une fois à Livry, qui, sans se faire craindre, se met d’abord à nous noyer, mais noyer à faire couler l’eau de partout sur nos habits : les feuilles furent percées dans un moment, et nos habits percés dans un autre moment : nous voilà toutes à courir; on crie, on tombe, on glisse ; enfin on arrive , on fait grand feu : on change de chemise , de jupe , je fournis à tout ; on se fait essuyer ses souliers; on pâme de rire: voilà comme fut traitée la gouvernante de Bretagne dans son propre gouvernement ; après cela on fit une jolie collation , et puis cette pauvre femme s’en retourna plus fâchée sans doute du rùle ennuyeux qu’elle allait reprendre, (juc de l’affront ; qu’elle avait reçu ici. Elle me fit promettre de vous mander cette aventure, et d’aller demain lui aider à soutenir le reste des états , qui finiront dans huit jours. Je lui promis l’un et l’autre ; je m’acquitte aujourd’hui de l’un, et demain je m’acquitterai de l’autre, ne trouvant pas que je puisse me dispenser de cette complaisance.
Madame de La Fayette vous aura mandé comme M. de La Rochefoucauld a tait duc le prince [de Marnülac] > son fils, et de quelle façon le roi a donné une nouvelle pension : enfin la manière vaut mieux que la chose, n’est-il pas vrai ? Nous avons quehjuefois ri de ce discours commun à tous les courtisans. Vous avez présentement le prince Adhémar 2, dites-lui (pie j’ai reçu sa dernière lettre, et embras-
I 11 clail loin d’avoir le inérile de son père ; mais il plaisail à Louis XIV. Il devint dan.s la suite le favori de Monseifçneiir le naiiphin. (A (i.) ,
s Le chevalier de (iri{znan, alors dRé de 27 ans.
LETTRES
sez-le pour moi. Vous avez, à mou compte, ,ciu(| ou six (îrignaii; c’est un bonheur, comme vous dites, qu’iis soient tous aimables et d’une bonne société , sans cela ils feraient l’eimui de votre vie, au lieu qu’ils en font la douceur et le plaisir. On me mande qu'il y a de la rougeole à Sully, et que ma tante va prendre mes petites entrailles pour les amener chez elle : cela fâchera bien la nourrice , mais que faire? C’e.st une nécessité. C’en sera une bien' dure que de demeurer en Provence pour les gages, quand vous verrez partir d’auprès de vous madame de Senneterre pour Paris : je voudrais bien , ma chère enfant , que vous eussiez assez d’amitié pour moi pour ne me pas faire le même tour ([uand j’irai vous voir l’année qui vient. Je voudrais qu’entre ci et là vous lissiez l’impossible pour vos affaires ; c’est ce qui fait que j’y pense , et que je m’en tourmente tant. Il faut donc que je vous ramène chez moi, qui est chez vous.
M. de Chésières est ici; il a trouvé mes arbres crus; il en est fort étonné, après les avoir vus pas plus grands que cela , comme disait M. de Montbazon de ses enfants. Je suis fort aise que la mabadie du pauvre Grignan ait été si courte; je l’embrasse et lui souhaite toutes sortes de biens et de bonheurs, aussi bien qu’à sa chère moitié, que j’aime plus que moi-même ; je le sens du moins mille fois davantage. Notre abbé est à vous ; La Mousse attend cette lettre ([ue vous composez.
A Vilrc, me’rcredi 26 août 1671, dans le cahinei de inadame pr Ciiai'i.nks.
On me prie d’abord de vous faire raille amitiw pleines detendres.se et d’estime. Après un si heureux commencement, vous devriez espérer une lettre agréable; mais je doute fort que cela puisse être , car vous saurez , ma chère
F)E MADAME DE SEVKliNÉ.
fille, que je ne sais rien. Si je vous entretenais de mes pensées , je vous parlerais de vous ; et vous êtes trop près du sujet pour que cela pût .vous divertir. Je vins ici dimanche au soir assez tard : M. de Chaulnes fit la plaisanterie de m’envoyer quérir par scs gardes, m’écrivant que j’étais nécessaire pour le service du roi , et que madame de Chaulnes m’attendait à souper. J’y vins , j’y fus reçue en perfection , et je trouvai beaucoup de monde d’augmentation ; tant pis ! Lundi , M. d’Harouïs donna un diner à M. et ti madame dé Chaulnes, à tous les magistrats et commissaires; j’y étais, l’abbé y vint : le prétexte était de voir les réparations que je demande qu’on fasse à la tour de Sévigné i ; on n’y regarda point. Ce fut le plus beau repas que j’aie vu depuis que je suis au monde : mais écoutez le malheur. Comme nous montions en carrosse pour y aller, voilà une faiblesse qui prend à M. de Chaulnes, avec le frisson, en un mot, la fièvre : madame de Chaulnes , tout aflligée , s’enferme avec lui , et mademoiselle de Murinais et moi nous tenons leur place. M. d’Harouis fut tout mortifié ; tout fut triste , on ne songea qu’à ce contre-temps. Le soir, la fièvre le quitta ; mais je. crois qu’il Ta présentement, et c’est la tierce. Voilà 'comme les maux viennent; conservez-vous : si vous étiez dans un autre état, je vous dirais deYnarcher; mais je ne le dis pas. Je suis persuadée que la plupart des maux viennent d’avoir le cul sur la selle. Pomenars vous fait dix mille compliments; il conte qu’une femme, l’autre jour à Rennes, ayant ouï parler des' medianoches'* , dit à quatre heures du soir qu’elle venait de faire medianoche chez la première présidente ; cela est bien d’une sotte bête qui veut être à la mode : voilà tout
t Celle loiir faisail parlic îles murailles île la ville, el les réparalioii^ devaient être faites par l'Elat.
ï On entend par ce mol, qui vient de l'espagnol, un repas l'ait ,i minuit, eu gras. En d’autres terme.s, mediannehe marque le passage d'un. jour maigre à un Jour gras.
LETTHKS
(‘0 que je vous écrirai d’ici ; peut-être que tantôt je dirai encore quelque chose en fermant mon paquet. Quoi qu’il en soit, ma très aimable , vous savez bien que je suis tout à vous, mais dans la vérité, et nullement par manière de parler. Je veux vous parler d’un bal qu’il y eut hier au soir : hormis les grands bals que nous avons vus, on ne peut en faire un plus joli. Plusieurs beautés de Basse-Bretagne y brillaient, et mademoiselle de Lanion surtout , qui est une très belle fille, et qui danse très bien : elle a un amant qu’elle va épouser; il était derrière eJle : mais M. de Bohan , qui la trouve belle, dès l’année passée , s’e’st pendu à son oreille d’une si étrange façon , et elle s’est lichée dans ses cheveux , pour lui répondre , d’une si extraordinaire manière , que l’amant a quitté la place. La demoiselle ne s’en est pas émue; sa mère lui faisait des yeux ; point de nouvelles ; enfin elle a donné dans la seigneurie à bride abattue : cela nous a fort réjouis. Mais sera-t-il possible, ma fille, que M. de Grignan ne me donne jamais le plaisir de vous voir danser un moment? Quoi I je ne reverrai jamais cette danse et cette grâce parfaite qui m’allait droit au cœur? J'en vois ici des morceaux séparés, mais je voudrais bfen revoir le tout ensemble. Je meurs quelquefois d’env ie de pleurer au bal, et quelquefois • j’en passe mon envie , sans que personne s’en aperçoive ; certains airs , certaines danses font cet effet très ordinairement. Mon petit Lomaria a toujours un air charmant : il • fut un peu hier au soir tout auprès de la cadence ; je ne sais s’il n’était point ivre; cela se dit ici sans qu’on s’en offense : Âdieu , ma très chère enfant.
Aux Bochen, dimanche 50 aodl 1671.
Vraiment, ma fille, il n’en faut pas douter, je perds toutes les semaines une de vos lettres, ou du moins très
souvent : vous seriez dix jours sans m’écrire j quand je n’en reçois qu’une : je suis assurée que cela n’est pas , et que , par exemple , j’en al perdu une très bonne cet ordinaire, et n’ai reçu que celle que vous m’écriviez dans l’accablement de vos Provençaux. Je suis triste de ce malentendu ; et vous verriez aisément ce désordre si vous écriviez vos dates : un chagrin que cela me donne encore , c’est que je commence toutes mes lettres par ce sot chapitre ; c’est un beau début et bien agréable !
Parlons un peu de votre sang , que vous dites qui n’est point échauffé : j'en suis bien aise pour une raison , et j’en suis fâchée pour une autre, c’est qu’il y à moins de remède ; et comme c’est l’air, et qu’il faudrait faire .changer de place aux brouillards , et mettre au-dessus de votre tête ce qui est au-dessous de vos pieds * , je ne vois pas trop bien quel remède je pourrais apporter à ce. malheur ; j’en sais un pourtant dont j’espère que vous vous servirez quand j’irai en Provence. C’est un grand déplaisir que votre beau teint ne puisse pas soutenir l’air de Provence; autrefois, dans ma jeunesse, l’air deNantes, un peu mêlé de celui de la mer, me perdait tout le mien ; mais , ma chère enfant, c’est un bon air que celui de l’Isle-de-France : l’air de A’itré tue tout le monde ; le serein du parc est une chose que je ne soutiens pas , moi qui soutenais , sans trembler, tout celui de Livry. M. de Chaulnes se porte bien mieux ; ils partiront tous avant qu’il soit six jours : la compagnie est belle et bonne ; mais c’est avec une grande joie qu’on se sépare. Je revins ici vendredi voir un peu mon abbé , ma Mousse et mes bois. Aujourd’hui j’attends M. de Rennes et trois autres évêques à diner ; je leur donnerai une pièce de boeuf salé. Après le dîner, madame de Chaulnes me vient reprendre pour me reraener à Vitré dire adieu à la seigneurie. M. Boucherât , M. le premier président et la voi-
• Le château de Grignan est situé dans un lieu très élevé.
ture complété des moiiistrats doivcMil \enir aussi : comme ils m’emmèneront, et que je n’aurai plus le temps de fermer mes lettres , je les vais cacheter dès ce matin. Le contrat de notre province avec le roi fut signé vendredi; mais auparavant on donna deux mille louis d’or à madame de Chaulnes , et beaucoup d’autres présents : ce n’est pas que nous soyons riches; mais c’est que nous avons du courage , c’est que nous sommes honnêtes , et qu’entre midi et une heure nous ne savons pas refuser nos amis; c’est l’heure du berger : les vapeurs de vos fleurs d’oranges ne font pas de si bons effets. J’ignore comment vous vous portez ; mais votre santé est bue tous les jours par plus de cent gentilshommes qui ne vous ont jamais vue, et qui rie vous verront jamais; ceux qui vous ont vue ne sont pas ceux qui célèbrent le mieux votre santé. Lavardin et des Chapelles ont rempli des bouts rimés que je leur ai donnés ; ils sont jolis, je vous les enverrai : vous serez bien aise aussi de savoir que l’autre jour M. de Bruquenvert dansa très bien le passe-pied avec mademoiselle Kerikinili : voilà de ces choses que vous ne devez pas ignorer ; ne m’attaquez pas sur les noms, j’y suis forte présentement. Les grandeurs de province sont ici dans leur lustre; de sorte que l’autre jour la beauté de la charge de M. de Grignan fut admirée et enviée : être seul est une chose qui charme fort M. de Molac , qui est accablé par M. de Lavardin ; M\ de Lavardin par M. de Chaulnes, et les lieutenants de roi par les lieuteriants-généraux. On voulait aussi , dans l’humeur de faire des présents, proposer aux états de donner dix mille écus à M. et à madame de Grignan. M. de Chaulnes soutenait qu’ils écouteraient . la proposition ; d’autres , qu’ils feraient le présent; enfin nous en demeurâmes à l’emie d’en faire courir le bruit sourdement, faire murmurer quelques Bas-Bretons, et puis les radoucir à table , et leur faire promettre de le proposer. Mais (jue dites-vous de M. de Coulanges (|ui s’en va vous voir? Le joli homme !
qu’il est heureux! Je crois, ma fille, que vous serez fort aise de le voir tourner dans votre château ; sa gaieté vous en donnera , ii vous dira comme votre liile est jolie. Tout ce que je desire, et qui est bien assez pour moi, c’est que vous vous portiez bien , et que pour l’amour de moi vous ayez de l’application à vçtre santé et à votre conservation.
Je trouve votre esprit dans une philosophie et dans une tranquillité qui me parait bien plus au-dessus des brouillards et des grossières vapeurs, que le chAteau de Grignan. C’est tout de bon que les nuages sont sous vos pieds ; vous êtes élevée dans la moyenne région, et vous ne m’empêcherez pas de croire que ces beaux noms, que vous dites que vous donnez à des qualités naturelles, sont un effet de votre raison et de la force de votre esprit. Dieu vous le conserve si droit, il ne vous sera pas inutile ; mais il faut un peu' agir, afin que votre philosophie ne se tourne pas en paresse, et qup vous puissiez être en état de revoir un pays où les nues seront au-dessus de vous. 11 me semble que je vous vois dans l’indolence que vous donne l’impossibilité; ne vous y abandonnez qu’autant qu’il est nécessaire pour votre repos, et non pas assez pour vous ôter l’ac- •tion et le courage. Je vous plains bien d’avoir des femmes; vous savez comme je les hais. Vos statues d’hommes suides piédestaux sont bien ennuyeuses : vous me ferez aimer l’amusement de nos Bretons, plutôt que l’indolence parfumée de vos Provençaux ; mais où sont donc ces esprits si vifs, si brillants, ces tètes si près du bonnet, et ces imaginations échauffées par un si lieau soleil ? Au moins vous devriez avoir des fous, et dans la quantité vous en trouveriez quelqu’un qui vous pourrait divertir. Je ne comprends pas bien votre Provence ni vos Provençaux : ah ! que je comprends bien mieux mes Bretons ! Si je vous disais tous ceux qui vous font des compliments, il faudrait uq volume: M. et madame de Chaidnes, M. de Lavardin, le comte des (Chapelles , Tonqucdec , l’abbé de Montigni , é\c(|uc <lc
LETTRES
Léon; d’Harouis, Fourché, Chesières, etc., sans compter mon abbé, qui n’a point reçu votre dernière lettre, et notre Mousse, qui attend celle que vous composez. Pour moi, ma fille, sans en faire à deux fois, je vous conjure d’embrasser tous vos aimables Gri^nan. .l’ai vu des manches comme celles du chevalier; ahi qu’elles sont belles dans le potage et sur des salades ! Adieu, ma très belle et très infiniment chère ; je ne vous dis rien de mon amitié , c’est que je ne vous aime pas.
A Vitré, mercredi 2 septembre 1671.
. Voici une lettre qui m’est venue droit de Paris, sans passer par les mains de du Bois S et de plus, je l’ai reçue selon votre date, cinq jours après qu’elle a été écrite; de sorte que toute cette lettre est miraculçuse ; il n’est pas besoin de tant de merveilles pour me rendre vos lettres bien chères. Votre souvenir est au-dessus des distractions ; c’est lui qui les fait aux autres ; nos états ont beau crier, danser, boire, votre idée se sait toujours faire place. Il y a ici de grandes fronderies , mais cela s’apaise en vingtquâtre heures, et j’espère que dans trois jours tout sera fini; je le souhaite beaucoup. Je n’ose plus aller aux Rochers ; on en a trouvé le chemin ; il y avait dimanche cinq carrosses à six chevaux. Je meurs d’envie d’être retournée dans ma solitude ; on l’a trouvée belle ; Combourg^ n’est pas si beau. 11 ne faut pas que vous croyiez que nos maisons de Bretagne soient comme Grignan, il s’en faut beaucoup. Pour M. de Lomaria, sans tourner autour du pot, il a tout l’air de Termes : sa danse, sa révérence, mettre et ôter
I Commis <lc la posie, qui prenait soin des lettres de madame de Sérigné, pour les lui faire tenir plus promptement en Bretagne. (A. G.)^
* Ancien château, flanqué de grosses tours, qui est sur la roule de Dol en Bretagne à Rennes.
son chapeau, sa taille, sa tète; voyez si ce petit vilain-]» n'est pas assez joli. La Murinette beauté le voudrait bien épouser, mais il n’est pas de même pour elle. Le comte des Chapelles est ravi de ce que vous avez mis de lui dans ma lettre. Nous parlons sans cesse de vous, lui et Pomenars; ce dernier vous mande que sa hardiesse est encore augmentée, qu’il ne peut jamais être pendu, puisqu’il ne l’a point été. L’abbé vient quelquefois diner ici avec La Mousse , qui n’est nullement embarrassé de tout ceci : je l’ai si bien fait valoir partout, et chez madame de Chaulnes, et chez M. Boucherat,.et chez l’évêque de Léon, qu’il y est comme chez moi. Il parle des petites parties avec cet évêque , qui est cartésien à brûler ; mais, dans le même feu , il soutient aussi que les bêtes pensent * : voilà mon homme; il est très savant là-dessus; il a été aussi loin qu’on peut aller dans cette philosophie, et M. le Prince en est demeuré a son avis. Leurs disputes me réjouissent fort. On me mande que notre petite est fort jolie ; elle me divertira bien cet hiver chez moi. Adieu, ma très chère, je vous embrasse; mais quelle, extrême joie quand j’entendi'ai le son de votre voix ! J’espère que ce jour arrivera comme tant d’autres qu’on ne souhaite point.
A Vitré, dimanche 6 septembre 1671.
Ah ! ma fille, que vous veut donc ce feu qui tourne autour de vous, et qui vous fait des frayeurs à toute heure? Pour vous dire le vrai, je doute que cela ne vous fasse point de mal ; souvenez-vous de ce que vous fit une fois la peur,de voir le chevalier à cheval. Je voudrais que du moins cela vous servit à faire redoubler le soin de tous
t Ottp. question de l’ame des bêtes a beaucoup occupé le grand siècle, et le triste système de Descartes à ce sujet est trop connu pqur qu'il soit i\éressaire de le rappeler iei. •
vos gens pour empêcher que le malheur du feu n’arrive ehez vous; j'exhorte Deville, par l’affection qu’il a pour vous, à faire sa ronde plus exactement que jamais. Au reste, vous croyez qu’un rhume n’est rien en l’état où vous êtes; je Vous avertis que c’est beaucoup, et que peut-être vous n’en guérirez qu’en accouchant. Je vous recommande aussi la sagesse diuis votre septième. On porte quelquefois les fdles heureusement, et les garçons ont des fantiiisies de venir plus totj et en prennent le chemin au sept : faites réflexion sur ce discours; je délie madame du Puidu-Fou de mieux dire. Après cettç leçon de matrone, je vous ferai ouille compliments de la part de Chesières. Vous vous êtes souvenue très à propos du vers de M. de Grignan ; vous aurez vu, par une de mes lettres, que je suis bien loin d’oublier ce temps-là. N ous avez une. tribu de Grignan, mais ils sont tous si aimables qu’on doit se réjouir avec vous de cette bonne compagnie. Je suis étonnée d’apprendre que vous avez M. de Chate ‘ : il est vrai que.j’ai été trois jours avec lui à Savigni, il me pai’aissaitfort honnête homme; je lui trouvais une ressemblance en détrempe qui ne le brouillait pas avec moi. S’il vous conte ce qui m’arriva à Savigni , il vous dira que j’eus le derrière fort écorché d’avoii» couru un cerf avec madame de Sully, ({ui est présentement madame de Verneuil. Vous croyez ne me rien dire en m’assurant que vous aimez ceux qui vous parlent de moi , c’est une marque d’amitié tellement naturelle, que je veux vous eu remercier tout à l'heure, et vous embrasser de tout mon cœur. Il y a encore des marques d’aversion qui font bien mourir : je suis trop habile sur ce chapitre ; mais il faut avouer aussi que je ne l’ai pas appris s<ms mettre bçau-
1 Osl lui (ionl les Icllrcs écrites de l'armée, et interceptées, firent eonnailre au roi qu'il avait une intrigue avec la princesse de Conti , el qu'il sacrifiait cette princesse à une demoiselle Clioin , femme aussi adroite que laide , qui sut captiver le Dauphin atr point qu'on a ern qu'il l'avait épousée. •
DK MADVMK J)B SÉ\ KlMi.
<•011 P au jeu. Que dite.s-vous de Marsillac, qui est duc? .l'approuve fort ce qu’a fait son père ; c’éUdtJe seul moyen de le faire jouir de cette dignité sans une extrême douleur; c’eût été un honneur bien emprisonné que de l’avoir en perdant un tel père : il me semble aussi que le nom de M. de La Rochefoucauld, joint à son mérite, est une dignité fort au-dessus de celle qu’il a donnée. La Marans voulait aller l’autre jour à Livrv avec madame de La Fayette; on la renvoya sans autre forme de procès. Elle contait qu’elle avait eu tout le jour M. le Prince chez elle, et on ne fit pas semblant de l’écouter. Oh! ma fdle, cela est bon, et fait bien enrager les folles.qui se vantent. En fermant ma lettre, je vous parlerai des états , et de mon heureux retour aux Rochers.
Il n’est si bonne compagnie qui ne se sépare, dit M. de Chaulnes aux Bretons, en les renvovant' chez eux. Les états finirent à minuit; j’y fus avec madame de Chaulnes et d’autres femmes; c’est une très belle, très grande et très magnifique. assemblée. M. de Chaulnes a parlé, à lutli quanti avec beaucoup de dignité, et en termes fort convenables à ce qu’il avait à dire. Après dîner, chacun s’en va de son cûté. .Te serai ravie de retrouver mes Rochers. J’ai fait plaisir à plusieurs personnes; j’ai fait un député, un pensionnaire : j’ai parlé pour des misérables, et de Caron pas un mot i, c’est-à-dire, rien pour moi, car je ne sais point demander sans raison. Voici ce que je fis l’autre jour: vous savez comme je suis sujette à me trompe^ ; je vis avant dîner, chez M. de Chaulnes, un homme au bout de la chambre, que je crus être le maitre-d’hôtel; j’allai à lui, etjjui dis: « Mon pauvre monsieur, faites-nous diner, il « est une heure, je meurs de faim. » Cet homme me regarde , et me dit : « Madame, je voudrais être assez heii- « reux pour vous donner à diner chez moi ; je me nomme
' Allusion .i un dialo^iir de I.ncicii, intiliile Caron ou le Cuntemplaleur.
LETTBES
« Pécaudière , ma maison n’est qu'à deux lieues de Lan- « derneau. » Mon enfant, c’était un gentilhomme de Basse- Bretagne : ce que je devins n’est pas une chose qu’on puisse redire; je ris encore *en vous l’écrivant. Voilà une pièce que M. deChaulnes vous envoie; je la crois de Pélisson, d’autres disent de Despréaux i ; mandez-m’en votre avis : pour moi, je vous avoue que je la trouve parfaite ; lisez-la avec attention, et voyez combien il y a d’esprit. J’ai mille compliments à vous faire de tout le monde. On a donné cent mille écus de gratifications, deux mille pistolesà M. de Lavardin , autant à M. de Molac, à M. Boucherai , au premier président , au lieutenant de roi , etc. , deux mille écus au comte des Chapelles, autant au petit Coëtlogon ; enfin des magnificences. Voilà une province 1
Madame de La Fayette est à Livry, d’où elle m’écrit des gaillardises, malgré tous ses maux ; M. de La Rochefoucauld m’écrit aussi ; ils me disent qu’ils me souhaitent : mais c’est moi qui souhaite bien de vous y revoir ; cette espérance me soutient la vie. Au reste, j’ai supputé, vous aurez achevé dans cinquante ans de traduire le Pétrarque, à un sonnet par mois ; cet ouvrage est digne de vous ; ce ne sera pas un impromptu. Adieu, ma chère enfant, songez quelquefois à moi avec vos Grignan ; je m’en vais aux Rochers, si contente d’être hors d’ici, que je suis honteuse d’être si aise en votre tibsence. Quand je relis mes lettres, je suis toujours tentée de les brûler, en voyant les bagatelles que je mande ; mais dites, ne vous fatiguent-elles point? car je pourrais fort bien les retrancher, sans vous aimer moins pour cela.
t C’est un arrêt burlesque en Tavcur d'Aristote, contre le cartésianisme. Cette facétie, imitée du Boccalini, est de Boileau. — Voyez la lettre du 30 septembre.
DE MADAME DE SÉVIGiNÉ. 3.il
. Aux Rochers, mercredi 9 septembre 1671.
Enfin me voilà toute reposée , toute tranquille , toute contente dans ma solitude ; j’ai eu tantôt encore un petit reste des états. M, de Lavardin est demeuré à Vitré pour faire son entrée à Rennes ; il est présentement le gouverneur, depuis le départ de M. de Chaulnes, et il n’est plus suffoqué par sa «présence, de sorte que les trompettes, les gardes, tout est étalé. Il est venu me vpir en cet équipage, avec vingt gentilshommes de cortège ; le tout ensemble faisait un véritable escadron : dans ce nombre étaient des Lomaria, des Coëtlogon, des abbés de Feuquières et plusieurs qui ne s'estiment pas moins que les autres. On s’est promené , on a mangé légèrement, et le comte des Chapelles, que j’ai amené de Vitré, m’a aidé à faire les honneurs. Le voilà encore qui a bien la mine de vous dire luimême combien nous parlons ^de vous, et combien toutes choses nous en font souvenir. Nous sentons plus que jamais que la mémoire est dans ie cœur ; car, quand elle ne nous vient pas de cet endroit, nous n’en avons pan plus que des lièvres. Nous avons trouvé un petit bois où, entre plusieurs belles choses que vous avez écrites , nous avons vu : Dieux ! que j'aime la tigrerie ! C’est le métier des beaux esprits : nous vous prions de nous mander si cette vertu n’est point un peu endormie en vous, par le peu d'occupation que vous lui donnez : nous ne voyons pas bien sur qui vous pourriez l’exercer, et cela fait espérer que vous en perdrez l’habitude.