MONSIEUR DES CHAPELLES
Tl serait difficile, madame la comtesse, que cette vertu
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eût moins d’occupation où vous ctcs, que quand \ ous ccrivites cette belle sentence. Il me souvient, hélas 1 que j’étais jaune et mourant, et -que vous étiez belle et de bon goût, et qu’ainsi vous n’aviez nulle occasion de vous entretenir dans cet exercice. Il vaut bien mieux que je vous parle d’une autre devise que j’ai retroiivée auprès de celle-là, et qui est écrite du même temps : Meglio mûrir in presenza; cAe virer in assenza. Celle-ci me plait encore à tel point que je crois que je la rendrai véritable, et que je ne sortirai . pas deux fois en ma vie des Rochers sans en mourir de regret : peut-être que mourir pour mourir, c’eût été mieux fait de mourir dès la première fois ; car, toute belle et charmante que vous êtes , personne n’est encore mort en votre honneur ; et si j’avais eu cet esprit-là , c’était de quoi nous illustrer tous deux : mais , comme vous savez ^ ce qui ne se fait pas une fois se fait une autre; et je trouve même, pourvu qu’on ôte à notre marquise la part qu’elle y prétend , qu’il seiti encore plus extraordinaire de mourii* dans cette dernière occasion ; en sorte qu’on pourra dire que la mémoire est dans le cœur, ou que 'le cœur est dans la mémoire , choisissez : mais je crains bien que vous ne sentiez guère ni l’un ni l’autre pour moi , puisque vous ne prenez pas la peine de me faire réponse ; j’en suis plus affligé qu’offensé,^ car je me faisais un grand plaisir de revoir une écriture pour laquelle je conserve un goût infini ,
. quoiqu’elle n’ait jamais servi à me marquer la moindre apparence d’amitié; mais des reproches à une tigresse, c’est des marguerites devant des pourceaux. Au reste, M. de Lavardin vient d’honorer les Rochers de sa présence, accompagné de beaucoup de noblesse’.: il a été reçu avec toute la politesse imaginable , et une collation tix*s propre et très galante qu’on a fait trouver dans le bois; après quoi nous l’avons vu partir entouré de * (piantité de gardes : ainsi finit l’histoire et la lettre en même temps, si vous l’avez agréable ; aussi bien ne puis-je
DK MADAME DE SEVIÜNE.
sortir île l’humeur triste et sérieuse où jne jette le soum'tiir de vous avoir vue dans ce même lieu.
Je lui ôte la plume , car il ne finirait jamais : il s’est tellement dttendri par la pensée de vous avoir vue ici, que \f. de Lavardin nous ea a trouvés l’un et l’autre tout tristes , et même cela nous donnait un air coupable : il semblait que la compagnie nous embarrassât; et il était vrai, nous avions affaire en Provence quand ils sont arrivés; ou , pour mieux dire , nous avions affaire ici ; car c’était en se souvenant de vous y avoir vue , qu’on se plaignait de ne plus vous y voir. Pour moi, je ne m’accoutume point qu’on m’ait ôté ma fille , qu’on me l’ait enlevée et emmenée si loin ; et je crois que je succomberais à tout moment à cette pensée , sans l’estime et sans l’amitié que j’ai pour M. de Grignan et pour tous les Grignan , et j’ajoute , sans la persuasion où je suis de la tendresse qu’ils ont pour vous.
' Aux Rochers, flinianche 15 seplombrp 1671 .
La peur que vous avez eue, ma fille, et qui vous oblige à garder le lit, m’en fait bien plus qu’à vous : je suis persuadée que rien ne vous est si contraire que ces sortes d’émotions ; ce fut f unique sujet du malheur qui vous arriva à Livry ; et si c’était encore le meme chevalier sur le même cheval, il ne mourrait que de ma main. Vous deviez bien me mander ce qui vous avait effrayée ; songez qu’il faut que je sois huit jours sans savoir ce qu’aura produit votre sagesse. Notre coadjuteur m’a écrit des merveilles, mais je ne suis pas d'assez bonne humeur pour lui faire réponse;.
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la main droite est plus eraban*assée par le chagrin de l’esprit, que par la goutte de la main gauche. Quoiqu’il m’explique fort nettement la relation qu’il y a de l’une à l’autre, j’ai été tentée, au bout de son raisonnement, de dire comme le Médecin malgré lui, après un discours à peu près de la même force, et voilà justement ce qui fait que votre fille est muette. Des comédiens de campagne ont joué parfaitement bien cette pièce à Vitré ; on en pensa pâmer de rire. Ce que vous dites de la Murinette est extrêmement vrai ; son humeur est aimable, quoiqu’elle ait quelque chose de brusque et de sec ; mais cela est ajusté avec de si bons sentiments, qu’il est impossible que cela déplaise. Je m’en vais envoyer à Nantes vos deux lettres à d’Harouïs et au comte des Chapelles ; ce deçnier ne respirait que cette réponse : pour d’Harouïs i, vous saurez qu’il s’embarquait aux états à payer cent mille francs plus qu’il n’avait de fonds, et trouvait que cela ne valait pas la peine de le dire : un de ses amis s’en aperçut ; il est vrai que ce ne fut qu’un cri de toute la Bretagne, jusqu’à ce qu’on lui eût fait justice ; il est adoré partout, et c’est avec raison. U n beau matin nos états donnèrent des gratifications pour, cent mille écus ; un Bas-Breton me dit qu’il avait pensé que les états allaient mourir, de les voir ainsi faire leur testament, et donner leur bien à tout le monde. : plût à Dieu qu’à proportion on fût aussi libéral dans votre Provence ! J’aime nos Bretons ; ils sentent un peu le vin ; mais votre fleur d’orange ne cache pas de si bons cœurs. J’en excepte lesGrignan, un, deux, trois, quatre, cinq, six, que j’aime, que j’estime, et que j’honore tous au prorata de leurs dignités. Vous avez des fruits que je dévore déjà par avance ; j’en mangerai l’année qui vient, si je ne meurs entre ci et là. Quelle joie, ma fille ! et que j’aime le temps, quelque mal qu’il puisse, me faire d’ail-
. t 11 était trésorier dc.s étals de Bretagne . '
1)E MADAME DE SÉVIONÉ, 3ô.j
leurs, quand je songé au bien qu’il m’cipporte tous les jours ! Conservez votre santé, votre beauté, votre amitié, afin que rien ne manque à ma joie. Que. dites-vous de celle de M. d’Andilly, de voir M. de Pomponne ministre et se- A?rétaire d’état > ? En vérité, il faut louer le roi d’un si .beau choix ; il était en Suède, le roi pense à lui, et lui donne cette charge de M. Lionne, avec toutes les facilités . nécessaires pour faire qu’il la puisse payer. Quelles merveilles ne fera-t-il point dans cette place, et quelle joie ses amis n’en doivent-ils point avoir ? Vous savez la part que j’y dois prendre ; c’est sur un choix comme celui-là que je ferais fort bien une ode à la louange de Sa Majesté. Un petit mot de réjouissance au père et au fds ne serait-il point de bonne grâce à vous, qui êtes si aimée de toute la famille ! Mais il faut vous bien porter^ et que cette peur ne vous ait rien gâté. Il me semble que vous êtes dans votre septième, cela me fait trembler, et d’autant plus que c'est un garçon ; vous me le promettez au moins ; n’allez pas, par votre négligence, le laisser devenir lille. Je vous avoue que j’ouvrirai vos lettres de vendredi avec une grande impatience et une grande émotion : mais elles ne sont pas d’importance, mes émotions, et un verre d’eau en fait le remède. Vous prenez goût à Nicole ; je ne sais où je prendrai un autre livre de morale pour vous soutenir le cœur ; je vous renverrai à nos anciens amis. On dit que M. de Condom en a fait un , où il assure que, pourvu que l’on croie les mystères, c’est assez, et improiive fort toutes les chicanes sur le Saint-Sacrement, qui ne font que des hérésies ; j’entends dire qu’il n’y a rien de plus beau ; voilà votre fait.
La Mousse prépare déjà sa réponse à cette belle pièce que vous composez. Je crois que vous vous moquez quand vous me parlez de mes libéralités présentes ; c’est pour me
> M. de Eomponnc était ambassadeur en' Suède, lorsqu’il fut fait secrétaire d'état des affaires étrangères.
l'ciire lioiiU* : <‘ili ! ma (ille, quelle poussière au prix de ee que je \oudrais faire! Je me réjouis de M. de Pomponne, ((uand je songe que je pourrai peut-être vous servir par lui : mais vous n’avez besoin que de M. de Grignan et de vous. Enfin noug ne pouvions pas souhaiter à cette place un homme qui fût plus de nos amis. M. de Coulanges, qui ^ va vous voir, vous dira de quelle grâce le roi a fait cette action.
Aux Rochers, mercredi 16 septembre 1671.
Je suis méchante aujourd’hui, ma fille; je suis comme (piand vous disiez, vous êtes méchante. Je suis triste, je n’ai point de vos nouvelles ; la grande amitié nest jamais tranquille. Maxime. Il pleut, nous sommes seuls; eu un mot, je v ous souhaite plus de joie que je n’en ai aujourd’hui. Ce qui embarrasse fort mon ahhé, La Mousse et mes gens, c’est qu’il n’y a point de remède à mon chagrin ; je voudrais tpi’il fût vendredi [tour avoir une de vos lettres, et il n’est que mercredi ; voilà sur quoi on ne sait que me faire, toute leur habileté est à bout; et si, par l'exçès de leur amitié, ils m’assuraient, pour me faire plaisir, qu’il est vendredi, ce serait encore pis ; car, si je n’avais point de vos lettres ce jour-là, il n’y aurait pas.un brin de raison avec moi ; de sorte que je suis contrainte d’avoir patience, (luoique la patience soit une vertu, comme vous savez, qui n’est guère à mon usage ; enfin je serai satisfaite avant (ju’il soit trois jours. J’ai une extrême envie de savoir comment vous vous portez de cette frayeur : c’est mon aversion que les frayeurs ; car, quoique je ne sois point grosse, elles me le font devenir, c’est-à-dire, elles me mettent dans un état qui renverse entièrement ma santé. Mon inquiétude présente ne va point jusque-là; je suis persuadée que la sagesse que vous avez eue de garder le lit vous
DE MADAME DE SÉV]fl^É. 357
, aura entièrement remise. Ne venez point me dire que vous ne me manderez plus rien de votre santé, vous me mettriez au désespoir ; et n’ayant plus de confiance à ce que vous diriez , je serais toujours comme je suis présentement. Il faut avouer que nous sommes à une belle distance l’une , de l’autre, et que, si l’on avait quelque chose sur le • cœur dont on attendit du soulagement, on aurait un beau loisir pour se pe'ndre.
Je voulus hier prendre une petite dose de morale, je m’en trouvai assez bien ; mais je me trouvai encore mieux d’une petite critique contre la Bérénice de Racine, qui me parut fort plaisante et fort ingénieuse ; c’cst de l’auteur > des Sylphides, des Gnomes et des Salamandres : il y a cinq ou six petits mots qui ne valent rien du tout, et même qui sont d’un homme qui ne sait pas le monde ; cela fait quel- (jue peine ; mais comme ce ne sont que des mots en passant, il ne faut pas s’en offenser : je regarde tout le reste, et le four qu’il donne à sa critique, je vous assure que cela est très joli. Comme je crus que cette bagatelle vous aurait divertie, je vous souhaitai dans votre petit cabinet auprès ' de moi, sauf à vous en retourner dans votre, beau château, quand vous auriez achevé cette lecture. Je vous avoue jiourtant que j’aurais quelque peine à vous laisser partir sitôt; c’est une chose bien dure pour moi que de vous dire adieu ; je sais ce que m’a coûté le dernier ; il serait bien de l’huineur où je suis d’en parler ; mais je n’y pense encore qu’en tremblant ; ainsi vous êtes à couvert de ce chapitre. J’espère que cette lettre vous trouvera gaie; si cela est, je vous prie de la brûler tout à l’heure ; ce serait une chose bien extraordinaire qu’elle fût agréable avec le clden d’esprit que je me sens. Le coadjuteur est bien heureux que je ne lui fitssc pas réponse aujourd’hui.
J’ai envie de vous faire vingt-cinq ou trente questions
I I.'aliLi- (h- .Moiilfa»con-(Ii‘-ViUais , autour du Comle de (inhalis. Sa rriiir|uc do Boronico panil on
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pour finir dignement cet ouvrage. Avez-vous des muscats? . vous ne me parlez que des figues ; avez- vous bien chaud? vous ne m’ep dites rien ; avez-vous de ces aimables bétes ([lie nous avions à Paris ? avez-vous eu longtemps votre tante d’Harcourt ? Vous jugez bien qu’après avoir perdu tant de vos lettres, je. suis dans une assez grande ignorance, et que j’ai perdu la suite de votre discours. Ah ! ((lie je voudrais bien battre quelqu’un ! et que je serais obligée à quelque Breton qui me viendrait faire une sotte proposition qui me mit en colère! Vous’me disiez l’autre jour que vous étiez bien aise que je fusse dans ma solitude, et que j’y penserais à vous : c’est bien rencontré ; c’est que je n’y pense pas assez dans tous les autres lieux. Adieu, ma fille, voici le bel endroit de ma lettre; je finis, parceque je trouve que ceci s’extravague un peu ; encore a-t-on son honneur à garder.
Aux Rochers, dimanche 20 septembre 1671.
Ce n’est pas sans raison, ma chère fille, que vous fûtes troublée du mal du pauvre chevalier de Buous ; il est étrange : c’est un garçon qui raé plaisait dès Paris ; je n’ai l>as de peine à croire tout le bien que vous m’en dites ; ce qui est plus extraordinaire, c’est cette crainte de la mort ; c’est un beau sujet de faire des réflexions, que l’état où vous le dépeignez. Il est certain qu’en ce temps-là nous aurons de la foi de reste : elle fera tous nos désespoirs et tous nos troubles; et ce temps que nous prodiguons, et que nous voulons qui coule présentement, nous maû- ([uera; et nous donnerions toutes choses pour avoir un de ces jours que nous perdons avec huit d’insensibilité : \ oilà de quoi je m’entretiens quelquefois dans ce mail que vous connaissez. La morale chrétienne est excellente à
tous les maux ; mais je la veux chrétienne ; elle est trop creuse et trop inutile autrement. Ma Mousse me trouve quelquefois assez raisonnable là-dessus ; et puis un souffle, • un rayon de soleil emporte toutes les réflexions du soir.. Nous parlons quelquefois de l’opinion d’Origène et de la nôtre : vous aurez peine à nous faire entrer une éternité de supplices dans la tête, à moins que d’un ordre du roi et -de la sainte écriture, la soumission n’arrive au secours.
Je suis fort aise que vous ayez trouvé cette requête jolie; sans être aussi habile que vous, je l’ai entendue per diicrezione, elle m’a paru admirable. La Mousse est fort glorieux d’avoir fait en vous une si merveilleuse écolière •.
Je vous plains de quitter Grignan, vous êtes en bonne compagnie; c’est une belle maison, une belle vue, un bel air : vous allez dans une petite ville étouffée 2, où peutêtre il y aura des maladies et du mauvais air; et ce pauvre Coulanges qui ne vous trouvera point; il me fait pitié. Enfln* sa destinée n’est pas de vous voir à Grignan ; peutêtre le mènerez-vous à vos états : mais c’est une grande différence, et vous devez bien sentir le désagrément de ce voyage, dans l’état où vous êtes, et dans la saison où nous sommes. Vous y verrez l'effet des protestations de M. de Marseille ; je les trouve bien sophistiquées , et avec de ' grandes restrictions. -Les assurances que je lui donne de mon amitié sont à peu près dans le même style : il vous assdre de sou service, sous condition ; et moi, je l’assure de mon amitié, sous condition aussi, et lui disant que je ne doute point du tout que vous n’ayez toujours de nouveaux sujets de lui être obligée.
M. de Lavardin vint tout droit de Rennes ici jeudi au soir, et me conta les magnificences de la réception qu’on lui a faite. Il prêta le serment au parlement , et lit une
f L’abbé La Mousse était cartésien.
» Lambesc, petite ville de Hrovenre oii se tient l'assemblée des étai.s de la province. (.4. G.)
LK'l 1 II ES
très agréable harangue. Je le remenai le lendemain ù Vitré, pour reprendre son équipage, et gagner Paris.
, L’évéque de Léon a été à la dernière extrémité à Vitré, avec un transport au cerveau, qui le rendait bien pareil à Marphise ^ ; il est hors d’affaire. Je serai ici jusqu’à la fin de novembre, et puis J’irai embrasser et mener chez moi mes petites entrailles ; et nu printemps , si Dieu me prête vie , je verrai la Provence : notre abbé le •souhaite pour vous aller voir avec nàoi , et vous ramener; il y aura bien longtemps que vous serez en Provence. Il est vrai qu’il ne faudrait s’attachera rien, ^t qu’à tout moment on se trouve le cœur arraché dans les grandes et petites choses ; mais le moyen? Jl faut donc toujours avoir cette morale dans les mains, comme du vinaigre au nez, de peur de s’évanouir. Je vous avoue, ma fille, que mon cœur me fait bien souffrir; j’ai bien meilleur marché de mon esprit et de mon humeur. Je suis très contente de votre amitié. Ne croyez pas au moins que je sois trop délicate et trop difficile ; ma tendresse me pourraitrendre telle, mais je ne l’ai jamais écoutée ; et quand elle n’est point raisonnable, je la gourmande : mais croyez-moi de bonne foi, et dans le temps que je vous aime le plus, et que je crois que vous m’aimez, croyez que les choses qui m’ont touctiée auraient touché qui que ce soit au monde. Je vous dis tout cela pour vous ôter de l’esprit qu’il y ait aucune peine à vivre avec moi, ni qu’il • faille des observations fatigantes. Non, ma bonne, il faut faire comme vous faites, et comme vous avez su si bien faire quand vous avez voulu ; cette capacité qui est en vous rendrait le contraire plus douloureux. Mais où vais-je? comptez au moins que vous ne perdez aucune de vos tendresses pour moi : je vois, et je sens tout, et j’ai toute l’application qui est inséparable de la grande amitié.
Je vous trouve admirable de faire des portraits de moi,
1 C'ost-à-<Ur(“ , à la potitc ohicnno de madamc.de Sévign^, qui, selon DcstMrlo.'!, u'élait fiii’ime marliiiic. (1.)
DE MADAME DE SEV1G.\É. • STif
dont la beautû vous étonne vous-mème : savez-vous bien (|ue vous vous jouez à me trouver médiocre, de la dernière médiocrité, quand vous me comparerez à votre idée pleine < d’exagération? Voici qui ressemble un peu à détruire far m frésence ; mais cela est vrai, il faut (pie cela passe, .l'ai ri de ce Carf entras < que vous enfermez pendant que vous avez affaire, en l’assurant qu’il veut faire la siesta. Vos dames sont bien dépeintes avec leurs habits d’oripeau : mais quels chiens de visages ! je ne lès ai jamais vus nulle part. Que le vôtre, qpie je vois avec ce petit habit uni, est agréable et beau ! et que je voudrais bien le voir et le baiser de tout mon cœur! Au nom de Dieu, mon enfant, conservez-vous , évitez les occasions d’être effrayée. .Te n’approuve guère d’avoir voyagé dans votre septième : je prie Dieu qu’il guérisse ce pauvre chevalier [de Buous) ; j’embrasse les vauriens. Vous ne pouviez pas me donner une plus petite idée de la place que j’ai dans le cœur de M. de Grignan, qu’en me disant que c’est le reste de ce que vous n’y occupez pas : je sais ce que c’est que de tels restes ; il faut être bien aisée à contenter pour en être satisfaite. Savez-vous que le roi a reçu M. d’Andilly comme nous aurions pu faire? Vivons, et laissons M. de Pomponne s’établir dans une. si belle place.
Aui Rochers, mercredi 23 scplcmbrc (671
Nous voilà, ma chère enfant, retombés dans le plus éjxnivantable temps qu’on puisse imaginci-: il y a quatre jours qu’il fait un orage, continuel ; toutes nos allées sontnovées on ne s’y promène plus. Nos maçons , nos chai-pentiers gardent la chambre; enfin j’en hais ’ce pavs, et souhaite votre soleil à tout moment; peut-être que\ous souhaite» ma pluie; nous faisons bien toutes deux.
I Evêque de Carpentras, fort cnnuyeuï. C’était Ga.spard de Vinlimille.
LETTRES
Nous avons a Vitré ce pauvre petit abbé de Montigni , évêque de Léon, qui part aujoui*d’hui, comme je crois, pour voir un pays beaucoup plus beau que celui-ci. Enfin, après avoir été ballotté cinq ou six fois de la mort à la vie, les redoublements de la fièvre ont décidé en faveur de la mort : il ne s’en soucie guère, car son cerveau est embarrassé ; mais son frère l’avocat-général * s’en soucie beaucoup, et pleure très souvent avec moi; car je vais le voir, et suis son unique consolation : c’est dans ces occasions qu’il faut faire des merveilles. Du reste, je suis dans ma chambre à lire, sans oser mettre le nez dehors. Mon cœur est content , parceque je crois que vous vous portez bien ; cela me fait supporter les tempêtes, car ce sont des tempêtes continuelles : sans le repos que me donne mon cœur, je ne souffrirais pas impunément l’affront que me fait le mois de septembre ; c’est une trahison, dans la saison où nous sommes, au milieu de vingt ouvriers : je ferais un beau bruit. Quos ego!
Je poursuis cette morale de Nicole, que je trouve délicieuse ; elle ne m’a encore donné aucune leçon contre’ la pluie, mais j'en attends, car j’y trouve tout; et la contbrmité à la volonté de Dieu me pourrait suffire, si je ne voulais un remède spécifique. Enfin je trouve ce livre admirable; personne n’a écrit comme ces messieurs, car je mets Pascal de moitié à tout ce qui est beau. On aime tant à entendre parler de soi et de ses sentiments, que, quoique ce soit en mal, on en est charmé. J’ai même pardonné Venflure du cœur en faveur du reste , et je maintiens qu’il n’y a point d’autre mot pour expliquer la vanité et l’oi^ueil, qui sont proprement du vent : cherchèz un autre mot; j’achèverai cette lecture avec plaisir. Nous lisons aussi l’histoire de France depuis le roi Jean; je veux la débrouiller dans iça tète, au moins autant que l’histoire romaine, où je n’ai ni parents, ni amis; encore trouve-t-on ici des noms de
I Au parlonionl de Rennes.
I>F. MAOAMK DE SKVIGNÉ. 363
connaissance : enfin, tant que nous aurons des livres, nous ne nous pendrons pas ; vous jugez bien qu’avec cette humeur Je ne suis point désagréable à notre Mousse. Nous avons pour la dévotion ce recueil des lettres de M. de Saint- Cyran, qqe M. d’Andilly vous enverra, et que vous trouverez admirable. Voilà, mon enfant, tout ce que vous peut dire une vraie solitaire.
On me mande que madame de Verneuil est très malade. Le roi causa une heure avec le bon homme d’Andilly * aussi plaisamment, Qussi bonnement, aussi agréablement qu’il est possible : il était aise de faire voir son esprit à ce bon vieillard, et d’attirer sa juste admiration; il témoigna qu’il était plein du plaisir d’avoir choisi M. de Pomponne, qu’il l’attendait avec impatience , qu’il aurait soin de ses affaires , sachant qu’il n’était pas riche. Il dit au bon homme qu’il y avait de la vanité à lui d'avoir mis dans sa préface de Josèphe qu’il avait quatre-vingts ans, que c’était un péché; enfin- on riait, on avait de l’esprit. Le roi ajouta qii’il ne fallait pas croire qu’il le laissât en repos dans son désert, qu’il l’enverrait quérir, qu’il voulait le voir comme un homme illustre par toutes sortes de raisons. Comme le bon homme l’assurait de sa fidélité, le roi dit qii’il n’ên doutait point , et que quand ou servait bien Dieu , on servait bien son roi. Enfin ce furent des merveilles; il eut soin de l’envoyer dîner, ’et de le faire promener dans une calèche : il en a parlé un jour entier en l’admirant. Pour M. d’Andilly, il est transporté, et dit de moment en moment, sentant qu’il en a besoin, il faut s’humilier. Vous pouvez penser la joie que cela me causa , et la part que' j’y prends. Je voudrais bien que mes lettres vous donnassent autant de plaisir que les vôtres m’en don-
t ArnauUI d'Aiulilly iHail l'ami de Sainl-Cyran , el avail en quelque sorte partage' sa disgrâce. Il reparaissait à la courapre^s vingt-six ans d’absence, 4>our remercier le roi qui venait de donner à M. de l’omponne, son flis, la place fie M. de Lionne. Balzac a dit d'.Arnauld d'.Andilly : Il ne rougit point <les vertus rlir.-tiennes, et ne tire point vanité des vertus morales.