I.KTÏRES
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jient. Ma chère enfant, je vous embrasse de tout mon c(Eur.
Aux Rochers, dimanche 27 septembre 4671 .
Je le veux, ma chère fille, ne parlons plus de la perte de nos lettres, cela ennuie de toute façon . je n’ai pas trop de peine à m’en taire présentement ; car. Dieu naerei , je les reçois depuis un mois comme je le puis souhaiter, et vous pouvez m’écrire un peu plus franchement qu’à celui qui les avait prises , et que vous croyez toujours entretenir quand vous m’écrivez; cependant vous voulez fort bien qu’il sache que vous m’aimez , vous ne lui celez rien làdessus, et vous en parlez, ce me semble, sans crainte d’être entendue. Ce que vous me dites sur ce sujet me remplit le cœur. Je vous avoue, que je vous crois , et que cette confiance fait l’unique douceur de ma vie et le but de tous mes désirs : elle est accompagnée de plusieurs amertumes, mais enfin ce sont des suites nécessaires ; et quand on ne souffre que par la tendresse , on trouve de la patience. Je finis toujours ce chapitre le plus tôt que je puis^ je ne le finirais point, si je n’avais un soin extrême de finir.
Je suis ravie què vous ayez une belle^soÈur aimable, et qui vous puisse servir de compagnie et de consolation; c’est une chose que je vous souhaite à tout moment, et personne n’a plus besoin que vous d’une société agréable ; sans cela, vous vous creusez l’esprit d’une si étrange manière , que vous vous détruisez vous-mêrne : vous ne vous amusez point à des bagatelles ; vous rêvez noir, si vous n’avez de la conversation. On ne peut être plus eontente que je le suis de l’approbation que vous donnez à cette aimable bellesœur; je compte que c’est madame de Rochebonne qui a de l’air du eoadjuteur, et son esprit, et son humeur, et sa
plaisanterie. Si vous voulez lui faire mes compliments par avance, vous me ferez beaucoup de plaisir.
Voilà M. de Pomponne en état d’être envié. Vous me ‘ parlez sur cela bien a}j;réablement. Je m’en vais en écrire au bon homme > ; je vous ai dit tout ce que je savais làdéssus : il m’a écrit deux fois depuis sa faveur, et moi aussi deux fois ; il n’a rien de plus sensible que mon amitié, à ce qu’il me mande, et de voir que mes approbations ont vingt ans d’avance gur toutes celles qu’on va donner à son lils , et vingt ans dont il y a eu des années difficiles à soutenir 2. Enfin voici un changement extraordinaire; c’est un plaisir que d’être spectateur. En voici encore un du comte de Gui- • che qui revient; mais je fais la charge de d’HacquevUle , qui est depuis vingt jours au chevet du maréchal {de Gramont) 3, .malade, et qui sans doute vous aura mandé toutes choses, et la visite que le roi lui fit il y a cinq ou six jours. Je crois que Vardes ne sera pas longtemps à recevoir la même grâce que le comte de Guiche; il me semble que leurs malheurs figurent ensemble^ ; c’est à vous à nous mander ce qu’on eh espère en votre pays. Voilà une lettre que j’écri:} à votre évêque ; lisez-la, vous verrez mieux que moi si elle est à propos ou non ; d’ici je ne la crois pas mal , mais ce n’éstpas d’iéi qu’il en faut juger. Vous s(ivez que. je n’ai qu’un trait de plume, ainsi mes lettres sont fort négligées' ; mais c’est mon style, et peut-êti-e qu’il fera autant d’effet ([u’un autre plus ajusté : si j’étais à portée d'en recevoir votre avis, vous savez combien je l’estime, et combien de
fois il m’a réformée ; mais nous sommes aux deux bouts de .
1 M. d’AiuIilly, pt're de M. de Moraponne.
* On a vu que, pendant les discussions relatives au formulaire, les Ariiaiild avaient subi la disgrâce du roi'.
s PiVe du.conitc de Guiche.
* C'était M. de Guiche qui avait écrit la lettre supposée du roi d'Espagne
à la reine de France , sa flile, par laquelle on l'instruisait du coiiiniercr tlu roi avec madame de l.a Valliére. Mais e'élait Vardes qui eonduisait relie intrigue, 'perfidie d'antont plus grande qu'il avait toute la ronflanee du roi. "