‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 118 sur 132 · I.KTTRKS · texte numérisé non relu

I.KTTRKS

la France, en sorte qu’il n’y a qu’une chose à faire, qui est dé juger si ma lettre convient ou non , et sur cela, de la donner ou de la brûler. Ce n’est pas sans chagrin qu’on sollicite une si petite chose, mais il faut se vaincre dans les sentiments qu’on aurait fort naturellement là-dessus; j’ai de plus à vous dire que j’ai vu faire ici des pas pour moins, et que tout ce qui vient tous les ans est excellent , et qu’enfm chacun a ses raisons. Pour vos dates, ma chère enfant, je suis de votre avis; c’est une légèreté que de changer tous les jours ; quand on se trouve bien du 26 ou' du 16, par exemple, pourquoi changer? c’est même, une chose désobligeante pour ceux qui vous l’ont dit. Un homme d’honneur, un honnête homme vous dit une chose bonnement et comme elle est , et vous ne le croyez qu’un jour ; le lendemain, qu’un autre vous dise autrement, vous le croyez.; vous êtes toujours pour le dernier qui parle : c’est le moyen de faire autant d’ennemis qu’il y a de jours en l’an. Ne prenez point cette conduite, tenez- vous au 26 ou au 16, quand vous vous en trouverez bien; ne suivez point mon exemple, ni celui du monde corrompu, qui suit le temps et change comme lui : soyez constante, et croyez qu’au lieu de vouloir vous soumettre à mon calèndrier, c’est moi qui approuve le vôtre : je fais juge M. le coadjuteur ou madame de Rochebonne, si je ne dis pas bien. J’ai grande envie de savoir si vous aurez vu ce pauvre Coulanges ; cela est bien cruel qu’il ait pris la peine de ■faire tant de chemin pour vous voir un moment , et peutêtre point du tout. Le pauvre Léon a toujours été à l’agonie depuis que je vous ai mandé qu’fl se mourait; il y est plus que jamais , et il saura bientôt mieux que vous si la matière raisonne. C’est un dommage extrême que la perte de ce petit évêque; c’était, comme disent nos amis, un esprit lumineux * sur la philosophie. Le vôtre l’est aussi :

1 Celle expression élaii nouvelle, on la devail aux écrivains de Porl- Royal. (A. G.)

VOS Içttreiisontma vie; je ne vous dis pas la moitié ni le quart de l’amitié que j’ai pour vous.

Aux Rochers, mercredi 30 seplciubre 167t.

Je crois qu’à présent l'opinion léonique est la plus assurée ; il voit de quoi il est qtiestion , et si la matière raisonne ou ne raisonne pas, et quelle sorte de petite intellilience Dieu a donnée aux bêtes, et tout le reste. Vous voyez bien que je le crois dans le ciel , o che spero I il mourut lundi matin : je fus à Vitré , je le vis , et je voudrais ne l’avoir point vu. Son frère l’avocat-général me parut inconsolable ; je lui offris de venir pleurer en liberté dans mes bois : il me dit qu’il était trop affligé pour chercher cette consolation. Ce pauvre petit évêque avait trente-cinq ans , il était établi ; il avait un des plus beaux esprits du monde pour les sciences , c’est ce qui l’a tué : comme Pascal, il s’est épuisé. Vous n’avez pas trop affaire de ce détail , mais c’est la nouvelle du pays , il faut que vous en pussiez par là ; et puis il me semble que la mort est l’affaire de tout le monde , et que les conséquences viennent bien droit jusqu’à nous.

Je lis M. Nicole avec un plaisir qui m’enlève ; surtout je suis charmée du troisième traité , des moyens de conserver la paix avec les hommes * : lisez-le , je vous prie , avec attention , et voyez comme il fait voir nettement le cœur humain, et comme chacun s’y trouve , et philosophes , et jansénistes , et molinistes , et tout le monde enfin : ce qui s’appelle chercher dans le fond du cœur avec une lanterne, c'est ce qu’il fait ; il nous découvre ce que nous sentons tous les jours, et que nous n’avons pas l’esprit de démélerv '

> C’esl l'un des plus beaux (raîLés de Nicole. Voltaire l’appelle un chefd’œuvre, auquel on ne trouve rien d'égal en ce genre dans ranli.quilé.

1 Siiele dt Louit .Y/l’.)

LETTKES

OU la siucérité d’avouer; en un mot, je n'ai Jamais vu écrire comme ces messieurs-là. Sans la consolation de la lecture , nous mourrions d’ennui présentement ; il pleut sans cesse ; il ne vous en faut pas dire davantage pour vous représenter notre ti-istesse. Mais vous qui avez un soleil que j’envie , je vous plains d’avoir quitté votre Grignan ; il y fait beau, vous y étiez en liberté avec une bonne compagnie , et , au milieu de l’automne , vous le quittez pour vous enfermer dans une petite ville ; cela me blesse l’imagination. M. de Grignan ne pouvait-il point différer son assemblée? IN’en est-il point le maître? Et ce pauvre M. de Coulanges, qu’est-il devenu? Notre solitude, nous fait la tète si creuse, que nous nous faisons des affaires de tout ; je lis et relis vos lettres avec un plaisir et une tendresse que je souhaite que vous puissiez imaginer, car je ne vous le saurais dire ; il y en a une. dans vos dernières que j’ai le bonheur de croire, et qui soutient ma vie ; les réponses font de l’occupation , mais il y a toujours du temps de reste. Notre abbé est trop glorieux de toutes les douceurs que vous lui mandez; je suis contente de lui sur votre sujet.

Pour La Mousse, il fait des catéchismes les fêtes et les dimanches ; il veut aller en paradis ; je lui dis que c’est par curiosité, et afin d’ètre assuré une bonlie fois si le soleil est un amas de poussière qui se meut avec violence, ou si c’est un globe de feu. L’autre jour il interrogeait des petits enfants ; et, après plusieurs questions, ils confondirent le tout ensemble, de sorte que, venant à leur demander qui était la vierge, ils répondirent tous l’un après l’autre que c’était le créateur du ciel et de la terre : il ne fut point ébranlé par les petits enfants ; mais voyant que des hommes, des femmes et même des vieillards disaient la même ebosé, il en fut persuadé, et se rendit à l’opinion commune. Enfin il ne savait plus où il en était, et si je ne fusse arrivée là-dessus, il ne s’en fut jamais tiré : cette nouvelle

DE MADAME DE SÉVlGiNE. 3(>n

opinion eût bien fait un autre désordre que le mouvement des petites parties. Adieu, ma tri’s chère enfant; vous voyez bien que ce qui s’appelle se chatouiller pour se faire rire, c’est justement ce que nous faisons. Je vous embrasse -très tendrement, et vous prie de me laisser penser à vous et vous aimer de tout mon cœur. •

Aux Rochers, dimanche * oclohre 4671 .

• Vous voilà donc à votre assemblée : je vous ai mandé combien je trouvais mauvais que M. de Grignan l’eût mise en ce temps, pour vous ôter tout l’agrément de votre séjour de campa^ie, et tout le plaisir de votre bonne compagnie. Vous avez perdu aussi le pauvre Coulanges, qui . m’écrit de Lyon tous ses déplaisirs, et ne songe plus qu’à s’en retourner à Pai’is, c’est-à-dire à Autry i, d’où il ne serait pas sorti sans l’espérance de vous voir : toute ’sa con- • solation, c’est de parler de vous avec ce chamarier de Rochebonne, qui ne peut se taire de vos perfections. Si je n’avais point trouvé ridicule de vous envoyer toutes mes lettres, je vous aurms envoyé celle-là avec celle du comte des Chapelles; mais'Voilà sa réponse qui suffira, avec deux au- ^ très lettres que je veux que vous ayez, celle de M. Le Camus et celle de M. d’Harouïs..Je pensé que, pour vous donner le temps de lire tout ce que je vous envoie, la civilité m’obligerait à finir ici ma lettre ; mais je veux savoir aiqiaravant si vous n’avez point ri de la rêverie naturelle que je fis à Vitré, en priant ce gentilhomme de Basse-Bretagne dé nous faire vilement diner. Je cinis que cela vous ferait souvenir de cet homme à la Merci que je voulais qui raccommodât mes manches, et qui était le clerc d’un secrétaire du roi. Mais ce que vous me dites du soleil et de la lune,

• Terre près de Girii, appartenant alors à la sœnr de tloulaiigcs.

* A l'église des pères de la Mord, qui était rue du Chaume.

LETTRES

de M. de Chaulnes et de M. de Lavardin, est très bien dit, . et pour vous, vous êtes toujours sur l’horizon. Cela est vrai, ma fille, vous ne vous reposez jamais, vo,us êtes toujours dans le mouvement, -et je tremble quand je pênse à votre . état et à votre courage, qui assurément passe de beaucoup vès forces. Je conclus comme vous que, quand vous voudrez vous reposer, il ne sera plus temps, et qu’il n’y ‘aura aucune ressource à vos fatigues passées. Cette pensée m’occupe et m’afflige beaucoup, car enfin ce ne sont plus ici les premiers pas, ce sont les derniers : ce sont des brèebes sur d’autres brèches, et des abimes sur des abîmes. Nous en parlons souvent, notre abbé et moi, quoique peu instruits ; mais, à vue de pays, on juge bien où.toiit ceci pebt aller : cet endroit est bien digne de votre attention, ' car il n’y va pas d’une chute médiocre. On va bien loin^ dit-on, quand on est las ; mais quand on a les jambes rompues, on ne va plus du tout. Je crois que vous êtes assez habile pour appuyer sur ces considérations, et pour en parler avec notre coadjuteur, qui a tout ce qui est nécessaire • pour vous bien conseiller , car il a un grand sens, un bon esprit, un courage digne du nom qu’il porte : il. faut tout cela pour décider dans une occasion corame'celle-ci. Notre abbé s’estime bien heureux que vous comptiez son avis pour quelque chose ; il ne souhaite la vie et la santé que pour vous aller donner ses'conseils, et prendre le jeton dont vous savez qu’il s’aide parfaitement bien ‘.Voici, ma chère enfant, une lettre qui n’est pas délicieuse ; mais encore faut-il parler quelquefois des choses importantes qui tiennent au cœur : vous savez d’ailleurs, et je vous l’ai dit en chanson, qu’on ne rit pas toujours. Non, assurément, il s’en faut de beaucoup ; cependant soyez en garde pour ne pas faire de la bile noire : songez uniquement à votre santé, si vous aimez la mienne, et croyez qu’ aussitôt, que je serai délo-

» M. de Grignan n’avait pas une assez grande fortune pour soutenir les df'pcnses énormes qu’il faisait dans son gouvernement. (A.’ G.)

«ée à Pâques, je ne penserai plus qu’à vous aller voir et à vous donner toutes les facilités possibles pour revenir avec moi, dans un degré moins élevé, mais plus commode. Que dit Adhémar du retour du'comte de Guiche? Adieu, mon enfant, je suis à vous. J’embrasse M. le lieutenant-général qui n’est plus chasseur.

Aux Rochers, mercredi 7 octobre.1671.

Vous savez que je suis toujours un peu entêtée de mes lectures. Ceux à qui je parle ont intérêt que je lise de beaux livres. Celui dont il s’agit présentement, c’est cette Morale de Nicole ; il y a un Traité sur les moyens d’entretenir la paix entre les hommes, qui me ravit ; je n’ai jamais rien vu de plus utile, ni si plein d’esprit et de lumière ; si vous ne l’avez pas lu, lisez-le ; et si vous l’avez lu, relisez-le avec une. nouvelle attention : je crois que tout le monde s’y trouve ; pour moi, je suis pereuadée qu’il a été fait à mon intention ; j’espère aussi d’en profiter, j’y ferai mes efforts. N ous savez que je ne puis souffrir que les vieilles gens disent : Je suis trop vieux pour me corriger ; je pardonnerais plutôt aux jeunes gens de dire : Je suis trop jeune. La jeunesse est si aimable qu’il faudrait l’adorer, si l’ame et l’esprit étaient aussi parfaits que le corps ; mais quand on n’est plus jeune, c’est alors qu’il faut se perfectionner, et tâcher de regagner, par les bonnes qualités., ce qu’on perd du côté des agréables. Il y a longtemps que j’ai fait ces réflexions, et, par cette raison, je veux tous les jours travailler à mon esprit, à mon aine, à mon cœur, à mes sentiments. Voilà de quoi je suis pleine et de quoi je remplis cette lettre, n’ayant pas beaucoup d’autres sujets.

Je vous crois à Lambesc, mais je ne vous vois pas bien d’ici ; il y a des ombres dans mon imagination qui vous couvrent à ma vue. .fe m’étais fait le château de Grignan ,

LETTKES

je voyais votre appartement, je me, promenais sur votre terrasse, j’allais à la messe dans votre belle église; mais je UC sais plus où j’en suis : j’attends avec impatience des nouvelles de ce lieu-là et des . manières de l’évèque. Il y avait dans mon dernier paquet une lettre qui me donnait beaucoup d’espérance. Quoique vous ayez été deux ordinaires sans m’écrire, j’espère un peu vendredi d’avoir une lettre de vous, et si je n’en ai point, vous avez été si prévoyante, que je ne serai point en peine; il y a des soins, cornrhc , par exemple, celui-là , qui martiuent tant de boi\té, de tendresse et d’amitié, qu’on est channé. A mm, ma très chère et très aimable; je ne veux point vous écrire davantajïe aujourd’hui, quoique mon loisir soit grand : je n’ai que des riens à vous mander, c’est abuser d’une lieutenante-générale qui tient les états dans une ville, et qui n’est pas sans affaires; cela est bon quand vous êtes dans votre palais d’Apollidon. Notre abbé, notre Mousse, sont toujours tout à vous; et pour moi, ma fille, ai-je besoin de vous dire ce que je vous suis et ce que vous m’êtes ?

Le comte, de Guiche est à la cour tout seul de son air et de sa manière, un héros de roman, qui ne ressemble point au l'este des hommes : voilà ce qu’on me mande.

Aux Rochers, diiiiam'hc U oclobrc Iü71.

Vous ayez été fâchée de quitter G rignan ; vous avez eu raison; j’en ai été quasi aussi triste que vous, et j’ai senti votre éloignement de vingt lieues, comme je sentirais un changement de climat. Rien ne me console que la sûreté où vous serez à Aix pour votre santé ; vous accoucherez au bout de l’an tout juste, j’emploie tous mes jours à songer à ceux de l’année dernière que je passais avec vous ; il est vrai qu’on ne peut pas avoir moins perdu de temps que vous avez fait : mais si , après celle couche-ci , M. de

Griiçnmi ne vous donne quelque repos , eomine on fait à une bonne terre, bien loin d’être persuadée de son amitié , je croirai qu’il veut se défaire de vous ; et le moyen de résister à ces continuelles fatigues'? 11 n’y a ni jeunesse, ni, santé qui n’en soient détruites. Enfin je lui demande pour vous cette marque de sa tendresse et de sîi complaisance ; je ne veux point vous trouver grosse, je veux que vous veniez vous promener avec moi dans ces prés, ({ue vous me promettez, et que nous mangions de ce divin muscat, sans crainte de la colique. Nous ne pensons qu’à notre voyagé.; et si notre abbé peut vous être bon à quelque chose, il sera au dbmble de ses désirs : vous nous souhaitez, il n en faut pas tant pour nous faire voler vers vous. Nous quitterons les Rochers à la lin du mois qui vient ; il me semble que ce sont les premiers p{is, et j’en sens de la joie : j’en aurai beaucoup si vous arrivez à Aix en bonne santé.

Je ne trouve pas bien prudent d’avoir fait ce voyage de Lambesc an milieu de votre sept. Mais quelle folie de s’appeler M. et madame de Grûjnan, et le chevalier de Grignan^, et venir vous faire la révérence 1 Qu’est-ce que ces Grignan-là? Pourquoi n’êtes-vous pas uuû{ues en votre espèce? Celle de vos scorpions me fait grand peur; vous savez bien au moins que leur piqûre est mortelle : je. suis persuadée que, puisque vous avez des bâtiments pour vous garantir du chaud, vous n’êtes point aussi sans de l’huile de scorpion, pour vous servir de contre-poison. Je ne connaissais la Provence que par leS grenadiers, les orangers et les jasmins : voilà comme on nous la dépeint. Pour nous, ce sont des châtaignes qui font notre ornement; j’en avais l’autre jour trois ou (juatre paniers autour de moi; j’en lis bouillir, j’en lis rûtir, j’en mis dans ma poche : on en sert dans les plats, on marche dessus ; c'est la Bretagne dans son triomphe.

• Us t-uiciit (|■ullc maisnii aiirioniK' ctablie à Salon, ri rioiil le nom Pta-ii tingnun.

LETTRES

IM. d'Usez 1 est à sob abbaye près d’ Angers : il m’a envoyé un exprès ; il dit qu’il me viendra voir, mais je n’en crois rien : il dit que vous êtes adorable, et adorée de tous les Grignan , je le crois : vous l’êtes ici au 'moins autant, sans ofTenser personne. Mon oncle est comme je le souhaite sur votre sujet; Dieu nous le conserve I La Mousse approuve fort que vous laissiez reposer votre lettre ; on ne juge jamais bien d’abord de ces sortes d’ouvrages ; il vous conseille même de la faire voir à quelqu’un de vos amis, ils en jugent mieux que nous-mêmes ; en attendant il est tout à vous. Que dirai-je à nos Grignan? Vous êtes bien méchante de leur faire vbir toutes mes folies : pour vous qui les connaissez, il n’est pas possible de vous les cacher ; mais eux avec qui j’ai mon honneur à garder... Adieu, ma chère enfant, je vous recommande ma vie ; vous savez ce que vous avez à faire pour la conserver.

Aux Rochers, mercredi U octobre 1671.

Je m’en vais vous mander un petit secret; n’en parlez pas, je vous prie, si personne ne vous l’a mandé'. Vous saurez que notre pauvre d’Hacquevilie * a tant fait, et s’est si fort tourmenié autour de ses amis , qu’il en est tombé malade ; on prend même plaisir à dire que c’est de la petite-vérole, et qu’il a vu tous les jours M, de Chevreuse qui l’a; je ne le crois point, mais voici ce qui est. On lui a écrit une lettre d’une main inconnue, par laquelle ou lui demande une heure du lendemain, pour une consultation qui doit se faire chez le cardinal de Retz. On marque ensuite toutes les heures du jour, comme il a accoutumé

I Jacques Adhémar de MontcU-de-Grignan, évêque d'Usez.

X C'csldc lui qu’on disait te$ d'Hacqiievitte, parrequ'il était d'un carac- :ére si officieux qu'il se reproduisait en quelque sorte pour le service de ses amis. l.\. tî \

de les employer ; on le prie de venir voir donner un remède à cinq heures à M. le maréchal de Gramont, et d’aller quérir dans son carrosse M. Brayer pour le petit Monaco ; on l’avertit d’envoyer savoir des nouvelles de tous les malades dont on lui fait la liste ; on le conjure de ne pas manquer de se trouver le soir chez mademoiselle de Clisson qui a de grands maux de mère ; on parle du commerce de Pro- ' vence et de tous les pays de l’Europe, et l’on finit par, dormez, dormez, vous ne sauriez mieux faire. Enfin il a montré cette lettre avec un tel chagrin, que je meurs de peur que cela n’augmente sa fièvre. Ne me citez jamais, sur la vie ; on vous le mandera peut-être d’ailleurs.

Je sais que M. de Coulanges a eu le courage de vous • aller chercher à Lambesc. Ma fille, que je l’aime d’avoir pris cette peine! qu’il a bien fait! qu’il est aimable! que je l’emBrasserai de bon cœur ! et que vous méritez bien qu’on en fasse davantage pour vous ! mais tout le monde n’est pas digne de le comprendre, et c’est un mérite que d’ètre entré, comme il a fait, dans cette vérité. Aussi vous lui avez écrit des merveilles , et je vous en loue et vous en remercie , car vous savez comme je l’aime. Adhémar sera trop aise de revenir avec lui.

L’abbé Têtu est retourné en Touraine, n’ayant pu du- ■ rer.à Paris; et pour varier un peu la phrase, il a mené à ce second voyage toute la ca*e’de Richelieu. Si vous pouviez croire que ce fût pour vous que Paris lui fût insupportable, vous seriez bien glorieuse ; mais vous seriez seule de votre sentiment.

Il y a de la division dans la maison de Gramont entre les deux frères^; notre ami d’Hacqueville est fort mêlé làdedans. Louvigny n’a pas assez d’argent pour acheter la charge 3 ; je ne sais si l’on vous mande ce détail.

> Fille d’honneur de Madame ; ellç fui mariée au marquis de Roquelaure.

* te conlle de Guiche ei le comte de I.ouviji;ny, depuis duc de Gramont.

^ De colonel des ^tardes françaises.

LEXÏHKS

J’étais hier dans «ne petite allée à main jiauehe dii^ mail très obscure ; je la trouvai belle : je fis écrire sur un arbre : E di mezzo l’orrore, esce il düetto.

Si M. de Coulanges est encore avec vous, embrassez-le pour moi, en l’assurant que je suis fort contente de lui. Et ces pauvres Grignan n’auraient-ils rien ? Et vous, ma chère petite, quoi ! pas un mot d’amitié?

Aux Ruchers, dimanche <8 octobre 1674. .

L'envie que vous avez d’envoyer ma première lettre à quelqu’un, afin qu’elle ne soit pas perdue, m’a fait rire, et souvenir d’une Bretonne qui voulait avoir un factum qui m’avait fiiit gagner un procès, comme un sûr moyen • de gagner le sien.

Vous voilà donc à Lambesc, ma fille; mais vous êtes grosse jusqu’au menton. La mode de Provence me fait peur. Guoi! ce. n’est donc rien que de ne faire qu’un enfant? une fille n’oserait s’en plaindre, et les femmes en font ordinairement deux ou trois. Je n’aime point cette grosseur excessive ; tout au moins cela vous donne de cruelles incommodités.

Ecoutez, monsieur le Comte , c’est à vous que je parle ; vous n’aurez que des rudesses de moi pour toutes vos douceurs : vous vous plaisez dans vos œuvres ; au lieu d’avoir pitié de ma fille, vous ne faites qu’en rire ; il parait bien ((lie vous ne savez ce que c’est que d’accoucher; mais écoutez, voici une nouvelle que j’ai à vous dire : c’est que, si après ce garçon-ci vous ne lui" donnez quekiue repos, je croirai que vous ne l’aimez point, et que vous ne m’aimez point aussi; je n’irai point en Provence : vos hirondelles auront beau m’appeler, point de nouvelles ; et de plus, j’oubliais ceci : c’est que je vous (itérai votre. fempie : pensez-vous que je vous l’aie donnée pour la tuer, pour

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détruire sa santé, beauté, sa jeunesse? Il n’y a point de raillerie ; je vous demanderai cette grâce à genoux, en temps et lieu : en attendant, admirez ma confiance de vous faire une menace de ne point aller en Provence. Vous voyez par là que. vous ne perdez ni votre amitié, ni vos paroles. Nous sommes persuadés, notre abbé et moi, que vous serez fort aise de nous voir. Nous vous mènerons La Mousse, qui vous rend grâce de votre souvenir : et pourvu que je ne trouve point une femme grosse, et toujours grosse, et encore grosse, vous verrezsi nous ne sommes pas des gens de parole : en attendant, ayez-en un soin extrême, et prenez garde qu’elle n’accouche à Lambesc. Adieu, mon cher Comte.

Je reviens à vous, ma belle, et vous dis donc que je vous plains fort : songez à ne point accoucher à Lambesc. Quand vous aurez passé le huitième, il n’y a plus d’heure. Vous avez présentement M. de Coulanges : qu’il est heureux de vous voir! qu’il a bien fait d’avoir pris courage, et vous de l’avoir pressé! embrassez-le pour moi, et tous vos Grignan, car on ne saurait s’èmpècher de les aimer. Ma tante 1 me mande que votre enfant pince tout comme vous. Elle est méchante ; je meurs d’envie de la voir. Hélas ! j’aurais grand besoin de cet homme noir pour me faire prendre un chemin dans l’air : celui de terre devient si épouvantable que je crains quelqüefois que nous ne soyons assiégés ici par les eaux. ,11 est vrai qu’après vous avoir vue partir pour la •Provence, au milieu des abimês, il faut croire qu’il n’y a rien d’impossible.

Je reviens à votre histoire. Je m’étais moquée de celle de La Mousse ; mais je ne me moque pas de celle-ci : vous me l’avez très bien contée, et si bien que j’en frissonnais en la lisant; le cœur m’en battait ; en vérité, c’est la plus, étrange chose du monde. Cet Au(jer enfin, c’est un garçon

> I.a niarquisr dr J.a Trousse, née Cmilitiiges.

LETTHIiS

({ue j’ai vu, à qui je parlerai, et qui conte cela tout naïvement. : je crois que rien ne peut être plus positif ; c’est un sylphe assurément. Après la promesse que vous faites, je ne doute pas qu’il n’y ait presse à qui vous apportera ici : la récompense est digne d’être bien disputée, et si je ne vous vois arriver, je croirai que cela vient de la guerre que cette préférence aura émue entre eux ; cette guerre sera bien fondée, et si les sylphes pouvaient périr, ils ne pourraient le faire dans une plus belle occasion. Enfin, ma fille, je vous remercie mille fois de m’avoir si bien conté cette histoire d’original ; c’est la première de cette nature dont je voudrais répondre.

Je trouve plaisants les miracles de votre solitaire ; mais s’il les croit, j’en doute fort, et M. de Grignan a grande raison de l’aller prêcher de temps en temps ; sa vanité pourrait bien le conduire du milieu de son désert dans le milieu de l’enfer.’ Ce serait un beau chemin; il n’eût pas été besoin de prendre tant de peine ; s’il ne va que là, on y va fort bien de partout. Je craindrai fort pour son salut, jusqu’à ce que vous m’en assuriez. Je vous crois, et je sais que vous êtes tout comme il faut pour n’être persuadée qu’à bonnes enseignes. Dieu est tout puissant, qui est-ce qui en doute? Mais nous ne méritons guère qu’il nous montre sa puissance.

Je suis fort aise que M. de Grignan ait bien harangué ; cela est agréable pour soi ; on ne se soucie pas des autres. M-. de Chaulnes parla bien aussi, un peu pesamment; mais cela n’était pas mal à un gouverneur. Pour M. de Lavardin, il a la langue fort bien pendue. J’ai mandé à Corbinelli qu’assurément son paquet avait été perdu avec tant d’autres lettres que je regrette tous les jours. Adieu, ma chère enfant ; je vous aime si passionnément que j’en cache uiie partie, de peur de vous accabler. Je vous remercie de vos soins, de votre amitié, de vos lettres ; ma vie tient à toutes’ces choses-là.

DK MADAME DE SÉVKÜVÉ. 3 71)

Aux Rochers, mercredi 21 octobre 1671.

Que votre ventre me pèse, ma chère petite! Songez que vous n’êtes pas seule à étouffer, et que le grand intérêt que je prends à votre santé me ferait devenir habile, si j’étais auprès de vous. Les avis que je donne à la Deville feraient croire à madame Moreau ^ que j’aurais eu des enfants. En vérité, j’en ai beaucoup appris depuis trois ans. J’avoue que d’abord l’honnêteté et la préciosité d’un long veuvage m'avaient laissée dans une profonde ignorance ; mais je deviens matrone à vue d’œil.

Vous avez présentement M. de Coulanges ; il vous aura bien réjoui le cœur; mais quand vous recevrez cetteiettre, vous ne l’aurez plus. Je l’aimerai toute ma vie du courage qu’il a eu de vous aller trouver jusqu’à Lambesc. J’ai fort envie de savoir des nouvelles de ce pays-la. Je suis accablée de celles de Paris ; surtout la répétition du mariage de Monsieur me fait sécher sur pied. Je suis en butte à tout le monde, et tel qui ne m’a point écrit, se réveille pour mon malheur afin de me l’apprendre. Je viens d'écrire à l'abbé [Le Camus) de Pontcarré : « Que je le contt jure de ne m’en plus rompre la tête, ni de la Palatine « qui va quérir la Princesse^, ni du raaréehal du Plessis «qui va l’épouser à Metz, ni de Monsieur qui va con- « sommer à Chàlons, ni du roi qui va les voir à Villers- « Cotterets ; qu’en un mot, je n’en veux plus entendre tt parler qu’ils n’aient couché et recouché ensemble ; que « je voudrais être à Paris pour n’entendre plus parler de tt nouvelles ; que du moins si je pouvais me venger sur les U Bretons de la cruauté de mes amis, je prendrais patience ;

> Madame Moreau avait gardé madame de Grignan pendant sa couche.

* Elisabeth-Charlotte de Bavière, fille de Cliarles-l.ouis, électeur palatin.

LETTHHS

« mais qu'ils sont six mois à tourner sans ennui sur une M nouvelle de la cour, et à la regarder de tous les cOtés ; « que pour moi j’ai encore un petit reste de bel air qui me « rend precteu*e, et qui fait que je me lasse aisément. » En effet, je me détourne des lettres où je crois qu’on me va parler encore de nouvelles, et je me jette avidement sur les lettres d’affaires. Je lus hier avec un plaisir extrême une lettre du bon homme Lamaison i, que j’étais bien assurée qui ne me dirait pas uii mot de ce mariage, mais qui salue toujours fort humblement madame la comtesse, comme si elle était encore à mes côtés. Hélas ! il ne me faudrait guère prier pour me faire pleurer présentement : un tour de mail sur le soir eu ferait l’office.

A propos , il y a des loups dans mon bois ; j’ai deux ou trois gardes qui me suivent les soirs , le fusil sur l’épaule ; Beaulieu est le capihiine. Nous avons honoré depuis deux jours le clair de la lune de notre présence, entre onze heures et minuit. Avant-hier nous \imes d’abord un homme noir ; je songeai à celui d’Au^cr, et je me préparais déjà à refuser sa jarretière. 11 s’approcha , et nous trouvômes que c’était M. de La Mousse. Un peu plus loin nous vîmes un corps blanc tout étendu ; nous approchâmes de celui-là , c’était un arbre que j’avais fait abattre la semaine passée. Voilà des aventures bien extraordinaires ; je crains que vous n’en soyez effrayée en l’état où vous êtes; buvez un verre d’eau, ma fille. Si nous avions des sylphes à notre commandement , nous pourrions vous conter quelques histoires dignes de vous divertir ; mais il n’appartient qu’à vous de voir une telle diablerie, sans pouvoir en douter. Quand ce ne serait que pour parler à Auger, il faut que j’aille en Provence : cette histoire m’a bien occupée et bien divertie; j’en ai envoyé la copie à ma tante, croyant que vous n’auriez pas eu le courage de l’écrire deux fois si bien

> Régisseur de la terre de Bourbilly.

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DK MADAME DE SEVIONE.

et si exactement. Dieu sait quel goiit je trouve à ces sortes de choses en comparaispn des Renaudot ^ , qui égaient leur plume à mes dépens. Adieu , ma chère, belle , je vous vois, et je pense à vous sans cesse. Mille amitiés aux Grignan, à proportion de ce que vous croyez qu’ils m’aiment ; cette règle est bonne; je m’en lie à vous.

Aux Rochers, dimanche 25 octobre 1671. .

Me revoilà dans mes lamentations de .Térémie; je n’ai reeu qu’un paquet cette semaine , et je dois croire l’autre perdu : vous n’avez point été sept jours sans m'écrire; il y a cela entre vos lettres ; ma fille, c'est un démon qui les dérobe , et qui s’en joue , c'est le sylphe d'Auger : quoi qu’il en soit , j’en suis inconsolable. Voilà une lettre pour votre évéque ; vous avez très bien fait d’ouvrir la sienne; elle est toute farcie de tendresse. .Te le prends par ses paroles , et je compte là-dessus plus qu’il ne voudrait : c’est très bien fait ; pourquoi s’cmbarque-t-il dans de si extrêmes protestations? .Te crois que ma réponse n’est point mal : la fin est bien méchante et bien commune ; j’ai quasi donné dans la juttice de croire; mais voilà justement où je ne m’en soucie pas. Si vous n’avez point jeté mes dernières lettres, mandez-moi s’il n’y en a pas une du 30 septembre. Eh bien ! c’est justement celle où vous me disiez de l’avoir reçue, que le diable a emportée : j’en reviens toujours là,

' pareeque j’en suis désespérée. On me mande que le roi a donné un régiment au chevalier de Grignan ; je crois que c’est A dhémar ; si c’est quelque chose de lx)n , j’en suis ravie. Mais que dirons-nous de Coulanges? N’est-ce point le plus joli homme du monde ? .l’ai lu sa lettre , tout comme vous l’avez imaginé , c’est-îi-dire en pâmant de rire : toute

I r.'est-à-dire , des faiseurs de gazelles. L’invcnlion des gazelles esl due aux Renaudot. {.K. <î.)

LETTRES

sa lettre est excellente, et ses chapitres; mon Dieu! que j’ai envie de le voir, de l’embrasser, de parler de vous avec lui ! Il est ravi de tout ce que vous faites, et en vérité il a raison ; on ne peut assez'vous admirer, je ne saurais faire les honneurs de vous ; j’en suis touchée comme les autres, et j’en demeure d’accord avec mes bons amis , sans faire comme la présidente Jeannin : vous souvient-il de ce petit conte? Enfin, ma fille, que vous manque-t-il? vous le renviez sur M. de Pomponne. Au milieu de mon rire , je me suis senti des serrements de cœur qui ne paraissaient point y devoir tenir une place , et que je trouvais fort bien le moyen d’y mettre ; tous chemins vont à Rome , c’est-àdire tout me va droit au cœur. M. de Coulanges écrit tout cela bien plaisamment , et nous en avons d , comme vous l’avez prévu , et assurément aux mêmes endroits. J’examinerai bien cet hiver, avec lui , tous les chapitres , et surtout celui de la coiffure ; il me parait assez comme celui d’Aristote dans son chapitre des chapeaux. Mais le chocolat, qu'en dirons-nous? i\ 'avez-vous point peur de vous brûler le sang ? Tous ces effets si miraculeux ne nous cacheront- ils point quelque embrasement? Dans l’état où vous êtes, ma chère enfant, rassurez-moi , car je crains ces mêmes effets. J’ai aimé le chocolat , comme vous savez ; il me semble qu’il m’a brûlée , et depuis , j’en ai bien entendu dire du mal ; mais vous dépeignez et vous dites si bien les merveilles qu’il fait en vous, que je ne sais plus qu’en penser. Cet endroit de la lettre de Coulanges est très plaisant, mais entout, je vous assure qu’elle est plaisante. Adieu , ma très chère et très aimable , je prendrai grand plaisir à lire le chapitre de la tendresse que vous avez pour moi , je vous promets de demeurer fixée dans l’opinion que j’en ai ; mais, pour plus grande sûreté, soyez fixée aussi à m’en donner des marques, comme vous faites. Vous savez avec (juelle passion je vous aime, et quelle inclination j’ai eue toute ma \ie pour \ous : tout ce qui peut m’avoir rendue

DE MADA.ME DE SEVIGÎSE. •

haïssable venait de ce fonds ; il est en vous de me rendre la vie heureuse ou malheureuse. J’embrasse le Comte. La marquise de Coëtlogon prit tant de chocolat, étant grosse l'année passée , qu’elle accoucha d’un petit garçon noir comme un diable, qui mourut. Il est vrai que les lettres de * notre petit ami ^ ne sont nullement agréables , 11 y a trop de paroles; il fait bien d’ètre honnête homme d’ailleurs. Je fais réponse à M. de Coulanges ; ma tante ne le croit plus auprès de vous."

Aux Rochers, mercredi 28 octobre 1671.

Des scorpions, mu lille! il me semble que c’était là un vrai chapitre pour le livre de M. de Coulanges. Celui de l'étonnement de vos entrailles sur la glace et sur le chocolat est une matière que je veux traiter à fond avec lui , mais plutôt avec vous, et vous demander de bonne foi si vos entrailles n’en Sont point offensées, et si elles ne vous font point de bonnes coliques, pour vous apprendre à leur donner de telles antipérislases ^ : voilà un grand mot. J’ai voulu me raccommoder avec le chocolat ; j’en pris avanthier pour digérer mon dîner, afin de bien souper, et j’en pris hier pour me nourrir, afin de jeûner jusqu’au soir : il m’a fait tous les effets que je voulais ; voilà de quoi je le trouve plaisant, c'est qu’il agit selon l’intention. Je ne sais pas ce que vous avez fait ce matin ; pour moi , je me suis mise dans la. rosée jusqu’à mi-jambes pour prendre des alignements ; je fais des allées de retour tout autour de mon parc, qui seront d’une grande beauté ; si mon fils aime les bois et les promenades , il bénira bien ma mémoire ;

t Ce petit ami est, soit d'Hacqueville, soit La Mousse. Ce ne peut-être M. de Sévigné, qui n'était plus aux Rochers.

* Terme de philosophie qui vient du grec, et signifie l'action de deux qualités rontraires, dont l'tine donne do la vigueur et de l'arlivité à l'autre.

LETTHKS

mais, a propos de mère, ou accust^ celle du marquis de

S ’ de l’avoir fait assassiner; il a été criblé de cinq ou

six coups de fusil ; on croit qu’il en mourra : voilà une l)elle scène pour notre petite amie. Je mande à mon fils que j.'approuve le procédé de cette mère, que voilà comme il faut eorriger les enfants, et que je veux faire amitié avec elle. Je crois qu’il est à Paris votre petit frère ; il aime mieux m’y attendre que de revenir ici ; il fait bien. Mais que ditesvous de mon mari, l’abbé d’Effiat? Je suis bien malheureuse en maris : il épouse une jeune nymphe de quinze ans 2, fille de M. et de madame de La Bazinière, façônnière et coquette en iJerfection ; le mariage se fait en Touraine ; il a quitté quarante mille livres de rente de bénéfices-pour. Dieu veuille qu’il soit content, tout le monde en douté, et trouve qu’il aurait bien mieux fait de s’en tenir à moi.

M. d’Harouïs m’écrit ceci : « Mandez à madame de Cabi- « GNAX 3 que je l’adore; elle est à ses petits états; ce ne « sont pas des gens comme nous , qui donnons des cent « mille écus; mais au moins qu’ils lui doiment autant « qu’à madame de Chaulnes pour sa bien-venue. » 11 aura l)eaii souhaiter, et moi aussi ; vos esprits sont secs , et leur cœur s’en ressent; le soleil boit toute leur humidité, et c’est ce qui fait la bonté et la tendresse. Ma fille, je vous embrasse mille fois, je suis toujours -dans la douleur d’avoir perdu un de vos paquets la semaine passée : la Provence est devenue mon vrai pays ; c’est de là que viennent tous mes biens et tous mes maux. J’attends toujours les

> Henri de Senneterre (Sl.->eclaire), marquis de ChÂteauneut, vicomlc de Lestranpes, fui blessd à Privas le 13 octobre 1671, d l’oecation d’un grand diffrrtnd qu'il avait avec ta mère, et mourut de ses blessures le 23 du même mois. (Morrri.)

* Marie-Aune Bertrand de la Bazinière n'êpousa point l’abbé d’EflIal, comme le bruit en courait alors; elle épousa depuis le comte de Nancré.

s Plaisanterie au sujet de la méprise d’un gentilhomme breton, qui, buvant la santé de madame db Grigsam, pendant les états, disait madama DB CABIG^AN, CO qui fut suivi de plusieurs autres Bretons. (A. G.)

Die

lOogle

vendredis avec impatience, c’est le jour de vos lettres. Saint-Pavin > fit autrefois une épigramme sur les vendredis, qui étaient les Jours qu’il me voyait chez l’abbé; il parlait aux Dieux , et finissait :

MuUiplicz les vendredis,

Je vous quille de lout le reste.

.4 l’applicazione , signora. M. d’Angers* m’écrit des merveilles de vous ; il a fort vu M. d’Usèz , qui ne peut se taire de vos perfectiobs ; vous lui êtes très obligée de son amitié ; il en est plein , et ia répand aveè mille louanges qui vous font admirer. Mon abbé vous aime très parfaitement , La Mousse vous honore , et moi je vous quitte : ah I marâtre , un mot aux chers Grignan.

.Aux Rochers, dimanche l*r novembre 1671.

Si cette première lettre de Coulanges que j’ai perdue était comme Its trois autres , il en faut pleurer; car, tout de bon , on ne peut écrire plus agréablement : vous faites, un dialogue entre vous autres , qui vaut tout ce qu’on peut dire ; chacun y dit son mot très plaisamment. Pour vous , ma fille , je vous reconnafs bien à consentir que Coulanges s’en aille demain , plutôt qu’à demeurer avec vous toute sa vie ; cette éternité vous fait peur, comme à moi d’aller en litière avec quelqu’un ; je ne veux point vous dire la seule personne du monde avec qui j’y voudrais aller. Je

1 Poêle dont Saint-Marc a recueilli les oeuvres, et dont Boileau avait mis la dévotion au rang des choses impossibles. .Au reste, son athéisme ne l’empêchait pas d’être crédule. Il se convertit, dit-on, par suite d’une vision. La même nuit que mourut Théophile, son médecin et son ami, il s’entendit appeler à plusieurs reprises. Son domestique l’ayant assuré qu’il avait ouï la même voix, Saint-Pavin renonça à .ses opinions impies, et se fil dévot.

* Henri .Arnauld, évêque d’.Vngers.

3 Jacques Adhemar de Mouteil, évêque d’Usèz, oncle de M. de Grignan.

386 » • LETTRES

suis fort aise de connaitre Jacquemart et Marguerite * ; il me semble que je suis avec vous tous , et il me semble que Je vous vois et M. de Coulanges. U faut avouer que vous êtes une honnête fenlme de vous ajuster comme vous faites en Provence avec votre mari , et d’avoir passé neuf mois avec nous à Paris , comme une vraie demoiselle de Lorraine : vous souvient-il de ce manteau noir dont vous nous honoriez tous les jours? J’espère que je renouvellerai tous vos ajustements quand j’arriverai à Grignan; mais point de grossesse, ipon cher Grignan, je vous en conjure tendrement ; ayez pitié de votre aimable femme , laissez-la reposer comme une bonne terre; si vous me le promettez, je vous aimerai de tout mon cœur. Je comprends , ma fille, la crainte .que vous avez de perdre votre premier président 2 ; votre imagination va vite , car il n’est point en danger : voilà les tours que me fait la mienne à tout moment; il me semble toujours que tout ce que j’aime, tout ce qui m’est bon , va m’échapper ; et cela donne de telles trJstesses à mon cœur, que si elles étaient continuelles comme elles sont vives , je n’y pourrais pas résister ; sur cela il faut faire des actes de résignation à l’ordre et a la volonté de Dieu. M. Nicole n’est-il pas encore admirable là-dessus? J’en suis charmée, je n’ai rien vu de pareil. 11 est vrai que c’est une perfection un peu au-dessus de l’humanité , que l’indifférence qu’il veut de nous pour l’estime ou l’improbation du monde ; je suis moins capable que personne de la'comprendre; mais, quoique dans l’exéeution on se trouve faible , c’est pourtant un plaisir que de méditer avec lui , et de faire réfiexion sur la vanité de la joie, ou de la tristesse, que nous recevons d’une telle fumée; et à force de trouver ses raisonnements vrais, il

• C’esl ainsi qu’on nomme à Lambcsc les deux Agurcs qui Trappcnt les heures à l’horloge du heffroi de celte ville, où se trouvait alors madame de Orignan pendant la tenue de l’assemhlée des l'ials de Provence.

* M. Forhin d’Oppùde; il mourut le 14 novembre.

DE MADAME DE SEVlC.>iE. 387

ne serait pas impossible qu’on s'en servit dans certaines occasions. En un mot, c’est toujours un trésor, quoi que nous en puissions faire , d’avoir un si bon miroir des faiblesses de notre cœur. M. d’Andilly est aussi content que nous de ce beau livre.

M. de Coulanges vous a gagné votre argent; mais vous, avez bien ri en récompense : rien ne peut égaler ce qu’il a écrit à sa femme. Je ne crois pas que je Je quitte cet hiver, tant je serai ravie de parler de vous avec un homme qui vous a vue et admirée de si près. Pour Adhémar , puisqu'il est méchant, je le chasserai; il est vrai qu’il a un régiment , et qu’il entrera par force. On me mande que ce régiment est une distinction agréable; mais n’est-ce point aussi une ruine? Ce que je trouve de bon, c’est que le roi se soit souvenu du chevalier de Grignan , en absence ; plût à Dieu qu’il se souvint aussi de son ainé, puisqu’il va bien jusqu’en Suède chercher de fidèles serviteurs ! On dit que M. de Pomponne fait sa charge comme s’il n’avait jamais fait autre chose ; personne ne s’y est trompé.

J’aime le coadjuteur de m’aimer encore. Adhémar, chevalier, approchez-vous , que je vous embrasse ; je suis .attachée à ces Grigiian. Il s’en faut bien que le liv/e de M. Nicole fasse en moj d’aussi beaux effets qu’en M. de- “Grignan ; j’ai des liens de tous côtés, mais surtout j'en ai un qui est dans la moelle de mes os ; et que fera là-dessus M. Nicole? Mon Dieu!. que je sais bien l’admirer; mais que je suis loin de cette bienheureuse indifférence qu’il nous veut inspirer ! Adieu , ma très chère petite ; ne me plaignez-vous point de ce que je vais souffrir , présentement que vous êtes dans votre neuj'ième? M. le Cortkte, j’ai ^en de la peine à vous pardonner d’avoir mis encore ma fille en cet état , et je suis bien aise que vous remarquiez quand je ne fais point mention de vous dans mes léttres : voilà justement ce que je voulais. Çonsçrvcz-vous, ma fille , si vous m’aimez. Je sens la tristesse de voir tous

. LK'iTllUS

VOS visages de Paris vous quitter l’uii après I autre; il est vrai que vous avez votre mari, qui est aussi un visage de Paris. Ma lille, il ne faut point se laisser oublier dans ce pays-là, il faut que je vous ramène, je vous en ferai demeurer d’aecord.

• Le mariage de l’abbé d'Effiat n’est point fait , comme on me l’avait mandé ; il demande du temps pour y penser, et Je crois cette affaire rompue.

. Anx Rochers, mercredi! novembre 1671.

Ah ! ma fdle, il y a aujourd’hui deux ans qu'il se passa une étrange scène à Livry i , et que mon cœur fut dans une terrible presse ; mais il faut passer légèrenient sur de tels souvenirs. 11 y a de certaines peiisées qui égratignent la tète. Parlons un peu de M. ïNicole ; il y a longtemps que nous n’en avons rien dit. Je trouve votre réflexion foi1 bonne et fort juste sur l’indifférence qu’il veut que nous ayons pour l’approbation ou l’improbation du prochain. Je crois, comm£ vous , qu’il faut un peu de grâce , et que la philo- • Sophie seule ne suffit pas. Il nous met à si haut prix la paix et l’union avec le prochain, et nous conseille de’ l’acquérir aux dépens de timt de choses, qu’il n’y a pas moyen après cela d’étre indifférente sur ce que le monde pense de nous. Devinez ce que je fais : je recommenct» ce traité; je voudi-ais bien en faire un bouillon et l’avaler. Ge qu’il dit de l’orgueil et de l’amour-propre , qui se trouvent dans toutes les dj^putes, ’et que l’on couvre du beau nom de l’amour de la vérité, est. une chose qui me ijivit. Enfin ce traité est fait poui' bien du monde ; mais je crois qu’on n’a eu principalement que moi en vue. Il dit que

I II s'aRil cifcore ici de la fausse eouelic de madamr.de Grigiian, 'arrivée à l.ivry le k novembre 1669.

DK .MADAME DE SEVKiAE.

réltKiuencc et' la facilite de parler donnent nn certain éclat aux pensées ; cette expression m’a paru belle et nouvelle; le mot d’éc/af est bien placé, ne le trouvez-vous pas? ' Il faut que nous relisions ce livre <à Grignan ; si j’étais votre garde pendant votre couche , ce serait notre fait ; mais que puis-je vous faire de si loin ? Je fais dire tous les jours la messe pour vous ; voileà mon emploi , et d’avoir bien des inquiétudes qui ne vous servirait de rien , mais qu’il est impossible de n’avoir pas. Cependant j’ai dix ou douze ouvriers en l’air, qui élèvent la charpente de ma chapelle, qui -courènt sur les solives, qui ne tiennent à rien , qui sont à tout moment sur le point de se rompre le cou, qui me font mal au dos a force de leur aider d’en bas. On songe à ce bel effet de la Providence, que fait la cupidité ; et l’on remercie Dieu qu’il y ait des bonimes qui , pour 1 2 sous , veuillent bien faire ce que d’autres ne feraient pas pour cent mille écus. « O trop heureux ceux qui (f plantent des choux !. quand ils ont un pied à terre, l’au- « tre n’eu est pas loin. » Je tiens ceci d’un bon auteur'^. Nous avons aussi des planteurs qui font des allées nouvelles, et dont je tiens moi-même les arbres, quand il ne pleut pas à verse ; mais le temps nous désole, et fait qu’on souhaiterait un sylphe pour nous porter à Paris. Madame de La Fayette me mande que , puisque vous me contez sérieusement l’histoire d’^lw^er, elle est persuadée que rien n’est plus vrai, et que vous ne vous moquez point de moi. Elle croyait d’abord que ce fût une folie de Coulanges, et cela se pouvait très bien penser ; si vous lui en écrivez^ que ce soit sur ce ton.

M. de Louvigny, comme vous voyez, n’a pas eu la force

1 Cette eipression, ainsi placée, était en etTet noiiveilo à celle époque, , et elie devait frapper madame do Sévigné, qui eiic-méuie était fertile en expressions de ce genre. K y a une belle étude A faire sur les expressions ainsi créées par nos grands écrivains et sur les époques où elles furet t introduites dans notre langue.

* De Rabelais, dans Canurge.

LETTUES

d’acheter la charge* de SOU père. Voilà M. de La Feuiliade^ bien établi ; je ne croyais pas qu’il dût si bien rentrer dans le chemin de la fortune. Ma tante a çu une bouffée .de fièvre qui m’a fait peur. Votre petite fille a mal aux dents et pince comme vous , cela est plaisant. Que vous dirai-je de plus? Soi\ge;5 que je suis dans un désert; jamais je n’ai vu moins de monde que cette année. La Troche, qûe j’attendais, est malade. Nbuà sommes donc seuls, nous lisons beaucoup, et l’on trouve le soir et le lendemain comme ailleurs. Adieu, ma chère enfant, je suis à vous sans aucune exagération , ni fin de lettre, hxuta la muerte (jusqu’à la mort) inclusivement; j’erabrasse M. de Claudiôpolis 3, et le colonel Âdhémar et le beau chevalier. Pour M. de Grignan , il a son fait à part.

Aux Rochers, mercredi 11 novembre 1671,

Plût à Dieu, ma fille, que de penser continuellement à vous avec toutes les tendresses et les inquiétudes possibles vous pût être bon à quelque chose 1 II me semble que l’état ou je suis ne devrait point vous être entièrement inutile ; cependant il ne vous sert de rien ; et de quoi pourrait— il vous servir à deux cents lieues de vous ? Je crois, que l’on . . songe à tout où vous êtes , qu’on a toutes les prévoyances, qu’on a pris le bon parti , entre aller à Aix ou retourner à (irignan, qu’on a fait venir de bonne heure une sage-femme pour vous y accoutumer un peu , et vous épargner au moins ce qu’on peut vbus épargner, je veux dire le chagrin et l’impatience que donne un visage entièrement in-

< De colonel des gardes françaises.

2 François d’Aubusson, duc de La Feuillade, succéda au maréchal de Urainunt dans la charge de colonel des gardes françaises.

3 M le coadjuteur d’.Arles. 11 avait été sacré évêque (le Claudiopulis Ir M décembre 1067. fM.'

DE MADAME 1)Ë SÉVfG?lÉ.' 3!)1

connu. Pour une garde, il faut que vos femmes vous secourent en cette occasion; elles se souviennent de tout le manège de madame Moreau; et vous , nja fille , vous aurez soin de garder le silence , et vous ne croirez pas faire , comme à Paris , un fort bon marché , d’acheter le plaisir de parler par un grand accès de fièvre. Que vous dirai“je enfin , et que vous puis-je dire que des choses A peu près de cet agrément? J’ai la tête pleine de tout ceci , je vous en parle, cela eSt naturel ; si cela vous ennuie, cela est naturel aussi : je ne suis point blessée de toutes les choses qui sont à leur place ; il faudrait dope ne point vous écrire jusqu’à ce que je susse que vous êtes accouchée, et ce serait une étrange chose ; il vaut mieux , ma fille, que vous accoutumiez votre esprit à souffrir les pensées justes et naturelles dont on est rempli dans certaines occasions : peut-être que vous serez accouchée quand vous ' recevrez cette lettre ; mais qu’importe , pourvu qu’elle vous trouve en bonne santé. J’attends vendredi avec dè* . grandes impatiences; voilà comme je suis à toujours pousser le temps avec i’épaule , et c’est ce que je n’aimais point à faire, et que je n’avais fait de ma Vie , trouvant toujours que le temps marche assez , sans qu’on le hâte d’aller. Madame de La Fayette me mande qu’elle vous va écrire ; je crois qu’elle n'aura pas manqué de vous apprendre que La Marans entra l'autre jour chez la reine à la comédie espagnole , tout effarée , ayant perdu la tramontane dès le premier pas; elle prit la place de madame Dufresnoi*; on se moqua d’elle ^ comme d’une folle très mal apprise.

L’autre jour, Pomenars passa par ici^ il venait'de Laval, où il trouva une grande assemblée de peuple; il demanda ce que c’était. C’est , lui dif-on , que l’on pend en effigie un gentilhomme qui avait enlevé la fille de M. le

I Femme du premier eummi» de M. de Louvois ; elle avait une charge chez la reine.

392 ‘ ' LliTTHES

comte de Créance; cet homme-là , sire, c était lui-même K II approcha; il trouva que le peintre l’avait mal habillé, il s’en plaignit; il alla souper et coucher chez le juge, qui l’avait condamné^; le lendemain , il vint ici se pémant de rire; ilen partit cependantdèsle grandmatin, lejourd’après.

Pour des devises, hélas ! ma fille, ma pauvre tête n’est guère en état de songer, ni d’imaginer ; cependant’, comme il y a douze heures au jour, et plusrle cinquante à la nuit; J’ai trouvé dans ma mémoire une fusée poussée fort haut , avec ces mots : Che péri, pur che s'’innalzi. Plût à Dieu que je l’eusse inventée ! je la trouve toute faite pour Adhémar : qu’eWe périsse pourvu quelle s'élève; je crains do l’avoir vue dansces quadrilles ; jenem’en souviens pourtant pas précisément ; mais je la trouve si jolie , que je ne crois point qu’elle vienne de moi*. Je me souviens bien d'avoir vu dans un livre, au sujet d’un amgnt qui avait été assez hardi pour se déclarer, une fusée en l'air, avec ces mots : Da V ardore T ardire ^ : elle est belle , mais ce n’est pas cela. Je ne sais même si celle que je voudrais avoir faite est dans la justesse des devises ; je n’ai aucune lumière là-dessus ; mais en gros elle m’a plu ; et si elle était bonne, et qu’elle se trouvât dans les quadrilles, ou dans un cachet, ce ne serait pas un grand mal ; il est difïicile d’en faire, de toutes nouvelles. Vous m’avez entendue mille fois ravauder sur ce demi-vers du Tasse que je voulais employer à toute force , Valte non iemo : j’ai tant fait que le comte des Chapelles a fait faire un cachet avec un aigle qui approche du soleil , l'altc qon temo '* ; il est joli. Ma pauvre

• Allusion à l’épllre de Marol au roi, pour avoir élé dérobé.

* Dans un carrousel donné par Louis 'XIV, madame deSévigné avait sans doute remarqué la devise du comte d'Illicrs, et ce souvenir lui était resté. Le père Bouhours, dans sou Enlrelien lur tes deviret, la rapporte ainsi : le corps est le môme, et le mol est poco duri, pur che m'iana/zi : q’u’elle dure peu, pourvu qu'elle m'élève.

•t Sfa hardiC'ie rient de mon ardeur.

t Je ne crains pas de m’élever. Ou liieii, je ne crains pas les choses étevees.

enfant, peut-être que tout cela nê vaut rien, et je ne m’en soucierai guère, pourvu que vous vous portiez bien.

■Aux Rochers, dimanche 15 novembre 1671.

Quand je vous ai demandé si vous n’aviez point jeté mes dernières lettres, c’était un air ; car, de bonne foi, quoi- ([u’elles ne méritent pas tout l’honneur que vous leur faites, je crois qu’après avoir gardé celles que je vous écrivais quand vous faisiez des poupées, vous garderez encore celles-ci : mais il n’y a plus de cassettes capables de les contenir : hélas ! il faudra des coffres.

Je ne crois pas qu’il y ait rien de plus plaisant que ce que vous dites du nom à'Adhémar. Enfin la seule rature de ses lettres, c’est à la signature *. Je suis bien empêchée pour le nom du régiment ; je vous en ai mandé mon avis. ..Vous savez comme je suis pour Adhémar, et que je voudrais le maintenir au péril de ma vie ^ ; mais je crains que nous ne soyons pas les plus forts. Pour la devise elle est jolie.

Che péri, pur chc m’ innalzi.

Voilà le vrai discours d’un petit glorieux, d’un petit ambitieux, d’un petit téméraire, d’un petit impétueux , d’un petit maréchal de France. J’ai bien envie d’en savoir votre avis, et où je l’ai pêchée, car je ne crois pas l’avoir faite. Pour M. .de Grignân, ah 1 je le crois ; je suis assurée qu’il aime mieux une grine que vous ; et sur ce pied-là,

. A Le chevalier de Grignan avait pris depuis peu le nom d’Adhémar, et il n’avait pas encore l'hatiitude de le signer,

*■ Le régiment dont il s’agit était un de ceux qu'on nommait dans la cavalerie, régimêtilt des genlilihommet, ctqui portaient le nom des colonels. Celui-ci s’appela Grignan, et ne quitta ce nom’ qu’à la mort du marqiiis «le Grignan, arrivée en 1701.

* Le corçs de cette devisé était une fusée volante.

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