‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 122 sur 132 · AU COMTE DE BUSSY · texte numérisé non relu

AU COMTE DE BUSSY

A Paris, ce Si janvier 1672.

Je trouve fort plaisant, mon cousin, que ce soit précisément dans la chambre de notre petite sœur de Sainte-Marie que l’envie me prenne de vous écrire. 11 semblerait quasi que notre amitié fût fondée sur la sainteté de notre grand’mère. Le moyen d’en juger autrement, en voyant que tant d’autrçs lieux, où Je vous al vu, me font moins souvenir de vous que celui-ci, où je ne vous ai vu de ma vie ! Vous avez ici une fille qui contribue à ce miracle! Elle n’est non plus sotte que si elle vous voyait tous les jours, et elle est aussi sage que si elle ne partait pas de Sainte-Marie. C’est une créature dont le fond est d’un christianisme fort austère, chamarré de certains agréments de Rabutin, qui lui donnent un charme extraordinaire. Je doute que tous vos autres enfants vaillent mieux que celle-ci. Mais en voilà assez pour lui donner de la vanité. J’ai été huit mois en Bretagne, pendant lesquels je ne me suis jamais trouvé assez d’esprit pour vous écrire. J’ai eu dessein de ressusciter notre commerce à mou retour, et je commence ici. Bon jour, bonne œuvre. Je ne vous dirai point de nouvelles, et je ne vous parlerai point du prochain. Vous savez tout ce qui se passe, au moins je le veux croire : car je ne crois pas qu’il soit trop sûr d’écrire de certaines choses :

On sait de ccnî iwquets les Irisles aventures,

El tous les grands chemins sont remplis de parjures.

Il y a des comédies nouvelles dont j’ai la vanité de croire que vous jugerez comme moi. Adieu, mon cousin; vous ne sauriez croire combien je mérite l’honneur de votre amitié.

LGTTAES

il8 . — DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ.

A (’.haseu, ce 38 janvior 1672.

Savez-vous bien, Madame, ce (|ui fait que vous m’écrivez de Sainte-Marie, où vous ne m’avez jamais vu, plutôt (|ue de mille autres lieux où vous m’avez vu mille fois? C’est que ma tille vous y fait ressouvenir de moi ; et qu’étant bientôt lasse deS matières qu’on traite en ces lieux-là, vous usez une partie du temps de votre visite à faire une lettre à son père. Ainsi, Madame, tout ce que j’en puis juger, c’est que vous aimez mieux parler au monde qu’à moi ; mais que vous aimez mieux me parler qu’à Dieu; vous en conviendrez , si vous êtes sincère. Quand j’ai lu l’endroit où vous me mandez que ma fille n'est non plus sotte que si elle me voyait tous les jours, et quelle est aussi sage que si elle ne partait pas de Sainte-Marie, je croyais qu’il y eût, aussi sage que si elle ne m'avait jamais vu. Car effectivement une demoiselle peut devenir agréable à fne pratiquer ; mais il est difficile qu’elle devienne par là bonne religieuse. Ma fille de Sainte-Marie eu est une , à ce que j’ai appris par d’autres que. par vous ; et le témoignage que vous me donnez des agréments de son esprit est ce qu’on appelle l’approbation des docteurs. Ses sœurs ont aussi leur mérite, et si ma disgrâce leur a fait perdre des avantages du côté de la fortune, elle leur en a donné du côté de la bonne nourriture et de l’esprit. Vous me deviez écrire de Bretagne : nous y avons perdu tous deux. Vous vous moquez de me mander que vous ne vous êtes pas trouvé assez d’esprit pour cela. Songez-vous à faire de belles lettres pour moi? il me parait qu’elles ne le peuvent être dès qu’on y songe. 11 est vrai que je sais ce qui se passe; mais je ne le saurais point, si tous mes amis avaient sur cela autant de prudence que vous.

Avez-vous fait les deux \ers (|iie \oiis m’envovez sur

UE MADAME l>E SÉVIGNK. . 437

ce sujet? les avez-vous retournés, ou seulement copiés? Ils sont capables de faire trembler tous les gazetiers de France ; il est vrai qu’en voici qui les rassurent :

Qu’il se perde tant de laquets Qu’on dit tous les jours par la ville.

Ce sont contes à plaisir; mais,

Pour un perdu , l’on en dit mille

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