‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 131 sur 132 · I.KTTRKS · texte numérisé non relu

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affligée de son état: vous savez comme je l’ai toujoui-s mée,et si je le lui ai témoigné. Ce que vous dites sur le cœur adamantino est admirable : ce serait une grande commodité de l’avoir ainsi, non pas comme celui que nous entendons, mais adamantino au pied de la lettre : sans cela, on souffre mille sortes de tourments. Il est vrai que l’amour doit être bien glorieux : il l’est bien aussi ; mais que M. de Grignan est heureux d'ètre si cbrétien ! j’espère qu’il me convertira.

On ne donne point la charge de M. de Lauzun ; vous pouvez raisonner là-dessus et sur son embrasement ; mais, c'eût été une belle aventure , s’il eût brûlé ce pauvre .M. Fouquet, qui supporte sa prison héroïquement , et qui n’est nullement désespéré. On ne parle que de la guerre : le roi a deux cent mille hommes sur pied; toute l’Europe est en émotion ; on voit bien , comme vous dites , que la pauvre machiné ronde est abandonnée. Nous parlons souvent de vous , le cardinal ( de Retz ) et moi : il vous aime fort ; et moi , que fais-je , à votre avis? Ma pauvre tante vous remercie de votre aimable souvenir. La Mousse tremble pour sa philosophie. Parlez un peu au cfirdinal de vos machines, des machines qui aiment, des machines qui ont une élection pour quelqu’un, des machines qui sont jalouses , des machines qui craignent : allez , allez , vous vous moquez de nous ; jamais Descartes n’a prétendu nous le faire croire.

A Paris, mercredi 30 mars 1672.

N’étes-vous point trop aimable? Enfin , ma chère fille , vous aimez mes lettres, vous voulez qu’elles soient grandes , et vous me flattez de la pensée que vous les aimez moins quand elles sont petites; mais ce pauvre Grignan

DE MADAME DE SEVlGxNE. 4«:>

a bien affaire d’avoir la complaisimce pour vous de lire de tels volumes. Je me souviens toujours de l’avoir vu admirer qu’on pût lire de longues lettres : il a bien changé d’avis : je me fie bien à vous au moins pour ne. pas lui montrer ce qui le pourrait ennuyer. Je vous fais une réparation ; je croyais que vous n’aviez point fait de réponse au cardinal ; vous l’avez faite très bonne. Il faut aussi que je vous avoue que j’ai supprimé méchamment • les compliments de madame de Villars ; je vous ai parlé d’elle dans mes lettres, et me suis bien gardée de vous ren- • dre tout ce qu’elle m’avait dit : ne soyez pas fâchée contre elle; elle vous aime et vous admire : je la vois assez souvent ; elle est ravie de parler de vous , et de lire des morceaux de vos lettres; cela me donne pour elle un attache-' ment très naturel. Elle partira à Pâques, malgré la guerre ; elle en sera quitte pour revenir , si les Espagnols font les méchants. Comme ils ont beaucoup d’argent, ces Villars i, aller et venir, et faire un grand équipage, n’est pas une chose qui mérite leur attention. On dit que les Anglais ont battu cinq vaisseaux hollandais , et que l’ambassadeur a dit au roi 2 que le roi son maitre avait commencé la guerre sur la mer, et qu’il le suppliait de lui tenir sa parole , et de la commencer sur la terre.

Vous savez, ma fille, ce que m’est le nom de Roquesante^, et quelle vénération j’ai poui* sa vertu. Vous pouvez croire que sa recommandation et la vôtre me sont fort considérables ; mais mon crédit ne répond pas à mes bonnes intentions. Vous m’avez dit tant de bien du président dont il est question, qu’on se ferait honneur de le servir, si on avait quelque voix en chapitre : j’en parlerai au ha-

1 Ce passage est ironique. M. de Villars avait peu de fortune. II avait été nommé ambassadeur i Madrid. (A. G.)

* Cliaries 11, roi d’Angleterre.

s Conseiller au parlement d'Ai:r, homme intègre et d'un vrai mérite. Juge de Fouquet, il fut de l’avis le plus favorable. Madame de Sévigné, amie de Fouquet, avait voué au conseiller une profonde csliiiic.

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sard; mais, eu vérité, tout est si caché à Versailles, qu’il faut attendre en paix les oracles qui en sortent. Pour VI. de Ro([uesante, si vous ne lui faites mes compliiîlents en particulier, vous êtes brouillée, avec moi. Vous avez frissonné de la fièvre de notre abbé, je vous en remercie; mais comme vous étiez seule à frissonner, que l’abbé ne frissonnait point du tout, vous sentez bien que je n’ai point frissonné. Son mal était une émotion continuelle sans aucun accident : il s’est gouverné sagement, et je suis persuadée que c’est de la santé pour vingt ans. Dieu le veuille! je lui ai fait toutes vos amitiés; il en est très touché. Ma* tante ne parle que pour vous remercier ; son état touche le cœur des plus indifférents : elle enfle tous les jours, les remèdes ne font point d’effet ; elle me disait tantôt : Enfin, ma chère, voilà ce qui s’appelle une femme abandonnée. Elle se dispose à mourir, et en parle sans frayeur; elle est seulement étonnée qu’il faille tant de douleurs pour faire mourir une personne si faible. Il y a des manières de mourir bien rudes et bien cruelles; la sienne est des plus pitoyables qu’on puisse voir : elle reçoit mes soins avec une grande tendresse ; je lui en rends de la même façon ,. et suis si extrêmement touchée de ses douleurs et de l’horrible désespoir de ma cousine, qu’il m’est impossible de n’en pas pleurer.

Voilà, ma fille, une réflexion qui me vient sur les pertes fréquentes que vous faites au jeu , et sur cellea de M. de (irignan : prenez-y garde, ma fille, il n’est pas agréable d’être la dupe ; soyez persuadée que ce n’est pas une chose naturelle de gagner et de perdre continuellement. Il n’y a pas longtemps qu’on m’avoua le fredon de l’hôtel de la Vieuville; vous souvient-il de cette volerie? Il ne faut pas croire que tout le monde joue comme vous : voilà ce que l'intérêt que je prends à vous me fait dire : comme il vient d’un cœur qui est à vous, je suis assurée que vous le trouverez bon. INe trouverez-vous point 1h)ii aussi de savoir

• 1)K MADAME DE SEVIONE. -|S,j

que Kéroual *, dont l’étoile avait été devinée avant qu’elle partit, l’a suivie très fidèlement ? Le roi d’Angleterre l’a aimée; elle s’est trouvée avec une légère disposition à ne pas haïr: enfin, elle se trouve grosse de huit mois; voilà (|ui est étrange. La Castelmaine est disgraciée : c’est ainsi qu’on en use dans ce royaume-là. Pendant que nous sommes sur ce ton, je vous dirai, avec la permission de la sa- .

gesse de M. de Grignan, que le petit-fils de F ^ pt du

chevalier dq Lorraine (je ne sais si je me fais bien entendre), est élevé pêle-mêle avec les enfants de madame d’Armagnac, à la vue du publie ; et l’on fit un grand jeu . au retour du chevalier d’éprouver la force du sang: il confirma tout ce qu'on dit là-dessus, et trouva cet enfant si joli, et s’y attacha d’une telle sorte, qu’enfin on lui dit la vérité : il en fut ravi, et madame d’Armagnac continue sa bonté, et le nourrit sous le nom du chevalier de Lorraine : si vous savez tout cela, voilà qui vous ennuiera beaucoup. Adhémar est tout propre à vous conter ces bagatelles : je me sens aussi du relâchement pour les nouvelles, sachant qu’il est en lieu de vous les mander beaucoup mieux que moi.

Je reçois votre lettre du 23, écrite sur la plume des vents, aussi bien que la mienne du vendredi. Ah! ma fille, qu’elle est aimable, quoiqu’elle ne soit point une réponse! elle eu vaut mille fois mieux. C’est donc là ce que vous m’écrivez, quand vous n’avez rien à rrife dire : voilà qui me ravit ; vous me dites mille tendresses, et je vous avoue que je me laisse doucement flatter à cette aimable vérité. Qui est donc ce Breton que vous servez pour l’amour de moi ? 11 est vrai que tous les Provençaux me sont de ([uelque chose.

('.'est aujourd’Iuii l’acte du pauvre abbé-* : quelle folie!

' Elle devint diiclicssc de Corlsnioulli.

s Celle inilialc désigne Mlle de Fiennes, fille d'Iionnenr île la reine. (M.)

^ l.ouis-Joseph Adhémar de Monteil, frère de M. de tirignun, noinnn-

LETTliES

on s’eu va disputer contre lui, le tourmenter, le poiutiller ; il faut qu’il réponde à tout : pour moi, je suis persuadée que rien p’est plus injuste que ces sortes de choses, et que cela rend l’esprit d'une rudesse et d’une contrariété insupportable. Vous me parlez du temps; notre hiver a été admirable, trois mois d’une belle gelée ; voilà qui est fait, le printemps commence; rien n’est plus sage que nous; pourquoi êtes-vous si extravagants? J’ai horreur de l’inconstance de M. de Vardes : il a trouvé cette conduite dans la fin de sa passion, sans aucun sujet que de n’avoir plus d’amour : cela désespère; mais j’aimerais encore mieux cette douleur, que d’être quittée pour une autre ; voilà noti’e vieille querelle. 11 y a bien d’autres sujets sur quoi je n’approuve pas M. de Vardes. Si Corbinelli me souhaite en Provence, il fait ce que je fais tous les jours de ma vie.

M. et madame de Coulanges sont trop honorés de toutes vos douceurs; ils vous écriront : je les vois partir avec un grand chagrin : M. de Coulanges prétend bien revoir Jacquemart et Marguerite ‘ avant que de mourir. Pour madame de Coulanges, elle ira à Grignan ; nous l’y recevrons, quand elle m’aura fait les honneurs de Lyon. Je ne vois pas d’Hacqueville en huit jours, je l’excuse, et ne l’en aime pas moins. Pour vous, ma chère fdle, comptez que je suis à vous, et que votre amitié fait la véritable joie de ma vie, et fotre absence la véritable douleur. Mon cher Grignan, hélas! faut-il passer sa vie sans voir les gens du monde que l’on aime le plus? On m’a dit ce soir que l’abbé de.Grignan avait fait des merveilles en Sorbonne : notre cardinal en est ravi.

PU 1680 à l’évéché d’Évreiix,ct pou dp temps aprt's à celui de Carcassonne. Il avait alors vin;;t-liuit ans. (A. G.)

I Déni figures dp l'Iiorlpgc du belTroi de Lanibesc, qui frappent les beures.

I)K MAUAMK DE SEVKiAE.

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