AU COMTE DE BUSSY
A Livry, ce 38 juin 1655.
Je me doutais bien que tôt ou tard vous médiriez adieu,
I Hugues (le Kabutiti, grand-prieur de l’ordre de Malle.
» L’abbc de Coulanges.
> M. Giraull était un ami de Ménage, qui demeurait avec lui.
* Celle nouvelle était fausse; Louis-Charles d’Albert, duc de Luynca, uc mourut qu’en 1690, et il ne peut être ici question du connétable son père, mort dés le 15 décembre 1631 .
et que si ce n’était chez moi , ce serait du camp devant Landrecy. Comme je ne suis pas une femme de cérémonie, je me contente de celui-ci, et je n’ai pas songé à me fâcher que vous eussiez manqué à l’autre. Je m’étais déjà dit vos raisons, avant que vous me les eussiez écrites, et je suis trop raisonnable pour trouver étrange que la veille d’un départ on couche chez le baigneur * . Je. suis d’une grande, commodité pour la liberté publique, et pourvu que les bains ne soient pas chez moi, je suis contente; mon zèle ne me porte pas à trouver mauvais qu’il y en ait dans la ville.
Depuis que vous êtes parti, je n’ai bougé de ce beau désert, ici, où, pour vous parler franchement, je ne m’afflige point trop de vous savoir à l’armée. Je serais une indigne cousine d’un si brave cousin, si j’étais fâchée de vous voir, cette campagne, à la tête du plus beau corps qui soit en France, et dans un poste aussi glorieux que celui que vous tenez. Je crois que vous désavoueriez des sentiments moins nobles que ceux-là ; je laisse aux baigneurs d’en avoir de plus tendres et de plus faibles; chacun aime à sa mode; pour moi je fais profession d’être brave, aussi bien que vous : voilà les senthnents dont je veux faire parade. Il y aurait peut-être quelques dames qui trouveraient ceci un peu romain, et remfraient grâce an.r Dieux de nèlre pas Romaines.
Pour conserver encor quelque chose d’humciin.
Mais là-dessus j’ai à leur répondre que je ne suis pas aussi tout-à-fait inhumaine, et qu’avec toute ma bravoure, je ne laisse pas de souhaiter, avecautant de passion qu’elles, que votre retour soit heureux. Je crois, mon cher cousin,
1 Au moment de p.irtir pour l’armée, Bussy oublie de voir sa cousine: et, pour se justifier, il lui écrit qu’il a passé ta nuit chez un baigneur. C’est à cette lettre que Madame de Sévigné fait allusion, et 1a lettre suivante de Bussy explique le véritable motif de son absence.
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(jue VOUS nVi) doutez pas, et que je demande à Dieu de tout mon cœur (ju’il vous conserve. Voilà l’adieu que je vous aurais fait, et que je vous prie de recevoir d’ici, comme j’ai reçu le vôtre de Landrecy.