‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 19 sur 132 · DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

An camp devant Landrecy, le 3 Juillet 1655.

D’où vient que je ne reçois pas de vos lettres, Madimie? Me croyez-vous encore en Catalogne cette campagne, ou me grondez- vous de ne vous avoir point dit adieu ? Pour le premier, je vous ai promis de venir en Flandre; et- pour l’autre, je vous ai dit de si bonnes raisons, que vous seriez de fort méchante humeur’ si vous n’en étiez satisfaite.

Mandez-moi, je vous prie, des nouvelles de l’amour du surintendant, vous n’obligerez pas un ingrat ; je vais vous dire à la pareille, des nouvelles du mien pour ma Chimène; il me semble que je vous fais un honnête parti, quand je vous offre de vous dire un secret pour des bagatelles.

Vous saurez donc que la veille de mon dépait de Paris fut employée aux adieux , aux protestations de s’aimer toute la vie , et à toutes les marques les plus tendres que deux personnes qui s’aiment fort peuvent se donner de leur amour.

Ici je te permets, trop fuléle mémoire,

De cacher à mes sens le comble de ma gloire

On se promitde s’écrire souvent, et le malheur des lettres d’amour qui tombent tous les jours entre les mains du tiers et du quart, nç nous rebutant point d’en écrire, o» résolut de s’écrire, sans chiffres, toutes les choses par leur nom. L’on convint seulement que les lettres seraient

I Vers lie l'hilippc Habert, dans son Temple île lu Mort.

brûlées aussitôt qu'elles auraient été lues. Après cela l’on recommença de se prouver par de bons effets que l’on s’aimait éperdument. Ensuite, l’amour étant un vrai rccommenceur, l’on se redit les mêmes choses qu’auparavant en d’autres termes i et quelques-unes en mêmes mots; on y ajouta seulement de^ assurances dcnejiunais rien croire au désavantage de chacun : quekiues larmes suivirent ces assurances ; elles furent encore mêlées d’un moment de plaisir , et puis on ne fit autre chose que de pleurer ,en se ({uittant.

Voilà, Madame, mon histoire amoureuse; je pense que celle du surintendant n’est pas si gaie, ni si lamentable ; je vous supplie de me la mander, quelle (pi’ellesoit. Adieu, ma belle cousine.

18 — HF. MADAME DE AE COMTE DE Bl’SSV.

A Paris, le U juillet 165.5.

Voulez-vous toujours faire honte à vos parents? IN'e vous lasserez-vous jamais de faire parler de vous toutes les campagnes? Pensez- vous que nous soyons bien aises d’entendre dire i[ue M.. de Turenne mande à la cour ({ue vous n’avez rien fait qui vaille à Landrecy?. En vérité, c’est avec un grand chagrin que nous entendons dire ces choseslà, yt vous comprenez bien de quelle sorte je m'intéresse aux affronts que vous faites à notre maison. Mais je ne sais, mon cousin, pourquoi je m’amuse à plaisanter, car je n’en ai pas le loisir, et, si peu que j’aie à vous dire, je le devrais dire sérieusement ; je vous dis donc que je suis ravie du bonheur que vous avez eu à tout ce que vous avez entrepris. Je vous ai écrit une grande lettre, de Livry, que je crains bien que vous n’ayez pas reçue; j’aurais (luelque regret qu’elle fût perdue, car elle me semblait assez badine.

LETTRES

Je me trouvai hier chez madame de Montglas S qui avait reçu une de vos lettres, et madame de Gouville aussi : je croyais en avoir une chez moi ; mais je fus trompée dans mon attente, et je jugeai que vous n’aviez pas voulu confondre tant de i .u’es merveilles! J’en suis bien aise, et je prétends avoir un de ces jours une voiture^ à part. Adieu, mon cousin ; legazetier parle de vous légèrement : bien des gens en ont été scandalisés, et moi plus que les autres ; car je prends plus d’intérêt que personne à tout ce qui vous touche. Ce n’est pas que je ne vous conseille de quitter Renaudot de ses éloges, pourvu que M, de Turenne et M. le Cardinal soient toujours bien informés de vos actions.

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