AU MÈMFv
\ Paris, le 19 juillet 1655.
Voici la troisième fois que je vous écris depuis qpie vous êtes parti ; c’est assez pour vous faire voir que je n’ai rien sur le cœur contre vous. J’ai reçu l’adieu que vous m’avez fait de Landrecy, pendant que j’étais à Livry, et je vous ai fait réponse en même temps : je vois bien que vous ne l’avez pas reçue, et j’en suis au désespoir; car, outre qu’elle était honnêtement tendre, c’est qu’elle était assez jolie, à ce qu’il me semblait; et comme elle vous était destinée, je suis bien en colère qu’un autre en ait eu le plaisir. Depuis cela je vous ai encore écrit par un laquais que vous avez envoyé ici , lequel était chargé de plusieurs lettres pour de belles (lames Je ne me suis point amusée à vous chicaner sur
ce qu’il n’y en avait point pour moi, et je vous fis une pe-
' Maîtresse de Bussy; clic était en son nom Huraull de Chiverny, et pelite-nile du chancelier.
* Lucie de Cottentin de Tourville, femme de Michel d’Argouges, marquis de Gouville.
3 Allusion aux lettres alors si célèbres de Voiture, et qui sont aujourd'hui tombées dans un juste oubli.
* Mesdames de Montglas et de Gouville.
DE MADAME DE SÉVIGNE. 2ô
lite lettre en galopant, qui a dù vous’faire connaître, qnoi- <jue assez mal arrangée , la sensible joie que j’ai eue de votre bonheur à vos gardes de Landreey, dont la nouvelle nous est venue ici le plus agréablement du monde par des gens de la cour, qui nous ont assuré que M. le cardinal de Mazarin avait dit beaucoup de bien de vous devant le roi, lequel en avait dit lui-même, et ensuite toute la cour, (pii avait fort loué cette dernière action. Vous*pouvez croire (|ue ma joie n’a pas été médiocre d’entendre dire tout cela de vous; mais, pour en revenir à mon conte, ce fut donc sur cela que je vous écrivis ma seconde lettre, et cinq ou six jours après, j’ai reçu celle où je vois que vous vous plaignez de moi. Cependant, mon pauvre cousin, vous voyez bien (pie vous n’en avez aucun sujet ; et là-dessus on peut tirer une belle moralité : c’est qu’il ne faut jamais condamner personne sans l’entendre. Voilà ce que j’avais à vous (lire pour ma justification : peut-être (pi’une autre aurait pu réduire les mêmes choses en moins de paroles; mais il faut que vous supportiez mes défauts en faveur de mon amitié; chacun a son style; le mien, comme vous voyez, n'est pas laconique.
Je ne crois pas avoir jamais rien lu de plus agréable que la description (pie vous me. faites de l’adieu de votre maitresse. Ce (pie vous dites que l’amour est un vrai recommenceur est tellement joli, et tellement vrai, que je suis étonnée (pie, l’ayant pensé mille fois, je n’aie jamais eu l’esprit tie le dire. Je me suis même (piei(piefois aperçue (pie l’amitié se voulait mêler en cela de contrefaire l’amour, et (pi’en sa manière elle était aussi une vraie recommenccuse. Cependant, quoiqu’il n’y ait rien de plus galant cpie ce que vous me dites, sur toute voti-e affaire, je ne me sens point tentée de vous faire une pareille confidence sur ce qui se passe entre le surintendant et moi, et je serais au désespoir de pouvoir vous mander quelque chose d’appi*ochant. J’ai toujours avec lui les mêmes précautions et les mêmes craintes ;
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LETTRES
(le sorte ([ue cela retarde nottiblenient les progrès (|u’il voudrait faire. Je crois (m’il se la.sscra cnrm de vouloir recommencer toujours inutilement lami*me chose. Je ne l’ai ..Ml que deux fois depuis six semaines, à cause d’un voyage que j’ai fait. Voilà ce que je puis vous en dire, et ce qui en est. Usez. aussi bien de mon secret que j’userai du vôtre ; vous avez autant d’intérêt que moi de le cacher.
Je ne vous dis rien de l’aventure de Bartet', je crois qu’on vous l’aura mandée, et qu’elle vous aura fort diyerti; |M)ur moi, je l’ai trouvée tout-à-fait bien imagUiée. Il y îi une dame qu’on accuse d’avoir été les premiers jours demander si c’était un affront que cela, parcequ’elle avait ouï dire à l’intéressé que ce n’était qu’une bagatelle. On dit que présentement il commence à sentir son mal, et à trouver qu’il eût été mieux qu’il n’eût pas été tondu. Adieu, mon pauvre cousin; ce n’est point ici une jolie lettre, ni une réponse digne de la vôtre, mais on n’est pas ‘toujours en belle humeur. Il y a huit jours que je suis malade, cela fait tort à ma vivacité. Aimez-moi toujours bien, car pour moi, je fais mon devoir sur votre sujet, et je vous souhaite un heureux retour.