DU COMTE DE DISSY A MADAME DE SÉVIGNÉ
* .4 Bavay, ce 15 aoül 1655. .
J’ai reçu vos'trois lettres. Madame, celle de Livry est ef- ' fectivement très plaisante; mais, comme vous dites aussi, elle n’est pas la plus tendre du monde. Vous me pariez de désespoir et de larmes, tout exprès, ce me semble, pour .me dire <pie ce n’est pas pour moi; je sais bien que je n’y dois pas prétendre, mais vous n’aviez que faire de m’exaf^érer si fort vos faiblesses pour un autre, et votre fermeté ' pour moi; quand on aime bien les gens qui vont è l’armée, on a plus de. crainte pour le danger de leurs personnes que • de joie dans l’espérance de l’honneur qu’ils vont acquérir.'
Je jurerais qu’il y a des mouvements de dépit dans ce que vous m’écrivez. Sur la fin, pourtant, vous vous radoucissez un peu„ et ,‘ craignant que ce que vous me mandez sur mon départ ne sente trop la rudesse de Rome naissante, vous vous radoucissez sur mon retour.
Pour votre lettre du 14 juillet, il n’y a rien de si obligeant ni de si flatteur que ce que vous me dijes siir mes gatdes de Landrecy ; j’ai bien ri en lisant vos contre-vérités, et la honte qu’c vous me mandez avoir eue des mauvaises actions que j’ai faites.
Pdur votre troisième lettre, je vous dirai que, [lour n’élre
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pas d’un style Iaconi((ue, elle ne laisse pas d’ètre fort agréable; je serais bien fâché qu’elle fût plus courte, et vous avez tort de dire que vous écririez mieux si vous n’étiez malade ; vous vous portez mieux que vous ne pensez , et moi, ma chère cousine, je suis à vous mille fois plus tendi'ement que je ne saurais l’exprimer.
Je vous écris fort à la hâte, parcequ’il y a une heure que l’armée est en marche; je ne vous écris pas en galopant, comme vous me mandiez l’autre jour que vous faisiez , mais je vais galoper dans un moment pour vous avoir écrit.