‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 23 sur 132 · DU MÊME A LA MÊME · texte numérisé non relu

DU MÊME A LA MÊME

■ Uu camp d’Angres, It 7 uctulirc IC35.

Je suis fort aise. Madame, que vous m’assuriez que M. le surintendant souhaite de trouver que j’ai raison dans l’affaire qu’on a voulu me susciter avec lui. Cela ne laisse pas de me surprendre , et je trouve fort extraordinaire qu’il • aime mieux avoir sujet de se plaindre de madame de Martel que de moi.

M, le cardinal de Mazarin a été une seconde fois à l’armée pour voir Condé et Saint-Guilain , et pour laisser ces ■ places en état de ne rien craindre en hiver, et de se passer de nous jusqu’au printemps. Son Éminence m’a fort bien traité, et m’a fait donner mille écus pour achever ma campagne.

Il y a deux ou trois jours qu’en causant avec M. de Tureiine je vins à vous nommer; il me demanda si je vous voyais; je lui dis qu’oui, et qu’étemt cousins-germains, et de même maison, je ne voyais pas une femme plus souvent (juc vous; il me dit qu’il vous connaissait, et qu’il avait été vingt fois chez vous sans vous rencontrer ; qu’il vous estimait fort, et qu’une marque de cela était l’envie qu’il avait de vous voir, lui qui ne voyait aucune femmfe ; je lui dis

DE MADAME DE SÉVIGiÂlÉ.

que VOUS m’aviez parlé de lui; que vous aviez su l’houueur qu’il vous avait fait, et que vous m’aviez témoigné lui en être très obligée.

A propos de cela. Madame, il faut que je vous dise que Je ne pense pas qu’il y ait au monde une personne si généralement estimée que vous ; vous êtes les délices du genre humain : l’antiquité vous aurait dressé des autels, et vous auriez assurément été déesse de quelque chose. Dans notre siècle, où l’on n’est pas si prodigue d’encens, et surtout pour le mérite vivant, on se contente de dire qu’il n’y a point de femme à votre âge plus vertueuse ni plus aimable que vous. Je connais des princes du sang , des princes étrangers, de grands seigneurs façon de princes, de grands capitaines , des gentilshommes, des ministres d’État, des magistrats et des philosophes, qui fileraient pour vous si vous les laissiez faire. En pouvez-vous demander davantage? A moins que d’en vouloir à la liberté des cloîtres, vous ne sauriez aller plus loin.

J’oubliais de vous dire qu’il y a deux mois que Humières i disant à IS'ogent 2 quelque chose qui lui déplut , celui-ci donna du bout de ses gants sur le chapeau de l’autre. M. le cardinal et M. de Turenne défendirent à Humières, de la part du roi, d’en avoir aucun ressentiment ; mais La Châtre, son beau-ft’ère, fit appeler Nogent par un gentilhomme de ses parents nommé Sainte-Fère, lieutenant d’Humières. Nogent ne voulut point se battre, et il dit de- ' puis qu’il n’avait tenu qu’à Sainte-Fère qu’il n’eût satisfait La Châtre. Il y a huit jours que Sainte-Fère lui faisant un éclaircissement là-dessus, Nogent le traita de petit mignon, et ne lui voulut donner aucune satisfaction. Sainte-Fère, qui tenait un fouet de postillon à la main , lui en donna (luelques coups. Nogent dit qu’il n’avait point été frappé, et que Humières a voulu le faire assassiner. Humicres dit

I Louis de Crevant d'Iluniièrcs, maréchal de France en Ififi?

î Armand de Beautru, comte de Nogent.

LETTRES

qu'il u'a uucuue pai’tucela, (|ue \t*iilal)leni«‘ul, s'il avait cru être offensé, il aurait lait donnei- cent coups de Mton à ' Nogent par un de ses domestiques, et mèine il veut bien que INogent croie que c’est lui qui lui a fait faire cette insulte . .

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