‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 3 sur 132 · VI · texte numérisé non relu

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surpris ses amis, comme lui-mème, dans toutes les illiisiotis’dc sa fortune. Madame de Sévigm; eu fut presque atteinte , et elle eut sujet de craiudre*poiir elle-même. L’aimable veuve s'était engagée dans une correspondance d'esprit et de badinagé amical ; confiance innocente et bien naturelle envers celui qui lui avait donné la meilleure preuve d’une sorte d’estirite que d’ordinaire riiomme puissant et libéral ne garde pas plus' pour un sexe que pour l'autre. On sut bientôt que dans les papiers de Foiiqiiet se trouvaient des lettres qui compromettaient beaucoup de femmes connues à la cour. Celles de madame de Sévigné ne pouvaient lui faire tort. Le 'secrétaire d'état Le Tellier les avait , dans ce même temps , déclarées le$ plus honnéles du monde; mais il se pouvait que sa franche gaieté eôl traité, selon leur mérite, certaines choses et. certaines personnes ; et il y a des temps où' des railleries passeat pour des complots. Une lettre de Bussy fait voir que ses appréhensions furent assez fortes pour <|u’elle crût devoir quelque tenips se retirer dans une campagne éloignée *. La cabale qui avait renversé Fuuquet voulait qu'oN le crût soutenu par un parti puissant. Dans ces cas-là, on fait porter les premiers coups sur tout ce qui se présente : c'est la marche ordinaire dans les révolution^ des cours comme dans les autres. Ou y connaît également l'usage des vengeances particulières : deux réllexions qu'il faut mettre à côté des alarmes et des précautions de madame de Sévigné, pour expliquer ce qu’elles semblaient avôh- d’excessif.

. Il faut bietit en effet , qu'elle n'ait point étéjéelleuient eoinpromise, puisque bientôt nous la voyons paraître avec éclat au milieu de cette cour que i.oufs XIV cummenvait à rendre si brillante. Les fêtes de Versailles , des années 1,6(54 et 1665 . ne périront point dans la mémoire des hommes, leur composilion ingénieuse et leur élégante magnificence les ayant n'nducs dignes de ce pinceau historique dont Voltaire immortalise tout ce qu'il touche *. Madame de Sévigné , quoique faite poui orner ce grand théâtre de ses propres charmes, ne s’y produisait plus (|ne pour jouir des succès de sa iille, qui, dans la

I Mémoires de Bussy, iii-i", Iuiik' II, pjijtc îft7.

ï Siècle de Louis XIV, cliap. 2.“.

SUH MADAME DE SEVIÜNE. ■ XVII

première tleiir de sa beauté, pleine d'esprit et de talents , rut* présentée en 1663^ Mademoiselle de Sévigné eut un rôle dans ces ballets où le roi Ini-inéme dansaiP devant une cour nombreiise. Elle y représentait une bergère. Voici les vers que fit pour elle Bcnserade c qui avait (dit Voltaire) un talent singu- «lier pour ces pièces galantes, dans lesquelles il faisait tou- « jours des allusions délicates et piquantes aux caractères des « personnes, aux personnages de l’antiquité ou de la Fable tt qu'on représentait , ou aux passions qui animaient la M cour. » ■ ‘

Déjà cette beauté lait craindre sa puissance, • ' .

Et pour nous mettre en butte à d’eitrèilies dangers,

Elle entre justement dans l'âge où l'on commence A distinguer les loups d’avecque les bergers.

D^iis le ballet de 1664, mademoiselle de Sévigné figurait un Amour déguisé en nymphe maritime, et le poète lui disait-:

Vous travestir ainsi, c’est bien être ingénu Amopr, c’est comme si, pour n’étre pas connu, .

Avec une innocence extrême Vous vous déguisiez en vous-même.

■ Elle a vos traits, vos yeux et votre air engageant.

Et de même que vous, sourit en égorgeant;

Enfin, qui fit l’.un a fait l’autre.

Et Jusques à sa mère, elle esttoinme la vôtre.

Kiilin, sous le personnage d’Omphale, elle iiispira ce madrigal, où sa mère est enco.re célébrée avec elle :

Blondins accoutumés à Taire des conquêtes, .

' Devant ce jeune objet si charmant et si doux, ■ ' ' '

Tout grands héros que vous êtes, li ne faut pas laisser pourtant de filer doux.

L’ingrate foule aux pieds Hercule et sa massue. .

Quelle que soit l’offrande, elle n’est point reçue.

Elle verrait mourir le plus fidèle amant.

Faute de l’assister d’un regard seulement, i

Injuste procédé, sotte façon de faire Que la pucelle-tient de madame sa mère.

Et que la bonne dame au courage inhumain,

Se iHs.sjint aussi peu d’étre belle que sage.

Encore tous les jours applique à son usage,

Au détriment du genre limnain.

‘ Il n'esi pas, je crois , superflu d’observer que c'esi dans cc niènie temps que madame de Sévigné agissait et s'intéressait avec tant de chaleur pour Fouquet. L’air et les succès do la cour ne faisaient point sur elle leur ordinaire efTei , celui d'inspirer l'oubli des malheureux.

Dans le même temps , d'autres amis en disgrâce éprouvaient . aussi sa lidéliié. Les Jansénistes résistaient alors à la cour, au clergé, aux parlements, au pape même. Quelques lignes , condamnées par celui-ci , élaient-elles ou n'élaient-elles pas dans Jansénius? En les lui. imputant, personne né s'élait avisé de citer l’endroit du livre. Voliaire s'en étonne, comme si cela seiil'eût tranché la qneslion. Mais la bulle du pape était sous les yeux de tout le monde, el on n’en éiait pas pins d'accord sur cette autre question : si la bulle faisait Jansénins auteur de ces lignes. Apparemment Jansénius même n'en eût pas été cro. Madame de Sévigné. ne s'intéressait guère à ces choses qu’à causé des personnes. Mais ses rappttrts avec Port-Royal étaient intimes. C'est une particularité peu importante, il est vrai, mais encore moins connue, qu’elle avait. posé la première pierre d’une aile de cette maison , coiistniite aux dépens de*son oncle, le chevalier de Sévigné. qui s’y était retiré. Celui-ci fut sans doute tourmenté par les suites du formulaire. D’ailleurs, ce qu’il y^avait de plus illustre parmi ces illustres solitaires, la famille Ârnauld était alors en exil. On verni combien soii amitié était affectée de leurs chagrins.

Bientôt rétabrisscmcnt de ses enfants, cl surtout le mariage de sa fille, devinrent son unique sollieilnde. Celle-ci avait à peine vingt ans;- et un événement qui devait troubler son bonheur, semblait trop tardif à cette mère désinlére.ssée. Ellemême poiirlaiil avait repoussé plus d'une occasion. Elle voyait bien peu de gendres pour une telle tille. Elle peint agréablement son industrie à faire naître les difficultés pour écarieï tel aspirant, dont elle augurait mal. L’affaire très avancée manqua deux fois. Deux Provençaux très distingués, MM. de Caderousse et dé Merinville, recherchèrent mademoiselle de Sévigné. Le mauvais succès du premier fut pour elle une bonne fortune , à en juger par les Mémoires du temps. Enfin, le 29 janvier 1669, elle fut mariée à un autre Provençal, au comte.de Grignan. I.a

Smi MADAMt DK ÜKMDMK.

Mille lies Lelircs fait assex coiiiiailre Iccaraclère de cel époux et le succès de celle union.

Madame de Sévigné coininença peu après l'élablissemenlde sou fils, en lui âctietaiil une charge iniliiaire. C'élait |>ourelle deux grands sacrifices de fortune à la fois ; mais elle parail,si peu. s'en apercevoir, qu'on se ferait scrupule d'en relever le léger mérite.

« Madame de Sévigué s’élail flattée qu'eu faisant le mariage « de sa fille avec un homme de la cour, elle passerait sa vie « avec elle. Mais à quelque temps de là, M. de Grignan, qui « était licülenaut-général au gouvernement de Provence, reçut U l'ordre de s'y rendre ; et dans la suite, il y cpminauda pres- « que toujours dans l'absence du duc de Vendôme, qui en (I était gouverneiir » Alors commença pour madame de Sévigiié un second veuvage . plus pénible pcul-ctre que le premier; je parle des absences de sa fille, auxquelles nous devons les Lettres de la mère. Ces intervalles , (|u'elle regardait comme son mauvais temps, sont devenus les boils momenis'de la postérité : nous jouissons de ses privations, ét dès qu'elle rentre. , en jouissance, noussommes privés à noire tour: lellemeniqu'oii se surprend à regretter que, pour nos plaisirs, elle n'aii pas éié plus souvent et plus longtemps affligée par celle séparalioii.

Quoi qu'il eu soit, depuis cette époque, la vie de madame de Sévigné est dans les Lettres qu’on va lire. Quelques voyages, la perte' de plusieurs amis, les campagnes, les dangers , les espérances, les légers écarts et le mariage de son fils, surtout les diverses fortunes de sa fille , enfin quelques aceidents de sa propre santé, borment les seuls événemeirts de cette vie. Aussi pauvre de faits que riebe de senlimenls, elle ne fournirait qu'un récit aride, au lieu que sa plume sait en vivifier les plus petits détails. Il me suffit d’avoir éclairé ravant-scèiic jusqu'ici inconnue de ce drame intéressant; que l’héroïne parie désormais elle-même.

U reste pourtant quelques particularités que ses Lettres seules ne fournissent pas, ou qui ne s'y laissent qu'à peine deviner par des rapprochements minutieux.

• Tiré lie l'aiiç onne préfacé de Perrin.

ixoricE

Le niuriage de M . de Sévigné , en 1 68i , par i<‘s sacritices i|ue .

(il celte généreuse inèfe, la mit dans une sorte de gène et de malaise. On entrevoit qu'alors, soit pour améliorer sa fortune, soit pour d'autres motifs, ses amis et sa fille même formèrent sii,r elle divers projets; qu’il fut question de lui procurer une place à la cour, et même qu’on lui parla de se remarier, ce qu’elle repoussa comme une folie peu attrayante.

Quand la mort l'enleva, à l'àge de soixante-neuf ans, sa maladie, fruit des inquiétudes et des fatigues que lui causait depuis six mois celle de sa Hile, la surprit, et ne s'était annoncée par aucun symptôme. Elle fut courte. Madame de Sévigné, dans ses. derniefs moments, montra une tête aussi forte que son cœur était irréprochable. Plusieurs lettres nous représenient la douleur de ses amis. On ne voit point, sans être ému , quelles furent l'amertume de leurs plaintes et la durée de leurs regrets. Madame de Sévigné eut sa sépulture dans l’église collégiale de Grignaii. .

On a dit que, daiisle temps de la Révolution, sa tombe avait été violée; c’est une erreur. On voit encore aujourd’hui, à l’entrée du chœur de l'église collégijde, à gauche , une tombe de . marbre blanc sur laquelle est gravée l'épitaphe suivante :

Cl-GIT

Makie DE Rabutix-Chantal,

Marquise de Sévigné , . .

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