DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SEVKÎNE
A Cliaseu, cc 7 scplciiibic
bien n’esl plus généreux que l’action que vous' venez de faire,’ Madame. Oui, je le dirai partout: mais je ne comprends pas que vous parliez si bien d’un procès. Poui'inoi, je crois que vous avez eu (pielipié affaire en llretagne. ipii
LETTBKS
VOUS a appris cette langue. Ne trouvez-vous pas que c’est grand dommage que nous ayoïÆ été brouillés quehpie temp.s ensemble, et que cependant il se soit perdu des folies que nous aurions relevées, et qui nous auraient réjouis? car, bien que nous ne soyons pas demeurés muets chacun do notre côté, il me semble que nous nous faisons valoir l’un l'autre, et que nous nous entredisons des choses que nous ne disons pas ailleui*s. .
Jl n’est pas difficile de savoir mes sentiments sur le sujet de feu mon Iris : je ne cache guère ni mon amour ni ma haine ; mais il faudrait se parler pour tout dire ; ce sera un jour la matière de quelques unes de nos conversations , qui ne sera pas la moins agréable.
Cependant je vous envoie une imitation des remèdes d'amour d’Ovide, qui ne vous déplaira pas : il faut bien s’amuser et se divertir.
Je suis fort aise que M. de Montuusier soit gouverneur de M. le dauphin ;’il n’y a que moi en France que j’aimasse mieux en cette place que lui. Il est vrai qu’il semble que le Roi s’excite tous les jours à faire des grâces à cette maison.
Je suis tellement persuadé que mademoiselle de Sévigne sera bien et bientôt mariée, que cette opinion a de l’air d’un pressentiment. Vous m’en direz des nouvelles avant, (ju’il soit un an. Je suis sôn très humble admirateur.
fiO. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY.
A Paris, ce 4 décembre 4668
N’avez-vous pas reçu ma lettre où je vous donnai la vie, et où je ne voulais pas vous tuer à terre? J’attendais une réponse sur cette belle action : vous n’y avez pas pensé ; vous vous êtes contenté de vous relever, et de reprendre votre épée, comme je vous l’ordonnais. J’èspère que ce ne sera pas pour vous en servir jamais eoulre moi.
J)K MADAME DE EÉVIUKE.
Il faut que je vous apprenne une nouvelle qui, sans doute, vous donnera de la joie ; c’est qu’enlln la plus jolie fille de France épouse, non pas le plus joli garçon, mais un des plus honnêtes hommes du royaume : c’est M. de Grignan, que vous connaissez il y a long-temps. Toutes ses femmes sont mortes pour faire place à votre cousine, et même gon père et son fils, par une bonté extraordinaire ; de sorte qu’étant plus riche qu’il n’a jamais été, et se trouvant d’ailleurs, et par sa naissance, et par ses établissements, et par ses bonnes qualités, tel que nous le pouvions souhaiter, nous ne le marchandons point, comme on a accoutumé de faire : nous, nous en fions bien aux deux familles qui ont passé devant nous. Il paraît fort content de notre alliance, et aussitôt que nous aurons des nouvelles de l’archevêque d’Arles, son oncle, son autre' oncle l’évêque d’Uzès étant ici, ce sera une affaire qui s’achèvera avant la fin de l’année. Comme je suis ime dame assez régulière, je n’ai pas voulu manquer à vous en demander votre avis et votre approbation. I^e public parait content, c’est beaucoup : car on est si sot, que c’est quasi sur cela qu’on se règle.
Voici encore un autre article sur quoi je veux que vous lue contentiez, s’il vous reste un brin d’amitié pour moi ; je sais que vous avez mis au bas du portrait que vous avez de moi que j’ai été miu^iée à un gentilhomme breton, honoré des alliances de Vassé et de Rabutin. Cela n’est pas-juste, mon cher cousin ; je suis depuis peu si bien instrtiite de La maison de Sévigné, que j’aurais sur ma conscience de vous laisser dans cette erreur. Il a fallu montrer notre noblesse en Bretagne, et ceux qui en ont le plus ont pris plaisir de se servir de cette occasion pour étaler leur marchandise ; voici la nôtre.
Quatorze contrats de mariage de père en fils ; .trois cent cinquante ans de chevalerie; les pères ((uelquefois considérables dans les miorres de Bretagne , et bien marqués
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(tans l'histoire; quelquefois retirés chez eux comme des Bretons , quelquefois de grands biens, quelquefois de médiocres, mais toujours de bonnes et de grandes alliances; celles de 350 ans, au bout desquels on ne voit (jue des noms de baptême, sont du Quelnec, Montmorency, Baraton et Châteaugiron. Ces noms sont grands ; ces femmes avaient pour maris des Rohan et des Clisson. Depuis ces quatre, ce sont des Guesclin, des Coaquin, des Rosmadec, des Clindon, des Sévigné de leur même maison , des du Bellay, des Bieux, des Bodegal, des Plessis-Ireul et d’autres qui ne me reviennent pas présentement, jusqu’à Vassé et jusqu’à R^utin. Tout cela est vrai, il faut m’en croire...
Je vous conjure donc, mon cousin, si vous me voulez obliger, de changer votre écriteau, et si vous n’y voulez point mettre de bien, n’y mettez point de rabaissement ; j’attends cette manpie de votre justice et du reste d’amitié que vous avez pour moi.