‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 51 sur 132 · DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

A Chaseti, ce H décembre 1668.

J’ai reçu la lettre où vous me mapdiez que vous ne vouliez pas me tuer à terre, ma belle cousine , et j’y ai ré*pondu.

Vous avez. raison de croire que la nouvelle du mariage • de mademoiselle de Sévigné me donnera de la joie; l’ai- ■ niant et restimant comme je fais, peu de choses m’en peuvent donner davantage, et d’autant plus que M. de Grignan est un homme de qualité et de mérite, et qu’il a une charge considérable; il n’y a (ju’une chose qui me fait peur pour la plus jolie fille de France : c’est que Grignan , qui n’est pas vieux , est déjà à sa troisième femme; il en use pres- (|ue autant que d'habits, ou du moins que de carrosses; à cela près, je trouve ma cousine bien heureuse ; mais pour lui, il ne maïupie rien à sa bonne fortune. .Au reste, Ma-

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DE MADAME DE SÉVIGNE. lOô

dame , je vous suis trop obligé des égards que vous avez pour moi en cette rencontre. Mademoiselle de Sévigné ne pouvait épouser personne à qui je donnasse de meilleur coeur mon approbation.

Pour l’autre article de votre lettre, où vous me mandez (jue vous savez que j’ai fait mettre au bas du portrait que j’ai de vous’, que vous avez été mariée à un gentilhomme breton , honoré des alliances de Vassé et de Rabutin , je vous dirai que je ne doute pas qu’on ne vous l’ait dit, mais que vous ne devez pas douter aussi qu’on n’ait menti. S’il A'ous reste un brin d’amitié pour moi, ma chère cousine, vous montrerez à ceux qui vous ont si mal informée ce que je dis d’eux; vous leur devez cette récompense de leur fausse nouvelle, car peut-être vous veulent-ils aigrir malà-propos contre moi ; peut-être aussi veulent-ils mettre sous mon nom l’injure qu’ils ont dessein de faire à la maison de Sévigné.

Voici, mot pour mot, ce qu’il y a au-dessous du portrait (jue j’ai de vous dans mon salon : •

Marie de Rabutin, fille du baron de Chantai,^ marquise de Sévigné, femme d'un génie extraordinaire, et d'une vertu eompatible avec la joie et les agréments.

Si j’y avais mis ce que vous me mandez, je vous l’avouerais. ingénument , et je changerais l’écriteau si j’étais persuadé; car il se fait tant de friponneries en contrats, que je m’en rapporte plus aux histoires approuvées et à la voix publique, qu’aux faiseurs de généalogies.

Pour les maisons que vous me mandez qui sont meiileures que la nôtre, je n’en demeure pas d’accord; je le cède à Montmorency pour les honneurs, et non pour l’ancienneté; mais pour les autres , je ne les connais pas, je n’y entends non plus qu’au bas-breton ; je ne suis pas cependant sans quelque connaissance en cette matière ; je tiens les Guesclin, les Rosrtiadec, les Coaquin et les Rieux, 'meilleurs que les Quelnec, les Baraton et les Chàteaûgiron.

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