DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIG.\E
A Chaseu, ce l«r février 1671.
Je viens de recevoir votre lettre et le mémoire de notre maison, dont je vous rends mille grâces et à monsieur l’abbé. Les pièces que vous avez, avec les miennes , font toutes les preuves que nous pouvons souhaiter, car, quoi- (|ue votre cadet, j’en ai bien plus que vous.
Je suis bien aise, ma chère cousine, que vous approuviez le dessein .de mon histoire généalogique ; vous verre/, un jour ce que j’en ai fait , et vous louerez encore plu.s mon entreprise que vous ne faites.
Mais ne sauriez-vous vous corriger de reparlei- toujours du passé ((uand il est désagréable?
\’ous me mandez que vous voudriez (pie je n‘eu;>se ja-
DK M ADAME DE SÉVIOAÉ. I j.)
iDilis fait d'autre liistoire que celle de notre nuiison, et ensuite du chagrin ([ue vous témoignez du mélange des noms de Rabutin et de Duval, vous me dites que vous auriez eu une grande joie si j’avais voulu faire de mon nom tout ce (jui était en mon pouvoir. Je n’ai que deux mots à vous dire là-dessus , sans entrer avec vous dans le détail de «na justification : ou je suis coupable et me suis attiré ma n»auvaise fortune, ou seulement malheureux. Si c’est celui-ci, vous êtes injuste de me rien reprocher, et si je suis coupable, il est malhonnête à vous, dans tous les temps, de me le dire, mais particulièrement (juand je suis accablé de persécutions. Personne que vous ne me parle ainsi , et si mes ennemis le disent quelquefois, je suis assuré qu’ils ne le pensent pas.
Je vois bien que c’est le départ de madame de (Irignan {|ui vous met en méchante humeur; mais je remanpie que vous avez, à point nommé, quand vous m’écrivez, des occasions de picotterie dont je me passerais fort bien. Regardez s’il vous serait agréable que je vous redisse souvent <|ue, si vous aviez voulu, on n’aurait pas dit de vous et du surintendant Fouquet les sottises qui s’en dirent après (ju’il fut arrêté ; je ne les ai jamais crues , mais aussi je ne vous ai pas donné le chagrin de les entendre. Je vous prie donc, ma chère cousine, d’avoir les mêmes égards pour moi que j’ai pour vous ; car, quoique je ne puisse jamais m’empécher de vous aimer, je n’aimerais pas que toute notre vi(r se passât en reproches et en éclaircissements; c’est tout ce (jue nous pourrions faire, s’il y avait de l’amour sur le jeu.
L’aventure de notre cousin n’est ni belle ni laide : la maîtresse lui fait honneur, et le rival de la honte.