‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 82 sur 132 · DE MADAME DE SIÀVIGM'; A MADAME DE CUIG.XA.X · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SIÀVIGM'; A MADAME DE CUIG.XA.X

A Paris, vi'miri'cii 6 CévriiT 1671.

Ma douleur serait bien nuMliocrc si je pouvais vous la

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dépeindre; je ne l’entreprendrai pas aussi, .l’ai beau chercher ma chère fille, je ne la trouve plus, et tous les pas qu’elle fait l’éloignent de moi. Je m’en allai donc à Sainte-Marie toujours pleurant et toujours mourant : il me semblait qu’on m’arrachait le cœur et l’ame; et en effet, (iuelle rude séparation! Je demandai la liberté d’ètre seule; on me mena dans la chambre de madame du Housset, on me fit du feu ; Agnès me regardait sans me parler; c’était notre marché ; j'y passai jusqu’à cinq heures sans cesser de sangloter : toutes mes pensées me faisaient mourir. J’écrivis à M. de Grignan, vous pouvez penser sur quel ton ; j’allai ensuite chez madame de La Fayette, qui redoubla mes douleurs par l’intérêt quelle y prit ; elle était seule, et malade et triste de la mort d’une sœur religieuse; elle était comme je la pouvais desirer. M. de La Rochefoucauld y vint; on ne parla que de vous, de la raison que j’avais d’être touchée , et du dessein de parler comme il faut à Mellusinc *. .le vous réponds quelle sera bien relancée. D'Haeciuevillc vous rendra un bon compte de cette affaire. Je revins enfin à huit heures de chez madame de La Fayette ; nuds en entrant ici , bon Dieu ! comprenezvous bien ce que je sentis en montant ce degré? Cette chambre où j’entrais toujours, hélas! j’en trouvai les portes ouvertes ; mais je vis tout démeublé, tout dérangé, et votre petite fille (jui me représentait la mienne. Comprenez-vous bien tout ce (|uc je souffris? Les réveils de la nuit ont été noirs, et le matin je n’étais point avancée d’un pas pour le repos de mon esprit. L'après-dinée se passa avec madame de I.a Troche ^ à l’Arsenal. Le soir, je reçus votre lettre

1 Françoise de Monlalais, veuve de Jean de Beuil , comte de Marans, grand-cchanson. Madame de Sévigné el sa lillc lui avaient donné le nom de Mellusiiie , Tce céléhro en l’oilou par sa (pienc de poisson , el par les cris qu'elle poussait sur les ruines du château de Lusignan chaque fois que celle famille était menacée de quelque malheur.

J Marie Gndde de Varennes, veuve du marquis de La Troche, conseiller au parlemcnl de Rennes, de la maison de Savoniére, en Anjou. F.lle avait

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qui me remit dans les première transports , et ce soir j’achèverai celle-ci chez M. de Coulanges, où j’apprendrai des nouvelles ; car, pour moi, voilà ce que je sais, avec les douleurs de tous ceux que vous avez laissés ici ; toute ma lettre serait pleine de compliments , si je voulais.

Vendredi au soir.

J’ai appris chez madame de Lavardin les nouvelles que je vous mande ; et j’ai su , par madame de La Fayette , qu’elle et M. de La Rochefoucauld eurent hier une conversation avec Metlusine, dont le détail n’est pas aisé à écrire ; mais songez qu’elle fut confondue et poussée à bout par l’horreur de son procédé, qui lui fut reproché sans aucun ménagement. Elle est fort heureuse du parti qu’on lui offre, et dont elle est demeurée d’accord; c’est de se taire très religieusement : moyennant quoi on ne la poussera pas à bout. Vous avez des amis qui ont pris vos in- . térèts avec une grande chaleur. Je ne vois que des gens qui vous aiment et vous estiment beaucoup, et qui entrent bien aisément dans ma douleur. Je n’ai voulu aller encoi-c que chez madame de La Fayette. On s’empresse fort de me chercher et de me vouloir prendre , et je crains cela comme la mort. Je vous conjure, ma chère fille, d’avoir soin de votre santé ; conservez-la pour l’amour de moi , et ne vous abandonnez pas à ces cruelles négligences, dont il ne me semble pas qu’on puisse jamais revenir. Je vous embrasse avec une tendresse qui ne saurait avoir d’égale, n’en déplaise à toutes les autres. ,

Le mariage de mademoiselle d’Houdancourt ' et de M. de Ventadour a été signé ce matin. L’abbé de Chambonnas a été nommé aussi ce matin à l’évéché de I.odève.

un nis qui devint maréchal-de-camp , et qui fut tué le 18 seplcmbre 1601 an combat de I.euze: c’était un orileier d’un trê.s grand mérite. (G )

t Fille du maréchal de ce nom. Elle était dame d'honneur de la reine ; c'est elle que la comtesse de Soissons essaya de rendre agréable an roi pour le détacher de madame de I.a \'allii’rc,

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