‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 98 sur 132 · L.V MÊME · texte numérisé non relu

L.V MÊME

A Paris, \eiidro«li 10 awit IC.7I.

Je vous écrivis mercredi par la poste , hier matin par .Vlagalotti, aujourd’hui encore par la poste ; mais hier au soir je perdis une belle occasion. J’allai me promener à Vincennes , en famille et en Troclie ' ; je rencontrai la chaîne des galériens ({ui partait pour iVIai’seille ; ils arriveront dans un mois. Rien n’eût été plus sûr que cette voie ; mais j’eus une autre pensée, c’était de m’en aller avec eux. Il y a un certain DuviW^, qui me parut homme de bonne conversation ; vous les verrez arriver, et vous auriez été fort agréablement surprise de me voir pêle-mêle avec une troupe de femmes qui vont avec eux. Je voudrais ({ué vous sussiez ce que. m’est devenu le mot de Provence ,• de .Marseille, tf’Aix ; le Rhône seulement, ce diafntre de

I Ccsl-à-(Iirc avec niadaine de La Troclie.

î Ce Durai Olait un valel de pied de la princesse de Cmidé ; il fui eondainné aux galères pour s'èlre ballu en duel avee un ji'une Ralmlin , page de la inènie prineessc

DK MADAME DE SÉVIGMi, 22.Î

Rliùnc , ot Lyon , me sont de quelque chose. La Bretagne et la Bourgogne me paraissent des pays sous le pôle, où je ne prends aucun intérêt ; il faut dire comme Coulanges : O grande puissance de mon orviétan ! V’^ous êtes admirable , ma fille , de mander à l'abbé ( de Coulanges ) de m’empêcher de vous faire des présents : quelle folie 1 hélas! vous en fais-je? Un pouvoir au-dessus du sien m’empêche de vous en faire comme je voudrais. \ous appelez des présents les gazettes que je vous envoie ; vous ne m’ôterez jamais de l’esprit l’envie de vous donner ; c’est un plaisir qui m’est sensible , et dont vous feriez très bien de vous réjouir avec moi, si je me donnais souvent cette joie : cette manière de me remercier m’a extrêmement plu.

Vos lettres sont admirables, on jurerait qu’elles ne vous sont pas dictées par les dames du pays où vous êtes. Je trouve que M. de Grignan , avec tout ce qu’il vous est déjà, est encore votre vraie bonne compagnie ; c’est lui , ce me semble, qui vous entend; conservez bien la joie de son cœur par la tendresse du vôtre, et faites votre compte que si vous ne m’aimiez pas toiis deux , chacun selon votre degré de gloire, en vérité, vous seriez des ingrats. La nouvelle opinion , qu’il n’y a point d’ingratitude dans le monde , par les raisons que nous avons tant^discutées , me piœait la philosophie de Descartes , et l’autre est celle d’Aristote : vous savez l’autorité que je donne à cette dernière ; j’en suis de même pour l’opinion de l’ingratitude : ceux qui disputent qu’il n’y en a pas voudraient être juges et parties. Vous seriez donc une petite ingrate , ma fille ; mais , par un bonheur qui fait ma joie , je vous en trouve, éloignée, et cela fait aussi que , sans aucune retenue , je m'abandonne d’une étrange façon à m’approuver dans les sentiments que j’ai pour vous: Adieu , ma très aimiüde, je m’en vais fermer cette lettre ; je vous en écrirai encore une ce soir, où je vous rendrai compte de ma journée. Xous espérons tous les Jours louer votre maison ; vous

LETTRES

croyez bien que je n’oublie rien de ce qui vous touche : je suis , sur cela , comme les gens les plus intéressés sont pour eux-mêmes.

Vendredi au soir, 40 avril 4674.

- Je fais mon paquet chez M. de La Rochefoucauld , qui vous embrasse de tout son cœur. Il est ravi de la réponse que vous faites aux chanoines et au père Desmares : il y a plaisir à vous mander des bagatelles, vous y répondez très bien. Il vous prie de croire que vous êtes encore toute vive dans son souvenir ; s’il apprend quelques nouvelles dignes de vous , il vous les fera savoir. Il est dans son hôtel de La Rochefoucauld , n’ayant plus d’espérance de marcher ; son château en Espagne; c’est de se faire porter dans les maisons, ou dans son carrosse pour prendre l’air; il parle d’aller aux eaux : je tâche de l’envoyer h Digne, et d’autres à Bourbon. J’ai été chez Mademoiselle, qui est toujours malade ; j’ai dîné en bavardin mais si purement que j’en ai pensé mourir : tous nos commensaux nous ont fait faux bond ; nous n’avons fait que bavardiner, et nous, n’avons point causé comme les autres jours.

Brancas versa, il y a trois ou quatre jours, dans un fossé ; il s’y établit si bien , qu’il demandait à ceux qui allèrent le secourir ce qu’ils desiraient de son service : toutes ses glaces étaient cassées, et sa tête l’aurait été, s’il n’était plus heureux que sage : toute cette aventure n’a fait aucune distraction à sa rêverie. Je lui ai mandé ce matin que je lui apprenais qu’il avait versé, qu’il avait pensé se rompre le cou, qu’il était le seul dans Paris qui ne sût point cette nouvelle, et que je lui en voulais marquer mon inquiétude: j’attends sa réponse. Voilà madame la comtesse {de Fiesque) et Briole, qui.

> Chez mai.laiue de Lavaidiii, qui aiiiiail Cïlrôiiiciiient les uoiivelles.

VOUS font trois cents compliments. Adieu, ma très chère enfant, je m’en vais fermer mon paquet. Comme je suis assurée que vous ne doutez point de mon amitié, je ne vous en dirai rien ce soir.

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