‹ Lettres de Madame SwetchineChapitre 14 sur 26 · A LA VICOMTESSE DE VIRIEU · texte numérisé non relu

A LA VICOMTESSE DE VIRIEU

7 juillet 18/18.

Si nous avons eu nos terribles batailles, on dit, chère madame, que vous avez eu de votre côté de \i\cs alertes, il semble <pie subir Le mal ou le craindre soit désormais deux termes inévitables. Néanmoins je crois la situation améliorée. Les mauvaises passions, t|iii onl coûté tant de sang, ne sont pas converties, à beaucoup près, mais elles ont fait surgir des forces qui onl pris conscience d'elles-mêmes, et la confiance d'une pari avec le découragement de l'autre tournent au profil de l'ordre. Hélas ! il ne faudrait pas s'y fier, mais enfin nous respirons el nous respirerons, pendant que. renonçanl aux barricades, ils seront en quête de quelque autre infernal système. Sur aucun poinl du globe, ce pauvre genre humain n'est un. Mais eu France moins qu'ailleurs ; toul \ esl tranché, porté à l'extrême, et, comme aujourd'hui, à côté des crimes les plus monstrueux, vous avez des dévouements sans exemple, à commencer par celui de l'archevêque (!<• Paris, \\anl d'être dans les actes, vous trouverez ce même caractère dans les sentiments, cl la France m'a souvenl rappelé cette côte d'Arabie qui ne donne «pic

1 Ve de Lostangcs.

OQ'2 A LA VICOMTESSE DE VIRIEl

des poisons et des plantes médicinales. Il y a toujours de grandes ressources dans une si remarquable vitalité, mais c'est là aussi où. le choix des moyens importe davantage.

Montalembert a eu depuis votre départ un bien beau succès. A ous le jugerez bien mérité si vous avez un journal qui vous le rende fidèlement. Que d'hommes qui pourraient être l'espérance du pays, si d'autres n'en étaient la ruine !

La préoccupation publique, jointe au grand et successif affaiblissement dans lequel était tombé M. de Chateaubriand, devait oter à l'effet produit par sa mort. Néanmoins on s'en est fort ému. et de justes hommages lui sont généralement rendus. La lettre, par laquelle l'abbé Deguerry annonce au Journal des Débats la mort de M. de Chateaubriand, contient de hautes et belles paroles qui expriment sincèrement les sentiments de sa vie entière, sentiments que l'humeur seule a pu désavouer quelquefois.

Page 1