DE 11A.U7.AN
en permanence. La peur de manger, de dormir, l'impossibilité de marcher, toul cela va de front avec des poids aux jambes qui varient de pesanteur trois ou quatre fois par jour ; mes nuits en sont la continuation. Je me suis sentie attendrie, très aise de me retrouver à Fleury, el jusqu'ici je ne l'arpente que ses grandes portes ouvertes, le long de sa façade. J'avais compté sur un fauteuil porté à bras pour mes promenades lointaines, l'expérience a échoué. La contre-partie de ces doléances, c'est que mes yeux vont bien : je m'intéresse à tout ce que je vois. L'impression du repos, quand rien ne la gâte, m'est à elle seule une distraction. J'écris quand je peux, je lis sans fatigue, et puis viennent les lettres. Nous voyez, chère bonne amie, que ceci n'est point encore la solitude de l'épigraphe d'Ourika i ! Mais, parmi ces lettres, si vous saviez que plus d'une fois déjà j'ai cherché votre écriture, avec les légers mouvements d'un mécompte qui n'avait heureusement rien d'inquiet ! Il me semble que non seulement nos pensées habituellement se croisent, mais que dans l'intervalle elles s'arrêtent aux mêmes points.
Je suis liés sensible à la peine qu'aura eue Monta- Lembert du résultat de sa lutte électorale, en raison de sa peine seulement, simplement; el, s'il avait dépendu de moi, saint Bernard aurait profité de tant de forces presque inutilement dépenséesau préjudice d'une santé précieuse. Je n'ai rien su de lui depuis, niais
1 Tins is to be alone, tlii^, llii- i> solitude.
Gela est être ssul, cela, cela est la solitude.
Btbon.
/jo8 A LA DUCHESSE DE RALZ YN
tout ce qui concerne ce sujet avait été fort discuté dans de longues conversations, et ce ne sont plus que les mouvements et les réflexions qui viennent après coup, qui me restent à savoir. Alfred l'aura beaucoup vu ces derniers jours, et je dois le voir aujourd'hui ou après-demain, avant son retour à ses pénates. J'espère qu'il aura su quelque chose de vous, et si cela est, dès les premières cinq minutes j'en aurai le cœur net, votre nom prononcé n'attendant jamais au delà. C'est sur Félicie que reposent en ce moment mes consolations ' ; et à cùlé de tout ce qui touche votre cœur, sans cesse je sens s'émouvoir votre orgueil de mère en entendant parler d'elle. Et quant au monde, avez-vous quelqu'un ou quelques-unes pour vous défatiguer de toute cette foule qui n'a de bon que de commencer par vous avertir de n'y rien chercher) Vous me direz tout cela, chère bonne amie, et que ce soil le plus tôt possible.
C'est bien de cœur que je vous aime et vous embrasse .
1 Félicie de Chastellux, mariée au coinle Xavier de Blacas.