‹ Lettres de Madame SwetchineChapitre 23 sur 26 · H \D\ME CU.VVE.N · texte numérisé non relu

H \D\ME CU.VVE.N

je croyais qu'il no parai trail pas dans le Correspondant et que je ne pourrais vous L'envoyer qu'imprimé à part. Ce n'est rien moins qu'un succès fou obtenu par ces pages charmantes sans doute, mais dépassées par tant d'autres qui ont été moins aperçues. Tout esl sommaire aujourd'hui. Ce que vous me dites se grave, et je \ois ce que vous me racontez, et pas vous seulement, mais jusqu'aux détails de ces épisodes de salon, de ces intimités dont vous êtes le centre. Pour tableau de genre, je me donne l'intérieur de votre bibliothèque, avec son admirable point de vue et ses conforts anglais, qui ne sont pas nés le même jour, mais qui doivent très bien vivre ensemble. Grâce à cette mobilité qui est souvent plus apparente que réelle, même chez les plus frivoles, tout s'est promptement rasséréné autour de nous après la disparition du choléra. L'ennui du salon esl de droit quelquefois ; c'est la seule pièce de votre maison où je vous le permette. Partout ailleurs on y échappé par le bon emploi de sa liberté. V mon âge, je sens encore que libre des peines qui écrasent, le temps à lui seul est amusant, car il y a une manière d'en l'aire tout ce que l'on veut. Ce qui pour le moment n'est pas à notre disposition, c'esl de rester passif au milieu des intérêts de vie et de mort qui s'agitent, et dont le ternie, s'il est ce que l'on redoute, laissera très loin derrière lui les périls el les malheurs subi^. Cesl là que \onl toutes les prévisions. De temps en temps on voit flotter à la surface des espérances légères comme la plume ou le brin de paille. Gomme Russe, la guerre me read bien rnalheureuse. et la paix me sérail un deuil. On \it à l'aise, -comme nous pouvez croire, entre ces deux termes— là.

A MADAME CRAVEX

J'ai bien pensé à vous lors de la joie (fort calmée) qui perçait de toutes parts aux symptômes de quelque mésintelligence occulte entre la France et l'Angleterre. \ ou s auriez bien ri de tout ce qui s'est dépensé d'habileté politique, de vues profondes anticipant un avenir prochain. Il y a bien ici assez d'esprit pour l'aberration de chaque jour, sans que cela nuise le moins du monde à l'éclatante raison et à la sagesse du lendemain.

Adieu, ma bien chère, je vous embrasse avec toute l'aise qu'on a à se sentir pardonnée.

Paris, 16 janvier i856.

Ma bien chère, je vous reviens dans un piteux état, rejetée dans une crise de mon mal pour la quatrième fois depuis six semaines, ^uits sans sommeil, douleurs aiguës, et pour relâche les fumées des affreux narcotiques que la violence du mal impose ! Les jambes portent mal une pauvre tête qui se fait si lourde de son ténébreux et douloureux chaos, et tout s'en ressent, à l'exception de ce qui échappe à tous les poisons du monde. Il faut que votre vie de Naples soit heureuse, car elle commence à me plaire. Cette importation de la famille, au milieu des éléments étrangers et mondains, me paraît une très enviable combinaison. Je fais plus qu'admettre tous les regrets du passé, je les aime ; mais j'insiste sur la reconnaissance pour tout ce qu'on en sauve : c'est un cordial presque toujours pro- \identiellement ménagé. Cette visite de tout un hiver est faite, de toutes façons, pour resserrer vos liens, et

A MADAME CRAVEN f\8g

cela jusqu'à rendre M. votre frère clément pour vos deficiencies poli tiques .

Avez-vous ouvert la Revue du i5, et jeté les yeux sur les dernières lignes de M""' de Hautefort? J'en ai le cœur ému et ne m'en défends pas. L'accent ici est intime et profond. C'est presque un engagement, et ce qui est aussi d'un mouvement vrai, c'est de s'engager avec les autres afin de l'être un peu plus avec soi-même '.

^liei ki lu-Ile page de M. Cousin qui produisit sur M"" Swetchine celle vive impression :

« Posons la plume, et mettons fin à ces peintures d'une société à jamais évanouie, et de femmes que l'œil des hommes ne reverra plus. Encore quelques pages sur Mmc de Longueville, et nous aurons dit adieu à ces rêves de nos heures de loisir, que caressa notre jeunesse et qui nous ont accompagné jusqu'au terme de Taire mûr. Nous l'avouons : nous ne quittons pas sans regret cet aimable et généreux commerce. Soyez bénies, en nous séparant, muses gracieuses ou sévères, mais toujours nobles et grandes, qui m'avez montré la beauté véritable et dégoûté des attachements vulgaires, ("est vous qui m'avez appris à fuir les sentiers de la foule, et, au lieu d'élever ma fortune, à tàcbcr d'élever mon cœur. Grâce à vos leçons, je me suis complu dans une pauvreté lière; j'ai perdu sans murmure tous les prix de ma vie, et j'ai été trouvé (idèle à une grande cause, aujourd'hui abandonnée, mais à laquelle est promis l'avenir. Soutenez-moi dans les épreuves suprêmes qui me restent à traverser. Contemporaines de Descartes, de Corneille, de Pascal, de Richelieu, de Mazarin, de Condé, Anne de Bourbon, Marie de Rohan, Marie de Hautefort, Marthe de Vigean, Louise de la Fayette, sœur Sainte-Euphéniie ; âmes ausssi fortes que tendres, qui, après avoir jeté tant d'éclat, avez voulu vous éteindre dan- l'obscurité et dans le silence, donnez-moi quelque chose de votre courage, enseignez-moi à sourire comme vous à la solitude, à la vieillesse, à la maladie, à la mort. Disciples de Jésus-Christ, joignez-vous à son précurseur sublime pour me répéter au nom de l'Evan-

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Paris, 17 juillet i856.

Très chère, je conviens qu'un des plus difficiles courages est de céder à la peur devant des gens qui la surmontent; néanmoins j'aurais voulu vous voir épargnée cette journée qui compte parmi les détestables. Il y a encore autre chose que le naufrage, et je me serais, je crois, rachetée par un délai de ce désagréable prélude aux délices de l'Angleterre. Je vois que votre temps a été immédiatement mis à profit. La princesse Marie d'abord, dont vous m'avez valu une bonne lettre ; puis, le complément de toutes les grâces accordées à votre néophyte dans votre visite à Mgr Manning ; et puis une part faite à la saison qui se meurt, et que je laisserais si insoucieusement mourir si j'étais Anglaise, sans oublier le mélancolique regard jeté sur l'ancien home! Le goût que j'ai pour l'Italie, me dites-vous, est déraisonnable. Eh bien ! mon Dieu non : l'impression ne raisonne pas, et ici elle était bien libre, seulement pas aussi opportune pour votre bonheur que permise. Au fond, rien n'est trop compromis : vos regrets sont plus sincères que sérieux et ne vous empêchent pas d'avoir l'esprit très libre sous tous les méridiens.

De notre temps, on ne soulève plus guère un sujet que pour en toucher un autre : la pensée et la parole ne font plus corps, mais se renvoient la balle. Lisez,

gile et de la philosophie, qu'il est bien temps de renoncer à tout ce qui passe, et que la seule pensée qui désormais nie soit permise est celle de quelques travaux utiles, du devoir et de Dieu. »

pour vous en convaincre, dans le dernier numéro de la Revue, la Fin del' autonomie grecqaepai Mérimée ' . C'est L'histoire contemporaine remontée à trois cent vingt-cinq ans avant notre ère; et on y dit encore gare à la Russie, tout en ne nommant que Thèbes el Sparte. G'esl le regard louche par excellence: on voit là où on ne regarde pas ; et dans cel article ce n'esl plus le rapprochement, l'allusion, c'est tout bonnement le calque

Je suis toujours en puissance de crise, mais il m'est évident que le mal s'atténue, et qu'avec les mêmes colères le méchant animal n'a plus les mêmes grilles. Le jour de mon départ n'est pas encore fixé, et c'est une affaire que de lever le camp lorsque depuis si longtemps on s'est interdit tout mouvement. J'espère que vous allez bien me laisser suivre tous les vôtres : on dit aux indifférents ce qu'on fait et aux amis ce qu'on fera, el vous me mettez bien au moins dans ce pluriel.

Fleurj . s aoû.1 1 856.

Je suis ici depuis quelques jours, et il m'en a coûté de quitter Paris précisément au moment du rapide passage de ma chère Hélène : mais M. Rayer était impératif, l'enflure montait et augmentait par l'im mobilité. Mon ménage dissous, le jour pris et annoncé, tout a conspiré pour me faire passer outre. arrivée ici. où il n'\ a ni pavé, ni escalier, j'ai recommencé à taire quelques pas, et chaque jour depuis se

1 Revue des Deux-Mondes, n° du [5 juillet iS.">(i.

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constate un progrès si insensible, que j'ai le droit de me ranger, de finesse d'organes, avec ceux qui voyaient croître le brin d'herbe dans la prairie. J'ai regretté pour vous et pour la princesse Marie que Hamilton ait été sacrifié. Je l'ai regretté aussi pour moi : il y a double bonne chance dans le contact des souvenirs amis.

11 me semble que c'est bien des choses, très chère, que vous avez mises à la place d'une seule. Trois grandes visites à la campagne balanceraient pour moi un voyage aux grandes Indes ; mais quand je pense que je sais par moi-même combien vous manquez à ceux qui ne vous voient pas, et la joie de ceux qui vous voient, je comprends que vous vous divisiez en petites parts. A olre perplexité à la réception d'une lettre dont l'envoi était facultatif, m'a paru bien simple. Vous auriez été si heureuse de servir une ambition s1 parfaitement simple et honorable ! puis on sait ce que de tels succès rapportent dans le cœur des hommes. Assurément votre influence s'exerce d'une façon attrayante sur tout l'ensemble de sa vie ; mais disséminée, s' évaporant en émanations balsamiques, tandis que vous aimeriez faire prendre corps à ces atomes légers ; les concentrer dans un fait heureux, un de ces faits qu'on ne méprise,, j'en demande pardon à l'ombre de Royer- Collard, que lorsqu'on ne les associe ni à sa joie ni à son souci. Vous me montrerez vos dernières lettres de Xaples ? Que tout ce qui souffre nourrisse l'espoir d'un meilleur avenir, rien de plus juste ; mais ce qui m'étonne, c'est qu'on le reporte sur un seul homme ou sur un seul peuple, au milieu du chaos dont Dieu seul de nos jours lire la lumière. J'ai vu dans le

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journal d'aujourd'hui que des faits déjà accomplis témoignent d'une politique plus douce, et que sous peu le gouvememenl napolitain en donnerait des preuves plus larges. Je crois bien que ces concessions qui ne dépassent pas l'épidémie sont peu de chose aujourd'hui et ne seront peut-être rien demain ; mais la protestation compte quand elle part de haut.

Adieu, très chère, mille tendresses bien vraies.

Fleui

C'est hier, mercredi, le jour où vous parliez pour Dangu', que j'ai eu votre lettre d'arrivée. Où devezvous retrouver M. Graven? Parlez-moi de lui. Ce qui est trop certain, c'est que vous partez toujours. Vous me rappelez l'histoire d'un vieil oncle se plaignant de son neveu, mauvais sujet qui. disait-il, rentrait à peine une fois sur dix qu'il sortait. A part votre dévouement qui me va au cœur, ce que je comprends le mieux et ce que je vous envie le plus, ce sont les longs sommeils que la présence de votre compagnon de voyage n'a point empêchés. Savez-vous ce que j'en ai conclu? D'abord, une détente nerveuse complète; ensuite, qu'il y avait dans vos dispositions l'étoffe d'une bonne et simple amitié, sans aucun mélange de ce grand désir de plaire que je n'analyse pas, mais qui lient toujours éveillé.

Je n'ai garde d'oublier notre convention et je vous propose le premier ou les premiers jours d'oclobre ;

1 Château, en Normandie, «lu comte Frédéric de la Grange, beau-frère du comte Charles de la Ferronnays.

loi \ madame Graves

en me prévenant exactement du giorno e deïïora vous trouveriez au débarcadère une voiture qui vous amènerait ici pour ma plus grande joie. Voilà donc qui est bien réglé. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Fleury, jeudi soir.

Je reçois à l'instant voire lettre, et par une bonne fortune très rare à Fleury, je puis vous répondre le jour même, ^ous imaginez si je prends au vol votre proposition et la volonté arrêtée de me voir au milieu de vos inquiétudes et du qui-vive qui vous tient suspendue ? Si vous ne pouvez me donner plus d'une journée, je vous ofire, l'un après l'autre, tous les jours de la semaine prochaine. Si vous ne pouvez pas faire mieux, ne laissez pas échapper l'occasion de ma joie prochaine. C'est bien quelque chose qu'une bonne journée au milieu de tant d'encombrés et d'incertitudes. Je vous embrasse de tout cœur. Cloppet vous portera ce petit mot demain, vendredi. Répondez-moi Aite ].

1 Mme Craven alla passer cette journée à Fleury, et en a consacré le souvenir dans un journal d'où il m'est permis d'extraire les lignes suivantes :

« Le progrès, qu'elle désirait me faire faire, était celui de me lever de bonne heure afin de me réserver, coûte que coûte, quelques heures d'entière solitude le matin. « La qualité du temps, me disait-elle, est autre à cette heure-là. » Elle me parla de sa impie ténacité sur ce point, au moyen de laquelle elle avait su trouver dans sa journée tant d'heures à elle, malgré toutes celles qu'elle donnait aux autres. Je lui demandai dans celle conversation si elle ne croyait pas que sa santé eût soulfert de ce constant effort, et de la grande diminution de sommeil qui pour

Fontainebleau, 3i octobre [856.

Très chère, vous avez mes premières lignes de Fontainebleau, où je me trouve installée très passablement quoique n'ayant pas beaucoup mieux qu'une cbambrette de pensionnaire pour faire suite à mes vastités de Fleury. Heureusement il y a plus d'une manière d'être bien ; et ce n'est guère qu'après coup que je m'aperçois d'avoir été mal, ce qu'il faut cependant se garder de généraliser.

On a dû vous porter Calixta. En rangeant mes livres, je ne savais plus si vous me l'aviez donné ou prêté, et seulement que je l'avais gardé un temps démesurément long. Si c'est un présent que vous me faisiez, vous me le rendrez ; je tiens à toute intention première : et dans tous les cas, vous m'absoudrez. Nous reparlerons de Calixta ; c'est tout un genre et tout un système. La supériorité de l'auteur s'y retrouve,

elle en était la suite, ^.près un moment de réflexion, elle me répondit : « Oui, je crois Lien en effet que c'est cela qui a causé ma névralgie. Mais quand même cela serait, je ne croirais |>as avoir payé trop cher les avantages que j'ai recueillis de cette habitude. » Ceux qui se souviennent de ce qu'était celte torture qu'elle appelait sa névralgie, apprécieront la force de cette parole.

« Ce n'était pas seulement pour consacrer à Dieu les premières heures de la journée qu'elle la commençai! de m bonne heure: mais aussi pour avoir toujours un temps considérable à donner à l'élude. Elle me dit ce jour-là que le plaisir qu'elle y prenait n'avait l'ail qu'augmenter avec les années. C'est an point, me dit-elle, (pic lorsque je m'approche de celte table pour reprendre mon cher travail, le couir me bat de joie. »

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mais c'est cette supériorité même qui me confirme dans mon peu de goût pour tous les sujets sérieux édulcorés comme une potion amère, et pour l'inévitable factice du roman à quinze siècles de distance, farci d'érudition, avec le but avoué d'agir sur les convictions, but que la gravité du Dr Newmann peut croire se devoir à elle-même. 11 résulte de là, ce me semble, un de ces ouvrages qui n'ont ni le poids de la pensée dans sa liberté et sa force, ni l'agrément du frivole,, quant à la forme, de ce frivole en apparence, très apte souvent à provoquer la réflexion et à toucher le cœur. Pour toucher ces sublimités délicates, j'en appellerais à une femme, à lady Georgina Fullerton, par exemple, qui s'en tirerait beaucoup mieux que la grosse main du savant, qui a toujours un peu du gantelet de fer '. Qu'Agellius soit le plus pauvre héros du monde, c'est le sort de presque tous ses pareils ; mais ce qui m'a étonnée, c'est que l'objection, banale à la vérité, mais exprimée avec verve, n'est nullement confondue dans ce roman. Tout ce qui y défend la vérité est irrésolu presque jusqu'au bout, à l'exception de Cécilius qui ne paraît guère que dans un seul entretien où il s'avance peu. Dites-moi donc votre impression sur ce livre ? Rien ne me l'a fait pressentir ; du reste je ne m'élève guère que contre le genre de l'ouvrage, et là-même je dois me récuser, en vertu de l'impression que m'a laissée, il y a une quarantaine d'années, la pastorale de Y Histoire du peuple de Dieu, par le P. Berruyer.

1 Lady Georgina Granville, fille de lord Granvillc, longtemps ambassadeur d'Angleterre à Paris, mariée à M. Fullerton.

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Il faut être loin do loute parole vivante, comme je le suis, pour savoir la peine qu'on a à se faire une idée sur ce qui se passe en politique. On croyait avoir tranché dans vif, et on est dans ce que M. Guizot appelait une mauvaise queue. Bien des choses indéchiffrables, ou pour moi indéchiffrées, font revivre lidée du sphinx.

Paris, 22 décembre i85(3.

Ma hien chère, la teneur de l'article du Times que aous m'avez envoyé est au fond de toutes les intelligences au repos. Ma confiance dans l'alliance que nous aimons est ébranlée. Si les mouvements de la parole anglaise font plus de bruit que tout autre, il n'y a pas, ce me semble, à s'en étonner : elle est aujourd'hui plus en cause que personne. Dans les menaces du jour, ce qui est rhume de cerveau pour l'Europe est fluxion de poitrine pour elle, et il est assez simple qu'elle s'en émeuve. J'ai ressenti comme vous l'horreur du crime1, et tout à côté l'incalculable tort fait à la cause qu'il croit défendre. Les Louvel font les rey nello'1, la Saint Barthélémy les protestants, et les Tarquin la république. C'est une vraie permission de Dieu, où il se montre tout entier. Si jamais il \ a pu avoir une chance que le roi de Naples s'éclairât sur ses vrais intérêts et ceux de soi) peuple, ce moment est arrivé. Le contentement de lui-même dans le cou-

1 L'atlculat de Milano contre le Roi île Naples, le 8 décembre i856.

2 Rois absolus.

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rage et le sang-froid qu'il a montrés, les témoignages d'affection qu'il a reçus, y compris les manifestations anglaises, sont faits pour exciter sa générosité. Il semble qu'il pourrait faire de la date de ce jour vraiment heureux pour lui son ère nouvelle, qu'il se poserait comme n'obéissant qu'à lui-même, après avoir fait preuve de résistance à toute exigence du dehors. Mais ceux qui ont laissé venir de certains maux ont-ils ce qu'il faut pour profiter des circonstances qui y mettraient un terme!' C'est la suite qui nous le dira.

^ ous réveillez toutes mes douleurs en me parlant de vos lectures, sevrée que je suis de la miséricordieuse ressource qui venait à mon secours; c'est à peine si. depuis ces vingt jours, j'ai lu mon journal. Des Revues, il n'en a pas été question ; et pas plus écrit que lu ! Ni miss Stowe, ni Taillandier, ni free tra.de ' ; tout cela est encore à l'état de contingent qu'hélas ! je n'ose pas encore appeler prochain. — Le duc de Rauzan entre ; mais ma lettre partira aujourd'hui même, je l'ai juré.

Paris, 7 janvier i85~.

Quelque chose approche-l-il de l'horreur inconnue, de l'effroi sombre que laisse le crime odieux dont toutes les circonstances augmentent l'aride et amère douleur - ') c'est sur tous les points qu'on se trouve atteint,

1 Libre-échange.

L'assassinat de M. Sibour, archevêque de Paris, dans l'église de Saint-Etienne-du-Mont.

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dans toutes ses sollicitudes et dans toutes ses solidarités. On n'a plus que des gémissements qui dépassent tous les mea culpa du monde. Que de monstruosités, non pas seulement consenties par la volonté, mais encore glorifiées par elle ! On ne créerait pas de nouveaux abîmes dans le cœur humain, mais on peut y découvrir de nouveaux labyrinthes, des enlacements plus inextricables que jamais, i\o^ égarements de la pensée <M des perversités de l'âme; et c'est pour l'œil seul de Dieu que demeure accessible un débris, un reste presque méconnaissable de nature humaine. Combien j'ai pensé, ma bien chère, à l'effet sur vous de cette funeste nouvelle ! I n tel fait entraine si invinciblement l'unanimité d'impression, qu'il n'y a pas de milieu qui puisse imposer précisément la contrainte ; mais il n'en est pas moins vrai que c'est parmi les siens, et avec eux seuls, qu'on peut pleurer à l'aise ou laisser déborder sa joie. On dit le successeur nommé ; on ne dit pas qui. Je n'ai formé qu'un souhait : d'abord que le choix fut bon. puisqu'il ne fil grand plaisir à personne. Vous m'entendez ; aucun de ces plaisirs passionnés, triomphants, qui n'appartiennent qu'aux partis.

Avant-hier, j'ai l'ail passer la Manche à la sœur Ro salie, pour vous aller trouver de la pari de M. de Me lun. Ses sentiments el sa vie à lui-même L'ont fort aidé à reproduire les mérites de son héroïne. N otre suffrage, s'il l'obtient, lui sera très doux; j'aimerais surtout à le voir promptemenl exprimé en paroles articulées de vive voix. Je puis dire que chaque jour accroît mon impatience de vous revoir, de faire toucher terre à nos bons entretiens, dussiez-vous quitter encore bien

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promptement ce pauvre rivage où vous ne faites plus qu'aborder.

Paris, 2 février i85~.

Je veux que vous sachiez mon enchantement de la Comtesse de Bonneval1, lancée par vous dans le monde. C'est ravissant, d'une saveur fine, délicate, sobre, saine, qu'on loue en ce qu'elle est et en tout ce qu'elle n'est pas. A force d'oser être lui-même, c'est un esprit qui ne rappelle rien, ne ressemble à personne, et en ferait beaucoup oublier. Gen'est ni anglais, ni français, il me semble, et si neuf en soi comme style que, tout en conservant un caractère particulier, il n'y a rien de cette originalité à double face qui dénonce l'étranger écrivant dans une langue qui n'est pas la sienne. On m'avait beaucoup dit que c'était très bien, mais c'est mieux que cela.

J'ai eu hier vos petites pages attendues, ma bien chère Pauline, avec la double impatience de m'en délecter et de me retrouver, de premier jet comme de réflexion, dans le mouvement qui vous les avait fait écrire.

Montalembert a écrit son article sur Saint-Simon, sous la pression d'une passion dominante. La furia fait partie de son éloquence, et ce qui pour lui peut être un piège, c'est qu'elle ne lui fait rien perdre de sa verve. Il faut savoir gré à ce même enthousiasme de n'avoir pas complètement tourné au panégyrique. Hors la contre-partie si superlativement faite au mot de

1 Roman de lady Georgina Fullerton.

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M. de Chateaubriand : Saint-Simon écrit à la diable pour l'immortalité, le fond de justice qui n'abandonne jamais Montalembert lui fait mêler quelques ombres aux splendeurs de l'apothéose. On est loin d'en obtenir autant de tout le monde. L'abus des allusions est en ce moment à son comble. Avez-vous lu dans ce genre les Empereurs romains de la Bévue des Deux- Mondes? C'est prodigieux, disait à cette occasion un académicien, tous les mauvais tours que l'empereur Napoléon III joue à l'empereur Auguste.

Cette lettre a été interrompue dix fois. Je ne vous ai rien dit de vous, c'est-à-dire de ce qui m'importait davantage. Adieu, très chère Pauline, mille tendresses.

Paris, 10 février iN.">-.

Très chère, vous assisterez sûrement à la bénédiction du mariage de M"" Rio ' , et dans mon désir de lui faire parvenir mes vœux, j'ai compté sur votre bon secours. Je ne vous en dis pas davantage, el il m'en coûte; mais je veux arriver à temps, et le temps me manque.

Quand vous reverrai-je ? On peut se demander si c'est la peine d'y voir quand la lumière qn'on attend a la rapidité de l'éclair ! Voilà le P. Gratry qui entre : félicitez-moi.

Paris, a3 février 1857.

Très chère, M. Monsel esl marié de ce matin et bien marié, je vous le certifie, au milieu de toutes lés

1 M"c Rio, fille <le M. Kio, auteur de plusieurs ouvrages rc-

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assistances divines et humaines '. C'est le P. Pététot qui a offert le saint sacrifice, béni les conjoints et édifié l'auditoire par une parole si spéciale dans ses conseils et sa louange que les entrailles de sa charité trouveront difficilement à la renouveler. Le P. Gratry était présent, et puis les parents et des amis émus comme des proches.

Votre petite page sur la noce Killeen est charmante. Tout est spontané ici et tout est raisonnable. Cet impromptu d'amour dans le jeune homme lui fait honneur, et rien déplus noble que ce prompt consentement de la famille à qui ne lui donne que du bonheur. Dans cette Angleterre qu'on veut voir si commerciale, c'est pourtant un grand trafic de moins ! Je vous somme de noter, pour n'en rien perdre, les idées que vous touchez sur ce sujet. En Angleterre, la poésie même n'a pas à se défier de la réalité : c'est là où elle puise sa force. En lisant ses romanciers et ses poètes, je leur ai plus d'une fois appliqué la fable d'Antée, touchant la terre pour reprendre à la fois courage et vigueur.

Fleurv, juin 1807.

Ma bien chère Pauline, j'ai eu tantôt votre petite lettre de lundi : elle me comble ! Voilà enfin le jour pris ! Samedi vous serez à Paris, et ce mot-ci vous y

marquables sur l'Art chrétien, allait épouser lord Killeen, lils aîné de lord Fingal, pair d'Irlande.

1 M. Monsel, député catholique de l'Irlande au parlement anglais, et alors sous-secrétaire d'Etat au ministère de la guerre, marié à M"' de Montigm ; aujourd'hui lord Emly.

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attendra depuis la veille. Vous pouvez vous figurer avec quelle joie je souscris à ce que vous substituiez à votre lettre du mardi, votre encore plus chère présence. La promesse d'une journée pleine ne me ravit pas moins; niais n'oubliez pas qu'il me la faut telle, et pour cela je viens vous conjurer de la commencer de lionne heure, c'est à-dire de quitter Paris par le train de neuf heures, ce qui vous amènerait à Fleury à onze heures et demie tout au plus lard. Les heures avancées de la nuit devanl être répudiées, quand ce ne serait que par mon inquiétude, le seul moyen de nous ménagerie temps de causer à l'aise, c'est de venir par le train que j'indique ; il me semble que c'estdéjàcc que nous avons fait l'année dernière. A mardi donc!

Je crois vraiment, depuis qu'il est question du bienheureux projet d'une maison à Paris, que j'en suis aussi occupée que vous-même. Je la guette comme si j'\ pouvais quelque chose. En consultant vos goûts et vos intérêts, je n'ai jamais vu Mitre situation assez fixée pour qu'un incident ne pût suffire à la changer ; et j'ai toujours pensé qu'au nuirai, la mouche du coche n'était pas un personnage aussi insignifiant qu'on l'avait cru. .l'avoue qu'en même temps je me suis confirmée dans l'idée du peu de répugnance de votre mai i pour un établissement à Paris ; l'ensemble des ressources qui s'y rencontrent était peut-être dans son esprit à l'état d'étude, et la rencontre de celte maison pourra agir comme cause déterminante, un peu comme la chute de la pomme de New ton.

Vdieu, très chère Pauline, remerciez-vous bien vousmême de la joie que vous me promettez.

5o4 A Madame craven

Paris, 22 juillet 18Ô7 '.

Je ne puis me faire, ma bien chère, à l'idée que vous ne sachiez plus ou me prendre. A enue ici lundi pour huit ou dix jours, M. Rayer m'y garde, en vue de quelques essais nouveaux qui demandent sa surveillance. Le pauvre cher Fleury ne m'a fait aucun bien cette année ; mais je lui en garde si peu de rancune que cela ne m'empêche pas de le regretter beaucoup. Me voilà donc dans mes quartiers d'hiver ! très doucement inaugurés du reste par la présence de mes neveux, par celle d'Hélène et de sa sœur et du comte de >esselrode, qui arrive aujourd'hui. Depuis votre bonne visite, rien d'amélioré dans mon état, qui a été une souffrance continue ; mais tant qu'il va résistance, on peut espérer de la lutte.

1 Cette lettre, la dernière que reçut Mmc Craven, lui parvint à Carlsbad et ne précéda que de six semaines la mort de Mmc Swetchine.

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