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Pourtant quand elle traçait ces lignes cruelles, elle espérait encore ; elle comptait que son jeune amant adoucirait quelques traits en sa faveur, qu'il effacerait tout au moins les termes de mépris et de dédain!... Elle montra à son amant lui-même , ce portrait qu'elle avait tracé d'une main amoureuse et tremblante.. . M. de Mora eut la cruauté de se reconnaître trait pour trait, et il ne se fâcha pas le moins du monde, de ce qu'on lui trouvait si peu de cœur ; au contraire il en fut bien aise, tant cela lui ouvrait une porte libre sur le vaste champ de l'indépendance I
De tous ces malheurs, mademoiselle de Lespinasse se console, en songeant que M. de Mora réunit: — Belle consolation pour une femme bien éprise — « tous les agré- » ments, toutes les qualités et toutes les vertus que l'on » doit désirer dans son fils, dans son frère, dans ses amis. » 11 est affreux, sans doute, d'avoir à regretter de ne pas » trouver en lui le sentiment qui aurait fait mon bonheur; » mais ce regret , quoique vif et profond , ne met point » d'amertume dans mon âme, parce que j'estime M. de » Mora autant que je l'aime. Je pourrais lui dire ces veis » de Métastase : »
« Tel est sur ma raison votre fatal empire,
> Sans pouvoir m'aveugler vous m'avez su séduire. »
Voilà la vérité , mais cependant laissons le vrai M. de Mora se consoler d'être peu sensible , en songeant qu'il est fort aimé, et revenons à notre roman.