‹ Lettres de mademoiselle de Lespinasse (volume 2)Chapitre 14 sur 175 · APOLOGIE · texte numérisé non relu

APOLOGIE

Mardi, 31 janvier 1775.

i Hé bien , voilà donc encore un piège que vous me » tendez ? Vous me dîtes hier avec bonté : Vous allez de- » main à la Fausse magie , j'exige de votre amitié de me » mander ce que vous en aurez pensé. Mais vous savez » bien, répondis-je, que je ne pense pas, et que je ne juge » jamais. N'importe, dites-vous, j'aime vos impressions, » d'abord parce qu'elles sont vraies , et puis parce qu'elles » sont outrées, et que j'ai du p'aisir à les combattre. Cette » observation, que vous croyez si bien fondée, devrait donc » m'arrêter; je devrais après cela me faire un avis bien » modéré, bien raisonnable : il manquerait sans doute de » goût , et de la connaissance des choses dont je parlerais ; » mais au moins je ne révolterais point les gens d'esprit , » parce qu'ils sont indulgents, et les sots m'estimeraient » parce qu'ils aiment les gobemouches ; cela les laisse à » leur place, au lieu que les impressions vives, les mouve- » ments de l'âme les blessent, les inquiètent, sans les éclai- » rer ni les réchauffer jamais.

» Je vais donc me laisser aller ; je n'aurai égard ni aux » sots, ni aux gens d'esprit ; je ne craindrai pas même vo- » tre jugement, je m'y livre, je serai folle ou absurde, tout » ce qu'il vous plaira ; je serai moi.

» J'ai eu du plaisir, oui, beaucoup de plaisir à cette ré- » pétition , et Je défie tous les connaisseurs de me prouver

» que j'ai eu tort. J'ai admiré le talent de Grétry ; jai dit » vingt fois avec transport : Jamais on n'a eu plus d'esprit , » jamais on n'a mis tant de délicatesse, de finesse et de goût » dans la musique. J'ai été toujours animée, toujours sou- » tenue par le plaisir; l'orchestre me semblait parler, et » je m'écriais sans cesse : Oh! que cela est ravissant! » Oui , je le répète , il est ravissant de passer deux heures » de suite avec des sensations douces , vraies et toujours » variées ! Le poème m'a paru charmant , il me semble » que le poète n'a été occupé d'un bout à l'autre qu'à faire » valoir le musicien : les airs sont distribués avec beau- » coup d'intelligence et de goût ; il a trouvé le moyen de » rendre ses vieillards aussi comiques, aussi piquants que » ceux de Molière; Grétry a fait de cette scène un duo qui » en rend le comique et la gaîté d'une manière aussi ani- » mée qu'originale; enfin, que vous dirai-je, j'ai été ravie, » charmée , et je ne sais que louer et aimer, et point cri- » tiquer ce qui m'a fait autant de plaisir.

» Je vous vois , je vous entends , et vous espérez que je » vais mettre Grétry au-dessus de Gluck, parce que l'im- » pression du moment , fût-elle plus faible , doit effacer » celle qui est éloignée? Eh bien ! il n'en sera rien, et je » vous ferai remarquer que si je suis exagérée , je ne suis » jamais exclusive, et savez-vous pourquoi? c'est que c'est » mon âme qui loue , c'est que je hais le déuigrcment , et » que d'ailleurs je suis assez heureuse pour aimer à la fo- » lie les choses qui paraissent le plus opposées : si bien » donc, que j'aime, que je chéris le talent de M. Grétry, » et j'estime et admire celui de M. Gluck; mais comme » je n'ai ni les lumières, ni les connaissances, ni la sottise » nécessaires pour assigner des places et des rangs aux ta- » lonts , je ne m'avise pas de prononcer lequel vaut 1p

mieux , ni même de comparer ce qui me parait ne pas devoir se rapprocher; je ne sais à quelle distance la nature les a mis l'un tic l'autre , mais je sais qu'à talent égal . ils auraient dû eu faire un emploi différent , puisque le genre de l'opéra-comique n'est pas celui de la tragédie.

» L'impression que j'ai reçue de la musique d* Orphée , ne ressemble en rien à ce que j'ai éprouvé ce matin ; elle a été si profonde , si sensible , si déchirante , si absorbante , qu'il m'était absolument impossible de parler de ce que je sentais : j'éprouvais le trouble, le bonheur de la passion , j'avais besoin de me recueillir; et ceux qui n'auraient pas partagé ce que je sentais , auraient pu croire que j'étais stupide. Cette musique , ces acceris attachaient du charme à la douleur, et je me sentais poursuivie par ces sons déchirants : J'ai perdit mon Eurydice. Et comment voudriez-vous , après cela , que je pusse y comparer l'effet de la Fausse magie? comment pouvoir comparer ce qui ne fait que plaire et attacher, à ce qui remplit l'àme , à ce qui la pénètre , à ce qui la bouleverse ? Comment comparer l'esprit à la passion ? comment comparer un plaisir vif et animé , à cette mélancolie douce qui fait presque de la douleur une jouissance ? Oh î non, je ne compare rien, et je jouis de tout; et vous appelez cela des contradictions dans mes goûts , des disparates dans mes opinions! eh bien! soit, je ne serai pas conséquente, comme la raison, mais j'aurai tout le plaisir de la sensibilité et de tous les genres de sensibilités ; et je vous dirai comme Diderot : 0 ! mes amis , n'ayons pas tant d'esprit ; analysons moins , et jouissons davantage; ne portons pas l'esprit de critique aux choses d'agrément et de pur amusement. Soyons au-

» moins indulgents pour ce qui vient de nous faire plaisir, » et notre goût n'en sera ni moins bon , ni moins juste. » J'aimerai donc ce qui paraît le plus distant, le plus con- » traire môme; j'aimerai le paisible, le doux Gessner ; il » portera le calme et la paix dans mon âme ; et j'adorerai » le passionné Jean-Jacques, parce qu'il agitera mou âme, » parce qu'il y fera pénétrer une partie de la chaleur qui » l'anime ; je l'aimerai même par ses défauts ; je lui saurai » gré de me séduire, au point dem'égarer. J'aimerai, j'ad- » mirerai, je serai à genoux devant Clarisse , que je re- » garde comme une des plus belles, des plus grandes et des » plus fortes productions de l'esprit humain ; je serai ravie, » exaltée , enivrée de tous les genres de beautés dont cet » ouvrage est plein. La vérité , la simplicité de ce roman » me fera une assez grande illusion pour me persuader que » j'ai vécu avec tous les Harlowes; ils animeront toutes les » passions dont mon âme est susceptible ; et en admirant » Clarisse, je ne dédaignerai point Marianne ; j'y trouve- » rai sinon la vérité des passions, celle de l'amour-propre, )> celle des différents états de la société : j'aimerai à voir » toutes les nuances de la vérité rendues et mises en action » avec finesse et esprit. J'admirerai dans Clarisse la noble » simplicité de Richardson ; et dans Marivaux , j'irai jus- » qu'à aimer sa manière, et même son affectation , qui est » souvent originale et piquante , et qui est toujours spiri- » tuelle.

» Oui , dans tous les genres , j'aimerai ce qui paraît op- » posé , mais qui n'est peut-être opposé que pour les gens » qui veulent toujours juger, et qui ont le malheur de ne « rien sentir. La nature , il est vrai , les a bien dédomma- » gés : ils sont toujours si contents de leur raison, de leur » modération , et de la conséquence qu'il y a dans tous

» leurs goûts! Leur esprit est raide, ils le croient josic ; » leur ame est de plomb, ils la croient calme; enfin ils ont » la satisfaction de la suffisance , et moi j'ai le décousu , i l'égarement de la folie et de la passion. Il est vrai que » ces gens si raisonnables se sentent à peine exister, et moi » je souffre, ou je jouis sans cesse. Ils sont ennuyés, je » suis enivrée; mais pour rendre justice à eux et à moi , » je dois avouer que s'ils sont quelquefois ennuyeux , je » suis souvent fatigante : les gens froids peuvent être exa- » gérés , mais les gens animés ne sont et ne peuvent être » que liors de mesure et outrés; tous les deux vont par- » delà le but , mais les uns s'y sont montés, tandis que les » autres y ont été jetés, entraînés. Les uns ont fait le che- » min pas à pas ; les autres ont sauté les bornes sans les » apercevoir. Enfin je trouve qu'il y a celte différence en- » tre les gens exagérés et ceux qui sont outrés , qu'on » évite les premiers , et qu'on quitte les derniers ; mais à » condition d'y revenir le lendemain ; car ce qu'on aime » par-dessus tout, c'est à être animé, remué, agité, et » voilà l'avantage qu'on éprouve avec les gens passionnés. » Ils révoltent sans doute; souvent ils choquent, ils fati- » guent : mais en les critiquant, en les condamnant, même » en les haïssant, ils attirent et on les cherche. Vous me » direz que je n'y vais pas de main moine , et que je me » loue de manière à révolter le goût et la délicatesse de » tous mes juges? Mais c'est à vous que je parle, et vous » êtes mon ami avant que d'être mon juge : d'ailleurs pour » excuser cet orgueil de Lucifer que je viens d'étaler, je » dois vous faire observer que je me défends, et alors il est » permis de parler de soi, comme on parlerait d'un autre; » il n'est donc pas question d'être modeste , il s'agit d'être » vraie.

d Je reviens encore à mes preuves, et j'ajoute que j'aime » Racine avec passion , et qu'il y a dans Shakespeare des » morceaux qui m'ont transportée ; et ces deux hommes-là » sont absolument opposés : on est attiré , entraîné par le » goût de Racine , par l'élégance, la sensibilité et le charme » de sa diction ; et Shakespeare dégoûte , rebute par la bar- » barie de son goût ; mais aussi on est enlevé , surpris, » frappé de la vigueur de son originalité et de son élévation j> dans de certains endroits : oh ! permettez-moi donc d'alto mer l'un et l'autre. J'aime la naïveté , la simplicité de » La Fontaine , et j'aime aussi le fin , l'ingénieux et le spi- » rituel Lamotte.

» Enfin , je ne finirais point , si je parcourais tous les » genres; car je dirais que je rafole du bon Plutarque , et » que j'estime le sévère La Rochefoucault; j'aime le dé- » cousu de Montaigne , et j'aime aussi l'ordre et la méthode » d'Helvétius.

» Que vous dirai-je encore? que j'aime , que j'estime la » métaphysique de l'abbé de Condillac , et que j'ai lu avec » plaisir les Éléments de l'enfance , de madame d'Épinay. » Ah, sans doute, ce n'est pas la peine de dire que j'aime » à la folie Voltaire ; c'est le goût de tout le monde : je ne » l'opposerai arien, car ce qui est beau ou bon dans tous » les genres a quelque rapporta lui; aussi est-ce l'auteur » qui convient à toutes les situations et à toutes les disposi- » dons : il a tous les tons , tous les goûts; il satisfait l'es- » prit et contente l'àme ; il a par excellence le ton et le » goût de son siècle ; il en fait le plaisir , il en est l'orne- » ment.

» Je vous entends vous récrier : Mais il ne fallait pas » m'assommer de ces détails de vos goûts : que ne disiez- » vous tout d'un coup, j'aime tout ce qui est bon? Mais

» souvenez-vous donc que je vous l'ai dit cent lois , et » que sans doute je ne vous ai pas persuadé ; car vous ne » vous lassez pas de me dire que je loue trop , que je suis » exagérée, outrée, hors de mesure. Il fallait donc vous » prouver que j'étais fondée à aimer, à admirer, et ce n'est » pas avec de l'esprit qu'on jouit autant, c'est avec de » l'âme. Souffrez que je dise , que je répète que je ne juge » rien , mais que je sens tout; et c'est ce qui fait que vous » ne m'entendez jamais dire : cela est bon , cela est mau- ;> vais ; mais je dis mille fois par jour j'aime ; oui, j'aime et » j'aimerai à aimer tant que je respirerai , et je dirai de » tout , ce que disait une femme d'esprit en parlant de ses » deux neveux : J'aime mon neveu l'aîné parce qu'il a de » l'esprit, et j'aime mon neveu le cadet parce qu'il est » bête.

» Oui , elle avait raison , et je dirai comme elle , j'aime •> la moutarde parce qu'elle est piquante et forte , et j'aime » le blanc manger parce qu'il est doux. Mais avec cette » voracité d'affections et de goûts , vous croiriez qu'il » n'y a rien, ni dans les choses ni dans les hommes , qui » puisse me déplaire , me dégoûter , me repousser ? Oh » mou Dieu, je ne fmiraispas si j'entrais dans tousles détails ; » mais je me contenterai seulement de vous indiquer ce » qui m'est antipathique : d'abord , les vers qui n'ont de « mérite que la facture , et qui sont vides de pensées et de » sentiment, comme ceux de MM. de... les comédies qui » sont vides d'intérêt et d'esprit, et qui sont écrites ou avec » un ton trivial, ou comme celles de MM. de... ou celles qui » ont une espèce de jargon , qui ne peut être intelligible » que pour la coterie de l'auteur , comme celles de MAI. » de... les tragédies dont le sujet est passionné, fort et ter- » rible , et dont le style est faible et plat , ou quelquefois

» barbare , comme celles de WLM. de. . . enfin je vous dirai, » car il faut finir , que le maniéré , le gracieux , le frais , et » même le fin et surtout le fade , sont pour moi comme la » manne ou la tisaune, d'un dégoût mortel ; avec cette dif- » férence pourtant que la manne ou la tisaune pourraient » cesser de m'être antipathiques, en me devenant nécessai- » res , et que le reste m'est et me sera dans tous les temps » également odieux.

»A l'égard de mon attrait et de mon éloignement pour » les personnes, il est absolument analogue à mes goûts , » ou à mon aversion pour les choses : j'aime mieux une » bête qu'un sot; j'aime mieux un homme sensible qu'un » homme spirituel ; j'aime mieux une femme passionnée » qu'une femme raisonnable; je préfère la rusticité à l'af- » fectation; j'aime mieux la dureté que la flatterie; je pré- » fère, j'aime avant tout, par-dessus tout, la simplicité et la » bonté, mais surtout la bonté ; car si l'on me disait quel at- » tribut voulez-vous donner à Dieu ? je dirais, qu'il soit bon, » et je l'adore à jamais. Voilà la vertu qui devrait animer tout » ce qui a de la puissance, c'est aussi la vertu qui convient » aux faibles, aux malheureux ; enfin c'est la bonté qui sup- » pléeàtout, qui dédommage de tout; et dût-on en abuser, » et dussé-je en souffrir, je n'hésiterais pas, si on me donnait » le choix ou d'avoir la bouté de madame Geoffrin , ou la beau- » té de madame de Brienne, je dirais donnez-moi la bonté, » et je serais aimée; voilà le premier, et si je me laissais aller, » je dirais l'unique bien dont je veuille jouir. Si je ne me » trompe,, il y en a un plus grand encore, c'est d'aimer ; » mais la bonté est déjà une affection de l'àme, et avec cette » vertu on aime tout ce qui souffre , tout ce qui est mal- » heureux ; ah ! l'on aime donc beaucoup et toujours ! et » avec ce degré de bonté que je loue, que j'envie, on pour-

» rait se passer des plaisirs et des jouissances des passions. » L'âme serait sans cesse en activité, et n'est-ce pas là le » plus grand charme de la passiou ? Mais dites-moi si ce » n'est pas à vous que je dois souhaiter cette vertu jusqu'à » l'excès? Que de bonté et d'indulgence ne vous faudra-t- » il pas pour lire cette longue , froide et fatiguante apolo- » gie? Ah! vous voilà dégoûté à jamais de m'accuser, » mon exagération est encore moins insupportable que ma » justification ; mais aussi j'y ai été poussée : tous mes » chers amis m'accablent; j'ai voulu leur prouver une fois » par des raisons que ce qu'ils appellent ma folie et mes » disparates ne sont autre chose que la raison et le senti- » timent, ou la passion. Quelle est donc la conséquence de » tout ceci? quel en est le résultat? Voulez- vous que je » vous le dise à l'oreille?... Mais non, vous ne me croiriez » pas, et cependant je vous aurais découvert le secret de » mon àme. Adieu, condamnez-moi; critiquez-moi, mais » aimez-moi, je me louerai de votre bonté, et je ne sen- » tirai qu'elle. »

Effacez de ce portrait, vif et net, quelques traits un peu hasardés, et vous aurez des pages tout-à-fait charmantes, bien seuties, d'une réalité irrésistible, des pages dignes d'êtres comparées aux plus vifs passages des Confessions.

Puisque nous sommes aux portraits, ce qui était, avec la rage de faire des synonimes, la grande mode des beaux salons du dernier siècle, citons quelques passages du portrait de mademoiselle de Lespinasse par d'Alembert. >ous l'avons vu , d'Alembert a beaucoup souffert de la tendresse qu'il portait à cette femme, car celte femme ne l'a jamais aimé que d'une amitié qui tirait sur le dédaigneux, et tout

au plut» a-t-elle supporté des soins, des tendresses, un dévouaient dont toute autre femme eut été reconnaissante ! Mais la passion est égoïste ; l'âme qui souffre n'a guère le temps de songer aux malheurs dont elle est la cause ; cette femme blessée dans son amour, inquiète et malheureuse , même quand elle se croit sûre de son amant, se vengeait cruellement sur d'Alembert, et le malheureux grand homme, ne comprenant rien à ces irritations de chaque minute, acceptait sa destinée en silence ! Ce fut dans un de ces moments d'un calme agité, en 1771, (la première passion de mademoiselle de Lespinasse pour M. de Mora est un an plus tard), que d'Alembert écrivit le portrait que voici : Portrait parlant à sa personne, comme dirait un huissieraudiencier.

« Le temps et l'habitude qui dénaturent tout, mademoi- » selle, qui détruisent nos opinions et nos illusions, qui » anéantissent ou affaiblissent l'amour même, ne peuvent » rien sur le sentiment que j'ai pour vous et que vous m'a- » vez inspiré depuis dix-sept ans : ce sentiment se fortifie » de plus en plus par la connaissance que j'ai des qualités » aimables et solides qui forment votre caractère, il me fait » sentir en ce moment, le plaisir de m'occuper de vous, en » vous peignant telle que je vous vois.

« Je ne parlerai point de votre figure ; vous n'y attachez » aucune prétention, et d'ailleurs c'est un objet auquel un » vieux et triste philosophe comme moi ne prend pas garde, » auquel il ne se connaît pas, auquel même il se pique de » ne se pas connaître, soit par ineptie, soit par vanité, » comme il vous plaira. Je dirai cependant de votre exté- » rieur, ce qui me paraît frapper tout le monde ; que vous » avez beaucoup de noblesse et de grâces dans tout votre » maintien, et, ce qui est bien préférable à une beauté

» froide, beaucoup de physionomie et d'àine dans tous vos » traits. Aussi, pourrais-je vous nommer plus d'un de vos » amis, qui auraient eu pour vous plus que de l'amitié, si » vous l'aviez voulu.

» Le goût qu'on a pour vous ne tient pas seulement à » vos agréments extérieurs ; il tient surtout à ceux de votre » esprit et de votre caractère. Votre esprit plaît et doit » plaire par bien des qualités ; par l'excellence de votre ton, » par la justesse de votre goût, par l'art que vous avez de » dire à chacun ce qui lui convient.

» L'excellence de votre ton ne serait point un éloge pour » une personne née à la cour, et qui ne peut parler que la » langue qu'elle a apprise : en vous c'est un mérite très- » réel, et même très-rare; vous l'avez apporté du fond » d'une province, où vous n'aviez trouvé personne qui vous » l'enseignât. Vous étiez sur ce point aussi parfaite le lcn- » demain de votre arrivée à Paris, que vous l'êtes aujour- » d'hui. Vous vous y êtes trouvée dès le premier jour, » aussi libre, aussi peu déplacée dans les sociétés les plus » brillantes et les plus difficiles, que si vous y aviez passé » votre vie ; vous en avez senti les usages avant de les con- » naître, ce qui suppose une justesse et une finesse de tact » très-peu communes, une connaissance exquise des convc- •> nances. En un mot, vous avez deviné le langage de ce » qu'on appelle la bonne compagnie, comme Pascal dans ses » Provinciales, avait deviné la langue française, qui n'était » pas formée de son temps, et le tonde la bonne plaisante- » rie, qu'il n'avait pu apprendre de personne, dans la re- » traite où il vivait. Mais comme vous sentez parfaitement » que vous avez ce mérite, et même que ce n'est pas en » vous un mérite ordinaire., vous avez peut-être le défaut » d'y attacher trop de prix dans les autres : il faut bien des

» qualités réelles pour vous faire pardoimer à ceux qui ne » l'ont pas; et sur cet objet assez peu important, vous êtes » impitoyable jusqu'à la minutie.

» Oui , mademoiselle , la seule chose sur laquelle vous » soyez délicate, et délicate au point d'en être quelquefois » odieuse, ici je suis comme madame Bertrand dans la co- » médie du Moulin de Javelle, et je vais d'abord aux in- » vectives, parce qu'il est question de défendre mes pro- » près foyers , c'est votre excessive sensibilité sur ce qu'on » nomme le bon ton dans les manières et dans les discours ; » le défaut de cette qualité vous paraît à peine effacé par le » sentiment le plus tendre et le plus vrai qu'on puisse vous » marquer : mais en récompense, il est des hommes en qui » cette qualité supplée auprès de vous à toutes les autres ; » vous les trouvez tels qu'ils sont, faibles, personnels, » pleins d'airs, incapables d'un seutiment profond et suivi, » mais aimables et pleins de grâces, et vous avez la plus » grande disposition à les préférer à vos plus fidèles, à vos » plus sincères amis; avec un peu plus de soins et d'atten- » tions pour vous, ils éclipseraient tout à vos yeux,, et peut- » être vous tiendraient lieu de tout.

» La même justesse de goût qui vous donne un si grand » usage du monde, se montre assez généralement dans les » jugements que vous portez sur les ouvrages. Vous ne » vous y trompez guère, et vous vous y tromperiez encore » moins, si vous vouliez toujours être réellement de votre » opinion , et ne point juger d'après certaines personnes » aux genoux desquelles votre esprit a la bonté de se » prosterner , quoiqu'elles n'aient pas à beaucoup près le » don d'être infaillibles. Vous leur faites quelquefois l'hon- » ueur d'attendre leur avis, pour en avoir un qui ne vaut » pas celui que vous auriez eu de vous-même.

» Mais ce qui vous dislingue surtout dans la société, » c'est l'art de dire à chacun ce qui lui convient ; et cet » art, quoiqu'un peu commun, est pourtant bien simple >» chez vous, il consiste à ne parler jamais de vous aux au- » très, et beaucoup d'eux. C'est un moyen infaillible de » plaire ; aussi plaisez-vous généralement , quoiqu'il s'en » faille beaucoup que tout le monde vous plaise : vous sa- » vez même ne pas déplaire aux personnes qui vous sont » les moins agréables. Ce désir de plaire à tout le monde » vous a fait dire un mot qui pourrait donner mauvaise » opinion de vous à ceux qui ne vous connaîtraient pas à fond. » Ah ! que je voudrais, vous êtes-vous écriée un jour, con- » naître le faible de chacun ! Ce trait semblerait partir d'une » profonde politique, et d'une politique même qui avoisine » la fausseté : cependant vous n'avez nulle fausseté ; toute » votre politique se réduit à désirer qu'on vous trouve ai- » mable, et vous le désirez, non par un principe de vanité » dont vous n'êtes que trop éloignée, mais par l'envie et » le besoin de répandre plus d'agréments dans votre vie » journalière. »

» Si vous plaisez généralement à tout le monde, vous » plaisez surtout aux gens aimables ; et vous leur plaisez par » l'effet qu'ils font sur vous, par l'espèce de jouissance » qu'éprouve leur amour-propre en voyantàquel point vous o sentez leurs agréments ; vous avez l'air de leur être obli- >> gée de ces agréments comme s'ils n'étaient que pour » vous, et vous doublez pour ainsi dire, le plaisir qu'ils ont » de se trouver aimables.

» Discrète., prudente et réservée , vous possédez l'art de » vous contraindre sans effort, et de cacher vos sentiments » sans les dissimuler. Vraie et franche avec ceux que vous

» estimez, l'expérience vous a rendue déliante avec tout le » reste; niais cette disposition, qui est un vice quand on » commence à vivre, est une qualité précieuse pour peu » qu'on ait vécu.

» Cependant cette attention, cette circonspection dans la » société, qui vous sont ordinaires, n'empêchent pas que » vous ne soyez quelquefois inconsidérée ; il vous est ar- » rivé, à la vérité bien rarement, de laisser échapper, en » présence de certaines personnes, des discours qui vous » ont beaucoup nui auprès d'elles : c'est que vous êtes » franche par nature, et discrète seulement par réflexion ; » la nature s'échappe quelquefois malgré nos efforts.

» Les différents contrastes qu'offre votre caractère, de » naturel sans simplicité, de réserve et d'imprudence, con- » trastes qui viennent en vous du combat de l'art et de la » nature, ne sont pas les seuls qui existent dans votre ma- » nière d'être, et toujours par la même cause. Vous êtes à » la fois gaie et mélancolique, mais gaie par votre naturel, » et mélancolique encore par réflexion : vos accès de mé- » lancolie sont l'effet des différents malheurs que vous avez » éprouvés; votre disposition physique ou morale du mo- » ment les fait naître ; vous vous y livrez avec une satisfac- » tion doiùoureuse, et en même temps si profonde, que » vous souffrez avec peine qu'on vous arrache de la mélan- » lancolie par la gaîté, au contraire vous retombez, avec » une sorte de plaisir, de la gaîté dans la mélancolie.

» Quoique vous ne soyez pas toujours mélancolique, » vous êtes sans cesse pénétrée d'un sentiment plus triste » encore ; c'est le dégoût de la vie : ce dégoût vous quitte » si peu, que si même dans un moment de gaîté on vous » proposait de mourir, vous y consentiriez sans peine. Ce » sentiment continu tient à l'impression vive et profonde

» que vos chagrins vous ont laissée; >os affections même » et l'espèce de passion que vous y mettez, ne le détrui- » sent pas ; on voit que la douleur, si je puis parler de la » sorte, vous a nourrie, et que les affections ne font que » vous consoler.

» Ce n'est pas seulement par vos agréments et par votre » esprit que vous plaisez généralement, c'est encore par » votre caractère. Quoique vous sentiez très-bien les ricli- » cules, personne n'est plus éloigné que vous d'en donner;

\ous abhorrez la méchanceté et la satire : vous ne haïssez » personne, si ce n'est peut-être une seule femme (l), qui » à la vérité a bien fait tout ce qu'il fallait pour être haïe » de vous ; encore votre haine pour elle n'est-elle pas ac- » tive, quoique la sienne à votre égard le soit jusqu'au ri- » dicule, et jusqu'à un excès qui rend cette femme très- » malheureuse.

» Vous avez une autre qualité très-rare,, et surtout dans » une femme ; vous n'êtes nullement envieuse : vous ren- » dez justice, avec la satisfaction la plus vraie, aux agré- » ments et aux bonnes qualités de toutes les femmes que » vous connaissez; vous la rendez même à votre ennemie, » dans ce qu'elle peut avoir soit de bon et d'estimable, soit » d'agréable et de piquant.

» Cependant, car il ne faut pas vous flatter, même en » disant du bien de vous, cette bonne qualité, toute rare » qu'elle est, est peut-être moins louable en vous qu'elle ne » le serait en beaucoup d'autres. Si vous n'êtes point en- » vieuse, ce n'est pas précisément parce que vous trouvez » bon que d'autres personnes aient sur vous les mêmes » avantages ; c'est qu'après avoir bien regardé autour de » vous, tous les êtres existants vous paraissent également

(1) Madame Du Défiant.

» à plaindre, et qu'il n'y en a aucun dont vous voulussiez » changer la situation contre la vôtre. S'il y avait ou si » vous connaissiez un être souverainement heureux, vous » seriez peut-être très-capable de lui porter envie ; et on » vous a souvent ouï dire qu'il était juste que les person- » nés qui ont de grands avantages eussent aussi de grands » malheurs, pour consoler ceux qui seraient tentés d'en » être jaloux. Ne croyez pas cependant que votre peu de » jalousie cesse d'être une vertu, quoique le principe n'en » soit pas aussi pur qu'il pourrait l'être ; car, combien y » a-t-il de gens qui ne croient pas que personne soit heu- » reux, qui ne voudraient être à la place de personne, et » qui ne laissent pas d'être jaloux ?

» Votre éloignemeut pour la méchanceté et l'envie sup- » pose en vous une âme noble ; aussi la vôtre l'est-elle à » tous égards : quoique vous désiriez la fortune, et que » vous en ayez besoin., vous êtes incapable de vous donner » aucun mouvement pour vous la procurer ; vous n'avez » pas même su profiter des occasions les plus favorables » que vous avez eues pour vous faire un sort plus heureux.

» Non-seulement vous avez l'âme très-élevée, vous l'a- » vez encore très-sensible; mais cette sensibilité est pour » vous un tourment plutôt qu'un plaisir ; vous êtes per- » suadée qu'on ne peut être heureux que par les passions,, » et vous connaissez trop le danger des passions pour vous » y livrer. Vous n'aimez donc qu'autant que vous l'osez ; » mais vous aimez tout ce que vous pouvez ou tant que » vous le pouvez ; vous donnez à vos amis, sur cette sensi- » bilité qui vous surcharge, tout ce que vous pouvez vous » permettre; mais il vous en reste encore une surabon- » dance dont vous ne savez que faire, et que pour ainsi dire » vous jetteriez volontiers à tous les passants ; cette sura-

» bondance de sensibilité vous rend très-conipalissante » pour les malheureux, même pour ceux que vous ne con- » naissez pas ; rien ne vous coûte pour les soulager. Avec > cette disposition, il est naturel que vous soyez très-obli- » géante : aussi ne peut-on vous faire plus de plaisir que » de vous en fournir l'occasion ; c'est donner à la fois de » l'aliment à votre bonté et à votre activité naturelle. J'ai » dit que vous donniez à vos amis tous les sentiments que » vous pouviez vous permettre ; vous leur accordez même » quelquefois au-delà de ce qu'ils seraient en droit d'exi- » ger : vous les défendez avec courage, en toute circons- » tance et en tout état de cause, soit qu'ils aient tort ou » raison. Ce n'est peut-être pas la meilleure manière de » les servir ; mais tant de gens abandonnent leurs amis lors » même qu'ils pourraient et devraient les défendre, qu'on » doit savoir gré à votre amitié de fuir et d'abhorrer cette » lâcheté, même jusqu'à l'excès.

» L'espèce de mouvement sourd et intestin qui agite sans » cesse votre âme, fait qu'elle n'est pas aussi égale qu'elle le » paraît, même à vos amis. Vous avez souvent de l'humeur » et de la sécheresse; mais par une suite de votre désir » général de plaire, vous ne la laissez guère paraître qu'à » l'auteur de ce portrait : il est vrai que vous rendez jus- » tice à son amitié en ne craignant point de vous laisser » voir à lui telle que vous êtes ; mais cette même amitié se » croit obligée de vous dire que la sécheresse et l'humeur » vous déparent beaucoup à tous égards. Ainsi, pour l'in- » térêt même de votre amour-propre, l'amitié vous con- » seille d'avoir le moins de sécheresse et d'humeur que » vous pourrez, à moins que vos amis ne le méritent, ce » qui doit leur arriver bien rarement, grâce aux sentiments » si profonds et si justes dont ils sont pénétrés pour vous.

;> ^us convenez de cette maudite sécheresse, et c'est » bien fait à vous ; ce qu'il y aurait encore de mieux à » faire, ce serait de vous en corriger.

» Pour vous en dispenser, vous cherchez à vous persua- » der qu'elle est incorrigible, et qu'elle lient à votre carac- » tèrerje crois que vous vous trompez là-dessus, et qu'elle » tient bien plutôt à la situation où vous êtes. Vous étiez » née avec une àme tendre, douce et sensible ; vous ne » l'avez que trop éprouvé, et les effets pour vous n'en ont » été que trop cruels : or, vous en direz tout ce qu'il vous » plaira, mais la sensibilité extrême exclut la sécheresse. » Ce vilain défaut n'est donc pas en vous l'ouvrage de la » nature ; mais, ce qui est affreux, l'ouvrage de l'art : à » force d'être contrariée, choquée, blessée dans vos senti- » ments et dans vos goûts, vous vous êtes accoutumée à ne » vous affecter de rien ; à force de réprimer les sentiments » qui auraient pu faire votre malheur, vous avez amorti » ceux qui auraient répandu de la douceur dans votre » àme ; ils restent comme endormis au fond de votre coeur, » sans mouvement, sans activité , et vous avez préparé » bien du mal à vos amis en vous mettant à l'abri de celui » que vos ennemis cherchaient à vous faire ; en travaillant » à vous rendre dure à vous-même, vous l'êtes devenue » pour ceux qui vous aiment. Il est vrai, car le sentiment » n'est point anéanti chez vous, il n'est qu'assoupi, que » vous ne tardez qu'à vous repentir des chagrins que votre » sécheresse a causés, quand vous voyez que ces chagrins » ont fait une impression profonde ; vous revenez alors à » votre sensibilité ancienne; un moment, un mot répare » tout. Dans les autres le premier mouvement est l'effet de » la nature, le second est celui de la réflexion : chez vous, » c'est tout le contraire ; et tel est dans votre âme, d'ail-

» leurs si estimable, le cruel et malheureux effet de l'ha- » bitude.

» Ce qui prouve encore que cette sécheresse n'est point » naturelle en vous, c'est un autre défaut que je vous ai û reproché, et qui est presque l'opposé de celui-là : le dé- /> sir banal de plaire à tout le monde. Pour ce défaut-là, vous » le tenez beaucoup plus que l'autre de la nature; elle vous » a donné dans l'esprit les qualités les plus faites pour plaire, * de la noblesse, des agréments et de la grâce; il est tout » simple que vous cherchiez à en tirer parti, et vous n'y » réussissez que trop bien. Je ne connais personne, je le » répète, qui plaise aussi généralement que vous, et peu ■> de personnes qui y soient plus sensibles ; vous ne refusez a pas même de faire les avances, quand on ne va pas au- » devant de vous; et sur ce point votre fierté est sacrifiée » à votre amour-propre : assez sûre de conserver ceux que » vous avez acquis, vous êtes principalement occupée à en » acquérir d'autres ; vous n'êtes pas même, il faut en con- » venir, aussi difficile sur le choix qu'il vous conviendrait » de l'être. La finesse et la justesse de votre tact devraient « vous rendre délicate sur le genre et le choix des connais- » sauces ; l'envie d'avoir une cour, et ce qu'on appelle dans i le monde des amis, vous a rendue d'assez bonne compo- » siliou, et les ennuyeux ne vous déplaisent pas trop, » pourvu que ces ennuyeux-là vous soient dévoués.

» Les noms, les titres ne vous en imposent pas ; vous » voyez les grands comme il faut les voir, sans bassesse et » sans dédain. L'infortune vous a donné cet orgueil res- » pectable qu'elle inspire toujours à ceux qui ne la méri- » tent pas. Votre peu d'aisance et la triste connaissance » que vous avez acquise des hommes, vous font redouter » les bienfaits, dont le joug est si souvent à craindre pour

» les âmes bien nées ; peut-être même êtes-vons portée à » pousser ce sentiment jusqu'à l'excès : mais en ce genre » l'excès même est une vertu.

» Votre courage est au-dessus de votre force ; l'indi- » gence, la mauvaise santé, les malheurs de toute espèce, » exercent votre patience sans l'abattre. Cette patience in- » téressante, et le spectacle de ce que vous avez souffert, » devaient vous faire des amis et vous en ont fait; vous » avez trouvé quelque consolation dans leur attachement » et dans leur estime.

» Voilà, mademoiselle, ce que vous me paraissez être : » vous n'êtes pas parfaite, sans doute, et c'est en vérité » tant mieux pour vous ; car le parfait Grandisson m'a » toujours paru un odieux personnage. Je ne sais si je vous » vois bien ; mais telle que je vous vois, personne ne me » paraît plus digne d'éprouver par soi-même et de faire » éprouver aux autres ce qui seul peut adoucir les maux » de la vie, les douceurs du sentiment et de la confiance.

» En finissant ce portrait, je ne puis pas ajouter comme » dans la chanson,

Le prieur qui l'a fait En est très-satisfait (t) ;

(1) Le chevalier d'Orléans, grand prieur de France, avait fait contre quelqu'un une chanson très-satirique, et, ne voulant pas garder l'anonyme, avait terminé la chanson par ces deux vers. Ce trait rappelle celui du médecin Silva , devant lequel on chantait une autre chanson Irès-plaisante et très-mordante contre un minisire insolent. Je voudrais bien savoir, dit quelqu'un, quel est L'auteur de cette chanson: j'irais l'embrasser de bien bon cœur.... Rien n'est plus aisé à deviner, dit Silva ; c'est nigaud. Rigaud, le célèbre peintre de portraits.

» mais je sens que je vous applique, et de tout mon cœur, » le vers de Dufresny sur la jeunesse :

Que de défauts elle a Cette jeunesse! On l'aime avec ces défauts-là.

Ainsi parle d'Alembert, il parle en historien, il parle de ce qu'il ('•prouve, de ce qu'il a senti Il parle en amoureux , on retrouve dans ces pages, empreintes d'une complaisance divine, l'homme qui aime encore et qui a beaucoup souffert Mais achevons, il est temps, le romande

mademoiselle de Lespinasse, peinte par elle-même.

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