X NOTICE
lettre les choses les plus tendres et les plus flatteuses, mais vous ressouvenez -vous qu'il y a deux ou trois mois que vous ne pensiez pas de même": et que vous m'avouâtes que vous étiez effrayée de l'ennui que je vous faisois prévoir et que, quoique vous y fussiez accoutumée, il vous deviendroit plus insupportable au milieu du grand monde qu'il ne vous l'étoit dans votre retraite, que vous tomberiez alors dans un découragement qui vous rendroit insupportable, m'inspirerait du dégoût et du repentir? c'étaient vos expressions, et c'est apparemment cette faute que vous voulez que je vous pardonne et que vous me priez d'oublier ; mais, ma Reine, ce n'est point une faute de dire sa pensée et d'expliquer ses dispositions, c'est au contraire tout ce qu'on peut faire de mieux ; aussi, bien loin de vous en Faire des reproches, je vous mandai que je vous savois bon gré de votre sincérité et que, quoiqu'elle me fît abandonner mes projets, je ne vous en aimerois pas moins tendrement; je vous répète aujourd'hui la même chose; réfléchissez sur le parti que vous prendrez. » La marquise, elle aussi, a beaucoup réfléchi; elle ne veut pas que la nouvelle venue jette le trouble dans sa société. « Je n'annoncerai votre arrivée à personne, je dirai aux gens qui vous verront d'abord que vous êtes une demoiselle de ma province qui veut entrer dans un couvent et que je vous ai offert un logement en attendant que vous ayez trouvé ce qui vous convient.... Si Ton croyoit d'abord que vous fussiez établie auprès de moi, on ne sauroit (quand même je serais une bien plus grande dame) de quelle manière on devrait traiter avec vous, les uns pourraient vous croire ma propre fille, les autres ma complaisante, etc., et sur cela faire des commentaires impertinens. Il faut donc que l'on connoisse votre mérite et vos agrémens avant toute autre chose.... Il y a un second article sur lequel il faut que je m'explique avec vous, c'est que le moindre artifice, et même le plus petit art que vous mettriez dans votre conduite avec moi me serait insupportable; je suis naturellement défiante, et tous ceux en qui je crois de la finesse me deviennent suspects au point de ne pouvoir plus prendre aucune confiance en eux. »
L'opposition de la famille d'Albon menaçait de se perpétuer. Vers la fin de mars, Mn« du Deffand résolut d'en rinir.Le 29, elle écrivait à .Mlle deLespinasse :
ce Une grâce que j'ai encore à vous demander (et qui est la plus importante de toutes), c'est de ne point penser à venir auprès de moi, si vous n'avez pas parfaitement oublié qui vous êtes, et si vous n'êtes pas dans la terme resolution de ne jamais penser à changer d'état; il y auroit de la perfidie à faire usage de mon amitié pour me couvrir de honte, m'exposer aux reproches de tous les honnêtes gens, et à me rendre l'ennemie irréconciliable de toute ma famille ; la plu» petite tentative que vous pourriez faire étant auprès de moi seroit un crime irrémissible. J'espère, ma Reine, que vous n'avez pas besoin de vous consulter de nouveau, il y a longtemps que vous m'avez promis tout ce que je pouvois désirer sur cet article; je suis dans la plus parfaite certitude que toutes vos entreprises seroient vaines,, mais il ne seroit pas moins affreux pour moi que vous en fissiez aucune, et, je vous le répète, je ne vous le pardonnerois jamais, a Presque en même temps que cette lettre, la marquise rédigeait un mémorandum à l'adresse de sa tante, la duchesse de Luynes, que les Vichy s'étaient flattés de faire intervenir en leur faveur. La duchesse répondit qu'elle n'avait point reçu d'eux de communication à ce sujet; en même temps elle se défendait de donner aucun conseil : « Je sais en général, écrivait-elle, qu'il y a beaucoup d'inconvéniens à s'attacher une complaisante : les commencemens en sont d'ordinaire merveilleux, mais souvent l'ennui et le dégoût viennent; d'abord on le dissimule et puis il se fait sentir avec amertume... Enfin vous y ferez vos réflexions. » Au reçu de cette réponse, qui la mettait a l'aise, Mne du Deffand écrivit coup sur coup trois lettres : la première à madame de Luynes pour lui faire comprendre que toutes les réflexions étaient faites, la seconde a Mlle de Lespinaise pour l'engager à faire ses prép ira tifs de dé] art, la troisième au cardinal de Tencin pour le prier de fa're partir la jeune rille en bonne compagnie. Cci trois billets furent écrits le 7 avril ijSq (n.
fi) Lei'ers o/the marquise du Deffand to the Hon. Horace Walpole. Londres, 18 io, t. Ier. Toute la correspondance que nous venons d'analyser se trouve réunie dans ce volume.