aigle, 20 mai
Mon cher Gabriel,
& oici une petite lettre destinée à te sou- ||haiter bon voyage pourN.-D. des Victoires. On ne peut pas, malheureusement, te dire, comme dans la chanson : bon
voyage monsieur du Mollet : ce serait méconnaître, essentiellement, l'état de tes jambes ; mais je puis te dire, et je te dis : bon voyage, cher et bien aimé enfant, rapporte du sanctuaire béni de la Mère de Dieu la grâce pour ton cœur, la force pour ton pauvre corps fatigué, la joie et l'espérance pour tous les tiens, et une bénédiction spéciale pour ton père, ta mère et ta sœur. Ne reste pas longtemps à genoux à N.-D. des Victoires, c'est le cœur qui prie, et les genoux ne sont faits que pour aider le cœur. Si tu le peux, donne-moi, je te prie, des nouvelles du petit pèlerinage. Je compte toujours revenir à Paris jeudi prochain, je tâcherai d'aller t'embrasser dès le retour. En attendant, mon cher petit, je prie de tout cœur notre bon Seigneur à tes intentions : je lui demande pour toi une vraie et solide piété, une foi simple, une conscience pure, l'horreur du mal, l'attrait et la grâce de la prière, une pureté sans tache et la bénédiction d'une bonne vie.
Présente mes plus affectueux souvenirs à tes excellents parents. Monsieur l'abbé me demande de ne pas l'oublier auprès d'eux et se joint aussi à moi, pour t'embrasser, mon bon Gabriel, lui, sur une joue, moi sur l'autre, sans oublier le bout du nez. Je bénis et embrasse aussi la très
Révérende Mère sacristine, honni soit qui mal y pense ! Je la regarde un peu comme ma petite fille, puisqu'elle est la sœur de mon cher petit enfant.
Troyes 6 juin 1864.
Chère Madame,
e suis bien au regret de ne pas être à Paris demain pour aller vous voir dès 1 votre triste retour. Exprimez, je vous prie, tout ce regret, uni à la plus cordiale affection, au pauvre père de notre petit Gabriel. J'arrive à Paris mercredi soir fort tard. Si vous pouviez, jeudi matin, venir assister à la messe dans notre chapelle nous prierions ensemble pour ce cher enfant, ou plutôt, je l'espère de tout mon cœur, en union avec ce cher enfant. Le ciel où il est, et la terre où il nous a laissés ne font qu'un en Jésus-Christ, qui est le vivant rendez-vous de ses fidèles, soit qu'ils se reposent déjà en son amour éternel après la journée du travail, soit qu'ils souffrent encore sur la terre, espérant le repos. Je vous proposerai l'épitaphe de notre Gabriel, demies souvenir de foi et de
— '59 tendresse, dernier acte de mon saint ministère auprès de lui.
Adieu, chère et pauvre Madame, je vous bénis de tout mon cœur, ainsi que M. S***, Madame votre belle-mère et votre bonne petite Marie, et je prie la sainte Vierge d'adoucir les angoisses de vos cœurs.
Laigle 23 aoir. ; S64.
Cher Monsieur,
absence ne fait rien aux vraies affections, je viens vous en donner une pe- |§yifS|[tite preuve en vous écrivant ces quelques lignes, à l'occasion de notre 25.
Après-demain, il y aura trois mois que notre Gabriel a été repris par son Père qui est aux cieux, afin d'attirer, plus fortement et plus sûrement aux cieux, son père et sa mère, et ses amis qui sont encore à cheminer ici-bas. Bon petit enfant ! il continue, quoique d'une autre manière, son rôle de fils tendre et dévoué, il nous aide à vivre de la vraie vie, à mieux connaître et à mieux apprécier l'unique nécessaire. Séparé de nous par les sens, il est avec nous par l'esprit ; et, en
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N.-S. J.-C. qui est le roi et le centre du ciel, notre Gabriel nous est intimement uni. A notre tour, allons à ce Sauveur ; vivons en lui, d'abord par la prière et le recueillement intérieur, car il est là en nous, et notre âme baptisée est son temple, puis par la communion, car il est là devant nous, et son Eglise unit le ciel à la terre et la terre au ciel. En dehors de J.-C. il n'y a que mort et désespoir, mais en lui, qui est la vie éternelle, tout est vivant et vivant pour l'éternité ; nous sommes les rameaux vivants de ce vivant cep, les uns au ciel, les autres sur la terre ; les uns dans l'éternité, les autres encore dans le temps. CherMonsieur S*** plus vous serez chrétien et pieux, et plus votre enfant bien-aimé sera prés de vous et vous près de lui. Adieu, portez votre croix avec douceur et énergie. Nous ne sommes point, disait jadis saint Paul, comme ceux qui n'ont pas d'espérance. Je vous embrasse de tout cœur et vous prie de transmettre mes affectueux souvenirs à votre sainte femme, à Madame votre mère, et à la bonne petite Marie.
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- 1 août 1 86 > .
Cher Monsieur S*"
S*Sâ^>8otre veuvage est sur le point de cesser. V/^j'en suis bien heureux pour vous, ei
■ '[^kMzïi aussi, pour votre excellente femme. Quoique rien ne console d'une manière directe et efficace dans une douleur comme la vôtre, néanmoins la présence de ceux que l'on aime adoucit l'amertume du chagrin. La prière et la piété, ne consolent pas, elles soutiennent, elles sanctifient, rendent les larmes méritoires devant Dieu, elles nous apportent du ciel l'espérance la paix et la résignation. Ce qu'il faut demandera Dieu dans les grandes épreuves de la vie, c'est une foi très vive. Si notre foi était plus intime, plus ardente, nous comprendrions davantage que la vraie vie n'est pas ici-bas, et que nous ne sommes, en ce monde, qu'en préparation. Nous attacherions moins d'importance à des séparations que nous verrions clairement n'être que passagères, et qui seront mille fois compensées par une réunion, non-seulement éternelle, mais absolument heureuse, et telle, qu'il n'y en a pas d'aussi douce, d'aussi parfaite ici-bas. Notre-Seigneur peut, hélas ! dire à chacun de nous, comme à ^aint
Pierre: « Homme de peu de toi, pourquoi doutestu ? » Et nous autres tous, il faut lui adresser la prière que lui faisaient ses apôtres, lorsqu'ils descendaient du Thabor « Seigneur augmentez-nous la foi Domine adauge nobisfidem. » Cette grâce divine de la foi, Notre-Seigneur la donne, avec amour, à tous ceux qui la lui demandent, comme il donne la lumière de son soleil, à tous ceux qui veulent ouvrir les yeux. La prière, la communion les bonnes lectures, et la fréquentation des chrétiens, tels sont les moyens très simples et très doux par lesquels nous obtenons la foi.
Que notre petit Gabriel nous obtienne à tous une augmentation de cette grâce céleste, et qu'il contribue, ainsi, à notre prochaine réunion dans la patrie de la paix et du bonheur! 11 nous le doit bien à nous tous qui l'aimonstant, et qui l'aimerons à toute éternité.
Adieu, très cher monsieur S***, soyez bien fidèle à votre communion du 25 de chaque mois, ce sera votre force et votre salut. Soyez assuré que c'est le vœu le plus cher du cœur de notre enfant bienaimé. Je vous embrasse cordialement en vous chargeant de mes plus affectueux hommages pour madame votre mère et pour la nouvelle arrivante d'Arcachon.
2; mai 1866.
Cher Monsieur,
^'ai dit ce matin la messe pour notre bon petit Gabriel, et un peu aussi pour JSç^vous tous. Je ne veux pas laisser passer ce jour, qui m'unit si étroitement à vous, sans vous dire de loin ce que j'aurais été heureux de vous répéter de vive voix : Que je vous aime de tout mon cœur, que je vous remercie de votre bonne amitié, et que je m'unis à vous pour demander à Dieu de nous réunir tous dans la bonne éternité, où notre enfant bien-aimé a eu le bonheur d'être introduit le premier. Vivons pour l'éternité. Tout le reste n'est qu'un jeu d'enfant. Là seulement est la vie.
20 octobre 1869.
Chère Madame,
e ne pourrai probablement pas réa- ?er notre projet ; depuis trois jours inous sommes tous réunis autour du lit de ma mère, qui vient d'échapper comme
miraculeusement à la mort. Dimanche matin, j'ai cru que son dernier moment était venu, j'ai dû lui donner les derniers sacrements. ,\u lever du jour, elle avait été frappée d'une violente congestion cérébrale, son pouls était tombé à 40 ou 42 ; et le médecin lui-même n'espérait plus guère. Elle me disait hier qu'elle devait la vie à l' Extrême-Onction, à Notre-Dame de Lourdes et aux saintes prières qui ont accompagné notre douleur. Aujourd'hui le danger semble disparu ; mais je ne puis songer à la quitter d'ici quelque temps. Priez bien tous pour elle et pour nous. Je n'oublierai pas le 25. Aujourd'hui il y a un an que ma chère et sainte sœur nous a quittés pour le Paradis. Elle V aura trouvé notre Gabriel.
17 avril 1871.
Chère et bonne Madame,
S'est de Poitiers que je réponds à votre fflglettre du 4 qui m'est arrivée pour Pâques. Wjjm Toute la fin de ce carême a été plutôt une mission qu'une station ; j'ai passé presque toutes mes journées à confesser ; les hommes
n'ont pas cessé de venir durant la semaine spéciale de leur retraite. Le jour de la clôture, à la grande bénédiction pascale, c'était, paraît-il, une foule incroyable. Dieu en soit béni mille fois. — Le lendemain, nous avons eu une belle cérémo- . nie à Sainte Anne, dont tous les abords étaient inondés de pèlerins ; et le mardi matin, je suis parti pour Poitiers. Je ne compte rentrer en Bretagne que le 27, et nous sommes décidés, quoi qu'il arrive, à ne pas retourner à Paris avant le mois d'octobre. Pourrons-nous même y rentrer jamais? Y aura-t-il, après tous ces ébranlements, un Paris habitable ? C'est le secret de Dieu ; je l'adore d'avance, quel qu'il soit. En somme, qu'importe où l'on vit, pourvu que l'on vive de manière à aller au ciel ? L'important est d'arriver chez soi : l'affaire de la route et des moyens de transport n'est que secondaire. Il faut bien garder la paix du cœur au milieu de ces orages de la terre, et contenir l'impétuosité de l'imagination surexcitée par la crainte ou par l'espérance.
Redoublons de patience et de supplications, très chère Madame, et demandons pardon au bon Dieu de tous les blasphèmes, de tous les sacrilèges de la révolution. Pour notre part, apaisons la très juste indignation de Notre-Sei-
gneur, et, par la sainte Vierge, attirons la miséricorde de Jésus sur sa pauvre France prodigue et non encore repentante. Vous avez entendu parler du beau miracle de la sainte Vierge aux petits enfants de Pontmain diocèse de Laval? Les paroles sont bien encourageantes: « Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher ! » Adieu. Je bénis bien affectueusement et la grande petite Marie et sa bonne mère, sans compter son père : transmettez-lui à Versailles mes félicitations les plus sympathiques. Je suis tout à vous en l'amour de Notre-Seigneur et du cher ange Gabriel.
Kermadio 25 mai 1871.
Chère Madame,
1 e vous écris un peu au hasard pour notre ^douloureux et cher 25 mai. Je viens de ^f|le célébrer à l'autel avec le cher petit Gabriel l'ange gardien de la famille. Aujourd'hui sept ans, comme cela passe vite ! Pour lui cela ne passe plus : la vie du ciel n'est pas, comme celle de la terre, une succession de moments qui passent et de. moments qui ne sont pas encore :
c'est une durée parfaite indivisible et entière à la t'ois, où tout bien est toujours présent sans défaillance aucune, où la béatitude est absolue et ineffable, où la vie n'est qu'un seul acte de pur amour accompagné d'une joie sans mélange, participation surnaturelle à la vie, à la joie, à la béatitude de Dieu même. Voilà ce dont jouit éternellement notre Gabriel, en compagnie de tous les bienheureux, de tous les anges, de la très sainte Vierge et de l'adorable humanité du Sauveur. Voilà le ciel qui nous attend nousmêmes après les petits travaux de cette petite vie où il n'y a rien de si bon et de si utile que de pleurer et de souffrir. Souffrir est la plus grande grâce que les pauvres pécheurs puissent recevoir de la miséricorde divine. Persévérez , chère Madame, et avec vous votre bon et cher mari, et par-dessus le marché la bonne petite Marie de Gabriel, persévérez dans la prière et dans la fréquentation du mystère de la vie éternelle qui est l'Eucharistie. La prière et la communion sont les deux grands éléments, les deux actes fondamentaux de la vie chrétienne, laquelle n'est autre chose que la vie éternelle en germe.
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Chère Madame,
tyffi'&'ê voulais vous écrire hier , jour Je jwfvj |Cya naissance ici-bas de notre Gabriel ; je Ve^J/^Yne l'ai pas pu. Le vrai jour de la vraie naissance est celui où l'on naît là-haut, parce uue là-haut seulement est la vraie vie, éternelle, sans ombre, sans défaillance, seule digne des enfants de Dieu. Que Gabriel nous y attire tous de plus en plus après lui ; c'est un petit bienheureux, bienheureux pour toujours.
A notre retour je vous raconterai les grandes et bonnes choses que nous venons de faire à Nantes. Un congrès de près de mille serviteurs de Dieu pour s'occuper uniquement du salut des pauvres ouvriers : n'est-ce pas bien beau et bien bon ?
Mille amitiés au cher Monseur S"**. Mille affectueux souvenirs à vos trois enfants. Je suis tout à vous du fond du cœur. Vous allez recevoir incessamment un petit souvenir de moi qui je l'espère vous fera du bien, du bon bien.
'■ septembre 1R7 .
Chère Madame,
|Ule actions de grâces pour votre bon jfsouvenir et pour' la date de votre lettre. [J'y aurais répondu immédiatement si je n'avais été assez souffrant depuis une quinzaine, ce qui a laissé ma pauvre correspondance s'accumuler comme le Mont-Blanc. Depuis deux ou trois jours je vais beaucoup mieux. C'est un agréable mélange de petits accès de fièvre vagues, avec un peu d'irritation d'entrailles. En vieillissant, il faut bien attraper quelque chose.
Je suis bienheureux du bonheur des vôtres, et de la gentillesse du bon petit Gabriel. Si celuilà se présente jamais aux Assises, je connais un Président qui ne lui fera pas les gros yeux.
Adieu. Rappeliez-moi à la bonne amitié du cher père et grand-père de Gabriel. Dites à Marie et à Georges que je prie la sainte Vierge et saint Joseph, patrons de la famille chrétienne, de les bénir ainsi que leur enfant ; et je vous renouvelle à vous-même, très chère Madame, l'hommage de mon tendre respect.
Nous n'allons pas mal à Kermadio et nous avons ici un temps merveilleux.