‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 14 sur 35 · I JO · texte numérisé non relu

I JO

^ermadio, 28 août 1870.

Chère bonne Madame,

£tj£^g|iN près vous avoir remerciée de vos vœux, 'l-fMsffi^ ^e votre souvenir toujours si gra- S^^^cieux, je viens fêter, religieusement, avec vous et avec notre cher M. S***, l'anniversaire de notre Gabriel. Dans le ciel, il n'y a plus d'années, ni de temps, comme ici-bas ; la béatitude y est un état indivisible, un seul et unique acte qui a eu un commencement, mais qui n'a ni succession, ni fin, qui enveloppe et compénètre entièrement, totalement la créature béatifiée et lui communique d'une manière incompréhensible le bonheur même du roi de gloire et d'amour. N.-S. J.-C. Un jour nous entrerons, nous aussi, par la miséricorde de Dieu, dans ce même bonheur divin et nous v retrouverons, avec notre cher petit Gabriel, tous ceux que nous aurons aimés sur la terre et qui se seront endormis dans la grâce et dans l'amour de J.-C. Comme ce sera beau et comme ce sera bon ! Préparons-nous-v tous et chacun vaillamment, sans craindre notre peine, et en nous donnant du mal en gros et en détail.

Je continue à mieux aller, malgré le triste

temps que nous ne cessons d'avoir : vents continuels, temps lourds, orageux, pluvieux, mous, etc., etc.

Adieu, chère iMadame, je vous baise la main avec un affectueux respect, j'embrasse les deux grands bébés et bénis, de tout mon cœur, le grand-père et la grand' mère , la fille et le gendre.

A Monsieur S"* ;

Montgeron, 6 août 1880.

Très cher ami,

^Tj^J/'olre excellente madame S*"* a eu la :'tVy^ bonté de prendre l'initiative de la peiiSfyllstite correspondance dont nous étions convenus et elle me dit ce matin que vous n'êtes guère plus vaillant que dimanche dernier et que les forces ne reviennent pas vite.

Pauvre cher ami, ne pouvant faire autre chose, offrez du moins bien doucement, mais très cordialement vos langueurs, votre ennui et les pointes de vos souffrances à Celui qui ne permet pas qu'un seul cheveu tombe de notre tête sans son expresse volonté. De la sorte tout sera

méritoire pour vous et vous retrouverez chacune de vos épreuves transformée en un beau rayon de gloire dans la bonne éternité. C'est quand on souffre et quand on est réduit à l'impuissance d'agir, qu'il faut se réfugier très fidèlement sous les ailes de la miséricorde de Dieu, qui trouve toujours moyen de nous faire profiter de tout ce qu'elle juge à propos de nous envoyer, l'amertume comme la douceur. Dès mon retour à Paris dans 8 jours, je m'empresserai d'aller vous voir et si cela se peut de vous porter la sainte Communion, le grand remède de tous nos mau.\ et la seule vraie consolation des douleurs de notre pauvre vie. Préparez-vous-y en vrai chrétien, de tout votre cœur ; en attendant je remercie mille fois madame S*** de son aimable attention et je . la bénis bien affectueusement, ainsi que vous, mon cher vieux fils, ainsi que la bonne Marie et ses trois petits enfants sur lesquels nous reportons la profonde tendresse que nous portions icibas à notre Cabriel. Bon Cabriel ! nous le retrouverons dans le sein de Dieu, dans la sainte et éternelle vie qui s'approche, et que rien ne pourra jamais nous ravir.

Montgeron 19 août 1880.

Chère Madame,

r)ier, nous avons été auprès de vous en es- Kprit, àSaint-Sulpice. Pauvre cher M. S"* icomme on va l'oublier vite! Excepté nous et quelques intimes, qui continuerons à porter chaque jour devant Dieu son bon souvenir, combien penseront à lui dans un mois ? combien surtout, dans un an, dans quelques années ? Ce monde est le pays de l'oubli; et, à ce point de vue, comme à tous les autres, il n'y a de vrai, de vivant, de digne des chrétiens que la bonne éternité. Nous autres, hâtonsnous de soulager d'abord, puis de délivrer du purgatoire ceux qui sont encore en chemin, et ne nous occupons plus que d'aller au ciel, d'aller à celui qui est tout, dans le sein duquel nous retrouverons tout, et en dehors duquel il n'y a que vanité et bagatelle.

En son saint amour, je suis et serai toujours votre serviteur bien affectueusement dévoué.

Montgeron ier septembre 1880.

(ferci, chère Madame, de votre bonne felettre: voilà donc le mois de notre pauvre >M. S*" (celui où il nous a quittés) remplacé par le mois de septembre. Comme tout passe ! Tout excepté Dieu et ce qui est en Dieu. C'est là qu'il faut vivre pour vivre toujours. Je vais toujours à peu près de même. Quand Marie est venue j'étais plus faible, voilà tout. Je suis resté deux jours sans pouvoir dire la messe, et je croyais que quelque nouvel accident allait frapper à ma pauvre vieille porte. J'en ai été quitte pour la peur. Mais j'ai tort de parler de ' peur, car, dans ces sortes de choses, il n'y a à craindre que de n'être pas bien fidèle à la grâce de Dieu. En somme, qu'est-ce que cela fait d'être pour un bout de temps paralysé ou ingambe, vaillant ou infirme? Ce qui importe uniquement, c'est d'être humble, patient, pénitent, bien cordialement soumis à la volonté de Dieu.

Vivez beaucoup pour lui et pour tout ce qu'il aime, chère Madame, et aimons-le de tout notre cœur.

LETTRES

ADRESSEES A UNE DE SES FILLES SPIRI- TUELLES DE l866 A 1877.

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