‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 15 sur 35 · LETTRES ADRESSEES A UNE DE SES FILLES SPIRI- TUELLES DE 1866 A · texte numérisé non relu

LETTRES ADRESSEES A UNE DE SES FILLES SPIRI- TUELLES DE 1866 A

25 juin 1866.

Ma bonne petite Louise.

Je jour de votre première communion est

^ LwËvotre seconde grande étape dans la route ^J^^du ciel. La première est le Baptême ; la dernière sera la bonne mort. Vous voilà désormais initiée au sacrement admirable du corps et du sang de Notre-Seigneur, qui sera pendant toute votre vie la nourriture de votre chère âme. Il faut tâcher dès maintenant de vous approcher le plus souvent possible du corps de votre Dieu, afin qu'il garde votre âme pour la vie éternelle. Si vous pouvez venir me voir avec votre mère le mercredi 3 juillet, nous causerons de tout cela et nous réglerons pour le mieux cette grande affaire.

Ne m'oubliez pas dans vos prières, ma chère enfant. Vous êtes ma fille spirituelle, et il faut me rendre prière pour prière, affection pour affec-

tion. Je vous bénis de tout mon cœur ainsi que votre excellente mère, à qui je vous recommande d'être toujours doucement et respectueusement soumise. Que la très sainte Vierge vous garde toute votre vie dans l'amour du bon Dieu !

2j août 1866.

^Ê~$Qe vous souna^te a mon tour une bonne 'fyM fe^^te» ma chère petite Louise, en vous $5^,^) remerciant affectueusement de votre lettre et de votre souvenir. Je vois avec bonheur que vous restez fidèle au bon Dieu. Cela ne cessera jamais, n'est-il pas vrai, et vous ne ferez pas comme tant d'autres jeunes filles qui se laissent emporter par le torrent de l'étourderie, de la vanité, de la légèreté, de la coquetterie des folles joies. Vous serez au contraire, ma bonne Louise, une de ces vierges prudentes dont parle l'Evangile, qui tiennent toujours leur lampe allumée et en bon état, afin d'éclairer leur marche, d'être toujours des enfants de lumière, et de pouvoir répondre quand il le faudra à l'appel suprême du bon Dieu. Cette lampe allumée, c'est la foi et la vie de la foi ; l'huile est la prière, la piété, la

— i 79 — charité, l'amour de Jésus et de Marie ; la mèche, ce sont les exercices de piété, et par-dessus tout la fréquentation assidue des sacrements. Je vous souhaite, ma fille, la lampe de saint Louis, et je vous prie de la lui demander aussi pour moi.

Priez beaucoup pour votre chère mère qui vous aime tant et si bien ; priez pour votre père et votre frère, afin qu'ils aiment Dieu avec vous. Je vous bénis, ma chère petite, et suis en l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ et de la très sainte Vierge, votre père tout affectionné.

30 août 1867

^onjour ma bonne petite enfant. En hange de vos vœux de la Saint-Louis je vous retourne mesvœuxdela Saint-Louise.

Quand vous serez canonisée , j'écrirai Sainte Louise, mais pas avant. Je vous souhaite de marcher tous les jours de votre vie, ou, pour mieux dire, de courir dans la. voie droite et pure qui mène à la canonisation. Dès maintenant, il faut viser à être une petite sainte ; et qu'est-ce qu'une sainte ? Tout simplement une chrétienne parfaite. Tâchez, ma bonne fille, d'être si peu imparfaite

que vous soyez presque parfaite. Tâchez de prier parfaitement, de vous confesser parfaitement, de communier parfaitement, d'aimer parfaitement le bon Dieu et sa sainte Mère, d'obéir parfaitement, d'être parfaitement douce et patiente.

Je ne veux pas vous donner d'autres fleurs pour le bouquet de votre fête, et je vous demande, ma fille, de me souhaiter et de m'obtenir ces fleurslà. Je les souhaite également à votre bonne mère que je remercie de sa lettre et que je bénis ainsi que vous du fond de mon cœur.

4 septembre 1870.

'éa bonne petite Louise, s'il faut à tout le femonde de la force et de la paix au milieu des épreuves qui pèsent si lourdement sur la France, il en faut doublement à deux pauvres femmes isolées comme vous êtes. Mais ce que Dieu garde est bien gardé, et j'espère fort que vous n'aurez pas trop à souffrir. Pauvre fille! Quand donc luiront pour vous des jours meilleurs? A la fleur de la vie, vous en connaissez déjà toutes les amertumes. Seulement, ne l'oublions pas, mon enfant, il est plus utile à notre vrai bien de souf-

frir que de jouir en ce monde. La vie passe vite, l'éternité demeure ; et c'est pour l'éternité qu'il faut vivre dans le temps. Ceux qui ne font pas ainsi sont des fous.

Plus que jamais, soyez fidèle à vos deux communions par semaine : unissez ainsi votre pauvre petite prière à la divine et infiniment puissante prière du Fils de Dieu, et obtenez par lui ce que vous ne pourriez obtenir par vous-même. Avec lui, demeurez bien abandonnée entre les bras du bon Dieu, faisant sa sainte volonté au jour le jour, sans vouloir escompter l'avenir.

Adieu, ma chère Louise ; je vous bénis et vous embrasse paternellement. Mille bons souvenirs à votre mère, à qui je vous supplie de ne donner que des consolations et de la joie.

5 janvier 1871.

a bonne petite Louise, je reçois aujour- , J/j i d'hui même votre aimable lettre du Q|e/<1£ 31 décembre, et je ne perds pas un instant pour vous retourner, ainsi qu'à votre pauvre et chère mère, vos souhaits si affectueux. Que Notre- Seigneur daigne nous accorder à tous, et à vous en particulier, ma chère fille, une année vrai-

ment bonne, telle qu'il les aime. Les bonnes années ne sont pas en effet celles où l'on a tout à souhait, mais bien celles dont les jours et les heures, vivifiés par la sainte grâce de Jésus, se retrouveront glorieux et bienheureux dans l'éternité. Ne demandez pas autre chose pour moi ; je ne demande pas autre chose pour vous. Souvent, nos meilleures années sont celles où nous pleurons, où nous souffrons davantage. La croix est si sanctifiante ! Et ses quatre branches sont de si bons remèdes pour toutes nos vraies misères ! Vous savez ce que symbolisent les quatre branches de la croix. Celle d'en bas, la plus longue, qui soutient les autres, c'est l'humilité. La seconde, celle d'en haut, c'est la belle et angélique chasteté. La troisième et la quatrième, à droite et à gauche, symbolisent la pauvreté ou le détachement des choses de la terre et l'obéissance. Au milieu, toutes se réunissent en un centre qui est la charité, le cœur très sacré de Jésus. O bonne croix ! si nous l'avions bien solidement plantée dans notre pauvre cœur, nous serions toujours dans la paix et dans la joie spirituelle, à la barbe des Prussiens, des démocrates et de tous les démons de l'enfer.

Ma bonne petite Louise, êtes-vous bien fidèle à vos deux communions par semaine ? N'oubliez

pas que tous les dimanches, tous les jeudis, et en outre les jours de fête, votre Sauveur vous attend au fond de son tabernacle. Allez à lui sans crainte, parce qu'il est bon et qu'il vous aime. Si vous ne valez pas grand'chose , il est bon pour deux. Si vous n'avez rien, il est riche pour deux, et pour cent, et pour mille. Consolez-vous auprès de lui de vos peines du dehors et du dedans.

Si le bon Dieu permet que je revienne à Paris, et si Attila ne brûle pas complètement Babylone, j'enverrai à votre bon oncle une petite provision de livres de propagande pour les braves gens de sa paroisse. Je m'occupe ici à en composer quelques-uns qui seront, je l'espère, utiles aux bons prêtres pour faire du bien aux âmes.

Adieu, ma fille. Soyez toujours bien douce, bien affectueuse pour votre mère. Je prie la sainte Vierge de vous bénir toutes deux ; tenez-moi au courant de ce qui vous arrivera. Adieu encore, je resterai ici jusqu'à nouvel ordre, sous la protection de sainte Anne d'Auray.

28 août 1875.

VWO^achère enfant, après vous avoir remerciée de tout cœur de votre filial et aimable souvenir, je m'empresse de répondre à ce que vous me demandez. Rien n'est plus utile qu'une petite règle de vie ; mais pour qu'elle soit pratique, il faut qu'elle soit très simple et très large. Autant que possible, coucher et lever à heure fixe, et de bonne heure ; un quart d'heure ou, s'il se peut, une demi-heure de recueillement tous les matins avant ou pendant la messe ; la communion fréquente, telles ou telles prières dans le courant du jour, et il n'en faut pas trop prendre ; le soir, petit exercice de piété avant de se coucher ; confession tous les huit jours. Voilà tout. Tenez ferme au sujet des grandes et saintes pensées que vous savez ; le bonheur est là et n'est que là.

Adieu, ma chère fille. Je vous bénis du fond du cœur. S'il plaît à Dieu, je rentrerai à Paris vers le milieu d'octobre, et s'il daigne me continuer le bien de la santé, je continuerai à le servir de mon mieux.

Manu propria. «— Que la grâce de Notre-Seiçneur soit avec vous !

7 septembre 1876.

gerci, ma bonne fille, de vos souhaits de |la Saint-Louis et des nouvelles que vous me donnez de ma bonne vieille Louise.

Ne vous découragez pas à la vue de vos misères. Notre bon Seigneur les connaît et en a compassion bien autrement que vous-même. Il vous aime malgré ces misères, et vient à vous précisément, dans la très sainte et très douce communion de chaque Jour, pour vous aider à les combattre. Il ne faut pas espérer de les détruire en ce monde, mais simplement de les réprimer, de les combattre et de les détester.

Adieu, ma chère fille. Je rentre à Paris dans les premiers jours d'octobre et reprendrai mes mercredis à partir de la Toussaint.

Manu propria. — Je vous bénis affectueusement, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ.

7 septembre 1877,

|erci, ma bonne Louise, ma chère fille, de votre constant souvenir et de votre ^lettre de la Saint-Louis. Notre brave saint Louis est un fameux patron, et je ne le lâcherais pas pour un autre. Comme, au paradis, tous ces grands saints-là resplendiront dans la gloire des élus ! Nous aurons la joie d'être de leur suite, de nous réjouir de leur béatitude et de la partager éternellement. Au milieu des misères et des mille ennuis de cette vie passagère , c'est là qu'il faut regarder, ma chère fille, et ne point laisser nos yeux errer et se salir sur la terre. Allons vers le ciel, et nous serons sûrs d'y arriver. Et pour aller au ciel, allons à Jésus- Christ, qui est le ciel vivant, Dieu avec nous dans le sacrement de l'Eucharistie, puis, par la grâce et la communion, dans le vivant sanctuaire de notre âme.

Adieu, ma chère Louise, c'est là que je vous laisse, parce que c'est là que vous devez être toujours, en l'union et en l'amour du chaste époux de votre âme, le trésor du temps et de l'éternité.

Manu propria. — Je vous bénis en son nom.

29 novembre 1877.

;a bonne petite Louise, laissez dire le iraonde, qui ne sait ce qu'il dit et que •d'apôtre saint Jean nous déclare « être tout entier en puissance du démon » . Comment pourrait-il goûter la sainte virginité, et la joie si profonde, si paisible, si pure, que donne à une âme fidèle l'union à Jésus-Christ? — Et p? le monde, il ne faut pas entendre seulement les impies et les mondains proprement dits, mais encore la foule des demi-chrétiens (hélas ! et parfois des prêtres peu fervents) qui n'ont que des pensées humaines sur les choses divines et ne comprennent rien aux conseils évangéliques.

Ne cédez pas trop à ces exigences fiévreuses de votre bonne mère : c'est un service à lui rendre à elle-même. C'est une sorte de maladie imaginaire du cœur, et il est dangereux de prendre trop au sérieux ce dévergondage d'imagination et de sensibilité. Il faut la raisonner doucement, en faisant appel à ses bons sentiments et à sa conscience.

Soignez plus que jamais, ma bonne fille, vos communions et vos adorations ; gardez très paisiblement la sainte et douce présence de Dieu, en

vous d'abord par l'union de sa grâce et la paix de son amour, puis devant vous et en dehors de vous par le sentiment de son infinie majesté, devant laquelle nous ne sommes rien. Amour de Dieu, crainte de Dieu , voilà le très simple programme que je vous trace en son nom.

Adieu, ma chère petite fille. Que la sainte Vierge et notre bon Père saint François vous tiennent le cœur bien haut, tout détaché de la terre, en l'assurance du paradis. Jamais une inquiétude volontaire sur l'avenir : il est à Dieu seul, comme vous-même. Vivez au jour le jour, sans vous inquiéter du lendemain. Adieu, ma fille.

LETTRE

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