‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 16 sur 35 · LETTRE ADRESSEE A 1 NE PETITE FILLE PARALYSEE · texte numérisé non relu

LETTRE ADRESSEE A 1 NE PETITE FILLE PARALYSEE

fgae 29 juin 1877, Mgr de Ségur disait la ^sse à la chapelle des Martyrs, rue de ^Sèvres, 35, pour obtenir la guérison de la petite Cécile de X***, charmante enfant de huit ans, paralysée depuis longtemps déjà, à la suite d'une congestion cérébrale. Pendant neuf jours de suite, le père de la petite infirme avait apporté son enfant sur la tombe du P. Olivaint et de ses compagnons, et il avait demandé à Mgr de Ségur, son ami, de dire la messe pour la clôture de la neuvaine.

L'enfant, étendue sur deux chaises près de l'autel, suivait la messe avec recueillement et contemplait le saint officiant.

La messe dite , le père essaya de mettre sa chère fille sur ses pieds et de la faire tenir debout ; mais ce fut en vain. La paralysie subsistait tout entière. L'enfant fut reportée dans sa voiture, et voici le dialogue qui s'établit entre elle et son père :

— Eh bien, ma chérie, tu n'es pas guérie ?

— • Non. papa.

— Tu l'aspourtant bien demandé au bon Dieu? L'enfant ne répond pas.

— Comment ! dit le père étonné ; n'as-tu pas demandé au bon Dieu de te guérir ?

— Non, papa.

— Que lui as-tu donc demandé ?

— Je lui ai demandé de guérir Mgr de Ségur.

— Mais, c'était pour ta guérison à toi que la neuvaine avait été faite et que la messe était dite.

— Oui, papa ; mais en voyant Mgr de Ségur aveugle, cela m'a fait tant de peine que je n'ai pu m'empêcher de demander à Dieu de le guérir plutôt que moi.

Le père ne répondit rien ; il essuya une larme d'émotion, et il embrassa sa fille avec une tendresse mêlée de respect.

Mgr de Ségur fut vivement ému quand il apprit ce qui s'était passé : il écrivit à la petite infirme la lettre que voici :

Château de Livet, le 23 juillet 1877.

« Ma bonne petite Cécile,

^jotre excellent papa a raconté à mon •T^frère, qui me l'a écrit à son tour, que le ɧ29 )um> pendant la messe que je célébrais pour vous, sur la tombe de notre saint

— '93 — ami, le martyr Pierre Olivaint, votre bon cœur vous a poussée à parler au bon Dieu de mon infirmité en oubliant la vôtre. Quoique cela soit tout simple de la part d'une bonne petite chrétienne comme vous, je ne puis m'empêcher de vous en remercier, sans vous cacher cependant que vous vouliez innocemment me jouer un vilain tour.

« Voyez-vous, ma petite enfant, il n'y a rien de plus excellent sur la terre que d'avoir à souffrir avec le bon Dieu et de porter avec lui la croix des privations. En un sens, c'est un peu dur ; quelquefois même c'est très dur ; mais en un autre sens, mille fois plus élevé, mille fois plus saint et plus excellent , c'est très préférable puisque cela mène au ciel et nous aide beaucoup à éviter le péché et à ressembler à Jésus-Christ. Aussi n'ai-je pas la moindre envie d'être délivré de la sainte et sanctifiante infirmité que Notre- Seigneur a daigné m'envoyer, il y a plus de vingt-quatre ans, dans sa miséricorde adorable. Et vous, ma petite Cécile, je vous engage trèsfort à désirer, non votre guérison, mais votre sanctification. Vous me direz peut-être que l'un n'empêche pas l'autre? C'est très vrai. Il est cependant encore plus vrai que la sanctification est plus dillicile d'un côté que de l'autre, et que

lorsque le bon Dieu lui-même nous cloue à côté de lui et avec lui sur la Croix, il est plus sûr pour nous d'y rester que d'en descendre. Sur mille personnes qui sont aujourd'hui en Enfer, je parierais qu'il y en a neuf cent-quatre-vingt-dix qui seraient au moins en Purgatoire, si elles avaient eu la chance d'être aveugles, ou sourdes, ou paralytiques, ou affligées de quelqu'autre bonne grosse infirmité ; et que sur mille pauvres âmes qui souffrent énormément en Purgatoire, il y en a au moins neuf cent quatre-vingt-quinze qui jouiraient depuis longtemps des éternelles et saintes béatitudes du Paradis, si quelque miséricordieuse infirmité très désagréable les avait retenues sur la pente de la frivolité, des plaisirs mondains, de la vanité, de la coquetterie, de la gourmandise, etc.

« Adieu, ma chère petite. Laissez-moi vous bénir et vous embrasser comme un vieux compagnon d'infortune. Je bénis mille fois tous ceux qui vous aiment et que vous aimez.

LETTRE

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