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5° Assistez-vous régulièrement aux réunions de notre chère Société et rendez-vous la vie bien dure au pauvre frère Baudime, martyr de vos langues, de vos pieds et de vos mauvaises têtes ?
Quel vaste sujet d'examen et combien je serais heureux qu'à toutes ces questions, chacun de vous pût donner une bonne réponse ! Tâchez du moins qu'il en soit ainsi à l'avenir, mes chers enfants, et consolez-nous par votre bonne volonté.
Adieu ; je vous embrasse et vous bénis tous au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui me donne pour vous une si cordiale et si vive affection.
Paris, 24 juillet 1 865.
Mes chers amis,
|e bon frère Baudime vous a appris déjà jpsjjla perte que je viens de faire. Aidez- -i/|moi, mes enfants, à soulager et à délivrer mon pauvre père. Je compte beaucoup sur vos prières et sur votre bon cœur.
Préparez-vous tous à la communion de l'Assomption, que nous célébrerons selon notre usage le dimanche précédent, 9 août.
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Adieu, mes bons enfants. A nous revoir bientôt. Je vous embrasse du fond du cœur.
Laigle, i j septembre 1863.
Mes enfants et mes bons amis.
'e peur que vous ne m'oubliiez tout à fait, haprès une si longue séparation, je viens v du fond de la Normandie, vous donner signe de vie, signe de souvenir et de tendre souvenir. Bientôt je vais me retrouver au milieu de vous et reprendre ce cher ministère que je voudrais ne pouvoir jamais interrompre. J'y suis malheureusement forcé, et pour mieux sauter je suis obligé de temps en temps de reculer un peu. Je reviens à Paris le vendredi 2 octobre, sous la conduite de nos saints Anges gardiens dont la fête se célèbre ce jour-là. Vous m'enverrez les vôtres afin qu'ils empêchent certaine affreuse petite patache qui me porte au chemin de fer de verser en route et pour empêcher le dit chemin de fer de sauter. Si vous le voulez bien, mes amis, nous nous remettrons immédiatement et sérieusement à la besogne : afin de réparer le temps perdu, et de compenser ma mésaventure du di-
manche de l'Assomption, je vous convoque tous pour le dimanche 4 octobre, fête de saint François, et pour la veille au soir, à partir de six heures et demie. Je serai, s'il plaît à Dieu, fidèle au rendez-vous, à notre école Saint-Guillaume, et le lendemain matin, le bon frère Baudime et moi, nous aurons la joie de vous voir tous ou presque tous, agenouillés pieusement à la Table du Seigneur. Vous savez, mes enfants, que c'est là et là seulement que jaillit pour vous la source divine de la chasteté, de la foi vive, de la prière, de la persévérance. La sainte Vierge et saint François daigneront, je l'espère, vous y conduire. Adieu mes enfants et mes amis ; ce que je ne puis faire quand je suis au milieu de vous, je le fais ici, par lettre, je vous embrasse tous à la fois, et en outre, je vous charge tous de sauter sur le frère Baudime (après la séance bien entendu) et de l'embrasser aussi de ma part. Je lui souhaite de n'en pas mourir. Adieu, mes chers enfants.
Laigle, août 1804.
Mes très chers amis,
|e bon frère me fait savoir que notre ^communion d'août et de septembre doit [avoir lieu prochainement, et je ne puis résister à la bonne pensée de vous engager tous à ne pas manquer cette belle occasion. "Vous savez, mes enfants, que notre âme ne peut pas plus impunément se passer de nourriture que notre corps, et qu'elle meurt bientôt de faim quand elle reste longtemps sans recevoir le pain vivant descendu du ciel exprès pour la nourrir. Elle est si grande que sa nourriture est le bon Dieu luimême, qui a dit : « Ma chair est vraiment une nourriture. Si vous ne la mangez, vous n'aurez point la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » J'espère, mes chers enfants, que celui qui m'écrira après la communion de notre Société me donnera sur ce point des nouvelles consolantes. L'absence ne m'empêche pas de penser à vous et de vous aimer de tout mon cœur. Je me recommande bien à vos prières, corps et âme. Je ne suis pas très vaillant depuis quelque temps ; la fatigue me gagne et je
sens que je ne vaux pas cher. li faut faire comme les lampes du Saint-Sacrement, brûler tant qu'il y a de l'huile, brûler avec joie, s'user avec bonheur pour le service du bon Dieu, puis s'éteindre tranquillement, sans fumer, c'est-à-dire sans grogner.
Allons, mes amis, soyons tous sans exception des lampes allumées ; l'huile c'est la foi, la conscience, la bonne vie ; le verre qui empêche l'huile de se renverser et la lampe de s'éteindre, c'est en général l'Eglise, et en particulier pour nous, c'est notre chère petite Société de persévérance.
Je vous bénis tous, en vous embrassant sur les deux joues, et en vous souhaitant ainsi qu'à notre bon frère directeur, les plus douces bénédictions de la sainte Vierge, la joie du cœur et le bonheur le plus complet possible ici-bas et là-haut. Votre père et votre vieil ami.
Laigle, 22 septembre 1865.
Mes bons amis, :>ans quinze jours, s'il plaît au bon Dieu,
j'aurai la joie de me retrouver au milieu 'de vous, et de reprendre mon petit ministère pastoral et paternel, interrompu depuis bientôt deux mois.
En attendant, soyez tous de bons et fidèles garçons, et ne mettez pas en pratique le proverbe trop souvent vérifié : « Quand le chat n'y est pas, les souris dansent. » Heureusement que vous n'êtes pas des souris et que je ne suis pas un chat. Ni vous ni moi ne sommes des bêtes, ni grosses ni petites. Vous savez, mes enfants, que moins on est chrétien, plus on est bête. Être bête, c'est n'avoir pas d'esprit ; or, n'est-il pas évident que l'homme qui se rend le plus heureux est celui qui a le plus d'esprit, et que l'homme qui se rend, par son fait, le plus malheureux, est l'homme le plus bête et le plus stupide de tous ? Les chrétiens, les vrais chrétiens sont des hommes qui se préparent le bonheur éternel au Paradis ; le meilleur chrétien sera l'homme le plus heureux : donc le meilleur chrétien c'est l'homme le plus habile, le plus spirituel, le plus avisé qu'il y ait au monde. Le plus bête, c'est le plus impie, le plus loin de Dieu.
Je vous souhaite, mes enfants, d'être toujours ainsi heureux en étant chrétiens, en pratiquant courageusement tous vos devoirs de chaque jour, en gardant la chasteté, en bravant le respect humain, et en sanctifiant vos journées par la présence de Dieu, par la piété et la prière.
Je compte être de retour à Paris le vendredi
— If) —
6 octobre. Priez bien pour moi, et aussi pour une retraite que je vais prêcher au grand séminaire de Poitiers à partir de jeudi prochain. Adieu, mes chers amis; je vous embrasse tous bien affectueusement et vous bénis au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la sainte Vierge.
Laigle, 13 septembre 1866.
Mes bons, mes chers, mes jeunes, mes vieux enfants,
e voulais vous écrire pour dimanche §2 dernier, afin de couper en deux parts Js@ bien égales l'absence qui me sépare de vous. J'ai fait comme les gens qui visent au purgatoire et qui vont en enfer ; j'ai mal pris mes mesures et force m'a été de remettre à huitaine.
Je n'ai, du reste, mes enfants, aucune nouvelle bien intéressante à vous donner : c'est de Paris que viennent les nouvelles ; on y sait les choses avant qu'elles soient, et on y a tant d'esprit qu'on raconte, avec tous leurs détails, même les choses qui ne seront jamais. Ici, je me repose le mieux possible de mes dix mois de travail ; je
tais des économies pour recommencer une dépense de gosier, de tête, de langue, de poitrine. Quant au cœur, Dieu nous l'a fait si admirable qu'il n'a jamais besoin de trêve, ni de relâche, et que nous pouvons toujours aimer sans nous épuiser jamais ; loin de là, plus on aime, et plus on a de capacité d'aimer, de facilité d'aimer. Le cœur du chrétien, c'est la merveille de Dieu ; le cœur du prêtre est plus encore : c'est Dieu lui-même, c'est Jésus Christ aimant tous les hommes par le cœur d'un homme. Or, aimer, c'est se donner et se sacrifier avec bonheur.
J'espère, mes enfants, que vos prières et votre bonne conduite auront pleinement écarté les atteintes du choléra : il frappe quelquefois les plus saintes gens et les hommes les mieux réglés ; mais d'ordinaire, il fait comme les poules qui picotent sur le fumier.
Adieu, mes bons amis, mes très chers enfants, ne manquez jamais à vos prières de chaque jour, ni à la sanctification de vos dimanches. Soyez purs et honnêtes, dans un milieu qui ne l'est malheureusement pas; soyez de bons fils pour vos parents, de bons amis pour vos camarades ; et, pour le bon Dieu, soyez de très fidèles serviteurs, des enfants pleins d'amour, de reconnaissance et de respect. Ne m'oubliez pas dans vos prières.
Je vous embrasse tous en vous bénissant du fond de mon cœur.
Poitiers, 23 novembre 1S66.
Mes bons amis.
agisse dimanche est, s'il plait à Dieu, le r%/)k dernier où je me vois obligé de demeurer éloigné de vous. Je tiens à vous dire moi-même la peine que j'éprouve quand nous sommes ainsi séparés. Les travaux importants qui m'ont tenu jusqu'à ce jour loin de Paris sont enfin terminés, et dans trois ou quatre jours je reprendrai les chères occupations de mon ministère ordinaire. Tachez, mes bons enfants, de répondre toujours par une cordiale affection à l'affection, bien cordiale aussi, et bien dévouée, que nous vous portons, le frère Baudime et moi; laissezvous doucement et joyeusement conduire dans les voies saintes du service de Dieu. Que voulonsnous, nous autres, sinon votre bonheur, votre salut éternel ?
Je vous bénis tous du fond de mon cœur, en priant la sainte Vierge de vous obtenir la grâce d'une vie vraiment chrétienne, d'une prière perse-
vérante, d'une chasteté vigilante et courageuse, de tous les bons sentiments qui sont comme l'auréole des chrétiens ici-bas.
.Vnous revoir, s'il plaît à Dieu, dimanche prochain.
P.iris 16 décembre 1860.
Mes amis,
e prie le bon frère directeur de notre j{ chère petite Société de profiter des " i belles fêtes de Noël pour faire appel à la bonne volonté de tous. Je m'unis à lui pour demander aux jeunes gens qui manquent à nos réunions sans raison légitime, de revenir à des habitudes meilleures et de ne pas oublier qu'au milieu du tourbillon parisien, il est plus qu'utile, il est nécessaire de s'étayer les uns les autres pour ne pas être renversés. Or, notre Société est un moyen aussi simple qu'efficace de résister au torrent et de demeurer fidèles au devoir.
Je m'unis au bon frère, pour réclamer, outre l'exactitude de tous, Tassistance religieuse de tous à nos petites séances depuis le commencement jusqu'à la fin. — Quelques-uns ont pris la mauvaise
habitude de sortir avant l'instruction: l'instruction religieuse n'est pas moins nécessaire à la persévérance que la sanctification du dimanche par l'assistance à la messe. Qu'est-ce d'ailleurs qu'une heure ou une heure un quart donnée à Dieu sur un dimanche tout entier?
Enfin je m'unis au frère pour féliciter cordialement l'immense majorité de nos jeunes sociétaires, dont l'exactitude, la tenue à la chapelle, la bonne volonté, la fidélité aux sacrements, l'excellente conduite, sont pour nous une grande consolation et une douce récompense des soins que nous ne cessons de vous donner.
Que la sainte Vierge vous bénisse tous, mes chers enfants ! Qu'elle ramène au bon Dieu ceux qui auraient eu le malheur de perdre sa grâce ! Qu'elle affermisse le courage et les bonnes dispositions des autres, et qu'elle daigne protéger tout spécialement vos parents, vos amis et tous ceux qui vous sont chers !
Douai, 6 juillet 1865.
Mes bons amis,
dimanche dernier déjà je voulais vous écrire, et vous dire tout le regret que j'éprouve de me voir aussi loin de vous. J'y suis obligé : la fatigue me pousse par les épaules hors de Paris qui, cette année plus encore que les autres, est un vrai tourbillon. Heureusement que le Grand Turc me remplace ; le frère Baudime pourrait le prier de venir vous faire une instruction dimanche prochain. On dit qu'il est fort bonhomme, et qu'après avoir conquis la France, il consentira à nous la rendre quand il reprendra le chemin de Constantinople.
J'espère qu'après le sultan, le bon frère vous trouvera, pour les deux dimanches où je serai encore forcément absent, un bon prédicateur qui aura la charité de vous convertir si bien qu'à mon retour je ne vous reconnaîtrai plus et que vous serez tous, sans exception, devenus meilleurs que le frère Baudime, qui est pourtant bien bon. (Ici, le frère Baudime, lecteur de la lettre, rougit modestement).
Faites tous les jours très exactement vos
prières du matin et du soir. Pensez souvent au bon Dieu dans le courant de vos journées, gardez-vous de l'entraînement des bruyants plaisirs et de l'espèce de lièvre qui met tout Paris sens dessus dessous ; conservez vos bonnes mœurs et préparez-vous d'avance à notre communion du premier dimanche d'août.
Je vous bénis tous, mes bons et chers enfants, en commençant par les meilleurs, en finissant par les moins bons ; et je charge le cher frère d'ajouter à cette lettre tous les petits avis de détail qu'il vous sait utiles et qu'il répandra sur vous, avec les flots de son éloquence accoutumée. Je vous embrasse tous.
Laigle, 24 août 1867.
Mes amis et mes enfants,
e pouvant être au milieu de vous en ce jour, pour la Saint-Louis, je viens me " souhaiter ma fête en vous écrivant, en vous embrassant tous, (même les plus coquins) et en vous demandant très-instamment de me donner un beau bouquet. Mais ce bouquet, je le demande à tous, même à mes chers coquins. Savez-vous
de combien de fleurs il me le faut? De onze. — Onze? Quel drôle de chiffre ! Pourquoi onze ? — Parce qu'une dizaine de chapelet se compose d'un Pater et de dix Ave Maria. Un et dix font on~e. Demandez plutôt au frère Baudime ! — Or, mes enfants, je neveux pas de vous d'autre bouquet de fête que votre affection et votre bonne prière. Chaque Ave Maria est, selon la belle pensée de saint Dominique une rose céleste. Vous en attachez dix ensemble au moyen de ce beau fermoir que l'on appelle le Pater, fleur précieuse, plus précieuse encore que la rose, et que le jardinier du ciel est venu apporter à la terre où elle fleurit incessamment dans tous les cœurs et sur les lèvres de tous les chrétiens.
Mes bons enfants, j'espère que le frère pourra me donner de bonnes nouvelles de la chère Société, de la communion de l'Assomption, et de celle que vous vous préparez sans doute à faire pour la belle fête de Notre-Dame de septembre.
J'espère que les santés sont en bon état, et les âmes bien plus encore. A quoi servirait en effet de se bien porter physiquement si l'on avait une âme gangrenée par le vice, mourante ou morte devant Dieu ?
Adieu, mes chers enfants ; que la paix et la joie
de Notre-Seigneur vous gardent tous dans l'état de grâce, d'où il ne faut jamais déchoir !
Je vous embrasse de tout mon cœur, en vous bénissant, vous et tous ceux que vous aimez.
Laigle, 6 septembre 1867.
Mes bons enfants,
^Hé^ncore un petit mot d'amitié pour tromper 'l'absence. Il vous arrivera le jour même :de la Nativité de la sainte Vierge, probablement le jour de votre communion de septembre. Je félicite et bénis tout particulièrement ceux d'entre vous qui ont eu le bonheur de recevoir leur Sauveur, ou du moins qui ont voulu le recevoir. Les sacrements sont l'âme de notre Société; puisse cette âme se répandre dans tous les membres pour les vivifier, leur apporter la vie, la santé et la force, et les préparer aux combats difficiles de l'avenir ! Sans les sacrements on ne peut pas plus persévérer, que sans l'âme le corps ne peut vivre. Et cependant, il faut absolument persévérer au service de Dieu, mes bons petits amis; nous ne sommes sur la terre que pour aller
au ciel, et la persévérance étant l'unique chemin du ciel, coûte que coûte, il faut persévérer. — Prenez garde à Paris: Paris est un endroit malsain pour les âmes, surtout pour les jeunes gens. Si on se couvre bien, et si on prend soigneusement ses précautions, on s'y porte à merveille, mieux qu'autre part ; mais si on fait des imprudences, on est sûr d'attraper la fièvre du pays : fièvre de dissipation et de frivolité, fièvre de luxe jusque dans la misère, fièvre de vanité prodigieuse, fièvre d'indépendance, d'insubordination et de révolte, fièvre d'immoralité et de honteux plaisirs qui tuent le corps non moins que l'âme. L'air de Paris n'est plus chrétien : purifiezle, assainissez-le par la pureté de vos prières et par l'attention à la présence de Dieu au milieu de vos occupations de chaque jour.
Soyez, mes enfants, du petit nombre des élus au milieu des péchés et des scandales de Paris. Avez-vous jamais vu une feuille de papier qui achève de brûler ? Elle est toute noire, toute fripée, mais on voit scintiller et comme se promener de tous côtés sur le noir, des petites étincelles très-brillantes. Ces étincelles, c'est vous ; ce sont tous les vrais chrétiens, tous les enfants de lumière qui vont et viennent dans Paris ; le reste est noir, sombre, inutile, laid et bête. Le démon a passé
par là et a touché ces pauvres âmes, désormais privées de Dieu.
En vous souhaitant du fond de mon cœur d'être toujours, toujours et toujours des enfants de lumière, je vous bénis mes bons amis, et vous embrasse bien affectueusement. Veuillez dire pour moi une petite dizaine de chapelet, afin que la très-sainte Vierge m'obtienne aussi les miséricordes de Dieu et me conduise avec tous mes chers enfants au bonheur du Paradis.
Adieu, adieu encore, et au revoir, s'il plait à Dieu, dans un mois.
? octobre 1868.
Mon bon Frère.
e serai de retour à Paris, s'il plaît à ,Dieu, le vendredi u. Avis à ceux de f^nos jeunes gens qui voudraient profiter de l'occasion pour se délarroniser samedi soir ou dimanche matin. Dites-leur à tous que je les bénis, que j'aurai bien du bonheur à me retrouver au milieu d'eux après une si longue absence. Adieu, mon très cher Frère.
Laigle, 4 septembre 1869.
Mon cher Frère et mes chers enfants, <
%^\*t'Va m'^eu de mes vacances, j'éprouve ie '(/(izs-zwi besoin de me rappeler à votre bon souçs^^TOfvenir, et de frapper de loin quelque petit coup à la porte de vos chères consciences pour voir si elles sont bien éveillées, ou engourdies, ou même endormies. Vous connaissez la chanson :
« Frère Jacques, frère Jacques Dormez-vous ? dormez-vous ? »
Je vous demanderai de même : Frère Philippe, frère Léon, frère Henri, frère François, frère Charles, frère Léopold, frère Edouard, frère Joseph, etc., etc., dormez-vous? dormez-vous? Servez- vous le bon Dieu ? Faites-vous et faitesvous bien vos prières ? Veillez-vous bien sur votre cœur ? Sanctifiez-vous bien vos dimanches ? Vous maintenez-vous fidèlement en état de grâce ? Pensez-vous au bon Dieu dans le cours de vos journées? Vous corrigez-vous courageusement de tel ou tel défaut, qui met le plus souvent le bâton dans les roues du fiacre de votre perfection
Si, malheureux que vous êtes, vous ne pouvez
pas me répondre bien franchement : Oui, je prierai le frère Baudime de chanter bien haut à votre adresse le refrain de ma chanson :
« Din-dons ! din-dons!
Din-dons ! din-dons ! »
Mais je ne sais pourquoi j'ose faire une supposition si injurieuse. Vous connaissant comme je vous connais, comme de bons petits chrétiens, comme de bons petits hommes, je suis convaincu que vous marchez droit comme des i, et que la pureté de votre cœur, la fermeté de votre foi consolent amplement Notre-Seigneur Jésus-Christ de tant d'ingratitudes, d'outrages, de délaissements, dont il est l'objet de la part de milliers et de milliers de chrétiens.
Préparez-vous, mes enfants, à votre communion de septembre. N'y manquez pas. La fête de la Nativité de la sainte Vierge est une des plus grandes et des plus douces de l'année. Fêtez-la, fêtons-la tous en purifiant nos âmes par une sincère confession, et en nous unissant au bon Jésus par une communionunpeu soignée ! — Ce jour-là, à la loterie qui termine la séance, je demande au frère Baudime, non de se proposer comme groslot (sa modestie l'en empêcherait certainement) mais de faire tirer en mon nom et à mes frais trois
jolies statues de la Sainte Vierge, assez grandes pour orner votre petite chambrette. Je prierai le bon abbé de Cabanoux de les bénir avant de le^ distribuer.
Je vous bénis tous, mes bons et chers enfants, en vous embrassant comme mes vrais enfants et en priant la sainte Vierge de vous garder dans l'innocence et dans la joie d'une bonne vie. Priez-la bien pour moi, votre père et votre vieil ami aveugle.
Paris, 24 octobre 1S69.
Mes bons enfants,
tA e suis un peu souffrant et ne pourrai, iw| le? comme je l'espérais, aller aujourd'hui à £&*L/a5 la Société. Je tiens cependant à vousexprimer de suite mon affectueuse reconnaissance pour la part si vive que vous avez bien voulu prendre dimanche dernier à l'épreuve que le bon Dieu m'envoyait. Ma mère est hors de danger, Dieu merci ! Dimanche matin, j'avais cru prudent de lui donner l'extrême-onction et le saint Viatique ; nous ne savions pas si elle passerait la journée. La sainte Vierge y a mis le bout du doigt.
et la mort a reculé devant la mère de Celui qui est la vie, Jésus-Christ Notre-Seigneur. Aidezmoi, je vous prie, à l'en remercier dignement.
Mes enfants, dans huit jours, nous allons célébrer la Toussaint, grande et belle fête, s'il en fut. Je serai à votre disposition pour les confessions, d'abord, de deux heures à six, chez moi ; puis, de sept heures à on\e heures et demie ou minuit, chez vous, chez nous, chez les bons frères, rue de Grenelle. Si le bon Dieu n'y metpas d'obstacle, j'irai à la Société à midi ce jour-là même, et je vous répéterai mon invitation. Préparez-vous tous à faire une sainte et digne communion ; veillez sur vous ; évitez toutes sortes de fautes ; faites bien vos prières et recommandezvous à la Reine de tous les Saints.
Adieu, mes chers et bons amis. Que la bénédiction de Notre-Seigneur soutienne votre fidélité, répare vos faiblesses et augmente chaque jour en vous la bonne volonté, la foi vive, et l'énergie de la vie chrétienne ! Je vous bénis et vous embrasse tous en son amour.
Laigle, 25 juillet 1870.
Mes chers enfants,
^'n retard involontaire m'empêche de revenir à Paris assez à temps pour assister fà votre distribution de récompenses trimestrielles. J'espère que notre bon curé de Saint-Thomas d'Aquin sera là pour vous tenir tête, comme Strasbourg ou Metz en face des Prussiens. Non pas que vous soyez des Prussiens, je l'espère; et même j'en suis sûr, et je réponds de vous devant la patrie (en exceptant, bien entendu, le frère Baudime.)
Soyez de bons petits Français catholiques. Imitez nos braves troupiers qui, pour la plupart, se mettent sur le pied de guerre en mettant leur conscience sur le pied de paix. Quand un soldat part de ce pied-là, grâce à l'autre, il arrive vite jusqu'à la capitale de l'ennemi. « Les meilleurs chrétiens sont les meilleurs soldats », disait un vaillant capitaine ; je dirai de même : Les meilleurs chrétiens sont les meilleurs fils, les meilleurs amis, les meilleurs compagnons, les meilleurs ouvriers, les meilleurs partout, les meilleurs en tout. »
Adieu, mes braves enfants. Je vous demande
a tous une petite dizaine de chapelet chaque jour, et cela bien exactement, bien cordialement, pour le salut de notre France catholique, pour le succès de nos armes, pour le prompt rétablissement d'une glorieuse paix ; puis et surtout, pour tous ceux de nos amis, de nos parents, de nos sociétaires et de nos protecteurs que le devoir appelle sous les drapeaux, soit comme soldats, soit simplement comme gardes-mobiles.
Je vous bénis et vous embrasse tous, à commencer par notre cher colonel, le frère Baudime.
Kermadio, 20 août 1870.
Mon cher Frère et mes chers enfants,
?s> u fond de la Bretagne, où l'on est plus — BÈ tranquille qu'à Paris, bien qu'on y pense ^Jb'^X beaucoup à la France, aux Prussiens, à l'armée, au présent et à l'avenir, je viens vousrecommander de ne pas vous laisser emporter par ces agitations malsaines qui détournent du bon Dieu et troublent sans profit. C'est surtout dans ces moments de crise et d'ébranlement qu'il faut, pour ainsi dire, se cramponner au bon Dieu: l'agitation publique est comme une tempête dont
les vagues viennent battre le rocher immuable de l'Église ; nous demeurons sur ce rocher, nous autres chrétiens, et Dieu y est avec nous: ne nous laissons pas arracher à ce qui fait notre salut ; ne nous laissons pas emporter par la vague. Quelquefois elle est si forte et si furieuse qu'elle couvre presque le rocher de son écume ; mais un peu de patience: elle retombe bientôt ; l'écume s'évapore, et le rocher apparaît tranquille et fort, lavé et non ébranlé. Je vous le répète, tenons-nous y ferme.
Et comment nous accrocherons-nous à cette pierre de salut? Ce n'est ni avec les pieds ni avec les mains; mais par l'énergie d'une foi vive, d'une prière fréquente et recueillie, de la fréquentation régulière des sacrements. C'est en évitant les lectures mauvaises, soit au point de vue religieux, soit au point de vue politique, soit au point de vue des mœurs.
Adieu, mes chers enfants; adieu, mon ben Frère. Je vous bénis au nom de Dieu et vous demande de bien prier pour votre père et votre ami.
kermadio, 2$ février i 7 Mes bien chers amis,
^amais, depuis les quatorze ans que j'ai le bonheur de diriger avec les bons j^jFrères notre petite Société, nous n'avons été soumis les uns et les autres à une pareille épreuve. Jamais nos sociétaires n'ont eu à passer des moments, ou pour mieux dire des mois si terribles ; et moi-même, jamais je ne me suis trouvé séparé de vous aussi longtemps et aussi cruellement. Parti de Paris, la veille même du jour où ont commencé les émotions populaires, le 8 août, j'ai été bloqué en Bretagne, tout près du célèbre sanctuaire de sainte-Anne, loin des Prussiens il est vrai, mais encore plus loin de vous. Avant le siège, j'ai pu encore recevoir des nouvelles de la Société et apprendre que quatre-vingt cinq d'entre vous étaient appelés, à un titre ou à un autre, sous les drapeaux. Je vous ai bien recommandés tous à la miséricorde divine et à la garde de la sainte Vierge. Deux seulement, m'écrit-on, ont succombé : le pauvre Léon Barré, que je connaissais depuis huit ou dix ans, et un autre que je ne connaissais guère. Que Notre-Seigneur ait pitié de leurs âmes !
Quand à vous, mes enfants, que les bombes, la faim et la petite vérole ont bien voulu respecter jusqu'ici, montrez-vous, de grâce, reconnaissants du bienfait de la vie, en vous gardant soigneusement fidèles à Celui qui vous l'a conservée. Si vous deviez vivre pour offenser Dieu, n'auraitil pas mieux valu cent fois, que vous eussiez succombé comme tant d'autres?
De toutes parts on écrit de Paris que les effroyables épreuves du bombardement et de la faim n'ont fait aucune impression salutaire sur une grande partie des jeunes gens, et qu'à peine le danger passé, ils se sont jetés avec une sorte de folie dans tous les excès de l'impiété, du libertinage et des extravagances révolutionnaires. Tous les gens de bien ont été navrés et à la fois épouvantés de ces nouvelles. Paris, se dit-on de toutes parts, est-il donc tellement corrompu que la guérison ne soit plus possible ? Épargné une première fois, devra-t-il être anéanti définitivement?
Ce qui est bien certain, mes bons amis, c'est que la ville impure de Sodome n'a été détruite par la colère divine que parce que le nombre des bons qui, dans son sein, se trouvaient mêlés aux mauvais, n'a pas été assez considérable . « Si dans cette ville, avait dit le Seigneur à Abraham,
si dans cette ville je trouve dix justes, à cause de ces dix, je pardonnerai à tous les coupables. » Et Sodome fut dévorée le lendemain par le feu du ciel, parcequ'au lieu de dix justes il ne s'en trouva qu'un seul. A chacun de nous, à chacun de vous, mes enfants très-chers, de sauver Paris dans la mesure où il est donné à chacun d'y contribuer. La sainteté d'un pauvre enfant, d'un humble petit apprenti, d'un jeune homme obscur et presque inconnu, pèse, dans la balance de la miséricorde, autant et quelquefois plus que la sainteté d'un grand personnage. Vous savez que le bon Dieu aime les petits et les pauvres. Mettons-nous-y donc tous bien résolument ; évitons comme le feu tout péché volontaire, surtout ceux qui offensent le plus profondément la très pure majesté de Dieu : le blasphème, l'oubli de la prière, la violation du dimanche, les péchés de scandale et le libertinage des mœurs. Gardez-vous bons et purs, et allez puiser dans de bonnes et fréquentes confessions et communions la force sans laquelle vous ne pouvez rester ni purs ni bons.
Je vous écrirai encore prochainement. En attendant je vous bénis et vous embrassetouscomme mes chers enfants en Jésus-Christ, bien peiné du devoir qui me retiendra ici pendant tout le
carême et qui me privera par conséquent du bonheur de diriger notre retraite pascale. Mais absent de corps, je serai présent au milieu de vous par le cœur, et de votre côté, n'est-il pas vrai? vous ne m'oublierez pas.
Adieu, encore, mes enfants et mes chers amis. Que Dieu vous garde en son amour ! Je me recommande à vos bonnes prières.
Kermadio, 14 mars 1871.
Mon bien cher Frère,
j||Mi je pouvais à l'imitation de quelques saints, prêcher et confesser en deux 'tv^^^endroits à la fois, vous me verriez ou plutôt vous m'auriez déjà vu, et nos jeunes gens aussi, à mon poste de la rue de Grenelle. Malheureusement je suis un pauvre homme, retenu à une seule place par le poids de mes péchés et de mes misères, et j'ai commencé ici, à cent trente lieues de la rue de Grenelle n^> 44, une vraie petite mission que je ne puis ni ne dois abandonner. Hommes et femmes viennent me trouver en foule ; leur foi est grande et leurs âmes sont très précieuses. C'est la foi qui fait défaut dans nos pauvres grandes
villes aux trois quarts païennes; on n'y connaît point, ou presque point Notre Seigneur ; on le sert moins encore qu'on ne le connaît ; les âmes y sont gâtées de bonne heure par le faux éclat des faux biens et des faux plaisirs ; la corruption des sens et du cœur y est précoce ; enfin, à chaque pas, pour ainsi dire, des pierres d'achoppement viennent faire tomber les pauvres passants. Paris est cela plus que jamais, et plus que toute autre grande ville. Il est dur d'y travailler à l'œuvre de Dieu ; et cependant il faut y travailler plus que partout ailleurs. Si Paris devenait chrétien, ou même s'il devenait moins anti-chrétien, quel bien immense et universel ne serait-ce pas ?
J'espère que le bon Dieu me permettra de me retrouver au milieu de vous dans un mois environ, pour le dimanche du Bon Pasteur, et même pour le samedi, 22, de sorte que je pourrai le soir même recevoir ceux de mes chers enfants, qui, épargnés par les bombes du bon roi Guillaume et du doux Bismark, auront la force de se traîner jusqu'à la rue du Bac et le désir d'être bénis et réconciliés par quelqu'un qui les aime bien.
J'apprends avec bonheur par Philippe que c'est l'excellent abbé Degérine qui prêchera la retraite pascale. Il faudra battre la grosse caisse, convoquer le ban et l'arrière-ban, afin que toutes les
places soient occupées, les âmes ressuscitées et sanctifiées, la petite société pleinement reconstituée. Demandez de ma part aux sociétaires présents de faire alors dans le quartier une propagande d'enragés. Les méchants se donnent tant de mal pour faire la leur !
Quant à nos jeunes bienfaiteurs, je suis un peu inquiet de ce côté, et je crains bien des défections. Nous y aviserons de notre mieux, n'est-il pas vrai, dès mon retour. Prions, en attendant, et ayons confiance ; si nous n'abandonnons pas Notre Seigneur, il ne nous abandonnera pas le premier.
Veuillez, mon cher Frère, présenter mes meilleurs et mes plus affectueux souvenirs au bon Frère Jean l'Aumônier, mon vieil ami de 1848 (cela commence à compter), et à toute votre communauté.
Adieu, et mille bonnes bénédictions à vous d'abord, mon très cher Frère, puis à notre chère jeunesse que je recommande à la protection de la sainte Vierge et de saint Joseph.
Kermadio, 26 mars 1871.
Mon cher Frère,
É$fô~0> ai reçu votre bonne et aimable lettre ; msk Rimais je remets à un peu plus tard la V^^J^, convocation des jeunes bienfaiteurs de notre œuvre. Ils sont tous dispersés, et ce n'est guère qu'au commencement de mai ou à la fin d'avril que nous aurons quelque chance de leur tirer, non de plantureuses carottes, mais quelques humbles radis. Le soulèvement des bandits parisiens va achever de ruiner, d'épuiser ceux qu'avaient épuisés déjà et ruinés les Prussiens. Mon Dieu, quelle tempête nous faut-il traverser ! Ce sont les fruits des erreurs de 89 et de 1830.
Dans quelques jours, pour le commencement de la retraite pascale, je vous enverrai une encyclique à notre jeune peuple, que je bénis de tout mon cœur, ainsi que vous-même, mon bon Frère. Veuillez ne pas m'oublier au pied du Saint- Sacrement et me regarder toujours comme votre vieil ami, bien cordialement, bien profondément dévoué.
Le bon abbé Prussien vous embrasse (1).
U) L'abbé Diringer, secrétaire de Monseigneur, alsacien de Je naissance et qui opta pour la France.
Kermadio, 50 juin 1871.
Mon cher Frère et mes chers enfants,
"^•©>7?/; ai appris tout dernièrement qu'après les £ja S ? . . . .
Vk {^horribles secousses qui ont mis Pans à
^QLfèi eu et à sang, notre petite Société avait été obligée, comme les autres, de suspendre ses réunions; mais que, depuis deux dimanches, elle commençait à se reconstituer. Combien je regrette de ne pouvoir encore revenir à Paris, et vous donner le concours de mon dévouement et de ma vieille affection! Les désastres les plus incroyables sont venus fondre sur notre pauvre pays avec une telle rapidité et dans des circonstances si étranges, que tout est interrompu, brisé, et que plus que jamais la patience est nécessaire. C'est dans cette patience et dans cette paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que j'attends le moment béni où il me sera donné de me retrouver au milieu de mes chers enfants.
J'espère, sans pouvoir en être encore bien sûr, que dans les premiers jours d'août, je pourrai passer par Paris ; j'espère aussi que messieurs les révolutionnaires et mesdemoiselles les pétroleuses resteront assez tranquilles dici à trois mois,
pour que je puisse, au commencement d'octobre, reprendre près de vous mon saint ministère. Rien n'est hélas ! moins certain ; car les ennemis de Dieu et des hommes, ligués entre eux dans toute l'Europe par la franc-maçonnerie et ce qu'ils appellent l'Internationale, se préparent, paraît-il, à de nouveaux crimes et à une immense révolte universelle. Ils ne s'en cachent pas : ils veulent détruire radicalement l'Eglise, exterminer les ministres de la religion, brûler les couvents avec ceux qui les peuplent, incendier et saccager les grandes villes, en un mot détruire de fond en comble la société et la civilisation chrétienne.
Mes petits enfants, prenez bien garde de vous laisser séduire. Ces hommes de l'enfer cachent sous de grands mots et sous des apparences généreuses leurs ténébreux complots. Dans leurs journaux, dans leurs associations, ils parlent de fraternité, de liberté, d'amour de la patrie, de justice, de travail; en pratique, ils ne produisent que des ruines, ils couvrent le monde de sang, de feu, de crimes et de misère. Ne vous y laissez pas prendre. Je recevais tout dernièrement une lettre d'un jeune homme, autrefois mon fils spirituel, autrefois bon et chrétien, heureux et rangé, qui s'étant laissé entraîner par les francsmaçons et par les rouges, est en train d'expier
sur les terribles pontons de Brest, la part qu'il a prise aux crimes de la Commune.
Prenez garde surtout à leurs journaux. Je n'ai pas besoin de vous les nommer en détail, ne les lisez jamais. C'est un tissu grossier de calomnies contre la religion et de blasphèmes révolutionnaires. De même qu'on ne peut impunément avaler du poison, de même on ne peut impunément lire un mauvais journal, surtout lorsqu'on le lit régulièrement. J'ai connu des jeunes gens très pratiquants, qui, par cette voie, se sont éloignés de Dieu et ont quasi perdu la foi.
Au contraire, vous, mes chers et bons enfants, sovez d'autant plus fidèles au bon Dieu et à son Église, que le milieu dans lequel vous vivez est plus perverti. A Paris, maintenant plus que jamais, il faut être très bon si l'on veut rester bon. Ne l'oubliez pas. Allez aux sacrements plus souvent que par le passé ; priez davantage et avec plus d'ardeur; gardez-vous a?ec plus de soin des mauvaises compagnies et des mauvaises lectures.
Que la sainte Vierge vous garde fidèles et chastes, mes très chers enfants ! Et qu'Elle daigne arranger les choses de telle sorte que je puisse bientôt me retrouver au milieu de vous ! Je sais que l'excellent M, de Cabanoux me remplace bien
avantageusement, qu'il vous aime de tout son cœur, se dévouant à notre petite Société, comme s'il n'avait à faire que cela ; je regrette néanmoins de ne pas être là avec lui pour vous parler comme lui du bon Dieu, de vos devoirs, de votre salut.
Je me recommande à ses bonnes prières et aux vôtres ; et, comme on peut faire de loin ce qui serait impossible de près, je vous embrasse tous du fond de mon cœur, en vous bénissant au nom d pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
i s juillet 1871.
Mon cher et excellent Frère,
n ne peut donner d'absolution que lors- |g| l'/qu'il y a matière à absolution. Permettez- Spégi moi donc de ne pas vous absoudre, et de me contenter de vous embrasser cordialement, à travers les cent trente ou quarante lieues qui nous séparent. Bientôt, si Notre-Seigneur le permet, nous serons moins éloignés l'un de l'autre ; je compte rentrer à Paris le 26 ou le 27 de ce mois, pour y rester une dizaine de jours. Quelle joie, malgré toutes nos tristesses, de me retrouver enfin
au milieu denotre chèrepetite société! Ayez la bonté de prévenir mes enfants, qu'à partir du 27, ils seront assurés de me trouver chez moi, le matin avant neuf heures ; l'après-midi, de cinq à six; et le samedi soir et le dimanche matin, comme avant les Prussiens. J'irai vous voir, ainsi que le frère Jean l'Aumônier, à mon premier momen1 libre.
Adieu, mon bon Frère. Que Notre-Seigneur soit avec vous ! Qu'il daigne avoir compassion de tous et de chacun, et en particulier de votre vieil ami. collaborateur et serviteur.
Kermadio, 2: juillet 1871.
Mes bons et chers enfants.
imanche, s'il plaît à Dieu. En attendant, ?je vous bénis tous, au nom et dans ^ l'amour de ce divin Seigneur qui m'a donné pour vous une si bonne affection. Il lui a plu de nous séparer pendant bien longtemps ; mais, quoique le temps delà réunion véritable ne semble pas encore venue, voici néanmoins de bonnes petites arrhes qu'il daigne me donner pour me consoler et me faire attendre de meilleur*
jours. Samedi prochain, à partir de quatre heures, je serai à votre disposition, chez moi, dans cette pauvre maison vide depuis bientôt un an, et que la sainte Vierge a si extraordinairement préservée et gardée. Vous savez que mon chez moi est un peu votre chez vous. Reprenons nos bonnes vieilles habitudes, et retrempons-nous souvent, régulièrement, avec une grande foi dans cet admirable sacrement de la Pénitence, merveille de la miséricorde divine, lumière des consciences, joie des âmes repentantes et aimantes.
J'embrasse cordialement d'avance et le cher abbé de Cabanoux, et le bon frère Baudime, et chacun de vous, mes très-chers enfants. Aimonsbien le bon Dieu, et par la pureté de notre cœur, consolons le Cœur adorable de Jésus des milliers et des millions de blasphèmes, de sacrilèges horribles et de péchés, qui s'élèvent en ce moment de toutes parts contre son saint nom et contre son Église.
Laigle, Ier septembre : 71
Mts bons enfants,
e Père Philippe (i) est si bon, si svmpa- R§Êthique que je veux absolument venir vous dire de loin quelques petites douceurs, pour ne pas le laisser prendre ma place dans vos chers cœurs. Et en effet, tout Père Philippe qu'il est, il a beau faire, beau dire, il n'est que votre oncle. Oui, votre oncle. On n'a qu'un père en ce monde, qu'un seul ; les autres quelque excellents qu'ils soient, ne sont que nos oncles, frères de notre père. Ceci étant posé, par précaution contre le Père Philippe, je vous prie et vous supplie, mes enfants, d'écouter, de respecter, d'aimer votre bon oncle. Nous autres qui portons bas et souliers, qui avons des habits chauds en hiver et moins lourds en été ; nous qui avons de qnoi manger, de quoi nous chauffer, en un mot de quoi faire comme tout le monde, nous n'avons pas, ce semble, le droit de vous prêcher bien carrément la pénitence, la mortification, la la pauvreté, le détachement de toute chose ; mais un frère mineur, qui n'a rien, pas même de
(1). Père Philippe, capucin, prédicateur des jeunes gens.
souliers, qui se lève la nuit, qui a trop chaud l'été, trop froid l'hiver, qui va nu-pieds dans la neige souvent rougie de son sang, ah ! voilà celui qu'il faut écouter ! qu'il faudrait écouter à genoux, avec amour, avec admiration !
Profitez-donc bien, mes bons enfants de ce charitable passage de l'oncle Philippe, et qu'eniin, enfin, enfin, le frère Baudime se convertisse ! Je l'y engage fortement et doucement ; joignez vos prières aux miennes.
Je vous embrasse tous, le bon Père Philippe et le bon frère Baudime en tête, car on ne s'embrasse que parce qu'on s'aime, et Dieu sait si nous sommes tous de vieux, de vrais amis !
Adieu, mes enfants, préparons-nous bien' à fêter la Nativité de la sainte Vierge.
P. S. Je vous demande à tous demain 2 septembre un beau petit Pater et un bel Ave Maria d'actions de grâces. Il y aura dix-sept ans que Notre-Seigneur a daigné me faire cadeau de sa vraie croix, en m'enlevant la vue. C'est une grâce que je ne méritais pas et dont je sens le prix chaque jour davantage.
i8 septembre 1871.
Mon cher et excellent frère.
oici une commission, qui, contrairement ^à la nature des commissions, vous fera
certainement grand plaisir, ainsi qu'au cher frère Jean l'Aumônier. Je vous demande donc àtous deux de vouloir bien aller soit seuls, soit flanqués de trois ou quatre de nos jeunes sociétaires, porter triomphalement à M. Claudius Hébrard le brevet officiel de sa croix de saint Grégoire le Grand. Dites-lui, avec mille choses affectueuses, de ma part, que ce n'est pas sans peine que nous l'avons obtenu. On voulait d'abord nous faire payer 800 et quelque francs, puis 130 ou 140, et enfin nous avons conquis le gratis, l'incomparable gratis. Ce bon poète désespéré, et si justement couronné, va trouver désormais que nous sommes la meilleure, la plus utile, la plus intelligente, la plus catholique des œuvres de Paris et même d'Europe.
Je vous embrasse cordialement et tâcherai d'envoyer une encyclique à notre brave jeunesse pour dimanche prochain. Que la sainte Vierge et saint Joseph nous gardent tous en la grâce de Notre-Sei^neur !
Lettre circulaire aux Sociétaires. — Paris, 20 octobre 1871. Mon cher enfant,
l'entrée de l'hiver et à l'occasion de la pfâW. Toussaint qui approche, M. de Caba-