‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 22 sur 35 · JI · texte numérisé non relu

JI

Pour l'année prochaine, je vous demande de réserver à notre bon J. -Baptiste D*** la place qu'il a eu la douleur d'être obligé de laisser à d'autres cette année; il m'écrit aujourd'hui même qu'il va de mieux en mieux et que tout lui fait espérer qu'il pourra rentrer sans rien craindre dans son cher Montmorillon après les vacances. J'aurai en outre deux pauvres peti'es places à réclamer de votre grande charité : l'une pour un excellent petit garçon du diocèse de Tours, auqnel s'intéresse vivement la famille de la Mardière à Poitiers, et que j'ai pris moi-même sous mon grand manteau, à la prière de son curé et de toutes ses protectrices ; l'autre pour un bon garçon de seize ans et demi, nommé Henri P***, que je dirige depuis trois ans, qui est un de mes meilleurs enfants et qui entrerait bravement en cinquième. Pour l'amour de la bonne Vierge, accordez-moi cette demande un peu indiscrète.

11 va sans dire que ces trois postulants se destineraient au diocèse de Poitiers, et que je paierais pension pour eux.

Adieu, cher et excellent monsieur Arignon ; j'ai à peine le temps de vous embrasser, mais cela de tout mon cœur. Je me recommande tout spécialement au souvenir de tous nos enfants pendant le mois de Marie. Voudriez-vous leur donner

de ma part, une petite demi-heure de récréation, au premier beau jour ?

Les Nouettes, 26 juin 1866.

Cher Monsieur Arignon,

'rofitant d'un petit séjour à la campagne §epour mettre ordre à ma pauvre corres- ■^Xf^cyjlpondance, je viens, quoiqu'un peu tardivement, vous remercier de grand cœur de la triple admission pour la rentrée prochaine, de J.-B. D***, d'Henri P*** et de Moïse C"\ J'espère que les deux derniers que vous ne connaissez pas encore, mériteront comme l'a déjà fait le premier, la précieuse faveur que vous voulez bien leur accorder. Vers le 20 juillet, je vous adresserai pour tous nos enfants, selon l'usage antique et solennel, une petite encyclique de vacances, qui vous sera une nouvelle occasion de répéter à ces âmes si chères à l'Eglise, ce que mille fois vous leur avez dit déjà. Au fond, nous leur disons toujours la même chose : le service de Dieu est si simple ! Mais il faut répéter toujours cette même chose, parce qu'elle est toujours battue en brèche par un vilain Monsieur qui est, lui aussi, toujours le même.

Combien je suis heureux de voir votre santé

s'alïermir au milieu de tant de travaux ! Je demande à Notre bon Seigneur de faire de vous de plus en plus un saint et un Hercule ; et dans l'espoir d'être exaucé, je vous embrasse bien cordialement, en me recommandant à votre souvenir devant le Saint-Sacrement. — L'abbé D*" se joint à moi pour vous dire, ainsi qu'à ces Messieurs, le? choses les plus affectueuses.

ie 27 juillet 1866

Mes très chers enfants,

[ft\ue Notre-Seigneur et la Bienheureuse J^jJ y Vierge bénissent l'année qui finit, ainsi 'que les vacances qui s'apprêtent! Ceux d'entre vous qui ont sérieusement travaillé (et j'aime à croire que c'est sinon tous, du moins presque tous) ont mérité un bon et brave repos ; les autres le prendront sans l'avoir mérité ; mais leur conscience peu joveuse enlèvera du charme aux joies des vacances.

Je vous souhaite à tous, mes chers enfants, de passer des vacances solides et gaies. Les vacances d'un séminariste ne sont pas les vacances d'un collégien, surtout si l'on a déjà l'honneur de porter l'habit de l'Église. Pour être bonnes et solides, dignes, honorables et légitimes, vos va-

cances doivent avant tout être ecclésiastiques. Vous devez dépenser largement dans le sein de vos familles et au milieu des laïques, la belle provision d'amour de l'Église, de piété, de zèle religieux, de modestie cléricale, de pureté, de ferveur, que vous avez amassée durant l'année de votre séminaire ; comme de petites abeilles qui pendant l'hiver vivent et font vivre les autres du produit de cet excellent miel qu'elles ont amassé pendant la belle saison. Rappelez-vous tous les jours, je vous en supplie, l'admirable règle du concile de Trente « ml nisi grave, moderatum ac re'igione plénum prœseferant clerici» la gravité unie à la douceur et à la bonté pour tous, surtout pour les pauvres ; la modestie qui manifeste au dehors la paix, le recueillement, la pureté, l'amour et la joie du dedans ; la religion qui, surtout dans les églises et pendant la prière, exprime le profond respect et l'esprit de foi qui remplit le cœur. Oh ! mes enfants, que c'est là un beau type pour vous, durant ces deux mois de vacances! Plutôt mourir, n'est-il pas vrai ? que de scandaliser qui que ce soit ; plutôt mourir que de déshonorer la sainteté de notre soutane et de notre vocation par des mœurs d'étourdis et des habitudes de collégiens !

Je vous recommande instamment de vous

confesser tous les samedis et de communier très souvent et très régulièrement ; au moins aussi souvent qu'au séminaire. Si quelqu'un d'entre vous, s'était laissé aller sur ce point à de la négligence, qu'il n'hésite pas à réparer par ses vacances les défaillances de son année scolaire. Il n'y a pas de vacances pour l'âme ni pour la piété : nos vacances seront éternelles dans le paradis. Si vous aviez le malheur, malgré vos pieuses résolutions, de tomber dans quelque faute grave, n'hésitez pas à vous aller confesser sans retard et à tout dire bien sincèrement, bien courageusement. Ne restez jamais, par votre faute, en mauvais état de conscience ; tout vaut mieux que cela.

Je vous souhaite des vacances gaies et joyeuses : de la gaieté, pas de dissipation. Le bon Dieu aime la joie et veut qu'elle règne dans notre cœur ; mais c'est sa joie, sa joie bonne, pure et innocente, qui ne fait que dilater sans dissiper. La mauvaise joie vient du démon, du monde et de la chair ; elle porte aux mauvaises pensées, aux choses sensuelles, à la moquerie, à la médisance, à l'oubli de Dieu ; elle dégoûte de la prière et des sacrements, et par conséquent de la vocation. La plupart des jeunes gens du monde ne connaissent que cette joie-là. Mé-

fiez-vous en beaucoup, car vous n'êtes pas du monde, de même que votre Sauveur Jésus qui est en vous et en qui vous êtes, n'est pas du monde. Adieu, mes enfants. Je bénis chacun d'entre vous pour ses vacances, pour le départ et pour le retour. Que Jésus et Marie vous gardent de toute faute grave et même de tout péché véniel volontaire ! Soyez bons et très bons. Je vous embrasse tous en l'amour de celui qui m'a donné pour vous le cœur d'un vrai ami et d'un père. Daignez ne pas m'oublier dans vos prières.

Le 50 deoembre 1866 Mes chers enfants,

^S'est au pied de la crèche que je dépose jÉÉ-les vœux de bénédiction, de vraie joie, ide vrai bonheur, offerts par moi au saint Enfant Jésus, le très grand et très petit Roi de nos cœurs. Je prie la très sainte Vierge, saint Joseph et les anges de Bethléem, de vous combler, durant toute cette année et durant toute votre vie, de toute sorte de grâces de pureté, d'innocence, de pénitence, de recueillement, de silence, de pauvreté, de détachement, d'humilité, d'amour ; en un mot de tout ce qui découle de la crèche du Sauveur.

Je demande au petit Jésus de vous envelopper, comme les bergers de sa crèche, de ces divines lumières dont parle l'Evangile : « Claritas Dei circumfulsit illos. »- Cette lumière, c'est la foi vive en Jésus anéanti au mystère de l'Incarnation, plus encore au mystère de la Rédemption, plus encore au mvstère de l'Eucharistie. Allez à lui avec joie et ferveur, tout lumineux de cette foi vive, pleine et efficace. Vovez-le, quoique vous ne le voyiez pas, et sovez tout à lui.

Adieu, mes enfants bien-aimés, mes petits bergers de Bethléem Prions bien les uns pour les autres ; et aimons-nous de tout notre cœur en l'amour de l'Enfant Jésus, de la sainte Vierge et de saint Joseph. Que Dieu vous bénisse tous !

Paris, le 4 avril 1867.

Mes chers enfants,

f\bsent de corps, mais présent de cœur • et d'esprit, je viens prendre ma bonne SI* part de la fête de samedi. Demain matin, je dirai la messe pour vous, unissant mes pauvres prières à celles de votre grand et vénérable Evêque, à celles de votre supérieur et de tous vos maîtres, enfin à vos propres prières si ferventes en ces belles solennités, et je supplierai

Notre-Seigneur de vous donner a tous et à chacun l'esprit ecclésiastique. C'est l'esprit propre de notre vocation, sans lequel un prêtre n'est qu'un corps sans vie, un cadavre inutile et bien souvent dangereux. L'esprit ecclésiastique, c'est l'esprit de l'Eglise ; c'est le sens et l'amour de ce qui fait la vie de l'Eglise, sa force et sa beauté. Notre excellent supérieur ne se lasse pas, je le sais, de vous expliquer et de vous redire toutes ces choses si grandes, si importantes ; aussi me contenterai-je, chers enfants, de vous souhaiter la plénitude de cet esprit nécessaire, et le développement progressif de cette grâce à mesure que vous avancez dans la voie du sanctuaire.

Soyez de plus en plus fervents dans vos communions. Approchez-vous du corps du Seigneur, source de toute grâce, de toute lumière et de toute force, le plus souvent possible, le plus saintement possible. Communiez avec une piété humble, comme de pauvres petits qui demandent la charité au bon Dieu, et avec une confiance sans bornes, parce que c'est le bon Jésus, c'est le miséricordieux Sauveur que vous recevez à l'autel. Communiez bien, et tout ira bien. Je m'unis à votre cher évêque pour vous donner tous à la sainte Vierge, qu'il aime tant. Que sa devise devienne la notre à tous: Tuus sum ego.

O sainte Vierge, je suis tout vôtre, sauvez-moi et sanctifiez-moi. Je vous bénis et vous embrasse tous, en la charité deNotre-Seigneur Jésus-Christ.

Le i s avril 1877.

Cher Monsieur le Supérieur,

e travail m'a empêché de vous répondre au sujet de Salvator *** et de Henri ***.

Nous n'avons pas à nous préoccuper de Salvator : c'est un bon petit garçon ; mais la légèreté et la faiblesse de son caractère m'ont empêché de m'arrêter un seul instant à la pensée de vous le renvoyer: D'ailleurs, il est décidé à tenter très prochainement l'épreuve du noviciat dans la Compagnie de Jésus. S'il peut en porter le poids, il pourra peut-être devenir un bon prêtre en prenant cette voie.

Quant à l'autre, n'hésitez pas à nous le rendre tout à fait si vous pensez qu'il n'y a pas en lui l'étoffe d'un prêtre sérieux et utile. Ce serait pour lui perte de temps, en un sens, et pour nous perte d'argent, dans tous les sens.

Avez-vous reçu ma dernière petite encyclique? L'abbé Diringer et moi, nous vous souhaitons à tous une bonne semaine sainte, et nous nous de-

mandons de ne pas nous oublier dans vos bonnes prières. Nous vous embrassons tous deux bien cordialement.

16 juin 1867.

Cher Monsieur le Supérieur,

j'affaire de notre pauvre Henri est défi- Jnitivement arrangée ; je vais lui chercher ici quelque petit emploi qui le mette à même de gagner honnêtement sa vie. Il a un peu pleuré et demandé miséricorde ; mais j'ai cru mieux faire de ne pas tenter une seconde épreuve. Je vous demanderai néanmoins de vouloir bien me conserver sa place, non pour lui, mais pour un jeune homme tout à fait méritant, vieille connaissance d'Edouard*** d'Alphonse *** et du bon frère Joseph ; il a vingt-six ans, se nomme Gaston et se présentera si vous l'acceptez, pour faire sa philosophie au mois d'octobre. Sa famille est aisée, mais depuis deux ans qu'elle connaît ses projets ecclésiastiques elle lui refuse toute assistance. Sans se laisser abattre un seul instant, le bon Gaston a vendu son beau piano, et les cinq cents francs qu'il en a retirés subviendront à ses besoins jusqu'au mois d'octobre. A cette époque, si vous voulez bien l'admettre

parmi vos enfants, je me chargerai de sa pension et de son entretien, jusqu'à ce que ses parents reviennent à résipiscence. Gaston est intelligent et dévoué ; je crois que ce sera une sérieuse acquisition pour le diocèse. L'évêque de son diocèse lui a bien ouvert son séminaire ; mais il faudrait paver quatre cents francs, ce que ses parents ne veulent pas faire, et ce que moi je ne puis faire. Et puis, Montmorillon est Montmorillon, et Poitiers est Poitiers.

Albert va mieux, et le bon Mathieu, parti pour la Suisse, y va retrouver complètement la santé de son cours de philosophie. Il allait à peu près bien et même très bien depuis quelque temps. Je suis très content de ces deux bonnes petites âmes, qui marchent droit leur chemin, avec simplicité et fermeté. Vos T**', ne se tenaient pas de joie en partant pour Rome. Il faut avouer que l'évêque de Poitiers et M. Arignon sont plus accommodants que je ne l'aurais été.

Veuillez, cher Monsieur le Supérieur, porter à la première occasion, mes plus tendres souvenirs et ma meilleure bénédiction à votre cher petit peuple ; veuillez me recommander à ses prières, et lui dire combien je me joins à vous pour prier et supplier tous et chacun de ne pas déchoir de la sainte ferveur, d'être plus fidèles

que jamais à la confession sincère et à la communion fréquente, d'éviter comme la peste les amitiés mauvaises et de se préparer à affronter saintement les vacances.

Adieu, mon cher M. Arignon, je suis tout votre en l'amour de Jésus et de Marie,

P. S. Voici une lettre pathétique et péripathique du père d'Henri, Je vous l'ai gardée précieusement comme un modèle de style lyrique pour les rhétoriciens.

Votre bien dévoué serviteur.

Laigle, le 22 juillet 1867.

Mes très chers enfants,

T^^^^la veille de vos vacances, ie m'unis à ^Z^vpvos bons maîtres et a tous ceux quivous g&§|y| aiment pour vous les souhaiter bonnes et heureuses. Deux mois et demi, ce n'est pas peu de chose dans la vie d'un enfant ou d'un tout jeune homme : il est donc bien important que vous y pensiez un peu d'avance et que vous preniez quelques bonnes et fortes résolutions d'y servir Dieu parfaitement.

Il ne s'agit pas seulement de ne pas être mal édifiants, ni mauvais pendant vos vacances ; si

vous en étiez encore là, vous surtout, mes amis, qui portez déjà l'habit ecclésiastique, vous ne seriez plus des séminaristes, des enfants du sanctuaire, mais de méchants écoliers et des échappés de collège : il s'agit, depuis votre premier pas hors du séminaire jusqu'au moment de votre rentrée, d'être dans le monde ce que vous avez été au séminaire, de fervents chrétiens, de vrais enfants du bon Dieu.

Soyez hors du séminaire des exemples vivants de piété, de pureté, de charité, et que chacun, en vous voyant puisse bénir l'Eglise qui sait ainsi élever la jeunesse. Il faut que vous soyez des apôtres dans le sein de vos familles, au milieu des vôtres ; dans l'église, il faut prêcher par votre bonne tenue, par votre respect pour le Saint-Sacrement et par la modestie de votre recueillement ; dans les rues, il faut prêcher et faire du bien par votre maintien religieux et par votre bonté. Ainsi vos vacances seront dignes de votre vocation et du séminaire, et, loin de vous dissiper, elles vous rendront meilleurs.

Mes enfants, gardez soigneusement le trésor de votre innocence; il est plus exposé au dehors qu'au dedans : mettez-le sous la garde de la divine Eucharistie et de la sainte Vierge. Si vous êtes fidèles aux sacrements, tout ira bien.

Adieu, mes chers enfants. Que la joie du bon Jésus remplisse vos cœurs et y sanctifie, en la tempérant, la joie naturelle, quelquelois un peu trop pétulante, de votre entrée en vacances! Adieu, je vous bénis tous et chacun au nom de Celui en l'amour de qui je vous aime, et qui m'a rendu pour toujours votre grand-père et votre grand ami, pour être plus poli, j'ajouterai : et votre très humble serviteur.

Paris, le 14 novembre 1867.

Mes très chers enfants,

f'avant pas cette année le bonheur de [fex^hvous donner la retraite, je veux du ^2%w moins vous dire combien je serai avec vous tous ces jours-ci. Chaque jour je vous porterai tous devant le bon Dieu à l'autel, suppliant la très sainte Vierge de vous faire passer la plus sainte des retraites.

Je résumerai en un seul point toutes mes recommandations paternelles : Communiez souvent ; communiez avec une grande religion, avec une foi respectueuse, avec une grande simplicité de cœur et avec un amour aussi tendre, aussi confiant, aussi profond que possible. Ne vous fatiguez pas comme les Juifs de la manne descen-

due des (lieux: il faut de l'énergie pour communier souvent, non moins que pour communier saintement ; et c'est cette énergie chrétienne qui fait défaut à plusieurs. Prenez-y bien garde, mes bons enfants ; quand on aime vraiment notre Seigneur Jésus-Christ, on fait tout ce qu'on peut pour le recevoir très souvent et de tout son cœur. Ceux, d'entre vous qui l'aiment le plus, sont ceux qui usent le plus et le mieux du Sacrement de son amour. Ceux qui le négligent, sont ceux qui l'aiment le moins. Communion et amour sont pour un chrétien deux paroles, deux idées synonymes. « Sic vive, disait un Père, ut quotidie mereatis accipere; » vivez tous de telle sorte que vous puissiez être admis à vous nourrir chaque jour, 1 ou presque chaque jour, du pain de la vie éternelle. Ce n'est jamais trop souvent quand c'est de bon cœur et avec un véritable amour.

La communion, c'est tout le séminaire ; un jour, ce sera pour vous tout le sacerdoce. La communion, c'est la vie de la foi, c'est la prière vivante et vraie, c'est la vie intérieure et le recueillement habituel, c'est la guérison des blessures de l'âme, c'est la préservation de l'avenir, c'est la sainte chasteté, c'est l'innocence, c'est l'amour de Jésus. O mes enfants, comprenez bien cela, et tout sera sauf! Que l'Eucharistie soit toujours,

soit de plus en plus l'atmosphère surnaturelle de Montmorillon. Sans elle, l'admirable institution de la cléricature deviendrait un corps sans vie ; elle en est l'âme et le ressort. Le bon P. Baudry me le disait un jour: « La cléricature et la communion fréquente, voilà tout Montmorillon. »

Adieu, mes enfants bien-aimés, que la paix de Jésus vous remplisse tous de religion, de force, de joie et de bonne volonté. Priez incessamment pour le Pape et avec le Pape. Vous êtes tous les zouaves du Saint-Sacrement et vous avez, comme les zouaves de Rome, à combattre pour la grande cause. Je vous bénis tous et chacun de tout mon cœur. Fakes de bonnes confessions de retraite, et préparez-vous une année toute sainte.

Je vous embrasse paternellement et me recommande à vos communions et à vos prières.

Pax \obis ! (De la main de Mgr) :

j L. G. DE SÉGUR.

Le 24 mars 1868.

Cher Monsieur le Supérieur,

foici quelques mots pour nos chers [enfants. J'ai été aussi étranger que vous >à la décision d'Edmond et d'Alphonse T*" et à leur entrée chez le P. Eymard. C'est madame T*** qui a mené cette affaire, en vrai

tambour-major. Les deux jeunes gens sont venus me prévenir le matin même de leur entrée au noviciat. Il paraît, du reste, que jusqu'à présent» ils s'v trouvent bien.

Quant aux envois de Parisiens, je suis de plus en plus décidé à les enrayer absolument, et à reporter sur les vocations du diocèse les petites chantés dont je puis disposer pour cette grande œuvre. Seulement je n'accepterai le patronage que d'enfants vraiment dignes et donnant de très sérieuses espérances.

Je vois depuis son arrivée le pauvre petit bonhomme que vous avez à juste titre renvoyé dernièrement. Il est désolé et paraît bien disposé. Croyez-vous que je doive après une épreuve de quelques mois, prendre au sérieux le désir qu'il m'exprime de ne pas abandonner sa vocation? Il y a des enfants qu'une bonne saignée guérit à tout jamais. Tout à vous, cher monsieur le Supérieur, avec la plus cordiale et la plus tendre affection.

Le 24 mars 1868.

Chers enfants, ^oici notre grande fête qui approche. Vos eurs doivent battre à la pensée de icette belle et sainte ordination, où des grâces si excellentes vont pleuvoir sur le sémi-

naire, comme si les cataractes du ciel s'entr'ouvraient au-dessus de vos têtes. La grâce du mystère de la Pentecôte est permanente dans l'Eglise, et c'est surtout dans les séminaires, aux jours des ordinations, qu'elle se manifeste avec plus de magnilicence.

Dieu est riche en miséricorde ; mais vous, mes enfants, faites-vous bien tout ce qui dépend de vous pour vous mettre à même de recevoir, comme les Apôtres, la plénitude des dons de Notre-Seigneur? Purifiez pleinement vos chers cœurs, soyez d'une entière sincérité vis-à-vis de votre père spirituel, et rejetez avec une souveraine indignation toutes les vues basses et purement humaines qui viendraient se glisser dans vos pensées de vocations. A qui s'adressera la grande parole sursum corda, sinon à vous, enfants du sanctuaire, qui devez être tout entiers vivants de la vie de la foi, purs comme des anges et absolument dévoués à la gloire de Notre-Seigneur et aux intérêts de l'Église ?

Adieu, mespetits enfants; jevous bénis et vous embrasse tous avec une tendresse vraiment paternelle. Veuillez ne pas m'oublier devant le Saint- Sacrement, et surtout veuillez ne jamais oublier tout ce que je vous ai recommandé à l'égard du Saint-Sacrement. Le Saint-Sacrement est l'âme

— 32Q — et le cœur du sacerdoce. Que la sainte Vierge garde le séminaire pur de tout péché, maintenant et jusqu'à la fin de l'année, pendant les vacances et jusqu'à la retraite !

i De la main de Monseigneur) :

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