L. G. DE SÉGUR
Le 12 novembre 1809.
Cher Monsieur le Supérieur.
^TÇ^/$01C'1 un Pet^ mot ^e souvemr pour notre \7 >> petit peuple, à l'occasion de la retraite gflâqui approche. Si j'avais pu aller à Poitiers, je n'aurais probablement pas résisté à la tentation d'aller passer une soirée et une matinée à Montmorillon. Cette gourmandise m'a été refusée. Ma mère a échappé à la mort contre toute attente, et aujourd'hui, quoique bien ébranlée encore, elle est en pleine convalescence. Je vous remercie de tout mon cœur des prières et des sympathies qui nous sont venues de Montmorillon.
Les cinq cents francs que Méthol vous a envoyés avant-hier sont un petit à-compte sur les douze cents que je compte désormais vous offrir chaque année pour douze séminaristes. Alexandre est compris dans ce nombre. Quant aux enfants
dont j'aurai payé la petite pension aux écoles cléricales, je vous demande de leur donner la préférence, toujours à condition qu'ils la méritent pleinement. J'ignore s'il existe un reliquat quelconque sur notre compte de l'année dernière; je ne le pense pas. En tous cas, s'il y en avait, vous voudriez bien l'ajouter aux douze cents francs, avec les quarante francs de la pension de ma lampe.
Tout à vous de cœur, cher monsieur Arignon.
Le 19 novembre 1869.
Mes bons et chers enfants.
WkWIÊÈP douloureux accident qui m'a privé du gg |i|^bonheur de prêcher, cette année, la (f|Jè^^ retraite du grand séminaire, m'a privé, du même coup, de la joie très vive qui m'était promise d'une petite visite in promptu à Montmorillon. J'en aurais profité pour vous recommander tout ce que M. le Supérieur vous a recommandé, vous recommande et vous recommandera, afin d'obéir à la grande règle de saint Paul : « Argue, increpa ; insta, opportune, importune ; ministerium tuum impie. »
Ce ministère est si beau ! Former des prêtres; développer des vocations, sanctifier les futurs
sanctificateurs du peuple de Dieu, garder dans l'innocence ceux qui doivent un jour garder l'innocence des autres, éclairer des premiers rayons de Jésus-Christ ceux que ce divin Maître destine à être plus tard la lumière du monde ! Qu'y a-t-il je vous le demande, de plus grand, de plus divin, de plus excellent ?
Répondez pleinement à ce ministère de votre supérieur et de vos pères spirituels, et menez de front, comme d'habiles petits cochers, les deux chevaux de votre carrosse : le carrosse, c'est la vocation, c'est le salut, c'est ce qui renferme, ce qui porte Jésus-Christ ; les deux chevaux sont la sanctification et l'étude. Ceux-là se feraient grandement illusion qui croiraient pouvoir impunément sacrifier la sanctification à l'étude, et l'étude à la sanctification. Il faut absolument (entendez bien cela), vous sanctifier avec une ferveur constante et généreuse, et travailler de grand cœur, le mieux possible, avec un zèle sans défaillance. Pour bien vous sanctifier et pour bien travailler, obéissez. Tout le christianisme est renfermé dans l'obéissance. Obéissez à votre père spirituel ; obéissez aux conseils de piété qui vous sont donnés chaque jour ; obéissez aux bonnes pensées et aux inspirations de la grâce: voilà pour la sanctification. Cette obéissance vous
portera à la prière, au recueillement intérieur, à l'adoration du Saint-Sacrement, à la délicatesse de conscience, à la paix du cœur, à la bonne joie fraternelle, à la communion fréquente et fervente, à l'amour de l'autorité et de la règle. Pour l'étude, obéissez scrupuleusement à vos maîtres, qui ont plus d'esprit que vous, quoique vous soyez enfants du dix-neuvième siècle.
Mes chers enfants, gardez le bon esprit. 11 s'évapore si vite, quand on n'y veille pas de près, et le mauvais esprit est si contagieux à votre âge ! Soyez très réservés dans vos conversations, surtout en ce qui touche la sainte pureté et la non moins sainte obéissance. Fortifiez-vous par la communion et la mortification dans la chasteté. A ce point de vue si important, je vous recommande, avec des instances toutes particulières, à la garde de la Vierge fidèle, de ia Mère très pure, de la Reine des anges et des clercs. La pureté n'est'-elle pas l'atmosphère d'un véritable séminaire ?
Un de vos frères, le bon Alexandre, vient de partir : il est bienheureux, si, comme j'en ai la conviction, il a été un digne enfant de Montmorillon. Soyez toujours prêts : qui sait quel est celui d'entre vous qui partira le premier ? C'est peut-être le plus gros, le plus robuste. Priez
aussi pour moi qui m'en irai peut-être avant vous tous et qui ne suis qu'un très pauvre homme.
Adieu, mes très chers enfants, que j'aime et que je bénis du plus profond de mon cœur. Ne passons pas un seul jour sans aider le Concile de toute la puissance de notre foi, de notre zèle et de nos prières.
Kermadio, par Auray (Morbihan), 9 novembre 187c Cher Monsieur le Supérieur,
^^ÉY^ous avez su l'invitation que m'avait faite \. y H notre bon évêque de venir vous prêcher isËiKtt)la retraite, le bonheur avec lequel je l'avais acceptée, et l'impossibilité vraiment bien douloureuse ou je me trouve de tenir bien ma promesse. Dieu sait où nous en serons dans quinze ou dix-huit jours ; les Prussiens avancent de tous côtés, ils ont exprimé leur intention formelle d'arriver bientôt à Nantes. Avec l'anarchie complète qui « règne et ne gouverne pas » et qui se borne à détruire, Dieu sait, je le répète, par quelle voie on pourra dans quinze jours communiquer avec Poitiers et ce pays-ci ! Ces sauvages veulent, disent-ils, aller visiter Poitiers, Bourges, Lyon, pendant que leurs amis les Italiens et les Espagnols, viendront de leur coté,
caresser tout le midi de la Franc?. Pauvre France ! Quels châtiments et quelles ruines ! Veuillez, cher monsieur Arignon, dire de ma part à notre cher petit peuple et mes regrets et ma constante affection. Je fais mille vœux pour le plein succès de la retraite que j'aurais été si heureux de vous donner. Si je puis quelque beau jour rentrer à Paris, je tâcherai de faire une petite pointe jusqu'à Poitiers d'abord, puis jusqu'à Montmorillon, afin de ne pas rester trois ans sans respirer l'air de cette chère maison.
Cette année, j'ignore absolument si je pourrai payer la pension de mes douze petits apôtres. Si le chapitre de Saint-Denys n'est point supprimé, de par la pieuse République, je ferai mon possible pour continuer cette excellente bonne œuvre ; mais je ne puis m'engager à rien.
Je me recommande instamment aux bonnes prières de nos enfants et très particulièrement aux vôtres. Que la très sainte "Vierge vous garde dans la paix, au milieu du trouble universel ! Et qu'elle daigne préserver ce séminaire où son Fils est si bien adoré et reçu au Saint-Sacrement de son amour ! Je présente mes affectueux hommages à tous ces Messieurs et vous embrasse bien cordialement.
1 1 décembre 1870.
Cher Monsieur Arignon, èerci de votre longue, intéressante et ai-
femable lettre. Si Notre-Seigneur ne m'en sjuge pas indigne, et s'il m'accorde vie jusque-là, j'aurai la très grande joie de vous donner les exercices de la retraite l'année prochaine. Hélas ! ce sera presque une connaissance nouvelle à faire avec ce cher petit peuple que j'avais jadis la consolation de voir, de réchauffer et d'évangéliser tous les ans. Voici plus de deux années qu'il ne m'a été donné de respirer l'air de ce cher Montmorillon, et de vous aider par un bon coup d'épaule à faire marcher droit et vite, dans les voies de la sainteté ecclésiastique, ces jeunes âmes élues entre tant d'autres. Si Jésus et Marie le permettent, j'irai auparavant vous faire une petite visite d'amitié, ainsi que je vous l'ai annoncé. Mais quand sera-ce ? Les Prussiens et les démagogues, les démons noirs et les démons rouges, s'élèvent entre Paris et'moi, comme unMouble mur de feu. Je ne puis songer à retourner à Paris que lorsqu'une paix relativement solide me permettra d'y reprendre sérieusement mon ministère.
En attendant, je travaille ici de mon mieux à la gloire de notre Maître adorable et au bien des
chères âmes pour lesquelles il a voulu souffrir et mourir. Privé de gros livres et de mes notes, je ne puis malheureusement continuer la série demes petits traités sur la piété et la vie intérieure; mais j'en fais d'autres, qui n'exigent point de recherches. Entre autres, je travaille à un mois du Sacre- Cœur, qui pourra, j'espère, faire un vrai bien aux enfants du Sacré-Cœur de Montmorillon. Quel beau mystère ! Et quel doux foyer d'amour, d'espérance, de lumière, de sainteté !
Veuillez dire à mes chers protégés que je les aime toujours bien, et que je ferai toujours mon possible pour les aider à devenir de bons prêtres. Ce que vous m'annoncez de l'excellent Paul*** me cause un véritable chagrin, non pour lui, mais pour les âmes que son sacerdoce et son zèle auraient sanctifiés. Pauvre petit ! était-il du moins tonsuré? et ira-t-il au Ciel avec la couronne de l'Église? Si je savais son adresse, je lui écrirais. Ayez donc la charité, dans un moment perdu, de me la faire tenir. Est-il au moins dans un bon milieu ? Son curé est-il capable de soigner avec les délicatesses convenables cette charmante petite Heur que Jésus s'apprête à cueillir? Ce que vous m'avez dit de cet enfant m'a été au cœur, et depuis deux ans, je lui ai toujours conservé une affection toute spéciale. C'est si beau et si rare,
une âme très pure, un cœur très candide et très fervent, joints à une belle intelligence.
Adieu, cher bon monsieur Arignon. Mille amitiés à tous ces Messieurs, et en particulier à mon peut P. L. Dorvau ; y a-t-il quelques changements notables dans le personnel des professeurs ? Je bénis in partibus tous nos enfants depuis le plus grand, jusqu'au plus petit, les inconnus comme les connus, suppliant la très sainte Vierge de ne point permettre qu'un seul péché mortel contre la pureté ternisse l'honneur du séminaire, et lui demandant avec non moins d'instance, que le zèle de la sainte communion ne vienne point à se refroidir. Je crains bien que les nouveaux venus n'apportent à cet égard une sorte de courant d'eau froide dans le torrent d'eau chaude qui veut s'élancer du tabernacle. L'Eucharistie, c'est l'âme des séminaristes. — Adieu encore ; je suis tout à vous dans le saint amour de Notre-Seigneur.
P. S. Je viens de recevoir une petite lettre de Jean de Moussac datée du six de Marchenoir. Il va bien, malgré de rudes fatigues. Pauvres enfants! Quelles épreuves !
Ier janvier 1871.
Mes chers enfants,
[es bonnes nouvelles que veut bien me [transmettre sur votre compte votre excellent supérieur m'ont donné une tentation a laquelle je ne puis résister, la tentation de vous souhaiter la bonne année. Que nous serions heureux si nous ne succombions jamais à d'autres tentations que celle-là ! — Quelle sera cette année nouvelle, commencée sous de si terribles auspices, sous le talon du Prussien et sous la menace plus redoutable encore de la Révolution athée ? Si nous le voulons, mes enfants, cette année sera bonne et très bonne, malgré tous les démons du dehors et du dedans. Les bonnes années, en effet, ne sont pas celles où l'on souffre et où l'on pleure le moins ; ce sont celles où l'on pèche le moins, où l'on mérite le plus, où l'on aime le plus le bon Dieu. La meilleure de toutes nos années sera celle que nous retrouverons la plus entière dans la bonne éternité ; et la plus mauvaise sera celle qui sera le plus stérile pour le paradis. Ici-bas , en effet , nous semons notre éternité ; et quelle en est la semence ? Ce sont nos bonnes pensées, nos bonnes œuvres, nos petits mérites de chaque jour et de chaque
instant ; ce sont toutes les minutes, et même toutes les secondes qui composent nos journées et dont l'ensemble forme le tout de notre vie. Le temps, voilà donc la semence de l'éternité. Si pendant cette nouvelle année nous semons, comme autant de petits grains de froment, toutes nos minutes et toutes nos heures dans la terre éternellement féconde, éternellement heureuse du royaume des cieux, nous aurons une très bonne année, en dépit du diable et de ses compères, du Bismarck et de ses sauvages, de la Révolution et de ses sectaires. Vous souhaiter une autre année que celle-là, serait d'abord vous souhaiter ce qui n'est pas digne de vous ; car vous êtes des enfants de Dieu, ses élus et les futurs concitoyens du paradis ; et puis, ce serait probablement vous souhaiter l'impossible ; car nous sommes bien loin d'être convertis, et tout fait croire que la justice divine, si légitimement déchaînée contre nos crimes publics, ne remettra le glaive dans le fourreau que lorsque la société prodigue, sortant de ses abaissements, reconnaîtra sa faute séculaire, la reconnaîtra publiquement, se frappera la poitrine en disant sincèrement son « peccavi », et ira se jeter rependante aux pieds'ou plutôt dans les bras de son très bon et très saint Père. Si les révolutionnaires, qui sont tous des antéchrists et
des athées, n'étaient point là, si nous n'étions frappés que par la verge prussienne, tout nous permettrait d'espérer une délivrance prochaine ; mais le bon Dieu, dans sa terrible miséricorde, nous frappe de ses deux mains, et celle qui fouettera le plus fort est encore à venir. Apprêtons-nous, mes bons enfants, à souffrir la persécution, sous une forme ou sous une autre. Notre soutane très sainte est le point de mire de tous les démons révolutionnaires : la soutane blanche, par-dessus tout ; la soutane rouge et la soutane violette, en second lieu ; enfin, et sur une plus vaste échelle, parce que c'est plus facile, l'humble soutane noire, qui est la condamnation du monde et le signe sensible de la présence de Jésus-Christ et de l'Eglise au milieu des peuples. Comme nous sommes dedans et dessous, en tapant sur elle on tape sur nous, et en tapant sur nous, on frappe sur Jésus-Christ, qui vit en nos âmes consacrées, et de qui nous sommes les glorieux membres et les clercs bien-aimés. C'est toujours le même mystère qui continue, et qui relie les deux avènements du Fils de Dieu ; le mystère rédempteur des anéantissements du Verbe incarné et de ses membres poursuivis par la rage du démon et par les fureurs de tous les réprouvés. Nous sommes du bon côté; restons-v sans sour-
ciller, sans rien craindre. Nous sommes avec Jésus, c'est-à-dire avec le Sauveur ; nous sommes donc sauvés, si nous lui restons fidèles.
Pour cela, mes enfants bien-aimés, redoublons de vigilance, de zèle pour sanctifier le Seigneur Jésus dans nos cœurs, Dominum Christum sanctificate in cordibus vesiris, selon la grande parole de l'apôtre saint Pierre. Redoublons de ferveur et d'amour vis-à-vis de l'adorable Eucharistie, qui n'est autre que Jésus-Christ lui-même, présent en personne sur la terre, au milieu de nous ; et dans nos adorations et dans nos communions, allons avec une confiance sans mesure droit à son Sacré-Cœur. Aimons-le, pour l'amour de lui, soyons humbles et doux, mortifiés obéissants, dociles, très purs, très bons, très aimants. Avec le Sacré-Cœur eucharistique, aimons de tout notre cœur la sainte Vierge mère de Jésus, le Pape vicaire de Jésus, l'Eglise épouse de Jésus, tous nos frères membres de Jésus, et enfin nos persécuteurs et nos bourreaux, persécuteurs de Jésus en nous. Il a prié pour eux; prions pour eux avec lui ; il leur a pardonné et leur a résisté absolument : résistons-leur comme lui, avec une énergie indomptable;et pardonnonsleur comme lui et avec lui. S'ils venaient à vous disperser pour un temps, soyez plus fidèles, plus
fervents que jamais dans la dispersion, vous souvenant que vous êtes des confesseurs de la foi, des demi-martyrs et des bienheureux en espérance; car le Seigneur l'a dit, et sa parole ne passe point : « Beati qui persecutionent patiuntur propter juîtitiam, quoniam ipsorum est regnum cœlorum ! Beati eritis, cwri oderint Vos homines et separaverint vos, et exprobraverint nomen vestrum tanquam malum propter Filium hominis Gaudeteetexultate indie illa.» Méditez biencela.et envisagez tout ce qui vous arrivera dans ce genre avec des veux supérieurs à ceux de la nature.
Adieu, mes chers enfants, je vous souhaite donc une très bonne et très sainte année. Daignez la demander aussi pour moi, et tâchez de me l'obtenir. Je vous bénis tous avec amour, surtout les meilleurs, ceux qui aiment plus le Saint- Sacrement et la sainte "Vierge, qui sont plus fidèles à consoler le cœur de Jésus par l'assiduité de leurs bonnes communions ; enfin ceux qui veulent bien et qui voudront bien porter plus souvent devant le bon Dieu le souvenir de ce très pauvre homme qui, sans y voir clair, a cependant conservé la faculté de signer son nom au bas de cette lettre et de vous aimer tous de bien bon cœur.
Pax vobis. (De la main de Monseigneur) : L. G. de Séglr.
Poitiers, octobre 1871.
Cher Monsieur le supérieur, iolierci de votre aimable billet. C'est pour
<moi qu'est toute la grâce dans la chère J^ perspective de notre retraite de novembre. S'il plaît à Dieu, nous vous arriverons samedi il. Je profite de cette occasion pour vous demander une faveur de laquelle dépend la vocation de mon pauvre petit Jean D. "Vous savez que les P. Dominicains ont été un peu ébouriffés de certains détails, trop réels d'ailleurs, qui accompagnaient notre lettre de recommandation; à leur place j'aurais fait comme eux, et j'aurais exigé une nouvelle probation. Jean me semble dans d'excellentes dispositions : il reconnaît ses torts, m'assure qu'il a laissé là toutes ses sottes idées, et que, s'il a le bonheur de passer une nouvelle année sous votre houlette il sera une de vos brebis les plus dociles. Je viens donc vous demander, cher monsieur Arignon, comme une grâce personnelle, au nom de l'avenir de ce pauvre enfant de vouloir bien le recevoir à Montmorillon, afin qu'il y fasse une bonne année de rhétorique, demandée par les P. Dominicains. Si au milieu de vos immenses occupations du commencement de l'année, vous pouviez me répondre
deux lignes, à Paris, rue du Bac 39, je renverrais la réponse à Jean, qui demeure à Poitiers, chez le bon P. Rognon, à l'école cléricale. Je serais à Paris jusqu'à lundi soir.
Veuillez dire à tout notre cher petit peuple, que je le bénis d'avance et de tout mon cœur. Mille bons souvenirs à tous ces Messieurs, et à vous même, cher monsieur le supérieur, la nouvelle assurance de mes sentiments les plus affectueux.
Mars 1872.
 erci de votre aimable lettre cher monw 1 sieur Arignon. Je vous remercie d'avoir ^ pensé à moi pour les soutanes des petits pauvres du bon Dieu. Je leur demande seulement de me paver en nature, au pied de Jésus et de Marie. Veuillez dire à Edouard G,,, et à Calixte Mwqui m'ont demandé chacun une soutane, que s'ils ont quelque chose de bon à mettre dessous, je réponds oui bien volontiers. Je prie cependant Monsieur l'Econome, d'y avoir l'œil et d'empêcher des abus toujours trop faciles. Je suis tout à vous en l'amour de Notre-Seigneur. Avez-vous reçu mon petit mois du Sacre-Cœur ? Avez-vous aussi mon petit mois de Marie pour la jeunesse ? Je n'ai pas oublié le moins du monde la statue
du Sacré-Cœur, ni celle de llmmaculee-Conception et de saint Joseph, mais des malentendus d'emballage et de déballage à la campagne m'obligent malgré moi à des retards.
27 mars 1872.
Mes bons et chers enfants,
^&~&l aurais voulu vous écrire assez à temps ffiÇi K^pour que ma lettre vous arrivât avant £^*y°2Jvotre retraite. Je ne l'ai pu à cause de la surcharge du travail, compliquée d'une indisposition assez sérieuse, suite de la fatigue.
Ce que je vous aurais dit avant, je veux vous le dire après ; et d'ailleurs vous le savez d'avance c'est que, de loin comme de près, je vous conserve un amour tout paternel, que je vous porte devant Dieu comme mes vrais enfants, et que je m'unis à tous ceux qui se dévouent à votre sanctification cléricale, pour prier et supplier le cœur adorable de Jésus de vous remplir tous des lumières vivantes de sa grâce. Votre bon supérieur a bien voulu m'envoyer le chiffre précis des tonsurés, des minorés et autres ordinands : de sorte que j'ai pu vous suivre de plus près, absens corpore, prœsens autem spiritu. Voilà le grand jour passé, il faut maintenant en rester toujours
clignes, et vivre soit à Montmorillon, soit chez vous en vacances comme de vrais clercs, c'est-àdire, comme une élite de serviteurs de Dieu, choisis un à un et mis à part pour l'usage de Jésus-Christ seul.
Oui, mes bons enfants, il faut nous appliquer énergiquement, à être, à demeurer constamment comme des instruments dociles sous la main du Sauveur. Comme une harpe ne rend jamais d'autres sons que ceux qui expriment la pensée du musicien, ceux qui viennent de ses mains, ainsi, dans tout le détail de votre vie, devez-vous être désormais sous l'action de l'esprit de Jésus- Christ. Jésus veut penser en vous et par vous, de sorte que vos pensées ne soit plus tant les vôtres que les siennes en vous ; il veut parler par vos lèvres, aimer par votre cœur, agir par vos actions : de sorte que vous viviez, non plus vous, mais lui en vous. Si saint Augustin a pu dire : « Un chrétien, c'est le Christ, Christianus Christus est», un autre P. saint Chrysostome, si je ne me trompe, a dit, avec encore plus de raison : Sacerdos, christus est ; le prêtre, c'est le Christ, c'est Jésus-Christ vivant dans un homme, à qui il daigne communiquer, par l'ordination, toutes les nuances sacrées delà grâce de son sacerdoce.
Vivez donc bien saintement, mes chers et très
chers enfants, Allez puiser la force de tenir vos résolutions de retraite dans le grand sacrement de J.-C, soleil de la vraie vie, source de toute force et de toute grâce; allez à l'Eucharistie le plus souvent possible, le plus religieusement possible, avec une révérence pleine d'amour. S'il est un petit séminaire où l'Eucharistie doive embaumer tout, n'est-ce pas Montmorillon, le petit séminaire modèle, rempli des grâces de Dieu? Adieu, mes amis ; adieu, mes chers enfants, soyez joyeux en votre bon Jésus et pour son amour, gardez-vous dans l'innocence. Que la sainte Vierge et saint Joseph, vous conservent le beau trésor de votre pureté ! Je vous bénis et vous embrasse de tout mon cœur. (De la main de Monseigneur) :