‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 28 sur 35 · LETTRES AU PETIT SEMINAIRE DE SEEZ (ORNE · texte numérisé non relu

LETTRES AU PETIT SEMINAIRE DE SEEZ (ORNE

Paris, le 12 novembre 1880.

Mes chers amis,

$^K^u moment où notre bon Père Marie c-^Zi w^ Henri va terminer la retraite, je tiens à ^(^1 yk}^1 demander de vous exprimer de nouveau mon regret de n'avoir pu lui tenir compagnie pendant ces jours de grâces et de bénédictions, et de vous dire combien j'ai pensé à lui et à vous toute cette semaine. Il voudra bien vous donner, de ma part, une bonne et cordiale bénédiction qui tombera tout spécialement sur la résolution que je vous supplie de prendre tous comme couronnement de ces jours de salut, à savoir de vous approcher saintement, régulièrement et souvent du grand sacrement de la persévérance, de la sainte communion. Je prie le cher Père de bien vous souligner ces trois mots : sain-

tement, régulièrement, souvent. Là est le secret de votre pureté, puis de votre piété, puis, pour la plupart, de votre vocation.

Je vous bénis donc du fond de mon cœur ; et, comme il ne faut jamais perdre la tête, surtout avec de jeunes Normands, je joins ici une humble petite requête à la demande temporelle que le bon P. Marie-Henri ne manquera pas d'adresser à M. le Supérieur : une pauvre petite heure de récréation, divisée en deux, s'il le préfère, à un moment quelconque où vous aurez été dignes de vos excellents maîtres, c'est-à-dire pieux comme des anges, sages comme des images, doux comme des agneaux, laborieux comme des ânes de première qualité, et gais comme des pinsons. Je charge le P. Marie-Henri d'embrasser pour moi M. le Supérieur.

Mes bons enfants (i).

apprends avec bonheur que vous venez ,de passer une excellente semaine, et que i votre retraite a été bien bénie de la Reine et Maîtresse du séminaire, l'Immaoulée Vierge Marie. Il faut avouer que vous êtes nés coiffés :

(i) Lettre non datée, probablement écrite peu de jours après la précédente.

être élevés sous le patronage immédiat de la bonne sainte Vierge, être consacrés à son Immaculée-Conception, avoir dans le cœur tous ou presque tous le plus admirable de tous les attraits . de Jésus-Christ, à savoir la vocation sacerdotale, et enfin être dans les mains d'un tyran aussi féroce que notre bon M. Courval et d'une vingtaine de prêtres aussi solides, aussi catholiques, aussi méchants et aussi normands que lui !

Mes bons petits amis, je borne mes recommandations de grand-père à un seul point qui vous regarde tous, et qui résume tous les fruits de votre retraite, toutes les espérances de Jésus- Christ et de Marie sur votre année, toutes les bénédictions que la miséricorde de Dieu vous a préparées à tous et à chacun, pour chaque jour, pour chaque instant de cette année de grâces : écoutez bien cela et ouvrez vos sept cents oreilles et vos trois cent cinquante excellents cœurs.

Soyez très énergiquement fidèles à la communion sainte et fréquente.

Tous, mes bons amis, vous êtes appelés à recevoir Celui qui vous attend dans son tabernacle pour être le pain, le soutien et la force de votre vie. « Venez à moi, vous tous ! » Entendez bien son appel. L'Eucharistie, c'est Dieu sur la terre, Dieu avec nous; et celui-là qui veut être avec

Dieu au Ciel, avec Jésus dans l'éternité, doit, de toute nécessité, commencer avec lui cette douce union ici-bas par la communion. Allez donc tous à lui. pendant toute l'année, du commencement à la fin, à la fin comme au commencement, pendant les vacances aussi bien que durant les mois de séminaire. Premier point démon sermon de clôture.

Allez à Lui énergiquement et vaillamment. C'est le second point.

Sachez bien, mes braves enfants, qu'il faut du courage pour demeurer fidèles dans la bonne voie et tout spécialement dans la voie royale du saint tabernacle. Satan est l'adversaire que chacun rencontre de toute nécessité dans ses devoirs de la sanctification et du salut. Il est là, comme les voleurs, toujours à l'affût des honnêtes gens qui •marchent tranquillement dans le chemin du ciel, et il fait son possible pour les empêcher d'avancer. Or, avancer c'est aller à Jésus-Christ dans son grand sacrement, c'est s'unir à Jésus-Christ, sans lequel on ne peut pas demeurer fidèle à Jésus-Christ: « Ad Christum per Christian ibis. » Le démon a remporté une grande victoire sur un homme, même sur un Normand, quand il est parvenu à lui faire retarder une communion, à plus forte raison s'il peut la lui faire manquer. Rien

n'est petit dès qu'il est question de la communion. Donc, mes enfants, du courage, de l'énergie, de la persévérance, dans cette voie sacrée.

Troisième point : Il faut communier souvent, aussi souvent que possible, en proportion de ses besoins et de ses attraits. Bien qu'il n'y ait point en cette matière de règle générale, et qu'il soit important de garder toujours sa pleine liberté spirituelle, vous avez néanmoins à Séez une précieuse habitude que je vous engage à conserver mordicus envers et contre tous : l'habitude de la communion du dimanche et du jeudi, complétée par la communion réparatrice qui, chaque matin, envoie à la sainte Table les représentants de toute la communauté, pour adorer et réparer Notre-Seigneur au nom de tous. Croyez-moi, mes bons fils, soyez encore plus zélés que l'année dernière, où cependant les choses ont si bien marché, m'a-t-on dit : que la sainte Vierge puisse se réjouir chaque jour en voyant son petit bataillon s'avancer vers Jésus, avec grand amour, et que chaque jeudi, chaque dimanche, chaque belle fête,le diable puisse avoir un nouvel accès de rageen voyant tous les bancs se vider les uns après les autres, tous les cœurs s'ouvrir, toutes lésâmes se dilater et recevoir le Saint des Saints ! La communion, ainsi pratiquée, c'est la foi vive pre-

nant possession d'un jeune chrétien ; c'est la sainte chasteté; c'est ou la conservation ou la réparation de l'innocence ; c'est l'honneur de la vie chrétienne et de la vocation ; c'est la joie du Sacré-Cœur ; c'est la consolation de la sainte Vierge et la préparation la plus merveilleuse d'un merveilleux paradis.

Enfin, pour terminer mon interminable petit sermon, je vous dirai ce que je vous ai dit tant de fois déjà dans les siècles passés : Il ne suffit pas de communier souvent, il faut le faire religieusement, avec humilité, avec une grande confiance en l'amour de Jésus-Christ, avec le plus de recueillement possible, avec une intention très pure de demeurer tout à Dieu, avec une volonté bien vraie d'éviter le péché, de croître dans la prière et dans le saint amour du bon Dieu.

Mes bons enfants, partez bien de ce principe, que le démon déteste tout cela, qu'il n'entend pas de cette oreille et qu'il fera le possible et l'impossible maintenant, plus tard, toujours, à propos de tout, pour démolir mais démolira fond mes quatre points. Fermez donc les vôtres (vos poings !) pour ne pas vous, laissez vaincre. Combattez courageusement, comme de vrais descendants de ces fameux Normands dont l'histoire a gardé le souvenir et dont la grande race semble perdue

en bien des paroisses de la Normandie. Ressuscitez les vrais Normands, les braves et catholiques Normands d'autrefois, et allez chercher en Jésus- Christ, source de tout bien, la vie qui semble tarie dans tant de cœurs.

Je vous bénis et vous embrasse tous, mes bons vieux enfants, en priant de loin votre excellent supérieur de vouloir bien vous accorder d'ici à quelque temps une belle promenade, uniquement afin de vous donner le temps de prier plus à votre aise pour votre pauvre ami, à moitié démantibulé par les effets combinés de l'âge, de l'infirmité et de fatigues mille fois bénies dont vous êtes en partie, mes braves gens, responsables en conscience.

Vive Jésus dans nos cœurs !

LETTRES

A DOM GREA SUPERIEUR DE LA COMMUNAUTE DES CHANOINES REGULIERS DE MARIE IM- MACULÉE. 1872. A l88l

LETTRES A. DOM GREA. SUPERIEUR DE LA. COMMU- NAUTÉ DES CHANOINES REGULIERS DE MARIE- IMMACULEE. 1872 A l88l.

Paris, le 14 octobre 1872.

Cher Monsieur Gréa, fïîî^S^yez pitié de moi, selon votre grande '^âtty'^à miséricorde. J'ai promis plus que je ne gjlljlyyf pouvais tenir, et me suis laissé entraîner par mon amour pour votre belle œuvre, par ma faiblesse pour le bon P. Grandvau et enfin par mes sympathies pour les Francs-Comtois. Déplus en plus le travail me tient et me retient; ce sont des œuvres d'une importance de premier ordre ; et je me vois obligé de sacrifier un bien particulier à un bien général.

Vous le voyez, je ne suis pas de ces mauvaises gens que stigmatise l'Évangile, et si je vous dis comme eux : « Ideo non possum venire, habe me excusatum, » donc je ne puis venir, excusez-moi, le caractère de mon excusa, de mon « Ideo »,

plaide en ma laveur. Je suis retenu par les plus saints devoirs : ha'ue me ergo excusatum.

Je prie notre très bon et très saint Seigneur, de vous remplir, a nsi que tous vos enfants, des trésors de sa grâo , et de toucher votre cœur d'une compatissa ite charité pour votre très humble et tout affectionné serviteur infidèle.

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