‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 32 sur 35 · AU F. AUGUSTIN NOVICE · texte numérisé non relu

AU F. AUGUSTIN NOVICE

12 février 1876.

Cher bon enfant,

^ieu soit béni de la conversion et de la Evocation de ton frère ! Il faudra le prêcher d'exemple, et être devant lui ce qu'il devra être lui-même, un Jésus, un vrai Jésus, tout resplendissant de sainteté, d'humilité, de modestie, de paix, de douceur, d'obéissance, de joie, de charité. Prends bien garde à la tristesse,ainsi qu'au scrupule et à la contention d'esprit. Sers ton Sauveur comme un bon enfant, tout simple et tout franc, faisant bien plus attention à lui qu'à toi. «Pense à moi, disait-il un jour à sainte Catherine de Sienne, et moi, je penserai

à toi. Continue à ouvrir ton cœur à deux battants à ton Père-maître en toutes circonstances.

Mille paternelles et tendres bénédictions à toute la communauté, depuis le plus vieux jusqu'au plus jeune, depuis le saint pèlerin de Rome, jusqu'au plus scélérat de ses enfants. Qui est-ce ? Réponse par le suffrage universel, s'il vous plaît.

Adieu, mon bon petit frère Augustin. Je t'embrasse et te bénis de tout mon cœur. (Propria manu.)

Ul R. P. DOM. CRÉA.

Paris, le S février 1876.

Mon bon et cher Père,

|§|p/|oici les quelques lignes que vous dési- Mrez. Je vous souhaite bon voyage, bon *c£ séjour, bon retour. Que le Sacré-Cœur et la Vierge Immaculée, sans compter saint Joseph, saint Pierre, saint Benoît, saint Augustin, et votre admirable aussi saint Léon le Grand, vous accordent un plein succès !

Si l'occasion s'en présente, suppliez donc, et le bon Pape et les Éminences de ne pas fléchir,au sujet des évêques, devant les méprisables prétentions de notre pseudo-gouvernement, que l'on paraît prendre au sérieux.

Je bénis et j'embrasse en la sainte charité de Notre-Seigneur, tous vos frères, petits et grands, et je me recommande instamment à leurs prières. Bientôt, je l'espère, j'aurai à envoyer quelques billets doux au Père économe.

Adieu, emportez-moi à Rome avec vous, et déposez-moi aux pieds de l'apôtre saint Pierre et aux pieds de saint Pierre visible de l'Eglise, notre très grand et très bon Père Pie IX.

AU R. P. DOM GRÉA.

Pam, le 22 mai 1876.

Mon cher Père,

toici une petite obole au nom de la ^Jbonne sainte Vierge : deux cents francs ^pour les petits frères, mes petits enfants, et cinquante francs pour les deux trimestres du du bon P. Constant. Combien je regrette l'immense distance qui sépare de Paris les montagnes du Jura ! Distance synonyme de dépenses ; car, semblable en cela au bon Dieu, je voyage toujours trois ; et en outre, à cause du seul moment de l'année où je suis libre, la distance et la dépense se compliquent d'une grande fatigue, en guise de repos. Il me serait si doux, et, je l'ajoute, si bon, si sanctifiant, d'aller respirer quelque

temps les parfums de prière, de paix et de joie, de régularité, de ferveur, de pénitence, de foi vive et pure qui s'exhalent de votre chère communauté, comme d'un bel encensoir d'or ! Je me recommande plus que jamais à la protection de vos prières à tous ; car les temps difficiles et les orages approchent. Servons plus fidèlement que jamais Notre-Seigneur Jésus-Christ ; révérons-le et recevons-le plus saintement que jamais dans son grand sacrement céleste ; et prenons avec lui le chemin du paradis.

Je vous embrasse cordialement tous, et vous bénis avec tendresse en Jésus-Christ Notre Sauveur. (Propria manu).

AL' R. P. DOM GRÉA.

20 juillet 1876.

Mon bon et cher Père,

'e n'ai pu vous envoyer hier, 19 juillet, jour de fête de ma bonne et pieuse mère, È^la petite aumône que je joins à ce billet. Ce n'est pas grand'chose ; mais cette année je suis plus que jamais obligé d'y regarder d'un peu près. C'est donc au nom et de la part de ma mère que je vous envoie ce petit bouquet de fête, vous priant tous, Pères et enfants, grands et petits, de

daigner porter son souvenir devant Dieu en même temps que le mien. Nous ne sommes que de pauvres gens, bien indignes de la miséricorde de Dieu ; mais, en nous aidant les uns les autres par la prière et par l'amour, nous atteindrons son beau paradis, où nous le contemplerons face à face avec la bonne sainte Vierge et nos chers saints pendant toute l'éternité.

Ma mère repose ici, à cent pas du Saint-Sacrement, et dans le territoire même de Sainte-Anne d'Aurav, où depuis plus de deux cent-cinquante ans, la sainte mère de la très sainte Mère de Dieu fait éclater sa puissance, sa gloire et sa bonté. S'il plaît à Dieu, c'est là que je reposerai également : Adveniat regnum tiium.

Donnez-moi bien en détail des nouvelles de nos chers frères et enfants. Le bon petit frère Augustin a-t-il encore ses désespoirs de Jocrisse? Son frère est-il aussi bon, aussi simple que lui ? Le petit frère Désiré est-il toujours un enfant de prière ? Le petit frère Paul une âme énergique et ardente? Ces beaux petits rossignols du sanctuaire ont dû, depuis longtemps, perdre leurs charmantes voix. Le printemps dure si peu! Quels sont ceux maintenant qui chantent le mieux les louanges du Seigneur ? Quand me sera-t-il donné et me sera-t-il jamais donné d'entendre de nou-

veau votre délicieux Magnificat clans le chœur de la cathédrale? C'était vraiment céleste et plus beau cent fois que les opéras de Rossini et de Mozart.

Adieu, mon excellent Père, frère et ami. Je donne le baiser de paix, Yosculum sanctum, à toute la chère communauté, parfumée de Jésus-Christ, en commençant par vous, et en vous demandant de ne jamais oublierai!: Nobis quoque peccatoribus, votre pauvre aveugle et votre très pauvre pécheur.

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