‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 8 sur 35 · IG · texte numérisé non relu

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difficultés que tu me proposes au sujet de ce grand mystère d'amour qui est notre vraie vie en ce monde et en l'éternité, ne sont pas des inutilités, ni « des bêtises ». Seulement, pour répondre suffisamment à tes questions, une simple lettre ne suffirait pas, et je me réserve, à mon prochain retour, de te donner les explications que tu désires. Je te les donnerai du moins dans la mesure qui m'est donnée à moi-même ; car il serait absurde de prétendre tout expliquer et tout comprendre dans les mystères du Sauveur. Nous ne devons chercher à en pénétrer les divines profondeurs que pour mieux aimer et plus parfaitement servir ce Seigneur Jésus, infiniment bon et miséricordieux, dont la connaissance est le premier des devoirs de l'homme sur la terre. On peut se perdre en connaissant très bien Jésus-Christ, parce que la connaissance n'est pas tout ; mais il est certain néanmoins, que d'ordinaire, plus on connaît intimement Jésus et ses mystères, plus on s'attache à lui et plus on se détache de soi-même et du monde. Seulement il y a des degrés sans nombre dans cette science sanctifiante, et ce qui fait monter très haut, ce n'est pas le développement de l'intelligence naturelle, mais bien la pureté du cœur, la simplicité d'intention, l'humilité, la mansuétude et le dévouement à Dieu et à

— io5 — l'Église

En attendant, •- tene quod habes -> ; tiens ce que tu as ; garde ton trésor, qui est la vie éternelle et l'amour infini. Vis en Celui qui vit en toi ; ne te sépare jamais, par un péché ni par un défaut volontaire, de Jésus qui ne se détourne jamais de toi ; réponds par un amour immuable à l'immutabilité de son amour.

A Dieu, mon enfant. Confiance, confiance et encore confiance. Jésus t'aime; n'aie pas peur de lui, et rejette avec dédain les scrupules du diable. « Xoli timere. y,

1 I juin 1 860.

Mon bon et cher fils,

"^ e demande pour toi à notre divin Maître p4 sa paix, sa joie et toutes les bénédictions dont il sait que tu as besoin. Demeure en lui, comme il demeure en toi ; ne te détourne jamais de lui, comme il ne se détourne jamais de toi. Demande-lui sa vive lumière, et ces yeux illuminés du cœur dont parle l'Écriture. « Illu-

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minatos oculos cor dis. » C'est avec ces yeux-là, et non pas avec ceux du corps, non plus qu'avec les yeux de la raison naturelle, que l'on aperçoit et que l'on pénètre les réalités admirables des mystères chrétiens. La paix et la joie intérieure que je te souhaitais tout à l'heure sont deux grands movens de voir clair dans ce monde inconnu aux hommes.

Va, je te prie, mon cher enfant, souhaiter pour moi après-demain, une bonne fête à l'excellent M. Lalanne et demande-lui de ma part, par cette même occasion, s'il ne verrait pas d'inconvénient à ce que j'invitasse, le dimanche 8 juillet, les membres de la Conférence (des moyens) à une petite soirée non dansante. Le retard des bains froids aurait ainsi pour vous une petite compensation.

Si tu écris à X*" dis-lui que je l'embrasse affectueusement et que je lui recommande d'être fidèle à Dieu, au moyen de prières bien faites chaque jour et de bonnes communions régulières et fréquentes . Dis-lui aussi qu'il se garde bien d'écrire à ses camarades quelque chose qui pourrait les blesser ; les mesures extrêmes sont rarement utiles. « Je ne vous demande pas, mon Père, dit Notre-Seigneur au sermon du Cénacle, que vous les retiriez du monde, mais que vous les gardiez du mal. »

A Dieu, mon enfant. Je t'embrasse comme je t'aime, c'est-à-dire dans l'amour sans mesure de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ.

24 juillet i 860.

Mon bon fils,

|ieu te bénisse, toi et tes camarades ! E Voici une année scolaire qui finit bien et j@qui me fait augurer de bonnes vacances. Pour toi, tu es sous la garde directe du bon Jésus, que tu as la sagesse d'aimer et dont tu cimentes souvent l'union par la communion du Sacrement de la persévérance et delà force. Dans l'ordre de la grâce comme dans celui de la nature, il n'y a de robustes que ceux qui se nourrissent bien ; or le pain de la vie, de la vraie vie, de la vie éternelle,c'est lachair adorable et adorée du Seigneur. Puisqu'il dit à tous : « Prenez et mangez, » obéis à sa voix, prends et mange. Ne crains jamais de trop communier ; on ne communie trop que quand on communie mal ; et quand ona bonne volonté comme toi, les communions sont toujours excellentes, et les misères qui s'y rencontrent ne sont qu'accidentelles et sans aucune importance.

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Applique-toi à servir Dieu avec un cœur très large et très confiant. C'est là la vraie piété chrétienne. Prie beaucoup au tond du cœur en la présence de Jésus. Je t'aime en son saint amour et le supplie de te bénir.

mm

i- août [861 .

Mon cher enfant,

leati pauperes spiritu, quoniam ipsorum '&est regnum cœlorum. » Tu es triite et ~ÊSà£& troublé, parce que tu manques de cette simplicité d'esprit qui ne cherche pas midi à quatorze heures, qui ne subtilise pas, et qui marche droit son chemin, avec fermeté, avec suite et avec calme. Le bon Dieu nous montre la simplicité comme la première conditition du bonheur , beati ; et il ajoute qu'elle est la voie du paradis; à elle appartient le royaume des cieux. Mon cher ami, si tu ne deviens comme un petit enfant, sans arrière-pensées dans l'amour de Dieu, abandonné avec un très tendre amour à l'amour de Jésus, tu ne t'affermiras jamais dans la paix de Dieu et dans la vraie vie de l'âme. Tu t'entêtes à confondre les moindres petites tentations avec

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des péchés mortels, à taire attention au\ sornettes que le diable murmure à ton oreille, enchanté de pouvoir te troubler à si peu de frais. Je t'ai déjà cependant bien souvent averti et t'ai donné sur ce point les directions les plus nettes et les plus simples. Que puis-je faire de plus ? Prier pour toi chaque jour, comme je le fais, afin que tu deviennes raisonnable et docile. Je me reproche de ne pas mieux prier ; je te sers à peu de chose, et je devrais te soutenir par le souffle de l'esprit plus puissamment que lorsque je suis matériellement auprès de toi. Prie pour moi, afin que je prie plus efficacement pour toi, et que je sois plus un avec Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Je ne répondrai même pas aux imaginations baroques que tu me signales dans ta lettre ; ce sont des mouches qu'il faut laisser passersans s'inquiéter autrement. Va en paix, mon pauvre enfant ; je te bénis au nom du Seigneur, et je prie la sainte Vierge de t'obtenir la paix et la confiance.

)o août 1860.

Mon cher enfant,

e t'aime de tout mon cœur ; tu as bien raison de me dire que je suis ton père. Tu me le fais sentir par ta tendresse, par ta confiance ; je voudrais que tu me le fisses sentir aussi en prenant plus au sérieux les conseils que je te donne pour t'aider à marcher dans la bonne voie. Je t'engage très fort à ne plus ouvrir le Nouveau Testament, puisque le démon se sert, pour te troubler, de la parole divine que je te présentais comme une lumière de paix, de consolation et de douceur. Plus tard, lorsque je te le dirai, tu reviendras à cette sainte nourriture qui en ce moment te donne des indigestions. Contente-toi, mon enfant, de l'Imitation, que je te conseille de porter toujours sur toi, afin de l'ouvrir au hasard dans tes peines d'esprit et tes tristesses. Tu pourras aussi lire avec fruit l'Introduction de saint François de Sales, un très bon petit livre du P. Quadrupani, intitulé : Instructions pour raffermir, dans leurs doutes, les âmes timorées ; et enfin le petit traité de La paix intérieure, par le P. de Lombez. Lis aussi, si tu le peux, les Vies des Saints ; cela porte extraordi-

nairement à Dieu. Crois-moi, contente-toi, pour le moment, de ces lectures.

Je ne répondrai pas plus cette fois-ci que la première à tes lubies sur la foi, et sur l'Evangile et sur l'infaillibilité de l'Église, etc. Je ne te croyais pas l'esprit aussi pointu, et je crois que tu perds ton temps à me détailler ces bizarres idées. En conversation, passe encore ; il est bon de s'instruire à propos de tout ; mais par écrit, cela passe la permission. Donc, mon fils, va te promener

Quant aux « précieux renseignements » qu'on t'a donnés sur ma vocation, ils n'ont pas le sens commun. J'ai pensé à me consacrer à Dieu dès l'âge de dix-huit ans ; je suis entré au séminaire à vingt-trois ans, et j'y serais entré bien plus tôt, si j'avais eu un directeur qui se fût cccupé de m'éclairer et de me conduire ; enfin, je n'ai été aumônier militaire que par accident, et sur la demande de ces pauvres prisonniers à Mgr Affre. Je me suis consacré à Dieu, non malgré ma famille, qui y a consenti, mais au milieu de ses plus vives répugnances, ce qui arrive dix-neuf fois sur vingt, et ce que le bon Dieu permet sans doute, afin d'éprouver la volonté de ceux qui aspirent à l'honneur de son sacerdoce. Tu auras sans doute cette même épreuve ; prépares-y-toi

par un énergique amour de ton Sauveur Jésus. Tu sanctifieras ton père et ta mère ; comme j'ai eu le bonheur de faire moi-même au milieu des miens.

Je regrette en un sens, ta lettre à ton père. Tout ce que tu lui dis de ta vocation lui semblera du pathos et ne pourra que le mécontenter. Outre qu'il n'est jamais bon de trancher d'avance les questions de vocation à venir, non plus que de cueillir les fruits avant qu'ils soient mûrs, l'expérience montre qu'il faut se tenir sur une grande réserve en matière si délicate, surtout quand on redoute de l'opposition. Je t'engage donc à ne jamais entamer de discussion sur ce point avec ton père et ta mère, à qui tu ferais sans doute une peine inutile, et à renvoyer toujours cette grave affaire à la fin de ton éducation, à l'époque où tu seras un homme et où tu auras à choisir une voie ; jusque-là tu n'as qu'une vocation certaine, celle d'un bon écolier, pur, honnête et craignant Dieu. Ne sors pas de là.

A Dieu, mon enfant, communie sans crainte; méprise les scrupules et les imaginations folles. Aide-moi, tous ces jours-ci, à bénir la sainte miséricorde de Dieu ; c'est l'anniversaire de ma cécité, le 2 septembre, et c'est ma grande fête. Je t'embrasse comme je t'aime.

Laigle, 17 noùi [861 .

Mon pauvre ami,

Somme toi, je ne vois que du feu dans jftes affaires. Espérons qu'avec le temps ce gjfi'eu deviendra pour nous la colonne lumineuse de Moïse dans le désert. En attendant, reste toujours un bon et pur chrétien ; c'est la voie qui mène à tout.

Je savais déjà le blanc résultat de ton examen, ou plutôt de ta thèse. Qu'as-tu l'ait de tes moustaches ? Tu aurais dû les porter en ex-voto, l'une àl'autel de Thémis, l'autre à l'autel de l'Hyménée. Je t'embrasse bien cordialement, désolé de n'avoir que quelques minutes à te consacrer; mais le facteur approche, et l'heure s'avance. A Dieu, mon cher enfant. Que la sainte Vierge te console dans tes petites peines !

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