‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 102 sur 128 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

mprilj et au morasot où elle allûit toul tenter pour ^onoèf Asa lillc titi iitat que les bis poovûîeDL peut-être lui acccw^ der. ftUza resta abondonnéû à des pareiis qui biemôt m Turent plus qu© ses persécutaors, lia lui apprirent ce qu'elle étoit; de tille alnée*,^® fille chilrie^ elle descendit (ouï d'ûo coup dans la m^ma maison, ik l'état d*ctrph(3linâ et d'étraa* gère. Lu d^daigcieu^c et barbare pitié prit $ùm de eetto iaforlutiéei jusque-là ai leridremeot soignée par le rêinûrdâ et par la nature; elîe vi^cut, parce qu'elle éloit daos cet âge oà le malhetif ne tue pas, et où, pour mieux dire, il u'j i pas de malheur*

Êliza n'étoit rten moins que belle, el ses traits avoîent encore été défigurés parla petite-véroîe; mais ea laideur o'avoil rien de rêf>ouasant au premier coup d'oeil ; au second on s'y Dccoulumoitj et dès qu'elle parloit on Tavoit oubliée* Elle élcit grande et bioo fasïe. Je ne l'ai connue qu*â l'ÈgQ de lrenl€*huit ans, et sa taille t^oit encore noble et pleine de grâce. Mais ce qu'elle poâsédoitî ce qui la distiuguoit par -dessus tout, c' éloit ce premier charme sans lequel la béante n^est qu*une troide perfection, la pbysioQoniie : la sienne Q'avnit point un caractère particulier, elle les réunissoit lous> Ainsi ôa ne pouvait pas précisément dire qu'elle fût ou spiriludle, ou vive, qu douce, ou noble, ou fine, ou gracfeuae, espèce d'éloge par lequel on di^gradej ce me semble, les figures que l'on veut louer; car quacid un visage a une expression habituelle, cette expiession est plutôt le rt^sultat de aa conformation, et ce qu'on peut appeler l'air des traits, que ce qu'il faut appeler de la physionomie. La physionomie Yieat du dedans; elle naît de la pensée; elle est mobile et fugitive ; elle échappe à l'œil et trompe lé pinceau. 0 Éliza, Éliza, qui n'a pas eu le bonheur dé vivre dan»» ton intimité, dans celle de tes affections, de tes moavemens^ de ta confiance^ ne peut savoir ce que c'est que la physionomie ! J*ai vu des visages anùnôs par Tesprit, par k passion^ par le plaisir, parla douleur; mais que de nuances m'étoient incorinues avant que je connusse Éliza 1

Cette flamme du ciel, cette énergie de sentiment, enfin, si j'ose m'exprimer ainsi, cette abondance de vie, ÉliiÈa quand elle n'étoit pas accablée par le malheur, elle la

1. Ce»t une erreur, la marquise de Yichy-Champrond, fille légitime dcW •tBtesse d'Albon, était de beaucoup l'aînée de mademoiselle de Lespinasae.

f<:^pandoît sur tout ce qu'elle vouloit animer, mais elle ne vouloit rien; elle animoit sans prétention et sans projet. On n'approchoit pas de son âme sans se sentir attirt5. J'ai connu des cœurs apathiques qu'elle avoit éleclrisés; j'ai vu des esprits médiocres que sa société avoit élevés : Élizay lui disois-je en lui voyant opérer ce phénomène, vous rendez le marbre sensible et vous faites penser la madère. Que dût ôtre cette âme céleste pour celui dont elle avoit fait son premier objet, pour celui qui l'anima à son touri

0 toi qui fus cet objet, GonsalveM heureux Gonsalve! tu de vois te croire sous le climat brûlant de l'équaleur, aimé d'une des filles du soleil. La mort t'enleva au milieu de ta carrière; mais, en quelques années, tu épuisas tout le bonheur que le ciel peut accorder aux hommes sur la terre : tu fus aimé d'Éliza. Ahl si tu pouvois savoir encore ce qu'elle devint après toi : elle vécut deux ans desséchée par la douleur, portant la plaie du malheur, comme un arbre que la foudre a cicatrisé, et elle finit par s'éteindre Owi bénissant la mort.

On pourroit' croire qu'Éliza, vivement occupée d'un objet, l'étoit moins de ses amis; jamais elle ne les* aima davantage, et jamais elle ne leur fut plus chère. La j)assion et le malheur sembloient avoir donné à son âme une activité et une énergie nouvelles. Ehl qui fit goûtex comme elle le charme de l'amitié? Qui sut comme elle s'approcher du cœur des personnes qu'elle aimoit? Elle attiroit si doucement la confiance; elle entendoit si bien la langue des passions I De quelque sentiment qu'on eût l'âme remplie, elle faisoit éprouver le besoin de le lui communiquer, et l'on se Irouvoittoujouràplus heureux ou moins malheureux auprès d'elle. Éloil-on dans cet état de langueur, qui est la situation habituelle de tous les gens du monde, quand ils n'ont ni plaisir ni peine, on en sortoit bientôt auprès d'Éliza; car, ou on la voyoit malheureuse et souffrante, et alors on étoit animé du sentiment de ses maux, ou, ce qui arrivoit souvent, son esprit et son âme prcnoient l'ascendant sur eux, el alors, quel intérêt! quelle conversation l 11 falloit malgré soi l'écouler,^ penser el revivre.

SouvenI, en comparant Éliza à tout ce que j'ai connu de femmes aimables et d'hommes de beaucoup d'esprit, j'ai

ft. U. de Mura.

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£UIl LA MOKi:

cliei'chéà nVexpliqucr le principe de ce charme que pi sonne uc poBsêdoilcoiDmo elle, ol voici en quoi il m'a pai consîsler: elle cloXl loujours exempte de pcrsonoalil*?, e* toujours na\uie\lcQœempte de personnalité^ jamais on ne U fui à ce point, Avec ses amiSj c*étoit par senlimenl, ol parce qu'elle avoil toujoura plus besoin de leur parler d'eiu que d*ellc mCme; avec le reste de la société, c'étoil par linossc d'esprit et dejugonienl. Elle savoit qae le grand secret de plaire est de s'oublier pour s'occuper des autres, et elle s*oublioit sans cesse- Klle éloit V^mQ de la couwrsatîoii, et elle ne s'eu fahoit inmais l objet Son grand Jirl éloil de mettre en VEiîeur Fuspril jics autres, et elle eu jouisjoit plus que de moatrer le menA^aturtlU^i elle l'i^laii danâ sa démarclie, dans ses mouvcmiens^dans ses gestes^ dans ses pensi'e?, dans ses expressions, dans son style, et co nalurel avoîl eu m(^me temps quelque chose d'élevant, de noble» de doux, d'&hiuid; une partie de ce naturel s'étoil sans doute pt^rfêcUonné par une excellente éducation, par un goût exquis, paî^t^habilU'iode sa jeuneise passée dans la meillcu^rc couipitgnie, [cl avec les personnes les plut aimables de sou temps; mais il lui éloil devenu lellemeni prûpr* qu*on ne senloil jamais que l'art y eCll contribué; aimable illusion qui s'évanouit avec presque toutes îee femmi's quand on converse quelque temps avec elles, el dont l'ubsencc» laissant voir la prétention ou refloil| refroidil tout intérêt et glace tout plaisir.

Ce qui m'a toujours le plus trappe dans Éïiza, c'est le rapport, et* n je puis m'exprimer ainsi, Tharmonie qui régnoit entre ses pensées et ses expressions. Étoit-cUe animée par son esprit ou par son cœur, ses mouvemens, son visage, tout jusqu'au son de sa voix, fornioit un accord par* fait avec ses paroles. C'est ptir ce défaut d'accord, que la conversation de tant de gens d'esprit est sans chaleur el sans eiïet» Ils n'ont jamais ni l'expression, ni l'accent de ce qu'iU disent. Ils se battent les flancs pour s'animer, et leui vois monoloue traUitleur froideur. Leur esprit leur rournil quelquefois des choses sensibles; mais leur vidage est eo cou (resens avec elles. Quelquefois, par adresse, ou par hasard; ils ont une inflexion juste; mais celte inflexion perd bientôt tout son prix, parce que, l'instant d'après', ils l'appliquent à une pensée pour laquelle elle nVtoil pas fa'*-!» Que me fait le sourire aimable^ le regard touchant, la voU

fien&îbîe de cerlaines femœesî ce charme ne les quUte jamais, il est de (oiisles temps, de tous les lieux, elles t'emploient a?ec un sol et avec lîO fatj dès lors ce charme n*eo est plus uû pour aïoi.

Le tact si rare et si difficile des personnes et des conve« uances, voilà encore ce qu'ÉUza possédoît au snprt^me dp}îr*5> Jamais elle ne se méprenoit ; jamais elle ne confoDdoitijamais elle no disoît une chose sensible à qui ne pou* voit pksla sentir, et n'exprîmoil nne pensée fine à qui ne p^ivoit pas l'entendre* Sa conversntton n*éloit jamais audessus ou au-dessous de ceui i qui elle parloit, L]Ue semh!oit avoir le secret de tous les caractères^ la mesure et la nuance de tous les e?prît3,

Éîiza n'éloit pas savante; elle étoîl instruite» et elle n'en ivoit pas la pri^tention. Son inslruclion éloit ai heureusement fondue dans son esprit, et son esprit domînoil si bien Bur elle, que c'éioit toujours lui qu'on senloit davantage, IpEUe savoit l'anglaîâ, rilalien, et elle possédoît la lUlérature ■^tle plusieurs autres langues dans no^ meilleures traductions. Kllesavoît surtout parfaitement sa propre langue. Elle nvoit Tait plusieurs dOûuitiuns de synonytues que l'abbé Girard* elles meilleurs esprits de rAcadémie ri'auroient pas désavouL'es. Je n'ai jamais connu à personne, coaime à

IcJlc, te don précieui du mot prupre^ ce don sans lequel il ne peut y avoir ni nuance, ni justesse dans rexpressioUi et qui exigea la fois un esprit formé, une connoissance approfondie do la grammaire, et, indépendamment du bon goûl naturel, ce goût perfcclionné et de convention qu'on ne peut acqui'^rirque dans le commerce des gens de lettres et des gens du monde réunis.

Les livres les mieux Lcriis ont des înslans de longueur cl d :i lacunes d'inti^r^t, La conversation d'Éliza, toutes les foij q l'elto vouloit ou pouvoit s'y livrer tout entière» n'en *ivoi/ piint, Klle disoit cependant souvent, et le plus souvent des j,I;oses simples, niais elle ne les disoit jamais d'une manière commune, et cet art qui semhloil n'en Cire pas un chez clICj ne se faisoît jamais sentir, et ne la faisorl jam^iis loin*

1, t'atibé Gabriel Girard, auteur dej Synonymes (rançait, fiubUés en i 7 1 B fr)Ui le tilro du : L9Jit»tesâe de la langue françaist. Né vers 1071, mort tm 1749. La mode étAti d'4likur9 aux lynouvine» comme eW^ aralt été «ut [)ortr^t's. On en trouve bcAuco]){} (hnile&ŒutiTsilo d'AlumUerl, et iï, de Gulbcfl t ftiit oeut dd : ÀUr^ntê^ appas, ehurmu — lèorit tit:$tif^

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